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Projet Final d’Etude 2016 | Domaine Histoire, Théories, Projet Un parc naturel pédagogique à Milano Marittima Atelier Pascal Lejarre & Bertrand Le Boudec | Paul Lefebvre

D U

D A N C I N G

U N E

W O O D P E C K E R

S É Q U E N C E

À

M I L A N O

D ’ E N T R É E

M A R I T T I M A

D E

V I L L E

1


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SOMMAIRE Introduction

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III. Grandes orientations du projet

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I. Données du site

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1. S’inscrire dans le paysage d’entrée de ville

40

2. S’inscrire dans le prolongement d’une géométrie terri1. Etat des lieux : un site d’anciens marais

8

2. La centuriation romaine : la permanence positive d’un

toriale

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3. Renforcer la singularité du Woodpecker

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modèle

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4. Utiliser un modèle paysager fort, le modèle agricole et

3. Un modèle qui s’est adapté aux entrées de villes

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sa permanence

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5. Aménager et habiter le boisement

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Conclusion

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Bibliographie / Sitographie

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Remerciements

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4. Le Dancing Woodpecker : analyse d’une oeuvre en singularité avec le site

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5. La bande boisée du Woodpecker : richesse et pauvreté

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II. Outils

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1. Etats permanent et passagers dans le paysage rural, Michel Corajoud

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2. La stratégie de l’intervalle chez Scarpa

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3. La séquence d’entrée dans Observatory de Robert Morris 36

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4


INTRODUCTION J’ai choisi le domaine histoire théorie et projet car j’y trouve des

radicale italienne des années 60-70. Il a été construit en 1968

thèmes qui me semblent essentiels dans toute démarche de

par l’architecte italien Philippo Monti, et il est aujourd’hui aban-

projet. J’aime particulièrement l’idée de soumettre l’architecture

donné et partiellement en ruine.

à l’épreuve du temps, par l’étude des théories, de l’histoire d’un

Nous sommes en présence d’une oeuvre de forte valeur his-

site, de la culture de ses habitants. Je trouve cette idée extrême-

torique et artistique. L’oeuvre est aujourd’hui régulièrement

ment pertinente, car elle pose la question de la pérennité des

inondées par les remontées de nappes phréatique, phénomène

constructions et des aménagements, à l’heure où nous devons

associé au dérèglement climatique marin. C’est là toute l’épais-

économiser la matière, l’énergie, et où nous devons mieux par-

seur de ce site. C’est pourquoi le programme proposé pour ce

tager les ressources.

projet par l’atelier est un observatoire de la biodiversité et du

Et justement, le projet qui m’a été soumis dans cet atelier pose

changement climatique : un parc naturel pédagogique. Il est

directement ces questions, aussi bien sous des aspects écolo-

sensé accueillir des visiteurs, des classes vertes, mais aussi des

giques qu’artistiques.

chercheurs. Il compirte donc des bureaux et laboratoire, salles

Notre site est situé au Nord de l’Italie, en Emilie Romagne, dans

d’exposition, et des logements de court séjour.

la province de Ravennes. L’aire de notre intervention est marqué

Comment valoriser ce précieux héritage qu’est le woodpecker, à

par deux éléments essentiels : un boisement de 300 mètres de

la fois historiquement et artistiquement ? Comment le replacer

large sur 1,2 km de long, et un dancing, le Woodpecker. Ce der-

dans une histoire urbaine sachant les modifications qu’il a déjà

nier est si particulier qu’il est difficile de le désigner en un mot.

connu et qu’il s’apprête à connaître ? Tels sont les enjeux de

C’est un talus circulaire de 70 m de diamètre qui comporte en

ce semestre. Le mémoire est divisé en trois grandes parties. Je

son sein des bassins ronds remplis d’eau, un dôme en plastique

présenterai d’abord les données du site, après quoi j’expliquerai

armé, et un appenti en béton armé. Mais c’est surtout une des

quels outils j’ai utilisé pendant l’atelier, et enfin j’exposerai les

rares pièces construites qui peut s’apparenter à l’architecture

grandes orientations du projet. 5


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DONNÉES DU SITE

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ÉTAT DES LIEUX : UN SITE D’ANCIENS MARAIS Le site fait partie d’un plus vaste site, la plaine du Pô, et plus précisément du delta du Pô. Ce dernier est parcouru par de nombreux affluents et son altitude moyenne est très proche de celle du niveau de la mer. L’eau y est donc omniprésente, qu’elle soit douce ou salée. Si cette présence est aujourd’hui peu visible grâce à l’assainissment en place (fossés de drainage), elle a été, dans le passé, plus spectaculaire, formant de vastes marais, comme en témoigne encore l’ancien marais salant de Cervia ci-après. Le littoral présentait un paysage lagunaire. A cause du relief très peu marqué et du débit torrentiel de ses cours d’eau, le territoire était régulièrement inondé en période de crue jusqu’au XVIIIème siècle. De plus, le fleuve a changé son cours plusieurs fois dans l’histoire. Aujourd’hui, sous la pression de la montée des eaux marines, nous assistons à un phénomène de remontée des eaux des nappes phréatiques dans le site, qui inonde le Dancing Woodpecker, lieu de notre intervention, deux à trois mois par an. Tout le travail d’assainissement de la région se remet en cause, et on pourrait voir revenir les marais dans la région. 8

A droite, une représentation d’artiste de l’Italie en 1853. En premier plan, la plaine du Pô, abondamment irriguée par le fleuve et ses affluents. En rouge le site du projet.


