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Gérard Warenghem

Ta parole nous éclaire

Préface Florence Ssereo

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A vous, qui allez vous reconnaître au fil de ces pages,

vous qui m’avez facilité la compréhension de la Bonne Nouvelle !

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SOMMAIRE

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Préface, par Florence Ssereo

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Introduction

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Le coup du timbre poste !

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Pas de langue de bois !

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Ne perdons pas les clés

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Nous sommes en 2007 après Jésus Christ

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Du Congo au réservoir de ma voiture

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Jésus s’invite chez moi !

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A Lourdes

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Entendu au caté !

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Entre le « bon vieux temps » et « les lendemains qui chantent » 36 A venir et déjà là : ouvrons les yeux

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A table !

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Alleluia

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Avec le Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique (en Côte d’Ivoire) 47 Chacun par son nom Avec les sans papiers Ne tournons pas en rond. Nous sommes sur une ligne droite Eau potable pour tout le monde ! Ce qu’il y a de mieux pour nos enfants Changer de regard Comme un enfant Sortir de chez soi Croyant, mais non pratiquant ! Dent de sagesse, sage-femme, sagesse dans la bible … Cinq pains et deux poissons. Ne dites pas « C’est petit » Du sang dans nos portables Je n’ai pas le temps Le monde est petit ! La machette et la statue « Vouloir savoir et oser dire » Abbé Pierre

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La joie « La messe, c’est ennuyeux ! » La foi dans les beaux jours à venir La peur du patron La vie Le bouche à oreille Les bons moments ont une fin, sauf dans la bible ! Les coups durs Orléans, Brazzaville : d’étranges coïncidences… Prendre ses distances Les pauvres sont-ils heureux ? Les zones de turbulence Une crèche vivante à Nancy Les évêques d’Afrique centrale nous interpellent L’homme est un loup pour l’homme Libre ! Lors du mariage de Pascal et Nanette L’ordinaire et l’extraordinaire Au salon 5


Une religieuse congolaise Un livre bleu ! Notre identité Les douleurs de l’enfantement Au Secours Catholique De la figure « amarrée » au sourire ! Divers mais unis On est toujours en train de se plaindre On passe à table ! On reconnait l’arbre à ses fruits « On se sent revivre » On va souffler un peu Papy Tout un programme ! Quand le GPS n’existait pas 40 ans, ça commence à compter ! Que faire ? Ne négligeons pas les petites fleurs 6


Un match de foot Saint Valentin Sandra Savoir dire merci Servir ou se servir ? Sortons de nos églises ! Tempête dans un verre d’eau ? Un autre monde est possible Un gâteau raté Un ticket de métro Un, deux, trois ! Une bonne dose d’optimisme Vivre ! Ca débouche sur le paradis Vivement le repos éternel ! Conclusion

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Préface par Florence Ssereo Une homélie, chez Gérard, c’est un « petit mot simple » prononcé au cours de la messe, après la lecture de l’évangile. Elle est tantôt une méditation, tantôt un commentaire, pendant un temps raisonnablement court ! Selon le père Adelmo Spagnolo, un missionnaire combonien et aumônier de la JEC ougandaise dans les années 80, l’homélie doit durer 7 à 10 minutes !

Bien que je ne fasse pas partie de celles et ceux qui se retrouvent le matin dans la chapelle du 30 Rue Lhomond, je voudrais partager mon humble point de vue et mon témoignage. Les homélies sélectionnées et réunies ici sont une réponse à une question spontanée. Nous venions de terminer la fête du baptême de Nohémie Nohémie et de Tchelsy quand je lui demande : « Peux-tu me donner le texte de ton homélie de tout à l’heure ?»

Je voulais lire ce qu’il avait dit. Occupée avec les enfants dehors, je n’avais pas tout entendu. Le père Gérard m’a donné le texte de son homélie de ce 8 octobre 2011 et 8


par la suite, il m’a confié une collection d’homélies prononcées au cours de ces dernières années ! Quelle plaisir de lire tout cela ! Elles ne sont ni des discours, ni des instructions moralisatrices, encore moins une liste d’obligations à suivre mais bien une lumière pour notre route.

Dans ces homélies je retrouve la parole du Christ. Et pour moi une homélie trouve son importance dans sa capacité à faciliter ma rencontre avec le Christ, dans sa capacité à éclairer le lien entre l’évangile et ma vie au quotidien. La rencontre avec le Christ à travers l’évangile lu, commenté et médité pendant la messe me fait comprendre la grandeur de son amour, que je garde au fond de mon cœur et que je partage avec les autres, qu’ils m’aiment ou qu’ils m’aiment moins !

J’ai trouvé aussi chez Gérard une articulation entre la petite communauté locale et l’Eglise universelle. L’Eglise est vue comme une grande communauté de chrétiens de cultures diverses, une grande communauté sans frontières. Et puis, j’ai encore trouvé une articulation entre l’individu que je suis, ma propre communauté et les divers mouvements et associations qui regroupent des personnes soucieuses du développement de tout l’homme et de tous les hommes.

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J’espère qu’à votre tour, vous trouverez la joie partagée à travers ces homélies. Et que l’amour du Christ, reçu à travers l’évangile médité dans la prière vous illuminera. Cet amour du Christ transcende l’espace et le temps, toutes frontières et toutes cultures. Ce message d’amour, nous sommes appelés à le partager avec tout le monde, sans distinction. Florence Ssereo1

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Diplômée d’un doctorat en sciences sociales, en résolution des conflits, Florence Ssereo, ougandaise, travaille à l’UNESCO depuis 1991 : volontaire, stagiaire et responsable de programme. Depuis 2004, elle se trouve aux Bureaux Multi-Pays de cet organisme (à Addis Abeba, puis à Dar es Salam et aujourd’hui, au siège, à Paris). Elle est Spécialiste du Programme Education dans la section de formation des maitres du Secteur de l’Education. Par ailleurs, elle a été membre active de la JEC : responsable- nationale au niveau de son pays (de 1972 – 1985), de la Coordination JEC panafricaine (Nairobi, 1985 – 1986) et de la JEC Internationale (Paris, 1987 1991).

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Introduction Dans notre communauté spiritaine, rue Lhomond à Paris, nous sommes appelés à présider l’eucharistie du matin, chacun à notre tour. C’est l’occasion de prononcer une « homélie », un petit commentaire à partir des lectures du jour. Il m’arrive de partager ce commentaire avec les membres du Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique, ou avec tel ou tel, concerné plus ou moins directement par ce commentaire. Je reçois quelquefois des remerciements. Une fois, j’ai reçu un retour qui m’a surpris : « Mon père, ne m’envoyez plus vos homélies quand je suis au bureau. L’autre jour, je me suis mise à pleurer et les collègues ne comprenaient pas pourquoi… » En réunissant ici quelques unes de ces homélies, je ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières, encore moins dans les bureaux. Il me semble que nous avons tous, et chaque jour, intérêt à éclairer nos routes avec la Parole ! Ces quelques pages voudraient être une invitation à confronter nos vies avec d’autres pages, celles de la bible qu’il nous est facile d’ouvrir. Oui, ta Parole nous éclaire !

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Le coup du timbre poste ! "Si le Christ n'est pas ressuscité, déclare Saint Paul, notre message est sans objet, et votre foi est sans objet". 1 Co 15,14 L’essentiel pour un chrétien Nous ne sommes pas nombreux ici, à avoir suivi les cours d’Ecriture sainte du Père Gils. Vous ne connaissez sans doute pas ce petit exercice qu’il aimait bien : vous prenez un petit timbre poste normal, et au dos, vous écrivez ce qui est essentiel pour un chrétien. Sur un timbre poste, on ne peut pas s’étendre longuement ! Il y a 5 ou 6 ans, on m’avait invité à célébrer la messe, dans un foyer de jeunes filles, tout près d’ici, rue de Sèvres. Après la lecture de l’évangile, comme le texte s’y prêtait, je distribue à chacune un timbre, et je leur demande d’écrire un mot qui résume tout pour un chrétien. L’effet de surprise passé, elles se mettent à écrire et je ramasse les copies, c'est-à-dire les timbres ! Plusieurs avaient écrit Dieu, l’une ou l’autre Jésus, quelques unes amour, mais personne n’avait écrit résurrection. Et pourtant, comme le rappelle Saint Paul, « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre message est sans objet, votre foi est sans objet ». Nous sommes dans un monde où les medias nous inondent de mauvaises nouvelles. Les mauvaises nouvelles cachent souvent les bonnes. Il est plus 12


souvent question de disparitions, de blessés, de morts. Et même à ce niveau, les medias font un choix. Combien de temps ont-ils consacré aux otages français, combien de temps ont-ils consacré au Darfour ? Alors dans cet univers, la résurrection passe inaperçue. Nous passons à côté des forces de la vie, préoccupés par les forces de la mort. Et pourtant, la vie est là, ouvrons les yeux. L’autre jour, j’étais au Jardin du Luxembourg avec une gabonaise et ses deux petites filles de 3 et 5 ans. Il y a des jeux. Les enfants vont jouer et se retrouvent avec deux autres, sur une espèce de balançoire. Ils étaient 4 sur la même balançoire, deux noires, un blanc, une jaune. J’ai fait une photo, mais je ne suis pas journaliste, cette photo ne fera pas la une des journaux ! Les enfants se rencontrent, jouent, vivent. Ils nous donnent des leçons. Les medias sont absents. Dommage ! Quand on est témoin de scènes de ce genre, on relit avec d’autres yeux les passages de l’Evangile où Jésus parle des enfants. Eh bien, ne passons pas à côté des petites choses de la vie, des petites choses simples et belles. Jésus est ressuscité, nous sommes appelés à la résurrection. Avec lui, la vie doit triompher. Ne soyons pas absents quand elle triomphe, Réjouissonsnous et rendons grâce à Dieu. Paris, septembre 2004

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Pas de langue de bois ! « Pour vous, qui suis-je ? » Marc 8,27-30 Chacun est invité à répondre. Il est des homélies passe partout, des homélies qui peuvent être prononcées n’importe quand et n’importe où, dans cette chapelle ou dans une chapelle de n’importe quel pays. En général, c’est plutôt ennuyeux ! Ce matin, c’est un peu difficile de faire ce genre d’homélie. Si l’on se met à la place des disciples et si l’on prend au sérieux la question de Jésus : « Pour vous qui suis-je ? », il faut une réponse personnelle. Dans notre tradition, ici dans cette chapelle, seul celui qui préside la cérémonie a droit à la parole. C’est dommage, car je suis sûr que si chacun de nous répondait à la question, nous aurions au bout du compte un échange et une réponse très riche. Bon, on va tout de même respecter la tradition et vous n’aurez droit qu’à ma pauvre réponse. A la question « Pour toi qui suis-je ? », je répondrai : « Tu es le fils du Dieu vivant, tu es le ressuscité, et avec toi nous savons que la vie vaincra. Avec toi, Jésus ressuscité, nous ne pouvons pas nous résigner. Pas question de baisser les bras. Nous sommes sûrs de gagner.

