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LE PREMIER MAIS Edition annuelle - 1er mai 2003. ODP Publications – 55, rue des lupercales – 1050 Bruxelles www.odp.cc

Sommaire : Salut à toi (page 3), ami de la brocante. Salut à toi, qui as bravé la tristesse automnale et la rigueur hivernale (page 3), qui as patiemment attendu que Dame Nature instaure son ordre nouveau (page 8), et qui pendant tout ce temps t’es langui de connaître à nouveau l’extase (page 7) de cette radieuse première journée de mai. Tu as bien pensé quelques secondes à te taper l’un ou autre discours, plus bas, oui là, quand on arrive en ville (page 17). Mais tu t’es finalement ravisé, parce que décidément, c’eût été trop sévère punition (page 2) que de s’infliger le spectacle de ces professionnels (page 10) anonnant les balbutiements d’une idée (page 19). Oui, finalement, tu as préféré nous rejoindre ici, parce qu’au fond de toi, tu nous aimes et que quand on aime (pages 9 & 16) … Alors ne cherche (page 15) pas plus loin, assieds-toi, magne-toi (page 3) de commander, profite de ce petit bonheur éperdumment recherché (page 2), et que même la menace d’un revolver (page 4) ne t’empêche pas de profiter de cette petite mousse …


toutes les cartes en main. Le bonheur est sous ton nez dans les

Baise ta vie, fais la jouir ! "A quel prix à ton avis mon ami évalue-t-on la vie de ceux qui n'ont pas choisi les petites manies d'abrutis. Qui n'ont pas pris le parti d'accepter d'acquiescer la fessée, le crâne affaissé, le froc baissé…Baise ta vie fais la jouir c'est toujours le moment, vraiment vivant l'instant faisant face aux événements…"(Lofofora) La recherche du bonheur est une quête éperdue. Que celui qui n'a jamais prétendu le chercher … reste bien dans son coin je n'ai pas envie de rencontrer une pareille personne ! Mais pourquoi est il si difficile à atteindre ? Pourquoi tellement n'ont reporté qu'une longue recherche ? Pourquoi en parle t'on comme de l'inaccessible étoile ? Je ne dirais qu'une chose : il n'est de pire sourd que celui qui ne veut entendre. Est tu bien sur de cherche la bonne chose ? N'oublie pas que c'est toi seul qui fixe les normes de ton monde. Personne ne peut le trouver à ta place. Personne n'est là pour éclairer ton chemin. Ne crois pas qu'un quelconque troisième œil soit nécessaire pour éclairer ce chemin. Arrête-toi une minute … Ferme les yeux… Respire… Maintenant écoute ton propre cœur battre, écoute toi penser. Prends conscience de ton existence. Sans cette perception tu n'es rien, ce n'est que si tu as conscience de ton existence que tu existeras pour les autres. Maintenant pense à tes rêves les plus fous et oublie-les. Ces chimères ne t'amèneront qu'une éternelle frustration. Tu as déjà

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baisers de ta femme, dans le regard de joie d'un enfant, dans la magie de l'instant. Ne cherche pas loin juste ouvre les yeux ! Maintenant que tu vois le chemin se profiler sous tes pas. Demande-toi si tu ne peux pas aider ton entourage à trouver ce chemin, à porter une lanterne s'ils sont dans l'obscurité. Chaque événement peut te permettre d'avancer. N'oublie pas cela jeune padawan chaque moment de ta vie a sa valeur. Il n’y a que toi qui peut trouver la route et y avancer. Et n'oublie pas que rien n'est plus ridicule que l'abstinence. Ne te retiens pas. Baise ta vie fais la jouir c'est toujours le moment ! un Gars Réaliste

Punition Le jugé mal est fait mais ce n’est pas suffisant Il faut encore marcher sur l’éponge qui a sali Haine sublimée ou frustration refoulée… ? Peu importe, ça lui apprendra ! Elle est exsangue, nos tensions sont apaisées HAAAAAAA , JUSTICE EST FAITE ! ! Moutons regardez où va Grégoire Vous êtes trop soumis pour savoir ce qui est bon Tuons ceux qui ne le sont pas Répression, Dépression, Régression Vous les trois têtes d’un même cerbère Gardien farouche d’une liberté chimérique … mais à notre portée Chien de Berger

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Salut à toi…

Neige

Salut à toi ô mon frère Salut à toi dont je suis fier Salut à toi mon ami Salut à toi ô mon cœur Salut à toi tout mon bonheur

Lorsqu’elle recouvre la ville de son [mantôblan La nature reprend ses droits Et peu à peu, Sous l’incessant caoutchouc oxydé, Elle grise… Elle ne se pare pas parlée. Feuille blanche, papier carbone, Empreinte des pas, vie privée, Linceul des amours nomades, Hibernation du désir, Atermoiement des faims, Réserve de nourriture et souvenir, La culture reprend ses droits, Chacun bien de chez soi Ici il fait chaud, Là n’hais-je ?

Salut à toi folkloriste Salut à toi l'idéaliste Salut à toi le défenseur Salut à toi président Salut à toi qui es étudiant Salut à toi le cultivé Salut à toi l'intéressé Salut à toi le professeur Salut à toi l'analphabète Salut à toi le jeune poète Salut à toi l'Israélien Salut à toi le Palestinien Salut à toi le Tibet libre Salut à toi l'Irlandais Salut à toi qui veux la paix

Y’a cadencé.

Salut à toi Che Guevara Salut à toi Makhnovstchina Salut à toi le libertaire Salut à toi punk anarchiste Salut à toi skin communiste

Magne-toi

Salut à toi le camarade Salut à toi sur la barricade Salut aux vieux soixante-huitards Salut à toi qui manifeste Salue ceux qui retournent leur veste Salut à toi le petit agité Salut jeunesse du monde entier Salut à toi le bérurier Salut à toi qui as raison Salut à toi et mort aux cons… Merci à Bérurier l'inspiration…

noir

pour

Magne toi, fais au plus vite Sois prompt ta réussite en dépend Grouille toi ils t'attendent Honte à toi si tu les déçois Montre-toi sur la place publique Sois présent à leurs manifestations Affirme bien fort leurs idéaux Famille, Patrie et Liberté Magnes toi pendant que je te [regarde passer Surtout n'essayes pas de me [convaincre ! On ne sait jamais tu pourrais [passer de notre côté Gare à toi tu pourrais finir par [penser…

Gourou Raëlien

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un Gardien de moutons Révolté

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« Quand j’entends le mot revolver, je sors ma culture » Je suis un citoyen du monde libre et prospère. Et pourtant, je ne sais d’où vient cette impression tenace, cet arrière-goût amer qui me saisit parfois, que finalement je ne suis pas libre, parce que le choix, ça n’est pas la liberté … Le but d’un système sociopolitique est de s’auto perpétuer, soit parce que ceux qui participent de ce système ont la volonté de conserver et d’accroître la position dominante que ce système leur procure, soit parce qu’ils ont la conviction intime que ce système est porteur d’un contenu, de valeurs susceptibles de procurer le plus grand bonheur possible au plus grand nombre. Il ne s’agit pas là de deux éventualités s’excluant l’une l’autre, et bien souvent il est difficile de distinguer dans l’instinct de survie et d’expansion d’un système la part propre de chacun de ces deux motifs tant ils s’enchevêtrent. Il s’agit alors de procurer au plus grand nombre le plus grand bonheur compatible avec l’accroissement de position dominante dudit système – et par là même, de ceux qui en sont les concepteurs / détenteurs. L’administration américaine ne fait d’ailleurs pas autre chose. Pour asseoir la force de sa position, le système doit convaincre des bienfaits dont il est porteur. Le contenu prosélyte de ce discours de persuasion pourra être constitué, partiellement ou dans sa totalité, de force violente, avec pour conséquence quasiment certaine qu’un nouveau système ne pourra naître que dans un déchaînement de force violente au moins égal.

