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Mémoire photographique Champenoise « Centre Régional de la Photographie de Champagne Ardenne » Villa Bissinger 51160 Ay Bulletin bisannuel Prix de vente au numéro : 2 €

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Couverture du Magazine du dimanche de l'Union du 12 juillet présentant cette superbe vue prise par Jean Poyet en 1900 ou 1901 : sa fille Marguerite sur les épaules de son frère Barthélémy. En nous ouvrant ses colonnes, l'Union nous a permis de largement diffuser notre action associative...

N° 9 Décembre 2009 Parution du n° 10 En juin 2010

http://memoirephotographiquechampenoise.org


Mémoire photographique champenoise Bulletin de l'association loi de 1901

Centre Régional de la Photographie de Champagne-Ardenne Villa Bissinger 51160 Ay

Editorial Dans le numéro précédent de notre bulletin, nous nous excusions pour la piètre qualité de l'impression. En effet, la photocopie en noir et blanc ne vaut pas l'impression en quadrichromie, c'est une évidence. Voici donc notre dernière livraison superbement imprimée, et distribuée massivement bien au-delà des quelques centaines d'exemplaires diffusés auprès de nos adhérents et d'un certain nombre d'institutionnels. Nous devons ce grand pas à Philippe Le Claire, responsable du magazine du Dimanche de l'Union qui, avec le soutien du PDG du journal, Jacques Tillier nous a ouvert depuis début juillet les colonnes de son édition, nous permettant de présenter avec beaucoup d'images du fonds photographique Poyet, l'extrême richesse de cette collection unique, et lui donner une notoriété régionale. Qu'ils en soient remerciés. La vie de notre association est pleine de bonheurs, le succès de nos permanences, les actions villages, les participations à diverses manifestations, les récoltes d'images parfois surprenantes, que vous allez découvrir nous comblent totalement. Des soucis cependant : les dangers courus par cet énorme fonds du fait de conditions de conservation inadéquates, et surtout d'un manque endémique de moyens matériels. Vous en lirez les conséquences. La cordiale collaboration avec d'autres détenteurs de fonds photographiques vous apparaîtra à travers la participation à ce bulletin de Francis Leroy, conservateur des archives d'Epernay, et celle de Jean Jacques Charpy, conservateur du Musée de la ville. Dans notre action, la mise en regard du passé et du présent est une constante préoccupation, comme vous le verrez à travers l'article de Marie France Banette et Marie-Pierre Deplaine sur l'action village que nous avons menée à Louvois. Et aussi, vous serez témoins de notre bonheur de fouiller dans l'histoire de la photographie et d'y découvrir des inventions si anciennes et totalement oubliées comme celle de la prise de vue automatique qui date de ... 1889. Le présent le plus immédiat nous intéresse aussi. Ainsi, nous étions parmi les premiers visiteurs du Festival de la photo animalière et de nature de Montier en Der, manifestation régionale au retentissement international, le jeudi 19 novembre, au milieu d'une myriade d'enfants, puisque c'était la journée qui était consacrée aux scolaires pour les motiver et les initier aux beautés de la nature et à l'absolue nécessité de la préserver. Enfin, nous exprimons une pensée émue à la disparition de Willy Ronis, photographe de l'humain qui a eu une si longue carrière malgré une reconnaissance tardive.

Francis Dumelié. Sommaire : - Editorial et sommaire - La vie de l’association. . Le mot du Président . La vie de l'association – Action village à Louvois – Histoire de la photographie chapitre 8 – Histoire de la photographie vue par l'imagerie d'Epinal – Le fonds photographique Poyet est en danger ! – Le fonds photographique du Musée d'Epernay – Goyard d’hier et d’aujourd’hui – Photographes d'aujourd'hui : Jacques Mathieu, photographe scolaire – Photographes d'aujourd'hui : Jean Christophe Hanché, reporter – A propos du fonds photographique des archives municipales d'Epernay – Les multiples inventions de la photographie : l'ancêtre du photomaton en 1889 – Le festival de la photo animalière et de nature de Montier en Der

Quelques cartes de photographes régionaux

p.1 p.2 p.2 p.13 p.18 p.21 p.25 p.29 p.32 p.36 p.39 p.43 p.48 p.50

Contacts : Présidence : Hubert Ballu : 06 08 85 13 20 Conservation du Fonds Poyet, tirages, bulletin, site : Francis Dumelié : 06 08 61 15 33 Actions Villages : Marie France Bannette : 03 26 57 04 74 Actions Villages et Secrétariat ; Marie Pierre Deplaine 03 26 52 33 51 site internet : http://memoirephotographiquechampenoise.org

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La vie de l'association

Le mot du Président La vie de notre association est très active et celle-ci gagne de la notoriété. Comme vous avez pu le constater l'Union dimanche nous ouvre les pages de son magazine pour présenter les multiples aspects de notre fonds Poyet dont la richesse est exceptionnelle. C'est Francis Dumelié, qui est pour la circonstance, le rédacteur historique de ces articles. Cette rubrique « c'était hier » est la bienvenue et nous a permis d'asseoir l'existence du fonds Poyet dans l'esprit collectif de la région Champagne Ardenne. Une autre nouveauté pour nous, notre participation au Viteff, lieu de passage incontournable pour tout vigneron qui souhaite se tenir au courant de la nouveauté viticole. L'exposition de présentation du fonds Poyet y a été montrée et là encore les contacts furent intéressants. Je tiens à remercier la direction du Viteff et Monsieur Emmanuel Mercier qui nous a permis d'y participer. Pour la seconde année nous étions présents au Clic Clac Club de Cormontreuil. Je souhaite vivement remercier son président, Monsieur Thinois, qui nous a de nouveau accueillis avec beaucoup de sympathie et nous y trouvons un grand intérêt car cette manifestation est unique dans la région. Cette association fait preuve par ailleurs d'une grande vitalité et reste attachée à l'argentique et aux travaux de laboratoire traditionnels. La révolution du numérique n'est pas pour eux un handicap bien au contraire. Notre espoir est d'atteindre la même vitalité, en nombre d'adhérents que cette association. Comme vous pouvez le constater, nos activités et nos projets sont toujours importants. Hubert BALLU

L'assemblée générale du CRPCA aura lieu le vendredi 5 mars 2010 à la Villa Bissinger à Ay, à 18h30. Merci de l'inscrire dès maintenant sur votre agenda.

Impact des articles parus dans l'Union Magazine depuis début juillet Le 6 septembre, dans un article consacré aux vacances de Jean Poyet entre 1902 et 1914, nous avions publié la photo ci-contre. Dans la semaine qui a suivi, nous avions un appel d'un ardennais, M. Denis Alexandre nous indiquant que le bateau en question était le Benoit Champy, bateau de sauvetage construit en 1902 et depuis classé monument historique. Deux semaines après, Philippe Le Claire, notre interlocuteur de l'Union, faisait paraître un bel article dans la rubrique Océans, mers et rivières racontant l'histoire étonnante de ce bateau, et reproduisant à nouveau notre photographie signée Jean Poyet ! Encore un exemple d'image ressuscitée par le commentaire de quelqu'un qui « sait » !

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Dès la première parution dans le Mag de l'Union le 12 juillet, le nombre de visites sur le site a plus que doublé, passant de 80 par jour à plus de 200. A relativiser comme effet de nouveauté, car cette fréquentation a assez vite repris ses chiffres habituels qui représentent tout de même plus de 25 000 visites par an... Grâce à ces publication, madame Martine Coltel nous a rejoint pour aider à la saisie des registres du fonds Poyet, répondant à notre appel à l'aide pour ce travail de fourmi... Les commandes de photos de famille issues du fonds Poyet continuent à un rythme respectable.

Les permanences Chaque deuxième samedi du mois, nous recevons dans notre local de la rue Clamecy à Ay, le public, pour l'informer de nos activités, et surtout recueillir et numériser des documents qui nous sont apportés et vont enrichir nos collections. Nous avons ainsi eu des contacts particulièrement intéressants :

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Les descendants d'une famille de Mareuil sur Ay exploitant une maison de champagne aujourd'hui disparue, le Champagne Miller Caqué, nous ont apporté de magnifiques documents dont voici quelques exemples.

Photographie exceptionnelle pour l'époque : 5 générations de mère en fille, la plus âgée née en 1814, et la dernière en 1900. La prise de vue est donc probablement de 1902. Ce texte d'une carte de la Maison Miller Caqué vaut son pesant de... Champagne

Au début du 20° siècle, les enfants sont souvent utilisés dans la « réclame » pour le champagne comme nous le verrons à propos de notre dernière acquisition.

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Notre Président, Hubert Ballu, arrive tout excité en brandissant cette image qu'une de ses tantes – petite fille sur la photo – vient de lui communiquer.

Il me dit : « C'est Jean Poyet sur la photo, a-t-on dans le fonds l'image qu'il est entrain de prendre ? » Il ne s'agit pas de Jean Poyet, mais de son fils Fernand, qui a alors 26 ans et travaille avec son père, et nous avons bien la photo que voici :

Cas assez rare et amusant du même instant fixé par deux appareils le 6 septembre 1928 l' un bénéficiant d'un cadrage professionnel, l'autre beaucoup plus amateur !

