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ESPACE DE RECONVERSIONS / ESPACE DE CREATIONS

Reconversion de la gare de Montrouge

Rebecca Perret


ESPACE DE RECONVERSIONS / ESPACE DE CREATIONS

Reconversion de la gare de Montrouge

Rebecca Perret


Un Merci aux membres de mon jury qui m’ont suivi et conseillé durant ce trajet et à mes proches.


Titre : Espace de Reconversions / Espace de créations : reconversion de la gare de Montrouge

Mémoire pour l’obtention du diplôme de l’ESA Grade 2 Printemps 2016 Date de soutenance : 14 Avril 2016 Directeur de diplôme : Alexandre Pachiaudi - Architecte DESA Enseignant ESA : Sebastien Chabbert - Architecte DESA Professeur d’université : Antoine Brès - Professeur université Paris 1 Personnalité extérieure : Florence Clausel Borel - Architecte DPLG Personnalité extérieure : Esther Granetier - Architecte scénographe Desa : Laure Hamelin - Architecte DESA

Rebecca Perret


DIAGRAMMES STRATEGIES

Echelle urbaine

Juxtaposition de fragments

Echelle du bâtiment

Se glisser sous l'enveloppe existante

Briser les limites de l'existant

Se servir du bâtiment existant comme socle

Se juxtaposer à l'identique sur l'existant

Créer un dialogue avec l’existant

S’articuler avec la façade existante

Incorporer par une seconde peau l'existant


PLAN

1 - Introduction

1.1 - Une expérience à Buenos Aires. P 11 1.2 - Analogie entre la ville de Buenos Aires et la reconversion P 22 1.3 - Définition des mots clés P 23

2 - Le chemin de la transformation 2.1 - Evolution de la notion de reconversion 2.2 - Explorer le projet 2.3 - Plusieurs stratégies

P 30 P 32 P 33

3 - Bâtiment revitalisé et non détruit 3.1 - Intégration dans la ville 3.2 - Une base solide 3.3 - Affect/Attachement

P 78 P 79 P 80

4 - Projet : analyse d'un site à réinventer : Reconversion de la gare de Montrouge.

P 81

5 - Conclusion

P 88

6 - Bibliographie

P 90


1 - Introduction

« Naître et renaître comme le phénix de la légende. Tel semble le destin de Buenos Aires que chacun à sa manière, homme de la rue, tanguero, cinéaste et auteur de théâtre, crée et recrée indéfiniment. » BOLASSELL Michel, Buenos aires Cinq siècles d'un mythe réinventé, 2007, p18

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1.1 - Une expérience à Buenos Aires

Buenos Aires : Buenos Aires est une ville en mouvement qui donne l'impression de renaître au fil du temps. La capitale de l'Argentine est née sur le Rio de la Plata et a grandi grâce aux différentes immigrations (espagnole, française, italienne, etc.) qui ont débarqué par son port. Elle a été construite et reconstruite par des habitants venus des quatre coins du monde. Les habitants s'appellent d'ailleurs les « Portenos » : qui vient du port. Les « Portenos » ont dû redoubler de « débrouillardise » pour faire face à la crise. Ils sont devenus des professionnels du système D. Dans cette ville, toujours instable, qui détruit et recrée en permanence ses repères, jaillit une énergie qui pousse en permanence à se réinventer.

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Fragmentation urbaine :

A Paris, l'ensemble de la ville est homogène. On peut traverser une rue qui délimite certains quartiers sans voir de différence au niveau architectural. Le changement de quartier s'observe principalement au changement de population. A l'inverse, les quartiers de Buenos Aires forment un ensemble hétéroclite. Chaque quartier a son identité et son style architectural propre. En traversant la rue qui sépare deux quartiers, on peut ressentir qu'on vient d'en quitter un pour en découvrir un autre. « Dédale de rues ombragées et de maisons sans étage, périmètre de murs invisibles et infranchissables, chaque quartier est une ville dans la ville, le centre secret du labyrinthe. »(1) Ces nuances, qui font la particularité de cette ville, sont dues aux différentes couches d'immigration qui ont peuplé cette capitale : « Entre 1875 et 1914, le pays accueillit plus de cinq millions de personnes : soit 14 % du mouvement migratoire mondial. Sa capitale ne fut pas en reste puisque un étranger sur trois choisit de se fixer à Buenos Aires. Que ce soient des italiens, espagnols, russes, croates, turcs, allemands, français ou encore anglais ayant quitté leur lointaine patrie, tous s'installèrent dans cette capitale du Rio de la Plata. Plus encore que New York, cette ville devint la cité la plus cosmopolite du monde. »(2) Chaque population a apporté sa pierre à l'édifice. La ville de Buenos Aires est née à partir de « la plaza de Mayo » (place de mai) près de Rio de la Plata et s'est développée selon une trame en damier. Cette trame régulière ne reflète pas Buenos Aires où chaque quartier forme un fragment qui a sa propre entité. Elle porte la trace génétique de ses origines : San Telmo, Palermo, Recoleta, Puerto Madero et el Centro sont des quartiers de cette trame.

(1) BOLASELL Michel, Buenos Aires Cinq siècles d'un mythe réinventé, 2007, p 1 (2) BOLASELL Michel, Buenos Aires Cinq siècles d'un mythe réinventé, 2007, p 209 12


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1 75005 Paris 3 75014 Paris

2 75013 Paris 4 75006 Paris

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San Telmo : C'est dans ce secteur que les premiers marins se sont installés au XIVe siècle. Pedro Mendoza y fonda Buenos Aires en 1536. La présence de maisons de style andalou figure à certains endroits. Palermo : Fondé au XIXe siècle par un marin sicilien, il fut baptisé Palermo en référence à Palerme, capitale de la Sicile. Au départ, son fondateur construisit un ermitage et y planta de la vigne et du blé. Par la suite et au fil des années, Palermo s'agrandit jusqu'à devenir le quartier le plus étendu de Buenos aires. Recoleta : Fondé au XIXe siècle au moment où l'aristocratie « Portena » fuyait les épidémies de la fièvre jaune, l'origine de son nom provient d'un couvent édifié par des pères récollets : « el convento de los Padres Recoletos » (le convent des pères récollets). Les « Portenos » l'appellent le « petit Paris » car il y abrite des palais de style français construits par les premiers habitants de cette zone. Puerto Madero : Fondé en 1887 par un commerçant nommé Madero, ce quartier devait être à l'origine un port modernisé à l'attention des bateaux de marchandises. Cependant, en 1910, la capacité limitée du port ne pouvait plus convenir ni à la taille ni au volume des bateaux. En 1998, la municipalité a donc réhabilité ces anciens docks sur les modèles de ceux de Londres. El Centro: Cet ensemble est constitué de deux quartiers : Montserrat et Nicolas. En prenant le temps d'observer cette zone, il est possible de mettre en évidence une fragmentation dans laquelle passé et présent se mêlent. En effet, des bâtiments symboliques d'une époque passée et des bâtiments plus modernes en verre s'emboîtent comme les pièces d'un puzzle et forment un ensemble.

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1 Palermo 3 Puerto Madero

2 El centro 4 Recoleta

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De loin, chaque quartier forme sa propre unité. Néanmoins, en se rapprochant, des fragments d'architecture hétéroclites s'additionnent au sein d'un même quartier et parfois d'une même rue. « La description d'une de ces rues, avec l'échoppe d'un cordonnier catalan, d'une mercerie française, d'une fabrique de ciment italienne, d'un bureau colporteur syrien, et au milieu, l'édifice d'une église russe, n'était rien d'exagéré. »(3) Voici comme se dénote la magie de Buenos Aires. Il suffit de placer son regard à un endroit pour se croire à un point du monde. « Ne parlez jamais de la beauté de Buenos Aires, personne ici ne vous prendra au sérieux », me conseilla un vieil habitué du café Violetas. « Dites plutôt que vous êtes sensible aux nuances, à la complexité qui font le charme de cette ville et là, les Portenos -ceux du port- vous considérerons peut être comme l'un des leurs. » »(4) Cette photo de Buenos Aires prise à Palermo est une représentation de cette capitale. Ce coin de rue pourrait être une ville en elle-même. Il forme un ensemble avec une juxtaposition de fragments de styles architecturaux différents : - les habitations - le parking - le supermarché - le lieu de culte - les bureaux

(3) BOLASELL Michel, Buenos Aires Cinq siècles d'un mythe réinventé, 2007, p 71 (4) BOLASELL Michel, Buenos Aires Cinq siècle d'un mythe réinventé, 2007, p 15

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3 2 1 Bureaux Lieu de culte Logements

4 Parking

5 Super marchĂŠ Juxtaposition de Fragments

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La crise économique subie en 2001 : En 2001, l'Argentine, qui était alors la cinquième puissance du monde, a été frappée par une crise économique. Tout a commencé lorsque les Argentins décidèrent de reprendre leur destin en main en affrontant l'inacceptable et en trouvant différentes formes de solutions en utilisant comme stratégie le détournement et la réinvention. « Ainsi, le réaménagement d'un terrain communal dans le quartier de Saavedera a permis la construction d'un jardin dont les produits étaient destinés aux cantines communautaires. Là, un autobus hors d'usage bricolé par des artisans en retraite qui dessert, à la demande, les écoles et les centres de troc de la banlieue ouest de la ville. »(5) Une réaction en chaîne des habitants s'est alors produite et a modifié les mentalités : « Notre réussite n'est pas seulement d'avoir réinventé la vie en réinventant le marché. »(6) Cette énergie de réinvention face à la crise transparaît dans différents travaux d'artistes argentins comme par exemple dans les œuvres de Marina de Caro, Anna Gallardo, Martin Cordiano, Tomàs Espina ou encore Antonio Berni. Marina de Caro, « Potencia de existir» (Puissance d'exister), 2015 : Sculpture qui évoque une forme qui a dû se forcer à muter de façon étrange pour s'adapter. « De Caro invite à la métamorphose et à la transformation par la puissance d'exister. »(7) Anna Gallardo, « Casa Rodeante » (Caravane), 2007 : Casa Rodeante est une vidéo dans laquelle l'artiste parcourt Buenos Aires avec une caravane construite à partir de fragments d'objets. A l'intérieur, les meubles que l'artiste avait gardés toutes ces années y figurent. Ce détournement d'objets montre bien une volonté de s'en sortir face à la crise. Martin Cordiano et Tomas Espina « Dominio » (Domaine), 2013 : Cette pièce constitue une métaphore de la ville de Buenos Aires. Des cassures et des failles sur tous les objets sont mises en avant et reflètent les traces des crises successives qu'a subies la capitale Argentine. La totalité des objets présents dans cette pièce ont été détruits puis reconstruits. Tout comme les habitants, les artistes ont su recoller les morceaux. Antonio Berni « Juanito laguna remontado un barrilete » (Juan remonte un cerf-volant difficilement), 1973 : Antonio Berni a créé de nombreux tableaux avec des déchets dans les années 1960. Cette œuvre en fait partie. De loin, il n'est pas aisé de distinguer de quelle manière ce tableau est constitué, en l'occurrence de fragments de matériaux divers et de déchets. Pourtant, la distance diminuant, les détails apparaissent au fur et à mesure. 18

(5) BOLASELL Michel, Buenos Aires Cinq siècles d’un mythe réinventé, 2007, p 182


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1 Marina de Caro, «Potencia de existir»

2 Anna Gallerdo, « Casa rodeante»

3 Martin Cordiano et Thomas Espina «Dominio»

4 Antonio Berni «Juanito laguna remontado un barilete»

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Un parallèle peut être fait avec les rues de Buenos Aires. Lorsqu'on s'en rapproche, elles apparaissent composées de bâtiments aux styles architecturaux différents. Ceux-ci forment une unité en s'assemblant les uns avec les autres. Si l'on se rapproche encore et que l'on passe de l'échelle de la ville à l'échelle du bâtiment, on peut s'apercevoir que certaines constructions architecturales sont, elles aussi, constituées de fragments hétéroclites.