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Et quand sournoisement, l’envie d’abandonner survient, je repense à Saint Paul : nous sommes le corps du Christ, quand un membre est malade, c’est tout le corps qui est malade. Et avec John Littleton, je fredonne : « Vous êtes le corps du Christ, vous êtes le sang du Christ, alors qu’avez-vous fait de lui ? » Pour vous donner un exemple concret, je fais partie du « Groupe Afrique » de l’ACAT France. Nous étions 5 ou 6, attentifs à tout ce qui défigure l’homme en Afrique (torture, atteintes aux droits de l’homme). Malheureusement, depuis l’an dernier, notre groupe s’est restreint. Les deux personnes qui étaient les plus motivées ont du quitter le groupe pour grave raison de santé. Que faire ? En ce qui me concerne, j’ai déjà plusieurs engagements par ailleurs. Difficile d’en faire plus ! Que faire, tout abandonner ? Chercher du renfort ? Quand vous vous mettez à chanter : « Alors qu’avez-vous fait de lui ? », vous ne pouvez plus hésiter : il faut chercher du renfort. Paris, septembre 2008

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Ne perdons pas les clés « Pour vous qui suis-je ? Prenant la parole, Simon Pierre déclara : Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! … Je te donnerai les clés du Royaume des cieux… » Mat. 16,13-20 Eglise des Rois Mages, Libreville Résumé de mon homélie du dimanche 25 août 2002, la veille de mon retour en France. Une façon de dire merci à tous ceux qui m’ont reçu si chaleureusement ! Il est des passages dans l’Evangile que nous pouvons lire 10, 20, 100 fois et qui ne retiennent pas spécialement notre attention. Et un jour, pour telle ou telle raison, ce passage lu 100 fois de façon distraite devient source de lumière. C’est le cas pour moi aujourd’hui avec l’image des clés. Sans doute parce que, au cours des quelques semaines passées avec vous, on m’a confié beaucoup de clés. Ici aux Rois Mages, j’ai les clés de la maison, j’ai une chambre et un bureau. A Boué, l’ami qui m’a offert le voyage et chez qui j’ai passé quelques jours m’a donné les clés d’une petite maison voisine de la sienne. Nestor m’a donné les clés de son bureau, ici à côté de l’église. J’ai pu travailler sur son ordinateur quand je le souhaitais. Trois ou quatre personnes m’ont confié les clés de leur voiture. C’est intéressant 16


d’avoir une chambre, une douche, un bureau, un ordinateur, une voiture ! Aujourd’hui, nous voyons Jésus confier les clés du Royaume à Pierre. A Pierre, parce que Pierre a saisi quelque chose du mystère. A la question « Pour vous, qui suis-je ? », Pierre donne la bonne réponse. Il a compris qui est Jésus. Il a percé le mystère de Jésus, Fils du Dieu vivant. Et quand on commence à comprendre qui est Jésus, on commence à comprendre un petit peu aussi la nature du Royaume qu’il est venu instaurer, dont nous faisons déjà partie et qu’il nous invite à faire grandir. Le Royaume de Dieu, c’est un Royaume de vérité, de liberté, de justice, de paix, en un mot, un Royaume d’Amour. Comprendre qui est Jésus, c’est posséder les clés du Royaume des cieux. Et nous qui possédons les clés, nous devons ouvrir ce Royaume aux autres. Durant mon séjour à Libreville, j’ai vu beaucoup de choses. Des choses bizarres qui font rires, des choses bizarres qui posent question, des choses scandaleuses aussi. Mais ce matin, je voudrais seulement vous parler des personnes que j’ai rencontrées et que j’ai vues, avec les bonnes clés, ouvrir aux autres les portes de ce Royaume d’Amour. Nous avons passé une petite semaine, au Séminaire Brottier, avec quelques chrétiens engagés, camerounais et gabonais. Chacun a dit aux autres ce qu’il faisait pour faire grandir le Royaume de Dieu, et nous avons rempli un très grand tableau avec ce que les uns et les autres ont rapporté. Il faut dire que nous 17


étions entre 15 et 20. Je ne vais pas vous raconter tout ce qui était écrit au tableau. Je vais juste vous donner quelques exemples parmi les actions menées par ceux qui habitent ici à Libreville. Tout d’abord, j’ai rencontré beaucoup de personnes qui luttent contre le sida. Nous avons visité les locaux de l’Association Gabonaise d’Assistance et d’Actions aux Séropositifs et aux Sidéens (AGAASS), tout près d’ici, Derrière le Moulin Rouge. Nous avons rendu visite à un médecin militaire, une toute jeune femme, qui depuis son infirmerie, lutte aussi, à son niveau, contre le sida. J’ai été amené à rendre visite à une jeune fille de 24 ans, malade en phase terminale, un squelette vivant. Je ne savais trop que dire. Heureusement que sa sœur un peu plus âgée était là pour lui dire les mots qu’il fallait. Allongée sur un matelas, à même le sol en terre battue, la malade ne voulait pas rester dans la chambre où des voix l’appelaient. Nous avons prié, j’ai béni tout le monde et elle n’a plus peur de rester dans la chambre, sur un lit. Enfin, toujours à propos du sida, j’ai gardé avec moi la très belle prière qui a été distribuée à la cathédrale Sainte Marie, le 15 août. Nous avons prié pour les malades, pour ceux qui les accompagnent, pour leurs familles, pour les médecins, les personnels soignants, les chercheurs. Lutter contre le sida, accompagner les séropositifs, n’est-ce pas vouloir faire grandir la vie ? N’est-ce pas tenter de soulager ceux qui souffrent ? N’est-ce pas ouvrir toutes grandes les portes du Royaume ?

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Ce n’est pas tout ! J’ai vu encore d’autres personnes qui possèdent les clés. J’allais dire qui possèdent le code ! Nous avons visité le Centre Emilie et le Centre d’Agondgé, j’ai vu la Maison Arc en ciel. Dans ces endroits, ce sont des enfants qui sont bénéficiaires au quotidien, de gestes d’amour. Enfants de la rue, orphelins, enfants victimes de trafic. Ceux qui donnent de leur temps, de leur affection à ces enfants, ils sont dans le Royaume, et ils ouvrent les portes pour que d’autres connaissent l’Amour. Comme vous le voyez, les quelques semaines que j’ai eu la joie de passer avec vous ont été bien occupées. Et je repars demain à Paris, revigoré par tout ce que j’ai vu ici. A Paris ou à Libreville, c’est le même Royaume. Nous avons la même clé : Jésus Christ lui même, le Fils du Dieu vivant. Et ce sont les mêmes portes qu’il faut ouvrir à tout le monde et en particulier à ceux qui souffrent. Que le Seigneur lui-même nous vienne en aide. N’allons pas perdre les clés. Ne fermons pas les portes. Ouvrons les portes du Royaume ! A Libreville, Gabon, le 25 août 2002

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Nous sommes en 2007 après la naissance de Jésus Christ « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. » Jean 20,2-8 Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala court donc trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: «On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis». Jean 20,2-8 Avec la liturgie, on ne s’attarde pas à la crèche ! En temps normal, dans les pays en paix comme le notre, la naissance d’un enfant retient l’attention des parents et des amis pendant quelques jours, même pendant quelques mois. La joie du père et de la mère sont indescriptibles. Tout le monde s’extasie et fait son commentaire. Il n’en va pas de même dans notre liturgie romaine. Le 25 décembre : naissance de Jésus ; hier le 26 : c’était le martyre d’Etienne ; aujourd’hui, le 27, avec Saint Jean on est déjà à la résurrection. N’oublions pas que Saint Jean était au pied de la croix avec Marie. Demain, le 28, ce sera le martyr des innocents. Que de violences ! On est loin de la douceur qui entoure habituellement un nouveau né.

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Il est vrai que cette naissance qui change le cours du monde a eu lieu voila plus de 2000 ans. Alors il faut vivre avec son temps. Depuis plus de 2000 ans, nous sommes dans la période où l’on souhaite chaque jour que son règne vienne sur la terre comme au ciel. Le règne de Dieu inauguré avec Jésus grandit. Et nous sommes invités à participer à la construction. Mais 2000 ans après son inauguration, il faut bien constater qu’il n’est pas encore là. La violence existe toujours, les hommes que nous sommes n’ont pas encore réussi à bâtir un monde où l’amour est la seule réalité qui devrait compter. Je disais en commençant : « dans les pays en paix comme le notre ». Il faut nuancer. Tout le monde ne jouit pas du même statut. Rappelez-vous. C’était le jeudi 20 décembre, ce n’est pas vieux. Une personne Sans Domicile Fixe a été retrouvée morte jeudi matin place de la Concorde à Paris, « couchée sur une palette en bois, apprend-on auprès de la préfecture de police ».Cette personne a été découverte vers 8 h40 par des employés des parcs et jardins de la ville de Paris qui ont constaté qu'elle n'avait pas de couverture en dépit du froid très vif de ces derniers jours. Alors aujourd’hui, ce matin, nous pouvons orienter notre prière dans plusieurs directions. Tout d’abord, que le Seigneur nous aide à ne pas rester indifférents devant les violences de toutes sortes

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qui persistent dans ce monde. Gardons ouverts et nos yeux et notre cœur. Et puis, qu’il nous donne aussi la force d’agir. Nous ne pouvons peut-être pas faire grand chose, mais avec un peu d’imagination, chacun peut apporter sa pierre : la construction du Royaume ne se fera pas sans nous. Alors, ne baissons pas les bras. Paris, décembre 2007

