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regards jean-claude mougin

guillaume millet jean-claude mougin lucien pelen sebastien planas michael serfaty olivier sybillin

revue de photographie photographic review

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noir sous la d ire c tio n de pas c a l fer r o et p i er r e co r r a t gé

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”Noir”, pascal ferro olivier sybillin guillaume millet jean-claude mougin lucien pelen sebastien planas michael serfaty

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Noir ”Vienne la nuit sonne l’heure Les jours s’en vont je demeure” Guillaume Apollinaire – Le pont Mirabeau Le sommeil avec sa part d’obscurité vient scander notre quotidien. Bien que la fée électricité soit venue atténuer la profondeur de nos nuits, le noir participe de notre relation aux éléments. Il est de ce point de vue constitutif de notre être. Pour nous-autres rompus à l’éclairage urbain, suffit-il d’expérimenter une nuit dans le désert pour en prendre pleinement la mesure. *** Plus concrètement, le noir est la vue des objets qui n’émettent, ni ne reflètent aucune part du spectre de lumière visible. Le Point de vue du Gras, première photographie permanente connue de Nicéphore Niepce en 1827 à Saint Loup de Varennes, marque l’importance du noir dans la composition de l’image. Le blanc pur de l’horizon central s’oppose au noir profond du mur pignon du premier plan. L’œil n’a de cesse d’effectuer des allées et venues entre cette forte luminosité lointaine et cette obscurité mystérieuse du premier plan. Cet horizon ouvre vers une part d’espérance tandis que l’obscurité du devant renvoie à la part d’ombre de nos existences. ***

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Le noir est bel et bien porteur d’une charge symbolique ; fluctuante au gré du temps et des espaces géographiques. Elle opère régulièrement un mouvement de balancier, du morbide à l’élégance, indice du mystère comme de l’autorité. Fertilité liée à la terre pendant l’Antiquité, le noir, au cours du bas Moyen Âge est obsession de la nuit, de l’enfer, du diable. Le christianisme se fait menaçant, terrifiant, et le noir est réquisitionné pour cette mise en scène. Au XVème siècle, en provenance d’Italie, le noir de l’habit arrive à la Cour de Bourgogne ; ce noir là est moral et noble. Le Romantisme remet en valeur le macabre, le mystérieux et le mélancolique. C’est le fameux ”soleil noir de la mélancolie” de Nerval. Il devient aussi l’emblème de la Révolution industrielle et de ses gueules noires. Dans ”Noir, histoire d’une couleur”, Michel Pastoureau, éminent spécialiste du sujet, nous précise que dans la deuxième moitié du XXème, sa valeur d’élégance-smoking, petite robe, emballage de luxe tend à l’emporter sur sa valeur d’autorité. L’instituteur perd sa blouse noire. Les voitures présidentielles ne sont plus noires. Idem pour les arbitres, qui ne sont plus des hommes en noir. Depuis les années 60 et encore aujourd’hui, le noir est associé au raffinement. Les décorations intérieures d’Andrée Putman, les créations de Dior ou d’Yves St Laurent, les boutiques du pâtissier Pierre Hermé, le restaurant du chef étoilé Michel Bras à Laguiole, autant d’exemples et d’esthètes qui privilégient ce minimalisme des tons. Le noir est une marque distinctive, conférant une certaine modernité, très présent dans le milieu de la création. Architectes, cinéastes, artistes, galeristes et autres commissaires d’expositions se parent entièrement de noir. Le noir souligne, met en valeur, voire sacralise. Il consacre, pourrait-on dire. *** Le noir s’obtient par le mélange de couleurs, aucune ne l’emportant l’une sur l’autre. Absence de hiérarchie de valeur donc ; comme dans la production artistique à compter des années 80. Toutes les choses se valent les unes les autres. Métissage et réappropriation des formes, issues souvent de l’imagerie populaire, caractérisent 4