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Lido Di Savio

vio

Sa

Mer Adriatique

rique

to Pinède his

Milano Marrittima

Saline de Cervia

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Cervia

Les principales composantes proches du site


Haut : Les marais salants de Cervia, un indice sur l’affeurement de l’eau dans le territoire. En bas de gauche à droite : Le dancing Woodpecker inondés ou pas suivant les saisons

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LA CENTURIATION ROMAINE, LA PERMANENCE POSITIVE D’UN MODÈLE Le premier grand travail d’assainissement de la région a été produit par les romains et leur méthode de colonisation des terres, la centuriation romaine. C’est une géométrie au sens éthymologique du terme, c’est à dire une mesure de la terre, dont le tracé ordonne le drainage. elle est composée de voies hiérarchisées. Les decumani sont les voies principales, elles sont parallèles au plus grand côté du territoire ou à la route principale. Elles desservent les cardines, perpendiculaires et plus courts, qui délimitent de nombreux lots carrés d’environ 50 hectares chacun. Les cardines sont théoriquement espacés de 700 mètres environ. L’orientation de ces voies n’est pas stricte et s’incline pour suivre au mieux la forme du territoire. Ce système a survécu aux romains dans la région, comme nous le montrent les cartes ci-contre qui montrent l’évolution du littoral entre la période romaine (Ier siècle) et aujourd’hui. Les paysans ont conservé les tracés existants et ont prolongés certains principes de la centuriation sur les terres conquises sur la mer. Ainsi, la trame de voies secondaires (tous les 700 m) a été prolongée, même si elle est moins rigide qu’à l’époque romaine et s’oriente

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Aperçu de la centuriation romaine près d’Imola, Italie. Source : BENEVOLO L., L’histoire de la ville, ed. Parenthèses, 1995, Paris


Evolution du découpage des terres entre le Ier siècle ap JC et aujourd’hui. Mer adriatique Cours d’eau voies secondaires voies principales

Marais salants

Position du Dancing Woodpecker

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de manière plus souple à la topographie, surtout à l’eau. On voit

morceau de territoire, une bande de 300 mètre sur 1,2 km, qui

ainsi sur les cartes que la trame s’oriente en fonction des cours

plus est avec un programme qui porte sur des enjeux territo-

d’eau et du littoral. Cette trame commande les nouvelles limites

riaux. Le programme imposé étant un observatoire du change-

de propriété, les routes mais surtout les canaux et fossés de

ment climatique. Cette qualité d’unification implique également

drainage de la région. On a ainsi des grands canaux parallèles

de considérer l’intervention non comme une pièce rapportée

aux cours d’eau, des fossés de collectes qui correpondent aux

mais comme une maille d’un réseau à l’échelle du territoire.

voies secondaires, et des petits fossés de drainage perpendiculaires à ces derniers, et espacés de 40 m. La présence forte de cette géométrie dans le territoire du Dancing woodpecker impose qu’on interroge l’intérêt de sa permanence. Le grand intérêt qu’on peut accorder à ce modèle, c’est sa capacité à unifier efficacement les différents lieux du territoire, et de manière continue. C’est un modèle encore interrogé aujourd’hui, par exemple par les architectes-urbanistes Bernardo Secchi et Paola Vigano avec le concept de réseau isotropique, qui reprend l’idée d’un grand réseau territorial sous forme de grille dont certaines mailles sont densifiées (voir ci-contre). Cette qualité d’unification rentre pour moi en résonnance avec les objectifs de l’atelier ce semestre, à savoir intervenir sur un

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Le concept de réseau isotropique chez Secchi et Vigano. Plaquette Bruxelles 2040 Studio 012, 19 Mars 2012. www.adt-ato.brussels


Un vaste réseau hydraulique

Le réseau de drainage dans le site. Document d’origine :Mise PLÉ Quentin, PFE 2015 à nu des fossés

drainants, des Soco, rivières et canaux sur le territoire de la plaine.

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UN MODÈLE QUI S’EST ADAPTÉ AUX ENTRÉES DE VILLE Le boisement du dancing Woodpecker dancing longe l’entrée de ville de Lido di Savio, un village balnéaire. L’entrée se présente comme une longue route bordée de platanes sur deux kilomètres environ, et qui s’appelle la Viale Nullo Baldini. Cette route conduit directement au littoral adriatique, en franchissant , depuis l’autoroute, les champs, le boisement du Woodpecker, la pinède historique de milano Maritima, plus ancienne, et enfin les villes balnéaires et la plage. Si l’on se penche sur les entrées de villes des villes balnéaires voisines, Lido di Classe, Lido di Dante... on constate qu’elles sont séquencées de façon très régulières par une série de bandes boisées avant de pénétrer les pinèdes maritimes et le rivage. Ce sont des composantes typiques du paysage des entrées de ville dans la région, et qui suivent les principes géométriques énoncés dans le chapitre précédent. En effet, elles sont chacune construite sur une trame de largeur de 40 m, la distance qui sépare les fossés drainants dans la région. Elles accueillent de façon courante des fermes, et elles sont délimitées par des haies opaques qui ont des fonctions de paravent pour le maraîchage

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Haut : l’entrée de Lido di Classe Bas : l’entrée de Lido di Dante

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L’entrée de Lido di Savio : une séquence bouchée et monotone

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Haut : l’entrée de Lido di savio et Milano Marrittima. Le boisement monotonise l’entrée. Bas : Vues devant et derrière le boisement du Woodpecker