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Du Congo au réservoir de ma voiture « L’homme qui met sa confiance dans le Seigneur est comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant : il ne craint pas la chaleur quand elle vient, il ne redoute pas une année de sécheresse, car elle ne l’empêche pas de porter du fruit.» Livre de Jérémie 17,5-10. Nous voilà au début du carême. Je vous avoue que je suis tous les jours avec des hommes et des femmes, avec des jeunes qui ne sont pas très chrétiens, ou qui ne sont pas chrétiens du tout. Ils ne sont pas chrétiens au sens où ils ne vont pas à la messe chaque dimanche. Ils ne savent plus ce que c’est que le mercredi des cendres. Ils savent encore qu’il y a une messe la nuit de Noël, mais pour le reste, ils en savent de moins en moins. Et nous ici ce matin ? On ne se connaît pas, et je ne sais pas non plus ce que vous pensez du carême. Je ne sais comment vous envisagez ces semaines de carême. Si on avait le temps, on pourrait échanger, et on verrait qu’à nous tous, on aurait sans doute une bonne idée de ce que c’est le carême. Comme il est difficile de tout dire en cinq ou dix minutes, ce matin, je voudrais insister seulement sur le partage. 23


Depuis la résurrection de Jésus, nous sommes tous invités à vivre en ressuscités. Nous sommes invités à vivre debout. Lève-toi et marche ! Je dis bien « nous ». « Nous » sommes invités. Dans l’esprit de Jésus, nous sommes tous les enfants de Dieu, il nous invite à dire à Dieu : « notre » Père. Jésus disait : je suis venu pour que les hommes aient la vie. Les hommes, et donc « tous les hommes » Alors, personnellement, quand je pense carême, je pense en même temps à Pâques, à la résurrection. Et à Jésus qui disait : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et la vie en abondance ». Mais pour que tout le monde puisse vivre, il faut partager. Et c’est un aspect du carême, un aspect sur lequel je voudrais donc insister ce matin. En ayant en tête cette phrase de l’abbé Pierre : « Vouloir savoir et oser dire ! » Vouloir savoir Prenons un exemple très précis. Votre curé, le Père Joachim est du Congo. (Invitation à trouver le Congo sur la grande carte d’Afrique que j’ai installée dans l’église.) Vouloir savoir et oser dire Oser dire : «Il faut que la voix des hommes sans voix empêche les puissants de dormir ». Publiez ce que vous payez. Pour les lecteurs de ce livre, retrouvez le Congo, Brice Mackosso, Christian Mounzéo à la page : Eau potable pour tous. 24


Soutenir ceux qui ont le courage de parler. Oser dire, prenons la parole. Ce que nous savons, ne le gardons pas pour nous. Disons-le. En sachant que pour empêcher les puissants de dormir, ça ne va pas être facile. Il va falloir faire du bruit car ils ne sont pas tout prés de nous. Ils se barricadent dans leur monde. Dans leurs pensées, dans leurs relations. Je veux bien empêcher les puissants de dormir, mais je ne sais pas comment m’y prendre ? Alors je peux demander à mon voisin s’il veut bien réfléchir avec moi : à deux, on va sans doute trouver une idée. Mais, pour terminer, il ne faut pas oublier que les puissants n’aiment pas qu’on les dérange dans leur sommeil. Comme Jésus le disait, ça va être dur, il va falloir prendre sa croix. Le Royaume de Dieu - Jean XXIII disait : « Royaume de vérité, de liberté, de justice, d’amour » - ce royaume ne se construit pas à coups de baguette magique. Nous sommes appelés à nous y mettre en sachant que celui qui veut garder sa vie la perdra mais en sachant aussi que celui qui perd sa vie à cause de lui et de l’évangile la sauvera. Nous nous appuyons sur le Seigneur. Nous ne sommes pas appelés à construire le Royaume tout seul. Nous le construisons avec le Seigneur lui-même. Et il fait bon alors relire et de méditer longuement ce que nous entendions dans la première lecture de ce jour. Je vous relis ces quelques lignes tirées du livre de Jérémie : 25


L’homme qui met sa confiance dans le Seigneur est comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant : il ne craint pas la chaleur quand elle vient, il ne redoute pas une année de sécheresse, car elle ne l’empêche pas de porter du fruit. Livre de Jérémie 17,5-10. Paroisse Saint Denis à Dugny (93) Février 2007

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Jésus s’invite chez moi ! « Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ? » Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : ’Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.’ » Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque » Matthieu 26, 17-19 C’est chez toi que je veux célébrer la Pâque. Et si le « un tel », c’était moi ? En fait, ce n’est pas la peine de poser la question, nous savons bien que le Christ, qui a fait son passage de la vie à la mort et de la mort à la vie, nous entraine dans le même mouvement. Il nous prend, il nous entraine, il nous fait passer de la mort à la vie. Il a offert sa vie, il est passé de ce monde à son Père. Et chaque matin, avec lui, nous offrons notre vie au Père. Par lui, avec lui et en lui … Il est bon de se le rappeler ce matin. Il y a longtemps, dans la paroisse où je me trouvais, le dimanche, la messe de 10 heures était animée par les jeunes. Chaque dimanche, un comité de jécistes (des lycéens), avec une équipe d’enfants, préparait les 27


lectures et la prière universelle, comme dans toutes les églises. Mais chaque dimanche, ils présentaient également, ils offraient, avec le pain et le vin, une action qu’ils avaient menée pour transformer la société. Arrive le tour d’un comité qui n’était pas tout à fait comme les autres. C’était plutôt une bande de copains, assez âgés par rapport à la moyenne des jécistes. Ils s’étaient baptisés : « Comité Gérard », par sympathie pour moi ! Avec un peu d’ironie, je leur explique comment ça se passe les autres dimanches, en leur proposant de demander à un autre comité de les remplacer, eux qui ne sont pas des piliers d’église, qui ne font pas souvent de révision de vie, et qui n’ont sans doute pas d’ « action transformatrice » à offrir... J’ai eu droit alors à une sévère réprimande : « Comment ? Et quand on a éteint l’incendie avanthier : la case d’une grand-mère commençait à brûler. On lui a sauvé toutes ses affaires. C’est vous qui n’étiez pas là. On sera à la messe dimanche. Et on a quelque chose à offrir ! ». Plus récemment, ici à Paris, Serge n’en finissait pas de lutter contre la maladie. Quelques semaines avant son décès, nous avons pu célébrer en petit comité, avec lui et avec sa mère qui était venue du Cameroun, une messe où nous étions plus près de la croix que du matin de Pâques. La lecture du passage où Jésus se transfigure devant trois de ses apôtres nous a rappelé qu’il n’est pas question de dresser trois tentes tout de suite. Comme Jésus, nous avons tous un mystérieux passage à effectuer. Evidemment, la perspective de la mort, même suivie de la résurrection, reste une 28


perspective peu réjouissante, surtout quand elle se vit dans la souffrance. On se sent alors tout petit, les mots n’ont plus grand sens, et la simple présence vaut peutêtre mieux que bien des discours. Et nous ce matin ? Nous n’avons pas l’habitude de parler à l’église, c’est dommage, j’aurais demandé à l’une d’entre nous de nous redire ce qu’elle m’a raconté il y a quelques jours, comment s’était passée une rencontre avec des SDF qu’elle va voir chaque semaine. Une rencontre très riche ! En tous cas, ce matin, chacun de nous peut offrir le meilleur de sa vie au Père. Quand les personnes que nous rencontrons finissent par avoir le sourire sur les lèvres, nous savons que c’est Dieu lui-même qui sourit. Ces rencontres qui font la richesse de nos journées, nous les offrons au Père, avec Jésus, par lui, avec lui et en lui. « Que l’Esprit saint fasse de chacun de nous une éternelle offrande à la gloire du Père. » Paris, avril 2009

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A Lourdes « Le peuple tout entier était suspendu à ses lèvres. » Luc 19,48 Aujourd’hui, Jésus n’est plus présent en chair et en os, et nous ne pouvons plus entendre sa parole en direct. Mais il a encore bien des moyens de se faire entendre, et nombreux, très nombreux, à travers le monde, sont ceux qui l’ont entendu, qui l’entendent et qui mettent leur confiance en lui. En lui et en Dieu son Père. Quand il y a des épreuves, quand ça va mal, quand nous sommes touchés par la souffrance, et ça arrive à tout le monde, alors nous ne sommes plus seulement suspendus à ses lèvres, c’est plutôt du cœur à cœur. Je vois encore cette grand-mère gabonaise. Une femme toute simple. Il y a cinq ou six ans, sa fille venait de perdre son enfant à l’accouchement. Et c’était la deuxième fois que cela se produisait. Vous imaginez la douleur de la mère, du père et des grands parents. Je connaissais bien toute cette famille à Libreville. Voila que les parents et la grand-mère viennent en France, à Montpellier. Je les rejoins, et les parents de cet enfant mort à la naissance souhaitent que je les emmène à Lourdes. A Libreville, la grand-mère, pas très chrétienne, en tous cas disons pas très pratiquante, cette grand mère s’est laissée entraîner dans une espèce d’église 30


comme il y en a des centaines, églises où l’on chante pendant des heures, où l’on crie, où l’on critique les catholiques, et où, entre autres, on ne veut rien savoir de Marie. Je fais remarquer à sa fille que, aller à Lourdes, pour elle, ce n’est peut-être pas obligatoire. Mais la fille me répond que c’est à sa mère de se décider. Elle veut venir. Pas de problème. Nous voila partis, et à Lourdes, nous sommes entrés tout de suite en arrivant, dans une des églises. Figurez vous que la grand-mère est partie dans une prière qui n’en finissait pas. Nous on voulait sortir, mais elle, elle était plongée. Il a fallu que j’aille lui taper sur l’épaule pour arrêter ce cœur à cœur, en lui disant qu’on reviendrait l’après midi ! Il y a ainsi, à travers le monde, des milliers et des milliers de personnes qui mettent leur confiance en Dieu. Comme le peuple tout entier qui était suspendu aux lèvres de Jésus. Avec tous ces croyants, ce matin, nous pouvons rendre grâce. Ensemble, nous pouvons dire merci à ce Père qui nous écoute. Sans oublier par ailleurs qu’aujourd’hui, c’est à nous qu’est confiée la parole de Jésus. « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre ». Ne la gardons pas dans nos tiroirs. Mettons-la en pleine lumière, à la disposition de tous. Que l’Esprit de Dieu nous donne d’être un peu mieux chaque jour, de vrais témoins. Paris, novembre 2006

