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LUX, LUCE, LUCCIOLE

Pauline VIERNE DSAA Créateur Concepteur Design Textile 2011-2013


SOMMAIRE

avant-propos

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démarche de projet

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introduction

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lumière, perception & fixation

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lumière sur la perception * Fonctionnement de la vision

lumière photographique * De l’image éphémère du réel à sa fixation


lumière, énergie, économie constats * L a crise énergétique mondiale ** Une prise de conscience écologique nécessaire *** Une humanité lancée dans la surconsommation **** Quels besoins pour l’humanité ?

solutions/ quels changements ? * Enjeux ** Cessons le gaspillage *** Solidarité et contribution **** Prospectives énergétiques

lumière, pourquoi l’énergie solaire ? * État des lieux ** Du fantasme à la réalité *** Usages et création

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SOMMAIRE

lumière, besoin, expérience, interaction lumière, un besoin vital * Certaines espèces créent leur propre lumière ** Influence de la lumière sur l’homme *** Finesse sensorielle nocturne **** Entre ombre et lumière ***** Suppléer la lumière naturelle

lumière, une plasticité à expérimenter * Light Show LUMIÈRE, POURQUOI LE TEXTILE ET LE VÊTEMENT ?

lumière interactive * Lumière signal ** Lumière en réception, déclencheur de l’émission *** Lumière en émission

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VERS LE PROJET

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* Anatoli Vlassov ** L’envers du dehors *** Quelques références supplémentaires **** «Stériles»

ANNEXES

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SOURCES

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UN GRAND MERCI À

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AVANT-PROPOS Tout a commencé par une luciole.

Sortie d’un tombeau ou en groupe au dessus d’une rivière portée au gré du vent. Une lumière faible et mouvante, libre et vitale, voici mon inspiration initiale.

Imprégnée de culture japonaise et nourrie de sensations lumineuses, je déambule au sein d’un vaste complexe entre ombre et lumière. Expériences autour des nouvelles technologies, des LEDs, de réseaux de création alternatifs ou encore de régisseur lumière...

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DÉMARCHE DE PROJET Pour le projet que je vais mener dans la continuité de ce mémoire j’envisage de travailler en tant que chercheur, dans l’idée de la rencontre et du partage entre différentes disciplines. En effet, durant cette première partie de l’année j’ai rencontré des gens que l’on nomme « hackers », mais aussi des ingénieurs, programmateurs, ou encore une designer critique... Tout ce monde se réunit chaque mercredi soir à la Black Boxe pour échanger autour de projets, de faits d’actualité, de développements technologiques, etc. Une véritable émulsion se crée, j’y retrouve toujours des gens qui partagent les mêmes préoccupations que moi !

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DÉMARCHE DE PROJET

Black Boxe La Black Boxe, est un espace fondé sur le principe fort du partage. Le partage des informations, le fait de rendre public chaque développement, de mettre à la portée de tout intéressé les nouvelles technologies. Un tel discours donne une idée différente de la création industrielle. Il prône ici un fonctionnement inverse à celui communément adopté pas les grosses entreprises. Il ne s’agit pas de chercher à exercer un quelconque monopole en déposant des brevets, en cachant l’innovation, gardant le secret technologique. C’est le terme « hacker » qui reprend son sens ici. Un hacker est effectivement quelqu’un qui va s’intéresser au fonctionnement des objets. Chercher à savoir ce qui les composent, comprendre comment ils fonctionnent. L’apprentissage du monde technologique dans lequel nous évoluons va permettre de se créer un monde en adéquation à ce que l’on souhaite. Le hacker se définit alors comme quelqu’un qui va se servir de toute cette technologie à des fins créatives. L’image présentée ici est en ce sens très éloignée de celle évoquée dans les médias de détourneurs de fonds... 16

L’ « open-source », logiciel libre et gratuit, illustre à merveille l’idée de la technologie accessible à tous. Les tutoriels et les retours sur expérience inondent les sites spécialisés, les forums ou encore youtube. L’expression DO IT YOURSELF découle de cette pratique du partage et de l’accessibilité : à vous de jouer ! Comme une invitation à se dépasser... L’aspect froid et impersonnel de l’espace numérique s’efface derrière la chaleur humaine de l’échange. DO IT TOGETHER, incitation à se retrouver autour d’un projet qui nous interpelle.

Maurin Donneaud À l’origine de mon arrivée à la Black Boxe il y avait l’envie de rencontrer un certain designer d’interaction, spécialisé dans le textile : Maurin Donneaud. Il conçoit des textiles fonctionnels et intelligents, qui vont notamment changer de forme, de couleur, d’odeur, ou produire de la musique. Il est animé par la conviction que les procédés textiles, et particulièrement le tissage, permettent d’insuffler dans le domaine électro-numérique plus de poésie qu’à l’accoutumé.


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Il dit ainsi : « Si le principe de programmation mécanique a révolutionné la technique du tissage, le tissage a lui aussi tenu une place prépondérante dans l’apparition de la programmation informatique. En effet, les premières mémoires informatiques se présentaient sous forme de cartes tissées. Aujourd’hui, cette association textileélectronique semble pouvoir concilier des valeurs traditionnelles et technologiques pour créer des objets qui conservent une forte charge émotionnelle. La sophistication de nouvelles membranes textiles offre un véritable potentiel innovant qui permet d’apporter des solutions efficaces et séduisantes là où d’autres approches échouent par des méthodes traditionnelles. La miniaturisation des composants électroniques permet aujourd’hui d’imaginer des textiles qui interagissent avec leur environnement. L’électronique intégrée au vêtement ou l’ordinateur vestimentaire est un domaine émergent exploré par de nombreux acteurs. Dans ce contexte, la question ne se limite plus seulement à des développements ou transferts technologiques mais suppose aussi une réflexion sur l’évolution de nos usages. En effet, la technologie ne peut pas évoluer sans influencer nos pratiques. À l’inverse, bien que considérés comme un frein à l’innovation, nos habitudes doivent être étudiées et respectées afin que la technologie trouve sa place en conservant une certaine humanité. C’est dans cette dualité-même que le designer a son rôle à jouer en accompagnant la recherche scientifique. »

Dans son travail Maurin Donneaud crée des ponts entre les pratiques artistiques et scientifiques. Ce que certains découvrent, d’autres l’exploitent en l’alimentant de pratiques. C’est cet aller-retour entre sciences/techniques et art ou design qui m’intéresse ici. Comment le designer contemporain peut-il aider les technologies à trouver un sens ? Une application formelle innovante ? C’est également le sujet de la LED aujourd’hui, on cherche à lui faire reproduire les effets lumineux, en terme de puissance et d’éclairement, des sources lumineuses qui lui ont précédé. Sauf que justement la LED au départ est un composant électronique qui a pour but de signaler, c’est un voyant lumineux. Alors pourquoi chercher à en détourner la fonction ? Si on se base sur l’argument de l’économie d’énergie il faut maintenant que des gens s’appliquent à trouver sa forme, notamment dans la direction de la lumière...


INTRODUCTION La lumière se définit diversement. « ce qui éclaire et qui rend les corps visibles » « énergie émanant d’un corps agissant sur la rétine de manière à rendre les choses visibles » « lumière de luminare « qui produit de la lumière » » dans le rapport à la production : « créer, faire exister », « se montrer », « causer, amener par son action ». Il est question de cette énergie lumineuse que l’on reçoit, qui nous fait vivre et ressentir. Sans laquelle nous ne serions rien. Peut-on utiliser / valoriser les capacités énergétiques de la lumière naturelle ? De même que le sujet porte sur la lumière que l’on utilise, celle que l’on émet pour nos activités, nos plaisirs ou encore notre sécurité. Peut-on envisager une lumière-éclairage mieux répartie, mieux adaptée aux besoins de l’homme ? Il va s’agir dans ce qui suit de cheminer à travers les différents visages d’une même lumière, d’en entrevoir et, parfois, en tester les possibilités et les limites au travers de pratiques spécifiques.

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LUMIÈRE, PERCEPTION & FIXATION L’histoire de l’optique correspond à des siècles de découvertes sur la nature ondulatoire de la lumière. Entre sciences, astronomie, philosophie et art, cette histoire raconte comment des savants, des prêtres et des magiciens ont su mettre à profit le potentiel de la lumière à reproduire le réel, ou à créer des visions magique, onirique et mystique. De la stimulation de l’imaginaire à la capture de l’éphémère réalisé par l’impression de la trace lumineuse, de la création de vision au souvenir d’un moment vécu. Le secret de la photographie prend son origine dans la compréhension du fonctionnement de l’oeil. De l’onde voyageuse au corps saisi la lumière est complémentaire.

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LUMIÈRE SUR LA PERCEPTION *Fonctionnement de la vision

« Nous saurions beaucoup de choses si nous savions ce qu’est un rayon lumineux. »

La recherche en optique correspond à la compréhension du fonctionnement de la vision. Comment la lumière entre dans l’oeil pour y créer la vision d’un objet ? Question que l’humanité se pose depuis le Vème siècle avant Jésus-Christ. Ainsi dès cette époque on imagine deux théories pour expliquer la vision : - la théorie des émissions formulée par les mathématiciens, dans la lignée de Pythagore, comme Euclide, Ptolémée et Al-Kindi, selon laquelle la vision est assurée par un rayon émis à partir de l’oeil vers l’objet invisible ;

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- la théorie de l’intromission défendue par Démocrite, Aristote et les partisans de la philosophie naturelle selon laquelle la vision est assurée par une forme en provenance de l’objet observé et dirigée vers l’oeil.

Louis de Broglie


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Un homme, pionnier dans l’étude de la lumière, considéré aujourd’hui comme étant le père de l’optique moderne, l’iranien Ibn al-Haytham (9651039), ou Alhazen, déclare dans le livre I de son Traité de l’Optique : « Ces deux théories semblent diverger et se contredire l’une l’autre si elles sont prises au pied de la lettre. Cependant, si l’on examine chacune des deux différentes doctrines, il existe deux hypothèses, soit l’une d’entre elle est vraie et l’autre fausse, soit elles sont toutes les deux fausses, la vérité étant à rechercher dans une théorie qui n’est aucune des deux, ou encore toutes les deux peuvent conduire à une autre doctrine qui serait la bonne ... Cela étant le cas... et parce que la manière dont fonctionne la vision n’a pas été vérifiée, nous avons cru approprié de porter toute notre attention sur ce sujet et de nous appliquer sérieusement à l’examiner, et de nous enquérir avec diligence de sa nature. »

Paroles d’un homme exceptionnel, mathématicien, physicien, philosophe, à la fois premier ingénieur et premier astronome de l’histoire de l’humanité ; il a prouvé par sa démarche sceptique et expérimentale (la méthode scientifique d’aujourdhui) que : - « la lumière directe blesse l’oeil » - l’oeil n’émet pas de rayon lumineux sinon pourquoi ne voit-on pas la nuit ? - la lumière de la lune vient du soleil - les objets renvoient la lumière du soleil vers l’oeil - la lumière voyage dans l’espace de manière rectiligne Dire de la lumière qu’elle « blesse » l’oeil constitue l’affirmation d’une lumière étrangère à l’individu. La souffrance de l’oeil qui regarde un objet induit le fait qu’il n’y a rien qui aille de l’oeil vers l’objet. Ce fait confirme d’autre part une vieille croyance populaire, selon laquelle « on ne peut regarder Dieu ni le Soleil en face ». Il va même encore plus loin dans cette conception, en disant que l’oeil continue à voir, même fermé, après une forte impression lumineuse.

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LUMIÈRE PHOTOGRAPHIQUE *De l’image éphémère du réel à sa fixation

Alhazen est également le premier à décrire le principe de la camera obscura, dans ses travaux d’astronome, notamment lors de sa découverte sur le voyage de la lumière en ligne droite. Il s’avère que quand une partie des rayons réfléchis par un objet lumineux passe par un trou minuscule percé dans une boîte, ils ne se dispersent pas mais croisent et reforment une image inversée sur la face opposée. Il aurait même établi que plus le trou sera petit, plus l’image sera nette. Si historiquement la première application concrète est attribuée à Léonard de Vinci, Codex Atlanticus, le physicien italien Giambattista Della Porta aurait, le premier, ajouté une lentille au dispositif, en 1589, créant ainsi le premier appareil photographique... Ce savoir technique n’est en fait que le principe même de la formation de la vision dans l’oeil : le cristallin joue le rôle d’objectif et la pupille de diaphragme automatique.

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Dès le XVI , et surtout au XVII , la chambre noire, alors de grandes dimensions, est souvent utilisée par les peintres comme « machines à dessiner ». Elle permet en effet de saisir directement la perspective d’une « vue » ; procédé employé par Canaletto et les vedutisti. Apparaissent alors des chambres noires portatives, dans lesquelles l’ouverture garnie d’une lentille convergente est élargie. Les images obtenues sont ainsi plus lumineuses et plus nettes même si elles doivent être reçues à une distance bien déterminée de la lentille. Ainsi commence la photographie !

En pratique le sténopée n’est qu’une chambre noire dans laquelle est placée, sur la face oppoplanche de l’Encyclopédie sée au trou, une surface photosensible pour fixer Universelle de D’Alembert et l’image. Diderot sur l’optique

Les avantages du sténopée en termes de largeur et de profondeur de champ sont exploités par de nombreux artistes tels que Paolo Gioli ou Ruth Thorne-Thomsen.

Image fond : Ruth Thorne-Thomsen, Levitating Man, Wisconsin,1983, série the Door Droite haut :

Ruth Thorne-Thomsen, Chair Over Point, Wisconsin,1983, série the Door

Droite bas :

Paolo Gioli, Veduta maledetta, 1986, série Natura Obscura

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Le sténopée revisité par Adam Franck - vue extérieure et projection intérieure

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**Pratique Photographique

Pour commencer ma recherche sur la lumière et ce qu’elle permet de faire, j’ai expérimenté moimême le sténopée : à partir de boîtes dans lesquelles était disposé un papier photosensible. (photos pages suivantes) Je voulais comprendre le fonctionnement, doser la lumière qui entrait dans la boîte, en testant différentes expositions de la lumière solaire, au néon en passant par les phares de voitures... Sans numérique ni support électronique j’ai découvert une manière de photographier que j’ignorais.

Les trois photos à droite ont été prises avec l’appareil photo «Mother» en carton téléchargé sur corbis.com/readymech, à imprimer et monter soi-même (image fond). Le dispositif permet de travailler sur pellicule, sans aucune indication électronique pour calculer le temps de pose, l’ouverture est fixe et le défilement de la pellicule n’est pas guidé non plus, d’où le décalage visible sur la photo du bas.