Entré


ou les vergers, et rendent possible ces cultures face au climat maritime. Ces bandes de sont pas clairement autonomes, elles peuvent être reliées entre elles par des chemins parallèles, et former des ensembles. Ces relations diverses entre les bandes sont d’ailleurs une inspiration pour le projet. Enfin, la bande possède des qualités propres, on peut les trier en au moins trois sous-typologies dont chacune a des caractéristiques en matière de distribution, disposition des bâtiment, gabarits, hauteurs d’arbres, séquence d’entrée. Tout cela forme une séquence rythmée d’entrée de ville. Or, à la même distance de la mer, l’entrée de lido di Savio est actuellement marquée par la monotonie et la fermeture visuelle d’un boisement d’exploitation. Cette fermeture est d’autant plus dommage qu’on a un paysage très riche à l’arrière de ce boisement. En effet, il est possible de voir le massif des Appenins au loin, l’étendue de la pinède historique de Milano Marittima, ainsi que les tours de Cervia.

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LE DANCING WOODPECKER, ANALYSE D’UNE OEUVRE EN SINGULARITÉ AVEC LE SITE Dans ce site rigoureusement maîtrisé se détache le dancing Woodpecker. Il s’agit d’un cercle taluté de 70 mètres de diamètre qui comprend en son sein des bassins d’eau ronds, une terrasse en marbre, un appenti en béton et surtout, une coque en plastique armé. Cette oeuvre architecturale est très singulière et on peut lui donner différentes influences, les plus notables étant l’architecture radicale italienne des années 70, le land art, et le concept d’hétérotopie de Michel foucault. Pour bien comprendre ce lien entre le Woodpecker et l’architecture radicale italienne, il est nécessaire d’expliquer les bases de ce mouvement. L’architecture radicale italienne est un courant contestataire qui a eu lieu entre les années 60 et 70 et qui réfute les idées rationnalistes, encore diversement développées après guerre par des architectes tels que Team X, les Smithsons, Yona Friedman ou les métabolistes japonais. Ses principaux représentants en Italie, Archizoom et Superstudio, vont s’opposer à cette tendance et créer une contre-école. À une architecture qui se définit de façon technique et fonctionnelle, ils vont opposer une architecture « affective, symbolique et poétique »1. Concrète-

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1. FRAC (article web), www.frac-centre.fr

Le dancing Woodpecker et la voie d’entrée à Lido di savio et Milano Marrittima au Nord. L’appentis en béton armé près du dôme est partiellement en ruine.


ment, ils vont mettre en avant « l’immédiat et la consommation, les objets mobiles et le plaisir du corps »2. Urbainement, cela se traduit non plus par la recherche d’un progrès social et humain mais par une « intensification de la ville existante »3. Techniquement, cette architecture va de pair avec les dernières avancées technologiques de l’époque (plastique soufflé, polystyrène, imitations de matériaux...). Le lien entre le dancing et le mouvement radical italien est compréhensible à travers le thème de l’intériorité et du rapport au corps. Tout d’abord, le dispositif est une expérience qui invite à oublier le monde quotidien dans lequel on vit. En y pénétrant, le visiteur n’a quasiment plus de vue sur l’extérieur, mis à part les cimes des pins voisins. Toute la rationnalité du monde paysan alentours, le drainage agricole, le bois d’exploitation, les champs, disparaissent. Le lieu se veut ouvert sur le ciel, et donne sur des bassins d’eau aux formes plastiques très pures, ainsi qu’un dôme en plastique armé d’apparence très légère. C’est un lieu qui s’adresse d’abord à la sensibilité individuelle avant la raison commune.

2. ROUILLARD Dominique, Superarchitecture, p.15-16, ed. de La Vilette, 2004, Paris 3. id.

Le Dancing dans les années 70. Source : www.archiviozangheri.it

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La mise en oeuvre, et ses matériaux, sont également éloquents. Le dôme en plastique armé est révélateur d’une volonté de créer un objet poétique de par la légèreté qu’il exprime, et un objet de forme très idéale, proche du mobilier, et donc proche du corps. Mais cette filiation est insuffisante pour expliquer les raisons qui ont présidé à la forme du dancing. Justement, il existe une ressemblance très forte entre le dancing Woodpecker et Observatory, une oeuvre de land art de Robert Morris, située aux Pays Bas. Cette dernière présente deux talus circulaires de 91 et 24 mètres qui s’emboîtent et permet, par le moyen de viseurs, de contempler le soleil à certains moments dramatiques (solstice d’été, d’hiver...). Robert Morris y développe des théories quant aux phénomènes qui s’y produise pour le visiteur, phénomènes qui concernent également le dancing. Pour bien comprendre, là encore, il faut expliquer depuis le début le land art. Le land art survient dans les années 60 à un moment où l’on critique la conception classique de l’œuvre d’art. Robert Morris fait

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Observatory aux pays baas


partie de ce mouvement et souhaite faire sortir l’art à l’extérieur, il s’interroge notamment sur la notion d’échelle et dimension. Pour lui, les œuvres d’art « classiques » sont contraintes par les dimensions architecturales des musées qui les abritent. Il veut rétablir la dimension et l’échelle du corps dans ses œuvres, c’est pourquoi il les met à l’extérieur, sans arrière-plan architectural. Il réinterprète aussi la notion d’architecture dans le sens où son œuvre, bien qu’utilisant des moyens repris de l’architecture, n’est pas un moyen en elle-même, au sens d’Hegel (architecture = moyen, œuvre = fin en soi). Il réinterprète également la notion de sculpture car son œuvre ne doit pas traduire immédiatement dans sa forme une signification intérieure qui lui serait propre, sa signification est à rechercher hors d’elle. Observatory est un ensemble doté de percées qui cadrent le soleil à des moments dramatiques (solstices d’hiver et d’été, lever de soleil quand le jour est égal à la nuit). Tiberghien, spécialiste du land art4, qualifie l’œuvre de « sculpture inorganique », termes de Hegel, car elle réalise seulement une forme symbolique destinée à suggérer ou à éveiller une représentation.