Entendu au caté ! 31


« Il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant luimême. » Epitre aux Hébreux 7,25 – 8,6 Il y a une bonne dizaine d’années, je faisais le catéchisme à des collégiens, à Fresnes. Des 4 ème – 3ème qui se préparaient à la confirmation. Un mercredi, la leçon était sur la bible. J’arrive donc avec ma bible, et j’essaye de leur faire comprendre pourquoi c’est important de lire la bible. En commençant peut-être par le Nouveau Testament, car je voyais qu’ils avaient l’air effrayé par la grosseur du livre. Alors je passe la moitié de l’heure à expliquer que si je veux connaitre Jésus Christ - moi qui suis chrétien - j’ai un bon moyen, c’est de lire le Nouveau Testament. Ils pourront toujours lire l’Ancien Testament plus tard. Le plus urgent, si je veux connaitre Jésus, c’est de commencer par les évangiles. Donc dans ma tête, la leçon se résumait à ceci : pour connaitre Jésus Christ, lire la bible, et surtout le Nouveau testament. La semaine suivante, vérification. Ont-ils bien compris ? Je commence par poser la question : Pourquoi faut-il lire le Nouveau Testament ? Réponse du tac au tac de l’un d’entre eux : « Parce que l’Ancien est périmé ». Ce qui se passe dans ma petite tête, n’est pas forcément ce qui se passe dans la tête de mon voisin ! Dans l’épitre aux Hébreux que nous entendons ces jours-ci, il est souvent question de prêtre et de grand 32


prêtre. Ce matin, je voudrais nous laisser avec une question : quelle image du prêtre avons-nous dans la tête ? Un jour, je sortais d’une réunion avec des togolais. Nous étions dans je ne sais plus quelle mairie de Paris. C’était au moment ou Eyadema venait de mourir. Eyadema qui avait beaucoup de sang sur les mains. A la fin, je sors de la mairie et je me dirige vers le métro. Une dame que j’ai déjà rencontrée dans une association me rattrape et engage la conversation : « il est parait que tu es moine ? » Surprise, je croyais qu’elle allait me parler du Togo ! Quand on me le demande, je dis que je suis prêtre. Je ne sais qui lui avait expliqué que j’étais moine, mais manifestement, pour elle tout cela était du chinois ! Par contre, la semaine dernière, une jeune femme de 40 ans nous expliquait que elle, elle avait compris que le prêtre est un homme comme tous les hommes, mais sa mère… c’est autre chose ! Le prêtre, pour sa mère, c’est quasiment le bon Dieu sur terre. Et bien sûr, ne parlons pas du pape. Des histoires de ce genre, je pourrais en raconter jusqu’à midi. Mais revenons à la question : quelle image du prêtre se cache dans un coin de ma petite tête ? Un prêtre à la façon de l’Ancien Testament, un prêtre à la façon du Nouveau Testament ? Un prêtre à la mode des premiers siècles après Jésus Christ, un prêtre à la façon de Vatican 1, de Vatican 2 ?

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Savez-vous qui a dit : «Personne ne peut ignorer que l'Église est une société inégale dans laquelle Dieu a destiné les uns à commander, les autres à obéir. Ceuxci sont les laïcs, ceux-là les clercs» ? C’est le Pape Grégoire XVI au milieu du... XIXe siècle ! Il est bon de temps en temps de ne pas croire que les réalités sont figées. Et de croire que le Christ a tous les jours à nous apprendre quelque chose. N’ayons pas peur de lire la bible. Même l’Ancien Testament. Il n’est pas périmé, il nous indique le chemin que le peuple de Dieu suit depuis Abraham. Ne restons pas en arrêt à telle ou telle époque ! Paris, janvier 2011

Entre le « bon vieux temps » et « les lendemains qui chantent » 34


« Tu visites la terre, tu la combles de richesses. » Ps 64 C’est le psaume 64 qui a retenu mon attention ce matin. Ce psaume n’a pas été écrit hier, mais déjà à l’époque, il leur arrivait de parler au présent. Tu la combles de richesses, non pas demain ou après demain mais dès à présent. Ceci rejoint le dialogue de Jésus avec la samaritaine : « L’heure vient, et maintenant elle est là » Nous sommes invités, non pas à regretter le bon vieux temps, ni même à espérer des temps meilleurs, nous sommes invités à voir dès aujourd’hui, comment Dieu nous comble de richesses. Ce n’est pas toujours évident. Les medias nous inondent chaque jour avec quantités de mauvaises nouvelles. Les bonnes sont plutôt rares. Pourtant, les occasions de nous émerveiller ne manquent pas. Et il ne faut pas forcément aller chercher loin. Avanthier midi, mon voisin de table me disait qu’il admirait, chaque fois qu’il passait par là, les personnes qui avaient construit le magnifique plafond de notre réfectoire. De mon côté, j’arrivais de Nantes où j’ai retrouvé des amis de 30 ans. Nous étions 4 lundi dernier, nous nous sommes connus entre 1971 et 35


1976. Et nous avons grand plaisir à nous retrouver chaque année. Comme dit le psaume : « les collines débordent d’allégresse ». D’autres amis, les SDouf. Ils étaient « sans domicile fixe » il n’y a pas si longtemps et ils ont écrit une pièce de théâtre qui émerveille tous ceux qui la voient. Des jeunes étudiants les ont invités à la présenter dans leur école. Ecoutez ce qu’écrit l’une de ces étudiantes, Maia : « J'ai criblé l'école d'affiches + flyers + téléphone arabe + témoignages des quelques étudiants qui étaient venus vous voir au Buveur de Lune. Je suis contente de vous retrouver vendredi à 16 h30, et aussi de re-re-revoir RESIST-TENTE, parce qu'à chaque représentation, on voyage avec vous et on grandit. A vendredi donc, plein de bonnes choses d'ici là, des bisous, Maïa » Des SDF qui nous font grandir ! « Tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies, tu bénis les semailles.» Je pourrais continuer pendant une heure. Que l’Esprit de Dieu nous ouvre les yeux et nous aide à voir comment Dieu visite la terre aujourd’hui. Paris juin 2008

A venir et déjà là : ouvrons les yeux

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« Ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c'est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice » 2 P 3,12-15 et 17-18. Le ciel nouveau et la terre nouvelle sont déjà là ! Dans sa 2ème lettre, Saint Pierre écrit : « Ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c'est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. Dans l'attente de ce jour, frères bien-aimés, faites donc tout, pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix ». Saint Paul, lui, expliquait aux Ephésiens que nous sommes déjà ressuscités. « Alors que nous étions morts, Dieu nous a donné la vie, avec le Christ. Avec lui, il nous a ressuscités ! » (Ephésiens 2,2-10) Oui, le ciel nouveau et la terre nouvelle sont déjà là. Saint jean voyait la nouvelle Jérusalem descendre du ciel. Et aujourd’hui encore, en 2010, on peut toucher du doigt chaque jour, ce ciel nouveau et cette terre nouvelle. Il suffit d’être attentif ! Avec mon petit caméscope, je ne le touche pas du doigt, je le donne à voir à ceux qui l’oublieraient. Il y a 15 jours, je suis allé par deux fois à Saint Denis, dans le nord de Paris : une première fois, c’était un dimanche après midi. Je suis allé à un concert sur le parvis de la basilique. C’était un concert donné par les Rroms pour célébrer l’insurrection gitane durant la dernière guerre. Le 16 mai 1944, les soldats

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allemands de Birkenau s'apprêtaient à conduire les Rroms internés vers les chambres de la mort. Avertis de ce projet par le secrétaire polonais du camp, les Rroms s'organisent, s'arment de pioches et de pieds-de-biches, et refusent de sortir de leurs baraquements lorsque l'ordre leur en est donné. Dedans, armés, prêts à frapper, ils attendent l'entrée des SS afin de saisir leurs fusils et étendre l'insurrection à tout le camp. Alors face à la force organisée qui leur résiste les assassins abandonnent ce jour-là leur plan de mort. Avec un concert, pour la première fois, les Rroms ont célébré l'acte vivant de cette insurrection. Et puis dans la semaine, je suis retourné à Saint Denis, cette fois ci, devant la sous préfecture. Des Rroms manifestaient parce qu’on veut les déloger sans leur donner un autre point de chute. Ca fait dix ans qu’ils sont rue du Hanul, que leurs enfants vont à l’école, et ils se demandent où ils vont se retrouver ! J’ai interviewé Corinne, de l’association Parada, une jeune femme pleine de vie. Jeudi dernier, à l’occasion du passage à Paris, du Père Manuel Musallam, ancien curé de Gaza, j’ai interviewé Georges un ami prêtre, qui a vécu plusieurs années à Gaza, avec le P. Musallam. Je n’insiste pas, tout le monde connait la situation des palestiniens. Et vendredi dernier, j’ai interviewé notre confrère Jean Paul le Borgne. J’interview tous les spiritains qui passent ici à l’occasion de leurs congés. Jean Paul arrive de l’Ile Maurice. On connait le Père Laval, on connait moins la communauté Accueil et la lutte anti DAVIS ! C’est spécial à Maurice. Là encore, les cieux 38


nouveaux et la terre nouvelle sont déjà présents aujourd’hui. La lutte anti DAVIS, c’est la lutte contre : D = la drogue, A = alcoolisme, agressivité, V = violence, viol, vol, I = indifférence, et S = sida. Voila, le ciel nouveau et la terre nouvelle sont déjà là. A Saint Denis dans le 93, à Maurice, à Gaza. L’éternité est commencée. Continuons donc à « faire tout pour que le Christ nous trouve nets et irréprochables, dans la paix ». Paris, mai 2010

A table ! 39


« Jésus était à table. » Marc 2,13-17 Et ce n’est pas la seule fois où on le voit à table, dans les évangiles. Rappelez-vous Cana, où il vient au secours des mariés qui n’ont plus de vin. Rappelezvous comment il s’invite aussi chez Zachée. Jésus va manger chez les uns et chez les autres. Les scribes du parti des pharisiens diraient même qu’il va manger chez n’importe qui ! Il me semble que c’est un aspect de la vie de Jésus qu’on oublie un peu trop facilement. Dieu qui se fait homme, ça commence par la naissance de Jésus à Bethléem - et nous venons de célébrer cette naissance il n’y a pas si longtemps - mais c’est aussi Jésus à table. Il me semble que nous avons trop intellectualisé et trop sacralisé Jésus, et sa bonne nouvelle. L’annonce de la bonne nouvelle, ça passe aussi par les repas que nous pouvons prendre avec les uns et avec les autres. Et cela peut demander quelques efforts. Allers vers l’autre, c’est souvent plus difficile que de pousser l’autre à venir chez moi. Aller manger chez les uns et chez les autres, c’est se plier à leurs horaires, à leurs cuisines, à leurs goûts.