La trace conservée, cette image imprimée sur le papier photosensible, illustre à merveille la relation ambiguë entre la lumière et son autre, l’ombre. Il se passe en effet une inversion des contrastes entre le réel et l’image visible sur le négatif : la lumière réelle crée le noir photographique, elle est la brûlure photosensible. En somme la lumière laisse une empreinte de son ombre comme l’écrit Jean-Claude Lemagny : « Dans tout ce qui est là, dans une photographie sous notre regard, il n’y a que de l’ombre et de la lumière. Mais dans un rapport inverse de celui du réel : l’ombre est devenue matérielle et la lumière est absence de grains d’argent. L’image photogra-

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phique tient sa matérialité de celles des ombres, lesquelles n’étaient, dans le photographié, que le manque de lumière. Ce renversement donne son corps à la photographie. (…) Ces modulations d’une matière entre le noir intense d’un métal pur et le blanc d’un rayonnement disparu sont le résultat d’une technique impérative. Malgré toutes ses variations, celle-ci ne peut enfreindre certaines limites car elle manipule une réalité infiniment déliée et versatile, la lumière, qu’elle ne peut connaître que tel un rayon, un jet mince et dirigé et d’une intensité contrôlée. »


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« On doit admettre que l’énergie rayonnante est captée sous forme de corpuscules, qu’on a appelé quanta de lumière ou photons. » De l’onde au corps, soit les deux natures complémentaires de la lumière – la photographie permet la matérialisation d’une onde. Un corps qui signifie l’apparition, la révélation. Jean-Claude Lemagny va plus loin en ajoutant que « pour que la matière vive, il faut qu’elle soit contradictoire en son fond. (…) En photographie ce sont la lumière et l’ombre, la transparence et l’opacité, la douceur des passages ou le contraste,... (…) Et les photographies manifestent au plus haut point cette dualité intérieure qui s’est toujours révélée comme un des principaux moteurs de l’art : le formel et le poétique. L’apollinien et le dionysiaque, chez Nietzsche, l’abstraction et la participation, chez Worringer, sont d’autres façons d’exprimer ce couple fondamental. En photographie il est présent au plus au point. Le formel, car seule subsiste en elle la forme des choses et des gens. Le poétique, parce que tout réalisme d’empreinte convoque ce contact poétique immédiat qui nous relie aux choses et aux gens, ici-bas où nous sommes. Comprenons bien que la qualité qui émane d’une réalité, la présence de sa forme, l’aura de sa poésie, ne sont pas parfums superficiels mais ce qu’il y a, en elle, de plus profond. »

Cette pratique photographique m’a fait sentir la connexion entre l’ombre et la lumière, la complexité de cette relation aussi. Je l’ai vue se matérialiser dans l’inversion réciproque sur mon papier révélé. Progressivement le noir se densifie, jusqu’à ce moment précis où la réaction chimique doit être stoppée. On peut dire que la lumière est une histoire physique, et chimique quand elle devient ombre matérielle. Tout l’enjeu du travail photographique repose donc sur l’équilibre subtil du clair et de l’obscur, du flou et du net, de la forme et de ce que dit une empreinte. S’il est question d’expressivité de la lumière, l’enjeu initial du photographe est de capter une certaine lumière.

JC Lemagny


LUMIÈRE, ÉNERGIE, ÉCONOMIE Cette « capture » de lumière n’est pas valable uniquement en photographie ; s’ouvre maintenant un questionnement énergétique où la lumière semble avoir toute sa place, dans un contexte économique et social éminemment actuel. Il va s’agir d’en souligner les dysfonctionnements pour y projeter des solutions et adopter de nouvelles démarches pour espérer s’ouvrir à un avenir radieux... « Nous sommes aujourd’hui à un virage énergétique, une nouvelle révolution digne de l’ère de l’industrialisation au charbon. »

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CONSTATS

Préface rédigée par Christian Pierret dans l’Atlas des énergies : quels choix pour quel développement ? de Bertrand Barré, Éditions Autrement, 2007. 32


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* L a crise énergétique mondiale I

À l’heure de la crise énergétique mondiale, de nombreuses questions sont soulevées, notamment sur l’utilisation d’énergies renouvelables et la recherche d’énergies propres, pour répondre aux besoins croissants de l’humanité. On parle de la fin de l’économie basée sur l’énergie fossile, de la promesse de la fusion nucléaire et de l’apport des énergies renouvelables. Vers où devons-nous nous orienter ?

renouvellement à rythme si lent qu’il est négligeable

PÉTRÔLE

renouvellement spontané à l’échelle humaine

de STOCK

ÉNERGIES

(fossiles)

de FLUX (renouvelables)

le Soleil en est la source principale

CHARBON l’Attraction de la Lune GAZ

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MARÉES

BIOMASSE

la Radioactivité de la Terre

MATIÈRES FISSILES URANIUM - THORIUM

SOLAIRE

photosynthèse chlorophylienne

ÉOLIEN GÉOTHERMIE

différences de pressions atmosphériques

HYDRAULIQUE L’essentiel de la consommation mondiale d’énergie est assurée aujourd’hui par la combustion de ces énergies malgré leur épuisement inéluctable.

Les principaux défauts reprochés à ces énergies concernent leur intermittence et le prix nécessaire à leur mise en place.

cycle évaporation précipitation de l’eau


CONSTATS

9

6

3

0

* L a crise énergétique mondiale II

« L’énergie, entité flottante universelle, d’où tout émerge et où tout retombe, comme dans un océan. »

33,2 %

27 %

Pétrole

Bien qu’il soit tout à fait intéressant de comparer les différentes sources d’énergie à notre disposition, il semble toutefois crucial de garder à l’esprit qu’elles sont toutes nécessaires. Il s’agit de tirer partie au maximum de leurs qualités propres tout en cherchant à limiter leurs inconvénients spécifiques. Ainsi les combinaisons d’énergies ne seront pas les mêmes selon les pays, en fonction de la géographie, du climat, de la population, du degré d’urbanisation et du niveau technologique.

Charbon

Gaz

Renouvelables

12,9 %

En ce sens un pays richement doté en ressources fossiles aura moins besoin de nucléaire qu’un pays qui en est dépourvu. Mais la sécurité de l’approvisionnement en énergie est toujours renforcée par une diversification des sources et des lieux d’importation.

21,1 % Nucléaire

5,8 %

Biomasse 10 %

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Hydraulique 2,2 % Autres 0,7 %

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Diagramme de l’énergie primaire dans le monde en 2008 extrait de l’Atlas des énergies mondiales de Bertrand Barré et Bernadette MérenneSchoumaker, éditions Autrement, 2011

Il faut enfin penser que la taille des ressources dépend de leur coût d’extraction et de l’état des technologies disponibles pour les valoriser.

Teilhard de Chardin

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L’énergie primaire est celle que l’on recueille dans la nature, on l’utilise rarement sous sa forme brute. Elle est transformée, en électricité ou en carburant par exemple, puis transportée et distribuée sous forme d’énergie finale. L’énergie utile est celle qui sera consommé.


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** Une prise de conscience écologique nécessaire

« La crise écologique fait rouler ses nuages sombres dans le ciel qui s’obscurcit, et Hervé Kempf l’économie signale la fin des temps faciles. On leur avait promis la lune, ils découvrent le bourbier. »

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En 2OOO, 6 millairds d’êtres humains ont 2

consommé 10 Gtep d’énergie primaire ; en 2008, la population a atteint 6,7 milliards et la consommation 12,3 Gtep : le taux de la ccroissance de la consommation a été le double de celui de la croissance démographique. 2

La tep, ou tonne d’équivalent pétrole, est une unité d’énergie utlisée par les économistes. 1,6 tep représente la consommation moyenne d’énergie d’un habitant sur terre. Mtep : millions de tep Gtep : milliards de tep

Entre 2000 et 2008 le taux de croissance de la consommation d’énergie primaire est le double de la croissance démographique. Si toutes les sources d’énergie ont été mises à contribution, seul le charbon a augmenté significativement sa part de marché, de 23,5% à 26,5%. Une croissance brutale, souvent ignorée, qui aggrave la menace de changements climatiques.

« Pour contenir la hausse des températures deçà de 2°C – 2,4°C, qui est selon nos travaux la ligne à ne pas franchir pour ne pas se mettre gravement en danger, il ne nous reste que sept ans pour inverser la courbe mondiale des émissions de gaz à effet de serre. » déclarait en 2008 Rajendra Pachauri, président du GEIC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Evolution du Climat)

« Cette génération doit relever le plus grand défi qu’ait eu à connaître l’humanité : empêcher que la crise écologique, qui est la rencontre de l’espèce avec les limites de la biosphère, s’aggrave et conduise l’humanité au chaos ; sauver la liberté, contre la tentation de l’autorité ; inventer une économie en harmonie avec la planète ; semer les plants de l’avenir pour que les générations prochaines fassent fleurir à leur façon les sociétés du troisième millénaire. Ce n’est pas la fin d’une histoire, c’est le début d’une nouvelle histoire. » Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

Les mots d’ordre sont « urgence écologique », « folie capitaliste » et « justice sociale ». Chez Hervé Kempf c’est l’humain qui est au cœur de la problématique. Il insiste sur le fait que les relations sociales doivent changer au profit d’une solidarité affirmée : « les défis de l’heure exigent de sortir de la logique du profit maximal et individuel pour créer des économies coopératives visant au respect des êtres et de l’environnement naturel ». Tout l’enjeu est là : changer de mode de consommation pour mieux la contrôler.


CONSTATS *** Une humanité lancée dans la surconsommation

Dans Comment les riches détruisent la planète, Hervé Kempf résume l’analyse de l’économiste Thorstein Veblen au sujet de la tendance aux phénomènes de rivalité mimétique qui se joue à une échelle aujourd’hui mondialisée. Selon Veblen, l’économie des sociétés humaines est dominée par « la tendance à rivaliser – à se comparer à autrui pour le rabaisser ». Il s’agit là d’un ressort qui montre combien le but essentiel de la richesse n’est pas de répondre à un besoin matériel, mais d’assurer une « distinction provocante ». On cherche à exhiber les signes d’un statut supérieur à celui de ses congénères. « Dans une société régie par cette loi anthropologique, une partie de la production vise à satisfaire les besoins concrets de l’existence de ses membres. Mais le niveau de production nécessaire à ces fins est assez aisément atteint, et à partir de ce niveau, le surcroît de production est suscité par le désir d’étaler ses richesses afin de se distinguer d’autrui ».

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En d’autres termes l’attitude décrite ici aboutit à une consommation ostentatoire et un gaspillage généralisé. La théorie de Veblen semble expliquer le fonctionnement actuel de la société capitaliste, et la mondialisation permet un essor à l’échelle planétaire à ce « jeu ». Ainsi ce ne sont plus les petits bourgeois de province qui cherchent à imiter les « canons de la bienséances » de Paris, mais aussi les classes moyennes de tous les pays, et particulièrement des pays dits émergents. En se tournant de la sorte vers les pays les plus riches ils pensent trouver le modèle à imiter pour s’assurer une position symbolique ; comme le dit Rajendra Pachauri, président du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Evolution du Climat) : « Les pays en développement ou émergents sont imprégnés par les images de prospérité des pays riches. Leur imaginaire baigne dans la consommation, la culture occidentale. »


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Et c’est ce que confirme Sudha Mahalingam, spécialiste indienne des politiques énergétiques : « Les classes moyennes en Inde voient ces images puissantes à la télévision, le mode de vie occidental, qui est si désirable, ils voient les feuilletons anglais, ils regardent les chaînes Discovery, Travel, ils veulent ça, ils pensent que c’est le bon mode de vie. » Voire en Chine, où un journaliste fait le constat suivant : «La valorisation de l’image qui caractérise la manière de consommer des Chinois, est surtout le fait des nouveaux riches. Ils sont désormais les acteurs principaux de la consommation en Chine. Malgré leur nombre très limité, ce sont qui déclenchent et guident les tendances. » Ainsi s’alimente le moteur de la rivalité ostentatoire, dans des sociétés où se développe aussi une grande inégalité, les plus riches montrent une voie, que la classe moyenne assez nombreuse et prospère aspire à suivre. Gary Gardner, du Worldwatch Institute, estime que « plus d’un quart de la population mondiale appartient maintenant (en 2009) à la classe mondiale des consommateurs – soit des gens qui vivent au niveau de pauvreté européen ou au-dessus. Presque la moitié se trouvent dans les pays en développement ». Ce qui revient à parler de 1,5 milliard dans le monde, dont 750 millions dans ces pays en voie de développement.

Dans le même temps - on l’entend de plus en plus ces derniers temps dans l’actualité - les inégalités se creusent également dans les pays dits riches. 3,5 millions de mal logés, 8,5 millions de pauvres en France en 2010, et des statistiques qui ont toute chance d’être revues à la hausse en 2011 et 2012... La tenue d’une Conférence nationale contre la pauvreté et l’inclusion sociale le 10 décembre 2012 à Paris, des tarifs sociaux étendus pour l’accès à l’énergie, un plan visant à construire 150000 logements sociaux par an pendant 5 ans... Tout cela parle en faits de la présence d’une pauvreté grandissante en France, tandis que certains s’exilent pour échapper au prélèvement fiscal de leur fortune...


CONSTATS **** Quels besoins pour l’humanité ?

La démographie mondiale galopante, surtout soutenue par les pays en développement rapide, et le niveau de vie qui s’élève dans ces mêmes régions induisent un besoin en énergie croissant. L’AIE (Agence Internationale de l’Énergie) prévoit dans un rapport d’octobre 2004 une augmentation de 60% de la demande d’énergie primaire d’ici à 2030, et de 100% d’ici à 2050 - soit une demande mondiale égale à 20 Gtep. Le diagramme à droite présente les différents secteurs consommateurs d’énergie et leur consommation à l’heure actuelle. Il faut savoir que par exemple dans les transports la part du pétrole est de 93,5%, alors que dans l’industrie le mix énergétique est beaucoup plus varié, incluant des énergies renouvelables à 40% alors que les 60% autres sont assumés par le gaz, le pétrole et le charbon, ce dernier restant majoritaire.

36 %

27,2 %

Services Agriculture Résidentiel

Usages non

Industrie

énergétiques

9%

Diagramme des différents secteurs de consommation de l’énergie extrait de l’Atlas des énergies mondiales de Bertrand Barré et Bernadette Mérenne-Schoumaker, éditions Autrement, 2011

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Transport

27,8 %


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Il faut également penser à ce que l’on appelle l’énergie grise, soit le total des apports énergétiques directs et indirects nécessaire à la fabrication et au démantèlement d’un produit. Elle est une donnée fondamentale de l’analyse d’un cycle de vie d’un produit (ACV), ou écobilan qui intègre en outre des facteurs sociaux et écologiques.

Un exemple intéressant de cette énergie que l’on oublie est l’automobile : tout le monde s’accorde à dire que la voiture d’aujourd’hui consomme moins d’énergie et pollue moins qu’avant. Du point de vue du carburant le calcul est véridique, cependant si l’on prend en compte la fabrication des nouvelles technologies embarquées (GPS, ABS, ESP, radio-CD, vitres électriques, etc), les voitures actuelles ont une empreinte écologique largement supérieure à leurs ancêtres. De même avec le bois : traitement, mise en forme, stockage et transport consomment énormément d’énergie fossile.