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Ce discours sera sincère ou pas (c'est-à-dire que celui qui le tient sera ou pas réellement convaincu d’apporter la solution la plus adéquate à la recherche de bonheur du plus grand nombre de ceux qui l’écoutent), mais cela importe peu puisque cette recherche de bonheur est vouée à l’échec du fait de la nature perpétuellement insatisfaite de l’homme, et la faute en incombera dans un premier temps au discours, puis au système luimême. Un nouveau système naîtra de cette insatisfaction, qui tendra à croître et à se nourrir sur le dos des échecs de celui qu’il cherche à supplanter. Si cette volonté de bonheur qui fait naître un système porte les germes mêmes de son échec à venir, quelle est donc cette force qui semble émaner du système dans lequel nous évoluons (ce mélange diffus de démocratie participative, de libre échange commercial et intellectuel, et de priorité des libertés individuelles que je dénommerai dans la suite sous le terme de démocratie libérale) qui lui donne cette impression de permanence ? Quelle est cette nature intrinsèque du système qui donne lieu à comparer toute lutte contre lui à Don Quichotte et ses moulins à vent ? D’où vient cette idée que nous vivons dans le moins pire des systèmes ? Le système de démocratie libérale tel que nous le connaissons a l’avantage sur tous les autres qui avant lui ont germé, prospéré puis péri dans un fracas de même ampleur que leur éclosion, qu’il se nourrit précisément de la volonté de recherche du bonheur pour asseoir sa position. Son atout est de sembler n’avoir pour but unique et définitif que le progrès et le P R E M I E R

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bonheur le plus accompli pour un nombre de plus en plus grand. En quelque sorte, la force de la démocratie libérale est de canaliser cette énergie et cette volonté du plus grand nombre dans un cadre profitable à sa propre croissance tout en nourrissant cette idée que le cadre a été crée par le plus grand nombre lui-même. On peut distinguer trois volets à cette propagande unique qui consiste à prospérer avec l’assentiment – la volonté même - de ceux sur le dos desquels on prospère. Politiquement dans un premier temps, le système démocratique consiste non plus à la recherche du bonheur de tous, mais à la satisfaction de la recherche du bonheur elle-même. II y a là une volonté non pas principalement de prendre des mesures visant à l’amélioration de la qualité de la vie, mais à l’impression que l’on se fait de la qualité de la vie. L’exemple de la sécurité, thème d’actualité s’il en est, est à ce titre frappant. La réponse du politique à cette demande de la société qu’il gère, n’est pas de donner plus de sécurité, mais de réduire le sentiment d’insécurité. Comme le politique est l’émanation d’un choix opéré par ceux qu’il administre, ces derniers sont donc doublement comblés : d’une part ils sont effectivement écoutés dans leur désir de bonheur et d’autre part ils ont choisi celui ou ceux qui les guident sur la voie du bonheur. La gratification d’être sur le chemin d’une amélioration de la vie se dédouble de la fierté d’être en partie responsable du choix de ce chemin. Pas besoin, ni d’envie de lutter contre le système puisque le système nous laisse choisir notre bonheur sur le chemin nous y menant. O D P

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Ce qui rend ce bonheur illusoire et pernicieux, c’est la nature même du système, son exigence d’être renouvelé. Ce renouvellement, qui s’opère au terme d’intervalles de temps relativement courts, présente l’intérêt de forcer le politique à présenter des résultats tangibles de manière très régulière. Seulement voilà, cette obligation de résultats amène le politique à proposer sans cesse des solutions de petite envergure, des rafistolages sans avenir, de manière à procurer au plus grand nombre la part de bonheur collectif qu’il lui avait promise. Les mesures politiques visent donc moins à lutter contre un problème de société que contre la gêne occasionnée par ledit problème. Pour lutter contre l’insécurité, il faudrait réfléchir à toute une série de thèmes comme l’intégration, l’éducation, l’accès au travail, la justice économique, et planifier une série de mesures sur des termes trop longs pour permettre au système de se renouveler. Pour lutter contre le sentiment d’insécurité, il suffit de pénaliser plus fort, plus vite, et de rendre les forces de l’ordre plus visibles sur le terrain. N’importe quelle partie prenante du volet politique de notre système qui ferait le premier choix prendrait le risque de se faire supplanter par ceux qui auraient fait le second, par le principe de primauté naturelle pour le plus grand nombre de « le bonheur tout de suite » sur « le bonheur plus tard ». Pour emporter l’adhésion, le second discours, celui du bonheur facile et réconfortant finit par l’emporter, et le système se renouvelle sur ces thématiques d’immédiateté. Dans un deuxième temps, le fond du libre échange consiste à ne laisser aucune possibilité au politique d’influer sur les rapports économiques. Le politique, qui entre parenthèse se nourrit des ces P R E M I E R

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rapports économiques, le sait et l’accepte. Nous l’avons accepté aussi : combien de fois, ne parle ton pas des lois du marché, comme d’une règle immuable et supérieure qui agirait sur nos vies comme les fils d’un spectacle de marionnettes ? Nous l’avons accepté car le discours du politique consiste à dire que l’accroissement de l’autonomie du volet économique amènera progrès et prospérité à celui-ci, puis à la société tout entière, et que chacun d’entre nous en retira les dividendes au niveau de son bonheur personnel (peu importe que l’on passe sous silence l’amoindrissement voire la disparition de ces dividendes à chacune de ces étapes). En quelque sorte, dans notre système, l’autonomie du volet économique est assurée par un volet politique pour lequel nous avons nous-mêmes opté et dont le rôle, dans le cadre de la perpétuation du système, est de nous convaincre des bienfaits de cette autonomie absolue. Le résultat en est que nous sommes non seulement convaincus de cela, mais aussi de l’impossibilité de faire machine arrière sous peine de retour à l’âge de pierre et de régression de la qualité de la vie. Le clou du spectacle étant de persuader ceux-là même qui souffrent de cette autonomie. C’est le rêve américain : le bonheur par l’ascension dans le système, jamais par l’élaboration d’un autre système. On l’a dit, le pouvoir politique est choisi essentiellement sur des discours proposant l’amélioration de la vie de tous et de chacun. Chaque citoyen effectue son choix en âme et conscience sur base de ce qu’il estime être le mieux pour son bonheur et celui de la société. Le contrôle pacifique de cette O D P

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estimation est donc une clef essentielle à la perpétuation du système. Dans un dernier temps, le système doit donc s’assurer qu’il contrôle le tissu socioculturel qui lie ses administrés. C’est la manifestation la plus récemment observée de ce que l’on appelle la globalisation : cette estimation de ce qu’est le bonheur doit reposer sur une appréciation de la société via des instruments de la connaissance que de plus en plus, le système luimême maîtrise, voire possède. La clef de voûte du système consiste donc non pas à maîtriser la culture – naïveté de feu les systèmes de l’Est -, mais les canaux de la culture. Celui qui détient les canaux, en maîtrise le contenu. La subtilité consistant à proposer le plus de canaux possibles dans un effet de diversion quant à l’accroissement exponentiel de la liberté culturelle, alors qu’à bien y regarder c’est tout le contraire : la culture de masse, dont seul le système a les moyens économiques de la propagation, a pour effet de rendre impossible la proposition même d’une alternative. A la solution totalitaire d’une chaîne de télévision étatique contrôlée sans partage, notre système préfère l’optique du satellite proposant deux cent chaînes toutes détenues par le même consortium : l’effet est le même mais l’inondation du marché masque quasiment parfaitement le même phénomène d’exclusivité tout en donnant, par son étendue, l’illusion de la liberté. Je reprends l’exemple de l’insécurité « galopante » dans nos contrées, pour souligner que bien plus que l’insécurité réelle c’est le récit de celle-ci par le plus de moyens possibles qui a créé ce P R E M I E R

