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LA HALTE

de Elisabeth Ankou & Pauline Lhuillier Editions Crados


La halte, le projet

Troisième partie de mémoire de projet de fin d’études en architecture. Réalisé sous la direction de Nicolas Pham. Elisabeth Ankou & Pauline Lhuillier, Ensa-Versailles, Février 2018.


PREAMBULE

L

’interstice est un milieu qui regoupe des composantes de nature très distinctes que ce soient des lampadaires, des bancs et des vélos, ou des barges de soixante mètres de long et un bassin de presque un kilomètre de long. A l’image de la ville d’Anvers, il est une juxtaposition de contraires : de la très grande échelle (économique, territoriale et industrielle) et de la petite échelle (intime, humaine et domestique).


S O M M A I RE Projections dans l’interstice

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Pratiques des usagers

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Bateliers Étape


Tours A l’image de trois phares, ces tours sont des points de repères au sein de la ville archipel. Chacune d’entre elles se place sur une rive, compose avec le lieu, et marque la porte d’entrée d’Anvers. Ensemble elles rentrent en résonnance et créent un nouveau milieu urbain.

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Promontoire Telle une figure de proue placée sur une rive, ce dispositif permet le cheminement par une ascension progressive vers le bout de la péninsule. Ce dispositif s’inscrit au cœur du lieu pour amorcer une place. L’usager domine le paysage et se mesure à l’échelle portuaire.

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Jonction Plus qu’un ponton, ce franchissement permet de mettre entre relation les trois rives par le biais d’un dispositif conséquent. Sa pièce maitresse se délite en une multitude de programmes sur chacune des rives, ceux-ci guidant les usagers en son cœur.

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Infrastructures Comme posé entre-deux eaux, ce dispositif stratifié dans son élévation compte intégrer en son sein la grande infrastructure autoroutière qu’est le Ring. Il met en relation des échelles différentes, des mobilités et des réseaux de toute nature, que condensent de manière complexe le site.

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* Photographies d’antan de Merksem 07


« Matrice historique, le fleuve a été et est encore une infrastructure de transport de premier ordre, permettant d’approvisionner la ville en matériaux de construction, produits agricoles et même produits de consommation. Les artisans bateliers sont les principaux acteurs de cette fonction. Par la navigation fluviale, ils font le lien entre les villes et les ressources de leur hinterland. En ce sens, ils participent pleinement à l’économie urbaine ; ils font la ville ».

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LE MONDE DES BATELIERS

« Moins dangereuse et requérant une force physique moindre la navigation ne nécessite plus que deux personnes à bord, où auparavant elle imposait un équipage important et exclusivement masculin ». 09


« L’épouse du batelier fait alors office de matelot et réalise les tâches qui lui incombent . Le couple réuni dans le travail abandonne alors sa maison à terre ». 10


« Les logements, en général de petite taille, ressemblent aux dimensions de ceux qu’ils possédaient sur leur bateau, et leurs jardins sont à la même échelle. On reconnait les maisons de bateliers par leurs signes distinctifs ». 11


« De sédentaires urbains, les bateliers sont ainsi devenus itinérants. Contraints d’habiter leur embarcation, la voie d’eau est devenue à la fois leur espace de production, le transport de marchandises, et d’habitation. Ils n’ont eu d’autres choix que d’habiter le flux ». 12


« En permanence, les bateliers cherchent à rallier le plus vite possible les lieux de chargement ou de déchargement. Ils s’arrêtent uniquement pour dormir ». 13


« Les bateliers, les « gensd'eau », pratiquent un espace réticulaire, l’espace de leur itinérance professionnel, qui est parallèle à celui des « gens d’à terre », bien distinct de celui parcouru par ces derniers ». 14


« L’habitat du flux professionnel se traduit par une spatialité marginale à deux titres. Nous avons montré que les bateliers pratiquent des espaces en marge de ceux pratiqués par le reste de la population ». 15