4. TIBERGHIEN Gilles, Land Art, ed. Dominique Carré, 2012, Paris

Vue à travers un viseur de l’oeuvre. Wikipedia

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L’œuvre se veut absente de couleurs, car Morris veut souligner

qu’il connaît l’objet, le moi se découvre lui-même à travers les

la nature physique de la sculpture. Seules comptent les qualités

variations qu’il perçoit ».

physiques : l’échelle, la proportion, la forme, la masse. Les vo-

On peut rapprocher directement Observatory et le Woodpecker

lumes sont élémentaires pour pouvoir mieux cerner l’unicité de

sur la perception des échelles. Morris tient à ce que son œuvre se

l’œuvre, éviter toute intimité, toute approche progressive : c’est

place entre les dimensions de l’infini et celles du corps humain.

la « Gestalt ». L’observatoire «requiert, de la part du spectateur,

« Quand on perçoit une certaine dimension, le corps humain

une exploration spatiale et temporelle lui permettant d’élaborer

entre dans le continuum des dimensions et se situe comme une

une image mentale cohérente de l’œuvre ». « En même temps

constante sur une échelle ». « Au contraire de Robert Smithson

Premières impressions sur le site

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ENSAPL / ARCHITECTURE / DOMAINE HISTOIRE THÉORIE PROJET / SEMESTRE PRINTEMPS 2016 / ATELIER P.LEJARRE-B.LEBOUDEC / PAUL LEFEBVRE / PFE

Les espaces quelles que soient leur échelle, s’emboîtent, depuis l’intérieur du Woodpecker


où les polarités s’annulent, les espaces s’emboîtent, glissent les

du ciel comme dans Observatory, mais le talus, en excluant

uns dans les autres et où tout objet qu’elle qu’en soit la taille, se

l’environnement proche par son découpage du paysage, donne

perd sur l’échelle sans limite de l’incommensurable. »

l’illusion que le dancing est directement relié à l’infini.

Si le Dancing Woodpecker n’est pas une « sculpture inorga-

Nous avons déjà évoqué l’idée que le dancing était coupé de

nique » mais bien une architecture, un phénomène similaire s’y

l’extérieur et qu’il nous renvoyait vers une autre dimension, plus

produit. Ses talus n’ont pas de valeurs en eux même et sont un

vaste. Ce changement de dimension est intéressant et appelle

moyen de rapprocher l’échelle du ciel, l’échelle du dancing, et

une dernière notion : l’hétérotopie.

l’échelle du corps. Nous ne sommes pas dans un emboîtement

C’est la dernière référence clé. Il s’agit d’un concept inventé

L’ambiance du dancing encore en fonctionnement. Source : www.archiviozangheri.it

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par Michel Foucault. Contrairement à l’utopie, sans lieu réel,

franchissement du talus dès la première approche crée une rup-

l’hétérotopie est un lieu hors de tous les lieux, bien que locali-

ture dans la séquence d’entrée. Nous émergeons à ce moment

sable. Beaucoup de lieux peuvent se définir ainsi : les prisons, les

de l’intimité dans laquelle nous a préparé le boisement pour

cimetières, les scènes de théâtre, les lieux de cultes. Ce sont des

ensuite redescendre dans le cercle. Cette étape n’a pas de raison

lieux isolés qui ont leurs règles propres, et qui ont la capacité de

d’être. L’entrée devrait être au contraire une immersion continue

ce fait d’héberger l’imaginaire. Le Dancing Woodpecker est un

jusqu’au centre du Woodpecker.

lieu de ce type dont l’ancien programme est par ailleurs adapté. Ce qui se passe dans le Woodpecker n’a rien à voir avec la réalité, c’est un lieu propice à la rêverie, à l’imaginaire. Contrairement au dancing Woodpecker, les lieux qui l’environnent sont façonnés par les règles. Le site est marqué par un rigoureux réseau de fossés de drainage, qui trament le boisement autour du dancing de manière régulière tous les 40 mètres. Ce système, qui occupe le littoral sur une épaisseur de plusieurs kilomètres, confère au Woodpecker une valeur de rareté, une « oasis ». Cependant, l’oeuvre semble manquer encore de force sur certains points si on commence à lui donner une valeur de land art., notamment sur sa séquence d’entrée, qui, par le biais du

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LA PARCELLE BOISÉE DU WOODPECKER RICHESSE ET PAUVRETÉ Les terres autour du dancing sont faites de sables anciennement charriés par la mer, car ce sont des terres conquises par l’homme à partir du XVIIIème siècle grâce à l’assainissement. Nous sommes donc sur un terrain fragile, et c’est la raison pour laquelle les pinèdes voisines font l’objet d’une politique de conservation et d’extension : elles permettent de retenir les terres en bordure des côtes. Elles ont également une utilité secondaire : elles protègent des vents dominants venant du Nord Est, dont un vent polaire, la Bora. Dans ce sens, les pinèdes sont