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sentiment d’insécurité que justement, le volet politique se propose de résoudre. Que l’insécurité existe, je ne le remets pas en cause ; qu’il faille lutter contre elle, non plus ; mais si on regarde notre démocratie libérale sous tous ces aspects, ce que le système nous propose ce sont les solutions contre un problème – le sentiment –, qu’il a lui-même engendré. Le système crée donc luimême par sa maîtrise des instruments de la culture et de l’information les besoins qui aideront son volet politique à se perpétuer.

croire que le choix est la liberté ; confondre jusqu’à l’identité ces deux notions. Le seul choix que nous avons, c’est celui de la manière dont nous allons nourrir le système, et ça n’est pas la liberté. Sans doute est-ce là le goût amer que j’ai dans la bouche le matin… 2003, c’est la noyade qui est globale [Television, the drug of a nation]

Extase

Il en va de même pour la perpétuation du modèle économique. Le bonheur que la culture nous invite à désirer est un bonheur inhérent au système, un bonheur qui nourrira le système. Ce que nos magazines, nos films, nos émissions nous offrent comme version du bonheur c’est exactement ce qui fait le fondement du système : la qualité de la vie par la possession, le bonheur par le pouvoir d’achat, l’existence via la réussite et l’ascension. L’aspiration de l’homme à être heureux ne se conçoit que par la prolongation du système, par la qualité de notre effort à le faire prospérer – nous toucherons les dividendes de sa croissance à la mesure de ce que nous lui avons apporté. La culture de masse est l’instrument du système pour se perpétuer, l’arme innocente par laquelle il nous convainc de la nécessité d’y adhérer, parce que notre bonheur viendra de lui, et de lui uniquement. Quelqu’un a dit que quand il entendait le mot culture, il sortait son revolver. Ce que notre démocratie libérale a compris, c’est qu’il faut empêcher que les sociétés lui opposent leur culture quand elle sortira le revolver. C’est la grande force de ce système : arriver à faire O D P

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Aujourd’hui je blâme Ceux qui s’engraissent et se pavanent Sur le dos de justes morts Pour que leurs idées arrivent à bon [Port Ce pamphlet pour ceux qui croient Qu’un dollar vaut plus qu’une loi Qu’un dollar peut racheter leur [Honte Leur mépris envers le monde Ceux là qui devraient être marginaux Nous dirigent, nous mettent en boîte Ils sont sympas, ils ont de beaux [Bureaux Les lubies des lobbies nous [Exploitent Nous sommes à genoux et eux nous [Sucent Nous privent de notre sève créatrice [Et vitale Contre un peu de plaisir tout au plus Extase conforme stupide et annale Ces morpions sont tenaces Mais ayons le courage de nous lever Que ceux qu’ils appellent la [Populace Puisse reprendre leurs droits et se [Sauver

Bienfaisante Calamité

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Et Vive l’Ordre Nouveau !!! Mr Powell déclarait il y a quelques jours à la presse américaine que la France allait devoir subir les conséquences de son refus perpétuel aux propositions états-uniennes concernant le dossier irakien. Nous parlons bien entendu du refus français à la nouvelle résolution devant laisser la guerre commencer mais également de son refus de lever immédiatement les sanctions envers l’Irak de manière à laisser aux Etats-Unis les mains libres sur le territoire irakien. C’est donc après la fulgurante démonstration de l’inefficacité du système onusien basé sur les concepts de droit et de démocratie internationale (même si…) ainsi que sur ceux de la concertation et du compromis que le guide bienveillant de l’humanité et de sa morale a décidé de nous démontrer qu’il y a une contradiction totale dans l’opposition que l’on peut exposer au Bien. Peut-on s’opposer à la volonté de Dieu et de son porte-parole politique ? En fait, il est quand même logique pour imposer la paix d’exterminer ou en tout cas de réduire toute opposition. La paix vient de l’accord avec le système. Si tout le monde est d’accord, y a-t-il encore besoin d’une guerre ? La Vérité et le Bien, n’en doutons pas, doit bien se situer quelque part dans l’ordre sociopolitique néo-libéral imaginé dans les think-tanks de l’aile droite conservatrice états-unienne postulant la marchandisation des rapports sociaux comme l’organisation la plus proche de la liberté.

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Ainsi le monde, soulagé, peut se débarrasser de cette coûteuse, encombrante et contre-productive action qui consiste à penser… et encore pire, à émettre une opinion contraire à la volonté populaire et divine, voie de la Vérité traduite par la politique de l’administration Bush. Si le temps c’est de l’argent, et non de minutes qui s’égrènent lentement écrivant page après page l’histoire de la vie de chacun, alors, arrêtons tout de suite de perdre notre temps (c’est-à-dire notre argent, n’est-ce pas ce qui nous permet de vivre ?) en de stupides débats et d’inutiles séances de vote, terreau de l’opposition et donc de la violence terroriste. Pourquoi flâner sur les chemins de traverse quand on nous donne des autoroutes qui, si nous ne savons vers quoi elles nous mènent, nous transportent le plus rapidement à l’aboutissement du génie humain : la Liberté, la Sécurité, la Vérité et Dieu. Soyons d’honnêtes citoyens que diable ! Allons travailler afin d’enrichir toujours plus ces patrons qui n’ont d’autres idées en tête que le bonheur de leurs employés et qui méritent amplement les millions empochés comme compensation de la faillite de la société qu’ils dirigeaient due à la conjoncture économique et certainement au jugement du gestionnaire ! Payons nos impôts pour renflouer l’état qui dépense sans compter pour payer des militaires et des armes de guerre qui imposeront à tous la paix et le bonheur ! Respectons le noble policier qui armé de sa matraque défend au péril de sa vie parfois l’ordre public… et surtout politique ! Honorons les sociétés qui exploitent les enfants et les plus faibles pour permettre au plus P R E M I E R

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grand nombre de vivre le bonheur en regardant comment on fabrique des artistes qui leur feront chavirer le cœur et l’âme tout en sirotant négligemment une sirupeuse boisson pétillante et rafraîchissante aux extraits végétaux et en s’indignant des enfants qui meurent de faim ! Remercions les scientifiques dévoués et désintéressés qui donnent leurs vies pour inventer chaque jour ce qui fera le bonheur des hommes : la bombe atomique, les chambres à gaz, la pointeuse,… ! Vénérons les hommes politiques humanistes qui défendent le peuple contre le peuple, qui décident la guerre où le citoyen ira donner sa mort, qui font tellement pour l’homme qui meurt

de froid et de faim sur le pas de leur porte et si peu pour les honnêtes citoyens effrayés dans leurs villas haute sécurité par l’insécurité due aux hommes qui meurent devant leur porte ! Allons tuer citoyens ! On ne peut être heureux sur Terre que s’il y a des malheureux… sinon à qui pourraiton comparer notre bonheur ? Et de toute façon on peut pas avoir raison quand on est pauvre et faible… Dieu est du côté du fort… n’est-ce pas cela l’histoire de David et de Goliath ? You Fucked my wife ?