Illustration de l’ACV prise sur http://www.avnir.org/


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L’éclairage est un point intéressant de la dépense énergétique. S’il n’est finalement pas le plus à mettre en cause dans la consommation énergétique (environ 12% en France tous secteurs confondus), il montre d’autres choses. Et notamment avec ces vues inédites prises de la Terre depuis l’espace, par le nouveau satellite de la NASA, Suomi NPP, et son capteur infrarouge. Il est dit que pour collecter toutes ces images et couvrir la totalité de la surface du globe il aura fallu pas moins de 312 orbites au satellite. Plongée dans l’obscurité de la nuit, notre planète bleue s’illumine de mille feux. Nombreux sont les commentaires élogieux et admiratifs : « Quelle est belle notre Terre vêtue de son habit de lumière » « C’est féérique » vue du Nil photographiée par Suomi NPP

Ces images belles à couper le souffle inspirent l’émerveillement et illustrent parfaitement deux choses :

- les inégalités d’accès à l’énergie entre les continents et notamment les 1,3 milliard de personnes qui manquent d’électricité dans le monde : les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie révélaient en 2011 que 60 % de la population africaine et 20 % de la population asiatique étaient voir ANNEXE – Des Mondes concernées. électriques, exposition à la Fondation EDF, Paris

- la pollution lumineuse qui impacte les écosystèmes autour des grands centres urbains. Kobler, en 2002, en donne une définition : « La pollution lumineuse est le rayonnement lumineux infrarouge, UV et visible émis à l’extérieur ou vers l’extérieur, et qui par sa direction, intensité ou qualité, peut avoir un effet nuisible ou incommodant sur l’homme, sur le paysage ou les écosystèmes. » Des études en détaillent concrètement les effets sur les organismes vivants, sur terre, dans les airs et même sous l’eau, qu’ils soient attirés par la lumière – cas des insectes (99% sont des papillons, des moustiques, des mouches et des coléoptères) et leur phototaxie positive, soit leur attrait pour la lumière qui entraîne leur mort par épuisement ou grillés par sa chaleur –, ou qu’ils la fuient – cas des planaires, invertébrés aquatiques qui présentent une phototaxie négative : leur vitesse de fuite est proportionnelle à l’intensité de la lumière imposée, Teyssède en 1996 –, ou encore qu’ils soient désorientés par elle – cas des oiseaux migrateurs, qui se repèrent grâce à la lumière des étoiles ; lors de leur passage dans les halos urbains, il arrive que cela aille jusqu’à causer la mort de milliers d’oiseaux, comme par exemple en Suisse, dans les années 1970, contre une paroi de glace de la Jungfrau éclairée par un projecteur publicitaire (Bruderer, 2002) .


SOLUTIONS/ QUELS CHANGEMENTS ?

* Enjeux

Les différents enjeux qui émergent de ces constats concernant l’énergie portent à la fois sur la nécessité d’adopter de nouveaux comportements – loin de la dépense et du gaspillage à outrance – et sur la recherche de nouvelles sources d’énergie plus respectueuses de l’environnement et de l’humain. Ce point est primordial puisqu’il est clair que malgré l’effort d’économie d’énergie prêt à être fourni les besoins en énergie de l’humanité ne peuvent pas décroître.

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Face au développement incontrôlé de nos sociétés, l’homme a pris conscience qu’il était nécessaire de concilier progrès économique et développement social sans mettre en danger l’équilibre naturel de la planète. En outre, le domaine d’analyse des conditions d’un développement harmonieux doit s’élargir dans le temps et dans l’espace en intégrant l’ensemble des peuples du monde et en tenant compte des générations futures. Telles sont les bases du développement durable qui «répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs».

L’homme sait depuis toujours que le climat peut perturber son activité mais il sait depuis peu que son activité peut perturber le climat. En effet, l’activité humaine (transport, industrie, consommation domestique, électricité) génère des gaz à effet de serre qui provoquent le réchauffement de la planète. Si aucune mesure corrective n’est engagée, la température moyenne de la Terre augmentera d’environ 5°C et le niveau des océans de 30 à 80 cm d’ici la fin du siècle. Les perturbations climatiques qui en découleront seront dramatiques tant pour l’homme que pour son environnement. Pour relever ce défi mondial, il existe des solutions qui s’appuient sur trois piliers : - la maîtrise de l’énergie - la gestion du cycle du carbone - l’évolution du mix énergétiqe.


** Cessons le gaspillage

L’expression clef est « économie d’énergie ». Pour y parvenir différents points sont à mettre en oeuvre : - accroître les rendements - limiter les situations de consommation ; exemple dans le bâtiment où d’énormes économies sont possibles avec une bonne isolation, une orientation réfléchie et également grâce au choix des matériaux - cesser le gaspillage (il y a déjà une perte de 6% sur les réseaux de distribution français, intrinsèquement liés aux lois de la physique) avec des gestes simples tels que marcher ou prendre les transports en commun au lieu de la voiture, éteindre la lumière en sortant d’une pièce ou encore éteindre les appareils en veille qui représentent 10% de la facture d’électricité des ménages français ! - réparer au lieu de jeter, acheter des produits de sa région, préférer les articles réutilisables (sacs, piles), éviter les emballages inutiles... autant d’actions qui permettent de limiter l’énergie grise.

«Repensons notre consommation», c’est ce que cherche à dire le fabricant de sous-vêtements féminins Triumph Japan. En réaction à la crise énergétique engendrée par Fukushima au Japon et l’arrêt des 50 réacteurs il d’agit de chercher des solutions pour devenir moins énergivore et surtout cesser d’être dépendant du nucléaire. Le Bra Super Cool, présenté pour l’été 2012, contient un matériau qui, placé quelques heures au congélateur, gèle tout en restant doux, affirme l’entreprise, « celle qui le porte ressent ainsi une sensation fraîche sur sa peau ». Ainsi plus besoin de faire tourner les climatiseurs et «oui nous pouvons nous passer de cette énergie incontrôlable». Ce projet restera un manifeste sans commercialisation.


SOLUTIONS/ QUELS CHANGEMENTS ? *** Solidarité et contribution

« De toutes les sources d’énergie, la chaleur humaine est la moins coûteuse... » Anonyme

Le changement passe également par une évolution dans les comportements et les mentalités. On peut ainsi parler de ces nouveaux «consomm’acteurs» qui choisissent de «consommer moins mais mieux». Il s’agit pour eux d’agir sur leur consommation, de manière raisonnée et équitable. On aura alors tendance à favoriser les produits locaux, avec une faible empreinte écologique, pour permettre également à l’agriculteur de toucher un meilleur chiffre d’affaires, en «court-circuitant» la grande distribution. C’est sur ce modèle qu’existent les AMAP - Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne - où les différents acteurs se mettent d’accord sur la quantité et la diversités des denrées à produire. On peut donc parler d’agriculture contributive où l’agriculteur et ses consommateurs deviennent des partenaires.

Reproduire de l’investissement, non seulement financier, mais surtout humain pour sortir de la crise.

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Voilà exactement ce que défend le philosophe Bernard Stiegler à propos d’un changement radical de la façon d’envisager la production et les relations humaines. Appeler à passer “du consumérisme toxique à une économie de la contribution” fait écho à des bouleversements transversaux, vers une démarche globale plus responsable, dirigée par la motivation de la construction d’un monde durable. Il est également question d’entraide généralisée, de participation collective, de partage et de solidarité. Bernard Stiegler explique : « Au 20ème siècle, un nouveau modèle s’est substitué au capitalisme industriel et productiviste du 19ème : le consumérisme, qu’on assimile au Fordisme et qui a cimenté l’opposition producteur/consommateur. Le capitalisme productiviste supposait la prolétarisation des ouvriers. Ceux-ci perdaient tout leur savoir-faire qui était transféré aux machines. Avec le consumérisme, ce sont les consommateurs qui perdent leur savoir-vivre, ce qui constitue la deuxième phase de la prolétarisation. »


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Chez Stiegler, le savoir-vivre, c’est ce qui permet à un homme de pouvoir développer ses propres pratiques sociales, d’avoir un style de vie particulier, une existence qui n’est pas identique à celle de son voisin. « Le problème du capitalisme, c’est qu’il détruit nos existences. Le marketing nous impose nos modes de vie et de pensée. Et cette perte de savoir-faire et de savoir-vivre devient généralisée. Beaucoup d’ingénieurs n’ont plus que des compétences et de moins en moins de connaissances. On peut donc leur faire faire n’importe quoi, c’est très pratique, mais ça peut aussi produire Fukushima. L’exemple ultime de cette prolétarisation totale, c’est Alan Greenspan, l’ancien patron de la Banque fédérale américaine, qui a dit, devant le Congrès américain qu’il ne pouvait pas anticiper la crise financière parce que le système lui avait totalement échappé. » voir ANNEXES

Nous assistons, déplore Stiegler, au règne d’une “économie de l’incurie” dont les acteurs sont frap– L’empathie ou l’expérience pés d’un syndrome de “déresponsabilisation” de l’autre - Biennale de couplé à une démotivation rampante. Saint-Étienne 2013 – Philanthropie et projets durables avec Google – Hackers

Où se situe la solution ? Pour Stiegler, l’heure est venue de passer du capitalisme consumériste à un nouveau modèle industriel : l’économie de la contribution. En 1987, le philosophe organise une exposition au Centre Pompidou : “Les mémoires du futur” où il montra que “le 21ème serait une bibliothèque où les individus seraient mis en ré-

seaux, avec de nouvelles compétences données par des appareils alors inaccessibles.” Depuis, Stiegler a chapeauté la réalisation de logiciels et réfléchit le numérique, convaincu qu’il est, en tant que nouvelle forme d’écriture, un vecteur essentiel de la pensée et de la connaissance. Il a observé de près le mouvement du logiciel 1 libre . C’est de là qu’aurait en partie germé l’idée d’une économie de la contribution. Car dans le “libre”, l’argent n’est plus le moteur principal. Il cède la place à la motivation et la passion, deux valeurs en chute libre dans le modèle consumériste. La question du sens donné aux projets par leurs participants y occupe une place centrale. « Le logiciel libre est en train de gagner la guerre du logiciel, affirme la Commission européenne. Mais pourquoi ça marche ? Parce que c’est un modèle industriel – écrire du code, c’est éminemment industriel – déprolétarisant. Les processus de travail à l’intérieur du libre permettent de reconstituer ce que j’appelle de l’individuation, c’est-à-dire la capacité à se transformer par soimême, à se remettre en question, à être responsable de ce que l’on fait et à échanger avec les autres. Cela fait longtemps, par exemple, que les 2 hackers s’approprient les objets techniques selon des normes qui ne sont pas celles prescrites par le marketing. »

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Selon la définition consacrée, un logiciel est libre lorsque les utilisateurs ont le droit “d’exécuter, de copier, de distribuer, d’étudier, de modifier et d’améliorer le logiciel.” Firefox, OpenOffice ou le système d’exploitation Ubuntu en sont des exemples parmi les plus connus.

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Le hacker, grand artisan de l’Internet tel qu’on le connaît, n’est pas un pirate informatique, mais plutôt un détourneur, qui va utiliser des systèmes ou des objets (technologiques ou non) dans un but que leurs créateurs n’imaginaient pas.


SOLUTIONS/ QUELS CHANGEMENTS ? **** Prospectives énergétiques

Les énergies nouvelles et renouvelables ont un avantage majeur en matière de protection de l’environnement même si leur efficacité économique à court terme n’est pas toujours avérée. En 2001, les éoliennes installées au Danemark - leader du développement éolien - ont permis d’éviter le rejet de 3,5 millions de tonnes de CO2, 6450 tonnes de SO2, 6000 tonnes d’acide azotique et 223 tonnes de cendres volantes. L’éolien est l’énergie la moins polluante avec seulement 9g de CO2 rejeté par kWh *. La biomasse est également intéressante sur ce point car, partant du principe où le bois durant sa croissance a absorbé une quantité de CO2 au moins équivalente à l’émission due à son exploitation, il ne contribue pas au réchauffement climatique. Du côté des énergies fossiles, seul le nucléaire peut rivaliser en émettant 10g de CO2 par kWh. Cependant la production d’électricité grâce au nucléaire génère des déchets radioactifs extrêmement complexes à gérer.

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Par ailleurs la compétitivité des énergies renouvelables s’améliore nettement ces dernières années. A l’exception de l’hydro-électricité, déjà largement exploitée, les énergies renouvelables souffraient de la comparaison économiques avec les sources fossiles. Alors que la France possède le deuxième gisement éolien - ou potentiel venteux - d’Europe, après la Grande-Bretagne, l’électricité éolienne n’est que de 3 %, contre un quart au Danemark ! Aujourd’hui en France il est par ailleurs défendu de produire sa propre énergie, il faut la vendre à EDF, qu’elle rejoigne le réseau national, puis la racheter... une incongruité liée à un vide juridique. Au Danemark même une petite éolienne permet aux particuliers d’être autosuffisants en énergie, avec même l’autorisation de vendre le surplus au réseau.


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De nombreux efforts sont déployés afin de trouver de nouvelles énergies alternatives, de recycler ou développer celles qui existent déjà (par exemple trouver des vents plus forts en hauteur grâce à des éoliennes volantes).

EcoBot III Bristol Robotics Laboratory et Wessex Water, une usine de retraitement des eaux, ont réalisé un robot auto-alimenté aux eaux usées : EcoBot III. Grâce à des batteries microbiennes, il peut utiliser les déchets présents dans ces eaux, comme les matières fécales et autres déjections, afin de produire de l’énergie et de fonctionner seulement grâce à celle-ci. EcoBot III n’utilise qu’1% de l’énergie contenue dans ces eaux usées et pourtant il peut fonctionner jusqu’à sept jours avec ce seul apport. Ce petit robot de 6 kilos ne demande donc qu’à être amélioré pour amorcer une belle génération de robots auto-alimentés !

Blue PetroleumTM Une équipe de chercheurs français et espagnols a trouvé la formule qui permet de fabriquer du pétrole tout en recyclant les rejets de CO2 d’usine. Elle repose sur la culture en usine de micro-algues qui ont besoin, pour se développer, de lumière pour la photosynthèse et de gaz carbonique.

Cette solution organique concentrée est ensuite filtrée pour extraire l’eau et les oméga-3. La pâte résultante de cette opération devient du « Pétrole Artificiel » sous haute pression et haute température. On obtient ainsi en 48 heures ce que la nature a offert en des dizaines de millions d’années. Ce biopétrole a la même capacité à brûler que le pétrole brut. Par conséquent, il pollue en dégageant du gaz carbonique. Son impact sur la planète est cependant moindre que le pétrôle fossile puisqu’il a dépollué en recyclant du CO2 lors de sa conception. L’objectif à terme de cette usine est de produire 230 000 barils de pétrole bleu sur une superficie de 40 hectares. Cela correspond à la consommation de 21 000 français. Selon le fondateur de BFS, la société issue du projet, le N°1 mondial du pétrole fossile Exxon serait prêt à investir massivement dans ce substitut renouvelable et « écolo ». À l’avenir, chaque usine dégageant du CO2 pourrait être couplée à une usine comme celle-ci qui produirait ce pétrole artificiel. Pour le moment la première de ces usines s’étend sur 1 hectare au sud de l’Espagne. À quand le biopétrole à la pompe ?


LUMIÈRE, POURQUOI L’ÉNERGIE SOLAIRE ? * État des lieux

Il existe aujourd’hui deux méthodes pour créer de l’électricité à partir de la lumière solaire : le photovoltaïque et le thermique.

