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Robert Comte

de la longue durée »32. Telle est leur mission. Une mission qui est au coeur de la construction de l'humain, de l'humain en nous-même, de l'humain en autrui.

Dimension spirituelle de la générativité Les dernières remarques n 'étaient pas loin d'une approche spirituelle. Que peut-on en dire plus spécifiquement ? Le milieu de la vie, période par excellence de la générativité, est l'âge des responsabilités, des réalisations et de l'accomplissement. Mais l'expérience suggère aussi que le risque de se laisser dominer par ses responsabilités n'est pas négligeable. C'est pourquoi il peut être important de dire un mot sur la manière de les vivre d'un point de vue spirituel. Sur ce point, nous pouvons nous laisser inspirer par quelques textes du Nouveau Testament. J'en retiens trois séries.

Les textes sur l'intendant - On les trouve dans l'évangile selon saint Luc : paraboles de

l'intendant fidèle (Lc 12, 42-46) et de l'intendant habile (16, 1-8), ainsi que dans une réflexion de Paul sur la transmission de l'Évangile (1 Co 4, 1-5). Selon ces textes, l'intendant a trois caractéristiques : il est serviteur et non propriétaire ; il agit avec sagesse et fidélité (on peut lui faire confiance, il est fiable); il exerce ses responsabilités en l'absence du maître auquel il rendra compte lors de son retour (il assure la gérance de ses biens dans le même esprit que lui et selon ses intérêts). Gérant ce qui ne lui appartient pas, il doit apprendre à « s'occuper de » sans exercer la maîtrise dernière sur les biens du maître. De ce point de vue, la maturation spirituelle consiste à purifier la manière d'exercer le pouvoir. En effet, la tentation du responsable est de se considérer comme le propriétaire de ce qu'il n'a qu'en gérance, soit en se conduisant en autocrate, soit en ne sachant pas passer le relais. Vivre une responsabilité de manière évangélique, c'est donc accepter le dépouillement au cœur même de ce qui est source des plus grandes satisfactions.

La parabole des talents - Il est intéressant d’évoquer également la parabole évangéli-

que des talents qu'on trouve dans l'évangile selon saint Matthieu (Mt, 25, 14-30)33. En effet, en parlant de compétence et de nos réalisations, c’est bien quelque chose de l’ordre des talents qui est en question. Que nous dit la parabole à ce sujet ?

* les talents sont donnés et non pas mis en gérance. Remarquons d'abord que le maître « donne » les talents à ses serviteurs. Autre remarque : ce don est total : « il leur remet ses biens », ou « sa fortune » (aucune restriction dans le don). Lors de son retour, il ne reprend rien. Les serviteurs montrent les talents reçus comme les talents gagnés (‘vois’), mais le texte ne dit pas qu’ils les rendent. Nous sommes habitués à une autre lecture : les talents seraient confiés temporairement pour que les serviteurs aient le temps d’augmenter le magot du maître, qui reprendrait tout à la fin, les talents confiés et ceux qui ont été ajoutés. En fait, le don est définitif. Le départ du maître serait d’ailleurs sa manière de laisser pleinement toute la place aux serviteurs, de prendre de la distance pour qu'ils aient les coudées franches ; autrement dit, qu'ils reçoivent ce cadeau en toute liberté.

32 Id. p. 101. 33 Ce commentaire doit beaucoup aux remarques de Marie Balmary, Abel ou la traversée de l'Eden, Grasset, 1999, chap. 3. Je m'appuie sur sa traduction.

Rivista lasalliana 1-2009  

Rivista lasalliana. Trimestrale di cultura e formazione pedagogica

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