Rappel : les permanences assurées par les bénévoles de l'association ont lieu le 2° samedi de chaque mois (sauf en Août) rue de Clamecy, à Ay, de 10 h à 12 h

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Collaboration avec le Musée d'Epernay Le Musée d'Epernay détient dans ses collections une certaine quantité de boites issues du fonds Poyet offertes au Musée par les Amis du Musée ( voir p.29) que Jean Jacques Charpy, son Conservateur a entrepris de numériser, et qu'il nous communique régulièrement afin que, lorsque les plaques portent des numéros de prises de vues, nous puissions les identifier dans nos registres. Une utile collaboration qui nous permet d'avoir copie de ces images et au Musée, de connaître les dates de prise de vues.

Expositions de notre association L'exposition de présentation du fonds Poyet a bougé : Mise en place à l'office de Tourisme d'Hautvillers puis à la Capitainerie de la Halte nautique de Mareuil sur Ay elle vient d'être largement vue par les habitants de la région à l'occasion du Vit'Eff, au Millésium d'Epernay.

Inauguration de l'exposition à Hautvillers

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Colloque de l'APIC : Association pour le Patrimoine industriel en Champagne Ardenne: Cette Association organisait dans le grand amphithéâtre de l'ENSAM à Châlons, une rencontre ayant pour objet la diversité et les destinées du Patrimoine industriel dans notre région. Sa présidente, Gracia Dorel Ferré nous a invités à présenter quelques unes des photos du patrimoine industriel présentes dans le fonds photographique Poyet. Des documents uniques d'établissements disparus comme la carrosserie Poinsenet à Magenta, ou la briqueterie de Dizy . Notre présentation occupait la passerelle d'accès au grand amphithéâtre

La Briqueterie Lombard à Dizy : Prise de vue du 1° juin 1923

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Le CRPCA et la Merlette

Nous avons déjà fait une action Village à Oiry (voir notre bulletin n° 7 de décembre 2008) et avons ainsi créé des relations très amicales avec l'association d'histoire locale de cette commune, « la Merlette », présidée par M. Thiebault. Ce dernier nous informe qu'il prépare une exposition sur l'hippodrome de Oiry, inconnu de la plupart des gens, disparu depuis bien longtemps, laissant la place aux betteraves, blé et autres cultures. C'est alors qu'il pose la question à notre conservateur du fonds Poyet, Francis Dumelié sur l'éventuelle présence de photos sur cet hippodrome dans le fonds. Et c'est Bingo : F. Dumelié connait très bien le fonds sur lequel il travaille depuis plus de 20 ans, et se souvient avoir numérisé une boite portant la mention : « courses 1909 ». Quinze magnifiques prises de vues qui vont constituer l'ossature de l'exposition. Cette dernière s'est déroulée le week end des 7 et 8 novembre et a connu un réel succès... Un détail amusant : grâce à Google Maps, la trace encore visible depuis un satellite de la piste du champ de course est parfaitement identifiable : la technologie la plus moderne au service de l'histoire !

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C'est toute la belle ĂŠpoque qui vit dans ces deux images du champ de courses de Oiry, en 1909

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Pour la troisième année consécutive, nous étions invités par le Clic Clac Club à présenter notre association lors de sa 10° foire au matériel photo à Cormontreuil. Association extrêmement dynamique, elle est menée par son président, Jean Marc Tinois et pour l'occasion, il nous a réalisé trois superbes tirages argentiques à partir de négatifs sur verre du fonds Poyet.

Comme lors de toutes nos participations extérieures, c'est notre ami Jérôme de Horschitz qui a accueilli sur notre stand les curieux de notre action, diffusant notre bulletin et le catalogue de l'exposition de présentation du fonds Poyet.

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Une belle expositions des travaux des membres du club accueillait les visiteurs...Tous travaux réalisés dans le très performant laboratoire de cette association.

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Acquisitions et enquête... Nous recevons assez régulièrement des dons de photographies diverses, et consacrons un petit budget à des achats, car tout ne se donne pas ! Ainsi, lors d'une réunion de Amicarte 51, nous sommes tombés sur 12 cartes postales signées de Jean Poyet, en excellent état, réalisées pour le Champagne Fortin, maison aujourd'hui disparue. Dans le même style, nous avions déjà rencontré cette image prise tout au début du siècle, en 1903, sans doute, dont le buveur est Fernand, le fils de Jean Poyet : Une série de cartes postales que nous ne possédons pas fut éditée à cette occasion.

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Nous avons recherché les traces de ces prises de vues que nous ne connaissions pas dans les registres. Rien...Nous avons donc numérisé toutes les photos au nom de Fortin dans le fonds Poyet, et sommes tombés sur celle présentée ci-contre, prise le 7 avril 1920. Le jeune homme à gauche ressemble étrangement au petit garçon de la série. Donnons lui 14 ou 15 ans, le petit bonhomme en ayant sans doute autour de 5 ou 6, les prises de vues des cartes postales seraient donc de 1910 ou 1911. Quelqu'un aurait-il une datation plus précise ? Notons qu'il semble tout à fait étonnant que nous n'ayons aucune trace de ce travail dans les registres de Jean Poyet. Oubli ou autre raison mystérieuse ? Mais l'enquête n'est peut-être pas terminée...

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Action village à Louvois : un échange riche en émotions

Comme pour toutes les actions Village, plusieurs étapes sont nécessaires : 1)

Rencontre avec les forces vives du village pour expliquer la démarche de l'association et définir une collaboration utile.

2)

Établissement de la liste des clichés du fonds Poyet concernant la commune, et numérisation des images

3)

Collecte des documents anciens : tout est bon pour l'association, vieilles photos, documents administratifs, documents personnels tels que faire-part de mariage, de naissance, de décès…

4)

Photographie contemporaine : photos de groupe, photos individuelles, photos du patrimoine local et éventuelles actions scolaires.

5)

Exposition avec toutes les photos et documents issus des différentes phases. Rencontre avec les élus de Louvois

La famille au grand complet découvre que Grand Père a été un bébé !

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Nous avons numérisé une trentaine d'images d'habitants de Louvois sur les 52 présentes dans nos collections, dont celle de la confrérie de St Vincent prise en 1935, et qui sera publiée dans le livre d' Emile Moreau : « Le culte de St Vincent en Champagne »

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A Louvois, la première étape s'est déroulée le 24 février en compagnie de Delphine Boever, Maire et de Marie-Jo Grandcoing, sa 1ère adjointe pour définir notre partenariat gagnant-gagnant. La deuxième étape s'est tenue le 4 avril 2009 à la Mairie. Ce samedi, quelques portraits sortis du Fonds Poyet ( nous avons dans le fonds Poyet 52 portraits d’habitants de Louvois entre 1919 et 1939) et présentés aux visiteurs suscitèrent quelques anecdotes et souvenirs émus des plus anciens du village. D'aucuns ont pu découvrir le père et grand-père nu comme un ver sur une couverture souriant à l'objectif de Jean Poyet. Piqués au vif par ces souvenirs, quelques personnes ont fait un aller retour illico presto à leur domicile pour

revenir les bras chargés de vieilles photos que nous avons pu scanner et conserver pour notre fonds. Quelle surprise de découvrir les changements intervenus au fil des ans dans Louvois : bâtis, moyens de locomotion, matériel viticole et agricole, mode… La troisième étape a commencé ce même jour où tout au long de la journée, nos visiteurs ont pu se "faire tirer le portrait" en famille, seul, avec les enfants, les petits enfants pour enrichir leurs albums photos et notre fonds contemporain. Pour garder également un souvenir de cette journée et pour les générations futures, le Maire de Louvois et l'association avaient invité la population devant la grille du château pour une photo de groupe.

Rendez-vous dans dix ans !

Fin mai, un photographe professionnel a sillonné les villages du regroupement pédagogique pour fixer à jamais en noir et blanc les bouilles souriantes de nos bambins.

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Youpi ! on est tous sur la photo !

Dernière étape, et non la moindre ! l'exposition. Elle fut programmée les 6 et 7 juin pour donner un éclat supplémentaire à l'inauguration du nouveau bâtiment des services techniques de la commune. C'est vers 11h, que les invités découvrirent le nouveau bâtiment transformé en salle d'exposition. Après les discours de rigueur, chacun a pu admirer tous les clichés collectés et pris lors des différentes phases de l'action village. Photos jaunies et visages d'aujourd'hui se côtoyaient sans état d'âme… et déclenchaient divers commentaires et émotions.

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C'était presque le 14 juillet ! un défilé incessant des parents venus découvrir les frimousses de leurs enfants n'a faibli qu'en fin d'après-midi. Les plus anciens du village, sensibles à notre démarche, nous ont fait la surprise de nous apporter de nouveaux documents et photos avec les anecdotes parfois cocasses s'y rattachant.

Un bonheur pour notre association qui trouve en ces actions convivialité, humanisme, nostalgie et en même temps une envie d'aller vers l'avenir.

Ont participé à la rédaction de ce bulletin, Marie France Banette, Jean Jacques Charpy, Marie Pierre Deplaine, Francis Dumelié, Pauline Godart, Francis Leroy, Albert Londe. Coordination : Francis Dumelié, conservateur du fonds Poyet.