L’Électricité photovoltaïque L’électricité photovoltaïque est produite par transformation d’une partie du rayonnement solaire avec une cellule photovoltaïque, composant électronique qui, exposé à la lumière, génère une tension électrique. Pour faire simple retenons que ce sont ces cellules – constituées aujourd’hui de silicium – qui, regroupées, composent le module photovoltaïque, aussi appelé panneau solaire. De tels modules ont d’abord été utilisés pour alimenter les satellites en orbite, puis des équipements électriques dans des sites isolés (avec batterie de stockage), avant d’en arriver à la production d’électricité sur les réseaux électriques. Cette production est largement subventionnée par obligation de rachat à tarifs fixes et élevés sur le réseau public. Mais si l’installation de ces systèmes va croissante au niveau mondial le total reste encore très marginal.

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De plus, comme il faut beaucoup d’énergie pour réduire la silice en silicium, le photovoltaïque est la source d’énergie renouvelable qui émet le plus de gaz à effet de serre, bien que cela soit négligeable en comparaison avec n’importe quelle source fossile.


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L’Électricité thermodynamique L’électricité solaire thermodynamique est créée grâce à la concentration des rayons solaires en un point, le foyer, par réflexion sur des miroirs. La chaleur dégagée dans ce foyer vaporise un fluide, et la vapeur produite va se détendre dans une turbine qui entraîne un alternateur, avant de se condenser. La concentration peut être ponctuelle, dans des centrales où un champ d’héliostats chauffe la chaudière au sommet d’une tour, ou linéaire, grâce à des réflecteurs paraboliques qui enveloppent partiellement une conduite de fluide colporteur. Dans tous les cas, il faut un site sans nuage car il s’agit de réflexion directe.

En France, malgré le succès de plus petites installations en Corse, le développement du programme solaire thermodynamique a été sérieusement freiné avec l’échec de la centrale expérimentale Thémis construite à Targassonne, et exploitée de 1983 à 1986.

deux installations espagnoles :

vue de la centrale Gemasolar (dessous) et miroirs cylindro-paraboliques d’Andasol (fond)


LUMIÈRE, POURQUOI L’ÉNERGIE SOLAIRE ? ** Du fantasme à la réalité

Mais oui le solaire fait rêver ! Il est dit qu’avec le rayonnement du soleil on aurait la capacité d’alimenter énergétiquement la planète entière ! Sans compter que le soleil joue un rôle pour les autres énergies renouvelables : par les différences de pression atmosphérique il y a l’éolien ; avec la photosynthèse chlorophylienne, la biomasse ; et les cycles d’évaporation de l’eau, l’hydraulique. Toutes sont dépendantes du Soleil. (cf. Constats 1er schéma) L’énergie solaire a un potentiel énorme ! Le magazine Science&Vie le fantasme depuis le siècle dernier en témoignent ces couvertures : à gauche une parution de 1949 qui préfigure, avec 30 ans d’avance, ce que sera la centrale Themis et à droite, en 1977, on étudie le principe de satellites à panneaux de 11 km par 50 km de long destinés à capter l’énergie solaire...

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Cependant bien que l’on pressente que l’énergie solaire soit un ressort puissant, à la capacité énergétique incroyable elle demeure quelque peu inaccessible comme l’explique Bertrand Barré dans Atlas des énergies « Si on couvrait une infime partie – moins de 1% du Sahara de panneaux solaires photovoltaïques, on pourrait produire plus d’électricité que n’en consomme le monde entier (soit environ 20000milliards de kWh/an) en utilisant une énergie solaire « gratuite » et en n’occupant que des surfaces de sol impropres à d’autres usages. Pour résoudre le problème de la nuit, on pourrait même installer la moitié des panneaux dans le désert australien ! Mais, outre le coût astronomique de fabrication de dizaines de kilomètres carrés de panneaux et l’importance de la consommation d’énergie pour les fabriquer, les problèmes de transport de l’électricité sont aujourd’hui insurmontables. La source existe mais elle est inutilisable... aujourd’hui. »

voir ANNEXE – Désertec, un projet pharaonique en plein désert

Voilà le drame du solaire ! Là depuis toujours, énergie de la vie sur Terre et malgré un potentiel inouï et infini, le solaire reste majoritairement inexploitable... Ce sont différents problèmes qui se posent, d’une part en terme de coûts : la fabrication des panneaux photovoltaïques notamment sont très onéreux, et leur fabrication présente un mauvais ACV, mais également sur le sujet du stockage de l’électricité ainsi produite ou de son acheminement . Un autre problème encore concerne

cette fois l’intermittence de la source d’énergie : la nuit les centrales ne fonctionnent pas. Malgré cela, quand on sait que deux tiers de l’énergie finale est utilisée par l’homme sous forme de chaleur il semble que le solaire en tant que source thermique soit tout à fait adapté. D’autre part le stockage de la chaleur n’est pas une grande difficulté : tandis qu’elle est emmagasinée le jour, les matériaux des bâtiments la restituent la nuit et un ballon d’eau chaude bien isolé ne refroidit pas rapidement. En ce sens l’isolation est le complément indispensable de cette énergie solaire thermique. On retrouve ici la problématique des économies d’énergie reposant sur une installation intelligente. C’est le cas des « maisons passives » qui ne perdent que 15 à 20 kWh/m2 par an. Ce type de maison, comme on en trouve à Göteborg en Suède, ne nécessite plus de chauffage. La chaleur complémentaire provient des rayons directs entrants par les fenêtres, de la chaleur humaine et de celle dégagée inévitablement par les lampes et les appareils ménagers. Ainsi le constat d’échec du solaire concerne une demande énergétique de l’ordre planétaire ; cette énergie ne peut-elle pas avoir un véritable intérêt à l’échelle locale ?


LUMIÈRE, POURQUOI L’ÉNERGIE SOLAIRE ? *** Usages et création I

C’est ainsi que sur le continent africain, que l’on sait abondamment pourvu en potentiel solaire, de nombreux projets humanitaires et actions locales se mettent en place pour permettre aux populations isolées de disposer d’électricité en finançant les installations liées à la création d’énergie solaire. Des feux tricolores à Bamako, à l’installation de panneaux phovoltaïques pour une école au Zimbabwe soutenue par le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique), jusqu’au four solaire et aux lampes solaires soutenues par la Croix-Rouge au Mali, les réponses sont diverses et adaptées à des besoins urgents. Il y a ici un véritable enjeu pour le développement des populations.

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Outre ce développement lié à l’accès à l’électricité, les territoires désertiques sont propices à d’autres types d’expérimentations. Ainsi le projet Cummulus a vu le jour au Laboratoire - centre de recherche expérimentale et d’exposition, situé en plein cœur de Paris - et prend sa source dans le désert d’Atacama où le chilien Ciro Najle (architecte et artiste) a travaillé avec son équipe MLab sur la création de capteurs d’humidité atmosphérique. L’équipe du MLab était composée essentiellement d’architectes, mais aussi de chercheurs, météorologues, spécialistes de nuages… Les capteurs qu’ils ont élaborés sont des structures tridimensionnelles faites dans des matériaux textiles expérimentaux. L‘humidité, matérialisée sous forme de brouillard ou de nuages se condense sur le maillage en tissu de ces capteurs avant d’être collectée dans un conteneur plastique. La finalité du projet est bien de récupérer cette eau pour la redistribuer dans les pays en voie de développement. Au fur et à mesure que leurs études ont avancé, l’équipe a conçu une structure textile de plus en plus complexe qui a intégré toutes les fonctions du capteur : captage, collectage & stockage de l’eau.

Le projet présenté au Laboratoire serait la forme idéale de ces capteurs, une «architecture textile», sous la forme d’une œuvre d’art géante en crochet pesant près de 300kg : plus de 12 m de long et 3 m de largeur en fils d’acrylique Cashmilon. Un autre projet lié au milieu désertique : la Solar Sinter dans le désert égyptien réalisé en 2011 par l’allemand Markus Kayser. Adoptant une approche originale où les rayons du soleil remplacent la technologie laser et le sable divers produits chimiques utilisés par certaines imprimantes 3D, Solar Sinter est une machine à énergie solaire permettant de fabriquer des objets en verre. En effet, lorsqu’il est chauffé à son point de fusion puis refroidi, le sable de silice se solidifie en formant du verre opaque.


LUMIÈRE, POURQUOI L’ÉNERGIE SOLAIRE ? *** Usages et création II

Il n’y a pas que dans le désert que l’on s’intéresse au soleil. Dans nos sociétés l’usage de la lumière et de l’énergie solaire permet de répondre aux besoins de réenchantement du quotidien et d’économies d’énergie, notamment dans le domaine de la maison. L’éclairage en est le ressort principal : la lumière naturelle accumulée le jour est redistribuée poétiquement le soir venu. C’est le cas de Coral Lamp (image fond), lampe de nuit à batterie solaire, inspirée des récifs coralliens de Marko Vuckovic. Elle ne consomme pas d’électricité : les plafonniers sont placées sur les panneaux des batteries solaires. Même principe pour Lulu, le luminaire de Design Percept, entièrement autonome, composé de modules photovoltaïques assemblés (droite). On retrouve cette dimension dans Energy Curtain, le rideau des suédois Re-form Studio. Le tissage incorpore des micro panneaux solaires qui diffusent la lumière dans les fibres optiques. Ou comment un tissu occultant devient diffusant. (droite droite)

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Enfin, la lumière solaire peut nous rendre «nomade». En effet qui ne vit pas dans la crainte de se retrouver sans batterie, le smartphone inerte, au pire moment ? La recherche de l’autonomie est ainsi soutenue par le développement des accessoires à énergie solaire, comme cette batterie rechargée au soleil à laquelle il ne suffit que de brancher l’iphone. Des chercheurs en nanotechnologies de l’Université de l’Utah ont mis au point Exotic Solar, une recharge à base de cellules photovoltaïques incluses dans du textile (elles peuvent en être enlevés pour le lavage). Ces recharges peuvent être facilement accrochées aux vêtement ou sac à dos, sans gène et sans poids. Une autre manière de vivre la mobilité.

Dans un esprit plus mode, l’agence de design danoise Diffus a crée Solar Handbag. Cet accessoire de luxe est issu de la rencontre entre la technologie photovoltaïque et le savoir-faire de broderie de Forster Rohners pour les textiles innovants dans l’alliance de la fonctionnalité et de l’esthétique. Tels de gros sequins, une centaine de cellules solaires siliconées recouvre la surface du sac. Elles sont brodées de fils conducteurs pour transférer l’énergie recueillie à une pile de lithium cachée dans une poche intérieure. Le sac délivre un courant de 2 watts ce qui permet le chargement d’un téléphone mais également l’éclairement de fibres optiques à l’intérieur.


LUMIÈRE, BESOIN, EXPÉRIENCE, INTERACTION La lumière a un impact sur la physiologie et la psychologie humaines ; elle travaille sur l’espace sensoriel de l’homme en provoquant les émotions. Celles-ci sont liées à notre incarnation, au sens où elles sont vécues dans la chair, l’émotion y prend vie liée à la matière. La lumière, dans son intensité, sa qualité, sa direction, sa température influe directement sur les émotions, les comportements et le fonctionnement de l’homme. De nombreux artistes et designers explorent cette relation complexe et riche, en exposant notre être perceptif à des expériences de sensations, dans l’espace, de mise à distance ou à l’inverse en immersion dans la lumière... On a déjà remarqué précédemment que dans le domaine textile, la lumière trouve sa place. Créateurs ou couturiers vont s’intéresser à l’intégration de nouvelles technologies dans les vêtements, pour les rendre fonctionnels, intelligents ou simplement spectaculaires. L’usage de cartes électroniques, de capteurs et d’émetteurs offre la possibilité de rendre le vêtement interactif, presque vivant. Il va réagir à la lumière environnante, au mouvement, à l’humeur...

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LUMIÈRE, UN BESOIN VITAL * Certaines espèces créent leur propre lumière

S’il est convenu de dire que la lumière donne la vie, comment se fait-il que certaines formes de vie créent leur propre lumière ? « La particularité du monde vivant est de produire des actions dirigées qui permettent son développement et son adaptation au milieu environnant. Cela se produit par la combinaison organisée d’éléments nutritifs prélevés dans le milieu, grâce aux réactions enzymatiques du métabolisme cellulaire. » selon la définition du terme « biologie » dans le Dictionnaire culturel du tissu rédigé par Régis Debray et Patrice Hugues. La bioluminescence dans la faune et la flore est utile pour la survie, elle répond à des besoins vitaux fondamentaux : manger et se reproduire.

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Attirer proies et/ou partenaire Le but recherché par exemple par la luciole femelle, quand elle émet sa petite lumière est orienté par la nécessité de l’accouplement. Depuis le sol, par un code lumineux qui lui est propre, elle signale sa présence. Les mâles voletant au ras des blés sont inexorablement attirés par ces signaux. Dans certains cas, pour s’alimenter, la femelle va coder un signal «séduisant», le mâle dupé sera dévoré. Dans les profondeurs abyssales le lampion qu’elle agite est l’outil de chasse de la baudroie. Le mycena chlorophanos est un champignon qui émet de la lumière pour attirer des insectes qui, suite à leur passage, vont disséminer ses spores et permettre sa reproduction...


Se rendre invisible Certains poissons produisent de la lumière bleue ou verte pour se camoufler. Située sous le ventre elle simule la lumière arrivant de la surface, ce qui rend l’individu invisible à ceux du dessous. Quand elle crache une substance luminescente la crevette cherche également à duper le prédateur pour prendre la fuite.

Communiquer Chez certaines bactéries la lumière permet la cohésion de la colonie.


LUMIÈRE, UN BESOIN VITAL ** Influence de la lumière sur l’homme

« Pour les premiers hommes, le lever du soleil éveillait dans l’esprit humain un sentiment de dépendance, d’impuissance, d’espoir, de joie et de foi en des puissances supérieures, source de toute sagesse et origine de toute religion... » L’homme n’est rien sans lumière, le noir retranche le de l’univers puisqu’il ne peut plus le percevoir. Cet état de paralysie est synonyme de mort, l’homme ne peut plus ni percevoir, ni se mouvoir, ni émettre, ni recevoir. L’obscurité est fondamentalement synonyme de danger, de risque et de crainte. Dans le noir, alors qu’il perd la maîtrise du monde, l’homme prend conscience de sa faiblesse, de son impuissance. La nuit c’est l’espace-temps non préhensible. La représentation de la nuit par le noir est la valeur paroxystique de l’angoisse humaine. L’obscurité totale ne crée aucune image visible mais une image suggérée, invisible par le sens de la vision mais pouvant être perçue par le cerveau sous la forme d’une création imaginaire. Ainsi, dans la nuit noire, un lieu et des objets précédemment enregistrés sont réimaginés.

