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Le Moigne Jean-Louis, (2007), Les épistémologies constructivistes, éditions PUF, collection Que sais-je ? Paris, 128p. (première édition en 1995) Notes de lecture - Olivier Francomme – septembre 2013 Remarques générales Ce livre constitue une très bonne initiation à l’histoire des épistémologies dont il constitue une entrée singulière. À travers l’histoire de la pensée, il retourne aux fondements des principales origines des épistémologies. Il nous permet une entrée dans la réflexion et l’élaboration des paradigmes épistémologiques des sciences humaines. Sur l’ouvrage Chapitre 1 L’étude de la construction des connaissances valables. (p 5) C’est la définition de l’épistémologie par J. Piaget. 1.1 Les trois questions de l’épistémologie : le statut, la méthode et la valeur de la connaissance. Qu’estce qu’une connaissance, comment est-elle constituée ? 1.2 L’épistémologie institutionnelle, contrat social trop implicite ? ou est-ce qu’il existe des « conseils de savants » qui veillent à débusquer les formes du charlatanisme ? Le citoyen doit-il avoir confiance dans la « sagesse » des scientifiques ? 1.3 Le paradoxe de l’épistémologie institutionnelle contemporaine. L’inspiration : le discours de la méthode de Descartes, à l'origine du positivisme logique. Le positivisme logique trouve en Descartes un de ses ancêtres, de par la séparation qu’établit Descartes entre le discours métaphysique (sur l’être, et sur Dieu) et le discours scientifique (basé sur une mathématique — cela, c’est en fait surtout Leibniz). Mais les notions d’objet scientifique, et de science, telle que le positivisme du XIXe siècle en héritera, n’existent pas encore (entre : les sciences naturelles, Newton, la thermodynamique). La remise en cause des épistémologies positivistes a été constituée par : le découpage des connaissances, la sclérose, … Chapitre 2 Statut, méthode et organisation des épistémologies positivistes et réalistes. (p 14) 1 La robustesse apparente du tableau synoptique des sciences positivistes. Une discipline scientifique (un champ) se définit exhaustivement par son objet positif et sa méthode d’investigation (p 18). La classification fait qu’il n’existe pas de zone d’ombre, inexplorée ! L’interdisciplinarité en cela pose problème. 2 Les hypothèses fondatrices du statut et des méthodes des connaissances positives (p 19) Les axiomes ! Gnoséologie (Qu’est-ce qu’une connaissance ?) des connaissances positives : -L’hypothèse ontologique : hypothèse de la réalité comme nature connaissable dans son essence : l’existence est une des modalités d’être d’un vivant (c'est une réalité indépendante des observateurs qui la décrivent). Tout est potentiellement connaissable ou descriptible ! La connaissance, c’est la part de réalité qu’elle prétend décrire. (p 21) Il y a 2 avatars révélateurs : le scientisme et le technocratisme (p 22). -L’hypothèse déterministe : il existe une forme de détermination interne propre à la réalité connaissable. Le déterminisme est un causalisme. IV Méthodologie des connaissances positives (p 27) 1


1 Le principe de la modélisation analytique : Le principe de l’analytique : c’est le précepte méthodologique selon lequel on peut établir la connaissance d’une réalité sous la forme d’une représentation ou d’un modèle (modélisation analytique). Pb : quelle est la décomposition minimale ? (la brique élémentaire) La modélisation holiste, elle est aussi légitime que la modélisation réductionniste (p 30) 2 Le principe de la raison suffisante (p 32) : rien n’arrive sans qu’il y ait une cause ou une raison déterminante. Le principe de moindre quantité d’action : lorsqu’il arrive quelque changement dans la nature, la quantité d’action employée est toujours la plus petite possible (p 36). V Concevoir d’autres hypothèses gnoséologiques et méthodologiques (p 37)

Chap III Repères historiques pour l’entendement des épistémologies constructivistes (p 41) 1 Sur la genèse des paradigmes épistémologiques : À l’origine J. Piaget en 1967 (épistémologie génétique) 2 Du constructivisme radical selon Brower au constructivisme dialectique selon Jean Piaget (p 44) Brower aux sources du constructiviste : le réel connaissable peut-être construit par ses observateurs qui sont dès lors ses constructeurs (modélisateurs). On peut faire exister des objets réels par construction (en math, en géométrie). Mais problème : il existe un infini que l’on ne peut pas construire ! Il y a 2 hypothèses auxquelles se réfèrent les épistémologies constructivistes (p 47) : 1°-le statut de la réalité connaissable, qui, pour être connue doit être cognitivement construite ou reconstruite par un observateur / modélisateur. 2°-la méthode d’élaboration ou de construction d’une connaissance ne fera plus appel à « une norme du vrai » (par déduction programmable) mais à une norme de « faisabilité » (par intuition reprogrammable). IV La renaissance oubliée du constructivisme : de Léonard de Vinci à Giambattista Vico Quelles méthodes scientifiques Léonard de Vinci a t-il utilisées ? Quelles méthodes pour construire des connaissances enseignables ? C’est Paul Valéry qui s’est le plus attaché à la méthode de Léonard de Vinci. Montaigne et Pascal (p 52) Scepticisme de Montaigne (Que sais-je ?) et raisonnement dialectique de Pascal : « Je tiens pour impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître les parties » Pensées 199-72-9. Giambattista Vico : « Le vrai et le faire sont une seule et même chose. Le vrai est ce qui est fait, et seul celui qui a fait peut connaître le résultat de son opération ! » (p 54) C’est une conception constructive de la connaissance entendue comme sa capacité à relier, à conjoindre, à associer. Kant : Connaître par la faculté de juger, l’hypothèse téléologique (p 55) La critique de la faculté de juger (3° critique) le jugement a un caractère téléologique : la capacité de l’esprit humain connaissant à élaborer les fins en référence auxquelles s’exercera la raison. La constitution du constructivisme au début du XX° siècle. Paul Valéry va privilégier une conception phénoménologique du réel (ou plutôt de l’action) connaissable. Privilégier l’expérience sensible dans l’expression du réel connaissable (Freinet !). Les 3 V du constructivisme : Vinci, Vico, Valéry. 2