On aime … Concert [01/05] : Ce soir, le chanteur Arno se produit gratuitement à 18h30 à la place Rouppe dans le cadre de la fête du travail et des festivités organisées par la FGTB qui a choisit comme thème « le syndicalisme Européen et international » analysant l’impunité des multinationales.. Que dire de Arno… lui qui dit tout tout seul. Chanteur multilingue belge, artiste de la mélodie, du Rock n’Roll, beaucoup de l’humour et de l’intelligence. Internet citoyen : Rappelons l’existence de l’Independent Media Center (IMC) dont le site est :

www.indymedia.org et du réseau voltaire pour les francophones dont le site se situe à l’adresse www.reseauvoltaire.net qui sont des réseaux de médias indépendants et gratuits qui offrent une autre information et d’autres points de vue que les médias traditionnels. N’hésitez pas à passer remettre les choses en question. Concert [05/05] : Les Ogres de Barback seront au Botanique pour nous présenter leur dernier album : « La Pittoresque Histoire de Pitt Ocha ». « Entrer dans un chapiteau c’est un peu comme embarquer dans un bateau : On se trouve au milieu des cordages, on part en voyage… Ca sent encore la sueur et les rires des lieux traversés, Le temps d’un instant, d’une escale. Surtout il y a quelque chose que l’on ressent, c’est à peine perceptible. C’est dans l’atmosphère, c’est une histoire, c’est celle de Pitt. »

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De l’utilité à la perversion de la professionnalisation du politique. Notre système démocratique est dit « représentatif », non pas tant qu’il soit représentatif de ce que devrait être la démocratie bien comprise, mais du fait qu’il est entendu que tous ne peuvent participer pleinement au processus démocratique « Déjà que la plèbe peut nous élire, elle ne va pas en plus prendre notre place » : ricane le sarcastique. Souvenons-nous de cet adage que l’on nous serine depuis que nous sommes en âge de parler, avant même que nous soyons en âge de comprendre – ce qui n’est sans doute pas pour rien dans sa grande efficacité : « La démocratie est le moins pire des systèmes ! » So be it ! Démocratie représentative donc. Concrètement, certain d’entre nous irons nous représenter : qui à la Chambre, qui au Sénat, qui dans un ministère. A ce stade, restons idéaliste : ils ont pour fonction de délimiter les libertés individuelles en vue de garantir la liberté de tous ; mais néanmoins pratique : leur travail consiste, pour les deux premiers – Députés et Sénateurs – à légiférer afin de délimiter ces libertés individuelles, et pour les derniers – Ministres – à faire en sorte que les moyens de l’Etat soient utilisés à la mise en pratique des lois édictées par les premiers. Une des perversités de ce système tient au fait que, pour les votants, l’acte démocratique ne réside plus que dans le choix des représentants, le reste du temps démocratique se passant à subir, à conspuer voire à se satisfaire de ce que font ces O D P

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mêmes représentants plutôt que de participer activement, ne fût-ce qu’en s’informant intelligemment, à la vie démocratique. Ceci dit, nous nous contenterons ici de démontrer en quoi ce système est pervers pour les représentants eux-mêmes. La question des votants n’est bien sûr pas un autre problème fondamentalement distinct de celui qui nous occupe, disons qu’il s’agit plutôt d’un autre chapitre de l’œuvre démocratique. Notre système représentatif, par inertie sans doute – faisons comme si tous étaient de bonne foi – a peu à peu et malgré lui, mis en place une professionnalisation du politique. C’est donc devenu un métier à part entière, et ce pour deux raisons principales. En premier lieu, il est clair que la direction d’une société aussi complexe que la notre ne s’improvise pas. Il y a tant de chose à connaître, à maîtriser qu’on imagine mal le premier venu s’atteler à une telle tâche. Ensuite, gardons à l’esprit que le politique a affaire à des professionnels (experts en tout genre : scientifiques, avocats, financiers…) puisqu’une de ses tâches consiste en la réglementation des pratiques de ces mêmes professionnels. Nous voyons bien ici que si le politique était le seul amateur sur ce terrain, la lutte serait inégale. Ceci serait pour le moins gênant puisque, depuis le contrat social, nous savons qu’une des raisons pour laquelle l’homme donne à l’Etat sa force individuelle est de permettre à cet Etat, en P R E M I E R M A I S 10


accumulant les forces de chacun, d’être assez fort pour qu’aucun d’entre les hommes ne puisse imposer sa volonté à tous. Les exemples d’Etats faibles et d’entreprises fortes sont légions pour illustrer notre propos : voyez la façon dont l’Afrique est spoliée de ses biens par les puissances de l’argent, et ce au détriment du bienêtre des peuples qui s’y trouvent. Si chez nous tout n’est pas rose, du moins tout n’est pas aussi noir que dans ce genre d’Etats – sécurité sociale, respect du milieu… A ce stade, nous ne pouvons que nous féliciter de la professionnalisation du politique puisque c’est notamment d’elle que semble dépendre la force de nos Etats. A ce stade donc, elle paraît, sinon bénéfique, du moins utile. Voyons maintenant en quoi ce système est pervers. Encore une fois, plusieurs raisons à cela. Nous nous concentrerons sur les grandes lignes ou plutôt, nous resterons au niveau des idées puisqu’il nous semble que le problème n’est pas dû qu’à la confrontation de ce système à la pratique, mais bien plutôt au système en tant que tel. Tout d’abord, nous le voyons avec l’exemple de l’Afrique cité plus haut, notre système démocratique est loin d’être implanté partout. Néanmoins, nous sommes en rapport avec ces mêmes Etats, ne fut-ce qu’au niveau commercial. Or l’idée même de la démocratie est de mettre chacun sur un pied d’égalité face à la loi. Que les échanges, quels qu’ils soient, se fassent entre personnes ou groupes de personnes – et ce jusqu’à l’Etat – de différents niveaux et nous retrouvons le problème soulevé plus haut avec l’absence de contrat social : à savoir que le plus fort impose sa volonté au plus faible. O D P

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Un des arguments souvent avancé afin d’expliquer cet état de fait est que la loi se heurte aux frontières des Etats souverains. Il s’ensuit, au pire, que nos entreprises peuvent accomplir dans d’autres pays ce qu’elles ne pourraient faire chez nous ; au mieux, qu’elles peuvent traiter avec des entreprises locales qui agissent d’une façon intolérable dans nos contrées. A première vue, ceci semble ne pas nous concerner directement puisque chez nous, la force de l’Etat fait en sorte que ces entreprises ne puissent agir de cette façon ici. Néanmoins, par le seul fait que nous les autorisions à agir ainsi là où la loi le permet, nous affaiblissons notre Etat qui doit se démener pour que ces mêmes entreprises n’aillent pas toutes s’installer en des pays où la réglementation est moins contraignante – vous avez dit délocalisation ? Répondons par baisse des charges et déréglementation. Le lien entre tout ceci ne saute peut-être pas aux yeux. Cependant, voyez où en est notre contrat social : les entreprises ne sont de ce fait plus sur le même pied que les citoyens qui eux ne peuvent brandir la menace de délocalisation, tous (entreprises et citoyens) ne remettent plus proportionnellement leur force entre les mains de l’Etat, le jeu s’en trouve faussé. Ceci nous amène tout naturellement à revenir au rôle de nos ministres. Ceux-ci, nous l’avons dit, ont pour tâche de faire en sorte que les moyens de l’Etat soient utilisés à la mise en pratique des lois et ce de la manière la plus efficace qui soit. Or les voici confrontés aux menaces de délocalisation. Deux solutions s’offrent alors à eux : soit, ils ne P R E M I E R

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cèdent pas aux menaces, les délocalisations ont lieu et l’impôt sur les sociétés se retrouve sans utilité puisque dépourvu d’entreprises auxquelles il peut s’appliquer, soit, afin de garder ces entreprises sur nos terres, ils diminuent l’impôt voire exonèrent complètement ces entreprises des charges sociales qui leur incombent. Dans les deux cas de figure, l’Etat se retrouve confronté à une perte de ses moyens et par-là, est moins en mesure de faire appliquer ces lois de la façon la plus efficace. Où est la perversité pour nos représentants me direz-vous ? Nous y arriverons. Il nous faut cependant encore faire un détour par le fonctionnement de notre système démocratique : Afin que le pouvoir de nos élus ne soit pas total, notre système prévoit qu’après un certain laps de temps, ils se représentent devant tous afin que leur politique soit sanctionnée – positivement ou négativement – par l’ensemble des citoyens. Personne ne peut critiquer une telle pratique. Et pourtant, c’est là un des nœuds du problème. Etant tenus aux résultats par le fait que leurs mandats ne courent pas jusqu’à Mathusalem, étant du reste privé d’une partie de leurs moyens, notamment par le jeu des délocalisations, nos représentants se trouvent coincés. Ils manquent simplement de moyens pour appliquer la loi, et se doivent néanmoins, s’ils comptent être réélus, de montrer au peuple qu’ils agissent. Le résultat de tout ceci est qu’ils légifèrent encore et encore plutôt que d’appliquer pleinement les lois déjà existantes. Nous nous contenterons de deux exemples distincts parvenu à nos oreilles afin d’illustrer notre propos et nous aurons le souci de les O D P

