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L’enseignement de la religion démystifié?

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porain pour inspirer et mobiliser les jeunes générations fortement impressionnées par les promesses de la société occidentale ? D’abord, B. Briliute a fait une recherche pilote empirique auprès d’un échantillon représentatif de toutes les tranches d’âge de la population lituanienne concernant l’identité religieuse et ses corrélations avec l’héritage des périodes pré-communiste, communiste et post-communiste. Ensuite elle a opéré une recherche empirique sur l’identité religieuses des jeunes générations (15 à 30 ans). Dans ce but, plusieurs outils ont été utilisés ou construits afin d’ausculter les variables identifiés dans l’étude théorique. La recherche empirique s’est effectuée auprès d’un échantillon représentatif de 1050 sujets. Le Post Critical Belief Scale constituait l’instrument clé des deux recherches21. Le modèle théorique dont s’inspire cette échelle combine deux variables: la sensibilité au transcendant (reconnue, ou rejetée) et la perception du domaine religieux (au sens littéral ou au sens symbolique). En articulant ces deux dimensions, les sujets se positionnent donc dans ou à la frontière de quatre champs possibles et ils révèlent ainsi la teneur de leur identité religieuse: orthodoxe ou symbolique (caractérisé comme deuxième naïveté), s’appuyant sur la critique externe ou relativiste. Nous nous limiterons ici à présenter le résultat le plus éclairant de ce projet de recherche en ce qui concerne l’enseignement de la religion. L’étude pilote a révélé que les jeunes reflètent une identité religieuse légèrement différente de celle des générations plus âgées. Les deux études ont confirmé que progressivement les jeunes générations perdent le souvenir réaliste de la période communiste. L’héritage social et historique ne semble pas affecter la formation d’une identité religieuse chez les générations les plus jeunes. Bien que la religion est perçue comme importante, l’institution ecclésiale ne semble pas jouer un rôle important dans la formation de leur identité religieuse. Ils prétendent que l’Eglise ne joue pas un rôle d’importance dans le domaine social, culturel ou politique. Il s’avère que les jeunes évoluent vers la mentalité et les valeurs de la société occidentale : ils manifestent une affinité avec les valeurs matérialistes et post-matérialistes. Pouvoir atteindre une sécurité économique et politique semble constituer un facteur décisif à ce sujet. Si cette évolution se maintient, on peut s’attendre à ce que les jeunes adopteront une religiosité personnelle, élective, en se passant du cadre de référence de l‘Eglise catholique. Quant à l’identité de leur foi proprement dite, les jeunes lituaniens optent pour une approche plutôt symbolisant du domaine religieux, soit, et c’est le cas pour 40,51% des sujets interrogés, en incluant le domaine transcendant et en se cantonnant donc dans la sensibilité appelée ‘seconde naïveté’, soit en excluant la transcendance et en adoptant une attitude relativiste, et c’est le cas pour 37,37% des jeunes. 14% semble rejeter la transcendance en la percevant dans un sens littéral (la critique externe), et 7,44% inclut la transcendance mais également dans son sens littéral (l’orthodoxie). A comparer ces résultats avec de recherches analogues dans d’autres pays, cette répartition peut étonner et semble être particulière au contexte lituanien. Surtout l’option pour le relativisme peut étonner à première vue, car plus de 80% des jeunes 21

Un instrument établi par D. Hutsebaut (Leuven) à partir d’une approche théorique de Wulff (USA), traduit et adapté pour la Lituanie par B.Briliute.

Rivista lasalliana 1-2009  

Rivista lasalliana. Trimestrale di cultura e formazione pedagogica