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VIVRE ICI Maison d’ici

UN BALCON sur la Côte Fleurie Symbole de la richesse industrielle d’un XIXe siècle ostentatoire, cette demeure de maître fait partie de ces belles au charme suranné qui escortent la Côte Fleurie. Elégante, harmonieuse, elle a trouvé sa place sur l’une des collines qui dominent Trouville. Construite par un Parisien fortuné dans les années 1860, cette villégiature entre terre et mer eut plusieurs vies et même un long moment de solitude avant que Xavier ne la découvre, ou plutôt ne la devine derrière une barrière de végétation sauvage.

1 TEXTE : CORINNE TARGAT - PHOTOS : GILLES TARGAT

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Trouville

l’origine de la réhabilitation de cette demeure, un long travail d’imagination car au bout d’une dizaine d’années sans occupant, elle avait perdu tout attrait domestique. Mais c’était sans compter sur son incroyable emplacement : le riche propriétaire originel possédait, en effet, toute la colline surplombant l’estuaire de la Touques, il lui était donc facile de trouver la meilleure orientation tout en se garantissant aucun vis-à-vis. Manches retroussées et regard éclairé, Xavier a reconquis le cœur de cette maison.

Un balcon sur l’horizon A l’approche de la demeure, on ne peut s’empêcher de tourner le regard vers ce qu’elle offre de meilleur, son point de vue. Si gracieuse soitelle - la façade a été recouverte d’un bleu tendre se mêlant aux larges entourages en pierre blanchis - le regard vient obstinément se perdre dans cet horizon rêveur. La côte sertie de son doux et blond cordon épouse une courbe naturelle qui donne son rythme à cette vie privilégiée. Xavier et sa femme, Laure ont très vite compris que cette vision allait être au centre de leur maison et qu’il fallait privilégier les ouvertures. Un soin particulier a donc été apporté pour redonner vie à toutes les embrasures et accès vers l’extérieur. Suspendus aux longues fenêtres sous des plafonds hauts de plus de 3,60 mètres, seuls d’immenses rideaux damassés de chez Madura viennent ombrer les salons le soir. Il en est de même dans les chambres des étages qui ont toutes été installées côté mer. A la tombée de la nuit, sur la terrasse desservie par un double escalier, le salon de jardin aux lignes contemporaines invite à ce moment de détente tant attendu face aux lumières de Deauville, Trouville et Ouistreham que l’on repère au loin.

L’espace pour mesure Si l’espace symbolise l’extérieur (un parc de six hectares entoure le château), Xavier et Laure ont pensé l’intérieur avec la même échelle de valeurs. L’entrée a gardé ses cloisons protectrices, portes en pichepin décapé pour accéder au salon, portes-fenêtres en arcade avec ses petits carreaux vers l’escalier, mais à l’inverse, les salons se succèdent dans une belle longueur sans aucune cloison si ce n’est des portes coulissantes d’époque qu’ils laissent volontiers ouvertes. Pour harmoniser et créer une belle unité, du sisal a été posé dans toutes les pièces.

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1 - Le Château des Fougères et son architecture XIXe. 2 - Horloge ancienne et porte d’époque donnent un charme des plus rétro à la demeure. 3 - L’escalier du belvédère est construit exlcusivement en bois d’orme.

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L’escalier du belvédère 2

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Cette élégance naturelle sied bien à ce parti-pris de décoration intérieure épurée. Seuls les meubles et la variété des revêtements muraux rythment les espaces de vie. Une peinture gris taupe se marie aux tonalités d’un vaste canapé dans le coin détente, tandis qu’à côté, un tendre blanc sablé auréole des tables, des meubles de famille et des œuvres d’art. Ici, un subtil mélange entre l’ancien et le contemporain se vit au quotidien. La dernière aile du château en est un parfait exemple : le bardage en clin blanchi sur les murs apporte une touche actuelle qui tranche, non sans humour, avec une lignée de bois de cerfs accrochée à une belle hauteur entre les fenêtres du salon. La sobriété de l’ameublement trouve sa part de fantaisie dans les détails, les objets ou les œuvres. L’imposante sculpture «  Les dindons  » du sculpteur normand Raymond Bigot prend tout naturellement place dans cet environnement convivial et savoureux.