Architecture réinventée à Buenos Aires : Durant la crise, beaucoup de bâtiments ont été réinvestis et détournés de leurs usages, comme c'est le cas par exemple de l'association « Mutual sentimiento » et de « El Ateneo Grand Splendid ». Association « Mutual sentimiento » (sentiment mutuel) Pour affronter la crise, de nombreuses associations et assemblées de quartiers sont apparues. « Mutual sentimiento » en fait partie. Cette association a réinvesti un ancien siège d'une compagnie ferroviaire dans le quartier de «Chacarita». C'est un lieu d'entraide au sein duquel chacun participe dans l'intérêt commun. De nombreux services y figurent, notamment une pharmacie. « Entre la garderie d'enfant, l'inévitable salle de troc, la bibliothèque, et une radio libre qui multiplie débats et annonces pratiques, tous les niveaux débordent d'activité. Un centre communautaire d'approvisionnement, dans lequel petits producteurs et particuliers fourniront fruits et légumes, est en voie de démarrage. Au dernier étage encore en plein aménagement, des gens s'affairent à installer un centre culturel avec théâtre, studio d'enregistrement et bientôt une école de cirque. »(8) El Ateneo Grand Splendid Il fut construit en 1919 par deux architectes nommés Pero et Tores. Le dôme du théâtre fut conçu par l'artiste Italien Nazareno Orlandi. C'était à l'origine un théâtre de 2 000 m2 pouvant accueillir jusqu'à 1 050 spectateurs. Sur ses planches ont défilé des artistes comme Carlos Gardel et Francisco Canaro. Dix ans plus tard, il a été transformé en cinéma dans lequel a été diffusé certains films célèbres comme « Les 400 coups » de François Truffaut ou encore « American beauty » de Mandes en 1991. A la fin du siècle, l'Ateneo Grand Splendid est devenu un bâtiment pratiquement abandonné menacé de démolition à cause de la crise. Toutefois, il fut racheté au début des années 2000 par le groupe ILHSA, propriétaire de la chaîne de libraires Ateneo. Ce fut l'architecte Fernando Manzone qui reconvertit le cinéma en librairie, la plus grande d'Amérique du Sud ouverte jusqu'à minuit. La scène de cinéma est devenue un café. Rapidement, la librairie est devenue l'une des plus connues et des plus incroyables du monde. Le 11 janvier 2008, le journal britannique « The Guardian » a classé El Ateneo Grand Splendid au rang de deuxième plus belle librairie du monde.

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(6) BOLASELL Michel, Buenos Aires Cinq siècles d'un mythe réinventé, 2007, p 180 (7) FELINES Alain, My Buenos Aires guide de la scène artistique, 2015, p 114 (8) BOLASELL Michel, Buenos Aires Cinq siècle d'un mythe réinventé, 2007 p 180


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1 et 2 Association ÂŤ Sentimental sentimientoÂť 3 et 4 El Ateneo Grand Splendid

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1.2 - Analogie entre la ville de Buenos aires et la reconversion d'un bâtiment

Les «Portenos» ne cessent de reconvertir leur ville au fil du temps. Chaque apparition d'un nouveau quartier a fait naître une ville dans la ville. Chaque rue construite a produit une mosaïque de nouveaux assemblages. En période de crise, ils réinvestissent leurs bâtiments pour en créer de nouveaux usages. A travers la ville de Buenos Aires, j'ai commencé à m'intéresser à ces espaces qui ont abrité plusieurs couches de créations au fil du temps. Ces espaces où l'esprit du lieu est conservé mais dont l'utilité a été modifiée. Ces lieux qui ont été réappropriés mais dont l’âme a été conservée. Ces sites uniques où l'ancien et le moderne cohabitent et se respectent. Comment peut-on adapter un programme dans un lieu qui a été prévu initialement pour une autre fonction ? Comment peut-il se renouveler tout en conservant la trace du passé ? Cette hybridation permet une solution alternative: l'adaptation d'un lieu et non sa destruction.

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1.3 - Définition des mots clés

« A la question « Qu'est-ce qu'un argentin ? », on répondit d'abord : c'est un italien qui parle espagnol, qui a été éduqué par un français et qui ressemble à un anglais. »(9) REINVENTER : Donner une nouvelle dimension à quelque chose qui existe déjà. PATRIMOINE : Le patrimoine culturel (on parle également de patrimoine historique) recouvre les biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique. On parle notamment du « patrimoine architectural ». PATRIMOINE ARCHITECTURAL : Le patrimoine architectural représente l'ensemble des constructions humaines ayant une grande valeur du fait qu'elles caractérisent une époque, une civilisation ou un événement. En Europe, les politiques de « conservation intégrée » ont été définies le 3 octobre 1985 : la Convention pour la sauvegarde du patrimoine architectural de l'Europe dite « Convention de Grenade » conclue à cette occasion est entrée en vigueur le 1erdécembre 1987 et a fait l'objet du décret n° 88-206 du 29 février 1988. Elle établit les structures de la coopération européenne pour la protection du patrimoine architectural. L'article 1er de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine architectural de l'Europe, définit l'expression «patrimoine architectural» en affirmant qu'elle intègre les biens immeubles ci-après : Les monuments : toutes réalisations particulièrement remarquables en raison de leur intérêt historique, archéologique, artistique, scientifique, social ou technique, y compris les installations ou les éléments décoratifs faisant partie intégrante de ces réalisations ; (9) BOLASELL Michel, Buenos Aires Cinq siècles d’un mythe réinventé, 2007, p 180

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les ensembles architecturaux : groupements homogènes de constructions urbaines ou rurales remarquables par leur intérêt historique, archéologique,artistique, scientifique, social ou technique et suffisamment cohérents pour faire l’objet d’une délimitation topographique ; les sites : œuvres combinées de l'homme et de la nature, partiellement construites et constituant des espaces suffisamment caractéristiques et homogènes pour faire l'objet d'une délimitation topographique, remarquables par leur intérêt historique, archéologique, artistique, scientifique, social ou technique. CONSERVATION : Action de conserver quelque chose intacte, de le maintenir dans le même état. La conservation du patrimoine architectural traite des questions de la prolongation de la vie et de l'intégrité architecturale, c'est-à-dire la forme et le style, et/ou ses matériaux constitutifs tels que la pierre, la brique, le verre, le métal et le bois. En ce sens, le terme se réfère à « l'utilisation professionnelle d'une combinaison de la science, de l'art, de l'artisanat, et de la technologie comme un outil de conservation » et est allié avec les champs apparentés de la conservation de l'environnement historique et la conservation de l'art. RESTAURATION : Redonner au bâtiment son caractère en employant les matériaux d'origine selon les techniques d'époque. MEMOIRE: Ensemble des faits passés qui restent dans le souvenir des hommes ou d'un groupe humain : la mémoire d'un peuple. LIEU DE MEMOIRE : Le lieu de mémoire est un concept historique mis en avant par l’ouvrage « les Lieux de Mémoire », paru sous la direction de Pierre Nora entre 1984 et 1992. Selon Pierre Nora « un lieu de mémoire dans tous les sens du mot va de l’objet le plus matériel et concret, éventuellement géographiquement situé, à l’objet le plus abstrait et intellectuellement construit. » Il peut donc s’agir d’un monument, d’un personnage important, d’un musée, d’ archives, tout autant que d’un symbole, d’une devise, d’un événement ou d’une institution. « Un objet », explique Pierre Nora, « devient lieu de mémoire quand il échappe à l’oubli », par exemple avec l’apposition de plaques commémoratives, et quand une collectivité le réinvestit de son affect et de ses émotions. 24


Valorisation Esprit du lieu

Juxtaposition Lieu de mĂŠmoire Non oubli

Reconversion

Memoire Ancien

Conservation Restauration

Hybridation

Evolution

Multiplication Inclusion Superposition

Patrimoine

Rehabilitation Reinventer

Intrication

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« La mémoire est la vie, toujours portée par des groupes vivants, et à ce titre, elle est en évolution permanente, ouverte à la dialectique du souvenir et de l’amnésie, inconsciente de ses déformations successives, vulnérable à toutes les utilisations et manipulations, susceptible de longues latences et de soudaines revitalisations. L’histoire est la reconstruction toujours problématique et incomplète de ce qui n’est plus. La mémoire est un phénomène toujours actuel, un lien vécu au présent éternel ; l’histoire une représentation du passé. L’histoire ne s’attache qu’aux continuités temporelles, aux évolutions. La mémoire est un absolu et l’histoire ne connaît que le relatif » (Pierre Nora). HYBRIDATION : L'hybridation est le croisement animal ou végétal entre deux variétés distinctes ou races de lignées pures d'une même espèce. L'hybride présente un mélange des caractéristiques génétiques des deux parents. En jardinage, on qualifie d' «hybrides» les plantes issues d'un croisement entre deux espèces différentes. Par exemple, il existe une plante la «Tomatato» qui produit à la fois des tomates et des pommes de terres. Elle a été lancée en Grande Bretagne sous le nom de «Tomatato» car c'est la contraction des thermes anglais «Tomtato» et «Potato». « Chaque plante hybride est obtenue grâce à une greffe entre un plant de tomate et un plant de pomme de terre. « Une fois mise en pot ou plantée dans un potager, la «Tomtato» peut ainsi se parer d'une centaine de tomates cerises au-dessus du sol tandis que les pommes de terre pousseront sous Terre. »(10) Mais l'hybridation peut aussi s'appliquer en architecture : Greffe d'un nouveau programme ou d'une nouvelle structure dans un bâtiment déjà existant. REHABILITATION : Il s'agit de « prolonger la vie d'un bâtiment en processus d'obsolescence, pour le rétablir dans son estime ». Le terme de réhabilitation est général, il peut inclure restauration, reconversion et ajout de greffes. RECONVERSION : Changement adapté à une situation nouvelle. En architecture, elle a pour but de conserver et de mettre en valeur un bâtiment à travers différentes interventions. La reconversion permet de composer avec l'existant et de revoir le programme. Chaque reconversion architecturale modifie l'édifice non seulement du point de vue architectural, mais aussi de celui du contenu.

(10)LA REDACTION , Tomtato une plante hybride produit à la fois des tomates et des pommes de terres, Citizen post, 27 septembre 2013 26


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Dans le schéma d'hybridation (1) et du plant de «Tomatato» (2), On observe qu' après l'hybridation on peut voir une distinction des deux parties assemblées. 27


ADDITION : L’ élément additionnel est ajouté à l’élément existant. Ils ne sont pas forcément identiques. MULTIPLICATION : L’élément additionné est de la même famille que celui originel. Il s’agit d’une répétition. INCLUSION OU INSERT : L’élément additionné est inclus dans l’élément existant. SUPERPOSITION : L’élément additionnel forme une couche par rapport à l’existant. JUXTAPOSITION : L'élément additionnel est à coté de l'élément existant. INTRICATION : L'élément additionnel est emmêlé et enchevêtré avec l'élément existant. EVOLUTION : Le terme évolution désigne tout type d'un ensemble de modifications graduelles et accumulées au fil du temps, affectant un objet. VALORISATION: Par valorisation (d'un élément matériel ou immatériel) on peut entendre : un processus visant à améliorer la valeur de cet objet de façon active. On parle alors de "valoriser" un bien immobilier, un patrimoine, des sous-produits, des déchets.