« De plus, ils fréquentent peu les centres urbains, se tenant donc aussi en marge de la société de ce point de vue ». 16


« Ils font la navette entre la ville, comme lieu de consommation et son hinterland périurbain producteur. Leur rapport à la ville est avant tout fonctionnel, en termes de ravitaillement ». 17


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« Après avoir amarré leur embarcation, ils leur arrivent couramment d’être confrontés à de nombreuses barrières physiques, telles que les clôtures et grilles de sécurité des différents chantiers et entreprises fluviales, nombreuses le long des berges ». 19


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« Les haltes liées à l’économie domestique coïncident toujours avec des arrêts de navigation imposés. En général, les bateliers mettent en œuvre des stratégies d’anticipation vis-à-vis de leurs habitudes quotidiennes et s’approvisionnent le week-end en grande quantité ». 21


« Finalement, c’est à cela que se réduit souvent leur pratique de la ville. Une pratique ludique, récréative ou culturelle de la ville, leur est largement étrangère ». 22


« Ces haltes, dont nous avons développé l’importance, sont souvent peu adaptées aux besoins de la population batelière. Elles sont superficiellement aménagées ». 23


« Elles constituent une infrastructure fruste de lieux d’étapes. Il s’ensuit un timide développement de nouvelles infrastructures sur ces « lieux d’étapes » : points d’eau, électricité, système d’accès à Internet, pieux d’amarrage ». 24


ÉTAPE SUR LE CANAL Nous avons choisi d’intervenir sur le Lobroekdock. Nous considérons cette immense pièce d’eau propice à confronter des échelles opposées, l’échelle humaine et l’échelle portuaire. Par sa position géographique dans la ville et sur le parcours du canal Albert, le bassin est favorable pour être un « lieu étape ». Actuellement on trouve, dans ce dock désaffecté, de nombreuses épaves.

L’univers et le quotidien des bateliers semblent être en marge de la pratique de la ville. Les services et infrastructures de cette dernière sont encore peu ou mal pensés pour les usages et besoins des bateliers, les laissant pour compte. Ce manque de considération des pratiques des « gens d’eau» les gardent à distance des « gens d’à terre » et leurs activités. Pourtant elles participent sans aucun doute à la fabrique de la ville.

Le dispositif du projet viendrait affirmer la présence du Lobroekdock, proposerait une halte pour les usagers du canal, et aurait alors la capacité de faire cohabiter les gens d’eau et les gens d’à terre. L’ambition pour le Lobreokdock, jusqu’alors peu influent sur son environnement urbain, est d’en faire une nouvelle place métropolitaine répondant autant à l’échelle urbaine qu’à l’échelle territoriale.

C’est pourquoi leur place dans la ville devrait être davantage valorisée. D’autant plus qu’intégrer leurs usages et modes de vie ne peut être certainement que bénéfique pour la richesse des situations urbaines. Le réseau fluvial est sans aucun doute le vecteur d’une économie prospère pour la ville, mais en quoi ses acteurs et leurs pratiques peuvent influer une nouvelle urbanité à la ville?

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Bateaux en transit Bateaux de passage Bateaux en halte

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Bateaux en transit Bateaux de passage Bateaux en halte

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RE F E RE N C E S Film «l’Atalante» de Jean Vigo (1934, 89 minutes) Article «Habiter le fleuve : la « flurbanité » des bateliers du bassin de la Seine» de Charlotte Paul et Nicolas Raimbault


La halte Ce livret est un extrait de notre mémoire de fin d’études en école d’architecture. Il fait l’objet de projections sur le site étudié dans le précédent tome. Il évoque et prend en compte les services et pratiques liés à ses usagers. Il fait partie d’un ensemble de trois livrets, dont il est le troisième et dernier volet.

Book 3 halte ankou lhuillier  
Book 3 halte ankou lhuillier  
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