Page 1

Les traitements de l’acné Fréquente chez l’adolescent, cette dermatose peut avoir un retentissement psychologique important. Il faut donc traiter toute personne qui en fera la demande avec, à disposition, un arsenal thérapeutique efficace.

D

e nombreux travaux ont été menés afin de mieux comprendre l’impact de l’acné sur la vie sociale. Une étude menée en 2011 par le Dr Eva Ritvo* sur 1 002 adolescents et 1  006  adultes est particulièrement intéressante car elle possède deux volets. Le premier consistait à regarder la perception des adolescents et adultes ayant souffert d’acné. Pour 55 % d’entre eux, l’acné a été l’aspect le plus difficile de leur adolescence, 71 % ont ressenti un manque de confiance et une timidité exacerbée, 43 % disent

50 • Pharma N°104 • septembre 2013

70

C’est, en pourcentage, le nombre d’adolescents touchés par l’acné.

avoir rencontré des difficultés pour obtenir un rendez-vous amoureux et 24 % pour se faire des amis. Ce premier volet mettait ainsi l’accent sur l’impact psycho-sociologique de l’acné. Le deuxième volet consistait à étudier la réaction de sujets sains (adolescents et adultes) face à des photos représentant des ados à la peau saine et à d’autres images avec ces mêmes jeunes auxquels on avait ajouté numériquement des lésions d’acné. Chaque répondant a donné son avis sur trois photos tirées au hasard, sans jamais être confronté au même visage afin de ne pas révéler le traitement numérique

des photos. Les résultats sont éloquents : les adultes interrogés embaucheraient inconsciemment plus facilement un adolescent sans acné, et pensent que les adolescents acnéiques sont moins susceptibles de trouver un job d’été. De même, l’étude montre que les adolescents avec acné sont perçus comme ayant des traits de caractère différents de ceux qui leur sont attribués lorsqu’ils ont la peau saine. Ils sont ainsi considérés comme moins drôles, moins sociables, moins matures, plus timides, plus renfermés et moins populaires.

Une physiopathologie bien connue

Trois facteurs pathogéniques sont impliqués dans l’acné. – Une hypersécrétion de sébum. Cette hyperséborrhée est en partie provoquée par une anomalie des récepteurs androgènes au niveau de la glande sébacée et se caractérise par un aspect brillant de la peau, notamment sur les

©© Dawn Poland – istockphoto

Dermo-cosmétique


zones riches en glandes sébacées (visage, cou, poitrine, dos). – Une hyperkératinisation de l’infundibulum du canal folliculaire. Au lieu de s’éliminer, les cellules constituant la paroi de l’orifice du follicule s’entassent et bouchent le canal par lequel s’élimine le sébum, provoquant la formation d’un microcomédon. Cette anomalie de kératinisation est à l’origine de lésions retentionnelles. – Une inflammation liée à la colonisation du follicule sébacé par une bactérie, Propionibacterium acnes.

90

C’est, en pourcentage, le nombre de cas où l’acné régresse spontanément avant l’âge de 25 ans.

Différents types de lésions

L’acné est une dermatose chronique évoluant par poussées, qui regroupe trois types de lésions élémentaires. L’hyperséborrhée (aspect huileux, gras au toucher) prédomine sur le nez, le front, les joues et la région thoracique supérieure. Les lésions rétentionnelles comprennent comédons fermés ou microkystes ou « points blancs » et comédons ouverts ou « points noirs ». Enfin, les lésions inflammatoires rassemblent les papules (lésions visibles et palpables de 1 à 4 mm, rouges mais rarement douloureuses), les pustules (présence au centre de la papule d’une goutte de pus blanc jaunâtre) et les nodules (taille supérieure à 5 mm, contenu nécrotique et inflammatoire plutôt que purulent). Ces lésions peuvent évoluer en cicatrices.