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2 - Le Chemin de la transformation

« Toutes ces opérations, par addition et/ou par soustraction, donnent lieu à une multiplication d' hybridations, qui produisent de facto une nouvelle esthétique de la greffe ». DARIO Cimorelli, Un bâtiment combien de vies? La transformation comme acte de création, 2015 p27

« Les reconversions sont, en tant que telles, des hybrides contradictoires. Elles s'opposent à la compréhension du projet comme acte individuel de création artistique, à l'idée d'objet entièrement créé autonome et homogène. Une œuvre voit le jour dans l'espace tendu entre ancien et neuf qui n'est pas identifiable, au sens courant, au travail d'une seule personne : elle est due aux écritures différentes de ses nombreux auteurs » MADLENER Thomas et WIEGELMAN Andrea, Construire dans l'existant, 2006 p 20

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2.1 - Evolution de la notion de reconversion « All building, Once handed over by the builder to the client, have three possible fates, namely to remain unchanged, to be altered or to be demolished.»(11) (Toutes les constructions une fois remises par le constructeur au client, ont trois destins possibles, à savoir rester inchangées, être changées ou être démolies.) La reconversion du bâti existant n'est pas un phénomène récent. Les régimes religieux, politiques et économiques naissent et meurent. Mais certains bâtiments survivent aux civilisations qui les ont construites. La reconversion était déjà utilisée au Moyen Age comme par exemple la Mosquée-cathédrale de Cordoue qui a évolué en fonction des invasions du territoire espagnol. Au départ, à l'emplacement de la Mosquée-cathédrale de Cordoue, il y avait un temple romain. Cordoue était la capitale d'une province romaine : la Bétique. En 572, la ville est prise par les Wisigoths. En 584, ils construisent à l'emplacement du temple , l'église Saint Vincent Martyr. Elle devient la principale église de la cité. Lorsque les musulmans s'établissent à Cordoue, ils construisent en 786, à la place de l'église une mosquée. Les ruines du temple et de l'église furent réutilisées comme matériaux de construction. Cordoue fut reprise aux envahisseurs musulmans par le roi Ferdinand III de Castille en 1236. Les castillans ont adapté la mosquée en église en 1236. Puis ils en firent une cathédrale en 1523. La cathédrale est construite en plein centre de l'ancienne mosquée. Mais la notion de reconversion en tant que thème architectural a commencé à être vraiment débattu au XIXème siècle. En France, Violet Leduc s'oppose à la simple conservation en disant : « Restaurer un édifice ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné. » (Violet Leduc ) En Grande Bretagne, Ruskin et Morris s'opposent à une restauration qui aurait pour but de restituer un état originel. Pour eux, l'intervention sur un bâtiment doit être le produit de son propre temps. Il faut que la construction évolue au rythme des changements de la société.

(11) Scott Fred, ON ALTERING ARCHITECTURE, 2008, P1

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La question de la reconversion s’est aussi beaucoup posée après la seconde guerre mondiale lors de la reconstruction. Dans l’Italie d’après guerre, l’architecte Scarpa refuse de restaurer à l’identique les bâtiments. Il préfère créer un dialogue avec l’ancien et le nouveau. La restructuration de la forteresse de Castelvecchio en musée à Verone à la fin des années 1950 est l’un de ses projets les plus connus. Il est suivi par les architectes modernistes Guido Canali et Karljosef Schattner : Guido Canali a reconverti à Parme en Italie le Palazzo della Pilotta endommagé par la seconde guerre mondiale en un musée d’art. Karljosef Schattner a reconverti la Ulmer Hof, bâtiment du XVIIème siècle en faculté de théologie en 1980 en Allemagne. Dans les années 1970, il y a le passage d'une société industrielle à une société de services. Les bâtiments industriels qui étaient condamnés à la destruction commencent à être reconvertis. Les architectes les font renaître en y injectant d'autres programmes adaptés à leur structure originelle. Ce changement d'attitude est venu des Americains et a traversé l'Atlantique pour arriver en Europe. Comme par exemple, la présidente de « Art league », Marian Van Landingham proposa d'adapter une usine à torpilles construite en 1918 par la Marine Americaine à Alexandria en Virginie aux USA, en atelier pour artistes. Dans les années 1980, il y a une prise de conscience que le réemploi constitue une démarche différente de la réparation et de la restauration et qu'il n'est plus réservé à des agences spécialisées. Cette prise de conscience se reflète par exemple dans l'ancienne gare d'Orsay reconvertie en musée des arts en 1986 par Renaud Bardon, Pierre Colboc et Jean Paum Philippon. Au XIXème siècle, la reconversion est de plus en plus reconnue par les architectes comme une démarche créative et non comme un projet de second plan. On rentre dans l'ère du réemploi. «La réhabilitation n'est en effet plus considérée comme une mission peu gratifiante mais au contraire comme un défi créatif, une opportunité, tant d'un point de vue esthétique,qu'économique ou écologique.»(12)

(12)Service arts et littératures-mai, Revue BPI, Mai 2015, p2

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2.2 - Explorer le projet Dans le cas de la reconversion, il ne s’agit pas de conserver l’existant à l’état identique mais de garder l’esprit du bâtiment en lui donnant une autre vie. C’est pour cela que la première étape de la reconversion passe par l’analyse de l’existant. Il faut plonger dans son histoire, observer ses qualités structurelles et la configuration de son espace. «Il faut écouter l’histoire d’un bâtiment. Et nous ne somme pas là dans l’exclusif du registre culturel. L’histoire d’un édifice est scellée dans les techniques de sa construction.»(13) - Contraintes du passé : La transformation d'un bâtiment et non sa destruction permet de laisser une trace du passé. Certains bâtiments possèdent des parties classées au patrimoine architectural. Comme par exemple, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé où Renzo Piano a conservé la façade classée de l'ancien théâtre. Il y a 43 000 édifices classés en France, ce qui limite les interventions à un cadre strict dû aux différentes chartes comme les chartes d'Athènes (1931), de Venise (1961) et de Cracovie (2000). Par exemple, la charte de Venise montre qu'à travers sa reconversion, le bâtiment doit garder son authenticité. Il est stipulé que le monument est inséparable de son histoire, de son témoignage et de son contexte. L'architecte doit conserver le message originel du bâtiment. -Contraintes structurelles et techniques : Il n'y a pas que le témoignage du passé qu'il faut valoriser à travers une reconversion. Sa structure est aussi le symbole d'une époque. Son observation est primordiale pour l'élaboration des différentes interventions futures. Comme par exemple, savoir s'il faut remettre en état les éléments de base comme la structure,les circulations, les passages de câbles, les réseaux technique, etc. -Contraintes de la configuration de son espace : Reconvertir un bâtiment, c'est faire un projet en partant de dedans. L'analyse de la configuration du bâtiment permet de savoir si l'espace peut accueillir telle ou telle fonction. (13) DECARIS Bruno, hybridations, interfusions, Technique et architecture, 01/08/2000

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2.3 - Plusieurs stratégies « C'est vraiment quelque chose qui revit, qui reçoit une nouvelle vie. La structure qui était là est remise en valeur » (14) Construire sur l’existant pose de nombreuses contraintes qui ne laissent pas une grande marge de manœuvre mais ces contraintes peuvent devenir des leviers pour la construction du projet. La reconversion architecturale passe par une intervention juste et l’élaboration de stratégies créatives et adaptées. La reconversion implique de construire sur le construit. Celle-ci permet de valoriser le bâtiment à travers de nombreuses interventions. La valorisation entraîne la création d'impacts sur le bâti. En se posant les questions suivantes :

- Qu'est ce qui a été enlevé ? - Qu'est ce qui a été gardé ? - Qu'est ce qui a été renforcé ? - Qu'est ce qui a été ajouté ?

Puis en se demandant si ces interventions sont induites par une posture patrimoniale, par un langage architectural ou par une question fonctionnelle due au programme, on peut établir différentes stratégies de reconversion : - se glisser sous l'enveloppe existante - briser les limites de l'existant - se servir du bâtiment existant comme socle - se juxtaposer à l'identique sur l'existant - créer un dialogue avec l'existant - s’articuler avec la façade existante - incorporer par une seconde peau l'existant (14) HERZOG Jacques, Conversation espaces trouvés un bâtiment combien de vies ? La transformation comme acte de création, 2015, p99

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StratĂŠgie 1 : se glisser sous l'enveloppe existante

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1 La Tate Modern Londres

2 Le Pavillon de l' Arsenal

3 Le MusĂŠe d'Orsay

Paris

Paris

4 Le Carriageworks Sydney

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Exemple : la Tate Modern Qu'est ce qui a été enlevé ? L'intérieur a été vidé des machines pour laisser la place à un nouveau programme pour des raisons fonctionnelles. Qu'est ce qui a été gardé ? De l’extérieur, la gigantesque usine en briques a peu changé. La structure en acier et les parois de briques sont conservées. Sa répartition tripartite a été aussi gardée. Le bâtiment était organisé en trois bandes parallèles : - du côté de la Tamise : la chaudière centrale - au centre : les grandes turbines - du côté sud : le dispositif de traitement dans lequel se trouve toujours aujourd’hui les transformateurs qui alimentaient Londres en courant. Ces modifications sont induites pour des raisons fonctionnelles. Qu'est ce qui a été renforcé ? La seule passerelle centrale qui vient interrompre l’ancienne salle des turbines est constituée d’un reste de l’ancienne dalle qui recouvrait à l’origine toute la longueur du bâtiment. Dans l'aile nord du bâtiment, des planchers sont reconstruits, pour y accueillir les galeries d'art. Toutes ces modifications sont faites pour des raisons fonctionnelles. Qu'est ce qui a été ajouté ? La toiture originelle est remplacée par une nouvelle charpente agrémentée d'un système adéquat d'éclairage zénithal. Un parallélépipède en verre posé sur le toit indique discrètement le changement d'état. Ces changements sont induits par la volonté de créer un nouveau langage architectural. La reconversion de la Tate Modern a contribué à la sauvegarde d'un projet majeur de l'architecture anglaise, la centrale est effectivement l'un des rares vestiges du style Néo Art Déco appliqué au domaine industriel. « Les architectes ont su révéler l'existant, rendant floues les limites entre l'ancien et leur intervention : « Il faut accepter le bâtiment comme un paysage artificiel. Pourquoi démolir une montagne ? ». Par la pure conservation de l'original, l'architecture de Scott est magnifiée. » » (15)

(15) DECARIS Bruno, hybridations, interfusions, Technique et architecture, 01/08/2000

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LA TATE MODERN Londres Superficie : Après reconversion :

D’origine : = 34 500 m2

= 14 000 m2

1963 : une centrale électrique est construite par l'architecte Sir Giles Gilbert Scott.

2000 : la centrale est reconvertie en galerie d'Art Moderne par les architectes Herzog et De Meuron.

LE VIDE : le bâtiment a été presque entièrement évidé. Pendant le chantier, l’enveloppe a été maintenue par un étayage.