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Il y a quelques années, je fus très surpris quand le responsable de notre maison Clamart m’a avoué qu’il ne connaissait pas Chateaurouge. Dans cette maison de formation, il y avait au moins une dizaine de séminaristes africains originaires de plusieurs pays. Quelle belle occasion d’être ici, d’avoir en plein Paris un marché où l’on peut acheter des vivres venus de toute l’Afrique, et de pouvoir préparer des petits plats ivoiriens, sénégalais, nigérians, camerounais, etc. Apprendre à aimer la cuisine de l’autre, c’est important ! Car je ne connais pas beaucoup de gabonais qui aiment l’attiéké, et je voudrais bien savoir si les sénégalais aiment le ndolé…. Un confrère se préparait à aller à Taiwan. Il a passé très courageusement des semaines sur ses livres à apprendre le chinois. Un soir, on l’invite à se joindre à nous pour aller manger chinois. Surprise, il refuse ! Aller manger chez les uns et chez les autres, c’est souvent très sympathique. Quelquefois, ça demande tout de même des efforts. J’ai des nièces chez qui l’on mange et boit normalement, j’en ai deux autres où ça marche au Coca ! Il vaut mieux venir avec sa bouteille de vin car ce n’est pas sûr que le miracle de Cana se reproduise ! Pour terminer, je vous laisserai avec cette confidence que m’a faite tout dernièrement la sœur d’un prêtre. Elle me disait que son frère n’avait jamais vraiment tenu de discours religieux à ses enfants, mais que ses enfants en question étaient en admiration devant leur oncle, non pas tellement à cause de ses paroles,

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puisqu’il n’en avait pas eu de particulières à leur égard, mais plutôt à cause de son attitude. Eh bien ce matin, retenons cette photo de Jésus à table, et comme on le disait il y a quelques années, contemplons le mystère de l’incarnation. Janvier 2010

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Alleluia « Chantez le Seigneur, alleluia ! Il a délivré le pauvre du pouvoir des méchants » Jérémie 20,10-13 Lisez bien ce passage dans le livre de Jérémie. Il y a un petit quelque chose d’incongru. Vous avez noté la petite incongruité ? « Chantez le Seigneur, alléluia ! Il a délivré le pauvre du pouvoir des méchants » Nous somme en temps de carême, et en principe, il n’y a pas d’alléluia. Mais voilà que Jérémie vient bousculer nos petites habitudes : « Chantez le Seigneur, alléluia », s’exclame-t-il. Et ça tombe bien, parce que si nous sommes à quelques jours de la fête de Pâques, nous somme tout de même en 2004, et ça fait donc un moment que Jésus est ressuscité. Chrétiens, nous croyons que Jésus est Fils de Dieu. « Nous voulons te lapider parce que tu blasphèmes, disent les juifs : tu n’es qu’un homme, et tu prétends être Dieu ». Nous aurions peut être dit cela avant la résurrection. Nous ne pouvons plus le dire après. Le Christ est ressuscité, il est vivant, et nous mettons en lui toute notre confiance. Menacé de mort, Jérémie mettait déjà sa confiance en Dieu.

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Aujourd’hui, la mort frappe toujours, mais chrétiens, nous savons que la vie est plus forte que la mort. Et il nous arrive de rencontrer des personnes qui manifestent, dans le malheur, une foi immense. Comme Chantal que nous avons entendue vendredi dernier. Je voudrais répéter encore quelques unes de ses phrases, pour ceux qui n’étaient pas là et pour ceux qui auraient mal entendu. Chantal est rwandaise. Elle est arrivée en France en 1998. Quelques semaines après son arrivée, elle apprend que son père est mort en prison, à Kigali. A la fin de la messe que nous célébrons pour son père, elle vient au micro, et lit une lettre à son père. En voici un court extrait : « Papa, tu nous a quittés sans nous avertir, sans laisser derrière toi de message pour nous, c’est lourd papa, tout ça sur notre dos. Quand nous avons appris ton départ, nous n’avons pas osé pleurer puisque nous connaissions déjà ta destination et nous t’aimons beaucoup, papa. Nous avons dit merci à Dieu, nous avons chanté alléluia car le bon Dieu a mis fin à ta souffrance, tu as fini ton calvaire et un doux repos t’attendait. Nous sommes rassemblés ce soir avec tous nos amis non pour pleurer mais pour fêter en communion des anges, ton arrivée auprès du Dieu tout puissant. Pour finir, nous te demandons papa, s’il y a des maisons la bas, de réserver une maison assez grande où nous allons nous retrouver encore toute notre famille, dans la joie, c’est notre grand désir et notre espoir de nous revoir ». 44


Je pense que nous avons tous rencontré un jour ou l’autre de tels Jérémie, des personnes capable de chanter alléluia même quand la mort est proche ou qu’elle est déjà la. Puissent leurs témoignages fortifier notre propre foi. Mars 2004

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Avec le Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique (en Côte d’Ivoire) « La Jérusalem nouvelle ». Apocalypse 21,1-5 Ce passage de l’Apocalypse va nous éclairer tout au long de notre séjour à Bingerville. Il devrait aussi nous animer tout au long des mois et des années à venir. Comme vous l’avez compris, il est question de l’avènement d’une humanité radicalement neuve, complètement renouvelée par Dieu. Cette humanité est désignée sous l’appellation : « Jérusalem nouvelle ». Dans les apocalypses juives, la Jérusalem nouvelle est tenue gardée au ciel. Chez Jean, elle descend du ciel et vient prendre place au milieu des hommes. Désormais, Dieu et les hommes ont une même demeure. Dieu avec nous, Emmanuel… La cité d’en haut se construit désormais en bas. Elle exige la collaboration de l’homme. Dieu et l’homme sont maintenant complices dans l’œuvre de construction. Pour nous, l’Apocalypse, ce dernier livre du Nouveau Testament, est un livre d’espérance. Anciens jécistes, nous n’avons pas le choix : nous sommes optimistes. Nous ne sommes pas des anciens combattants qui se retrouveraient autour d’une bière pour raconter les souvenirs du bon vieux temps. Nous sommes là pour continuer ce que nous avons commencé quand nous 46


étions étudiants. Nous sommes là pour construire la cité d’en haut qui se construit désormais en bas. Dieu et l’homme sont complices ! Pas question d’entendre dans nos bouches des expressions du genre : « On va encore faire comment ? ». Voir Juger Agir, la révision de vie pratiquée tout au long de notre militance dans la JEC nous a appris à quitter une réunion avec des actions à réaliser. Notons que nous sommes déjà au travail. Le dernier exemple que je peux donner date d’avanthier. Lazare, ici à Abidjan, m’expliquait son rôle en tant que président de l’association des parents d’élèves de l’établissement de son fils. A Libreville, je connais une ancienne jéciste qui est aussi présidente ou vice présidente d’une association de parents d’élèves. Les deux présidents pourraient se mettre en relation ! Nous sommes déjà au travail ! Autres exemples : Solange, du Cameroun, voudrait partager sa passion : donner aux jeunes le goût de la lecture. Florence depuis la Tanzanie et Georges depuis le Gabon sont très impliqués dans la prévention des conflits. Ils nous ont mis au point un questionnaire pour un travail que nous aurons à faire en ateliers. Jean Noël, ici à Abidjan, Kisito, en France, Luc au Cameroun, tous trois sont préoccupés par l’entreprenariat et par la recherche d’emplois. D’autres s’investissent dans la lutte contre le sida. Et je pourrais continuer, la liste est longue.

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Même ce texte de l’Apocalypse que je mets en avant aujourd’hui ne tombe pas du ciel. Il entre dans la réflexion que nous menons au sein du RAJA sur notre spiritualité qui n’a rien à voir avec la résignation. « On va encore faire comment ? » : la Jérusalem nouvelle à construire, c’est Hugues depuis le Gabon, et Paulin depuis Yaoundé qui l’ont mise devant nos yeux. Luc, depuis Yaoundé également, nous rappelle que d’après la Genèse, nous sommes créés à l’image de Dieu : nous voila co-créateurs. Cf. les interviews sur Dailymotion. En commençant notre rencontre avec cette eucharistie, nous voulons nous rappeler que la Parole de Dieu éclaire notre vie. Nous voulons aussi, au cours de cette célébration, offrir à Dieu tout ce que nous faisons déjà, et enfin, nous savons que le Christ, pain de vie, est notre force pour continuer à faire plus et mieux. Lors de la messe d’ouverture de l’Assemblée Générale du Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique (RAJA), Bingerville (Côte d’Ivoire), le 6 aout 2009