cette production. Les artistes osent le pastiche goguenard, parfois kitsch. Les murs de nos métropoles sont recouverts par des street artists, les œuvres composant et s’inscrivant les unes sur les autres, par superposition. La peinture et le dessin n’ont de cesse de revenir sur le devant de la scène (l’ont-ils quitté ?) mais on évoque en même temps un ”art à l’état gazeux” (Yves Michaux) pour caractériser des formes qui ne sont plus des représentations plastiques mais des générateurs d’effets et d’expériences. L’interactivité avec le spectateur devient une préoccupation constante au sein de l’espace d’exposition, cette forme de discours se trouvant légitimée par les commissariats d’exposition. Ironie et détournement caractérisent cette production de la postmodernité, manifeste de la complexité et où se conjuguent le pire et le meilleur (comme de tous temps pour clore toute polémique à ce sujet). Le XXIème siècle s’ouvre face à cet écran noir d’où l’on a peine à dégager règles et repères. Accélération des flux, peuples migrants, insécurité alimentaire et sanitaire, milieux hostiles et replis communautaires, critique du ”contemporain” sous toutes ses formes, nous manquons d’air. L’humanité est blottie dans la solitude, contrainte de fuir dans la nuit. Angoissantes, les plongées en eaux troubles d’Olivier Sybillin ; mais, une fois la dyspnée dépassée, elles ouvrent à la liberté d’un corps sans entrave ; ipséité. Ethnologue de la société japonaise dans sa plus étrange modernité, Guillaume Millet documente jusqu’au paroxysme l’espace et le temps d’un homme désocialisé. Il décrit en creux ce que demain ne doit surtout plus être. Dans les images, jusqu’au procédé de tirage platine palladium par contact qu’il utilise, Jean Claude Mougin se concentre sur l’essence des choses et les mystères de l’instant initial, sorte de big bang des matières qui nous composent. Vision ironique et sombre sur la condition humaine, réappropriation des styles et de l’iconographie ancienne, second degré. Lucien Pelen va jusqu’à falsifier les dates apposées à côté de ce Pré Bouzié photographe qui met et remet en jeu jusqu’à l’épuisement son propre corps. La peur anime le regard tourné vers le ciel de Sébastien Planas. Un monument et une traînée de vapeur d’eau suffissent pour convoquer les images hypnotiques des événements du 11 septembre.

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L’objet volant a traversé et nous savons par expérience que le bleu du ciel efface lentement cette cicatrice. La peau se reconstruit. Michaël Serfaty nous montre une autre face d’Eros et Thanatos, déchets jetés au sol. L’enregistrement photographique en restitue ”une petite gloire, un espoir d’éternité”. *** On l’aura remarqué, tous adoptent une position de retrait, une noirceur sensible au monde qui les entoure mais une noirceur ouvrant sur un champ de possible. La vie nouvelle émerge du noir. Nous nous extirpons du mur pignon profondément noir de Niepce pour aller vers un hors champ encore inconnu. L’Outrenoir de Soulages est lumière. Etablissons ici une double hypothèse : Noir comme couleur ultime du postmodernisme, signant sa mise au tombeau. Noir comme origine, substrat duquel émerge force créatrice ; résilience. L’étendue du propos est certainement immense pour le contemporain embarqué en plein dans cette traversée, sans recul possible. Essayons-nous y néanmoins à travers ces photographies venant clore un chapitre pour en ouvrir peut-être un nouveau. Serions-nous à la ”fin de l’Histoire” ou qu’à son début ? ”L’espérance vraie sait qu’elle n’est pas certitude. C’est l’espérance non pas au meilleur des mondes, mais en un monde meilleur. L’origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine”. Edgar Morin, dans Eloge de la métamorphose, 2008

Pascal Ferro en janvier 2011

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olivier sybillin la peine s’écoule dans l’eau… moindre afflux venu d’ailleurs d’un corps recouvert découvert passage de peau précaire surface d’une humeur vagabonde pelure d’eden l’eau s’écoule dans l’eau.

http://photographie-sybillin.fr olivier@photographie-sybillin.fr

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guillaume millet Kurai En japonais, quelqu’un de ”kurai” (sombre, renfermé) s’oppose à un individu ”akarui” (sociable). J’ai découvert un certain Tokyo à travers le regard d’auteurs contemporains, plus particulièrement en découvrant la littérature obsessionnelle de Murakami Ryu et le cinéma névrosé de Shinya Tsukamoto. J’ai reçu la fureur de leur écriture, la violence étrangement belle de leur esthétique dans un état quasi hypnotique. Subissant ces assauts esthétiques au point qu’une idée d’un Tokyo fantasmagorique m’apparu comme une évidence. Il fallait y aller, marcher la nuit, voir le métal, sentir la chair, rencontrer ces héros perdus des romans de Murakami Ryu, affronter ce monstre froid décrit par Shinya Tsukamoto. Croiser ces individus, comme l’a écrit l’éditeur Philippe Picquier : ”Des êtres habités de cauchemars et de rêves fous, exaltés par les peurs qui hantent leurs nuits, promènent en pleine lumière leur tristesse et leur incompréhension devant le spectacle d’un monde désolé qui se défait devant eux”.

