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Herman Lombaerts

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tuent une religion en empruntant à différentes traditions des éléments qui leur semblent avoir du sens (bricolage). Roland Campiche observe l’évolution vers une appartenance conditionnelle. Il remarque un processus de recomposition du christianisme ou de la religion, et perçoit les jeunes comme des ‘expérimentateurs du sens’11. Une double question se pose. Tout d’abord, est-ce possible qu’une culture chrétienne se maintienne sans la référence explicite et repérable à une tradition vécue et intégrée dans un contexte sociétal concret ? Si la réponse semble être plutôt tolérante, il ne faudrait donc pas dramatiser la situation et y repérer plutôt les signes d’une évolution positive12. Et d’autre part, la baisse de la pratique religieuse et la volatilisation progressive des institutions ecclésiales annoncent-elles, à long terme, une transition fondamentale du rapport entre une population européenne émancipée, faisant partie d’une société globalisée, quant à ses racines religieuses historiques? On peut donc y sous-entendre une autre question: est-ce nécessaire ou souhaitable que l’Europe reste attachée, d’une façon institutionnalisée, à son passé chrétien, le discernement individuel étant actuellement le référent de tout projet de vie ? La discussion sur la mention de l’influence du christianisme dans la constitution historique de l’Europe souligne à quel point la séparation entre Eglise et Etat représente un état de fait sans retour. Les pasteurs, les catéchistes et les professeurs de religion sont les premiers à être interpellés par les conséquences des changements. Seraient-ils responsable de la déchristianisation de l’Europe? Spécialistes de la transmission de la tradition, font-ils donc preuve de leur incompétence en adoptant une méthodologie inefficace, trop conciliante par rapport à la société moderne? Les institutions cherchent les coupables et les causes afin d’arrêter la décomposition et d’assurer un « retour » à la religion. Ces questions sont à la une de la théologie pratique depuis des décennies. L’appel fait aux sciences humaines et sociales a pu éclairer les praticiens sur l’enjeu de leur responsabilités et sur des stratégies éducatives à adopter. L’apport des compétences académiques proprement théologiques a ouvert des perspectives pour un renouveau approprié, parfois prophétique. Mais, malgré tous les efforts, l’apport de l’éducation à la foi et de l’enseignement de la religion n’a pas réussi à constituer un contrecourant global. Expérience faite, il s’avère que les efforts des Eglises se situent à l’intérieur de l’évolution sociologique et ne peuvent réorienter cette transition. L’alternative ne peut se développer qu’avec les composantes propres de la société et la culture contemporaines. Et puis, il est important de se rappeler que, durant toute l’historie judéo-chrétienne, Dieu a toujours été perçu comme Celui qui surprend son peuple. Il a été identifié comme l’Autre, inattendu, inimaginable, totalement différent des constructions que l’homme ait pu s’imaginer.

La mutation religieuse en Europe de l’Est Toutefois, admettons-le, les discours évoqués ici à ce sujet trouvent leur essor dans l’Europe occidentale, de plus en plus démocratique, capitaliste, néolibérale. La sécularisation est souvent interprétée comme la cause d’une indifférence religieuse (la re11 12

R.J. Campiche, Cultures jeunes et religions en Europe, Paris 1997, p.246ss, 358ss. H. Lombaerts, Qu’en est-il de la religion ? cit., p. 275-282.

Rivista lasalliana 1-2009  

Rivista lasalliana. Trimestrale di cultura e formazione pedagogica

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