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Histoire de la photographie. Chapitre 8 Il y a juste un an, nous vous présentions les travaux de Hercule Florence, Français vivant au Brésil qui dès 1837 avait obtenu des résultats prometteurs dans la réalisation de photographies. Loin de l'Europe, ses travaux passèrent totalement inaperçu face au bruit médiatique de ceux de Daguerre amplifiés par l'achat en 1839 de son procédé par le gouvernement français de l'époque obtenu par Arago, très grand savant et ministre. Avant d'aborder notre sujet du jour qui tient à la fois à l'histoire de la photographie et à ses techniques, voyons ce qu'écrivait en 1960 Pierre G. Harmant (historien de la photographie mort en 1995) :

« Le coup de fouet, donné par Arago à l'aube de 1839, eut pour effet de faire surgir de tous les coins du monde des noms nouveaux, des gens qui pensaient avoir quelque chose de nouveau à présenter et qui, dans leur esprit, devait être nécessairement différent de ce que proposait Daguerre. Parmi ceux-ci, quatre seulement avaient des solutions vraiment originales. Toutes, pourtant, ont été abandonnées (ou oubliées). Pourtant l'idée doit faire son chemin, plus ou moins vite, et l'on ne devrait pas tellement s'étonner de savoir qu'un futur procédé révolutionnaire a ses racines profondes du côté de 1839. L'extension au procédé de Ponton semblent indiquer la tendance, mais dans cette étude, j'ai simplement voulu lire la presse de 1839... c'est ce que l'on ne trouve pas dans les manuels d'histoire de la photographie. Le peu que nous en avons dit n'est probablement rien à côté de ce qui a été oublié.

procédés de reproduction photomécanique et autres, procédés artistiques au charbon par exemple. Si lui-même ne put rien réaliser de ce genre, il en fut plus que l'initiateur, puisqu'il en avait entrevu l'extension future "en aidant aux opérations du lithographe" dit-il . »

Le 25 mai 1839, les membres de la "Society of Arts of Scotland" se réunissaient pour écouter l'un des leurs présenter "une méthode simple et bon marché de préparation d'un papier pour les besoins photographiques". L'auteur en était un Anglais du nom de Mungo Ponton, qui offrait enfin quelque chose d'inédit, d'imprévu aussi, parce que toutes les oreilles, en ce printemps de 1839, étaient pleines de noms chimiques où les sels d'argent occupaient une place impériale... Mungo Ponton avait constaté depuis un certain temps un fait surprenant : la photo sensibilité des sels de chrome . Sa méthode était étonnamment simple : il trempait un papier dans une solution saturée de bichromate de potassium et séchait au feu. Dans cet état, la feuille apparaissait d'une teinte générale jaune clair. Il soumettait alors sa feuille à la lumière et elle virait à l'orange foncé. De la sorte, il put décalquer des feuilles d'arbres, des motifs de dentelle, ou tout autre objet plan au contact de son papier. Le fixage était encore plus simple : un simple lavage à l'eau pure suffisait à éliminer les parties qui n'avaient pas réagi, laissant une image orangée sur fond blanc. Cette proposition est intéressante à plus d'un titre et cela bien que les résultats aient été inférieurs à ceux obtenus, sur le plan de la qualité et surtout de la sensibilité, par Daguerre et Talbot. Il n'en reste pas moins que ce que Mungo Ponton

Gaston Poitevin (portait ci-dessus), préoccupé par le problème de la reproduction d'une image en grand nombre (voir notre bulletin n°6) a mis au point la photolithographie qui a permis pendant tout le début du XX° siècle de produire des quantités énormes de cartes postales. C'était l'une des applications des propriétés de la gélatine bichromatée. Autres chercheurs infatigables, Geymet ou Lafon de Camarsac ont utilisé cette technique de la gélatine bichromatée pour réaliser des photographies sur porcelaine, rendant ainsi des portraits absolument inaltérables.

pressentait dans sa communication du 25 mai devait se réaliser quelques années plus tard : les Geymet a publié plusieurs livres sur le sujet, alors sels de chrome utilisés de cette manière avaient que Lafon de Camarsac a déposé un brevet en la propriété d'insolubiliser les colloïdes tels que 1857. la colle, la gélatine, la gomme arabique. Sa méthode devait ouvrir la voie à tout une série de - 18 -


Geymet a publié plusieurs livres sur le sujet, alors que Lafon de Camarsac a déposé un brevet en 1857.

vitrifiée du médaillon. Sans ce retournement, la cuisson de la gélatine provoquerait l'ébullition de la surface, donc la destruction de l'image. On imagine le nombre de pellicules déchirées car très fragiles, et on voit là la limite de taille qui dépasse rarement une dizaine de centimètres. Le résultat est monochrome, surligné d'un filet doré le plus souvent. Parfois une colorisation très adroite, équivalente à celle pratiquée par les premiers photographes qui étaient en général d'habiles peintres, donne un résultat proche de la quadrichromie.

Exemple de médaillon mortuaire sur porcelaine Mais aucune autre application de cette technique ne fut développée, et jusqu'à aujourd'hui, plusieurs entreprises en France, continuent de produire ce type d'objets, et les diffusent par tout un réseau de pompes funèbres et de fleuristes. La technique même que nous allons exposer simplement empêche toute réalisation de grande taille. Une gélatine liquide est additionnée de 3 à 5% de bichromate de potassium, puis étendue sur une glace, et mise à sécher à l'abri de la lumière. Insolée sous un rayonnement ultra violet (soleil ou lampe UV) à travers un film diapositif en noir et blanc, comme vous avez pu le lire plus haut, les parties largement insolées deviennent imperméables, les autres vont être solubles de manière inversement proportionnelle à la quantité de rayons ultra violets reçue. L'idée géniale de Geymet et de Lafon de Carmasac fut d'avoir incorporé à la préparation un peu de sucre, voire de miel. Ces deux matières, hydrophiles, vont permettre, après que l'opérateur ait soufflé sur la surface insolée une haleine chaude et humide, de déposer avec un pinceau putois trempé dans du pigment céramique, la poudre colorante qui va être d'autant plus fixée par la gélatine que celle-ci aura été moins insolée. Au bout de quelques instants de cette pratique, l'image apparaît à la surface. Un époussetage très délicat permet d'éliminer l'éventuel excès de pigment. Commence alors une opération périlleuse : dans une cuvette d'eau tiède, on provoque le décollement de la gélatine de son support de verre, on la retourne pour la déposer sur le médaillon de porcelaine, afin que le pigment céramique soit en contact direct avec la surface

Dans les années soixante, Kodak a mis au point un polymère photosensible permettant d'obtenir le même résultat, mais sans retournement d'une fragile pellicule, son produit, le Cermifax, une fois couché sur le support, faisant moins de 4 millièmes de millimètres. Certains fabricants de médaillons mortuaires utilisèrent ce procédé nouveau, qui ne décolla jamais vraiment tant la mise en œuvre du Cermifax était complexe, le produit très couteux, et il nécessitait à la fois des compétences céramiques et photographiques. Dans les années 80, j'ai travaillé sur ce procédé, et reprenant les brevets de Kodak, j'ai pu, avec l'aide du laboratoire de chimie organique de la Faculté des sciences de Reims, développer le procédé. C'est d'ailleurs au cours de la recherche de négatifs de grand format sur plaques de verre que j'ai eu l'occasion et découvrir et de sauver le fonds Poyet dont j'ai largement utilisé les images pour des décors dans le milieu du Champagne. La plus grande image réalisée sur carreaux de 20x20 cm est au Musée de la Vigne et du Vin au Mesnil sur Oger : deux mètres sur deux mètres quarante ! F.D

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Quelques réalisations en photoémaillage contemporaines sur carreaux de 20x20 cm, dont le caractère champenois n'échappera à personne !

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Depuis la parution du n° 2de ce bulletin, dont le tirage était confidentiel, nous vous avons présenté en noir et blanc des images d'Epinal résumant l'histoire de la photographie, avec ce caractère didactique propre aux premières années du XX° siècle. Nous avons le plaisir de vous les présenter à nouveau, en quatre pages et en couleurs

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Avec l'autorisation de l'Imagerie d'Epinal, 42 bis quai de Dogneville 88000 Epinal Tel. 03.29.34.21.87 http://imagerie-epinal.com

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Le fonds photographique Poyet est en danger ! Les milliers de boites de plaques de verre qui le constituent ont séjourné pendant près de 80 ans dans le grenier de la maison de Jean Poyet, subissant le froid, l'humidité, la chaleur excessive sous le seul abri des tuiles du toit. Lors du sauvetage du fonds, en 1987, seule une grande partie de la poussière recouvrant les empilements de boites a été enlevée. Jusqu'à présent, aucune action de restauration n'a pu être envisagée, et désormais il y a urgence. Il est probable que si l'on ne fait rien, la dégradation continuera au même rythme, lent, mais irrémédiable. Nos demandes d'aide auprès des pouvoirs publics sont restées sans réponse. En effet, il semble impossible à la Région, au Département, de financer un tel sauvetage qui représente un investissement que nous avons chiffré à environ 40 000 €. Or l'investissement n'est pas finançable par les institutions...

Ci-dessus, l'alignement d'une partie des casiers contenant les boites de plaques. Chaque cellule contient environ 500 clichés Ci-dessous, les boites d'origine, en carton relâchant des émanations acides qui devront être remplacées par des boites en carton neutre, particulièrement onéreuses.