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Chacun par son nom « Saluez Prisca et Aquilas, mes compagnons d'œuvre en Jésus Christ, qui ont exposé leur tête pour sauver ma vie; ce n'est pas moi seul qui leur rends grâces, ce sont encore toutes les Églises des païens. Saluez aussi l'Église qui est dans leur maison. Saluez Épaïnète, mon bien-aimé, qui a été pour Christ les prémices de l'Asie. Saluez Marie, qui a pris beaucoup de peine pour vous. Saluez Andronicus et Junias, mes parents et mes compagnons de captivité, qui jouissent d'une grande considération parmi les apôtres, et qui même ont été en Christ avant moi. Saluez Amplias, mon bien-aimé dans le Seigneur. Saluez Urbain, notre compagnon d'œuvre en Christ, et Stachys, mon bien-aimé. Je vous salue dans le Seigneur, moi Tertius, qui ai écrit cette lettre. Gaïus, mon hôte et celui de toute l'Église, vous salue. Éraste, le trésorier de la ville, vous salue, ainsi que le frère Quartus. Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec vous tous! Amen! » Saint Paul aux Romains, 16,3-9 ; 16,22-27 Prisca, Aquilas, Epénète, Marie, Andronique et Junias, Ampliat, Urbain, Stakys … Et Tertius à qui cette lettre a été dictée s’y met aussi : Tertius, Gaïus, Eraste, Quartus, tous ajoutent leur bonjour à celui de Paul. 49


Quand j’ai lu les textes du jour, je suis resté en arrêt sur cette énumération de personnes appelées chacune par leur nom. Peut-être parce que, ayant vécu 20 ans à Libreville, je me retrouve un peu dans cette situation aujourd’hui. De 1971 à 1991, nous avons construit une douzaine de petites communautés chrétiennes à taille humaine, où chacun se connait par son nom. Aujourd’hui, en 2007, ces communautés existent toujours, mais ici à Paris, on est loin de Libreville. Ca ne m’empêche pas de penser à elles, à Jacqueline de Bellevue, à François de la communauté Saint Gabriel de Venez Voir, à Thomas, de la communauté Saint François Xavier, à Jeanne Françoise de la communauté Sainte Thérèse, Derrière le Centre social, etc., etc. Je pourrais continuer l’énumération pendant 5 ou 10 minutes ! Je vous disais : « petite communauté chrétienne à taille humaine ». Dans ces communautés, on se connait, on partage beaucoup. On partage les joies, les peines. On éclaire la vie avec l’évangile. On connait les noms, les prénoms, et mêmes les petits noms (surnom). 2000 ans après la lettre aux Romains, nous vivons donc encore les mêmes réalités. Avec une différence quand même : aujourd’hui, la petite graine de moutarde est devenue la plus grande de toutes les plantes potagères. Saint Paul ne savait même pas que le Gabon existait. Comme beaucoup de français d’ailleurs. En 2007, il y a des communautés où les personnes se connaissent par leur nom, un peu partout dans le monde. A Rome, à Paris, à Libreville. Dans la plupart 50


des villages que nous connaissons. A Hesdin l’Abbé, dans le Pas de Calais, près de Boulogne sur mer, j’ai rencontré une communauté qui ressemble étrangement aux communautés de Libreville dont je vous parlais. Alors, comme Paul, rendons gloire à Dieu, qui a le pouvoir de nous rendre forts. Une communauté chrétienne, ce n’est pas quelque chose de naturel. Nous sommes tous individualistes, à Libreville comme à Paris. Mais avec l’Esprit de Dieu, nous sommes forts. Que cet Esprit nous aide à toujours suivre mieux le conseil de Paul qui nous était rappelé dans le passage de la même lettre et que nous avons lu mardi : « Que votre amour soit sans hypocrisie. Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle ». Paris, novembre 2007

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Avec les sans papiers « Voila ma mère, mes frères » Luc 8, 19-21 Nous faisons donc partie de la famille de Jésus quand nous mettons la parole de Dieu en pratique. Mettre la parole de Dieu en pratique, faire la volonté de Dieu, nous sommes habitués à entendre cela. Et d’ailleurs, nous sommes aussi plus ou moins habitués à le faire. Ce n’est pas si compliqué. Bien sur, il est quelquefois des circonstances dans la vie où il faut s’asseoir et réfléchir parce que l’on ne voit pas très clair. Certains jours, la volonté de Dieu ne saute pas aux yeux. Mais habituellement, pour mettre la parole de Dieu en pratique, il ne faut pas être sorti de Saint Cyr ! La mission de celui qui veut suivre le Christ est rappelée tout au long de la bible. Reprenant Isaïe, Jésus répète : « L’Esprit de Dieu repose sur moi, il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres ». C’est toujours le même Esprit, celui qui reposait sur Isaïe et sur Jésus qui repose sur nous. Il nous envoie toujours annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, il nous envoie toujours rendre la liberté aux opprimés. C’est ce passage de Saint Luc qui figure en première page de notre règle de vie spiritaine. Et ce n’est pas différent de ce que nous avons entendu dans la première lecture : « Celui qui ferme ses 52


oreilles à la clameur des pauvres criera lui-même sans obtenir de réponse ». Je vous disais que ce n’est pas si compliqué. Il suffit d’être un peu disponible. Les pauvres ne manquent pas. Il suffit d’aller à leur rencontre. Et de ne pas fermer ses oreilles. Un exemple concret, pour ne pas rester dans les nuages. L’association Partenia 2000 dont je fais partie, n’est pas très riche, mais elle a tout de même un peu d’argent dans sa caisse. Nous soutenons les sans papiers, les sans logis, et en ce moment les expulsés du squat de Cachan pour qui nous avons voulu faire un geste, si petit soit-il. Je suis donc allé sur place voir de quoi ils avaient besoin et ce qu’on pourrait acheter. J’arrive là bas un beau matin avec l’idée de trouver un responsable, de me présenter et d’offrir nos services. Mais je n’ai pas eu le temps de suivre tout ce petit protocole. Stéphane (j’ai su son nom par la suite) cherchait désespérément une voiture pour amener rapidement à l’hôpital, un bébé en très mauvais état. Alors la seule chose que j’ai eu à dire c’est : « Oui, j’ai une voiture », et sans plus de discours, nous sommes partis à l’hôpital de Bicêtre, aux urgences. Vous voyez que ce n’est pas si compliqué ! Il suffit d’écouter la clameur des pauvres, comme dit le livre des Proverbes, d’écouter et d’être disponible. C’est vrai qu’il nous arrive parfois de savoir mieux que les concernés, ce qui est bon pour eux. Mais ça ne résout pas grand-chose. Alors, ce matin, implorons l’Esprit saint : qu’il nous donne toute sa lumière quand la volonté de Dieu n’est 53


pas évidente, et qu’il nous donne sa force pour mettre la parole de Dieu en pratique quand il suffit de dire oui. Oui, c’était déjà la réponse de Marie. Oui, ce doit être notre réponse habituelle quand les pauvres crient à notre porte. Paris, septembre 2006

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Ne tournons pas en rond. Nous sommes sur une ligne droite « Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille ». Marc 9, 2-10 « Tout en se demandant : qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire : « ressusciter d’entre les morts ». Aujourd’hui, on peut encore se poser la même question, pas seulement pour Jésus, mais pour nousmêmes ! Je me souviens, il y a quelques années, j’étais aumônier des étudiants africains à Paris, et au cours d’une messe en petit comité, on avait transformé l’homélie en partage d’évangile. Justement la question était venue sur le tapis : « Comment ça va se passer quand on sera ressuscité ? » Chacun y allait de ses explications. A un moment j’ai repensé à Isaïe : « La bas, il y aura des vins capiteux et des viandes succulentes ». C’est dans Isaïe, au chapitre 25. Eh bien dix - douze ans après, quand je rencontre Côme, qui était alors étudiant, il me rappelle cette messe et ce partage d’évangile. Les vins capiteux et les viandes succulentes, ça l’a marqué pour toujours ! Et pourtant, ce ne sont que des images. Heureusement car je plains les végétariens ! Ce ne sont que des images, et la résurrection, ça reste tout de même un peu mystérieux. 55


Ce qui n’est pas mystérieux par contre, c’est que nous sommes en 2009. Donc en gros, voila 2000 ans que Jésus est ressuscité, et nous, nous marchons, non pas seulement vers la prochaine fête de Pâques, mais nous marchons vers notre propre résurrection. Nous devons faire attention à ne pas nous laisser prendre dans la routine. On se lève le matin, on se couche le soir. Il y a le rythme des saisons, le printemps arrive, l’hiver est pratiquement terminé. Il y a aussi le rythme de la liturgie, on passe de Noël à Pâques. Au bout du compte, on peut avoir un peu l’impression de tourner en rond. Ou bien on peut même finir par se trouver à l’aise dans ces cycles et on peut finir par oublier que nous sommes sur une ligne droite : nous marchons vers le Père, sur le chemin tracé par le Christ, poussés sur ce chemin par l’Esprit. Alors, sur cette route, la transfiguration de Jésus sur cette montagne vient nous éclairer. Nous croyons que Jésus est ressuscité, il est vivant, il nous invite à la vie. Avant de mourir et de ressusciter il avait tenté de faire comprendre ce chemin à Pierre à Jacques et à Jean. Devant eux il change de figure. Ils en sont effrayés, et en même temps, ils sont heureux. Tellement heureux qu’ils veulent rester là : « Il est heureux que nous soyons ici, dressons trois tentes ». Nous ne savons pas très bien comment ça va se passer, mais nous savons que nous serons heureux !