L’escalier qui dessert les étages s’incurve dans une courbe étroite qui suscite la curiosité quant à son aboutissement. Les marches et la rampe construites en orme ont demandé bien des efforts de restauration ; les propriétaires voulaient absolument respecter la création d’origine malgré la rareté du bois d’orme dans nos contrées. Derrière une large porte vitrée à petits bois en arcade, un vaste couloir dessert les chambres. Si Xavier et Laure n’ont fait qu’ouvrir l’horizon au rez-de-chaussée, cet étage a été entièrement réaménagé pour donner là aussi l’espace désiré. Le couloir a été doublé dans sa largeur en faisant tomber des cloisons, un joli vert deauvillais vient couvrir les murs où des artistes comme Arend Jan van der Horst exposent leurs œuvres. La lumière du matin vient s’accrocher à cette couleur qui rappelle les colombages anglo-normands. Un lit de bébé en rotin construit à la naissance de Laure, une machine à coudre ayant appartenu à l’arrièregrand-mère de Xavier et des bois flottés peints, voilà encore un bel exemple d’heureux mélange des genres.


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Des chambres pour point de vue Les dimensions repensées des chambres et des salles de bains offrent ce luxe de l’espace tel qu’on peut l’imaginer dans les rêves les plus fous. Pas moins de deux fenêtres inondent de lumière chacune des pièces, qui sont bien sûr, toutes tournées vers la mer. Là aussi, seuls de longs rideaux Madura largement ouvert la journée offrent la nuit à volonté et au moment désiré. Des murs blancs, des sols parquetés sont la base de cette simplicité à laquelle s’ajoute ici un lit à baldaquin en teck sur lequel Laure a posé un drap de lin de sa grand-mère, là un lit plus contemporain déniché chez Fly. Des boutis Interior’s agrémentent les lits, entre les meubles de famille et les toiles de leur ami peintre Nicolas Gasiorowski. Un petit air familier avec le rez-dechaussée apporte toute la chaleur aux chambres.

1 - L’une des salles de bains de la demeure et sa baignoire incrustée dans le sol. 2 - Toutes les chambres du château sont baignées de lumière. 3 - Ici, même les couloirs sont spacieux ! 4 - Un rocking-chair invite à passer de longs moments de détente. 5 - Depuis les étages du Château, une vue imprenable sur la Côte Fleurie.

Un bain de plaisir Attenantes aux chambres, les salles de bains concentrent tous les privilèges et les enchantements. Xavier a eu un réel plaisir à organiser des espaces cocooning où la couleur des murs, les meubles, les petites touches décoratives et les baignoires imbriquées dans le sol semblent essentielles à cette harmonie. Dans la première, un choix audacieux de la couleur marron nuancée à travers les divers éléments procure une impression de chaleur tout en apportant un côté rétro des plus charmants. De larges dalles carrelées habituellement destinées au sol viennent épouser les murs. Un meuble en teck avec un plan en marbre soutenant la vasque s’impose dans cette pièce, en face un miroir à la frise rétro est posé sur une table devant laquelle une chaise pliante de réalisateur invite à toutes les envies. Cette salle de bains vous emmène volontiers ailleurs, l’atmosphère qui s’en dégage suscite le rêve. Clou de ce songe éveillé : la baignoire Jacob Delafon intégrée dans le sol. Votre bain se retrouve donc au niveau du bas de la fenêtre avec vue sur la mer ! Il en est de même dans l’autre pièce d’eau toute en noir et blanc, plus contemporaine. Une mosaïque à mi-hauteur sur les murs, un lino sombre au sol, des meubles en vernis anthracite et toujours cette baignoire à hauteur d’horizon maritime. Le regard résolument tourné vers la côte, la vie de cette maison n’en finit pas de se ressourcer.

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Pratique

• Château des Fougères. Rue d’Aguesseau, 14360 Trouville-sur-Mer. www.chateaudesfougeres.com

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