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puiser dans deux camps politiques opposés – ces deux exemples étant idéologiquement antagoniques – afin de démontrer qu’il s’agit bien plus d’une perversion du système que d’une mauvaise foi de l’un ou l’autre camp. Pour ce faire, nous traiterons successivement de la loi Sarkozy sur les tournantes et de la loi Moureau sur les propos racistes. Le ministre français de l’intérieur, sachant qu’il est à son poste afin de réduire l’insécurité, notamment dans les banlieues, travaille sur un projet de loi visant à condamner ce qu’il appelle les tournantes. Or la loi française condamne d’ors et déjà le viol collectif. La seule différence entre une tournante et un viol collectif étant l’origine socialeraciale, voire l’âge des contrevenants. Au-delà de l’aspect idéologique de cette loi, visant à criminaliser non pas l’acte en tant que tel mais bien l’origine des coupables, il nous suffit de pousser plus loin notre analyse pour voir apparaître la perversion que nous cherchons à démontrer. Le manque de moyens des représentants de l’Etat se répercute directement au niveau de nos institutions. Dans ce cas précis, l’arriéré judiciaire n’est qu’une conséquence de ce manque de moyens. Il s’ensuit que dans les faits, les viols collectifs ne sont condamnés que dans un délai ridiculement long quand ils le sont. Ajouté à cela que ce même manque de moyen – ne se retrouvant pas uniquement au niveau de la justice mais à tout les niveaux : éducation… – a également des répercussions sur l’attitude des victimes par rapport à la justice – peur de porter plainte devant la complexité du système judiciaire – et que, toujours par ce manque de moyens, les facilités factuelles d’accès à la justice ( antennes locales, coût des avocats…) sont P R E M I E R

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sinon inexistantes, du moins rares, et vous comprendrez qu’il y a effectivement un malaise face à ce genre de crime. Simplement, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que ce malaise n’est pas tant du au crime qu’au fait que l’Etat ne semble pas y répondre et ce, répétons le, par manque de moyens. C’est ici que nous faisons face à la perversité de notre système : le manque de moyens ne se situe pas au niveau du législatif – nous l’avons dit, la loi existe qui condamne le viol collectif – mais bien au niveau de l’institution judiciaire – manque de moyen pour la justice afin de fonctionner comme elle le devrait. Or Monsieur Sarkozy ne répond pas à ce malaise au niveau des moyens mais bien au niveau législatif, cette façon de répondre au problème ayant pour but de montrer qu’il agit alors qu’on imagine mal comment la justice condamnerait plus efficacement les tournantes que les viols collectifs si ses moyens ne sont pas revus fortement à la hausse. Le même raisonnement peut être appliqué à la loi Moureau condamnant l’insulte raciste, à quelques nuances près. Ici aussi la loi existe qui condamne l’injure, il eut à la rigueur suffit d’amender cette loi afin que le propos raciste soit reconnu comme injure si cela n’était pas le cas. Mais nous retrouvons le même mécanisme qui a poussé Monsieur Sarkozy à légiférer : à savoir que d’une part, les moyens faisant cruellement défaut, l’injure n’est que très rarement condamnée, et que d’autre part, les victimes, en l’occurrence les personnes d’origine étrangère, n’ont pas non plus à disposition les moyens d’être traitées comme tous devant la loi. Certes : « nul n’est sensé ignorer la loi », il n’en reste pas moins que dans les faits, peu sont ceux qui ont O D P

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les moyens de la connaître, encore moins de la faire appliquer. Une fois encore, la réponse apportée par nos représentants à ce problème que nous ne nions pas se fait sur un autre plan. Une fois encore on légifère plutôt que d’agir, n’en ayant pas les moyens. Et si nous voulions juste un instant nous replacer au niveau idéologique, nous verrions que là où la loi Sarkozy stigmatise les jeunes des cités par l’introduction du mot « tournante » dans la loi, la loi Moureau stigmatise l’étranger comme étant un être plus faible que la normale qu’il nous faut surprotéger. Or, ce dont a besoin le faible, ce n’est pas d’être traité en faible, c’est d’être traité en homme. Et pour le traiter en homme, il n’a nul besoin de lois faites tout exprès pour lui mais bien des moyens d’être l’égal de tous devant la loi. Nous voyons bien qu’ici, l’intention du législateur était de s’attaquer au racisme plutôt qu’à l’injure. Il ne s’agit pourtant encore une fois que de contourner le problème. Ne pouvant s’en prendre aux causes du racisme – peur de l’autre… rappelons que dans « les étrangers viennent manger notre pain » il se cache « je n’ai pas assez de pain » – par manque de moyens, la politique, ici de gauche, rappelle par une nouvelle loi qui ne sera pour ainsi dire jamais appliquée qu’elle rejette le racisme. L’homme qu’on a traité de crouille, ça lui fait une belle jambe. Un autre aspect de la professionnalisation du politique apparaît avec les experts, cette fois non plus de l’autre camp mais au sein des équipes politiques elles-mêmes. Cela semble nécessaire puisque l’élu n’est pas sensé maîtriser toutes les spécialités auxquelles il aura à faire face. Le problème survient du fait que la délimitation de la tâche de P R E M I E R

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ces experts est ambiguë. L’expert est là afin de donner un avis sur une matière qu’il maîtrise et son rôle devrait s’arrêter là. Or, le plus souvent, l’expert sort des limites de son savoir-faire pour entrer dans le champ du politique en tant que tel, là où il n’a plus rien à faire puisque lui n’a pas été élu pour ça. Prenons l’exemple des O.G.M. : l’expert devrait en principe se borner à dire, dans la mesure de sa science, si oui ou non il y a un risque. Or, la question qui lui sera poser ne sera pas : « Est-ce dangereux ou non ? », Mais le plus souvent : « Pensez-vous que nous pouvons autoriser la culture sur nos terres de maïs transgénique ? » Ici, l’expert quitte son champ pour passer du côté du politique. En effet, c’est au politique et à lui seul que revient le devoir de trancher cette question, à savoir « devonsnous autoriser ou non » et ce à l’aune de l’avis de l’expert : « c’est dangereux ou ça ne l’est pas ». Mais cette décision semble trop lourde à porter. C’est que le politique ne peut que faire confiance à l’expert, ce dernier étant le seul qui pourrait – conditionnel puisque rien n’est moins sûr – affirmer si oui ou non, il y a danger. Il s’ensuit que notre politique ne peut donner sa réponse : « on autorise ou non ? » Que sur base d’un avis que le plus souvent il ne maîtrise pas. Il ne demande qu’à être déchargé de ce poids qu’il n’est pas apte à supporter. Et de demander à l’expert ce qu’il convient de faire : « on autorise ou non ? » L’expert à son tour en vient un jour ou l’autre à répondre à ce genre de question. Tous flatteur… Nous voyons maintenant les résultats de la professionnalisation du politique. Nous voyons aussi que, même de bonne foi, le politique est pris au piège du jeu démocratique tant qu’il ne O D P