Evolution : Existant + Ré-investigation 1963

2000

Programme : 6 niveaux - L'ancienne salle des turbines : hall d’entrée et une surface d'exposition pour des œuvres exceptionnelles. - Niveau 2,3 et 4 : surface d’exposition - Niveau 6 : restaurant

37


Dans la stratégie « se glisser dans l'enveloppe existante », la structure est évidée puis renforcée pour accueillir un nouveau programme. Le vocabulaire architectural de l'industrie est conservé. Dans ce cas, la formule «Form follow fonction» est remise en cause. La fonction doit se plier à un espace déjà préconçu. Les différentes couches historiques sont assemblées de façon non visible. On peut observer le même procédé de cette reconversion dans de nombreuses architectures comme par exemple le Musée d'Orsay, le Pavillon de l'Arsenal ou le Carriageworks. La stratégie « se glisser dans l'enveloppe existante » est adoptée dans des grands espaces vides désaffectés comme des usines, des gares, des églises. Ils sont souvent réinvestis par des programmes tels qu'un centre culturel, une bibliothèque, un musée ou des programmes polyvalents. La stratégie répond aux questions : Comment remplir un espace évidé de sa fonction ? Comment remplir le vide ? Comment remplir un espace nu ?

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LE CARRIAGE WORKS Sydney Superficie : Après reconversion

D’origine : = Estimation 14 000 m2

= 18 000 m2

1880 : un atelier ferroviaire est construit par l’ architecte George Cowdry.

2007 : l’atelier ferroviaire est reconverti en centre contemporain des arts et des spectacles par les architectes Peter Tonkin,Tim greer et Brian Zulaikha.

LE VIDE : l’atmosphère industriel a été conservé mais le bâtiment a été évidé des machines de l’atelier.

Evolution : Existant + Ré-investigation 1880

2007

Programme : dans les volumes de béton qui ont été créés dans l’enveloppe existante : - trois espaces de représentations - des salles de répétitions - des bureaux - un atelier Entre les volumes de béton : - des voies de circulation.

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StratÊgie 2 : Briser les limites de l’existant

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1 Les Bureaux sur Falkestrasse Vienne

2 Le Grand magasin Rome

3

4

La Minoterie

La MosquĂŠe-cathĂŠdrale

Roubaix

Cordoue

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Exemple : bureaux sur Falkestrasse Qu'est ce qui a été enlevé? Une partie de la toiture existante a été retirée. Cette destruction de la toiture ouvre les bureaux ainsi vers le ciel. Leur agence s'appelle d'ailleurs Coop Himmelb(l)au, ce qui veut dire « construire le ciel ». Cette dématérialisation est induite par l'élaboration d'un nouveau langage architectural. Qu'est ce qui a été gardé ? L'espace sous les combles a été conservé pour des raisons fonctionnelles. Qu'est ce qui a été renforcé ? L'édifice existant a été consolidé. La structure de l'extension paraît légère mais elle est en réalité très ancrée structurellement dans l'édifice hôte. En effet, l'extension comprend quatre niveaux structurels : - Le premier en béton armé permet d'ancrer et de reporter les charges sur la structure existante. - Le deuxième en acier constitue l'ossature principale. - Le troisième est une structure secondaire permettant de soutenir le vitrage. - Le quatrième permet de soutenir le système d'éclairage artificiel. Qu'est ce qui a été ajouté ? Une extension construite en acier et en verre a été jointe à la toiture existante. Elle est constituée de deux niveaux de superficie de 400 m2 accueillant une salle de réunions de 90 m2 et trois cabinets d'avocats comprenant chacun un espace de bureau et un espace d'accueil. Cette extension a été rajoutée pour des raisons programmatiques. Pour faire l'extension du cabinet d'avocat, les architectes de l'agence Coop Himmelb(l)au ont percé le toit. Ensuite, ils y ont inséré une structure métallique. A travers cette intervention, ils revendiquent une appropriation maximale de l'espace. « It is not that we should change in order to live within architecture, but architecture has to react to our mouvements, feelings, moods, emotions, so that we want to live within it . » (16) (Nous ne devrions pas avoir à changer pour vivre l'architecture, mais c'est l'architecture qui se doit de réagir à nos mouvements, nos sentiments, nos caprices et nos émotions avec lesquels on a envie de vivre). Ils ont détourné les lois patrimoniales pour que le projet soit retenu. Les architectes ont changé le statut même de l'intervention, qualifiée non plus de projet architectural mais d'installation artistique. A travers cette posture de contraste par rapport à l'existant, ils ne se positionnent pas en refus de l'architecture historique. Au contraire, ils pensent que chaque trace d'intervention doit être visible. 42

(16) PERRAUDEAU Clément, l' appréhension du patrimoine architectural chez Coop Himelb(l)eau


LES BUREAUX SUR FALKESTRASSE Vienne Superficie : Après reconversion :

D’origine : = Estimation 150 m2

= 400 m2

Les combles d’un immeuble classique sont construits au coin de la rue Falkestrasse et Biberstrasse.

1988 : les combles sont reconvertis en extension d’un cabinet d’avocats par l’agence Coop Himmelb(l)au.

LA JONCTION : la nouvelle structure en acier et en verre contraste avec l’ancienne façade classique de l’immeuble.

Evolution : Existant + Extension Immeuble classique

1988

Programme : 2 niveaux - 1er niveau : trois cabinets d’avocats comprenant chacun un espace de bureau et un espace d’accueil. - 2 niveau : une salle de réunions.

43


Dans cette stratégie « briser la limite de l'existant », la structure est évidée puis renforcée pour accueillir un nouveau programme avec une extension du bâtiment existant. Pour ne pas être contraint par la forme, certains architectes n'hésitent pas à briser l'enveloppe. Les couches historiques différentes sont assemblées de façon visible. On peut observer le même procédé de cette reconversion dans de nombreuses architectures comme par exemple le Grand magasin de Rome, La Minoterie ou la Mosquée-cathédrale de Cordoue. La stratégie « briser la limite de l'existant » est adoptée dans des espaces de grande surface ou de petite surface comme un ancien siège militaire ou des combles dont la densité ne suffit plus à contenir le programme. Les extensions sont souvent réinvesties par des petits programmes qui complètent le nouveau programme comme une salle de conférences ou un restaurant.

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LA MOSQUEE-CATHEDRALE DE CORDOUE Cordoue Superficie : Après reconversion :

D’origine : = 23 400 m2

= Estimation 24 200 m2

786 : une mosquée est construite sur l’ordre de Abd al Raham 1er.

1236 : la mosquée fut adaptée au culte catholique. 1523 : l’ancienne mosquée est reconvertie en cathédrale avec la construction d’une cathédrale en son centre.

LA JONCTION : quand la mosquée fut adaptée au culte catholique, les chrétiens ont muré les 19 arcades donnant accès à la mosquée depuis la cour des Orangers. La cathédrale s’appuie sur les anciennes colonnes de la mosquée.

Evolution : Existant + Extension 786

833

961

987

1236

Programme : - des chapelles - une cathédrale construite en forme de croix au centre de la mosquée. Elle allie les styles Gothique, Renaissance et Baroque.

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StratÊgie 3 : Se servir du bâtiment existant comme socle

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1 La Elbphilarmonie Hambourg

2 Le Kraanspoor Amsterdam

3

4

La Fahle house

La Hearst tower

Tallinn

New York

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Exemple : Elbphilharmonie Qu'est ce qui a été enlevé ? L'intérieur de l'entrepôt de cacao a été complètement évidé pour des raisons fonctionnelles. Qu'est ce qui a été gardé ? La façade en brique de l'entrepôt a été conservée, afin de garder une mémoire collective du lieu. Cette intervention est liée à une posture patrimoniale. Qu'est ce qui a été renforcé ? L’ancien entrepôt de cacao a été renforcé dans sa structure pour supporter la nouvelle partie supérieure. Il forme le socle sur lequel repose tout le reste. Qu'est ce qui a été ajouté ? L'intérieur de l'entrepôt va être reconverti en parking. Il comprendra aussi deux escaliers roulants : l'un de 82 m de long et le second de 20 m de long. Ces circulations amèneront directement les visiteurs à une place aérienne de 4 000 m2 située sur la toiture de l'entrepôt et à la jonction entre l'ancien bâtiment industriel et le nouveau bâtiment appelé « la voile de verre ». Sur l'ancien entrepôt est ajoutée une nouvelle structure qui s’intègre à la partie inférieure car elle en prolonge les angles et les plans. Elle y accueillera la salle de concert symphonique et les autres programmes mixtes. Ces interventions ont induit une posture fonctionnelle et le développement d'un nouveau langage architectural. Elbphilharmonie est composé d'un socle (l'ancien entrepôt) et d'une surélévation (« la voile de verre »). Toutes les circulations sont gérées par le socle et tous les nouveaux programmes sont investis dans la nouvelle structure. Son ouverture a pour but d’élargir l’offre culturelle et n’entraîner la fermeture d’aucun autre équipement. Elle aura une fonction symbolique : elle sera un symbole de la ville de Hambourg, au même titre que la Tour Eiffel pour Paris ou l’Opéra pour Sydney.

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LA ELBPHILHARMONIE Hambourg : Superficie : Après reconversion :

D’origine : = 27 600 m2

= 92 400 m2

1966 : un ancien entrepôt de cacao est construit par Werner kallmorgen.

2017 : l’ancien entrepôt est reconverti en une salle de concerts symphonique par les architectes Herzog et de Meuron.

LA JONCTION : il y a un langage de contraste entre la partie ancienne et la surélévation. Les briques rugueuses et opaques de l’ancien entrepôt s’oppose à la façade de verre lisse et transparente de la nouvelle partie. Pour supporter le poids de la nouvelle structure, 600 pieux en béton sont rajoutés au 1 111 pieux déjà présents dans la structure de l'entrepôt. Evolution : Existant + Surélévation 1966

2017

Programme : 2 parties / 26 niveaux Partie supérieure, en verre : - 1 grande salle de concert de 2 150 places. - 1 salle de concert plus petite, de 550 places - 1 salle de conférences - 1 hôtel design 5 étoiles de 247 chambres - plusieurs restaurants - 1 centre de bien-être - 45 unités d´habitation

Partie inférieure, en brique: 6 niveaux - ‘Kaistudio’, salle de concerts de 170 places - parties pédagogiques - parking de 510 places - pièces diverses.

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Dans la stratégie « se servir du bâtiment existant comme socle », l'existant est évidé pour accueillir un nouveau programme. Il est ensuite renforcé pour être utilisé comme socle par une nouvelle structure en surélévation. L'architecte s'appuie sur l'ancien bâtiment pour continuer à écrire son histoire. On peut observer le même procédé de cette reconversion dans de nombreuses architectures comme par exemple la Fahle house, le Kraanspoor ou la Hearst Tower. La stratégie « se servir du bâtiment existant comme socle » est adoptée dans des espaces ou des anciennes structures comme une base d'immeuble ou une piste de grue. Ces espaces sont développés comme socle pour développer en sa partie supérieure une surélévation. Les surélévations sont souvent réinvesties par des programmes denses comme par un gratte-ciel composé de bureaux ou une salle de concert symphonique.

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LA HEARST TOWER New York Superficie :

Après reconversion :

D’origine :

= 80 000 m2

= 11 100 m2

1928 : la base d’un immeuble tour style art déco est construit par l’architecte Joseph Urban.

2004 : la base d’immeuble est reconvertie en un gratte-ciel pour accueillir des bureaux de la Hearst Corporation par Norman Foster.

LA JONCTION : la nouvelle tour constituée d’acier et de vitrage contraste avec l’ancienne base d’immeuble en pierre moulée. La charge de cette nouvelle tour est descendue par des piliers apparents.

