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Temps fort du In, « La Casa de la Fuerza », d’Angelica Liddell 13.07.2010

La Casa de la Fuerza, d’Angelica Liddell © CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

Trois filles sur un plateau vous en mettent plein la vue. A leur tête, Angelica Liddell, espagnole, auteur metteur en scène du spectacle La casa de la Fuerza, une très longue épopée de 5h30 qui vous fait chavirer vers la folie et les limites du dépassement de soi. Du jamais vu sur une scène de théâtre. Parce qu’elle a été, à 20 ans, littéralement tabassée par l’homme qu’elle aimait, Angelica Liddell est allée chercher au théâtre les moyens de sa reconstruction. Sa pièce est le récit de sa descente aux enfers. Les coups d’abord, les scarifications ensuite, l’avilissement et l’humiliation, le sadomasochisme, la douleur et la rage qui ne la quittent plus, depuis. Trois filles sur le plateau et un musicien qui joue du violoncelle en chantant d’une voix divine, surréaliste. Impossible de résumer ici tout ce qui traverse la représentation. Des hurlements déments où la souffrance tente de s’expulser à l’épuisement physique qui voit les filles transporter à bout de bras une quinzaine de canapés, vider des sacs entiers de charbon, se faire faire des prises de sang en direct : On ne peut pas raconter l’innommable : cette souffrance livrée à la face d’un public interloqué, totalement sous le choc d’une


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représentation où personne n’épargne personne. Le théâtre a-t-il guéri Angelica Liddell de sa détresse ? pas sûr. Mais nous, public, on a compris avec toute la brutalité nécessaire, les abimes par lesquels elle est passée et passe encore.

La question du trop, de l’exhibition ne se pose pas ici. Ce spectacle ne triche pas. C’est un moment de vérité absolue qu’il faut prendre comme l’expression la plus sincère d’une extrême impossibilité à vivre. A mi parcours, le festival d’Avignon a offert au public un événement dont il se souviendra toute sa vie. Quoi qu’on dise, lorsqu’elle sera terminée, de la qualité ou non de cette 64e édition, (a-t-elle répondu aux attentes, étions nous face à un grand moment de communion populaire ?) le spectacle d’Angelica Liddell, restera dans les mémoires comme l’un des temps les plus forts qu’il ait jamais connu au théâtre. On ne vit ce qu’on a vécu hier, de 21 h 30 à 3 h du matin que quelques fois au cours d’une carrière. 5 heures après être entré dans la cour du Cloitre, on ressort hagard, abasourdi, littéralement sous le choc d’une représentation exceptionnelle de puissance et d’engagement. Difficile après ça de se remettre d’aplomb !

> Les chroniques quotidiennes du festival. Retrouvez ici tous les billets de Joëlle Gayot, diffusés dans le journal de la rédaction de 18h. Joëlle Gayot

Thèmes : Arts & Spectacles| Festival| Théâtre| Avignon 2010


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