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considère pas la personne morale – les entreprises – sur le même pied que le citoyen lambda. Nous voyons enfin que, la représentation politique étant devenue un métier à part entière, les représentants aspirent à « garder leur boulot » alors que l’idéologie qu’il prônent afin de défendre à n’importe quel prix le capitalisme et le libre-échange ne cesse de nous chanter sur tout les tons qu’il faut être flexible, qu’il faut apprendre toute sa vie et que la jeunesse qui commence à travailler de nos jours ne doit plus compter faire une carrière mais que tous devrons changer plusieurs fois de branche d’activité. Schizophrénie disait Deleuze. Pratiquement, où en sommesnous ? D’un côté, le politique se doit d’écouter les spécialistes jusqu’à se décharger sur eux du poids de la décision, d’un autre côté, le fait d’être réélu étant devenu une fin en soi, il s’agite, nous joue la comédie du gouvernant. Comment sortir de ce dilemme ? Nous pourrions évidemment élire les spécialistes travaillant dans les différents ministères, mais le peuple à bien sur d’autre chose à faire, déjà qu’il doit voter pour les représentants, il ne va tout de même pas passer sa vie dans l’isoloir ? Nous pourrions également faire en sorte, par une législation qui elle n’existe pas encore, que nos entreprises soient contraintes de respecter le droit en vigueur en occident partout où elle s’implante. Mais peut-être que j’en demande trop. Il se peut aussi que je me trompe dans mon analyse. Allez savoir ! Encenseur de la Démocratie P R E M I E R

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Je cherche Je cherche. J’ai toujours cherché. Depuis que je suis petit on m’a dit qu’il fallait apprendre, écouter, retenir. On m’a dit qu’il y avait une Vérité quelque part. Je la cherche encore. Et beaucoup d’autres cherchent. Ils cherchent tous la Vérité. Les prêtres, les rabbins, imams ou autres chantent les louanges d’un Dieu qui serait l’explication du Monde. Le monde n’est alors que la création de Dieu et seul Lui définit des règles qui commandent la Nature et les hommes. Les livres sacrés sont alors à la base de l’explication… et surtout Le Livre. Les scientifiques cherchent l’explication des mêmes problèmes à partir de règles de preuve qui permettent l’objectivité ; c’est-à-dire que notre recherche s’avère vraie dans toutes les situations et en tout temps. Les deux opinions se rejoignent alors dans une volonté d’universalité. Ils cherchent la Vérité qui serait valable dans tous les cas. Me revient l’idée du film « Pi » dans lequel un mathématicien tente de découvrir la fonction qui permettrait de comprendre et d’expliquer l’ensemble du monde, naturel et social. Sa recherche part du fonctionnement de la Bourse. Cependant il rencontre des religieux juifs qui recherchent un nombre qui serait le nom de Dieu en hébreux. Le nom de Dieu étant la conscience du monde et donc son explication ultime. Science et religion relèvent alors du même principe fondamental qui est l’universalisme. L’universalisme est la croyance en une possibilité d’explication objective de l’ensemble de phénomènes qui nous entourent. Comment peut-on étudier le monde sans le contextualiser ? Estil possible que le monde existe O D P

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indépendamment des hommes qui le composent ? Nos recherches, nos valeurs ne sont-elles pas le produit de notre monde. La Science comme la religion sontelles indépendantes des hommes qui les défendent ? Je pense que toutes nos actions, nos pensées, nos analyses sont basées largement sur le contexte. Ce que nous sommes ainsi que notre perception de ce que nous sommes est déterminé historiquement. La Vérité d’aujourd’hui n’est en rien la même que celle d’hier ni que celle de demain. Une vérité n’est d’ailleurs considérée comme telle qu’à partir du moment où l’ensemble de la communauté scientifique la reconnaît. S’il faut une reconnaissance d’une communauté pour faire une vérité cela implique que la vérité est historiquement déterminé et totalement dépendante de l’accord d’un ensemble de personnes. Ces personnes sont donc au sommet d’une hiérarchie qui définit pour nous ce qu’il est bon de croire et ce qui ne l’est pas. Si l’on croit en la Science, il nous faut bien croire aux scientifiques. Les choses ne sont vraies que dans un certain contexte à un certain moment donné. S’il existait une Vérité, le libreexamen serait une stupide blague inadaptée puisque cette vérité scientifique (ou religieuse) ne pourrait être remise en question. Quand il n’y a pas de remise en question on croit détenir l’absolu, la Vérité… on se pare d’une intolérance rigide ou d’une tolérance dénigrante, je ne sais pas si c’est beaucoup mieux. La tolérance n’implique pas le respect. La tolérance se base sur une hiérarchisation des idées, la sienne étant toujours au sommet. Hiérarchiser implique que l’on considère une idée comme P R E M I E R

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meilleure qu’une autre, que l’on pense détenir une vérité que l’autre doit accepter. Mais si la science se base sur ces phénomènes elle en devient une religion, une croyance. Elle défend une vérité et une explication du monde contre les autres vérités et conceptions. De là découle la volonté d’imposition, même sous le couvert de la bonne intention, et donc le combat pour aboutir au meurtre et donc l’antithèse de l’humanité c’est-à-dire la destruction de ses semblables. L’absolu est toujours une idée qui tue.

qui seraient la Vérité des hommes à un moment donné et dans un contexte précis ? Y a-t-il des vérités pour toute chose ? Y a-t-il une vérité dans la haine, dans la mort, dans les pleurs d’un enfant ou dans les cris enragés des peuples opprimés ? A-t-on besoin de vérité ? Quelque chose mérite-t-il que l’on tue, que l’on écrase, que l’on se croie supérieur ? Moi je doute monsieur, et quand on doute, on ne tue pas, on n’écrase pas, on n’opprime pas… On vit monsieur… On aime… Et on se permet de critiquer ceux qui croient !!!

Y a-t-il une Vérité ? Y a-t-il des vérités multiples qui entremêlées donnent une ensemble de vérités

Yo, fuera de combate

On aime … (suite) Mouvement : Pensons quelques minutes à « Not In Our Name » et demandons-nous ce que les gouvernements font en notre nom mais surtout ce que nous faisons pour la démocratie. www.notinourname.net & www.notinournamemusic.com (musique et speechs en libre accès sur ce dernier lien). Mouvement (bis) : N’hésitons pas non plus à descendre en nous et de décider quelles valeurs nous voulons défendre, ni de quelle manière. La plate-forme « We Stand for Peace and Justice »lancée par Z magazine tente ce procédé… un peu de curiosité sur le site http://www.zmag.org/wspj/index.cfm Festival : Les 3 et 4 août 2003 à l’abbaye de Floreffe, la belle histoire du festival des musiques du monde Esperanzah continuera dans la joie et l’allégresse certainement. Le festival propose un festival à dimension humaine, coloré et métissé, empli des saveurs épicées du monde entier. 20 groupes se partageront les deux scènes du prestigieux environnement mais la programmation ne sera annoncée que dans 15 jours. D’ici là nous pouvons déjà nous attendre à y voir « La Rue Kétanou » ainsi qu’une surprise du Buena Vista Social Club… A bon entendeur… http://www.esperanzah.be/ La Rédaction

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Quand on arrive en ville Ce qui arrive et qui a de l’importance pour l’homme est un événement. Culturellement, l’acception de ce terme baignait dans l’aigre-doux. A toutes les sauces (qu’est-il d’important pour l’homme ?), l’événement a prit une connotation de gravité extrême depuis les attentats du 11 septembre 2001. Inoubliable comme le fut l’événement du 6 août 1945, celui du 21 avril 2002 restera à jamais gravé dans toutes les mémoires. Pour ceux qui ne s’en souviennent pas, il s’agit de l’incroyable surprise de voir JeanMarie Le Pen faire 18% comme d’habitude depuis dix ans. A moins que, bourrée d’artifice télévisuelle, la France, ne soit plutôt choquée de voir la tête de l’ignoble bor(g)né au second tour des présidentielles. C’est la déception de la coupe du monde : on n’a pas les bons finalistes. C’est très grave car il se présente comme l’alternative. La France est alors obligée de voter Chirac. Jacques fait 82% (Jean-Marie 18) et sauve la France de l’asphyxie brunâtre de la mauvaise flamme, sans avoir fait campagne ! vive la France ! Entre les événements du 21 avril et l’accession au trône par Chirac, dans un élan démagogique incroyable, la droite crée l’UMP, le parti du néant. Et maintenant, l’Union pour la Majorité Présidentielle est au pouvoir. Sauf la victoire de la démocratie au second tour où tout le monde a voter Chirac, au premier tour, 19% de la population avait voter pour lui. Mais l’UMP et lui sont respectivement le parti et le O D P