Dancing Woodpecker La Bassona Nuova Casa delle Aie

orientées parallèlement aux côtes, généralement entre les villes balnéaires et les champs. Leur but est de consolider les côtes face au climat maritime. Comme de nombreuses côtes ailleurs sur le globe pourtant, on assiste à un déséquilibre grandissant entre l’érosion des côtes et leur sédimentation. Le climat marin se fait de plus en plus violent, et les côtes de plus en plus exposées. Globalement, les solutions à ce problèmes sont de deux ordres : endiguer la côte par des ensablements artificiels ou des barrages, ou bien absorber la violence du climat marin par la plantation de végétaux

Carte géologique du site. Le long du Savio, alternance de sables fins. Le long de la côte, sables de très fins à grossiers. C’est ce sol que les pinèdes viennent fixer.

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résistants qui vont en même temps fixer le sol. En Italie, c’est la pinède maritime qui détient ce rôle. Du fait de ce déséquilibre environnemental progressif et du danger qu’il annonce pour le maintien de la côte, la commune a souhaité enclencher un reboisement de la côte dans des zones qui n’avaient plus connus cette occupation depuis des siècles. C’est la raison du boisement de pins qui englobe le Woodpecker, qui date des années 2000. Si l’objectif est raisonné, et s’inscrit dans un mouvement plus global d’expansion de la forêt, on peut cependant critiquer le choix de l’implantation récente de ce boisement, compte tenu de la place qu’il occupe dans la lecture du paysage et de sa qualité écologique. Tout d’abord, il ne faut pas faire de confusion avec la pinède historique située à l’Est et bien le désigner comme un boisement d’exploitation pour différentes raisons. Premièrement, il est implanté perpendiculairement à la côte, alors que la fonction première des pinèdes est de contrer la mer. Il possède ensuite une trame très sérrée faite en forte majorité de pins maritimes espacés de 5m avec des feuillus intermédiaires. Cela

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L’évolution de la pinède de 1892 à 2000. Après un déclin alarmant, on assiste à un reboisement du littoral, mais en rupture avec la forme originelle.de la pinède.


pose un problème paysager à l’échelle du littoral car ce boisement présente un front végétal visuellement inaccessible. Un autre problème est la pauvreté biologique qu’engendre l’homogénéité de ce boisement. Hormis la friche du Dancing Woodpecker et les lisières, qui sont riches d’une diversité d’herbacées, d’arbustes, et de feuillus, l’intérieur de la pinède est marqué par un milieu plus stérile du aussi à l’acidité du sol générée par les pins. Cet environnement est défavorable au développement d’autres espèces : arbustes, oiseaux, mammifères. Tous ces problèmes interrogent aussi l’évolution du territoire. Si l’on comprend que cette pinède récente est un premier pas vers le reboisement de la côte, peut-on réellement envisager de reproduire ce modèle malgré sa difficile insertion dans le paysage et sa pauvreté en matière de biodiversité ? Par ailleurs, le territoire champêtre alentours n’est pas dénué de modèles qui inscrivent déjà le territoire dans une logique écologique. Les haies brises vents ont elles aussi une richesse en cette matière, et donc peut être une carte à jouer.

Le relevé de la lisière du boisement du woodpecker, un potentiel de cheminements.

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30


OUTILS

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ÉTATS PERMANENT ET PASSAGERS DANS LE PAYSAGE RURAL : MICHEL CORAJOUD Une particularité de ce projet est d’avantager largement le paysage agricole par rapport au boisement existant. Il y a plusieurs raisons à ce choix. Tout d’abord, comme il a été dit, le boisement actuel a de nombreux défaut qui en font un élément très pauvre pour le projet de développement du littoral : homogénéité dans le paysage, pauvreté écologique... Ensuite, le paysage agricole est, sur la question de la permanence et du passage dans le temps, un modèle qui nous intéresse par rapport au projet de l’atelier. Une des grandes questions qui nous a été posé en atelier est le changement climatique, et par là aussi, la question de l’histoire du site. Comment anticiper l’évolution du territoire dans un temps long, sachant que le paysage va se transformer, en s’inondant notamment ? Continuer le modèle agricole en place est déjà une forme de réponse, et c’est une stratégie également utilisée par Michel Corajoud. Dans son texte, Le paysage, c’est l’endroit où le ciel et la terre

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«Les paysages historiques à la fois restituent, parce qu’ils parlent infiniment d’un lieu, mais aussi ils anticipent, parce qu’ils rassemblent et résument ce qui se passe en d’autres lieux.» Michel Corajoud.


se touchent, Corajoud définit les paysages agricoles comme un

Ces théories m’ont été particulièrement utiles pour le projet car

«feuillet d’histoire» dans le sens où ces derniers sont le fruit

elles m’ont permis de m’intéresser au modèle des bandes boi-

d’une recherche très longue de l’homme pour maîtriser son

sées qui existaient autour du site, puis dans un second temps,

environnement, mais aussi parce qu’ils représentent des outils

elles m’ont encouragé à les réinterroger pour mon intervention.

pour le futur. «Les paysages historiques à la fois restituent, parce qu’ils parlent infiniment d’un lieu, mais aussi ils anticipent, parce qu’ils rassemblent et résument ce qui se passe en d’autres lieux.» Comme il l’explique entre les lignes, son but n’est pas de perpétuer un modèle ancien, ce dont il se défend, mais de construire son projet sur les bases de ce modèle qui lui semblent pertinentes dans son intervention. « Ce qui, pour moi, reste vrai, c’est qu’en regardant les paysages de nature et les paysages historiques je peux encore faire la synthèse de leurs différentes transitions, je suis capable d’assumer l’éparpillement des données sensibles et de garder le fil des choses. Et s’ils engagent mes intentions, c’est parce qu’ils me concernent et que je trouve en moi le complément de ce que je regarde.»