Curieusement, nous savons que le fonctionnement du CRI de Nancy (conservatoire régional de l'image) est financé totalement par la Région Lorraine, abrité qu'il est dans un immeuble parfaitement équipé...Sans doute n'avons-nous pas su, jusqu'à aujourd'hui, nous y prendre pour nous faire entendre. Une chose est sûre, c'est que si rien n'est fait, nous serons devant un cas de non assistance à patrimoine en danger... Mais ne dramatisons pas : grâce à la Municipalité d'Ay, nous disposons d'un local certes rustique, mais où au moins le fonds est à l'abri, dans une pièce construite et isolée spécialement pour lui, même si nous sommes loin des conditions nécessaires à la pérennisation d'un tel trésor.

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Quelles sont les dégradations les plus fréquentes dans le fonds Poyet ? Le décollement de la gélatine de son support de verre comme on le voit ci-contre sur cette vue de la traversée d'Epernay par les fameux « taxis de la Marne » au début de la guerre de 14-18. Hors traitement humide très risqué pour lequel nous ne sommes ni assez compétents, ni équipés, et qui consiste à décoller la gélatine pour la recoller sur un nouveau support, la solution la plus simple est le recouvrement par une deuxième plaque de verre qui sera fixée par un cavalier adhésif au support.

Beaucoup plus grave, et malheureusement souvent irrémédiable, nous rencontrons à partir des années trente le mélange de négatifs en acétate de cellulose avec les clichés sur verre. Sous l'effet de l'humidité, celui-ci se décompose littéralement, en libérant de l'acide acétique.

Nous avons ainsi des trous parfois considérables dans la collection, car lorsqu'une boite est atteinte, les plaques non mitoyennes du film d'acétate de cellulose sont rongées par l'acide libéré.

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Voici par exemple l'effet sur deux prises de vues dont l'une a été pollué, et pas l'autre

Et parfois, le sort s'acharne : pollution par l'acétate ou le nitrate de cellulose (abandonné en 1934, car il était explosif !) ET décollement de la gélatine

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Il n'y a aucune dramatisation dans notre propos, mais seulement le désir de mettre en évidence l'importance de la mise en œuvre de moyens financiers et techniques pour assurer la pérennité d'un fonds photographique tout à fait exceptionnel. Une note d'espoir pour terminer : les innombrables boites encore non explorées contenant les négatifs sur plan-films (grands formats) ou les négatifs en rouleaux de format 18 x 24 mm des successeurs de Jean Poyet sont en parfait état, et seuls ceux en couleur ont subi les dégradations chimiques dues au temps, mais le traitement informatique pour les restaurer existe et est accessible... Il faudra seulement du temps, et beaucoup de bénévoles pour terminer l'exploration de cette énorme masse documentaire...

Voici le texte de l'appel que nous avions lancé dans les colonnes de l'Union le 25 octobre: Voilà 15 semaines que nous vous présentons le fonds photographique Poyet, - plus de 100 000 clichés – sauvé de la destruction il y a 22 ans. Nous vous avons déjà à plusieurs reprises indiqué sa composition : 95 000 portraits d'habitants de deux cents communes autour d’Epernay, un peu plus d'un millier de clichés sur le monde du Champagne, et le reste se répartissant entre images à caractère local – les accidents de voiture en font partie – actualités, manifestations diverses. Chaque semaine, nous vous avons présenté en raccourci quelques aspects de cette collection inestimable, et les réactions recueillies nous assurent de l'intérêt que le public des lecteurs a porté à ces présentations. Tous ces clichés, la plupart sur plaques de verre, sont actuellement stockés dans leurs boites d'origine, en carton de mauvaise qualité, et surtout diffusant dans le temps, des vapeurs acides qui peuvent nuire aux négatifs. L'ensemble des boites est rangé dans des classeurs à clapets en tôle d'acier, rachetés il y a 20 ans aux Domaines, et qui souffrent pour beaucoup de la rouille. Le local mis à notre disposition par la Ville d'Ay est certes appréciable, mais sans équipement permettant de contrôler température et hygrométrie.

Autrement dit, le fonds Poyet est en danger, et ainsi que le titre le catalogue de l'exposition de présentation de ce fonds photographique, il s'agit là d'un trésor régional d'une valeur historique inestimable. Jusqu'ici, nous n'avons réussi à obtenir aucune aide matérielle des pouvoirs publics, à part la subvention de 320 € que nous accorde la Ville d'Ay chaque année, comme elle le fait pour toutes les associations de la commune et qui participe au fonctionnement de notre association pour une partie de ses frais courants. La vente des clichés commandés par le site nous a permis d'acquérir un appareil photo numérique de qualité et un scanner permettant de faire des numérisations en haute définition. Mais ces faibles moyens ne permettent absolument pas d'envisager le début de transfert des plaques dans des supports adéquats. Nous lançons donc un appel aux dons. Pour mettre le fonds Poyet en sécurité, nous avons chiffré le transfert dans des boites en carton neutre et leur rangement dans des caisses en aluminium à près de 40 000 €. Bien entendu ne sont pas comptées dans cette somme les milliers d'heures de travail que suppose ce transfert et qui sera effectué par les bénévoles.

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Le fonds photographique du Musée d’Epernay par Jean-Jacques Charpy, Conservateur du Patrimoine Musée d'Epernay Le département photographique du Musée d'Epernay est composé de deux parties distinctes. La première concerne la documentation d'archive sur ou autour des collections. La seconde comprend des tirages papier ou des négatifs qui composent une petite partie des collections municipales. Le fonds d'archives documentaire C'est lui qui fait appel aux techniques les plus modernes et ne comprend que des documents réalisés à partir des années 1930. Il est principalement composé de clichés numériques (environ 65 000) qui documentent la partie réalisée de l'inventaire informatique. Chaque objet a été photographié sous différentes incidences afin d'en révéler certains détails. Aux côtés de certains d'entre eux figurent même des clichés radiographies liés aux traitements de restauration. A cela s'ajoutent les archives photographiques des recherches archéologiques menées par les multiples donateurs. Elles sont souvent l'œuvre d'amateurs (André Loppin, Pierre Guillaume, Robert Doublet et de nombreux anonymes) mais nous renseignent sur l'état de certains monuments, sur des situations particulières de fouilles ou nous permettent de constituer un trombinoscope des acteurs de l'archéologie régionale. Deux d'entre eux méritent d'être cités. Le premier est l'abbé Pierre Favret pour qui les talents de photographe sont reconnus dès 1908 à l'occasion des fêtes de béatification de Jeanne d'Arc. On possède même certaines diapositives émaillées sur verre qu'il utilisait lors de conférences publiques. Le second est André Merlino, photographe dont le studio était installé rue de Reims à Epernay et qui a été l'un des premiers, sinon le premier localement, à faire des clichés aériens des fouilles (ex. Vert-Toulon) d'André Brisson dès la sortie de la seconde Guerre Mondiale. A côté des photographes amateurs, le musée a utilisé les services et les talents de professionnels locaux qui, outre André Merlino déjà cité, sont essentiellement MM Christian Bedoy (1983-1992) qui officiait à Aÿ et depuis Patrick Guérin à Epernay. Ils ont à eux deux réalisé plusieurs milliers de clichés principalement sous forme de diapositives.

Fig. 1 : Mme Colin : photographie de cette centenaire de Montmort prise en 1888. (n° inv. 928.39.01.) tirages papier et rassemble des documents issus de plusieurs donations et d'achats, voire de documents de travail. Le second n'est constitué que de clichés réalisés par l'atelier Poyet d'Epernay. Le fonds ancien de tirages Sa constitution débute au tournant du 20e siècle par la création, au musée d'une galerie de portraits des Maires et Adjoints de la Ville (environ 10 tirages) puis, elle s'est trouvée complétée, entre 1930 et 1939, par une seconde galerie de portraits d'hommes liés au champagne (Edouard Werlé) ou de personnalités (Dr Albert Verron, chirurgien de l'hôpital d'Epernay d'ailleurs signé J. Poyet cf. fig. 3). C'est à Edmond Henry, Conservateur et Bibliothécaire, que l'on doit cet enrichissement d'une cinquantaine de tirages photographiques. Le hasard de quelques donations a fait entrer d'autres tirages

Le fonds photographique de collection On peut le sérier en deux ensembles. Le premier est composé presque uniquement de

(ex fig. 2 ou fig. 5).

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Fig. 2 : M Claude Chandon de Brialles. L'auteur du cliché, extrême fin 19e ou début 20e s. est Paul O'Doyé, photographe parisien probablement d'origine irlandaise dont le studio était installé 49, avenue Victor Hugo à Paris. (inv. 916.01.103bis) : ce superbe portrait, très révélateur fixe les traits du personnage : le collectionneur (les céramiques de biscuit de Wedgwood qui sont dans la vitrine ont été léguées au musée en 1916), le charme feutré de la bourgeoisie, l'homme élégant aux côtés "British", le dirigeant s'informant par la presse.