Evolution : Existant + Surélévation 1928

2004

Programme : 46 étages - RDC :(volume de l’ancienne base de l’immeuble) grand hall, un restaurant et les circulations - 46 étages : bureaux des rédactions de la Hearst Corporation.

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Stratégie 4 : Se juxtaposer à l'identique sur l'existant

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1 La Frac Dunkerque

2 La CafĂŠtaria Loewenscheune Wettingen

3 Les Docks Dombasles Le Havre

4 La Fondation Cognacq-Jay Rueil-Malmaison

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Exemple : La FRAC Qu'est ce qui a été enlevé ? L'intérieur a été totalement évidé pour laisser la place à un nouveau programme pour une question fonctionnelle. Qu'est ce qui a été gardé ? La halle AP2 en béton, Atelier de Préfabrication n°2 a été conservée pour des raisons patrimoniales. La halle est l'unique témoin de constructions navales sur le port et est un repère important pour les habitants de Dunkerque. Les habitants la surnomment « La Cathédrale » et pendant près de 40 ans, elle a vu naître dans ses ateliers près de quatre navires par an jusqu’à la fermeture définitive en 1988 des Chantiers Navals. Qu'est ce qui a été renforcé ? L’espace de la Halle AP2 qui est laissé complètement vide. Les architectes renforcent cette sensation d’espace de la halle existante ce qui permet d’offrir un espace de 75 m de haut pour accueillir des grandes œuvres ou des événements. Cette démarche est induite pour des raisons programmatiques. Qu'est ce qui a été ajouté ? Une deuxième halle à l'identique de la première en polycarbonate pour accueillir de nombreux programmes. Les différents espaces sont conçus pour être modulables ; le support des planchers est fait par des poteaux, pour se libérer de la présence de murs porteurs. Elle est constituée de grands plateaux libres que l’on peut aménager, ou que l’on peut faire évoluer différemment. Cette halle a été construite pour des raisons fonctionnelles et pour développer un nouveau langage architectural. Les architectes Lacaton et Vassal transforment l'existant et dupliquent le bâtiment pour créer un nouvel espace. « La duplication est la réponse attentionnée envers l'identité de la halle. » (17) En effet, en dupliquant l’existant, les architectes investissent le programme demandé dans le nouveau bâtiment et laissent vide La halle AP2 ce qui permet une totale liberté d’usage. Lorsque la Frac n’utilise pas ce grand espace de 64 000 m3. La ville peut s’emparer de ce grand volume pour y développer ses propres activités. (17) LACATON et VASSAL Un bâtiment combien de vies ? La transformation comme acte de création, 2015, p159

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LA FRAC Dunkerque Superficie : Après reconversion :

D’origine : = 1 800 m2

=11 100 m2

1988 : une halle de bateaux AP2 du chantier naval est construite sur le site des anciens Chantiers Navals de France.

2013 : la halle est reconvertie en local pour la Frac par les architectes Lacaton et Vassal.

LA JONCTION : les deux parties contrastent entre elles. Le bâtiment est en béton alors que son clone est constitué d'une enveloppe légère en polycarbonate avec un couronnement en PTFE. L'opaque et le plein côtoient le transparent et le vide. La deuxième halle transparente s’affirme comme le signe du renouveau en opposition à la halle en béton. Evolution : Existant + Duplication 1988

2013

Programme : 6 étages - RDC : espace d’expositions, espaces de médiations, café et boutique - 1er étage : espace d’expositions et d’administration - 2èmeétage : salle noire de projection - 3 à 5ème étage : le forum (grande salle d’expositions) - 4ème étage : belvédère. - 6ème étage : terrasse extérieure

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Dans cette stratégie « se juxtaposer à l'identique sur l'existant », il existe une reconversion d'un bâtiment par une duplication de l'existant, permettant ainsi d'accueillir un programme plus vaste. La jonction entre l'ancien et le nouveau est assumée. Celle-ci est la principale expression visuelle de la bipolarité ancien/nouveau et de la séparation entre passé et présent. « Dans ce cas, le neuf est clairement traité comme un ajout, lisible sans équivoque dans sa propre écriture et fondamentalement différent de l'existant. Une distance est créée qui n'est pas dissonance mais différence. Une tension spatiale, considérée et traitée comme une thématique créatrice, s'établit entre les différentes couches temporelles et formelles. » (18) On peut observer le même procédé de cette reconversion dans de nombreuses architectures dans les Docks Dombasle, la Cafétéria Loewenscheune ou la Fondation Cognacq-Jay. La stratégie « se juxtaposer à l'identique sur l'existant » est adoptée dans le cas où il y a un bâtiment à reconvertir mais aussi à agrandir pour abriter un nouveau programme. L'ajout d'un nouveau module ou clone permet de conserver le vocabulaire architectural tout en créant un nouveau.

(18) MADLENER Thomas et WIEGELMAN Andrea, Construire dans l'existant, 2006 p 18 56


LA FONDATION COGNACQ-JAY Rueil-Malmaison Superficie : Après reconversion :

D’origine : = 3 000 m2

= 6 000 m2

1892 : un édifice de style anglais du XIXème siècle a été construit pour accueillir des enfants abandonnés à la demande de l’abbé Rosenberg.

1999 : l’édifice est reconverti en maison de retraite par Jean Nouvel à la demande d’Ernest Cognacq qui est le fondateur du magasin parisien la Samaritaine.

LA JONCTION : la façade du nouveau bâtiment en verre moulé contraste avec l’ancien édifice en pierre.

Evolution : Existant + Duplication 1892

1999

Programme : deux bâtiments et un bâtiment de liaison RDC des deux bâtiments : - dédié aux activités en journée - restaurant, - bibliothèque - espaces de vie commune.

Dans les étages des deux bâtiments: - chambres pour les retraités

Le bâtiment de liaison : - espaces de vie commune 57


StratĂŠgie 5 : crĂŠer un dialogue avec l'existant

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1 La ENSAPAVS Paris

2 Le centre de congrès et du patrimoine Lamot

3 Le Sesc Pompeia Sao Paulo

4 La Halle aux Farines, campus de l'universitĂŠ Paris VII- Denis Diderot.

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Exemple : l'Ecole nationale supérieure d'architecture Paris-Val de Seine Qu'est ce qui a été enlevé ? L'intérieur a été évidé pour laisser la place à un nouveau programme pour une question fonctionnelle. Qu'est ce qui a été gardé ? L'ancienne usine a été conservée pour des raisons patrimoniales. La Halle et la cheminée d’usine sont inscrites au titre des monuments historiques depuis le 29 juin 1994 et il était important de conserver des traces du passé industriel de la capitale. Qu'est ce qui a été renforcé ? Réaménagement de l'ancienne usine pour y accueillir la bibliothèque de l'école pour des raisons fonctionnelles et patrimoniales. En effet, la halle était laissée à l’abandon et était en train de tomber en ruine. Il était important de lui trouver un nouvel usage. Qu'est ce qui a été ajouté ? Un nouveau bâtiment qui accueille l'ensemble des salles de cours et des amphithéâtres. Le programme ne pouvait pas seulement entrer dans la halle existante. Il fallait concevoir une extension pour accueillir plus de 2 000 étudiants. Deux passerelles permettent de faire le lien entre ces deux bâtiments. Ces modifications ont été créées pour des raisons fonctionnelles et apportent un nouveau langage architectural. Frédéric Borel apporte un nouveau programme à l'ancienne usine d'air comprimé et crée un nouveau bâtiment en dualité. « Je ne partage pas cette fascination très actuelle et presque mystique pour l'existant, pour les interventions minimales, pour le refus d'oser interpréter. » (19) L’ensemble forme une trilogie avec la halle puis ensuite la cheminée au centre qui forme le pivot du projet et le bâtiment neuf. La force de l’ancienne halle ne disparaît pas derrière le nouveau bâtiment. Au contraire, la halle reprend une dynamique grâce à la nouvelle morphologie du nouveau bâtiment et compose un signal depuis le périphérique et depuis les quais.

(19) BOREL Frédéric, Un bâtiment combien de vies ? La transformation comme acte de création, 2015, p 149

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ENSAPAVS

Paris Superficie : Après reconversion :

D’origine : = Estimation 2800 m2

= 15 700 m2

1891 : une ancienne usine d’air comprimé est construite par l’architecte Guy Lebris et l’ingénieur Joseph Leclaire.

2007 : l’ancienne usine est reconvertie en une école d’architecture par l’architecte Federic Borel.

LA JONCTION : le nouveau bâtiment constitué d’une multitude de volumes ayant des formes et des matières variées contraste avec l’ancienne halle en métal et en briques rouges.

Evolution : Existant + Création 1891

2007

Programme : L’ancienne halle : RDC : salle d’expositions Entresol : salle de cours 1er étage : laboratoire photos 2ème étage : bibliothèque

Nouveau Bâtiment : 1er étage : administration 2ème étage : studios 3ème à 6ème étages : ateliers 7ème étage : laboratoire de recherche, salles d’arts plastiques

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Dans la stratégie « créer un dialogue avec l'existant », il y a une reconversion d'un bâtiment plus l'ajout d'un nouveau bâtiment à la typologie différente. La nouvelle architecture est créée en dualité avec l'ancien bâti. Les articulations qui liaisonnent les deux bâtiments permettent de croiser les deux époques. On peut observer le même procédé de cette reconversion dans de nombreuses architectures, comme dans le Sesc Pompeia, la halle aux Farines, le campus de l'université Paris VII-Denis Diderot ou le Centre de Congrès et du patrimoine Lamot. La stratégie « créer un dialogue avec l'existant » est adoptée dans le cas où il y a un bâtiment à reconvertir comme des industries ou des usines. Mais en même temps, il y a la création d'un nouveau bâtiment qui a son langage propre. L'ensemble des deux bâtiments permet d'accueillir un programme plus vaste comme une école d'architecture ou une université.

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LA HALLE AUX FARINES Paris Superficie : Après reconversion :

D’origine : = Estimation 14 500 m2

=17 800 m2

1950 : une halle pour stocker la farine est construite par l’architecte Denis Honegger

2006 : la halle est reconvertie pour accueillir une partie du campus de l’université Paris VII- DenisDiderot par Nicolas Michelin.

LA JONCTION : la tour en aluminium anodisé blanc contraste avec la halle en béton et développe sa propre logique architecturale.

Evolution : Existant + Création 1950

2006

Programme : 5 étages dans l’ancienne halle et 7 étages dans la nouvelle tour. L’ancienne halle : - 13 amphithéâtres - 55 salles de cours - services administratifs La nouvelle tour : locaux associatifs

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Stratégie 6 : S’articuler avec la façade existante

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1 Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

2 Astley Castle Birmingham

3

4

Siege CSAV

Opéra

Valparaiso

Lyon

Paris

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Exemple : La fondation Jérôme Seydoux-Pathé Qu'est ce qui a été enlevé ? La parcelle étroite ( 16 m de large sur 32 m de longueur et 26 m de hauteur ) est libérée des anciens bâtiments qui l’occupaient. L’ancien théâtre qui abritait deux salles Gaumont est démoli pour développer un nouveau langage architectural et pour répondre à des questions fonctionnelles. Qu'est ce qui a été gardé ? La façade est préservée par obligation car elle fait partie de l’inventaire des monuments historiques, mais aussi parce qu’elle témoigne de l’histoire de l’avenue des Gobelins. Cette action a été induite par une posture patrimoniale. Qu'est ce qui a été renforcé ? La façade sculptée par Auguste Rodin a été conservée et restaurée. Cette mise en valeur a été induite par une posture patrimoniale. Qu'est ce qui a été ajouté ? Une coque en béton surmontée d’une verrière a été ajoutée. Les trois premiers niveaux sont abrités dans une coque en béton. Elle a été réalisée à l’aide d’un tissage d’arcs en lamelles d’acier qui ont servi de guide au béton, simultanément projeté sur les deux faces. Les deux derniers niveaux sont contenus dans une verrière. La verrière constituée de verre est conçue comme une coque de bateau renversée avec des arches de lamellé-collées de mélèze. A l’extérieur, l’ensemble est recouvert d’une seconde peau composé e de lamelles d’aluminium. Il y a en 7 600 éléments et elles forment un brise soleil. Ces éléments permettent de voir sans être vu. Toutes ces modifications répondent à des questions fonctionnelles et développent un nouveau langage architectural . La forme organique du nouveau bâtiment se rétrécit et s’éloigne de ses voisins au gré des besoins et épouse la forme du soleil. Elle est née d’une analyse du site. Le nouveau bâtiment occupe moins d’espace au sol que l’édifice précédent. Un jardin prend place autour de la Fondation. L’objectif principal de ce bâtiment est la conservation et la mise à disposition des archives de la société Pathé au public.