Guillaume Millet www.guillaumemillet.com/

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jean-claude mougin NIGREDO, NOIR PLUS NOIR QUE NOIR

”Nuit enfanta Moros, la noire Kère et la Mort. Elle enfanta le Sommeil et avec lui la race des Songes. Sans s’être unie d’amour la déesse les a enfantés, Nuit la Ténébreuse. Elle enfanta ensuite Sarcasme et Détresse la douloureuse…”. Ainsi Hésiode nous raconte-t-il la généalogie des dieux à partir de Chaos, le Sans Fond, et de Noire, la Nuit première et essentielle. Le noir est la soustraction de toutes les couleurs mais tout aussi bien leur addition. Le noir est tout à la fois le vide et le plein. Il est ”l’arché”, la souche de tout ce qui est. Avant la lumière insaisissable et éthérée, avant que ”la lumière soit”, la Nuit profonde était déjà là, noire plus noire que noire enveloppant de l’épaisseur de son ombre les êtres à naître, des êtres qui pour vivre enfanteront des songes et des images, juste avant que la mort à nouveau ne les prenne. Donc, ce n’est que par abus de langage que nous appelons photographies les images enregistrées par le moyen de la chambre noire. L’image enregistrée pour la première fois sur papier par la ”boîte à souris” de Fox Talbot, minuscule ombre de la croisée d’une fenêtre, n’était pas une photographie mais une une skiagraphie, elle n’était qu’une ombre, un négatif et quand la photographie sera enfin révélée dans sa positivité elle ne sera plus dès lors que l’ombre d’une ombre. On a indéfiniment glosé sur la platitude de la photographie qui dit-on est même devenue infra mince ; c’est ignorer sa nature qui est ombreuse. Le pigment métallique : argent, platine, palladium lui donne sa profondeur, son épaisseur, qui à la fois dévoile et occulte, invite le regard à une accoutumance, une contemplation qui approfondit, qui devine. Elle donne et elle retient. 36


Comme il en est pour la gravure il existe en photographie une manière noire. La manière claire, informe, donne à voir, se lit, invite au commentaire, elle est spectacle. Elle est, dirait Nietzsche, de l’ordre de l’apollinien. La manière noire appartient, elle, au dionysiaque, elle fait apparaître, elle est spectrale. Tel le dieu qui surgit dans la nuit, elle dépossède, elle affole, elle ravit. Le noir est mystique, ”le noir est la nuit de l’âme” disait Saint Jean de la Croix. Ainsi pouvait apparaître à l’initié dans la nuit de Lascaux la ”Bête innommable”, la ”Sagesse aux yeux plein de larmes”. Ainsi au ciel de son sarcophage, apparaît le nageur de Paestum, le sourire aux lèvres, plongeant dans la mort. ”The dark of absolute freedom” affirmait Ad Reinhardt qui ajoutait Going from ”darkness to darkness yet,” ultimate.

Jean-Claude Mougin www.platine-palladium.com/

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lucien pelen Oui, que change-t-il ? Alors le format peut-être et cette petite Marie-Louise à l’aspect précieux et datant de l’an Pèbre, et le cadre, de même en revanche toujours frotté par mes soins à la cire à des heures tardives pour leurs donner l’aspect rutilant d’un tir de batterie. Enfin, le thème, la mort, l’absence, le retour, l’abstraction, l’attraction, Ô Pré-Bouzié du bon vieux temps, le Pré-Bouzié du Pré à la Bouse, il est là toujours vaillant, tantôt mort tantôt vivant comme il se cite lui même avec ironie, vérifiant le poids du monde, la rotation de ses terres, creusant la mine de ses ancêtres, ou espérant l’eau couler sur les rails, art mineur dit-il et pourquoi pas remonter la pépite du centre de la terre? Il est mort à la messe un dimanche, et alors? La mort, cette mort exigüe qui nous entoure, c’est là que Pré-Bouzié est né, c’est là qu’il reste et restera. Je descends à la cave pour chercher un melon, je mets le melon sous mon bras, remonte l’escalier, et puis sur la terrasse pose le melon sur le muret : de quel côté est la queue ? De quel côté est cette foutue queue ? Qu’importe nous en foute, car elle est toujours du bon côté, celle que le hasard a choisi. Pour nous questionner dans le débile. Il est un fait : la photographie. Un autre : Pré-Bouzié existe vraiment. Encore un autre : il crée des scénettes en carton. Et encore encore un autre : parfois il peint le carton en noir, à l’acrylique. Tout ça pour donner un peu de force à l’illusion, pour s’illusionner lui-même quand il sort de sa voiture et va se baigner dans la boue en décembre, pour avoir froid au pied, froid au dos, froid à la tête, pour rentrer chez lui et se dire aujourd’hui j’ai existé, j’ai existé dans mes rêves. Pré-Bouzié pense à la mort parce que la mort c’est l’art et l’art c’est la mort. C’est ce qu’on lui a dit. Si c’est pas ce qu’on lui a dit c’est ce qu’il a compris et si c’est pas ce qu’il a compris c’est tout simplement ce qu’il ressent en lui. Mourir pour l’art : In Search of the Miraculous ! Quoi de plus beau pour Pré-Bouzié, partir en mer et se noyer, juste pour se noyer, pas pour mourir peut-être, pour passer... Pré-Bouzié écrit ceci en 1901 : D’Hyppolite est venu Pré-Bouzié, de Pré-Bouzié la mort et de la mort la fantaisie. La pipe sert à penser et c’est la mort qui danse dans son foyer. Comme dans les nôtres. Alors la mort ici hante l’art, comme pour le rendre à des vivants, en allant de point clé en point clé : abstraction - attraction - brumes noyades et disque noir encadré. Un art des mines, un art charbon aux wagonnets grinçants en attendant le coup de grisou. Qui soufflera la lanterne vacillante d’un Pré-Bouzié tantôt mort, tantôt vivant. Je suis aussi pour l’art des mines, je veux en avoir l’illusion et tenir en mes mains du charbon. www.leschantiersboitenoire.com/artiste-galerie.php?id=3 www.alinevidal.com 51