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“Quand, par exemple, le monde des objets clairs et articulés se trouve aboli, notre être perceptif amputé de son monde dessine une spatialité sans choses. C’est ce qui arrive dans la nuit. Elle n’est pas un objet devant moi, elle m’enveloppe, elle pénètre par tous les sens, elle suffoque mes souvenirs, elle efface presque mon identité personnelle. Je ne suis plus retranché dans mon poste perceptif pour voir de là défiler à distance les profils des objets. La nuit est sans profils, elle me touche elle-même et son unité est l’unité mystique du mana. Même des cris ou une lumière lointaine ne la peuplent que vaguement, c’est toute entière qu’elle s’anime, elle est une profondeur pure sans plans, sans surfaces, sans distance d’elle à moi.” Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

Joseph Jobe, Le Grand Livre du Soleil


LUMIÈRE, UN BESOIN VITAL *** Finesse sensorielle nocturne

La nuit tous les chats sont-ils vraiment gris ? Pas à en croire Vincent Van Gogh, qui, en 1888 dans une lettre à son frère Théo, écrit : « La nuit est encore plus richement colorée que le jour, des bleus et des verts les plus intenses. Certaines étoiles sont citronnées, d’autres ont des feux roses, verts, bleus, myosotis. » Il joue cette finesse sensorielle est dans La terrasse du café, le soir, qu’il peint en 1888. La lumière lunaire, faible, se voit bleutée pendant que l’artificielle est puissante et chaude. Il y a un combat entre ces deux forces opposées, l’une symbolisant la continuité, la sérénité, la simplicité, la mélancolie, la poésie, la froideur, la mort et l’autre la vivacité, la complexité, l’instabilité, la matérialité, la chaleur, la vie. L’opposition du bleuté du ciel et de la chaude lumière du réverbère créée une sensation de profondeur, sans recours aux procédés perspectifs ni au modelé : tout est jeux de couleurs, juxtaposition et opposition de tons chauds et froids qui suggèrent ombres et éclats avec d’intenses vibrations. 62


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D’autre part, dans la pénombre, quand l’oeil ne totalise que 20% de la perception sensorielle, ce sont les autres sens qui prennent le relai. La nuit est un espace sensoriel démultiplié. Certaines expériences prennent en compte le fait que les autres sens se développent pour équilibrer la perte de la vue.

En témoignent les œuvres de l’artiste sonore et plasticien japonais Ryoji Ikeda telles que Datatron exposé au Laboratoire fin 2008 (image fond) ou Test Pattern (dessous) qui questionnent la perception même, jusqu’à ses limites, entre l’infra- et l’ultra-son.

Ainsi le restaurant Dans le noir propose de réveiller nos sens et de complètement réévaluer notre perception du goût et de l’olfaction. Une expérience sociale où le noir désinhibe et déclenche une convivialité libre de tout apriori. Une expérience humaine où le non-voyant devient nos yeux et notre guide d’un moment dans un monde intriguant et sensuel. Les arts visuels sont hautement concernés par l’idée de perception sensorielle.

Ses performances et œuvres audiovisuelles sont des expériences sensorielles uniques, au cours desquelles l’œil et l’oreille sont saisis ensemble dans un même tourbillon d’intensités et de vitesses différentielles. Dans le même esprit on connaît la collaboration entre la musique électronique de Mondkopf et l’installation du collectif de graphistes multimédia et interaction Trafik qui a fait sensation à la Gaïté Lyrique, le soir de son ouverture (gauche).


LUMIÈRE, UN BESOIN VITAL **** Entre ombre et lumière

La lumière du Soleil existe donc dès le commencement avec son pendant nocturne : la Lune. Les passages de l’un à l’autre sont des moments privilégiés, où l’humeur, les émotions et les activités changent. Si la lumière est un besoin, l’obscurité l’est tout autant. Elle dévoile une personnalité, elle inspire des sensations accrues de part la vision qui s’affaiblit. Les autres sens prennent le relai, la sensibilité se fait exacerbée. Un premier extrait de Quelque part dans l’inachevé de Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz rappelle que la lumière et l’obscurité sont intimement mêlées, l’une n’est pas sans l’autre, chacune réciproquement fait vivre l’autre. La lumière est intrinsèquement ambiguë, à la fois onde et corps, à la fois clarté et obscurité, elle tire sa richesse et ses potentialités de cette relation entre des pôles opposés.

L’homme dans sa relation à la lumière est confronté à ces opposés, à l’intermittence, au retour de la nuit, au passage du jour...

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« La nuit au fin fond de midi, la lumière au fin fond de minuit, - cela d’ailleurs revient au même. Ce sont les deux faces complémentaires d’une même ambiguité. Dans les deux cas l’obscurité est l’organe-obstacle de la lumière. Mais quand la nuit régie sans partage sur son hémisphère, les lumières sont de simples points lumineux qui scintillent et clignotent dans l’espace noir ; ou bien ce sont des « apparitions disparaissantes », fusées, éclairs, étoiles filantes et comètes, des chenilles lumineuses, des lueurs fugitives qui zèbrent pendant un instant le ciel nocturne ; ici l’obstacle de la nuit submerge tout dans son océan et réduit la lumière à la ponctualité d’une étincelle. Pendant le jour, au contraire, c’est la ténèbre qui est profondément cachée ; dans la lumière omniprésente la nuit se resserre et se pelotonne : elle se fait toute petite ! »


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« L’homme affolé par l’inconnu inhumain, par la noire ténèbre des extrêmes, recherche la familiarité des choses mixtes, des lieux intermédiaires où règnent le langage et le rêve. Car la vie n’est viable que dans la région impure et tempérée de l’intermédiarité. Dans sa préface aux Chants du crépuscule, Victor Hugo décrit « cet état crépusculaire », ce « je ne sais quoi à demi éclairé qui nous environne » et dont la pénombre serait aussi bien la rougeur d’une aube que la lueur d’un soleil couchant. Quand la nuit devient de l’aube ou quand le jour se penche vers le soir, nous nous trouvons devant la double modulation quotidienne qui vibre à l’image de nos pensées et de nos sentiments. » Les transitions entre le jour et la nuit sont d’ailleurs des moments privilégiés pour les sens. L’aurore correspond à un phénomène physiologique et affectif particulier. À ce moment là, la rétine se remet a recevoir les couleurs ; le flou et le diffus se précisent. On évoque une lumière optimisante qui chasse l’obscurité chargée d’angoisse. La confiance renait après la peur, l’homme possède à nouveau la nature qui lui avait échappé.

À l’inverse le crépuscule indique un basculement du visible vers l’invisible qui engendre un mental de frustration : plus l’objet disparaît physiquement, plus l’imaginaire se développe, ouvrant la voie aux doutes et angoisses. Ce sont les ombres qui commencent alors à exercer leur pouvoir. On peut parler des ombres comme du négatif mouvant des objets et des choses, ou encore d’une quotidienne métamorphose, signe d’instabilité et d’inconstance. Les ombres n’ont jamais de vie propre, elles prennent vie momentanément avec l’objet qui les fait naître. Elles sont des « reproductions impalpables mais visibles, distordues, comprimées ou amplifiées, mouvantes, colorées ou obscures, denses ou transparentes, humbles ou majestueuses selon les variations de la lumière ». Il existe un rapport de force entre l’ombre projetée et l’objet : plus l’ombre est importante plus l’objet s’en trouve minimisé et inversement ; dans cette relation l’objet est affecté dans ses dimensions réelles.


LUMIÈRE, UN BESOIN VITAL ***** Suppléer la lumière naturelle

La lumière naturelle, de part son rythme cyclique déjà évoqué, limite l’activité humaine. En effet, une fois la nuit venue, les activités requérant la vision sont inévitablement interrompues. Cependant dans la recherche d’un affranchissement de ces cycles et afin de prolonger ses activités, l’homme a développé des moyens pour créer de la lumière artificiellement. L’idée de prolonger le jour en éteignant la nuit est concernée par l’éclairage public. Cependant suppléer la lumière naturelle ne signifie pas simplement la remplacer mais également la mettre en valeur, soit en inventant des systèmes qui vont utiliser ses qualités, soit en la prenant comme modèle pour la lumière artificielle.

Mettre en valeur la lumière naturelle Les captures d’une vidéo de Philips sur la maison du futur présentées à droite illustrent diverses possibilités pour faire rentrer la lumière naturelle dans un intérieur, de la réflexion à l’ouverture, dans un esprit d’ouverture à l’extérieur.

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Imiter la lumière solaire Il faut remarquer que les ondes de la lumière solaire, au-delà de la perception que nous en avons consciemment, agissent sur les cellules de notre corps en lui transmettant de nombreuses informations. Ce phénomène, bien visible chez les végétaux avec la production de chlorophylle, nourrit notre organisme en énergie et en vitalité, jusqu’à renforcer notre système immunitaire. Plutôt concernées par le cycle de la lumière solaire, on connaît les lampes de chevet qui changent de couleur en fonction du cycle de sommeil, de manière à en accompagner les différentes phases. L’impact physiologique et psychologique de la lumière sur l’organisme et le fonctionnement corporel est aujourd’hui largement prouvé. Il est ainsi clairement identifié que les symptômes du TAS, « trouble affectif saisonnier », sont causés par la chute de l’intensité lumineuse, de 10000lux en été à 1000lux en hiver. D’où les états dépressifs et de fatigue chronique – l’afflux moins important de la lumière engendre la production de mélatonine dans le corps, « hormone du sommeil », habituellement produite la nuit, quand l’on dort -.

C’est ainsi que se développe depuis les années 80 celle que l’on nomme luminothérapie : médecine de la lumière. Ou comment recréer la lumière du soleil et ses bienfaits par de l’artificiel, dans une visée curative, pour pallier au manque. Pour cela elle reproduit le spectre de la lumière solaire en assurant une sécurité anti rayons UV, soit par l’installation d’un écran qui va les bloquer, soit par la création d’ampoules qui ne présenteront pas cette partie du spectre. C’est par exemple le cas de l’ampoule appelée « BioLight » qui favorise la métabolisation de la vitamine D que la lumière solaire et ses UV détruisent habituellement. Pour faire une cure avec une lampe de luminothérapie il est préconisé de s’exposer à sa lumière au minimum 1h par jour, plutôt le matin et à une distance de 30cm. De nouvelles pistes s’ouvrent vers la médecine qui utilise les photons et la médecine quantique...


LUMIÈRE, UNE PLASTICITÉ À EXPÉRIMENTER * Light Show

La relation de l’homme à la lumière est dense, intense et riche. Propice à l’expérience sensorielle comme nous l’avons compris, de très grands artistes contemporains explorent les diverses facettes de ce lien. J’ai ainsi eu la chance de vivre ces expériences dans l’exposition Light Show à Londres - autant de problématiques dont j’ai pu m’approcher ou m’éloigner durant tout ce travail de recherche.

Lumière qui réchauffe et éclaire S=U=P=E=R=S=T=R=U=C=T=U=R=E (Trace Me Back to Some Loud Shallow Chill Underlying Motive’s Overspill...) est une installation créée en 2010 par le gallois Cerith Wyn Evans. Les trois colonnes composées de tubes halogènes recyclés, suspendues entre sol et plafond, s’allument et s’éteignent selon un rythme propre, semblable à une respiration. La qualité lumineuse du matériau rappelle le feu, première source de chaleur pour l’humanité.

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Programmation et LED Avec Leo Villareal, ce sont pas moins de 19600 LEDs blanches qui créent une composition, presque musicale, de lumière aux motifs changeants. La séquence programmée n’a ni début, ni milieu, ni fin ; les séquences prédéfinies s’enchaînent aléatoirement, jamais sur le même rythme, ni même selon le même ordre. Une poésie infinie se dégage de Cylinder II où évocations se succèdent, se mêlent et s’égarent.


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Lumière et contact physique L’expérience du contact physique avec la lumière est rendu tangible avec la «lumière solide» d’Anthony McCall. Dans Horizontal (image de fond) le spectateur est invité à marcher dans une sculpture de lumière créée simplement grâce à un projecteur et du brouillard artificiel. Un programme guidé par ordinateur la rend imperceptiblement mouvante, comme en perpétuelle mutation. La recherche de Ann Veronica Janssens est sensiblement la même avec l’installation Rose (à droite).

Allumer la lune La pollution lumineuse causée par l’usage excessif de la lumière artificielle a éteint la lune. Quelle sensation incroyable que de se sentir baigner dans la lumière lunaire. Katie Paterson propose une version industrialisée de cette lumière, sur le modèle de l’ampoule «lumière du jour» : light bulb to simulate moonlight.


LUMIÈRE, POURQUOI LE TEXTILE ET LE VÊTEMENT ?

La fascination lumineuse est à l’oeuvre dans la création de mode contemporaine. Je m’intéresse à l’utilisation de la lumière dans ces tenues, en cherchant à en comprendre la visée. Pourquoi les créateurs l’emploient, sous quelles formes, et selon quoi ? Les exemples ici parlent d’un véritable spectacle visuel, à l’effet impressionnant et esthétisant. La lumière s’y joue captivante. Le public est dans la position du papillon de nuit qui, subjugué, ne lâchera pas des yeux l’intrigant et magistral « ovni de lumière » qui défile sous ses yeux. En cela la robe ‘laser’, collection Airborne en 2007 de Hussein Chalayan est époustouflante. OLED Dress de Gareth Pugh et Polyphotonix en 2009 impressionne par la magie technologie qu’elle suggère. La robe est ici entièrement recouverte de OLEDs, ces LEDs nouvelle génération qui diffusent une lumière plus douce, mieux répartie. Si la forme ne semble pas exactement «wearable» au sens strict, il s’agit là d’une ouverture technologique, dans l’esprit très géométrique du créateur britannique. 70


Ces robes montrent un spectacle grandiose mais après ? De tels vêtements donnent-ils un pouvoir particulier ? Pouvons-nous devenir des «superhumains» vêtus de lumière surnaturelle comme le suggère la publicité pour le manteau de Columbia ?

Ce manteau ouvre quand même すr la possibilité d’une technologie dans un vêtement conférant un certain bien-être. L’aspect «photogénique» et irradiant semble surtout prendre place dans un concept publicitaire.

Philips Design

N’y a t-il pas une lumière qui, émise, irait plus loin que du simple spectacle ? Qui serait autre chose que de l’irradiation de lumière ou de la projection intense...


LUMIÈRE INTERACTIVE * Lumière signal

Ici il est important de faire la distinction entre lumineux et éclairant. La luciole est un exemple intéressant dans cette optique. Comme le dit Didi-Huberman : la lumière des lucioles n’a pas à voir avec le « fait de s’éclairer , le « mieux voir » n’entre pas en considération », les éclairs lumineux participent entièrement de la parade sexuelle. C’est une lumière qui relève du désir, « la danse du désir formant communauté ». La lumière dans ce cas rend visible l’objet ou le corps qui émet, avec une visée signalétique. Dans le cas de l’homme, peut-on faire exister ce genre de manifestation lumineuse ? La lumière-signal ouvre d’innombrables portes, riche de ce qu’elle manifeste, avec tout ce qu’elle transporte également de symbolique, d’affectations ou de sens.