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LA FONDATION JEROME SEYDOUX-PATHE Paris Superficie : Après reconversion :

D’origine : =2 200 m2

= 2 200 m2

1869 : le théâtre des Gobelins est construit par l’architecte Alphonse Cusin. Sa façade sculptée est l’œuvre d’ Auguste Rodin. 1934 : le théâtre est reconverti en salle de cinéma.

2004 : le théâtre est reconverti en siége pour la fondation Jérôme Seydoux par l’architecte Renzo Piano.

LA JONCTION : Il y a un contraste assumé entre l’ancienne façade et la nouvelle fondation. Seule la façade classée du théâtre est conservée. A cette façade s’oppose un nouveau bâtiment en acier et en verre.

Evolution : Existant + Articulation 1869

2004

Programme : 5 étages dans la coque et deux étages au sous-sol - Au sous-sol: La salle de projection Charles Pathé, d’une capacité de 68 places - Au sous-sol et au Rdc : espaces d’expositions temporaires - 1 étage : galerie des appareils cinématographiques - 2ème et 3ème étage : les réserves des collections - 4ème et 5ème étage : espace chercheurs

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Dans cette stratégie « s’articuler avec la façade existante », il y a seulement la façade jugée intéressante et souvent classée qui est conservée et tout le reste du bâtiment est démoli. Ensuite cette façade est incorporée à un nouveau bâtiment. L’usage du «Façadisme» s’est développé dans les années 1980. Cette stratégie est souvent utilisée pour l’implantation de bureaux ou de magasins dans d’anciens immeubles d’habitation. Les promoteurs l’utilisent souvent pour se libérer facilement des contrainte liées aux règles de patrimoine. Ils ne conservent que l’apparence de la façade et la dissocient de la conception architecturale dont elle fait partie et souvent il ne tiennent pas compte de la fonction ancienne du bâtiment et du quartier qui l’entoure. Il y a des architectes qui ont utilisé cette stratégie en prenant en compte le site et en se servant de cette contrainte pour développer un autre bâtiment en «dialectique» qui met en valeur la façade. Ils ne se servent pas de la façade seulement comme un alibi à une nouvelle construction. On peut observer le même procédé de cette reconversion dans de nombreuses architectures comme dans le siège CSAV, Astley Castle ou l’Opéra de Lyon. La stratégie « s’articuler avec l’existant » est adoptée dans le cas où il y a un bâtiment à reconvertir mais aussi à réorganiser pour abriter un nouveau programme. Le choix de ne conserver que la façade permet de la mettre en valeur tout en créant un nouveau bâtiment en dialectique derrière celle-ci. Elle peut être adoptée dans le cas où la façade est classée où pour des morceaux de ruines. L’ensemble permet de réorganiser l’espace et d’accueillir de nouveaux programmes comme des hôtels, des fondations ou des sièges d’entreprises. Les stratégies 2,3,4,5,6 (briser les limites de l’existant, se servir du bâtiment existant comme socle, se juxtaposer à l’identique sur l’existant et créer un dialogue avec l’existant, se développer avec la façade existante) répondent aux mêmes questions : comment reconvertir un espace ? Comment accueillir un programme plus dense ? Comment organiser un espace différemment ? En fait, ce sont des dérives formelles d’un même groupe où les couches historiques sont assemblées de façon visible. Il y a un langage architectural de contraste entre le bâtiment existant et la nouvelle structure à ajouter. Le choix des matériaux est primordial. Ces différents fragments forment un nouvel ensemble. L’architecte assemble différemment les fragments en fonction de la densité du nouveau programme et de la composition structurelle de l’existant : Briser les limites de l’existant : conservation + extension Se servir du bâtiment existant : conservation + surélévation Se juxtaposer à l’identique sur l’existant : conservation + duplication Créer un dialogue avec l’existant : conservation + création S’articuler avec la façade existante : conservation + incorporation 68


L’OPERA DE LYON Lyon Superficie : Après reconversion :

D’origine :

= 14 800 m2

= 4900 m2

1831 : le théâtre Chenavard et Pollet est construit par l’architecte Antoine-Marie Chenavard et Jean-Marie Pollet.

1997 : le théâtre est reconverti en opéra par l’architecte Jean Nouvel.

LA JONCTION : le nouveau dôme en verre contraste avec la façade principale de style néo-classique. Six poutres métalliques de 23 tonnes chacune, reliées d’un côté au mur de scène et de l’autre côté à six fins piliers en béton, soutiennent l’ensemble de la structure.

Evolution : Existant + Incorporation 1831

1997

Programme : 18 étages : 5 premiers creusés en sous-sol et 5 derniers contenus dans le dôme : - les 5 étages au sous-sol : les locaux techniques, le studio de répétition, un amphithéâtre - rdc: halle d’accueil - grande salle du niveau 3 à 8 - les 5 étages contenus dans le dôme : administration, salle de réunion, grand studio de répétition et petit studio de répétition.

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StratĂŠgie 7 : incorporer par une seconde peau l'existant

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1

2

L'îlot des Bons-Enfants L'hôtel Fouquet's Barrière Paris

Paris

3 La gare de Strasbourg

4 Le Studio Fresnoy Tourcoing

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Exemple : l’îlot des Bons-Enfants du Ministère de la Culture Paris. Qu'est ce qui a été enlevé ? La rue des Bons-Enfants était étroite et sombre. L’architecte y créa une brèche en abattant un bâtiment ce qui a permis de mieux éclairer les bureaux sur la cour. Cette ouverture est une réponse à une question fonctionnelle. Qu'est ce qui a été gardé ? Les deux immeubles d'origine de l’îlot des Bons-Enfants ont été conservés par souci patrimonial. « Ajouter, transformer, déplacer les matières, les usages, c’était, en quelque sorte, rester fidèle à une évolution patrimoniale normale et à la vocation pluraliste du Ministère de la Culture. Le lieu devait être tissé et rester en mouvement. » (20) Qu'est ce qui a été renforcé ? Les deux immeubles d'origine de l’îlot ont été rénovés pour accueillir les bureaux et les autres services du ministère par souci fonctionnel. Qu'est ce qui a été ajouté ? Une résille en inox qui enveloppe tout l’îlot. Cette résille permet de répondre à des exigences techniques en particulier une fonction de garde-corps sur le périmètre de l’îlot et un effet brise soleil. Cette résille permet de développer aussi un nouveau langage architectural. La résille qui enveloppe l’îlot des Bons-Enfants confère une identité unitaire à un ensemble hétérogène. Elle valorise son image et il y a une meilleure identification du bâtiment. La résille est « une troisième écriture, très fine. Un voile permettant de dire que le ministère est un et indivisible ». (21) Elle enserre le bâtiment du premier étage aux combles et permet de voir sans être vu selon le principe des moucharabiehs arabes. Cette résille se compose de six motifs, pris sur une fresque de Giulio Romano au Palais du Te à Mantoue, puis étirés sur ordinateur. Elle a été découpée au laser par panneaux. Les panneaux d’inox sont ensuite soudés sur des cadres, lesquels sont posés, en façade, sur des consoles. L’aménagement de l’ensemble immobilier de l’îlot des Bons-Enfants a permis de libérer la moité des sites qui étaient au nombre de 16. Il permet de limiter l’éclatement géographique, ce qui était source de dysfonctionnement et de faciliter la communication entre les différentes directions. (20) Francis Soler DOUCE AlBERT Marie, L’îlot des Bons-Enfants entre en chantier, Le figaro, 26/03/2002 (21) DOUCE AlBERT Marie, L’îlot des Bons-Enfants entre en chantier, Le figaro, 26/03/2002

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L’ILOT DES BONS-ENFANTS

Paris Superficie : Après reconversion :

D’origine : = 32 500 m2

= 29 000m2

1919 : un bâtiment est construit par l’architecte Georges Vaudoyer pour les réserves des grands magasins du Louvre. 1960 : un bâtiment est conçu par Olivier Lahalle pour l’extension des bureaux du Ministère des Finances. 2004 : les deux bâtiments sont reconvertis en siège pour regrouper les services du Ministère de la Culture par les architecte Francis Soler et Federic Druot.

LA PEAU : la résille d’environ 5000 m2 est composée de 450 panneaux de hauteur d’étage. D’une épaisseur de 12 mm, elle est en acier inoxydable chargé en nickel pour affronter la pollution urbaine. Elle laisse transparaître la diversité du bâti existant. La façade Saint Honoré était en pierre et le bâtiment Montesquieu était très abîmé, tout en créant une rupture avec les façades environnantes. Evolution : Existant + Homogénéisation 1919

1960

2004

Programme : 4 étages en sous-sol et 8 étages supérieurs - Le rez-de-chaussée et le 1er sous-sol éclairés par une cour anglaise accueillent les fonctions communes : Un restaurant, accueil du public, les archives, les services généraux, une cafétéria et les parcs de stationnement. - Dans les étages sont aménagés 450 bureaux, un centre documentaire et des salles de réunions.

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Dans cette stratégie, les bâtiments sont conservés mais ils sont recouverts d’une seconde peau. Cette seconde peau incorpore l’ancien en l’homogénéisant. « La frontière entre l’existant et le rajout est fluide, le seuil entre bâti ancien et nouveau est sans couture, il n’y a pas de joint. L’identité originelle peut rester reconnaissable mais l’objet qui en découle est complètement transformé. »(22) On peut observer le même procédé de cette reconversion dans de nombreuses architectures comme la gare de Strasbourg, l’hôtel Fouquet’s Barrière ou le Studio Fresnoy. La stratégie « incorporer par une seconde peau l’existant » est adoptée dans le cas où il y a une reconversion d’un ensemble de bâtiments hétéroclites comme un îlot qui comprend plusieurs immeubles ou un pôle multimodal qui est constitué de plusieurs services. L’ensemble des bâtiments unifiés est utilisé pour des programmes polyvalents. L’ajout d’une structure commune permet de donner une cohérence à un ensemble de bâtiments aux identités différentes. Pour cette stratégie il est primordial de penser aux flux de circulations. Elle répond aux questions : Comment reconvertir plusieurs bâtiments ? Comment créer une unité entre plusieurs bâtiments ?

(22) MADLENER Thomas et WIEGELMAN Andrea, Construire dans l’existant, 2006 p 19

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LE STUDIO FRESNOY Tourcoing Superficie : Après reconversion :

D’origine :

=8 000 m2

= 11 000 m2

1905 : un complexe de loisir : le Fresnoy qui comprenait un cinéma de 1000 places, une piscine transformée en manège d’équitation, une salle de patinage à roulettes, un dancing, des brasseries, une salle de jeux,etc.

