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Herman Lombaerts

religion est en augmentation. La population, depuis 1989, passe par une transformation/transition assez fondamentale (période post-communiste). C’est l’établissement de la nouvelle Constitution de la République en Lituanie qui, juridiquement, marque la rupture avec le système communiste en garantissant le fonctionnement légal d’un Etat indépendant, l’élection démocratique des autorités civiles et politiques, l’adoption d’une économie du marché, la libre expression d’opinions, le respect des droits des citadins, le tout selon le modèle de la civilisation occidentale. Ces nouvelles conditions ont permis à l’Eglise souterraine de se réintégrer dans l’Eglise officielle. Si une telle libération incite la population à rêver d’un avenir inespéré, l’expérience communiste a introduit des clivages qui non seulement risquent de se maintenir, mais même de se durcir durant la période de transformation. Bien que le peuple s’identifie avec la société établie en Europe occidentale, il n’existe pas de modèle pour accompagner le passage d’un régime totalitaire, distributive et paternaliste à une société démocratique et capitaliste, d’une société fermée à une société ouverte. Il leur manquait les instruments de base pour instituer à court terme une nouvelle réalité sociale, économique et politique. C’est ce qui explique pourquoi le peuple, pour se situer dans la nouvelle réalité, se réfère à la fois à trois ‘legs’ historiques. 1/ L’héritage du passé pré-communiste – considéré par certains comme la réalité à réinstaurer, 2/ les restes du système établi par les communistes – commémorés parfois avec nostalgie devant les incertitudes du marché néolibéral, et qui marquent toujours les mentalités et le fonctionnement des institutions, et 3/ les nouvelles orientations propres à la période post-communiste. Cette transformation constitue une réalité complexe et unique, distincte de ce qui s’est produit dans d’autres pays, et qui favorisera l’émergence d’une identité propre. Si l’Eglise catholique a contribué largement à la constitution d’une identité Lituanienne avant la période communiste, durant l’occupation une Eglise souterraine a courageusement contribué à la création d’une identité ecclésiale en réponse à l’oppression. Ces Catholiques ont défendu les droits de l’homme, ils ont rassemblés les témoignages héroïques de fidélité devant les injustices, ils ont défendu les droits des croyants à professer leur foi, ils ont maintenu vivant les symboles de la tradition ou créé des événements assurant la présence active de l’Eglise au sein du régime. Quand les relations avec le monde occidental ont été rétablies, la population a été confrontée brusquement avec deux aspects inhérents à une société démocratique et capitaliste : d’une part la société de consommation et le phénomène de la sécularisation. Et d’autre part, le problème de la gestion de la liberté des citoyens dans une société démocratique, avec les conflits propres à un tel système. C’est ici qu’émerge une interpellation propre à la société occidentale : quel est le positionnement des religions, des Eglises chrétiennes en particulier, au sein d’une société démocratique ? Quelle est donc la position de l’ Eglise, déjà marquée par un héritage conflictuel, devant la transformation que subit la population lituanienne ? L’Eglise dispose-t-elle d’un charisme prophétique suffisamment impliqué dans la réalité du monde contem-

Rivista lasalliana 1-2009  

Rivista lasalliana. Trimestrale di cultura e formazione pedagogica