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Il va alors s’agir de trouver une lumière accompagnatrice de l’homme, rendue nomade et à usage personnel. La complicité d’une telle lumière pourrait être travaillée par le biais de l’interactivité ; comme un pont entre un homme et un extérieur, un environnement, qu’il soit naturel, urbain, ou à la rencontre des autres.  Le textile en ce sens est une réponse qui semble adaptée, puisque marqueur d’une frontière, séparation autant qu’ouverture possible de l’un au tout, de soi avec les autres.     Pour comprendre ce que peut être la lumière manifeste dans des dispositifs interactifs appliqués au vêtement : plusieurs exemples à suivre, du spectacle à des questionnements sur la surveillance ou la santé publique. (en annexe : les technologies de l’interaction, un petit point technique sur les cartes de programmation, le matériel e-textile)


LUMIÈRE INTERACTIVE ** Lumière en réception, déclencheur de l’émission

Little Slide Dress, Emily Steel Little Slide Dress est le projet d’Emily Steel, étudiante à l’Université Victoria de Wellington. Il s’agit d’une petite robe noire revisitée. Cinématographique, elle est composée de multiples bandes de films qui recouvrent des LEDs, qui ne s’allumeront qu’au delà d’un certain seuil de luminosité. Ainsi de jour cette robe est d’un noir brillant et présente subtilement son matériau, tandis que de nuit la lumière intérieure vient, en pulsations, révéler les images capturées. Ou comment retrouver une certaine magie du cinéma. Comme au cinéma en effet, la robe de Emily Steel nécessite un équilibre parfait entre lumière ambiante et lumière projetée pour révéler sa véritable force. « With film, light is so important in the creation and viewing of images. We only see what really is going on once the lights go out. » Emily Steel

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LUMIÈRE INTERACTIVE *** Lumière en émission I

GER Mood Sweater de Sensoree (USA) Intimité et extériorisation sont les mots-clés de ce travail. La technologie employée ici est similaire à ce qui se fait pour les tests de détection de mensonge. Le capteur dans cette situation est un GSR (Galvanic Skin Response), celui que Sensoree a mis au point est un GER (Galvanic Extimacy Responder), “extimacy” pour “externalized intimacy”, l’intimité extériorisée, notion développée par Jacques Lacan.

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Le GER lit différents niveaux d’excitation et traduit les données selon une palette de couleurs. Là où un GSR classique ne dit que Rouge pour nervosité et excitation ou Bleu pour calme et détendu, GER présente plus de subtilités. La couleur émise rend donc visible les émotions et les sentiments du porteur au regard de tous. Ce vêtement est également présenté comme un substitut au langage dans le fait de situer cette lueur colorée dans un grand col, soit au niveau du larynx.


Affiche Futurotextiles


LUMIÈRE INTERACTIVE *** Lumière en émission II

LED Kimono de Miya Masaoka (Japon) Le kimono créé par la compositrice est bien plus qu’un simple vêtement traditionnel japonais. Il s’agit en effet d’un véritable instrument interactif pour un spectacle «son et lumière». Les 444 LEDs brodées dans une des très longues manches du kimono sont contrôlées individuellement. En fonction de niveau sonore de la musique jouée par Miya Masaoka, ou de l’angle et de la vitesse de déplacement de la manche, les LEDs s’allument et s’éteignent pour créer un spectacle lumineux fluide. Tout l’aspect technique, les processeurs, contrôleurs, batteries, sont cousus dans des poches à l’intérieur de la manche. La compositrice envisage un kimono entièrement recouvert de LEDs, ce qui nécessiterait plus de 5000 LEDs cousues à la main sur toute la surface ! Le kimono deviendrait alors potentiellement un écran vidéo basse résolution qui évoluerait avec son environnement.

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LUMIÈRE INTERACTIVE *** Lumière en émission III

« Les lucioles ont-elles vraiment disparu ? Ont-elles toutes disparu ? Émettent-elles encore leurs merveilleux signaux intermittents ? Se cherchent-elles encore quelque part, se parlent-elles, s’aiment-elles malgré tout, malgré le tout de la machine, malgré la nuit obscure, malgré les projecteurs féroces ? »

Playtime de Ying Gao (Canada) La question de la surveillance est intimement liée à celle de l’éclairage public urbain déjà évoqué précédemment. Si l’aspect sécuritaire est bien sur mis en avant, on ne peut pas ignorer son pendant « intrusif » ; par l’omniprésence de caméras de surveillance, un contrôle s’exerce sur les comportements. Inspirées par le film du même nom du réalisateur Jacques Tati, les deux robes Playtime proposent une réflexion sur les apparences et la perception des objets dans l’espace urbain. Le film Playtime présentait un monde où l’architecture surmoderne et la surveillance urbaine étaient omniprésentes, en mettant à profit des procédés comme le trompe-l’oeil et les jeux de miroirs. 80

Dans le contexte d’un défilé avec son et éclairage, la captation photographique ou vidéo des pièces est altérée. La première robe devient floue, comme dissimulée physiquement dans l’image fixe ou animée. La deuxième robe réagit au flash de la caméra en émettant une lumière intermittente qui vient tromper la caméra et altérer la prise de vue. L’acte de résistance se matérialise en une image brouillée, apparition fantomatique de ce qui ne fait que passer.

Georges Didi-Huberman


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Dans Le regard et le pouvoir, Gérard Leclerc analyse deux formes de pouvoir social : celui de regarder et celui d’être regardé. Avoir le pouvoir c’est regarder et être regardé, donner un spectacle de soi, avoir la complicité des médias. Le citoyen devient alors un spectateur regardé et influencé. « Cible du regard de l’État en même temps qu’il est regard fasciné sur le pouvoir, centre sacré, souverain métaphysique et politique, l’individu est le porteur ultime du regard. Il est le sujet du regard sur les autres et sur le monde : objet de la surveillance du pouvoir, son regard est aussi le cœur même de la puissance, et l’atome irréductible de la socialité ». C’est en ces termes que Leclerc analyse la structure de l’échange entre les dominants et les dominés, entre l’État et ses citoyens. Il y examine conjointement l’État-spectacle et l’État policier, deux figures majeures du rapport entre le pouvoir et les individus entre secret d’État et publicité médiatique. Le regard – dans toutes ses directions, ses points de fixation et ses lignes de fuite – est l’un des thèmes fondateurs de l’œuvre de Rafael LozanoHemmer. Alors que dans d’autres installations, comme Vectorial Elevation (1999) et Amodal Suspension (2003), le spectateur créait des messages de lumière en envoyant des textos, dans Apostasis, présentée en 2011 à la Gaïté Lyrique, le dispositif n’est pas convivial. En effet, la lumière, sous forme de faisceaux s’élude en décelant la présence des individus. Le message est brouillé

car pris entre deux interprétations possibles. La salle plongée dans l’obscurité est balayée de cercles lumineux qui rappellent autant ceux que dessinent les hélicoptères à la recherche des clandestins que les feux de la rampe après lesquels l’on court pour être célèbre et visible pendant le quart d’heure que Warhol nous a promis. Dans Apostasis, la lumière n’enveloppe jamais les corps mais s’en éloigne systématiquement. Pourtant, par détection il y a bien interaction et interactivité comme dans les autres dispositifs. Dans son propos il interroge le rapport de l’homme à la technologie, mais également le rôle de la surveillance. Le regard et la lumière comme expositions, l’interrogation porte sur ce qui est regardé ou éclairé. Nous retrouvons ici Didi-Huberman et son analyse de la disparition des lucioles chez Pasolini, grillées, asséchées, suicidées par les lumières trop fortes des projecteurs musoliniens. Alors que chez Dante la grande lumière luce est celle du divin, par opposition aux faibles lueurs, lucciola, des conseillers perfides, l’auteur italien désigne par la luce le fascisme et le règne du consumérisme, alors que s’éteignent les lueurs d’espoir de la résistance. Cependant si l’auteur italien semble dans son écrit ne plus croire en la possibilité des lucioles, Didi-Huberman, lui, maintient leur pouvoir sous-jacent.


LUMIÈRE INTERACTIVE *** Lumière en émission IV

Climate Dress de Diffus Design (Dk) Depuis les broderies plus d’une centaine de LEDs clignote en fonction du taux de CO2 capté par la robe. Cette lumière, intermittente car interactive, est la traduction visuelle de quelque chose que l’on ne peut ni voir, ni sentir. Manifestation de l’invisible. Le vêtement attire l’oeil de ses clignotements, porté, il devient une publicité mouvante – au sens de chose rendue publique –. La personne ainsi vêtue sait où il y a de la pollution tandis que les gens alentours perçoivent également le signal. C’est une lumière de la connaissance, à la fois constat et dénonciation de la situation dans laquelle l’humanité se trouve. Elle est un indice qui marque l’éveil de la conscience collective à l’actualité des problèmes environnementaux. D’après le modèle du message codé de la luciole on retrouve l’idée d’un contre-pouvoir porté par les petites lueurs face à la lumière aveuglante qu’analyse Didi-Huberman de La disparition des lucioles de Pasolini. 82

   La lumière rend visible la concentration de CO2, c’est une lueur témoin, qui montre ce que l’on nous cache, ce qui « est brûlé par les projecteurs de la grande lumière » - la grande lumière ici serait en somme le rythme effréné dans lequel nous évoluons, la dépense énergétique et la pollution sans précédent. Par ailleurs il y a dans ce vêtement communiquant, avec son rapport à l’extérieur, à l’environnement, à ce qui vit autour de lui, un fort potentiel relationnel. Ce qui m’intéresse réside dans cette possibilité de créer une interactivité entre une personne et un environnement naturel, ou collectif, par l’interface textile. A une époque où l’individualisme est exacerbé, où les liens sociaux semblent être tracés par avatars virtuels, cette robe propose une nouvelle manière de se rencontrer. Il n’y a pas exposition d’un « moi »  surexposé et omniscient mais de l’un dans le tout. Et même si ce « un » présente une capacité spéciale – celle d’être le témoin pour tous d’un phénomène – il ouvre une possibilité d’échanges, de rencontres.


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Devons-nous devenir lumineux pour focaliser l’attention ? Renouveler les relations sociales par la lumière appliquée au corps ?

Concrètement ici on peut parler de voyants lumineux. Usuellement ce composant électronique, simple LED incorporé à un tableau de bord, un appareil électrique, etc, signale un état – en veille, en panne –, un danger, une menace... Devenu pulsation signalétique.


LUMIÈRE INTERACTIVE *** Lumière en émission V

Lors d’une soirée à la Black Boxe, j’ai eu l’opportunité d’expérimenter le principe de la lumière employée en tant que témoin d’une présence invisible. J’ai réalisé avec l’aide de Maurin Donneaud un transformateur capable de recueillir l’énergie électromagnétique. Les ondes recueillies circulent dans les spires de cuivre émaillé et il y a création d’un courant électrique qui permet l’éclairage de la LED. On parle de « energy harvesting », autrement dit de la collecte d’énergie. Que dirait un tel système pris dans un vêtement ? Pourrait-on envisager qu’il réagisse de la même manière que la Climate Dress ?

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Un vêtement indicateur de la présence d’ondes électromagnétiques, dont certaines sont nocives pour le corps... Pour le moment le système reste capricieux et peu fiable. Il s’est éclairé parfois au contact d’une batterie d’ordinateur en charge, ou d’un transformateur quand un petit moteur était en fonctionnement. Ce sont des situations où une grande quantité d’électricité circulent dans les systèmes, dont une petite partie s’évapore sous forme électromagnétique.

Grâce à son contact avec le corps le vêtement permet de fantasmer la possibilité de capter une énergie alternative : celle de l’humain. Il s’agirait d’utiliser le magnétisme naturel pour alimenter en énergie la lumière portée. Mais tout ceci n’est que fabulation, et projection hypothétique issue de ces rencontres à la Black Boxe avec des gens qui cherchent à donner à l’homme son entière autonomie...


VERS LE PROJET Bientôt la fin de ce mémoire, qui s’ouvre maintenant sur ce qui va se cristalliser autour du projet et la pratique que j’engage. Ce qui me concerne directement à travers la multiplicité de la lumière étudiée reste une lumière de luciole, qui signale une présence. À la fois responsable, concernée par ce qui l’entoure et soucieuse de celui qui la revêt, elle sera, par le vêtement, un signal entre le porteur et les autres, son environnement, dans une possibilité d’ouverture et de connexion. Je veux traiter le textile et la lumière en tant qu’interface entre «moi» et l’environnement, au sens large, de l’espace et des autres. Comment pouvons nous vivre dans un environnement changeant ? Quelle invisibilité je veux signaler ? Toutes mes interrogations se retrouvent mises en chantier grâce à une rencontre qui donne lieu à une collaboration. Ou comment des intérêts communs s’allient à des pratiques et des savoirs complémentaires permettant un enrichissement dans une certaine transversalité. À suivre, un aperçu de ce vers quoi mon projet s’oriente et les pistes de recherches envisagées.

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VERS LE PROJET * Anatoli Vlassov

Un soir à la Black Boxe Maurin Donneaud me pose cette question décisive : « Bon mais maintenant tu vas où avec ta lumière? Tu vas continuer à me montrer des recherches sans savoir où tu vas ou tu veux chercher quelque chose ? » C’est ainsi que j’ai mis des mots sur la lumière que je voulais travailler : une lumière signalant l’invisible, «et cet invisible j’aimerais que ça soit la radioactivité». Souriant, et plutôt convaincu par la tournure des évènements il m’a alors parlé d’un ami danseur qui travaille sur un projet de vidéo-danse dans les champs radioactifs... La rencontre qui s’en suivit débouche sur une collaboration que j’espère fructueuse et pleine d’avenir !

Anatoli Vlassov est un artiste chorégraphique ; né à Moscou il bénéficie d’une double culturee franco-russe et d’un parcours composite. Il a par exemple été amené à fréquenter le milieu nucléaire, de performances artistiques au démantèlement de sous-marins russes soutenu par la Communauté Européenne... En 2001 il crée sa compagnie IDCore au sein de laquelle le travail s’articule principalement autour de trois pôles : - en collaboration avec Julie Salgues il conçoit des formes chorégraphiques en intégrant des corps de métiers tels les éboueurs - Nuit Blanche à Paris en 2004 - ou les conducteurs de chasse-neige - Nuit Blanche à Montréal en 2006 -. - il donne des ateliers de danse à un groupe d’autistes (entre 25 et 30 ans) à Paris avec qui il monte des performances. - le projet L’envers du dehors, solo chorégraphique pour un corps étendu où il danse avec une caméra endoscopique sans fil

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** L’envers du dehors

Quelles sont les limites du corps ? S’arrête-t-il aux contours de la peau ? Et au-delà du visible, quelles images habitent nos «ténèbres bourrées d’organes» ? L’envers du dehors, solo chorégraphique pour un corps étendu, est une exploration des confins du corps dansant, depuis l’intériorité organique jusqu’à l’extériorité de ses représentations. Anatoli Vlassov propose de plonger littéralement le regard dans la nuit du corps, à la recherche des figures qui s’y cachent. L’envers du dehors, ou comment la danse peut étendre les domaines du corps. La première, présentée le 20 février dernier dans le cadre d’Ardanthé, au théâtre de Vanves a été pour moi l’occasion de connaître Anatoli dans sa pratique dansée. Pour l’occasion il parle, de croyances et de connaissances relatives au corps et à l’esprit, il se dessine dessus les différentes lignes de forces relatives à celles-ci, et propose une performance corporelle saisissante... Avec L’envers du dehors, la frontière entre intérieur et extérieur s’est complètement abolie. Performance d’un corps étendu.