5. CORAJOUD Michel, http://corajoudmichel.nerim.net/10textes/ 01lepaysageest.

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LA STRATÉGIE DE L’INTERVALLE CHEZ SCARPA L’intervention autour du Dancing Woodpecker est une partie délicate du projet. Cela pose deux questions fondamentales : comment intervenir autour d’un élément ancien qui fait partie du patrimoine historique de la région, et comment intervenir sur une oeuvre d’art ? Je propose dans ce projet d’intervenir avec l’intervalle, à différentes échelles. Pour cela, je me réfère aux outils d’intervention de Carlo Scarpa et plus précisément à ceux utilisés au Castelvecchio, à Vérone. Dans ce bêtiment, Scarpa vient rajouter une nouvelle couche en discontinuité avec les précédentes. Pour ce faire, il utilise l’intervalle entre le projet et l’ancien. La travée du gran cande au castelvecchio est éloquente car elle présente et explique clairement la confrontation entre deux constructions. Scarpa ne se contente pas de laisser un intervalle entre les deux, il explique également la prédominance d’un bâtiment sur l’autre, en l’occurence celui de gauche ici, par la forme des édifices, la différence de matériaux, la juxtaposition des formes.

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En haut, l’intervalle le plus important du musée, la travée du gran cande. On souligne entre autre l’intervalle, le contraste de matériaux, et une juxtaposition de formes.


Dans le cas du woodpecker, l’intervalle est un moyen à la fois d’intervenir auprès de l’ancien dancing, mais de le mettre en valeur. Le modèle des bandes est adapté à cette stratégie car il peut justement se décliner sur le mode de l’intervalle, en les rapprochant. Cet intervalle est aussi un moyen de rapprocher deux géométries différentes : des bandes et un cercle, et de créer ainsi une discontinuité qui va renforcer l’identité de chaque modèle.

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LA SÉQUENCE D’ENTRÉE D’OBSERVATORY DE ROBERT MORRIS Nous avons déjà en première partie évoqué la faiblesse de la séquence d’entrée existante dans le dancing Woodpecker. Ce constat nous incite à étudier de plus près une séquence d’entrée plus forte phénoménologiquement, la séquence d’entrée d’Observatory de Robert Morris. Danc cette oeuvre, avant de pénétrer dans le cercle intérieur, qui est le lieu majeur du dispostif, le visiteur pénètre dans un premier cercle. Ce dernier comporte plusieurs brêches qui ouvrent le lieu sur le paysage extérieur par endroits. Cette partie de la séquence d’entrée est essentielle car elle fait comprendre au visiteur que c’est le rapport à l’environnement qui importe dans l’oeuvre. En cela, elle prépare le phénomène à l’intérieur du dernier cercle, évoqué plus haut, la sensation d’une proximité avec l’infini.

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ENSAPL / ARCHITECTURE / DOMAINE HISTOIRE THÉORIE PROJET / SEMESTRE PRINTEMPS 2016 / ATELIER P.LEJARRE-B.LEBOUDEC / PAUL LEFEBVRE / PFE

ENSAPL / ARCHITECTURE / DOMAINE HISTOIRE THÉORIE PROJET / SEMESTRE PRINTEMPS 2016 / ATELIER P.LEJARRE-B.LEBOUDEC / PAUL LEFEBVRE / PFE

Vue depuis l’intervalle entre le cercle intérieur et le cercle extérieur d’Observatory. Nous ne sommes pas encore rattaché à «l’infini» mais nous comprenons que l’oeuvre est associé à son environnement.. En dessous, vue depuis le cercle intérieur.

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GRANDES ORIENTATIONS DU PROJET

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S’INSCRIRE DANS LE PAYSAGE D’ENTRÉE DE VILLE Fort des constats énoncés en première partie, la première grande intervention que je propose est de traiter l’entrée de ville le long de la Vialle Nullo Baldini. Rappelons que les principaux défauts constatés de l’entrée actuelle sont la monotonie et l’opacité du front végétal formé par le boisement du woodpecker. Face à cela, pour nourrir le projet, nous venons puiser dans un modèle local, les bandes boisées et les haies brises-vents qui sont une figure typique du paysage des entrées des lido, les villes balnéaires locales. Ceci est visible dans les vues aériennes en première partie du mémoire. L’intérêt de reprendre ce tracé de bandes peut se décliner en trois thèmes. D’abord, le thème de la traversée séquencée, transversalement à ces bandes, puis l’ouverture sur le grand paysage, particulièrement intéressante dans notre site car elle montre les Appenins, et enfin, l’effet de mise en scène des éléments dans l’intervalle de ces bandes. Nous nous intéressons également à la lisière de la pinède, située le long de l’entrée de ville, qui présente non seulement un intérêt écologique, supérieur au cœur de la pinède, mais aussi un

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Projet du 26 Mai 2016

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intérêt paysager, de par la variété des essences qu’elle contient. Ces deux composantes réunies, les bandes et la lisière, offrent la possibilité de créer un ensemble aménagé uni de la forme d’un plan en peigne. Ce plan est unifié par un faisceau de voies parallèles qui pénètrent progressivement dans les boisements. Passé ce faisceau et la lisière, nous passons à travers les dents du peigne qui sont des éléments qui permettent d’organiser non seulement le parc agricole mais l’approche du Dancing Woodpecker.