L’épistémé constructiviste s’est formée sur le terreau de quelques œuvres ; la Noologie de W. Bilthey : l’histoire se construit comme objet de connaissance (compréhension objectivable). La tectologie de A. Bogdanov : la connaissance est enseignable par son architecture (pour construire, il faut architecturer. Le Pragmatisme (Peirce, Malinowski, James et Dewey) : la désacralisation du vrai (le vrai est ce qui est avantageux pour la pensée). « G. Bachelard (p 61) Rien ne va de soi, rien n’est donné, tout est construit ! L’organisation, la chose organisée, l’action d’organiser et son résultat sont inséparables (p 62). Connaître, c’est décrire pour retrouver (G Bachelard réf p 62). Institutionnalisation du constructivisme à partir de 1950 (p 63) Le problème de la cybernétique : comprendre un système (au lieu de l’expliquer). Il est des raisonnements logiques qui, pris à la lettre, rendent fou (p 65). Théorie du double bind (l’influence culturelle d’une logique formelle tenue pour scientifique n’est pas neutre.) Batteson : le rôle des modèles (patterns) dans la formation de la connaissance (effet pervers des modèles tenus pour scientifiques !) Quel est le rôle du sujet observant dans la connaissance du réel observé ? Piaget : l’intelligence organise le monde en s’organisant elle même ! (p 67) Chapitre IV Les hypothèses fondatrices des épistémologies constructivistes (p 70) 1 La connaissance, représentation de l’expérience cognitive -la connaissance implique un sujet connaissant. (l’inconnu n’est qu’un connaissable potentiel) -la valeur d’une connaissance dépend en pratique de son appréciation des conséquences des actions qu’il élabore en se référant consciemment à cette connaissance. Le problème des épistémologies est dans leur enseignabilité ! Toute épistémologie implique un contrat social implicite (prudence aristotélicienne). La représentation peut-être entendue comme diplomatique autant que théâtrale (p 71) Diplomatique : passive, inhérente à la tenue du message / théâtrale : active et intentionnelle. II Gnoséologie des connaissances constructives (p 74) 1 L’hypothèse phénoménologique (expérience cognitive) : inséparabilité entre l’acte de connaître un objet et l’acte de se connaître qu’exerce le sujet connaissant (p 75). On ne peut séparer la connaissance de l’intelligence qui a produit. L’hypothèse phénoménologique = hypothèse interactionniste. Rien n’est donné, tout est construit. Le réel connaissable est un réel en activité qu’expérimente le sujet (phénoménologie). Le sujet se construit par des représentations symboliques (G Bachelard et A Machado). Cela entraine 3 caractéristiques de l’expérience : -1 l’irréversibilité de la cognition (le concept d’action implique celui de la temporalité) -2 dialogique de la cognition : sujet est relié à ses perceptions (interaction du synchronique et du diachronique) -3 La récursivité de la cognition : il y a interdépendance entre phénomène et connaissance construite. 2 L’hypothèse téléologique (p 79) Il faut prendre en compte l’intentionnalité ou les finalités du sujet connaissant. Hypothèse récusée au nom de l’objectivité ! C’est la réponse au pourquoi de la connaissance ! « à fin de … » III Méthodologie des connaissances constructibles (p 83) 3