VERS LE PROJET *** Quelques références supplémentaires

Robe phosphorescente de Sophie Guyot (droite) Shaman de Sibérie (gauche) Atsuko Tanaka, Denkifuku (dessous)

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En 1955, elle rejoint le groupe Gutaï, dirigé par Jiro Yoshihara, édifié sur le manifeste selon lequel « le groupe Gutai ferait des activités artistiques complètement nouvelles, jamais faites par les autres ni jamais entendues jusque-là ».

Denkifuku, qui signifie en japonais «robe électrique», est une oeuvre de Atsuko Tanaka, qui fut l’un des membres principaux du mouvement 1 Gutaï , encore présentée lors de la rétrospective consacrée au groupe avant-gardiste à Tokyo en 2012. Aujourd’hui ce vêtement, constitué de plus de 200 ampoules de neuf couleurs différentes, de tubes néons peints et de très nombreux fils électriques, est exposé sous la forme d’une sculpture lumineuse illuminée et clignotante. Réflexion sur une société où l’électricité clignote de manière inquiétante, en surchauffe et sous l’égide de la menace nucléaire (tous les japonais en particulier ont en tête les évènements de Fukushima et les restrictions énergétiques engendrées par l’arrêt des réacteurs insulaires). Cependant, en 1956 sur la scène de Ohara kaikan à Tokyo, lors de sa première présentation, Denkifuku est portée par l’artiste elle-même. Ainsi vêtue son apparence est à la fois celle d’un dieu absolu et d’une victime offerte en sacrifice. En effet l’ensemble - pesant plus de 50kg - exposait Atsuko Tanaka au danger d’une grave commotion, ou d’une électrocution dans la chaleur des ampoules... Pour le moins, son corps complètement immobile dans ce costume violent et son regard fixé ont choqué profondément les spectateurs de cette époque.

   Tel un oracle, en intégrant son corps aux technologies, cherchait-elle à montrer leur danger et les risques liés à une consommation énergétique devenue excessive ?    N’y a -t-il pas dans cet acte un moyen également de signifier l’adaptabilité de l’homme aux dangers auxquels il s’expose, voire qu’il provoque ?

C’est l’idée du rituel d’adaptation sous-jacente dans le travail de Atuko Tanaka autant que les rites shamaniques qui inspirent la démarche du projet chorégraphique Stériles d’Anatoli.


VERS LE PROJET **** « Stériles » ou comment un acte artistique agit dans des champs de force invisible

Quelles sont nos capacités d’adaptation aux changements radioactifs de notre environnement ? Avons-nous des outils pour nous ajuster aux variables de ce contexte à la fois environnemental et culturel ? Il s’agit de créer un costume intégrant des compteurs Geiger et de danser sur des sites radioactifs mais 1 néanmoins publics . Par exemple, en France, certains parking et terrains de sport ont été construits sur des remblais composés de déchets de minerai d’uranium (les stériles) qui restent radioactifs. Le costume Geiger produira du son et de la lumière modulables par les mouvements du danseur suivant la proximité ou la distance par rapport à une source radioactive. Les danses sont donc sonores et lumineuses et se présentent sous la forme de rites de purification. Ces soli shamaniques seront filmés et les vidéos intègreront une cartographie Internet.

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D’après la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) - mine d’uranium de Saint-Pierre (Cantal), sites miniers uranifères et sites industriels en HauteVienne (La Crouzille), en Loire-Atlantique (L’Ecarpière), dans l’Héraut (Lodève), dans la Loire et l’Allier (Bois noirs), en Saône-et-Loire (Gueugnon). Voir aussi le reportage sur France 3 : http://www.youtube.com/ watch?v=WVEwQxk6_ mw.


VERS LE PROJET Entrer dans le champ radioactif, laisser les ondes s’imprégner dans le vêtement et la poussière se déposer. L’enjeu du vêtement est de traduire la diffusion progressive, montrer la relation spatiale à la source et aux radiations.

Concrètement il va s’agir de mettre en forme un textile lumineux et sonore, sensible et réactif aux signaux des capteurs geiger. Ainsi plus il recevra d’informations plus la zone éclairée sera étendue. Ainsi la diffusion de lumière doit s’envisager en zones, comme des nuages de poussières qui viennent se déposer à la surface du vêtement pendant que le danseur s’approche de la source émettrice. Pour travailler cette piste deux possibilités sont envisagées : - Une recherche sur la création de matière textile lumineuse, notamment grâce à des techniques de tissage. Il s’agit alors de réfléchir à l’intégration d’un circuit électrique, d’un réseau de LEDs dans la trame du tissage, c’est-à-dire concevoir le circuit en lui-même, en plaçant les LEDs selon leur polarité sur un réseau à tisser ensuite.

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- Une intégration de matériaux lumineux préexistant (rubans ou guirlandes de LEDs par exemple) dans un tissu existant. Il s’agit ici de venir camoufler la structure visible, des câbles et liaisons électriques dans de la fourrure, du feutre ou une grosse maille poilue.

Une idée complémentaire serait d’amener la lumière au bout d’un faisceau, avec l’emploi de fibres optiques. L’idée est de créer un vêtement frangé, voire câblé, aux lumières tournoyantes autour du corps mobile. Ainsi le son pourrait être traité sous forme d’enceinte ballantes diffusant le son de manière plus ou moins aléatoire dans différentes directions. Il faut de plus penser à des sources de lumières incluses dans le vêtement, sources pour les faisceaux de fibres. Dans ce travail il faut prendre en compte quelques contraintes : - la fragilité : le vêtement est destiné à la danse, ce qui implique du mouvement, des frottements, différentes pressions vont d’y jouer. Il doit donc présenter une certaine qualité de résistance et de solidité. - la miniaturisation des LEDs : ne pas tomber dans le vêtement « tunning »... l’accent est porté sur le trouble visuel, la visibilité de la poussière radioactive, subtile et nébuleuse.


à suivre


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ANNEXES

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ANNEXE - Des Mondes électriques, exposition à la Fondation EDF, Paris

Interview : L’histoire de l’électricité vue par Alain Beltran

cacher ou les grandes pannes des années 19701980, lorsque les réseaux sautaient (au sous-sol).

Sommes-nous tous égaux devant l’électricité ? Est-elle la même pour tous ? Comment les représentations que l’on se fait de cette énergie invisible diffèrent-elles selon les époques, les cultures ? L’exposition Mondes électriques explore la diversité des regards sur l’électricité. Mais avant l’ouverture des portes le 14 novembre, rencontre avec Alain Beltran, commissaire de l’exposition. 

Quels seront les objets phares de l’exposition ?

Quel est le propos que vous développez dans l’exposition Mondes électriques ? Alain Beltran : L’exposition se concentre sur les discours tenus sur l’électricité, sur les rêves qu’elle a engendrés, qui sont à la limite de l’utopie. Ce n’est donc pas une exposition sur ses applications, mais sur la diversité des regards. Le parcours explorera ces rêves dès la fin du XIXe siècle (au rez-de-chaussée) pour ensuite dresser le bilan de l’inégalité de l’électrification aujourd’hui entre les pays occidentaux et les pays émergents (à l’étage), et rappeler des situations exceptionnelles comme le blackout de guerre, lorsqu’il faut se

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II - CONSTATS ****

A.B. : Le parcours permettra au visiteur de découvrir des objets très variés comme cette statue en bronze de la Fée Électricité de la fin du XIXe siècle ; de revivre l’expérience de l’œuf de Colomb par Tesla montrée en 1893 à l’Exposition universelle de Chicago, où l’œuf tourne sur lui-même un moment avant de se tenir debout grâce au champ magnétique ; d’approcher cette brouette avec son moteur, des mallettes d’électrothérapie, d’aborder ces maquettes de véhicules électriques ou cet avion électrique qui n’a jamais existé, de se pencher sur le stylo d’Edison, une invention qui n’a pas eu de suites et qui est étonnante de miniaturisation. De nombreux films sont également proposés – dont un certain nombre muets – sur les usages rêvés de l’électricité comme l’incroyable Maison électrique de Buster Keaton, des films de propagande sur les promesses d’arrêt de l’exode rural et de repeuplement des campagnes grâce au développement de l’électricité…


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L’électricité est-elle plus noble que les autres énergies ? A.B. : Il y a plusieurs choses. Tout d’abord, il faut rappeler que l’on connaissait l’électricité depuis longtemps : la pile de Volta date de 1800. Simplement, à la fin du XIXe siècle, l’électricité est devenue mature et industrielle autour du développement d’un ensemble d’applications qui apparaissent infinies. C’est la première chose qui a frappé les contemporains : ils ont eu l’impression qu’ils étaient arrivés au but du progrès ultime, c’est-à-dire que cette invention répondait à toutes les attentes et apportait tous les bonheurs. D’où l’expression de « Fée Électricité », car que demande-t-on à une fée si ce n’est d’exaucer un vœu, n’importe lequel ? C’est cette croyance magnifique qui culmine vers 1900, à une époque où l’on croit beaucoup en la science : la science, c’est le progrès et l’électricité, c’est être moderne. A-t-on une estimation du nombre de personnes qui sont dépourvues d’électricité ?

A.B. : Autour d’un milliard de personnes n’ont pas d’électricité aujourd’hui sur les 7 milliards d’individus peuplant la planète. Ensuite, beaucoup y ont accès de façon médiocre : pas tous les jours, en quantité insuffisante, disponible à 100 volts pour alimenter des appareils conçus pour

du 220volts… Les populations ont des solutions alternatives pour essayer de produire et de consommer de l’électricité, des systèmes D. Dans les favelas brésiliennes par exemple, les populations utilisent des bouteilles d’eau avec un mélange d’eau de javel qui permet de capter la lumière du jour et de la restituer la nuit. En Afrique, il est fréquent de voir des étudiants le soir au pied des lampadaires des grandes avenues, car il n’y a pas de lumière chez eux ! Mais il y a également tout ce qui s’apparente au détournement et au vol. À côté de cela, il y a la construction de vrais réseaux avec des difficultés propres à ces pays, comme les distances qui peuvent jouer contre le Brésil par exemple. Un énorme barrage a été construit dans le sud, mais ensuite, il faut acheminer l’électricité dans tout le pays, ce qui est problématique.


ANNEXE - L’empathie ou l’expérience de l’autre - Biennale de Saint-Étienne 2013

Face aux menaces d’un désastre écologique et à l’incapacité du système économique à tenir ses promesses d’adoucir la vie de chacun, philosophes, sociologues, intellectuels estiment qu’il est urgent de repenser la société et de fonder un nouveau contrat social sur des bases plus respectueuses de la communauté humaine.

L’empathie est un mécanisme par lequel un individu peut ressentir, éprouver, comprendre les émotions, les sentiments, voire les croyances d’autrui.

L’empathie est à l’ouverture d’une réflexion qui rassemble tous les champs de la société mais elle est aussi très directement liée au design en tant qu’activité de conception. Qu’il s’agisse de se mettre à la place de l’usager pour comprendre et anticiper ses besoins ou de permettre et d’accompagner des formes nouvelles de lien social, l’empathie est au cœur de la discipline depuis ses origines. À travers l’édition 2013, la Biennale explorera donc les différents enjeux portés par une société empathique et sa capacité à reconstruire le monde, ce qu’elle projette mais aussi des dérives dont elle est porteuse. Il s’agira de comprendre comment le design interroge et répond à cette projection.

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II - SOLUTIONS ***

J’ai l’honneur d’avoir été sélectionnée pour présenter un projet dans l’exposition Demain c’est aujourd’hui qui proposera une réflexion autour de l’anticipation de l’avenir par le design à travers des prototypes de produits ou de services conçus par des designers et des entreprises. Le projet en question est La Laitue en goutte, réalisé l’an dernier dans le cadre du projet Steam Cells. Il s’agissait de proposer un projet de design culinaire dans un contexte scientifique avec le concours du Dr. S. Duprat, représentant du laboratoire I-stem spécialisé dans la recherche sur les cellules souches humaines. La démarche spéculative était soutenue par la designer critique Nelly Ben-Hayoun, qui nous a également permis d’exposer à la Science Gallery de Dublin à l’occasion de l’exposition EDIBLE : The taste of things to come.

Demain c’est aujourd’hui Commissaire : Claire Fayolle Scénographe : Gaëlle Gabillet


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La laitue en goutte À notre époque les ressources menacent dangereusement de manquer dans un futur proche ; outre les matières fossiles, les forêts brûlent, les lacs et les mers s’assèchent, les icebergs fondent... Des milieux naturels en mutation, des zones urbaines en pleine expansion, de quoi demain sera-t-il fait ? Et notre assiette à quoi ressemblera-t-elle ? Depuis toujours les êtres vivants se nourrissent, c’est un besoin primaire dont la vie dépend. Ce besoin physiologique est satisfait par l’apport des molécules alimentaires, l’équilibre des portions est la base de l’alimentation. En quoi les laboratoires de recherches peuvent apporter des réponses ? Et si, en 2075, les agriculteurs et éleveurs ne peuvent plus acheminer leurs produits frais au centre des mégalopoles, ce sont les laboratoires qui produisent les aliments et qui les commercialisent sous forme de capsule. L’assiette idéale est composée de 4 de ces produits qui apportent chacun une molécule indispensable (magnésium, polyphénol, acide ascorbique...). On nous dit même que selon la composition de cette assiette il est possible de ressentir moins de stress ou d’améliorer notre sommeil !

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ANNEXE - Philanthropie et projets durables avec Google

Le programme Global Impact Awards de Google vise à soutenir les organisations à but non lucratif qui misent sur les technologies et l’innovation pour relever les défis majeurs et les problèmes les plus complexes de notre époque. Pour être potentiellement sélectionnés par ce programme, les organismes doivent respecter trois critères essentiels : - une approche ou une technologie innovante susceptible d’opérer un changement - un projet spécifique visant à mettre en œuvre une idée forte et porteuse de progrès - une équipe brillante déterminée et ayant déjà fait ses preuves Les organisations reçoivent une subvention ponctuelle pour donner vie à leur idée. Le programme Global Impact Awards n’est pas limité à un domaine spécifique. Sont ainsi concernés des projets qui soutiennent la prise de décisions informées, la transparence des résultats et la responsabilité à l’échelle d’un secteur.

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II - SOLUTIONS ***

En 2012, pour sa première édition, sept organisations se partageront une enveloppe de 23 millions de dollars, qui leur permettra de mettre en œuvre des projets à fort potentiel, comme l’indexation de l’ADN pour lutter contre le trafic de faune sauvage, la mise au point de capteurs en temps réel pour surveiller la qualité de l’eau, etc.