Seul autoportrait connu de Pré-Bouzié vers 1930 52


PrĂŠ-BouziĂŠ sortant de la Messe le Dimanche 24 Novembre 1907 53


Pré-Bouzié repensant à l’arbitre, 1889. 54


De PrĂŠ-BouziĂŠ mis en terre dans son jardin, 1950 55


De Pré-Bouzié mort gelé en Gévaudan, 1765 56


Lucien de Pré-Bouzié, Le Grand Concours, 1927 57


Lucien de Pré-Bouzié vérifiant la Force de Coriolis, 1807 58


Lucien de Pré-Bouzié mort noyé dans son bassin le 25 Automne 1908. 59


Lucien de Pré-Bouzié mort en noyé étouffé à la pomme, 1840 60


Lucien de Pré-Bouzié mort d’avoir voulu dépeindre le réel, 1936. 61


Lucien de Pré-Bouzié mort d’avoir connu les montagnes, 1930 62


Lucien de Pré-Bouzié mort d’abstraction et d’art mineur, 1927. 63


Lucien de Pré-Bouzié en attente de la déchirure, vers la rivière, 1901. 64


de Pré-Bouzié, le baigneur, 1853. 65


De Pré-Bouzié séchant son tricot, 1917. 66


Lucien de Pré-Bouzié étranglé par la forêt, un peu avant l’hiver 1904. 67


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De Pré-Bouzié se consacrant à l’étude de l’intérieur vide de la boîte de l’appareil photo, 1939 69


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sebastien planas Quand les avions ne voleront plus. Un oiseau d’acier qui se hisse si haut nous confondra toujours. Ses traînées sont des comètes traversant l’atmosphère avec fulgurance, et les rêveurs, allongés la tête dans l’herbe, n’en finissent pas de voir les avions tomber à la pelle, vision ô combien surréaliste. Les croyances se sont emparées de ces cieux impalpables, vouant ce lointain à la rêverie, en pointant un espace en prise à un imaginaire prolifique, gorgé de possibles, d’échappées, d’éphémère., quand notre époque se charge de remplir le ciel de biens d’autres présages, conspirations et paranoïas. Mais loin de sombrer dans un pessimisme pourtant de circonstance, dans ces photographies, c’est l’incroyable qui l’emporte. Savoir que l’empilement de ces innombrables traînées, de ces parures chues telle une peau qu’on a laissée là lors de sa mue, peut se dilater à l’infini jusqu’à générer des voiles artificiels recouvrant le ciel et contribuant à son blanchissement. S’étonner qu’en labourant ce même ciel de larges sillons, ces avions reproduisent parfois des géométries dignes d’un Piet Mondrian, flirtant avec le vocabulaire de la peinture abstraite, ou reprennent à leur compte la tridimensionnalité d’une toile lacérée par un Lucio Fontana. Même si le concept prime sur la réussite plastique de la photographie, la composition de l’image nous interpelle. Elle est bavarde. En orientant son appareil photo vers le haut, au-delà de simplement retranscrire la direction de son regard, Sébastien Planas procède à un astucieux écrasement des différentes altitudes, rabattant celle du parasol et du trafic aérien sur un même plan, accentuant le jeu visuel de construction. La désorientation, maintenue en permanence, force l’œil à s’arrêter sur l’interaction des choses entre elles. L’information délivrée, l’identité de la ville et du pays capturés s’estompent un instant, jusqu’à ce que des indices spatio-temporels finissent par nous rappeler à l’ordre, un fort sur la colline, des bâtiments haussmanniens, ramenant aussitôt de la profondeur de champ, en même temps qu’une culture, comme pour remettre en perspective notre position de regardeur. Les échelles se déploient à nouveau. Nous revenons sur terre, les avions retournent dans le ciel. En parcourant la série compilée au fil des mois, on croirait percevoir dans ces scènes répétitives de l’acharnement, comme pour inscrire sur ce terrain de jeu céleste une trace indélébile, une grande écriture. Une énigme mythique que les Grecs n’auraient pas résolue. Le ciel nous tombera-t-il sur la tête ? Toujours en quête d’explication sur la formation de l’univers, toujours en proie aux lubies d’une divinité, nous continuons à lire le ciel, comme si en regardant en l’air, au plus loin, et au plus haut, nous cherchions à mieux voir en nous-mêmes. planas.sebastien@gmail.com