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président de la France (vive la France). Les barbares des banlieues, « zones de non droit livrées à l’économie souterraine et à la loi des bandes »(cfr Sarkozy), n’ont qu’à bien se tenir. La précampagne électorale, avait été axée sur l’insécurité (comme elle s’annonce en Belgique). Il est vrai que depuis la dissolution simultanée de l’assemblée et de la droite par Chirac, et à la suite des élections, la France (vive la France) était tombée sous le coup d’une dictature socialo-trotskyste qui laissaient les sauvageons faire des tournantes, voler et tuer des vieux et dealer de la drogue pour rouler en grosse voiture. Heureusement que la France (vive la France) s’est prise en main. Comme le disait si bien Kissinger, avant d’organiser un coup d’état et de mettre le sans gland Pine-Hochet au pouvoir : « on ne va pas laisser mourir les intérêts américains parce qu’un peuple d’irresponsable a voté pour un communiste ». Mais la France (vive la France) d’en bas s’est responsabilisée et a voté massivement pour le retour à la liberté, à la sécurité et à l’Etat policier. Pour remettre de l’ordre dans ce pays détruit par cinq ans de communisme et de « 35 heures » non appliqué, il fallait un bosseur pour l’intérieur : Sarkozy. D’emblée, celui qu’on appelle désormais le nain à la matraque, s’est affiché comme l’hommedes solutions, de l’action. Sarkozy avait réponse à tout : il ne faut pas laisser faire, il faut dire stop et légiférer rapidement afin que la France (vive la France) na soit plus un pays où P R E M I E R

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l’on viole, tue et agresse librement. Mais Sarkozy est bien embêté parce que les lois sanctionnant le viol, le meurtre et l’agression existent déjà. Ben tant pis, on va en faire d’autres et celles-là, elles seront médiatiques. Dans toutes les nouvelles lois Sarkozy, il y a un durcissement de la peine, forcément, sinon on l’aurai taxé de simple copieur. L’originalité de Sarkozy réside dans l’extravagance des punitions. Ce qu’il veut faire, nous semble t-il, c’est dissuader les gens d’enfreindre la loi. Il nous faut donc avoir de plus en plus peur de la peine pour que cela réussisse. Nous devons être effrayés de faire le mal, ne jamais le faire. Mais si nous faisons fi de plus de 3000 ans de tentatives d’équivalence entre le délit et la peine (Hammourabi commence, Beccaria illumine l’Europe, et Sarkozy ne sait pas lire), pourquoi ne pas appliquer la peine de mort pour n’importe quel délit ? Récemment sarkozy a proposé des lois concernant la possession de drogue où le dealer et le consommateur sont sur le même point d’égalité, au gnouf. Les lois françaises deviennent trop dures, mais cela ne suffit pas, encor faut-il les appliquer. Sous la dictature jospinienne, paradoxalement, les policiers n’avaient aucun droit. Ils étaient constamment menacés pour leur vie dans leur travail et donc ne pouvaient pas arrêter les dangereux délinquants. Sarkozy va leur donner autant de droit, d’effectif et d’armes qu’ils veulent. Mais Sarkozy ne fait pas que durcir les lois et les policiers, c’est aussi un philosophe, il crée et utilise des concepts. Le « barbare » et la « tournante »

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Interrogé par un journaliste sur un terme utilisé « barbare », vaguement appliqué aux banlieusards, Sarkozy se justifie en citant l’exemple de la « tournante », et dit : « quand à une dizaine, ils violent une jeune femme en se la passant, comment voulezvous les appeler autrement que barbares ». tout le monde acquiesce et donc il a raison. Le journaliste a oublié tout ce qu’il avait en tête lorsqu’il avait posé la question. Barbare a toujours signifié étranger, pas civilisé, cruel, mais aussi contraire aux goûts, à l’usage, choquant. Puisque Sarkozy ne précise pas, prenons « barbare » dans une acception large : le magma informe païen, pas grec, pas romain, pas français. En somme, à chaque époque de l’histoire, les pas civilisé. Ça à l’air innocent, mais en les traitant de « barbare », il rejette tout ce que l’ordre d’une société bien faite et culturellement élevée comme la France ( vive la France) pourrait engendré de mal. Cela se passe paraît-il tous les jours en France(vive la France), mais rassurez vous, pas par des Français. Mais ce n’est pas le plus important. Par l’exemple que nous avons vu, irréfutable, il occulte toute le dimension collective qui qualifiait tous les banlieusards de « barbares ». Voyez la réponse : -1) « tournante » = « barbare » -2) ça a lieu dans les cités -3) tous les jours en France (vive la France) Quand on lui dit : « mais vous appeler tous les banlieusards barbares », il ne dit pas oui, mais il dit la même chose. La gauche ne crie pas au scandale et la droite approuve. La « tournante », c’est pire. Sarkozy va faire une loi spéciale où il y aura une peine spéciale pour la P R E M I E R

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« tournante ». il y a déjà une loi contre le viol à plusieurs et il faut se pas, je vais vous les dire. La « tournante » se pratique en banlieue, une casquette sur la tête en écoutant du rap, quand au viol collectif ou à plusieurs, il serait le fait de petits bourgeois de bonne famille ayant un peu forcé sur l’alcool et couchant à tour de rôle avec une femme de peu de vertu, habillée sexy, provocatrice, et l’ayant sûrement cherché un peu.

poser la question de savoir quelle est la différence . comme il n’y en a nationalisation des mœurs, éducation carcérale, extermination des drogués véhiculés et la plus belle, identification et énonciation de la cause de la peur et éradication de cette cause dans le même temps. Renseignez-vous sur ces lois, elles sont drôles et terrifiantes comme un spectacle de Stéphan Steeman.

De manière plus générale, Sarkozy agit comme dieu, il donne le vrai sens aux êtres. C’est le roi philosophe qui contemple les essences, qui nous éduque et nous libère du monde des ombres : le charter et l’humanisme.

Souvenez vous quand Starmania chantait l’insécurité, ça avait l’air joli, humain, terriblement jeune, peut-être l’avez-vous même chanté :

Le « vol groupé » et l’ »approche pragmatique » Sarko s’énerve, on ne dit pas et on ne dira plus charter, mais « vol groupé » pour qualifier les vols d’avion qui virent massivement les étrangers de la France (douce France). On dit « vol groupé » et Sarkozy insiste comme pour diluer toute connotation négative à l’expulsion d’êtres humain. Liberté égalité fraternité. L’ « approche pragmatique » : Des amendes exagérées et des peines scandaleuses pour les mendiants, les gens du voyage, les délinquants, les étudiants,… l’ « approche pragmatique » ne signifie pas comme n’importe quel francophone pourrait le croire pratique, mais approche des fins, du résultats, peu importe la pratique. Les différentes pratique de Sarkozy sont des fins en ellesmêmes, elles portent des noms : sédentarisation des nomades, civilisation musclée des barbares, O D P

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Quand on arrive en ville

Quand viendra l'an 2000 On aura 40 ans Si on vit pas maintenant, Demain il sera trop tard Qu'est-ce qu'on va faire ce soir On va peut-être tout casser Si vous allez danser ne rentrez [pas trop tard De peur, qu'on égratigne vos Jaguars Préparez vous pour la bagarre C'est la panique sur les boulevards Quand on arrive en ville J’ai peur pour la Belgique, nous avons nos Sarkozy, et ils ne sont pas uniquement à l’extrême droite. Vive la peur, vive l’insécurité, elles me rappellent tous les jours que je vis avec des hommes. Si vous avez quarante ans, et que vous allez voter, souvenez vous qu’un jour vous aussi vous avez fait peur à quelqu’un. Nous tout ce qu'on veut, c'est être heureux Etre heureux avant d'être vieux On a pas le temps d'attendre [d'avoir trente ans Nous tout ce qu'on veut, c'est être heureux Etre heureux avant d'être vieux Nous on prend tout ce qu'on peut en [attendant Ya Caleurenfoutrepleinlagueuleacescons P R E M I E R