Ainsi trouve-t-on en 1928, un tirage d' E Labbé, figurant le portrait réalisé le 26 août 1885 à l'occasion du centenaire de Madame Colin (1785–1886), une habitante de Montmort (fig. 1). Issu des archives de l'abbé Favret, on trouve une série d'une cinquantaine de photographies aériennes de 14-18 illustrant les destructions de Reims, le front dans le secteur de Vouziers (Ardennes) ou encore l'utilisation des gaz sur le front de la Somme. Elles témoignent de la fascination des merveilleuses machines volantes qui animait l'esprit de l'ancien conservateur du musée d'Epernay. On peut ajouter une série de photographies positives et stéréoscopiques laissées par Arnold van Gennep, le fondateur de l'ethnographie moderne française dont la fille fut bibliothécaire à Epernay (1941-1972). Plus récemment, on a acheté quelques reproductions du photographe agéen Franjoux dont une a été reproduite, il y a une dizaine d'année, aux Rencontres photographiques d'Arles : contrôle de gendarmerie dans un campement nomade à Aÿ (circa 1900). A l'occasion de deux expositions, le fonds photographique du musée s'est enrichi de trois tirages noir et blanc de Gérard Rondeau (Le piqueur, Place de la République et le café Konia de Bernon) et de deux cibachromes du photographe fribourgeois René Bersier.

Le fonds Poyet On a gardé pour la fin l'acquisition, faite par "Les Amis du Musée" en 1990, d'un lot de quelques 600 clichés sur plaques de verre ou support souple provenant du fonds Poyet. Cet achat s'est fait auprès d'un particulier. Il se compose essentiellement de plaques relatives à l'activité champagne (C.I.V.C., Couvreur, Duminy, Gardet, Giesler, Gauthier, Felix Potin, …) et à des événements sportifs ou patriotiques qui se sont déroulés à Epernay ou dans la proche région (Ballon Ville d'Epernay, fêtes sportives, accident d'une jeune parachutiste, course automobile en vallée de Marne, vues aériennes d'Epernay, prises d'armes au Quartier Margueritte,…). C'est donc un fonds diversifié et témoin de l'activité ou d'événements locaux qui compose l'ensemble du fonds photographique du Musée d'Epernay. Il s'y ajoute des documents qui couvrent l'histoire nationale et qui pour certains ont participé à des expositions créées par des musées (exemple à Narbonne "Bon vent, vent mauvais" avec la photographie de l'utilisation des gaz sur le front de Somme) ou des manifestations internationales comme celle citée ci-dessus sur une demande amicale de Gérard Rondeau.

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Fig. 3 : Portrait de M. Charles de Cazanove, par Jean Poyet daté de 1903, ( n° inv. 934.28.03).

Fig. 4 : Portrait de l'abbé Favret, sans doute en 1931, à la suite de la remise de la décoration d'Officier d'Académie. Tirage original signé J. F. Poyet (non inventorié).

Fig. 5 : Cliché (n° inv. 936.01.513) de Gustave Boscher daté de 1884 au plus tôt. Photographe parisien de studio, installé 40bis rue de Wagram. Il était photographe et peintre, membre de la Société française de Photographie de 1878 à 1894. Le portrait figure Jules Claine (1856 Les Essarts le Vicomte - 1939 Paris), explorateur puis diplomate. Peut-être que les deux hommes se sont rencontrés pendant leurs études aux BeauxArts de Paris ? Jules Claine a été nommé citoyen d'honneur de la Ville d'Epernay le 28 décembre 1936 pour le don de sa collection.

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Goyard d'hier et d'aujourd'hui Jean Goyard, originaire de Bourgogne créa sa distillerie à Ay Champagne en 1911. Dans les années trente, il dispose de 12 machines à distiller identiques à celle photographiée par Jean Poyet le 16 avril 1935. La même de nos jours, mais en couleurs, trône dans la cours des bureaux de l'actuelle entreprise Goyard.

L'entreprise connut un développement considérable. les machines à distiller de la distillerie Jean Goyard se déplacent jusqu’aux frontières des Vosges, de l’Yonne des Ardennes. Les fruits distillés sont : les pommes, les cerises, les mirabelles, les quetsches etc… Cette activité se développera jusqu’à la fin des années 50, date à laquelle le gouvernement Mendès-France supprimera le privilège en supprimant la transmission.

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A partir des années 25 Jean Goyard rend son activité plus sédentaire. Il aménage un atelier fixe à Ay. Il diversifie son activité commerciale. A côté de sa production d’eaux-de-vie de marc et de vins il démarre une production de Ratafia. Il entame un commerce de rhums qu’il achète en vrac au Havre. Il distribue également du cidre.


Ci-dessous, en fin de vendanges, le tas des marcs récoltés est impressionnant. Ce sont 90 000 tonnes qui seront traitées entre deux vendanges.

Prise de vue du 15 octobre 1924

29 septembre 1944

Durant la seconde guerre mondiale la distillerie comme toute la Champagne vivra au ralenti. La famille Goyard sera très affectée par le bombardement d’août 1944 à Ay. L’entreprise également connaîtra des destructions. Jean Goyard fatigué, malade, décède en Janvier 1946. Ces deux gendres Louis Morot et Roger Keene vont entreprendre une reconstruction de l’entreprise.

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A gauche de l'image, la cheminée du nouveau four à masse organique qui fera faire de grandes économies de gaz à l'entreprise.


A gauche une colonne de distillation photographiée par Jean Poyet en 1935.

Ci-dessous, celle en activité actuellement

Chargement du tamis vibrant qui va séparer les pépins de raisins de la pulpe et des aignes. Les extraits de pépins de raisin concentrent des polyphénols appelés OPC. Ceux-ci ont des propriétés antioxydantes incomparables

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Ci-contre, les foudres de vieillissement photographiés en 1935.

Ci-dessous, tous ces futs sont emplis de Marc de Champagne en vieillissement. Que ce soit en bâtiment de surface ou en cave, il y règne une odeur extraordinaire !

Une ancienne pompe est devenue objet décoratif...

Machine à embouteiller le ratafia

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Au début du XX° siècle, la plupart des photographes citadins étaient comme Jean Poyet installés dans des magasins. Ils succédaient à une première génération de photographes « en chambre » . Leur formation était à peu près la même : en général excellents dessinateurs, ils pratiquaient essentiellement le portrait, pour certains un peu de reportage, et au cours de la première moitié du siècle, leur pratique n'a pas cessé de se diversifier comme nous l'avons vu pour notre photographe sparnacien qui a été entraîné par ses clients dans leurs entreprises de production de champagne, puis il a été amené à faire des reportages d'actualité, des photos scolaires, enfin, à sortir d'une pratique unique. Si Jean Poyet a publié quelques cartes postales, son collègue Franjou, installé à Ay, a été un véritable producteur de cartes postales. Sans doute plusieurs milliers. Ce métier de photographe n'a cessé d'évoluer, avec les techniques, avec la vulgarisation du matériel de prise de vue, si bien qu'à notre époque, lorsqu'un photographe décline sa profession, on est obligé de lui demander de préciser ce qu'il entend par « photographe ». Afin d'essayer d'apporter une modeste réponse, nous allons nous intéresser à des photographes de notre région, et dans un premier temps, nous examinerons la pratique de deux professionnels bien connus en Champagne :

Jean Christophe Hanché, qui vient de présenter son travail sur le camp de réfugiés de Dadaab à la Cartonnerie à Reims.

Jacques Mathieu, photographe scolaire que nous avions rencontré l'an passé lors du marché de l'occasion organisé par le Clic Clac Club de Cormontreuil, et qui nous a enthousiasmés par son enthousiasme.

C'est par lui que nous ouvrons cette série de portraits.

Jacques Mathieu a l'habitude de dire que le photographe scolaire est le portraitiste du pauvre...

Photo de classe prise par Jean Poyet en 1903 à l'école Sainte Marie. Sa fille Marguerite qui a alors 5 ans est au troisième rang, la 6° en partant de la gauche. A remarquer les tenues très élégantes de toutes ces petites filles parmi lesquelles sont noyés deux petits garçons au crane presque rasé comme c'était la coutume à cette époque.

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C'est avec une certaine émotion que Jacques Mathieu nous présente sa première tireuse contact bricolée avec des bouts de novopan et avec laquelle il fit ses premières cartes photographiques comme ci-contre il y a plus de 45 ans !

Comme dans beaucoup de destins professionnels, le hasard, les rencontres ont fait de Jacques Mathieu, jeune ajusteur travaillant dans une entreprise qui fabriquait les premières boites noires des avions, un amateur photographe passionné de prises de vues et de techniques de laboratoire. Pendant son service militaire en Afrique, il devient le photographe de son régiment et tire le portrait des appelés du contingent. De retour en France, il se marie à Reims et travaille quelques années comme ajusteur à Reims Aviation, mais la petite graine photographique va rapidement germer sur un terrain si favorable. A la naissance de sa fille, il bricole la tireuse présentée ci-dessus, et avec un appareil prêté par un copain, fait ses premières cartes. L'une d'elle est envoyée à l'ancienne institutrice de sa femme devenue directrice qui en retour lui demande de venir réaliser des photos dans son école. Sa première école. Après avoir été totalement dissuadé de se lancer professionnellement dans ce secteur d'activité par un photographe en place à Reims – le créneau de la photo scolaire étant paraissait -il pris par de très grosses entreprises – Jacques Mathieu ne tient aucun compte de cet avis et se lance.