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Florise Pagès


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michael serfaty Défaites Cette série pourrait parler d’environnement. Dire aussi le dérisoire de notre société de consommation Raconter des fractures de vie qui nous font laisser derrière nous des pans entiers d’existence et d’objets si chers sans même un regard en arrière. Enumérer une collection ou un catalogue d’objets dérisoires et désespérés. S’émouvoir encore de notre finitude et de la mort programmée de tout ce qui nous entoure. Bien sûr… Mais j’ai voulu vous parler d’émotions et de rencontres… Un choc, un coup de foudre, une étrange et mourante beauté… Avec les objets abandonnés… Ceux-là sont vraiment perdus, délaissés. Ils sont inconnus au Bureau Officiel des Objets Trouvés Ils n’ont pas droit aux malles des greniers, ni aux marchés de brocante ou d’occasions, ni même au recyclage des ordures ménagères. Ils ont servi pourtant, parfois au plus près de notre peau, de nos pas, de nos existences. Ils ont même parfois eu des vies, végétales, même animales. Leur insignifiance même fait douter de leur statut d’objets. Ce sont des oublis des hommes et du monde, laissés là au bord du trottoir, sans autre importance que leur non-existence. Notre environnement est plein de ces abandons-là, de ces défaites, déchets du bitume, du sable ou des herbes folles, oublis même pas perdus, même pas dignes d’une poubelle. Parfois même pas vus, et si remarqués, ne suscitant qu’indifférence ou dégoût. Combats perdus d’avance, ultimes résistances au coeur même de la décomposition. Défaites. Ces objets-là, j’ai tenté de leur redonner une petite gloire, un espoir d’éternité.

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Je les ai laissés dans leur caniveau, déjà presque disparus dans leur dégradation entamée, et je les ai capturés ainsi, sans les toucher, de ma hauteur, comme un adieu, comme un flou parfois, comme un tremblement. Avant l’abandon définitif à leur déchéance. Au tirage j’ai accentué la noirceur de leur décadence, au bord de la sous-exposition, de la nuit. Je leur ai offert une dernière apparence, une ombre, ou un éclat. Un dernier souvenir, une dernière mémoire. Avant l’acceptation de l’inéluctable défaite.

Michaël Serfaty

”- Notre défaite, Ben, sais-tu où elle est ? - Peut-être d’aimer les choses plus que le chemin ?... ” Andrée Chédid, (L’Autre)

www.michael-serfaty.com/ serfaty.mosaica@free.fr

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La revue de photographie Regards est éditée par l’association bla-blART, 20 rue JB Lulli, 66000 Perpignan, France. www.bla-blart.com et consultable sur le site www.revue-regards.com Directeur de publication : Pierre Corratgé (pierrecorratge@yahoo.fr) Comité d’édition : Claude Belime, Etienne Conte, Odile Corratgé, Pierre Corratgé, Jean Dauriach, Pascal Ferro, Michel Peiro. Communication : Odile Corratgé Réalisation technique : Pierre Corratgé Impression de la version papier par Crealink, création et impression numérique, Perpignan. Contact : revueregards@yahoo.fr Pour s’abonner à la revue web, acheter un exemplaire imprimé ou soumettre un dossier pour une édition ultérieure les renseignements sont sur le site www.revue-regards.com

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Regards #8 Noir V10  

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