1997 : le complexe est reconverti en établissement de formation, de production et de diffusion artistique, audiovisuelle et multimédia par l’architecte Bernard Tschumi.

LA PEAU : les anciens hangars sont intégrés et abrités par un parallélépipède fermé côté nord,ouvert pour les trois autres côtés, surmonté d’un toit de 100 x 80 m percé de grandes ouvertures et formé de grandes verrières recouvertes de plaques de polycarbonate transparentes.

Evolution : Existant + Homogénéisation 1905

1997

Programme : Dans les hangars : - une école d’un plateau de tournage, une médiathèque - des salles de spectacles et d’expositions, - deux cinémas, - des laboratoires de recherche et de production - des locaux pour l’administration et la restauration - une dizaine de logements Entre les volumes des hangars : -des voies de circulations et des zones de services. 75


A travers la ville de Buenos Aires et les observations des différentes stratégies des bâtiment reconvertis, on peut en déduire qu’il y a trois grands groupes pour réinventer une architecture. Dans le premier groupe, la nouvelle fonction doit s’adapter à un espace existant. C’est le cas pour la stratégie « se glisser sous l’enveloppe existante » et par exemple le bâtiment El Ateneo Grand Splendid où cette stratégie à été utilisée pour sa reconversion. Dans le deuxième groupe, l’espace est reconstitué grâce à différents fragments qui forment une nouvelle entité. C’est le cas à l’échelle urbanistique pour l’exemple du coin de la rue de Buenos Aires. A l’échelle du bâtiment, c’est le cas pour les stratégies : « briser les limites de l’existant », « se juxtaposer à l’identique sur l’existant », « se servir d’un bâtiment comme socle », « s’articuler avec la façade existante», « créer un dialogue avec l’existant ». Dans le troisième groupe, une nouvelle structure lie les bâtiments existants pour en former un nouvel ensemble homogène. C’est le cas pour la stratégie « incorporer par une seconde peau l’existant ».

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3 - Bâtiment revitalisé et non détruit

« La reconversion touche désormais les architectures quotidiennes et profanes et plus, depuis longtemps, seulement les monuments historiques.» MADLENER Thomas et WIEGELMAN Andrea, Construire dans l’existant, 2006 p 11

« Les réévaluations constantes du bâti présentent toujours des nouvelles perspectives d’utilisation de ce qui pouvait être au premier abord considéré sans valeur et apparemment négligeable. » MADLENER

Thomas et WIEGELMAN Andrea, Construire dans l’existant, 2006 p 19

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3.1 - Intégration dans la ville

La reconversion permet l'aménagement d'un espace sans étendre la superficie de la ville mais en créant un nouveau programme à un lieu qui est déjà intégré à une vie de quartier, ce qui permet densifier la ville et de ne pas créer de nouvelles périphéries. On ne peut pas détruire un bâtiment emblématique qui fait partie intégrante de l'histoire de la ville. Ces bâtiments ont la capacité de créer des ancrages dans la cité de demain. Ils sont des espaces dans la ville qui ont un potentiel intéressant de remise en valeur et de dialogue avec l'environnement. De plus, ils ont l'avantage d'être déjà connectés aux voies de circulations. Par exemple, la réorganisation de l'armée dans les année 1980 a laissé vides des édifices militaires devenus inutiles au Ministère de la Défense. Ils sont porteurs d'une histoire qu'il est important de préserver. Ils ont aussi l'avantage de laisser des espaces vides de plusieurs hectares à réinvestir dans la ville. Comme la caserne Heudelet à Dijon construite en 1878 qui était avant le siège d'un régiment de cavalerie (le 26ème régiment du Dragon). Le site est sans usage militaire depuis 1996. La municipalité a acquis ce terrain de 5 hectares en 1998. La caserne a été bâtie au départ à la limite de la ville. Elle a été rattrapée ensuite par l'urbanisation. Elle se situe aujourd'hui entre le centre ville et le secteur d'affaires de Pouilly. En 2005, le bâtiment central a été reconverti en siège de la Communauté d'Agglomération du Grand Dijon. Les anciennes Ecuries sont reconverties afin d'accueillir des activités comme les locaux de la Compagnie de Théâtre de Rue. Le magasin de la Samaritaine a lui aussi laissé un espace très dense à un endroit stratégique de la ville de Paris. Il est situé entre la rue de Rivoli et la Seine dans le 1er arrondissement. La Samaritaine était le plus grand magasin parisien, en terme de sa superficie. Les quatre magasins de la Samaritaine totalisaient une surface de 48 000 m2. Ils ont été construits par les architectes Frantz Jourdain et Henri Sauvage. Ce sont des bâtiments de styles Art nouveau et Art Déco. Le magasin principal est inscrit au titre des monuments historiques. La Samaritaine a fermé en 2005. Ce magasin va être réinvesti par un programme mixte : 26 400 m2 de commerces et services,7 000 m2 de logements sociaux, soit 96 logements, une crèche de 80 berceaux, près de 20 000 m2 de bureaux et un hôtel le « Cheval Blanc » de 72 chambres et suites.

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3.2 - Une base solide

Pour perdurer un bâtiment doit être structurellement solide. L'existant doit avoir aussi une logique l'architecturale qui permet sa reconversion. Une transformation doit être possible. «Ils sont bien faits, ils sont solides, ils sont bien construits. Ils tiennent et sont flexibles, en ce sens qu'ils sont généreux, tu peux les transformer ... » (23) Par exemple, les bâtiments industriels ont une certaine flexibilité. Ce sont des grands espaces qui ont été pensés pour qu'ils puissent s'adapter et évoluer en fonction des besoins industriels. Comme le Lingotto qui est un bâtiment solide et flexible construit sur une trame de 6 sur 6 sur 4 et qui permet d'accueillir tous types de programmes différents. Le Lingotto a été l'un des principaux sites industriels de Fiat. Il fut construit à partir de 1915 par l'architecte ingénieur Giacomo Mattè Trucco à Turin. D'autres travaux d'extension complémentaires se poursuivent jusqu'en 1930. Le Lingetto était composé de deux corps de bâtiments longitudinaux de plus de 500 m de longueur. A chaque extrémité, il y a deux rampes hélicoïdales qui permettent de passer du rez-de-chaussée à la piste d'essais sur le toit. En 1985, l'architecte Renzo Piano a reconverti les nombreux volumes de l'usine pour qu'elle accueille divers programmes (tertiaire, logements, hôtels et des activités culturelles). A l'intérieur tout à été modifié pour répondre aux nouvelles contraintes de fonctionnement. Les halles sont aussi des exemples de grands espaces flexibles réutilisables comme la grande halle de la Villette. La grande halle abritait à l'origine des abattoirs dans le quartier de la Villette à Paris. Construite entre 1865 et 1867 par Jules de Mérindol puis reconvertie par Bernard Raichen et Philipe Robert en 1985, elle abrite désormais un espace d'exposition, un hall d'accueil, une librairie et un restaurant.

(23) PIANO Renzo, L'art de compléter la ville , Un bâtiment combien de vies ? La transformation comme acte de création, 2015,p 293 79


3.3- Affect/attachement

« Il faut que les gens aiment un bâtiment. Et quand les gens aiment ou acceptent un bâtiment, il survit, et il survit dans la mesure où il possède ce potentiel transformateur. »(24) Certains bâtiments, même s'ils ont une structure fragile et s'ils ne sont pas classés, peuvent survivre à travers les époques. Cela est dû à une dimension sociale. Ces bâtiments ont une importance culturelle ou spirituelle. Ils sont actifs dans la vie d'un quartier. Ils font partie de l'âme de la ville. Certains bâtiments on évité le pire grâce à la mobilisation des habitants. Le Carreau du Temple en fait partie. Ce pavillon en fonte, verre et brique est un ancien marché construit en 1863 par les architectes Ernest Legrand et Jules de Mérindol dans le 3ème arrondissement de Paris. C'était le marché incontournable des vêtements dans les années 1950 à 1970. Il y avait jusqu'à 1 000 marchands dans le Carreau du Temple. Dans les années 2000, il ne sont plus qu'une dizaine. En 1976, Jacques Dominati (le Maire de l'arrondissement) veut raser les lieux pour édifier un parking. Il y a eu alors une pétition de 5 000 signatures qui s'opposaient à ce projet. Grâce à cette pétition le projet de démolition est abandonné. En 1982, le Carreau du Temple est même inscrit au titre des monuments historiques. En 2003, un concours d'idées est lancé : 133 projets sont déposés puis synthétisés en trois propositions de projet. En février 2004, les personnes habitant le quartier sont appelées à voter pour choisir l'une des proposition. Ensuite, le 6 septembre 2007 le projet est confié à l'architecte lauréat du concours, Jean-Francois Milou. Le Carreau du Temple ré-ouvre ses portes le jeudin 20 février 2014. L'ancien marché accueille dorénavant de multiples programmes qui cohabitent ensemble : sport, arts vivants, concerts, salons, etc. C'est le cas aussi pour la gare de Montrouge dans le 14ème à Paris: le conseil du quartier Jean Moulin et les habitants du 14ème souhaitent la conservation de cette ancienne gare. En effet, c'est un témoignage de l'histoire urbaine et ferroviaire de l'ancienne frange et faubourg de la ville. Une première étape vers une protection du bâtiment a été franchie par la commission du vieux Paris qui a adopté à l'unanimité, lors de la séance du 21 février 2008, un vœu pour demander le classement « protection de la ville de Paris » des quatre dernières gares de la petite ceinture qui ne sont pas encore protégées, dont la gare de Montrouge. (24) HERZOG Jacques, Espaces trouvés, Un bâtiment combien de vies ? La transformation comme acte de création, 2015, p 99.

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4-Projet : analyse d'un site Ă rĂŠinventer

Reconversion de la gare de Montrouge. 75014 Paris

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La petite ceinture : La gare de Montrouge est une gare de la petite ceinture. La petite ceinture, construite sous le règne de Napoléon III, est une ligne de chemin de fer à double voie de 32 km de longueur. La ligne de la petite ceinture faisait le tour de Paris et est établie le long des boulevards des Maréchaux. Elle avait pour rôle de relier entre elles les principales gares parisiennes qui formaient alors le terminus des lignes provinciales et pour objectif le transport des marchandises puis des passagers. Cette ligne avait également un but de défense militaire pour desservir les casernes au pied des fortifications de Paris de l’époque. La première section de la Ceinture est mise en service le 11 décembre 1852 des Batignolles jusqu’aux voies de la compagnie du Nord, à La Chapelle. Le dernier tronçon de la ligne est ouvert le 25 mars 1869 : un raccordement direct entre Clichy (ceinture rive droite) et Courcelles (ligne d’Auteuil). Cette ligne fut beaucoup utilisée avec un rythme d’un train toutes les 30 minutes, s’arrêtant aux 29 stations. C’est un précurseur du métro parisien dans son mode de fonctionnement. Elle fut arrêtée en 1934 à cause de l’essor des lignes de bus et de l’automobile. De nos jours 60% du parcours est à l’air libre et les 40 % restants sont en souterrain, en tranchée couverte ou en tunnel.

