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Le processus innovant compte des étapes1 dont chacune, émaillée de controverses et de compromis, marque une progression dans les négociations et qui aboutissent à la désignation de porte-parole c’est-àdire d’acteurs représentatifs de leur catégorie sociale (…) à qui leurs pairs ont délégué le droit et la légitimité de parler en leur nom (Cros, 2004, p. 64). Fait d’un ensemble de déplacements (de positions, d’intérêts, de rôles, mais aussi de déplacements physiques ou géographiques), le processus innovant requiert et favorise une redéfinition des espaces socio-professionnels, une atténuation des logiques verticales au profit de systèmes de relations horizontaux favorisant la mobilité, effective et symbolique, nécessaire aux acteurs pour déplacer leurs représentations et activités en les négociant avec d’autres. S’il réussit, le processus attache les acteurs les uns aux autres et à l’innovation, il enrôle les acteurs et rend directement interdépendantes des activités jusque-là cloisonnées. Hétérogènes, circonstanciels, sensibles aux enjeux des acteurs comme à l’histoire et aux contraintes de leur environnement, les réseaux ainsi construits composent des entités mouvantes et fragiles. Pour les consolider et tenter de les rendre irréversibles, il importe de multiplier les associations entre leurs acteurs et de les rallonger, de les élargir au plus grand nombre d’entités humaines et non humaines : La seule chose qui compte c’est d’ajouter des connexions nouvelles, c’est l’extension du réseau, sa densité, sa connectivité (Callon, 1999, p. 120). Établir, maintenir, multiplier les connexions demandent du temps (dont ce temps vécu et agi ensemble qui permet aux acteurs des consensus qui, même s’ils ne sont qu’apparents, leur permettent de panser les plaies et d'aller de l'avant (Pestre, 2006, p. 41) et un peu de chance : Au départ, les acteurs individuels ont du poids : les initiatives privées, les rencontres qui sont un peu le produit du hasard, les événements 1

Callon décrit en 1986 quatre grandes étapes : la problématisation, l’intéressement, l’enrôlement et la mobilisation, Amblard et al. en 2005 construisent, à partir des travaux de Callon et Latour, une chronologie en dix étapes… La question n’est pas de savoir qui a l'initiative (Callon, 1992, p. 57), ce qui compte, c’est ce qui se passe pendant le processus.

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L'éducation tout au long de la ville  
L'éducation tout au long de la ville  

Troisième n° de la Revue SpécifiCITéS, la revue des terrains sensibles, du secteur Crise, département des Sciences de l'éducation de l'unive...

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