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S’INSCRIRE DANS LE PROLONGEMENT D’UNE GÉOMÉTRIE TERRITORIALE Si la forme principale du plan proposé est celle d’un plan en peigne, l’objet de l’intervention étant l’entrée de ville, ce plan prend place dans un plan beaucoups plus vaste, qui est la grille héritée de la centuriation (voir première partie). Dans notre site, le principe fort restant de la centuriation est qu’il y a plusieurs voies parallèles qui traversent littéralement le territoire de façon uniforme avec pour seule direction le littoral. Ces voies n’ont pourtant pas des identités semblables, vu qu’elles traversent des lieux différents. Sur le site, on observe qu’une d’entre elle longe une courbe du fleuve Savio, qu’une autre fait figure d’entrée de ville pour Lido Di Savio, et qu’une autre est caractérisée par la lisière entre le boisement et les champs, un belvédère sur les Appenins, et une entrée dans la pinède historique. Ainsi, chaque voie a une identité spécifique et on comprend que le fait de passer d’une voie à l’autre, perpendiculairement, implique un changement de situation. Par exemple, habiter le long de l’entrée de ville n’est pas la même chose qu’habiter le long du belvédère. Ces différences de situations sont prises en compte dans le pro-

Voies secondaires et points d’intérêt traversés

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jet. Bien que le projet de plan en peigne est un ensemble uni et délimitable, ses parties sont situées en fonction de sa place dans

N Vers la pinède historique

la grande grille territoriale. Le projet est ainsi compréhensible en trois temps, d’Ouest en

chemin qui longe le fleuve Savio et la lisière avec leschamps, et le troisième temps qui est plus tourné vers la pinède historique.

Calme

Woodpecker, le deuxième temps qui fait la jonction entre le

Inte nsit é

Est. Le premier temps qui encadre et met en scène le dancing Du fleuve aux champs

Il est aussi compréhensible en deux côtés, le côté Nord et le côté Sud. Le côté nord, proche des flux de circulation de l’entrée de ville et des lieux de loisir ou de réunion, est caractérisé par une ambiance plutôt intense et sociale. Le côté Sud relève quant

Autour du Woodpecker

à lui d’une ambiance plus calme et propice à la concentration. Il est d’ailleurs marqué par les lieux d’étude des chercheurs (champs, pinède historique, pôle de ressources documentaires, et arboretum) et le paysage des Appenins. L’emplacement du pôle de ressources documentaires est également cohérent avec l’échelle territoriale. Tout d’abord, c’est un programme qui s’installe dans l’ancienne ferme Massona qui

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Intensité au Nord, calme au Sud 3 temps dans la séquence


était sans nulle doute la ferme qui cultivait l’ancienne parcelle agricole qu’occupe actuellement le boisement d’exploitation. On peut encore lire le réseau de chemin dans lequel prenait place la ferme, et qui la reliait au fermes voisines. Or le pôle de ressources documentaires est surout destiné à apporter des ressources aux agriculteurs locaux afin de leur permettre de s’orienter vers des méthodes d’agriculture durable. C’est pourquoi ce lien de voisinage est réutilisé.

Un prolongement de la liaison entre les fermes

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RENFORCER LA SINGULARITÉ DU WOODPECKER Chaque partie de l’ensemble est formé de bandes qui s’adaptent différemment en fonction de la situation. Autour du Woodpecker, des bandes cultivées et boisées font office de cadres qui mettent en scène, par la latéralité et par une opposition de formes (rectangles contre cercle) la parcelle du woodpecker. Les bandes boisées ont aussi pour fonction de délimiter clairement cette parcelle qui correspond, au niveau du programme, au pôle culturel et pédagogique du parc (visiteurs, classes vertes, centre de ressources documentaires), et de lui donner une échelle territoriale. En même temps que les bandes encadrent et mettent en exergue le dancing Woodpecker, elles permettent aussi de dissimuler les divers équipements bâtis du pôle pédagogique et culturel du parc, afin de laisser la plus grande clarté possible aux bâtiments existants. Vient ensuite l’approche du cercle taluté. Le woodpecker est un lieu riche et singulier, adapté à des spectacles et animations à but pédagogique. Mais alors comment lui donner place dans le site ? Il faut pour répondre à cette question étudier la séquence

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La mise en scène du Woodpecker


d’entrée de l’oeuvre, en la comparant à celle de Observatory.

inappropriée come nous l’avons analysé.

Comme nous l’avons analysé en deuxième partie, on n’entre pas

Le projet consiste donc à reproduire discrètement, c’est à dire,

directement dans le cercle central d’Observatory mais on fran-

sans se confondre avec l’oeuvre originale, cette antichambre. Un

chit d’abord un premier cercle ouvert sur l’extérieur. On entre

intervalle est donc aménagé autour du dancing et délimité non

ainsi dans une antichambre qui prépare à l’entrée dans le centre.

pas par un talus de terre mais par les roseaux alentours. Cette

Ce dispositif est important car il permet d’ancrer Observatory

séquence vient s’intercaler entre le dancing et le dispositif d’en-

dans son site. Dans le cas du dancing actuel, cette entrée est

trée dissimulé au coeur des bandes latérales au dancing.