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Et pour nous aider à mieux comprendre cela, nous avons tous eu, je pense, des moments de transfiguration, et nous avons tous été témoins de transfigurations. Voici deux exemples de transfigurations qui m’ont marqué. Le premier exemple date de très longtemps, mais je m’en souviens encore, même si je n’ai pas été directement témoin. Ca s’est passé devant moi et je ne m’en suis pas rendu compte. Vous allez voir ! J’étais nouveau à Libreville, c’était vers 1973. Nouveau prêtre, arrivé depuis deux ou trois ans dans la paroisse des Rois Mages. Mon bureau était toujours ouvert, il y avait toujours des enfants ou des jeunes en train de bavarder ou de lire. Cet après midi là, il n’y avait pas grand monde, seule une fille de 13 ou 14 ans, en train de lire. Arrive un jeune homme un peu timide, avec deux œufs dans la main. « Mon père, je voudrais que vous me bénissiez ces œufs ! » Vous imaginez ma surprise ! Je n’avais rien appris la dessus au séminaire ! Alors, je l’invite à s’asseoir, et j’essaie de comprendre pourquoi je dois bénir des œufs. Il m’explique qu’il a un interdit alimentaire, et que s’il mange des œufs, il aura des boutons. Nous avons eu une longue conversation. J’ai essayé de lui faire comprendre que j’étais prêtre, et que je ne pouvais rien faire à ce niveau. S’il croyait que j’avais une force spéciale en tant que prêtre, il avait lui aussi une force spéciale en tant qu’homme, créé tout comme moi à l’image de 57


Dieu. Il n’avait pas à avoir peur de ceux qui voulaient lui faire peur. Il devait se montrer lui-même, plus fort qu’eux. J’ai oublié tout ce que je lui ai dit, ça a duré longtemps. Il est parti sans que je lui bénisse ses œufs, mais en me remerciant chaleureusement. La meilleure, c’est celle qui lisait. Ou du moins je croyais qu’elle lisait. Quand on s’est retrouvé tous les deux, elle me dit : - « Mon père, vous avez vu le garçon ? ». - « Ben oui, ça fait une heure qu’il est devant moi » - « Vous avez vu, quand il est arrivé, il avait la figure amarrée (ça veut dire : fermée), et quand il est reparti il avait le sourire » J’avoue que ne l’avais pas vraiment remarqué. Voila donc une première transfiguration. Ce jeune avait changé de figure. En voici une autre, beaucoup plus récente. Nous sommes cinq associations à préparer ensemble une journée de réflexion sur Les exclus et notre vote aux prochaines élections des députés européens. Cette journée aura lieu le 21 mars, c’est bientôt ! Nous avons retenu trois catégories d’exclus : ceux qui sont dans les centres de rétention avec en corollaire, les cercles de silence qui existent un peu partout en France ; les gens du voyage, et, 3ème catégorie, les prostituées. Après le témoignage d’exclus appartenant à ces trois catégories, nous demanderons à un député européen ce qu’ils font ou ce qu’ils peuvent faire contre l’exclusion. Celle parmi nous qui travaille dans l’association le « Mouvement du nid », nous dit qu’elle connait Sabera, une ex prostituée qui pourrait intervenir. 58


Pensant qu’elle sera peut-être un peu gênée si elle ne connait personne, je propose qu’elle vienne faire la connaissance de ceux qui préparent cette journée. Elle connaitra ainsi une dizaine de personnes et le 21 mars, elle ne sera pas tout à fait en terrain inconnu. Elle était avec nous, il y a 15 jours. Nous avons passé deux heures ensemble, et quand elle est partie elle nous a remerciés trois fois ! « J’étais aux anges » nous dit-elle. « Je ne sais comment vous remercier, pas seulement pour le repas que vous m’avez offert, mais surtout parce que vous ne m’avez pas jugée. Vous ne pouvez pas savoir combien de fois j’ai été jugée dans ma vie ! » Quand Sabera est partie je pensais à la femme adultère qui avait évité la lapidation elle avait dû respirer un peu mieux, comme Sabera qui nous a quittés avec un grand sourire ce samedi là. Voila donc une autre transfiguration. Alors, au milieu de tous les problèmes, au milieu de toutes les souffrances, n’oublions jamais où nous allons. Les moments de transfiguration que nous pouvons vivre déjà aujourd’hui sont des moments qui nous indiquent ce qui nous attend. Ce n’est pas encore l’heure de dresser trois tentes, mais nous ne sommes pas perdus. Les visages transfigurés devant nous aujourd’hui sont les flèches qui nous indiquent la bonne direction. Paris, 2ème dimanche de Carème, mars 2009

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Eau potable pour tout le monde ! « Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C'était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vint puiser de l'eau. Jésus lui dit: Donne-moi à boire. » Saint Jean Ch. 4 Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre rocher, notre salut. C’est ainsi que commence le psaume que nous avons entendu entre les deux lectures. Venez crions de joie ! Il y a en effet des raisons de crier de joie. Deux milles ans après la résurrection de Jésus nous connaissons bien l’histoire de la samaritaine. Nous savons que Jésus peut nous donner l’eau vive, l’eau qui devient source jaillissante pour la vie éternelle. L’histoire de la samaritaine que nous venons d’entendre, c’est au chapitre 4 de l’évangile de Jean. Un peu plus loin, il y a un verset qui résume tout cela en vraiment peu de mots : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». C’est en Jean 10,10. Oui nous pouvons, déjà aujourd’hui, vivre de la vie même de Dieu, et il ne faut jamais oublier le « nous ». Quand Jésus dit qu’il est venu pour que les hommes aient la vie, il s’agit bien de tous les hommes. Il ne s’agit pas seulement de moi, de toi, mais de nous tous. 60


Quand la samaritaine laisse Jésus près du puits, elle va raconter son histoire à tout le monde, et du coup, les gens sortent de la ville et se dirigent vers Jésus. Le problème, c’est que nous sommes nombreux sur cette terre. Et pour que tous les hommes puissent vivre, il faut partager. Partager avec ceux qui sont près, partager avec ceux qui sont loin. Loin d’ailleurs aujourd’hui, c’est de moins en moins loin… Durant le Carême de l’an dernier, nous avons réussi, ici dans cette chapelle, à rassembler 2100 euros. Cette somme a été envoyée au Père Yves Matthieu. Elle a servi à acheter un moulin à farine pour un village du Mozambique. Moulin à farine qui allège le lourd travail des femmes. Nous pouvons donc nous réjouir avec les gens de ce village. Cette année, nous voulons prendre notre part dans des projets qui doivent donner la possibilité de mieux vivre, à des populations du Congo. L’année dernière on a trouvé 2100 euros. Cette année, il faut qu’on en trouve 2200 ! On mettra un grand panier pour la récolte, le dimanche des Rameaux. Et nous pourrons nous réjouir avec les bénéficiaires, avec ces villages du Congo Brazzaville. Justement, en parlant du Congo Brazzaville, il y a encore d’autres raisons de se réjouir. Il faut d’abord savoir que l’Afrique est riche, et le Congo est un pays très riche. Quand le président de ce pays, va participer à des réunions de l’ONU, à New 61


York, il peut se permettre de retenir des suites dans des hôtels luxueux. Ecoutez cette information. « Le 7 janvier 2007 le Sunday Times a encore consacré un article sur les dépenses somptuaires de Mr Sassou Nguesso en frais d'hôtel. On savait déjà que lui-même et sa délégation avaient dépensé 201 millions F CFA (201 millions d’anciens francs) lors de leur visite aux USA en début d'année dernière. La presse s'en était fait largement l'écho. On croyait l'homme assagi. Erreur ! Selon notre confrère américain, le président a remis le couvert lors de sa visite de septembre dernier à New York. 126,5 millions F CFA dépensés en cinq nuits rien que pour les 44 chambres occupées par les membres du clan (Et les factures sont visibles). » Je ne vais pas vous assommer avec des chiffres, retenez seulement qu’il a pu boire du champagne Cristal à 600 euros la bouteille. Vous me direz que c’est plutôt scandaleux et qu’il n’y a pas de quoi se réjouir. D’autant plus que je ne vous parle pas des immeubles que tous ces chefs d’états possèdent à Paris, en France, et ailleurs ! Mais je n’ai pas fini. Le reste est affiché au fond de la chapelle. Vous aurez le temps de regarder de plus près ! Il faut savoir qu’il y a de par le monde, plus de 300 ONG qui se sont mis ensemble, qui ont formé une coalition. La coalition « Publiez ce que vous payez ». Toutes ces associations demandent aux compagnies 62


qui extraient des matières premières, de publier ce qu’elles versent aux Etats de ces pays riches en ressources naturelles. Revenons au Congo Brazzaville : la coalition est présente dans ce pays. Il ya 10 associations et groupes divers qui se mobilisent pour que l’on sache ce que le pétrole rapporte. Parmi ces dix associations, il y a la Commission Justice et Paix du diocèse de Pointe Noire. Le problème, c’est qu’elles demandent presque l’impossible. La plupart des chefs d’état de ces pays riches confondent les caisses de l’état avec leur porte feuille. Et Sassou ne se laisse pas faire. C’est comme cela que deux fervents défenseurs de la campagne « Publiez ce que vous payez - Congo», Brice Makosso et Christian Mounzeo ont eu de sérieux problèmes. Ils ont même fait trois semaines de prison en avril 2006. Mais comme toute la coalition s’est mobilisée, 300 ONG à travers le monde, le pouvoir a du faire marche arrière. Ils sont à nouveau libres de leurs mouvements. Et là, je dis, réjouissons nous. Car c’est un petit pas dans le bon sens. Il y a de l’argent, il faudrait qu’il soit un jour bien utilisé. Il faudrait que les richesses du pays profitent à tout le monde. Nous rejoignons le souhait du Christ lui-même, venu pour que tout homme ait la vie. Et la vie en abondance. Passons maintenant au pays voisin, au Gabon.

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La coalition « Publiez ce que vous payez » se met en place au Gabon. Mais ici aussi, ca ne plait pas à tout le monde, évidemment ! Le mardi 8 janvier dernier, le ministre de l’intérieur annonce la suspension d’une vingtaine d’associations de la société civile. Les ONG visées font partie de la coalition « Publiez ce que vous payez », de la « Coalition contre la vie chère au Gabon », de la « Coalition contre les dérives sectaires au Gabon » et de la plate forme « Environnement Gabon ». Marc Ona et Steeve Mvé sont dans le collimateur. Mais cette fois encore : mobilisation immédiate de la communauté internationale, et une semaine plus tard, le mercredi 16 janvier, c’est la levée de la suspension des ONG. Réjouissons-nous ! Ce n’est pas encore gagné pour le Tchad. Il y a quelques jours, j’étais avec Gilbert M., de la coalition « Publiez ce que vous payez - Tchad ». En catastrophe, il a du fuir son pays. Vous savez que la situation au Tchad est très grave. Grâce au Secours Catholique, qui pilote la coalition « Publiez ce que vous payez – France », Gilbert a pu arriver jusqu’à Paris. Retenons donc pour aujourd’hui, que des hommes et des femmes se mobilisent, un peu partout à travers le monde. Se mobilisent pour que tout le monde puisse tout simplement vivre. Comme disait l’abbé Pierre il nous reste à « Vouloir savoir, et oser dire ». C’est encore l’abbé Pierre qui disait : « Il faut que la voix des hommes sans voix 64


empêchent les puissants de dormir ». Pour l’instant, ils dorment encore dans des hôtels luxueux. Il y a donc encore du travail. Quand le journal Jeune Afrique faisait remarquer à Sassou : « Votre train de vie à New York a scandalisé ». Ce monsieur répond : « Je suis chef d’état, je n’ai ni à m’excuser, ni à me justifier » Je n’oublie pas la samaritaine. « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit donne moi à boire, c’est toi qui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive ». Seigneur, donne nous à boire. D’abord, donne-nous d’avoir soif de justice et de paix. Et puissions nous, à l’exemple de la commission Justice et Paix de Pointe Noire, puissions nous faire tout pour que tout homme puisse vivre non pas comme Sassou Nguesso, avec du champagne à 600 euros la bouteille, mais au moins avec de l’eau potable. Paris, février 2008