Les débuts sont très difficiles, et par manque de moyens, il lui arrive même de mettre son appareil en gage au crédit municipal en attendant d'être réglé par ses clients... Vite débordé par les demandes – nous verrons un peu plus loin les raisons de ce qui pourrait, à première vue sembler un miracle de réussir dans un secteur si concurrentiel- il est d'abord aidé par son épouse à la prise de vue. Pendant une quinzaine d'années, ils ne se consacrent qu'à la prise de vue, faisant faire les développements et tirages par un laboratoire parisien. En 1978, Jacques Mathieu crée son propre laboratoire, et ne trouvant pas sur le marché le matériel qui lui semblerait optimal, il le fabrique, aidé par un professeur d'école technique, Monsieur Sylvere Cadel et par Christian Lantenois, ajusteur aussi de formation, qui est maintenant reporter à l'Union. Nous avons eu le privilège de voir ce matériel, d'un niveau technologique surprenant qui lui permettait – en résumant beaucoup- de faire au tirage ce que les objectifs en tourelle permettent de faire à la prise de vue, sortant ainsi des planches de photographies comportant plusieurs formats sur la même feuille.

L'un des vieux Pentax avec chargeur de 250 vues utilisé dans les écoles par Jacques Mathieu et ses collaborateurs.

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Dans les ateliers Mathieu cohabitent pour encore quelques temps la vielle machine ci-contre, qui sort les images en rouleau et la nouvelle, cidessous, beaucoup plus compacte, moins gourmande en produits chimiques, la protection environnementale étant l'une des priorité de l'actuel dirigeant, le dernier fils de Jacques Mathieu, David.

Traitement informatique et préparation des commandes

En visitant l'entreprise, nous avons été frappés par la recherche permanente de la qualité, par la modernité, par l'innovation. Le passage au tout numérique s'est fait il y a presque dix ans, apportant à l'entreprise une productivité incroyable. Chaque année, L'atelier Mathieu édite 160 000 prises de vues. A titre de comparaison, rappelons que le fonds Poyet, constitué de 1902 à 1985 comporte 100 000 clichés... Et pour revenir sur son succès, il est en filigrane dans la charte affichée dans l'atelier que nous ne saurions reproduire tant elle servirait à la concurrence, mais que nous pourrons résumer en quelques mots : sérieux, rapidité, qualité des prises de vues, comme si rien n'était jamais acquis, et amour des enfants indispensable pour saisir de manière vivante les jeunes frimousses...

Et il faut reconnaître que d'être guidé dans ces locaux par Jacques Mathieu lui-même est une leçon d'enthousiasme en même temps que de modestie. Une note amusante pour finir, contrairement à ce que l'on pourrait croire, la photo scolaire devient souvent dans les familles le seul tirage papier que l'on ait des enfants, la banalisation de l'image numérique se contentant d'un stockage sur le disque dur des ordinateurs, sans rien à « toucher »...

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Autre regard par Pauline Godart Entre coups d’audace et rencontres fortuites, Jean-Christophe Hanché, photographe rémois oscillant d’ici en ailleurs et de drames humains en intimes expressions de bonheur, s’est construit une place hors des circuits. Une bonne étoile semble le suivre qui fait pulser sa vie, affinant toujours son sens de l’autonomie, sa conquête d’idées et son insaisissable envie de bouger... le monde avec lui.

Cathédrale de Reims, photographie argentique

Jean-Christophe Hanché avance de parenthèse en parenthèse, multipliant les expériences et conscient que la vie va ainsi : succession d’élans et de bilans le poussant à explorer des terrains divers, du mythique reportage aux sages émotions, tiraillé entre l’esthétique de son travail et ce que celui-ci peut raconter. Car depuis l’enfance et ses premiers clichés, plus que l’encombrement technique, il cherche pour chaque déclenchement un résultat empreint de profondeur et de spontanéité.

dans de plus grands projets. Ses échanges et l’intimité instaurée avec un cinéaste hollandais, Johan van der Keuken, tandis qu’il le suivait de près dans son travail, lui ont donné la clef : Jean-Christophe Hanché, dont l’envie de mouvement avait jusqu’alors été écartée, devait partir pour mieux rebondir dans la réalité.

Il fournit, dès ses premiers pas dans le monde de la photo, suivant une flopée de personnalités dans l’intimité de leur visite à Reims, un travail de qualité. « Je me souviens tout particulièrement de Jean Baudrillard et de sa perspicacité : j’ai été bluffé par la pertinence du regard qu’il a porté sur mes clichés ». Une rencontre plutôt encourageante pour le photographe qui, entre humilité et pudeur assumées, s’étonne encore des honneurs d’un public aussi admiratif qu’atteint parfois d’une pesante curiosité. Suivront quelques mariages, du packshot en studio et l’envie, beaucoup moins alimentaire, de se lancer

Les clichés de son 1er voyage, une expérience humaine intense à laquelle il prendra goût dans un camp de réfugiés au Sierra Leone, sac au dos et sans point de chute, n’intéresseront personne. « J’ai tout de suite compris les contraintes d’une actualité à laquelle il faut sans cesse coller. Sans elle, difficile de progresser ». L’ONG rencontrée sur place, Première Urgence, le contactera cependant deux ans plus tard pour une commande dans les camps de réfugiés palestiniens au sud-Liban.

Des images aux voyages

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JĂŠrusalem Est, photographie argentique

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Vallée de l’Ardre, photographie argentique Le photographe était lancé, enchaînant un reportage sur les SDF et les Restos du Cœur, un bidonville de roumains à la Courneuve, un autre pendant la guerre d’Irak et des départs réguliers pour Sangatte, d’où il rapporte l’inhumanité régnant dans une forêt d’âmes errantes et esseulées. Son dernier voyage en mai 2009, dans le plus grand camp de réfugiés au monde (300 000 personnes survivant à Dadaab, au Kenya, entre manque d’hygiène, de nourriture et perte d’identité), a fait l’objet d’un livre présentant en images l’épiphénomène d’un conflit politique solvable à échelle mondiale. « Si je peux trouver l’info et montrer des faits, tout le monde peut s’y intéresser et en parler. Je continue de croire qu’il n’y a pas de fatalité : l’histoire l’a prouvé, tous les murs peuvent tomber ».

Vous pouvez retrouver une sélection des photographies de Jean-Christophe Hanché sur son site internet : www.jeanchristophehanche.com

Le livre « DADAAB » regroupant les photos de son dernier reportage sur le plus grand camp de réfugiés du monde est actuellement disponible en librairie Désireux cependant d’effacer l’image de « reporter sans frontière » qu’on lui a collée, le rémois garde les pieds sur terre et veut également fixer les évènements de proximité. « Pour le public, la misère en Afrique relève presque de la normalité. Travailler sur des projets locaux permettrait de révéler la responsabilité collective face à ces situations souvent niées ». Se refusant au spectaculaire et n’usant pas du pouvoir choc des photos pour marquer la conscience du public, J-C Hanché leur préfère la vision d’une vie ordinaire ; les petites choses du quotidien traduisant mieux la profondeur de l’humain – quitte à prendre le spectateur par la main pour le faire entrer dans la réalité d’une idée imprimée – que le scandale et la misère donnés à lire au premier regard.

ou par correspondance en envoyant votre règlement de 25€ à : JC Hanché BP 2098 51100 Reims

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Dadaab, le plus grand camp de rĂŠfugiĂŠs du monde : photographie argentique

Salzbourg, photographie argentique

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A propos du fonds photographique des archives municipales par Francis Leroy

(cote : AM série 1S1 et 1S2 - albums de la période 1919 - 1931 et de l'hôtel Auban-Moët respectivement). Si les Archives d'Epernay ne conservent pas un fonds important de photographies anciennes - ce qui n'en sera pas de même pour le fonds actuel - il n'empêche que plusieurs pièces peuvent être signalées.

Ainsi en tout premier lieu deux albums de l'architecte rémois Alphonse Gosset. Et ce pour une photographiques, l'un relatif à l'hôtel Auban-Moët somme d'un million de francs d'alors. (devenu propriété de la Ville d'Epernay par acquisition L'album nous remémore le décor au quotidien de l'immeuble en 1919) et l'autre couvrant les des époux et de la famille Thomas- Van Bomberghem. évènements officiels depuis 1919 jusqu'au début des années 1930. L'album de l'hôtel Auban-Moët regroupe des photos de grand format (24,5 x 29,5 cms) de Paulus, l'autre photographe emblématique du XX° siècle à Epernay. Toutefois, elles n'illustrent que le hall, les salles du rez-de-chaussée, l'escalier d'honneur ainsi qu'une vue elliptique de l'étage. Nous conservons les plaques photographiques de ces photos. Rappelons qu'à la fin de la Guerre 1914-1918, la Municipalité et les Agents se trouvaient dans une impasse pour la construction d'un nouvel hôtel de ville. Après avoir fait table rase de l'espace, emplacement de l'ancienne abbaye et de l'église 19ème, et posé la première pierre le 31 mai 1916, le projet architectural ne put jamais être réalisé. En effet les prix avaient largement augmenté depuis 1913 et de plus les entreprises avaient en partie disparu. Il ne restait dans cet espace nu que le portail saint Martin qui avait été Francis Leroy nous présente le deuxième album déplacé pour la circonstance. C'est alors qu'une proposition fut faite par Mme Thomas-Van Bomberghem, belle-fille de M. Auban-Moët et son unique héritière, à savoir que la Ville puisse acquérir le magnifique hôtel de son beau-père, oeuvre de l'architecte Victor Lenoir et le parc attenant, oeuvre - 43 -