La reconquête de la petite ceinture :

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Actuellement, il y a une reconquête de la petite ceinture, une volonté de réinvestir ces espaces de respiration, si rares en milieu dense. La Ville de Paris, petit à petit, prend en charge l’ouverture de certains tronçons de la voie. Ces tronçons accueillent des promenades qui valorisent la biodiversité, de nouveaux usages réversibles et des activité sportives et culturelles. En 2007, un premier tronçon est ouvert aux promeneurs, dans le 16ème arrondissement, entre la porte d’Auteuil et la gare de la Muette. Il s’agit d’un parc linéaire de 1,2 km de long, totalisant 2,3 ha. Les entrées se font face au 77 boulevard de Montmorency et face au 36 boulevard de Beauséjour. Egalement en 2007, un deuxième tronçon est ouvert. Il est constitué d’un sentier nature de 200 mètres de long et d’un jardin partagé depuis le 21 rue de Rottembourg. En 2013, une partie de la petite ceinture du 15éme arrondissement s’ouvre au public, entre la place Balard et la rue Olivier de Serres. Elle est longue de 1,5 kilomètre et 220 espèces de plantes et d’animaux y vivent ou s’y promènent. L’entrée se situe au 99 rue Olivier de Serres. En 2015, est ouvert un quatrième tronçon qui se situe dans le 13ème arrondissement. L’accès s’effectue au 60 rue Damesme et court du jardin Charles Trenet au jardin Moulin de la Pointe.


XVIII XVII

XIX XVI

XX

XV

XII XIV XIII

Trafic Ferroviaire maintenue Zone à l’étude pour de nouveaux usage Tronçon ouvert en 2007 Tronçon ouvert en 2013 Tronçon ouvert en 2015

81

83


La reconversion des différentes gares : Sur les vingt-neuf gares de la Petite Ceinture, il en subsiste dix-sept, au sens où les bâtiments voyageurs existent encore. Pour les douze autres, les bâtiments voyageurs ont été démolis entre les années 1950 et 1980 et seules subsistent parfois des traces des quais ou de ces bâtiments. Quatre sont aujourd’hui en service car utilisées par le RER C : - la gare Henri-Martin, - la gare Bois de Boulogne - la gare Neuilly Porte Maillot - la gare Courcelles-Levallois Les 12 autres gares sont soit reconverties ou sont en train d’être reconverties en lieux publics, soit elles sont occupées par des sociétés privées ou des particuliers. Gares reconverties en centre culturel : - la gare Ornano : la recyclerie - la gare de Saint-Ouen : le hasard ludique - la gare de Montrouge qui est en train d’être reconvertie en centre culturel, et sur l’ensemble de l’îlot où elle est située seront construits des logements. Gares reconverties en bar, restaurant, salle de concerts : - la gare de Charone : la flèche d’or - la gare Auteuil- Boulogne : le tsé - la gare Passy : la gare - la gare du pont de Flandre : La gare. Elle va être reconvertie pour le printemps 2015. Gare à reconvertir dans le cadre du concours «réinventer Paris» : - la gare Orléans-Ceinture, appelée aujourd’hui Gare Masséna. Gares occupées par des société privées : - la gare d’avenue de Vincennes - la gare Ouest ceinture - la gare Vaugirard ceinture Gare occupée par des particuliers : - la gare d’Avron 84


Saint Ouen

Ornano Pont de flandre

XVIII

N

XVII Courcelle-Levalois Neuilly Porte Maillot Bois de boulogne

XIX

XVI

Henri Martin XX

Passy

Charone

Auteuil Boulogne Av de Vincennes XV

XII XIV

Grenelle Vaugirard ceinture

XIII

Ouest-Ceinture Montrouge

Rue Friant

ar e

erc ral Lecl

Echelle 1/2500

Ru eS

N

tte

é Av Gén

Un espace dans une densité urbaine

Orléans ceinture

r eaunie Rue B

Rue de Coulmiers

Porte D’orléans

83

85


Le site La gare de Montrouge : La parcelle est constituée de l’ancienne gare de la petite ceinture d’une superficie de 351m2 située sur un terrain d’une superficie de 3600 m2. La gare de Montrouge fut ouverte aux voyageurs de la petite ceinture entre le 25 février 1867 et le 22 juillet 1934. Le site est situé sur un endroit stratégique à Porte d’Orléans. Elle est placée sur une avenue très passante : avenue du Général Leclerc. Elle offre une visibilité urbaine pour la petite ceinture. Malgré ce placement, depuis l’arrêt de fonctionnement de la gare, on ne ressent pas la présence de la petite ceinture. En effet le site de la Gare de Montrouge et son contexte se sont fabriqués au gré des constructions et des reconstructions. - Suite à sa fermeture en 1934, la gare change d’affectation et est transformée en local commercial. - En 1936, c’est un lieu public, le café « Le Relais de Montrouge » qui occupe le bâtiment. - En 1949 c’est un autre café, bar, brasserie « Au Relais de Montrouge » qui occupe le bâtiment Au cours du XIXème siècle, et ce après 1934, le changement d’affectation du bâtiment entraîne une évolution physique et architecturale. Parce que le bâtiment n’était pas protégé, les nouveaux usages ont transformé la forme et l’enveloppe architecturale. Jusqu’à peu de temps, la gare de Montrouge était complètement dissimulée par des constructions qui ne prenaient pas en compte l’ancienne façade de la gare. La gare de Montrouge contenait un magasin de vêtements. Autour de la Gare de Montrouge s’est aggloméré un ensemble en U, étouffant le corps ancien. Il s’agit de constructions diverses : - un local tenu par un primeur à gauche au 126 av du Général Leclerc. - un magasin de chaussures à droite au 124 av du Général Leclerc. - un magasin de vêtements au centre. - sur les deux ailes latérales construites de part et d’autre des voies, étaient implantées les réserves des magasins. Les voies de la parcelle étaient cachées par un bâtiment construit au-dessus de celle-ci. Il était composé de : - un parking - un garage automobile - un club de tennis de la Mairie de Paris qui possédait deux courts de tennis implantés sur le toit du bâtiment. 86


En 2014, les habitants du quartier ont pu revoir les façades de la gare de Montrouge et les voies de la petite ceinture suite aux travaux de démolition entrepris pour réhabiliter cette parcelle. La parcelle va être réinvestie par des logements et la gare va être reconvertie en centre culturel. Près de la Porte d’Orléans est présent un paysage urbain très dense. C'est un secteur où il y a de nombreux commerces et moyens de communication. Mais c'est un lieu de transit où l'on peut ressentir la périphérie de Paris. Il manque un lieu où pourrait s'exprimer une vie de quartier. La gare de Montrouge est un élément patrimonial intéressant qui marque l'entrée de Paris dans cette partie du 14ème arrondissement qui en comporte peu. Il manque un lieu de vie commun à l’endroit de ce quartier. C’est dans ce processus que s’inscrit mon projet. Un bâtiment qui accueillerait un nouveau programme, qui permettrait de faire vivre cette endroit du quartier. Ce nouveau programme sera une cité de la musique. Ce programme pourrait être investi dans l’ancienne gare et dans une autre structure qui serait ajoutée en dialogue avec l’ancien bâtiment et les rails de la petite ceinture, en utilisant une ou plusieurs stratégies énoncées précédemment. -Le programme de la gare sera composé d’une salle de concert, d’un bar/brasserie et l’accès principales aux autres programmes -Sur les anciens rails de la petite ceinture se trouveront des espaces dédiés à la musique: salle de concert, studio acoustique, mediathèque, salle de répéttion et une salle de conférence.

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Conclusion

« Le plus grand défi pour le 21ème siècle semble se nicher dans l'exploration du legs du 20ème siècle. » Service arts et littératures-mai, Revue BPI, Mai 2015, p3 La reconversion est une démarche de plus en plus assumée par l'architecte. Plusieurs professionnels ont montré que la reconversion pouvait rimer avec création. Elle ne limite pas le travail créatif. Au contraire, les stratégies utilisées pour contourner les contraintes déjà établies l'amplifient. La reconversion est un terrain d'inspiration. Elle permet d'optimiser des potentialités parfois insoupçonnées. La démarche de la reconversion va être de plus en plus utilisée dans un futur proche. Les projets de réhabilitation et de reconversion occupent déjà 40 % dans le volume bâti global en Europe Occidentale. Elle permet d'apporter des solutions à nos problèmes actuels. Se réapproprier le domaine déjà construit permet d'arrêter de construire en périphérie et de trouver des espaces dans des villes de plus en plus denses. Cette réappropriation peut régler des problème écologiques. Elle permet d'éviter le gaspillage des matières premières et de sacrifier des terrains vierges. La reconversion permet aussi d'aborder de nouvelles contraintes liées à l'espace. On peut se demander si à travers la reconversion de bâtiments ne sont pas apparues de nouvelles typologies de construction.

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BIBLIOGRAPHIE

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Livres : - BOLASELL Michel (2007), « Buenos Aires cinq siècles d’un mythe réinventé », Perpignan : Trabucaire 223 P - BORDAGE Farzette et GROMBEER Philipe (2001), « Les Fabriques, lieux imprévus », Besançon : Les Éditions de l’Imprimeur 155 P - BOUCHAIN Patrick (2001), « Histoire de construire » Arles : Acte Sud 418 P - BOUDIER Laurent (2005), « Maison détournées »,Paris : Hoëbeke 174 P - CAPOCCI Sylvie (2001), « Le lieu unique, l’esprit du lieu », Lyon : Scala 62 P - DARIO Cimorelli (sous la direction de), (2015), « Un bâtiment combien de vies ? La transformation comme acte de création. », Paris : Cité de l’architecture et du patrimoine 333 P - FELINES Alain (texte réunis par) (2015), « My Buenos Aires guide de la scène artistique », Lyon :Fage 239 P - KAFKA Franz (1938), « La métamorphose » Paris : Gallimard 129 P - MORISSER Lucie K et Luc Noppen (2005), « Les églises du Quebec un patrimoine réinventer », Ville de Québec : Presses de l’Université du Québec 456 P - MADLENER Thomas et WIEGELMANN Andrea (2006), « Construire dans l’existant », Allemagne : Détail 175 P - PERRAUDEAU Clément, « l’ appréhension du patrimoine architectural chez Coop Himelb(l)eau », Calaméo 18 P - PIERRE Nora (1984), « Les lieux de mémoire », Paris : Gallimard 1652 P - POWELL Keneth (1999), « l’ architecture transformée », Londres : Laurence king 251 P -SCOTT FRED (2008) , « ON ALTERING ARCHITECTURE » Londres : Routledge 221 P 90


Expositions : - CITE DE L'ARCHITECTURE ET DU PATRIMOINE (décembre,septembre 2014-2015), « Un bâtiment combien de vie ? La transformation comme acte de création » - LA MAISON ROUGE, « My Buenos Aires portrait d'une ville » (juin, septembre 2015) - MALBA: Musée d'arts latino Américain Buenos Aires, « Antonio Benni » (octobre,fevrier 20142015)

Films : - BOUCHAIN Patrick (27 septembre 2004), « Construire: mais comment? »Entretien de Chaillot - CRONENBERG David (1986), « La mouche » - TARKOWSXKI Alexandre (1979), « Stalker » - VOLCKMAN Christian (2006), « Renaissance »

Articles : - DECARIS Bruno (01/08/2000), Technique et architecture, « Hybridations et interfusions » - DOUCE AlBERT Marie( 26/03/2002), Le figaro « L'îlot des Bons-Enfants entre en chantier. » - FEVRE, Anne-Marie,(03/11/2006) Liberation , « Le Fouquet's en contre- champs » - HUGRON Jean Philipe (23/03/2011) Le courrier de l'architecte, « Surélévations à vienne, franchir la ligne rouge »

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