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L’Europe… Les balbutiements d’une idée… Bientôt, le 9 mai prochain pour être exact, l’Europe sera en fête. En effet, le 9 mai c’est la journée de l’Europe, commémorant la Déclaration Schumann du 9 mai 1950. 53 ans déjà que Schumann annonçait publiquement la proposition française qui allait mener à la CECA et ensuite à la formidable et nébuleuse architecture institutionnelle appelée l’Union européenne. Quel qu’en soit le bilan qu’on puisse en faire, ces 53 années semblent tout de même être un grand pas en avant dans le volonté d’établir un monde pacifique réglé par des lois internationales. Le terme international constitue tout de même la preuve encore vivante que l’Union européenne est bien une union entre pays même si ceux-ci délèguent un certain nombre de leurs pouvoirs à d’autres institutions. Cela pour souligner que si les rapprochements entre les états européens s’approfondissent dans de lourdes tensions c’est parce qu’elles sont principalement tournées vers le système économique. En effet, l’histoire de l’Union européenne démontre simplement que les avancées de l’Union ont été principalement obtenues dans le cadre du développement des relations économiques entre les différents pays. Encore aujourd’hui, le débat reste présent. L’Europe, si l’on s’en réfère aux textes fondateurs et notamment à la Déclaration Schumann dont nous allons fêter l’anniversaire, a pour objectif principal la paix. Nous pouvons notamment lire ceci : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers O D P

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qui la menacent. La contribution qu'une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. (…)L'Europe n'a pas été faite, nous avons eu la guerre ».1 Pourtant, nous avons vu combien il est difficile d’avoir une unité politique quand on en vient à parler guerre, pétrole, pouvoir, influence. L’Europe politique est divisée sur les sujets brûlants car chaque partie avance ses intérêts personnels et non les valeurs qui définissent leur identité. L’Europe unie économiquement n’est peut-être pas encore prête à l’être politiquement. Mais moi je pense que oui. Je pense que oui au vu de la réaction des peuples européens. Tous ont fait entendre leurs petites voies et le bruit de leur pieds sur le pavé de leurs villes face au brouhaha des bottes et aux cris de haine. L’Europe politique est prête à condition qu’on y écoute les citoyens ! D’ailleurs l’UE a lancé le débat. Elle a mis sur pied une Convention dirigée par (feu… ah non ! pas encore) Mr Valery Giscard d’Estaing dont Coluche disait que s’il était réélu président de la République, il demanderait l’asile politique à la Belgique. Cette Convention a pour mission audacieuse de mettre sur pied une Constitution européenne. Une Constitution va bien plus loin qu’un simple traité, elle fonde les valeurs communes et les bases de l’état de droit. Elle est le document que tout autre doit respecter. Si aujourd’hui le droit international a 1

Déclaration Schumann du 9 mai 1950. http://www.europa.eu.int/abc/symbols/9may/decl_fr.htm

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déjà quelques difficultés à définir qui est le plus important : traité ou Constitution (je dirai Constitution car c’est par les procédures qu’elle définit que l’on peut signer un traité international qui alors peut prendre plus de valeurs tout en reposant dessus) comment va-t-on appréhender les confrontations entre deux constitutions c’est-à-dire deux documents à valeur législative égale ? Mais là n’est pas notre sujet. Cette Convention doit déjà faire face aux premières difficultés quand on se penche sur la question religieuse. Certains voudraient voir dans la Constitution européenne une mention sur les valeurs chrétiennes, spirituelles, qui selon fonde notre Europe. Quelle terrible connerie que cela ! Sommes-nous encore au Moyen-âge pour mêler valeurs religieuses et politique ? L’Europe n’est pas l’enfant des chrétiens plus qu’il n’est l’enfant d’un autre groupe. L’Europe doit être un fragile bébé d’un monde, du monde. L’Europe n’est pas un espace géographique déterminé mais une idée qui évolue avec les gens qui posent des pierres pour construire l’édifice. L’Europe n’est pas le fruit d’une religion ou d’une croyance, mais bien le bourgeon non éclos d’une humanité en devenir, pacifique et tolérante. Le concept de frontière comme tous les concepts ne sont que des constructions humaines et donc non figées. Pourquoi deux personnes habitant à 20 mètres l’une de l’autre sont-ils gouvernés par des entités différentes ? Les frontières sont le résultat de rapports de force entre pays. Elles tracent les limitent géographiques du pouvoir d’un état. Pourquoi ? La terre n’appartient ici qu’à celui qui se l’approprie comme toute chose... Quand l’homme se bat c’est toujours pour s’approprier quelque chose : terre, argent, pétrole, O D P

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honneur, gloire puissance… Futilités affligeantes au regard de la misère du monde… En Irak, des milliers de soldats cherchent des armes de destruction massive et protègent les puits de pétrole mais le chaos règne dans les villes privées d’eau et d’électricité, déchirées par les pillages qui effacent une à une toute l’histoire d’un peuple mais aussi celle de l’humanité…Vaut mieux avoir raison que de sauver des vies ! L’Europe ne peut pas devenir une forteresse enfermée dans des lignes imaginaires devenues murailles autant au niveau de son espace géographique que culturel. L’Europe doit générer un esprit nouveau dans le cœur des citoyens, celui de l’ouverture à l’autre et de son acceptation en tant qu’égal, donc en tant que frère. Toute mention d’une origine plutôt qu’une autre est marque d’exclusion. Comme si les valeurs chrétiennes étaient différentes que les valeurs musulmanes ou même bouddhistes. Il n’y de différents que des mots, que des pratiques, que des débats superflus sur qui est Dieu croyant par là répondre à qui est l’Homme. Mais toutes ont des racines communes, ce qui est très clair quand on parle des religions du Livre… Dans le fond toutes cherchent à donner à l’homme des bases pour construire une société… Toutes ont un philosophie organisationnelle tendant à assurer l’ordre social c’est-à-dire le respect de règles communes. L’Europe ne se veut pas dogmatique, elle peut tout remettre en question, problèmes après problèmes, valeurs après valeurs. La pensée mondiale a plus de richesses que la pensée européenne. Il nous faut trouver dans la différence les chemins qui nous mèneront vers de nouveaux cieux. P R E M I E R

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Il nous faut établir des objectifs clairs comme la paix, le partage, le respect, la tolérance, l’éducation et s’y tenir. Il nous faut pour réussir l’Europe mettre nos intérêts personnels sur le côté et penser à ce que tout homme a besoin pour vivre. C’est dans cette optique seulement que nous construirons un monde plus humain. Si l’Europe continue à se construire dans les guerres d’intérêts personnels, alors elle restera un rêve et se bornera à être un pouvoir parmi d’autre au lieu d’être la preuve que l’humanité peut construire ensemble petit à petit un monde où chacun tient la main d’un plus faible que lui… ce

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qui fait qu’au bout du chemin, il n’y a plus de faibles. L’Europe doit dépasser l’Europe pour devenir l’Union. L’Union doit s’étendre embrassant de nouveaux horizons chaque jour afin d’intégrer de plus en plus de différences en ne se concentrant que sur une chose. Nous sommes tous des hommes… et moi ça me suffit. Si l’Homme est un loup pour l’Homme, les loups ne se mangent pas entre eux ! Y a encore un peu de Foutre s’il vous plaît ?

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/1er_Mais_2003  

http://phallus.be/zob/public/journaux/1er_Mais_2003.pdf

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