La majorité des photos évènementielles du second album est partagée entre les photographes Paulus et Poyet. Voici le descriptif : > 17 juillet 1919 : remise de décoration à la religieuse sainte Barbe. Marguerite Haudot, en religion soeur sainte Barbe, a est décorée de la croix de Guerre en reconnaissance de son dévouement à l'hôpital lors des grandes journées de juillet 1918, quand les Allemands s'acharnèrent sur la ville, multipliant les bombardements aériens et parvenant quasiment aux portes de la Ville (photos non signées). > 27 juillet 1919 : remise des fanions d'honneur à des bataillons alliés, notamment le 2° Bataillon d'Assaut de l'armée italienne, commandé par le général Alberto Albricci. C'est en cette circonstance que le général, alors ministre de la Guerre et le prince Brancaccio remettent à la Ville d' Epernay, la Croce di Guerra (la croix de guerre italienne) qui accompagnera désormais la croix de Guerre 1914-1918 dans les armoiries de la ville (photos non signées mais numérotées). > 8 février 1920 : remise de la Croix de Guerre à la Ville d' Epernay et inauguration de l'hôtel de ville par Raymond

Poincaré, président de la République. Dans son discours d'inauguration, le Président rappelle qu'il avait séjourné à Epernay dans le quartier de la rue de l'hôpital en 1914, après la 1ère Bataille de la Marne. Mais quelle tristesse lorsqu'il était revenu en septembre 1918, avec Léon Bourgeois, alors président du Sénat, devant tous ces immeubles démolis, toutes ces ruines amoncelées. Au cours de cette cérémonie, plusieurs récipiendaires reçurent la Légion d'Honneur et notamment le maire Eugène Jacquet. Auparavant, le président Poincaré avait été se recueillir au monument aux morts des combattants volontaires de 1870, au cimetière municipal, et rencontré les Anciens Combattants et Mutilés de Guerre. Les photos de format 7,7 x 11,2 ne sont pas de grande qualité et ne sont pas signées. 11 novembre 1920 : remise de la Légion d'Honneur à Maurice Cerveaux et Paul Dépuiset, futur, Maire à l'occasion de la commémoration du Cinquantenaire de la République (photos non signées)

> 29 mai 1921 : Manifestation franco-italienne - Le général Albricci, citoyen d'honneur d'Epernay, accompagné de l'Ambassadeur d'Italie, le comte Bonin-Longare, remet à la Ville le diplôme de la Croix de Guerre (cf. supra), en présence du ministre de la Guerre Barthou, et du maréchal Pétain (photos 9 x 14 de Jean Poyet ; 3 photos 16,5 x 11,3 de H. Paulus).

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> 9 juin 1921 : Visite de M. Lefevre du Frey, ministre de l'Agriculture. La cérémonie se passe au jardin de l'Horticulture (photos H. Paulus). > 3 juillet 1921 : visite du sous secrétaire d'Etat aux Régions libérées, M. Lugol, aussi maire de Meaux, qui vient remettre aux Communes de Damery, Venteuil, Mareuil le Port et Fleury la Rivière la Croix de Guerre. Son représentant, le préfet de la Marne, M. Brisac inaugure la Kermesse de bienfaisance qui suit et occupe tout le Jard (photos non signées - formats : 9 x 14 ; 11,3 x 16 ; 9,5 x 16). Une photo attire l'attention : la reconstitution du match de boxe Carpentier - Dempsey. > 2 juillet 1922 : Fête franco-italienne. Réception du comte Sforza, ambassadeur d'Italie, allant se recueillir au cimetière de Bligny, nécropole des combattants italiens (photos H. Paulus : hôtel de ville ; et non signées pour la cérémonie religieuse en l'église saint Pierre saint Paul d'Epernay). > 20 août 1922 : Réception de la Good-Will, association de bienfaisance féminine américaine (?), équivalent de l'Union d'Entraide des Femmes Françaises (4 photos : H. Paulus ; format : 10,5 x 16). > 3 septembre 1922 : le corps des Sapeurs-Pompiers d'Epernay, sur les marches du perron de l'hôtel de ville(photo de groupe 13 x 23, non signée)

> 11 novembre 1922 : anniversaire de l'Armistice (4 photos non signées 9 x 13,9

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> 18 juin 1923 : Grande Semaine du Champagne. Cette manifestation a été l'une des plus importantes de l'entre deux-guerres et a contribué à promouvoir le champagne. Dans l'album sont représentées les journées du 18 juin 1923 : visite de M. Chéron, ministre de l'Agriculture, inaugurant les stands installés sur le Jard et l'exposition de la Société d'Horticulture dans leurs locaux actuellement école maternelle (12 photos H. Paulus de 11,1 x 16,3). > 23 juin 1923 : c'est le fameux défilé des Muses. L'essentiel des vues est situé à l'issue de la rue saint Martin - actuelle place "du pressoir". (série de photos de H. Paulus). A la suite pleine page de la réception des Muses à l'hôtel de ville (photos de H. Paulus petit et grand formats). > 25 juin 1923 : festival de gymnastique (3 pages de photos H. Paulus, dont le salut des gymnastes) > 1er juillet 1923 : Inauguration du Collège de Garçons (actuel lycée Léon Bourgeois). Oeuvre de l'architecte local Henri Piquart, qui avait réalisé celui de Châlons, cette manifestation se déroula en présence du Recteur de l'Académie de Paris, Appell, académicien et du ministre de la Marine Raiberty et du baron ambassadeur Avezanna italiens, venus pour la traditionnelle fête franco-italienne (photos 9 x 14 : J. Poyet). > 6 juillet 1924 : Inauguration du monument aux Morts de la Grande Guerre. Ce monument, oeuvre de l'architecte sparnacien Henri Giraud et du sculpteur Jules Dechin, ancien prix de Rome, fut réalisé grâce notamment à une souscription publique. La manifestation fut présidée par le ministre des Pensions Bovier-Lapierre et l'ambassadeur

d'Italie, le baron Romano Avezanna (photos 9,8 x 14,8 cadrées J. Poyet). > 12 juillet 1925 : manifestation franco-italienne, sous la présidence de Maurice Lévy, maire et de l'ambassadeur d'Italie, le baron Avezanna, en présence du Président du Conseil des ministres, Paul Painlevé. Traditionnellement, la délégation italienne s'était d'abord rendue au cimetière italien de Bligny. C'est en cette circonstance que se déroula à Epernay, la Course au Flambeau de Verdun à Paris par relais (Photos diverses : 4 de format 11,8 x 17 : H. Paulus - 1 format 9 x 14 : modern photo rue de Reims - 5 de même format mais avec bande, dont 4 consacrées à la course au flambeau : éditions photographiques Ch. Brunel à Matougues). On relève dans la liste des invités les photographes Paulus - Poyet et Petit. Ainsi que Braun, rue Saint Remy. > 30 août 1925 : Ina uguration du pont de Cumières, en présence de Maurice Lévy et Gaston Poittevin, député (4 photos J. Poyet). > 30 mai 1926 : Déjeuner du club des Cent, au théâtre municipal. Le club des Cent avait pour but de "maintenir les traditions culinaires et viticoles"(photos 9 x 13,6 cadrées, non signées). > 27 juin 1926 : Concours du plus beau bébé, organisé par la Consultation des nourrissons, à l'hôtel de ville. Complété par la remise de médailles de la Famille Française (série de 18 photos de format 12 x 17 ±: H. Paulus).

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> 27 juin 1926 : fête des Tonneliers : vin d'honneur dans les celliers de la maison de champagne de Venoge (9 photos de format 12 x 17 ± et 15,7 x 21,6 : H. Paulus). > 19 septembre 1926 : Inauguration de l'hôtel des PTT par le ministre du Commerce, M. Bokanowski (5 photos 12 x 17 : H. Paulus). > 23 octobre 1928 : Inauguration du Refuge des Cheminots par M. André Tardieu, alors ministre des Travaux Publics, à Saint Martin d'Ablois (série de 7 photos 8,5 x 14± : Poyet). Après ce sont les dernières pages discontinues. > 5 juillet 1931 : visite de l'Amicale de la Marne à l'Auberge de Belle Vue et déjeuner au grand Foyer du théâtre (6 photos de format 12 x 17 : E. Libera à Epernay + photo 8 x 13 dans encadrement 13 x 18 & photo 13 x 18 non signées, prises au Foyer. On reconnaît le Maire, Paul Depuiset. > 28 juillet 1931 : visite de représentants de la presse Latino-Américaine (photo de groupe [8 x 13 dans encadremement 13 x 18] sur les marches du perron de l'hôtel de ville ; non signée). Enfin hors album 4 juillet 1927 : réception des Reines de Paris, Reims et Epernay à la maison Moët & Chandon (photo 15,3 x 20,3 dans encadrement 27,5 x 35,5 : J. Poyet). Il existe dans nos collections un dossier sur l'élection de la Reine d'Epernay le 25 avril 1926 (série 1I8). Il se trouve 2 photos de J. Poyet représentant la Reine, Mlle Soulier et ses deux dauphines l'une en ovale ; l'autre en cercle.

