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impossible de voir autre chose que le rougeoiement lointain des bouches à feu nordistes qui ripostaient aux tirs confédérés. En 1863, à cause de la fumée dégagée par ses propres canons, Lee n’avait pu procéder à une bonne estimation des dégâts que son tir de barrage avait infligé à l’ennemi. Le silence progressif des batteries nordistes lui avait donné l'impression que les rangs fédéraux étaient décimés. Il avait ordonné à aux fantassins de Pickett de charger. C’était un piège. Les canons nordistes avaient repris de plus belle, faisant un carnage dans les rangs confédérés. Mais cette même fumée qui avait aveuglé Lee pouvait aussi le cacher aux yeux de son rival. Tandis que les boulets pleuvaient autour d'eux, Antoine commença à faire refluer son corps d’infanterie vers l’arrière, puis à le faire glisser le long de la colline. Il avait préalablement élargi la ligne de ses batteries d’artillerie. La fumée s’étendait maintenant sur une plus large distance, masquant complètement le mouvement encerclant des confédérés. Il s’agissait cependant d’une manœuvre extrêmement complexe à exécuter. Non seulement ses troupes devaient procéder avec précaution – ce qui obligeait Antoine à se montrer intraitable avec ses officiers, et à les surveiller de près – mais il devait, dans le même temps, détourner l’attention de ses deux adversaires. Il ordonna donc au Général Ewell de se sacrifier en attaquant massivement à l’est. Il savait qu’Ewell renâclerait – il l’avait fait à maintes reprises pendant

Le Sphinx ch 4  
Le Sphinx ch 4  

4e chapitre du thriller Le Sphinx