1 Principe de la modélisation systémique. Il existe un méta paradigme (conséquence de l’irruption des nouvelles sciences) des épistémologies constructivistes : elle privilégie la modélisation de l’acte à celle de l’objet (la chose). Elle exprime plus la complexité du regard que la complexité attribuée à l’objet ! (interaction du sujet et de l’objet) Il faut modéliser en permanence, intentionnellement, les phénomènes que nous percevons complexes et pourtant intelligibles, comme et par un système en général. (p 87) Autrement dit : en les entendant actifs, fonctionnant et se transformant, finalisés ou se finalisant, dans quelque environnement « tapissé de processus ». 2 Le principe d’action intelligente (p 87) La résolution de problème. Définition de Dewey : c’est un processus par lequel l’esprit construit une représentation de la dissonance qu’il perçoit entre ses comportements et ses projets, et cherche à inventer quelques réponses ou plans d’action susceptibles de restaurer une consonance souhaitée. Le principe d’action intelligente met en œuvre toutes les ressources du raisonnement dialogique (quand elles sont reproductibles) p 90. Les connaissances sont argumentées (constructibles et reproductibles) 3 Ethique et épistémologie : de la vérité à la faisabilité (p 91) Une connaissance se développe dans un système socioculturel dans lequel elle est tenue pour enseignable. Elle doit avoir une valeur, elle appelle une médiation épistémologique et éthique qui légitime sa connaissance avec le bien moral. (la connaissance a une valeur éthique). Le modélisateur doit méditer sur les fondements éthiques des connaissances possibles qu’il produit. (p 92)

Chapitre V L’organisation du système des sciences reconsidérée (p 94) I Le modèle du système cyclique des sciences (J. Piaget , 1967) A. Comte a établi en 1928 un tableau synoptique des disciplines. Pour réfuter une théorie, il ne suffit pas de la critiquer, il faut la remplacer ! Piaget en 1967 a proposé un modèle du système des sciences : le système cyclique des sciences. Les sciences se forment dans l’interaction du sujet et de l’objet, dans une boucle circulaire. 1-Les sciences logico-mathématiques 2-Les sciences physiques 3-Les sciences biologiques 4-Les sciences psychologiques De A domaine matériel, à B domaine conceptuel, à C domaine épistémologique interne, à D domaine épistémologique dérivé. II Le paradigme des sciences de l’artificiel (HA Simon 1969) Si on n’accède aux connaissances que par des représentations, alors le système des symboles est aussi une connaissance. Même s’ils sont complexes, ils sont intelligibles pour l’être humain. Modéliser est aussi logique que raisonner. Donc les sciences de l’artificiel des sciences à part entière. Actuellement, les techno sciences échappent à toute référence épistémologique ou politique. Il faut redéfinir les anciennes sciences : sciences de la cognition (système cognitif qui travaille sur lui-même, c’est la science de l’ingénierie (Vico). 4


III le paradigme des sciences de la complexité (p 102) Le paradigme de la complexité a été développé par E. Morin. Le paradigme est fondé sur la reconnaissance du rôle premier du sujet connaissant dans l’acte de construction de la connaissance (p 103). IV Le modèle spiralé des sciences (schéma p 109) L’avantage de ce modèle est qu’il permet la formulation d’une alternative plausible au tableau synoptique des disciplines positives. Elle porte les règles de sa propre morphogénèse. V Interaction entre Empirie et Espistémé (p 110) On assiste au développement des épistémologies internes. VI Unitas Multiplex : Le paradigme constructiviste est principe d’intelligibilité (p 112) Il saisit l’un dans la diversité et la diversité dans l’un. La diversité des paradigmes épistémologiques se fédère au sein du constructivisme, tout en le construisant. Chapitre VI Le contrat social des épistémologies constructivistes (p 117) I Le constructivisme, « nouvel esprit scientifique » L’auteur effectue un retour sur les questions premières de l’ouvrage (sur la légitimité des connaissances scientifiques). Quelles sont les bonnes hypothèses fondatrices ? L’organisation en système spiralé des sciences n’est pas consubstantiel aux épistémologies constructivistes. L’épistémologie doit savoir poser les questions sans prétendre arrêter le choix des réponses. II Le constructivisme, une autre conception de la connaissance (p 120) Le paradigme constructiviste ne crée pas de découpage entre connaissance scientifique et connaissance philosophique. Les connaissances sont souvent multidimensionnelles. III La construction des paradigmes de l’épistémologie (p 122) Actuellement, le développement des épistémologies constructivistes aboutit à un redéploiement réfléchi de l’éventail des paradigmes d’élaboration des connaissances institutionnalisé par les sociétés humaines. Ainsi de nouveaux paradigmes épistémologiques peuvent émerger. Quelle est la valeur des connaissances enseignables ? C’est la question permanente des épistémologies constructivistes. Additif : L’interprétation épistémologique des formes pédagogiques de l’éducation nouvelle varie selon la position culturelle de l’analyseur (observateur). Elle se caractérise par une disjonction interprétative : la vision traditionnelle des pédagogies de l’éducation nouvelle devient ainsi non seulement laxiste, mais impropre à la transmission des connaissances et des valeurs (de la société), et ce, par défaut de méthodologie cognitive. Alors que dans une vision moderne (piagétienne et postpiagétienne) l’éducation nouvelle et sa forme coopérative deviennent les seules qui permettent « l’avènement de la conscience planétaire » et l’accès aux savoirs. De plus, elle remplit sa fonction sociétale d’éducation morale (la morale étant une logique de l'action).

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Le moigne jean, epistémologies constructivistes (francomme)