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Dans le numéro précédent de notre bulletin, nous avions rapporté un article paru le 27 avril 1895 intitulé « Reproduction des photographies à distance ». Il s'agissait ni plus ni moins que de la télécopie des images, il y a ...104 ans ! Nous poursuivons notre étonnement par rien moins que le « photomaton », ou presque, présenté pour la première fois lors de l'exposition universelle de 1889. Les amateurs de technologie devraient saliver à la lecture de cet article paru dans la revue « La Nature » cette même année. Comme souvent dans cette revue, à cette époque, les dessins sont de Louis Poyet, l'oncle de notre photographe sparnacien Jean Poyet.

LA PHOTOGRAPHIE AUTOMATIQUE L'attention des visiteurs à l' exposition de 1889, sera très certainement attirée par un appareil qui va être prochainement exposé par M. Enjalbert, dont La Nature a déjà décrit plusieurs fois les ingénieuses inventions. Cet appareil, dont la figure 1 représente l'ensemble, est destiné à exécuter toutes les opérations photographiques nécessaires pour obtenir le portrait du modèle qui s'est placé dans un fauteuil ad hoc, et qui a, au préalable, déposé une pièce d'argent dans la caisse. La figure 2 montre le détail de la partie extérieure de l'appareil. A droite, l'indication de la pièce qui doit être introduite dans la caisse pour mettre l'appareil en action; à gauche, un repère pour fixer l'œil du modèle pendant la pose. Au-dessus, une série de cadrans divisés en secteurs sont parcourus par des aiguilles qui indiquent à chaque instant l'opération qui s'exécute à l'intérieur de l"appareil. Quelques instants avant que la pose ne commence, l'aiguille du deuxième cadran passe sur les mots : Préparez-vous, puis attention, et dès qu'elle arrive au secteur noir portant le mot pose, celle-ci commence et la sonnerie que l'on aperçoit au-dessus des cadrans fonctionne pendant toute sa durée qui est habituellement de 3 à 6 secondes. Au bout de quelques instants, l'opération totale ne durant quc cinq minutes, le portrait sort terminé par le côté. En somme, l'appareil de M. Enjalbert prépare la couche sensible, l'impressionne, la développe et la termine par un séchage et un vernissage, le tout sans opérateur. M. Enjalbert,, a adopté un procédé qui n'est plus guère employé que par les photographes forains, mais qui a l'avantage de donner le résultat en quelques instants. Ce procédé connu sous le nom de ferrotypie, consiste à faire une épreuve au collodion humide sur une plaque de métal très mince recouverte d'un vernis du Japon parfaitement noir et glacé. L'épreuve, quoique négative, se détache en positive par réflexion, et grâce au fond noir donné par le vernis elle apparaît suffisamment nette. On peut observer les mêmes résultats avec les négatifs ordinaires, et beaucoup d'opérateurs ont l'habitude de mettre leur cliché sur leur manche ou devant une étoffe sombre pour voir l'image en positif. Si les avantages de la ferrotypie sont multiples, elle offre l'inconvénient de nécessiter des opérations multiples, car il faut préparer la plaque ferrotype de toutes pièces, c'est-à-dire la collodionner, la passer au bain d'argent, puis, après la pose, effectuer les opérations du développement, du fixage, du lavage, du séchage et du vernissage. Tout cela se fait mécaniquement dans l'appareil automatique. Pour satisfaire notre curiosité, enlevons le devant de l'appareil, et examinons l'intérieur, qui est d'un réel intérêt. La partie inférieure renferme des accumulateurs électriques actionnant un moteur électrique. La partie supérieure contient les divers récipients avec les divers produits nécessaires; la partie moyenne, tout le

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mécanisme qui permet de réaliser les diverses opérations photographiques (fig. 3). Nous renoncerons à décrire d'une façon précise ce mécanisme admirablement étudié et réalisé. Nous dirons seulement que si l'on ouvre l'appareil, et qu'on le regarde fonctionner, on voit d'abord la colonne qui contient les plaques superposées et séparées par des cadres qui serviront à encadrer les épreuves une fois terminées. Ces plaques sont saisies par un chariot et poussées par le premier support mobile.


Le chariot en se retirant dégage le cadre qui sort de Dans ce compartiment, la glace est développée, lavée, l'appareil par la gauche. fixée et lavée à nouveau. Le mouvement giratoire du support l'emmène au-dessus d'un entonnoir et sous le robinet de Vient ensuite le collodionnage. Dans un récipient à développement, toujours dans le sens de l'égouttement de niveau constant, ou fontaine intermittente, II (fig. la plaque, pour éviter les taches. Le robinet est terminé en 3),M.Enjalbert fait plonger un compte-gouttes qui forme de pomme d'arrosoir aplati qui distribue le liquide en pénètre par une ouverture du couvercle, formé d'une membrane de caoutchouc destinée à éviter toute un jet plat. L'eau, pour le lavage, passe également dans la évaporation. Le compte-gouttes amorcé est relevé même pomme d 'arrosoir nettoie, en même temps qu'elle verticalement pour déposer le collodion sur la plaque lave la plaque, le robinet, pour éviter tout dépôt occasionné convenablement t inclinée. Pour ces opérations, la par le bain de développement. La glace est ensuite plongée plaque est saisie par des supports que le dans la cuvette de fixage, F, contenant du cyanure de courant transforme au moment voulu en électro- potassium et revient ensuite pour être lavée une dernière le quatrième compartiment la plaque est aimants. Une fois que la plaque a été égouttée, et fois. Dans que le collodion a été assez évaporé, elle est saisie d'abord lavée à l'alcool et ensuite vernie à la gomme laque ; par un crochet et poussée sur le support de la se- elle reste quelques temps pour se sécher au-dessus d'un conde case. La plaque est plongée d'un seul coup tube chauffé intérieurement par une lampe spéciale. La pladans la cuvette de nitrate d'argent D et y reste que vient ensuite s'engager dans une canalisation qui la Après toutes les l'espace d'une minute. Pendant ce temps, elle est projette au dehors de l'appareil. secouée plusieurs fois, principalement à la fin, pour opérations, la plaque tombe dans un conduit qui la livre au client. Toutes les opérations sont terminées et n'ont faciliter le dégraissage, du collodion. La plaque vient ensuite en place pour la pose, en C. La pose demandé que cinq minutes. est réglée à l'avance et aussi souvent que les circonstances l'exigent, par une touche triangulaire qui se rapproche ou s'éloigne du centre Enfin, en dernier lieu, ce qui nous frappe le plus dans du commutateur et qui prolonge ou diminue le l'appareil de M. Enjalbert, c'est le talent et l'ingéniosité qui contact de l ' o b t u r a t e u r. Pendant tout le temps ont présidé à son exécution. Nous nous permettrons, pour que l'obturateur reste ouvert, un timbre, notre modeste part, de féliciter vivement M. Enjalbert de sa comme nous l'avons dit précédemment, prévient très curieuse invention, et nous espérons que les lecteurs de qu'on n'a pas à bouger. L'épreuve impressionnée est La Nature éprouveront autant d'intérêt que nous, à l'étude saisie comme la première case par un crochet qui la de cet appareil nouveau et original. pousse sur le support de la troisième case. Albert Londe

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Dès le jeudi matin, c'est la foule des grands jours dans toute la petite ville. La sonorisation nous enveloppe de bruits de nature, et c'est assez drôle, car au moment ou le cri des grues nous submerge, dans le ciel de Montier en Der, un vol de ces gracieux volatiles croise la traînée d'un avion de ligne...

Beaucoup de lieux d'exposition, avec même une décentralisation à Giffaumont. Douze stations très éloignées d'un chemin de croix. C'est un plaisir total. C'est presque trop pour reprendre l'expression à la mode : c'est finalement plus la mise en valeur des images qui retient notre attention que le contenu de celles-ci, toujours beau et pittoresque. C'est un hymne à la nature.

Frans Lanting, photographe américain et parrain du festival présente une sorte de tour du monde pour surprendre la naissance de la vie sur la terre des origines à aujourd'hui, ce qui nous vaut cette superbe vue de pieds qui n'ont jamais connu ni chaussettes, ni chaussures, ni d'ailleurs d'autres terrains que ceux de la forêt amazonienne du Pérou.

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Et dans tous les sites du festival, des quantités d'enfants . C'est un désir des organisateurs que de sensibiliser les scolaires à la beauté de la nature et à sa fragilité, et de leur faire adopter un comportement responsable et solidaire.

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Nous avons été particulièrement séduits par les images de David Meïer, photographe naturaliste régional, présentées en extérieur, tirées sur de grandes toiles tendues

Une très belle exposition en hommage à Willy Ronis présentait son jardin secret : son amour de la montagne dans l'abbatiale de la ville, et comme un clin d'œil, le reflet d'un vitrail est venu faire une petite caresse sur l'une des images...

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Dans l'abbatiale de Montier en Der, l'hommage à Willy Ronis voisine avec la présentation en grandes diapositives de photos d'Olivier Grunewald : découverte spéctaculaire de l'Ouest américain .

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Bulletin 9 1° semestre 20120