Prise en charge médicamenteuse

L’acné est la maladie cutanée inflammatoire qui a le plus de répercussions psychologiques sur la qualité de vie du patient. En plus d’être une souffrance, elle est un motif d’exclusion, et doit donc être prise en charge, quelle que soit sa gravité. Le traitement va reposer sur plusieurs molécules, utilisées seules ou en association, localement ou par voie orale, selon le type et la gravité de l’acné (voir tableau ci-contre). Cette prise en charge médicamenteuse doit s’accompagner d’une bonne hygiène quotidienne, qui permettra d’optimiser l’action du traitement, mais aussi d’atténuer ses effets desséchants et irritants. Bien recommander au patient de nettoyer sa peau avant le traitement pour éliminer l’excès de sébum, et de l’hydrater régulièrement pour apaiser et matifier. Le choix du produit lavant doit être fait avec soin : privilégier des gels ou pains dermatologiques sans savon, éviter les détergents et antiseptiques ou de

recourir à des huiles. Le traitement doit être poursuivi trois mois afin d’en évaluer l’efficacité.

Des idées reçues tenaces

L’acné est héréditaire. Si aucun gène n’a été identifié, il existe probablement un facteur héréditaire puisque les enfants dont les parents en ont souffert ont davantage de risques d’en être euxmêmes atteints. Une alimentation non équilibrée le provoque. Aujourd’hui, rien ne permet d’affirmer un lien alimentation-acné. Le soleil fait partir les boutons. Le soleil est un faux ami. Il provoque un épaississement de la peau, qui bouche les pores d’où s’écoule le sébum, donnant ainsi l’impression que l’acné

disparaît. Mais l’effet rebond est immédiat lorsque vient la fin des vacances. Il ne faut pas se maquiller. Se maquiller est autorisé à condition de choisir des produits dits « non comédogènes » et de bien se démaquiller le soir. Je dois me laver la peau avec du savon de Marseille. Malgré sa connotation naturelle, ce savon développe, au contact de la peau, un pH basique, irritant et desséchant. Il est donc à proscrire, tout comme les laits « 2 en 1 », les huiles démaquillantes, les produits de toilette pour bébé… Anne Champy, pharmacienne (*) E. Ritvo and all, 2011 ; Psychological judgements and perceptions of adolescents with acne vulagris : A blinded, controlled comparison of adult and peer evaluations.

Traitements médicamenteux recommandés en première intention Posologie recommandée

Molécule/ spécialités

préconisations

Rétinoïdes topiques

1 application par jour le soir sur peau propre

Adapalène gel ou Photosensibilisation crème (Différine 01,1 %), Trétinoïne gel et/ solution (Effederm, Retacnyl, Locacid, ketrel), Isotrétinoïne gel (Roaccutane 0,05 %).

Peroxyde de benzoyle

1 ou 2 applications par jour sur peau propre

Cutacnyl, Curaspot, Eclaran…

Antibiothérapie (2e intention)

1 à 2 applications par jour sur peau propre sur les surfaces à traiter

Clindamycine (Dalacine topique) Erythromycine (Eryacné, Eryfluid)

Traitements locaux

Photosensibilisation Peut décolorer certaines fibres textiles

Traitements par voie générale Antibiothérapie per os (tétracyclines)

Antibiothérapie per os (tétracyclines) 100 mg (doxycycline) ou 300 mg (lymécycline) par jour pendant au moins 3 mois pour Doxycycline

Rétinoïde per os

0,5 à 1 mg/kg/j en Isotrétinoïne : 1 à 2 prises, au cours Contracné, Curacné, des repas Procuta

Hormonothérapie

Le traitement doit être d’au moins six mois

Doxycycline (Vibramycine, Tolexine) Lymécycline (Tetralysal)

Photosensibilisation CI : rétinoïdes per os

CI : tétracyclines Tératogène : contraception obligatoire, 1 mois avant le début du traitement et se prolongeant 1 mois après sa fin Photosensibilisation

Éthinylestradiol + cyprotérone (Diane) Éthinylestradiol + norgestimate (Triafemi, Tricilest)

septembre 2013 • Pharma N°104 • 51

Ph104 p50a51 dermo okv