ANNEXE - Hackers

II - SOLUTIONS ***

(Pourquoi je veux que mes fils soient hackers, texte signé qchapter, traduit par Olivier Le Monnier - http://graphism.fr/) Commençons par définir ce que j’entends par le terme « hacker  ». Il y a tellement de peurs, d’incertitudes et de doutes autour de ce terme. De grandes institutions de contrôle veulent que vous ayez peur des hackers, veulent que vous pensiez que l’état d’esprit des hackers est dangereux. Cette vision ne peut pas être plus éloignée de la réalité. Les hackers sont simplement des individus capables qui veulent comprendre les choses pour eux-même. Le terme hacker étant maintenant proprement défini, venonsen au sujet, pourquoi je veux que mes fils soient des hackers : Les hackers ne sont pas des consommateurs bêtes et disciplinés – alors que les grandes institutions continuent de laver le cerveau des citoyens pour en faire des esclaves du système qu’elles ont créé ; les hackers savent qu’une vie est possible en dehors de ces systèmes fondés sur la dépendance des utilisateurs, une vie meilleure. La dépendance institutionnalisée est tout bonnement en train de nous tuer. Notre dépendance au système alimentaire institutionnel nous rend malade, nous réduit physiquement. La dépendance au système de santé occidental nous ruine. Les principaux partis politiques prêchent cette dépendance ; l’un mettant l’accent sur les grosses institutions gouvernementales, l’autre sur les grosses institutions entrepreunariales. Les hackers prônent une dépendance faible jusqu’à l’indépendance pour eux et leurs communautés.

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Les hackers évitent ce que j’appelle « le piège de la connaissance » – notre système éducatif consiste principalement à enseigner quoi penser, non pas comment penser. Ceci, de la maternelle au premier cycle. Les hackers se concentrent sur les compétences plutôt que sur les connaissances, les gens ayant les compétences sont ceux qui survivent. Plus encore, c’est leur attitude qui rend les hackers efficaces. Les connaissances sont moins importantes car ils ont les compétences pour acquérir celle requise lorsque cela devient nécessaire. De plus, leur attitude indépendante les rend résistant au recours à l’autorité. Les hackers peuvent tout hacker – Ils ne sont pas limités à l’informatique et l’électronique. Ils peuvent planter des légumes et par là même hacker le système de distribution de la nourriture. Ils peuvent installer des panneaux solaires sur le toit de leur maison et hacker ainsi le réseau énergétique. Ils ignorent la peur que les publicitaires et les politiciens insinuent dans la psyché de notre société. Les gros systèmes institutionnels ne déconcertent pas les hackers, eux voient au-delà. Les hackers préfèrent les systèmes ouverts – les hackers utilisent et promeuvent les outils et les systèmes ouverts et sans contrôle. Ils soutiennent la liberté des logiciels, et cela assure des outils sans contrôle aux générations futures de hackers.


ANNEXE - Desertec, un projet pharaonique en plein désert

Les militants environnementaux ne sont pas les seuls à avoir le vent en poupe après les récentes décisions prises par l’Allemagne, la Suisse et l’Italie d’abandonner l’énergie nucléaire. Le secteur de l’énergie durable voit ses chances augmenter. Comme l’énorme projet Desertec, dans lequel l’énergie est puisée dans le Sahara et doit pourvoir de courant les ménages européens. A moins que le printemps arabe ne fausse les cartes… Les chiffres et les ambitions ne manquent pas. 400 milliards d’euros sont nécessaires au financement de la construction de panneaux solaires, de miroirs solaires et d’éoliennes dans le Sahara. Desertec, une initiative d’origine allemande, y voit son intérêt, certainement après les décisions politiques qui ont été prises au sujet de l’énergie nucléaire. Le responsable néerlandais Paul van Son témoigne : «Ces décisions sont naturellement une aubaine pour nous, car il existe de grands besoins en énergie durable. A long terme, nous ne pourrons plus recevoir que de l’énergie durable. L’énergie nucléaire sera abandonnée et les combustibles fossiles seront épuisés. Tout indique très clairement que nous allons en direction de

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II - SOLAIRE **

l’énergie durable.» Facture d’électricité élevée Wim Turkenburg est un spécialiste en matière d’énergie à l’Université d’Utrecht et est d’accord avec Van Son. «Je trouve cela une idée intéressante, c’est un projet gigantesque. Techniquement parlant, c’est certainement possible. Mais avant d’aller si loin, il reste du travail à faire. C’est un investissement énorme. Outre l’investissement dans le désert, des réseaux à haute tension spécifiques doivent être installés. Le prix de l’énergie qui pourra être livrée est encore élevé.» Le printemps arabe Les coûts de ce projet ne sont pas les seuls obstacles. La situation politique dans les pays arabes, dont la collaboration est nécessaire à la réalisation du projet énergétique, est loin d’être stable. Van Son : «En effet, nous ne pouvons pas faire des affaires avec la Lybie, car le pays ne fonctionne pas correctement actuellement. Quand tout cela sera terminé, nous serons les premiers devant la porte. Nous ne sommes pas particulièrement préoccupés par des pays comme le Maroc et la Tunisie. Le ministre de l’Energie en Tunisie est toujours la


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même personne, donc nous ne remarquons pas de grands changements.» Turkenburg est d’avis que la solution n’est pas si simple que cela : «Il existe un risque intrinsèque aux projets impliquant ces pays. Leur politique n’est pas stable. Un sujet sensible comme l’approvisionnement en énergie peut certainement être utilisé contre vous. Si l’Otan par exemple faisait irruption dans un pays, les décideurs pourraient facilement fermer le robinet d’électricité.» Les gouvernements du monde arabe doivent également intervenir, comme l’explique Van Son: «Les premières années, les installations solaires sont relativement chères. Elles doivent alors être financées et il faut pour cela négocier avec les autorités. Et pour cela, vous avez besoin d’aide.» Répartition des risques

Afin de diminuer la dépendance de Desertec par rapport aux circonstances politiques, il faut répartir les risques, pense Wim Turkenburg. «La meilleure chose à faire serait une combinaison de différents projets. Songez par exemple à l’exploitation d’énergie en provenance de la mer du Nord, afin que vous ne soyez pas dépendants uniquement de l’Afrique du Nord. Mieux encore, mettez en route un projet dans lequel tous les pays colla-

borent», propose l’expert en énergie. Pour ensuite ajouter, l’air rêveur : «La musique du futur».

Article publié le 16 juin 2011 sur http://www.rnw.nl (Radio Nederland Wereldomroep) par Maike Winters

Paul Van Son, le PDG de Desertec Industrial Initiative (DII) a annoncé, le 5 octobre 2011, la construction de la première unité de ce plan colossal pour 2012 au Maroc. Après plusieurs mois d’incertitudes et d’hésitations, les responsables de Desertec ont tranché. Pourtant, le choix du pays n’a pas été facile. Finalement, la stabilité politique et sociale du Maroc a été déterminante. La volonté résolue de son gouvernement de développer le secteur des énergies renouvelables a aussi pesé dans la balance. Le Maroc est de surcroît, relié à l’Europe par deux câbles sous-marins. Autant d’arguments qui ont décidé Desertec à passer à l’action, en construisant sa première centrale solaire dès 2012, pour un investissement de 800 millions de dollars. Propos recueillis sur www.diasporasaharaoui.com/


ANNEXE - Technologies de l’interaction

Arduino (définition de http://www.arduino.cc/fr/ ) Ce système est un outil pour fabriquer de petits ordinateurs qui peuvent capter et contrôler davantage de choses du monde matériel qu’un ordinateur de bureau. C’est une plateforme open-source d’électronique programmée qui est basée sur une simple carte à microcontrôleur (de la famille AVR), et un logiciel, véritable environnement de développement intégré, pour écrire, compiler et transférer le programme vers la carte à microcontrôleur. Arduino peut être utilisé pour développer des objets interactifs, pouvant recevoir des entrées d’une grande variété d’interrupteurs ou de capteurs, et pouvant contrôler une grande variété de lumières, moteurs ou toutes autres sorties matérielles. Les projets Arduino peuvent être autonomes, ou bien ils peuvent communiquer avec des logiciels tournant sur votre ordinateur (tels que Flash, Processing ou MaxMSP). Les cartes électroniques peuvent être fabriquées manuellement ou bien être achetées pré-assemblées; le logiciel de développement open-source peut être téléchargé gratuitement.

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III - LUMIÈRE INTERACTIVE


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Lilypad Arduino Cette carte est une adaptation de l’Arduino plus plate, moins encombrante et surtout possible à coudre. Elle est indispensable pour les projets de textiles wearable. On la retrouve dans tous les projets détaillés dans ces pages.

Quelques éléments indispensables :


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sources

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Bibliographie

Sur la lumière : ALEKAN, Henri. Des Lumières et des ombres. Éditions du Collectionneur, 1998.

Chef opérateur français, Henri Alekan a sillonné plus d’un demi-siècle de cinéma mondial. Son nom est associé à des réalisateurs tels que Cocteau, Clément, Gance, Wyler, ou plus récemment, Wenders ou Ruiz. Il est considéré comme un des maîtres de la lumière au cinéma.

Didi-Huberman, Georges. Survivance des lucioles. Les Éditions de Minuit, 2009. LECLERC, Gérard. Le regard et le pouvoir. Presses Universitaires de France, 2006.

Le système des regards à l’échelle macro-sociale et historique forme une structure sociologique et scopique qui perdure au long des siècles, malgré les changements institutionnels et les révolutions politiques. C’est cette structure lourde de l’échange des regards entre les dominants et les dominés, entre le souverain et ses sujets, entre l’État et les citoyens qui est l’objet de cette recherche proposée par le sociologue Gérard Leclerc.

Lemagny, Jean-Claude. La Matière, l’ombre, la fiction : photographie contemporaine. NathanBibliothèque nationale de France, 1994. (catalogue d’exposition)

Jean-Claude Lemagny est agrégé d’histoire et spécialiste d’histoire de l’art, conservateur au département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France, responsable des collections de photographies contemporaines par auteurs.

PHILIPS. New visions on Dynamic Lighting. & Atmosphères et flexibilité.

Autres : Colchester, Chloé. Textiles Today : a global survey of trends and traditions. Thames&Huson, 2009. Barthes, Roland. L’Empire des signes. Seuil, 2005. McCarthy, Cormac. Le gardien du verger. Éditions de l’Olivier, 1996.

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Contexte énergétique : Bacher, Pierre. L’énergie en 21 questions. Odile Jacob sciences, 2007.

Pierre Bacher, ancien directeur technique responsable des projets à EDF, est expert auprès de l’Académie des technologies et de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Ce livre fait le bilan de toutes les sources d’énergie, examine les problèmes que chacune pose et envisage leur avenir respectif. Il veut nourrir un débat citoyen de sorte que l’urgence des réponses et les préjugés idéologiques ne viennent pas nuire à l’information rigoureuse.

Barré, Bertrand. Atlas des énergies : quels choix pour quel développement ?. Éd. Autrement, 2007. Barré, Bertrand ; Mérenne-Schoumaker, Bernadette. Atlas des énergies mondiales : un développement équitable et propre est-il possible ?. Éditions Autrement, 2011.

Bertrand Barré a travaillé quarante ans dans les domaines de la R&D et de la géopolitique de l’énergie. Membre de plusieurs comités scientifiques intrnationaux, il est professeur émérite à l’Institut national des sciences et techniques nucléaires.

Bernadette Mérenne-Schoumaker est spécialiste de la localisation des activités économiques et de la géographie de l’énergie entre autres.

Kempf, Hervé. Pour sauver la planète, sortez du capitalisme. Éditions du Seuil, 2007.

Hervé Kempf est journaliste au Monde. Dans cet ouvrage il cherche à montrer qu’en dépit des menaces, l’avenir reste ouvert et l’optimisme justifié.

Mons, Ludovic. Les enjeux de l’énergie : pétrole, nucléaire, et après ?. Encyclopédie Larousse, 2008

Ludovic Mons est directeur des études et du conseil à Eurostaf, une filiale du groupe Les Échos, pour laquelle il suit le secteur de l’énergie depuis dix ans.

Wiesenfeld, Bernard. L’énergie en 2050. EDP Sciences, 2005.

Bernard Wiesenfeld est Docteur en sciences et dirige une société d’études et de conseil dont l’activité intègre les aspects techniques, économiques et prospectifs de l’énergie.


Webographie

Hacking : http://openbidouille.net/ http://dailygeekshow.com/ http://www.techeblog.com/

E-textiles : http://maurin.donneaud.free.fr/?-XYinteraction,3http://www.instructables.com/ http://www.etextilelounge.com/ http://www.kobakant.at/ http://www.lbruning.com http://www.talk2myshirt.com/blog/archives/314 http://www.moma.org/explore/inside_out/2012/05/02/clickmoma-wearable-technology http://www.switched.com/2010/01/20/design-concepts-bright-brilliant-and-bold-led-dresses/ http://www.fashioningtech.com/ http://www.ecouterre.com/category/wearable-technology/ http://responsiveenvironments.wordpress.com/tag/prototyping/ 

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Design : http://sleekdesign.canalblog.com/ & http://www.sleekdesign.fr http://softcircuit.wordpress.com/ http://www.designaddict.com/design_addict/blog/index.cfm/2012/11/7/Mine-Kafon

Autres : http://www.materio.com http://www.futura-sciences.com/fr/news/ http://exploratrices.com/ http://mashable.com/ http://paris.sous-surveillance.net/ http://owni.fr/2011/11/30/vers-une-economie-de-la-contribution/ http://earthobservatory.nasa.gov/


Événements - Expositions - Ateliers

FITG – Forum des interactions tactiles et gestuelles à l’Imaginarium, Grand Lille, 13et14nov2012 ForumLED Europe, Grande Halle de la Villette, Paris, 21nov2012 Formation de régisseur lumière au Théâtre de la Cité Internationale, Paris, 21nov2012 Workshop RepRap, imprimante 3D, à l’Imaginarium, Grand Lille, 24nov2012 Fête des Lumières, Lyon, 9déc2012 Black Night, Jardin d’Alice, Paris, 11jan2013 Conférence d’Hannah Perner-Wilson, ENSAD, Paris, 6fév2013 L’envers du dehors, Ardanthé, Théätre de Vanves, Sud de Paris, 20fév2013 Initiation aux Compteurs Geiger, Lycée Olivier de Serres, Aubenas, 29mars2013 Gutaï - The Spirit of an Era -, The National Art Center, Tokyo, 6août2012 Corps et ombres : Caravage et le caravagisme en Europe, Musée Fabre, Montpellier, 25août2012 Futurotextiles, CETI, Grand Lille, 14oct2012 et 14nov2012 Do It Yourself, Imaginarium, Grand Lille, 13nov2012 Light Show, Hayward Gallery, Londres, 11mars2013 Mondes Électriques, Fondation EDF, Paris, 14mars2013 La Gaïté Lyrique Atelier Lumière avec Dominique Doulain, les jeudis soirs à l’ENSAAMA + micro-formation MaxMSP Rencontres à la Black Boxe, les mercredis soirs

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UN GRAND MERCI À Maurin Donneaud pour son soutien et ses conseils, Anatoli Vlassov grâce à qui ce projet devient réel, la Black Boxe dans son ensemble pour son accueil et son enthousiasme, Dominique Doulain pour son expertise lumière, la famille Murase pour ses enseignements et la merveilleuse expérience qu’elle m’a fait vivre, Nathalie Allard, Cécile Roudier, Vincent Giavelli, Lucia Velez et Coraline Magny : l’équipe du DSAA qui m’a suivie tout au long de ce projet, et tous mes proches qui ont su trouver les mots justes pour m’encourager et dont la patience est infinie.

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Master Thesis  
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