Esquisse de principe de l’antichambre du Woodpecker. Au fond, l’ancienne ferme Massona

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UTILISER UN MODÈLE PAYSAGER FORT LE MODÈLE AGRICOLE ET SA PERMANENCE Nous avons déjà évoqué les qualités qu’offrent ce paysage de bandes. La principale étant sa permanence dans le paysage, vérifiée par des siècles d’utilisation dans le territoire. Cette permanence tient beaucoup au fait que c’est un modèle qui fonctionne sur un principe unique très simple, une bande de 40 mètre de large délimitée par des haies brise-vent. Ensuite ce modèle très fort a la particularité de pouvoir se décliner sur différents thèmes comme nous l’avons déjà expliqué : traversée séquencée, ouverture sur le paysage, mise en scène. La mise en scène ayant déjà été utilisée pour le woodpecker. La deuxième partie du parc est, quant à elle, marquée par la transition entre le fleuve et les champs. Entre une situation marqué par la longitudinalité (fleuve, canal, voies) et une situation ouverte sur le grand paysage. C’est pourquoi les bandes se trouvent alignées au nord tandis qu’elles deviennent saillantes au Sud pour s’ouvrir sur le grand paysage. La troisième partie, comme nous l’avons dit, est tournée vers la pinède historique. Ses bandes se déclinent donc de manière à former une séquence à l’approche de la pinède historique.

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Traversée séquencée, ouverture sur le paysage, mise en scène


AMÉNAGER ET HABITER LE BOISEMENT Le projet met volontairement en cause l’intégrité du boisement d’exploitation, pour les raisons énoncées en première partie du mémoire. Mais le boisement en lui-même est exploité pour le projet au profit d’un nouvel ensemble créé, le plan en peigne. Il faut rappeler que certaines qualités sont conservées de ce boisement. D’abord sa lisière nord le long de l’entrée de ville, qui par sa variété est un élément intéressant qui endosse un rôle d’épine dorsale dans le nouveau projet. Puis le boisement assure différentes fonctions comme protéger les espaces habités et les cultures du vent, dissimuler des bâtiments, «préverdir» l’entrée de ville, et délimiter l’espace public et l’espace privé. L’habitat dans le boisement s’organise sur des principes répétitifs. Le boisement est dégagé en partie sur une bande de 40 mètres de large environ, pour des raisons pratiques liées au chantier. Cette coupe d’arbres a pour but de créer une densité d’arbres beaucoups plus aérée, sur le modèle de la cité-jardin de Milano Marrittima, un urbanisme mélangeant étroitement l’espace public et les pins maritimes. Le boisemement est également, de façon plus générale, utilisé

La forme urbaine de Milano Marrittima dans les années 70 : des espaces publics et des pins confondus

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comme un préverdissement. C’est à dire qu’il va fixer, le temps que les arbres grandissent et que les constructions se fassent, le dessin de l’aménagement projeté, de manière à assurer la pérennité de ce dessin. Cette technique est utilisée dans les projets paysagers de Michel Desvignes.

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Principes de préverdissement de Michel Desvigne


CONCLUSION Le woodpecker est un lieu riche et singulier, qui grâce au boisment qui l’entoure et à la route d’entrée de ville, a l’opportunité de diffuser ses qualités sur un plus large rayon. C’est la volonté de ce projet que d’activer cette opportunité. L’autre richesse que j’ai pu constater dans ce projet, c’est le potentiel des bandes agricoles. On peut très bien imaginer étendre ou exporter ce système, en le réinterprétant. Cela en fait un outil pour d’autres sites. Durant cette étape de rédaction du mémoire, j’ai pu consolider mon expérience dans la façon d’intervenir sur un patrimoine historique et/ou artistique. De plus, j’en ai appris plus sur des domaines voisins à l’architecture, l’urbanisme et le paysage. Ce projet est pour moi dans tous les cas un enrichissement car j’ai pu y développer un positionnement très personnel. Il va sûrement en cela me guider pour mes projets futurs.

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BIBLIOGRAPHIE / SITOGRAPHIE - BENEVOLO L., L’histoire de la ville, ed. Parenthèses, 1995, Paris - ROUILLARD Dominique, Superarchitecture, p.15-16, ed. de La Vilette, 2004, Paris - TIBERGHIEN Gilles, Land Art, ed. Dominique Carré, 2012, Paris - Secchi et Vigano. Plaquette Bruxelles 2040 Studio 012, 19 Mars 2012. www.adt-ato.brussels - CORAJOUD Michel, http://corajoudmichel.nerim.net/10textes/ 01lepaysageest. Ceci, sans compter les nombreuses conférences de Mr Lejarre et de Mr Le Boudec qui nous ont apporté des connaissances très utiles pour le projet.

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REMERCIEMENTS Je tiens à remercier les enseignants Pascal Lejarre et Bertrand Le Boudec pour leur accompagnement durant le semestre, ainsi que ma binôme de travail Gabriela Gomez Ortega, pour tous les effort et les idées qu’elle a apporté dans ce projet. Je remercie également Audrey Weber pour ses critiques constructives et sa relecture de ce mémoire.

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Du Dancing woodpecker à Milano Marittima, une séquence d'entrée de ville (mémoire)  

(From Woodpecker Dancing to Milano Marittima, an entry sequence (master thesis)) Master thesis that accompany the presentation. ENSAPL. 2015...

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