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Ce qu’il y a de mieux pour nos enfants « Qui d’entre vous si son fils lui demande du pain lui donnera une pierre ? Ou s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? » Mathieu 7,9-11 Au cours d’une messe d’action de grâces, à Libreville Extraits de l’homélie A Paris depuis 17 ans, je reste malgré tout en contact avec vous et si certains problèmes m’échappent, je partage au moins quelques uns des grands moments de vos vies. Le mois dernier, un prêtre de Libreville était de passage à Paris. Nous nous sommes rencontrés, et alors que nous étions en train de bavarder de tout et de rien, d’un seul coup, il m’a surpris en me disant sur un ton ferme : « Entre la pastorale des jeunes et la FECAM, il n’y a pas de problème. Aucun problème ! ». Et il me répète ça deux ou trois fois. Je le regarde avec des grands yeux, et je lui dis : je ne sais pas de quoi tu parles, mais si tu insistes tellement pour dire qu’il n’y a pas de problème, c’est qu’il doit y en avoir un ... ! Je lui explique que je ne suis au courant de rien. Il tente alors de m’expliquer, mais je l’ai vite arrêté : tu sais, aujourd’hui, je suis très loin de tout cela, et d’abord, maintenant, je suis papy ! Les jeunes que j’ai connus sont aujourd’hui des parents et je vois grandir leurs enfants.

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Je partage la joie des parents quand le bulletin de note est bon. Et ça arrive assez souvent. Il y a ceux qui réussissent leurs concours d’entrée dans des écoles d’infirmière, ou dans des écoles de commerce, ceux qui ont obtenu le bac, ceux qui passent au CM1, etc. Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous raconte tout cela. Vous allez bientôt comprendre ! J’ai eu plusieurs fois l’occasion ces deux dernières années, de voir de très près, comment vous les parents, que ce soit à Libreville, à Paris ou à Lyon, de voir comment vous vous préoccupez de trouver la meilleure école pour vos enfants, et ça commence très tôt : vos enfants n’ont pas encore deux ans que vous cherchez déjà ce qu’il y a de mieux pour eux. Tout votre amour pour vos enfants se manifeste alors de façon très concrète. Est-ce que vous commencez à entrevoir où je veux en venir ? Savez vous que Dieu est un peu comme vous ? Ou que vous êtes un peu comme Dieu ? Votre enfant n’a pas encore trois ans que vous cherchez déjà le meilleur jardin d’enfants. Vous l’aimez tellement que vous êtes prêts à tous les sacrifices pour lui trouver ce qu’il y a de mieux. Cela me rappelle cette phrase de Jésus : « Qui d’entre vous si son fils lui demande du pain lui donnera une pierre ? Ou s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus 67


votre Père qui est aux cieux, donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent. » Je disais : vous êtes un peu comme Dieu. Je dis bien : « un peu », car Dieu lui, est parfait, et il nous aime comme on ne peut pas l’imaginer. … Quand votre enfant grandit, vous ne passez pas des mois et des mois à réfléchir sur le fait qu’il faut lui trouver une bonne école. Et heureusement, car à la fin de l’année scolaire, vous seriez encore en train de réfléchir ! Alors, reprenons la phrase de Jésus : « Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux, donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent. » Une fois compris cela, il n’y a plus de place pour les hésitations ou pour la peur. Quand on met sa confiance en Dieu, on sait qu’il ne peut nous donner que de bonnes choses et la première chose à faire, c’est donc de le mettre dans le coup. Malheureusement, il nous faut bien reconnaître que trop souvent, nous comptons d’abord sur nos propres forces, au lieu de courir vers celui qui ne peut nous donner que de bonnes choses. … Libreville, août 2007

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Changer de regard « L’Esprit de Dieu repose sur moi… » Luc 4,14-21 Quelques cinq cents ans avant Jésus Christ, Isaïe disait : « l’Esprit de Dieu repose sur moi, il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, apporter aux opprimés la libération … ». On connait ce passage par cœur, parce que Jésus le reprend à son compte : « L’esprit de Dieu repose sur moi … », et Jésus ajoute : « Cette parole d’Isaïe, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». Nous sommes en 2010. Quelques 2000 ans après, c’est nous qui pouvons nous approprier ces mêmes paroles. Nous avons été baptisés et confirmés, nous savons, et nous le chantons de temps en temps, nous savons que l’Esprit de Dieu repose sur nous. Et qu’il nous envoie porter la bonne nouvelle aux pauvres, qu’il nous envoie libérer les opprimés. Il y a bien des façons de remplir cette mission. Ce matin, je voudrais insister sur une façon de libérer les opprimés. « Une », car en cinq minutes, on ne peut pas tout aborder. Une façon qui est à la portée de tout le monde, à la portée de nous tous. Il est dans notre monde des personnes qui sont regardées de travers, qui sont rangées dans des catégories, et le simple fait d’être ainsi classées est souvent pour elles, synonyme d’oppression. Au 69


contraire, ces mêmes personnes, quand elles se sentent regardées normalement, eh bien, elles se sentent libérées… elles respirent. Je vais vous donner quatre exemples, que je connais bien. Et cela va sans doute vous rappeler d’autres exemples que vous connaissez vous-mêmes personnellement. Alors commençons avec Satia. Satia a une cinquantaine d’année. C’est une ex prostituée. Elle parle beaucoup quand elle se sent en confiance. Elle vous explique son histoire, une longue histoire qui s’est passée en France et en Belgique. Et si vous lui demandez comment elle est sortie de cette galère, elle vous explique : « Il y a eu une chouette personne qui m’a parlé ». Une chouette personne qui ne l’a pas regardée comme on la regardait d’habitude. D’autres personnes sont regardées de travers : les albinos. Allons faire un petit tour en Afrique. Les albinos ont un problème de pigmentation de la peau. Ils ont aussi souvent des problèmes de vue, mais encore plus grave, en bien des endroits, ils sont victimes de croyances et de pratiques occultes qui en découlent. Et ça va jusqu’à des sacrifices humains. A Libreville, je connais bien Aimé Jacques et Céline. Aimé Jacques - c’est son nom - est marié avec Céline. En 2008, ils ont fêté leurs trente ans de mariage. Voila donc aujourd’hui, 32 ans qu’ils sont ensemble. Aimé Jacques expliquait lors de la fête des trente ans que lorsqu’ils ont commencé cette aventure, beaucoup de gens ne leur donnaient pas plus de trois ans… D’une part, ils étaient très jeunes, et d’autre part, Céline 70


étant albinos, beaucoup considéraient que c’était une ineptie que de vouloir se marier. Pourtant, Aimé Jacques a trouvé alors un appui, un autre regard, chez sa mère, la seule de sa famille qui l’a encouragé. Céline aussi a trouvé dans sa propre famille des parents qui l’ont regardée avec le même regard qu’ils portaient sur ses frères et sœurs. Et du coup, elle nous dit qu’elle marchait la tête haute. Voila donc un deuxième exemple : le regard de quelques uns a permis à ce couple de vivre déjà trente deux ans de bonheur, comme ils le disent eux-mêmes. Un troisième exemple, plus prés de chez nous, puisque c’est ici à côté, en Seine et Marne, à Cesson. J’ai fait la connaissance de 4 familles de Rroms. On leur donne beaucoup de noms, gitans, manouches, gens du voyage, Rroms, mais ils sont aussi stigmatisés : ils ont une réputation sulfureuse. On les traite de voleurs et de proxénètes. Geneviève et Yves ont voulu voir s’ils méritaient cette réputation. Ils ont voulu les accompagner, les regarder comme on regarde n’importe qui, et en fait, très vite, ils sont devenus leurs amis. Il ya cinq ou six ans, Yves était élu local, et avec le maire, il fallait qu’ils les accueillent. Alors ces quatre familles ont été accueillies à bras ouvert par la commune de Cesson. La leçon, c’est encore la même, le regard que vous portez sur quelqu’un en difficulté pourra l’amener à relever la tête, à s’en sortir. Et vous verrez alors le sourire sur ses lèvres, chez les Rroms, vous aurez droit à un petit air d’accordéon qui en dit plus que bien des discours.

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Enfin, dernier exemple. Pascal. Nous retournons au Gabon. Pascal est une personne handicapée. N’oubliez pas de dire une « personne » handicapée. Car le seul mot « handicapé » ne rend pas compte des potentialités qui sont encore celles des personnes vivant avec une déficience. Pascal n’a pas de jambe. Je l’ai connu quand il était au collège, dans les années 80. A l’époque il n’avait pas encore de fauteuil roulant. Il se déplaçait en se propulsant avec ses mains et ses avant bras. Aujourd’hui, les années ont passé, il est magistrat. Il explique que le regard de la société pèse sur les personnes handicapées. On les regarde trop souvent avec compassion, avec pitié, mais la pitié et la compassion n’aident pas à décoller. Alors, lui, comment s’en est-il sorti, comment est-il devenu magistrat ? Il a une explication qui mérite d’être retenue et méditée. C’est qu’il a eu la chance d’être regardé autrement que par la façon habituelle. Quand il était en seconde il est entré dans un groupe de jécistes, et les garçons et les filles du groupe l’ont élu responsable du groupe. Ce qui lui a donné à penser qu’il pouvait être utile, qu’il était capable de faire des choses pour sa petite communauté dans le collège. Ce fut le début d’une longue et belle histoire grâce à cet autre regard qui a été posé sur lui. Et il ajoute : « un autre regard, celui du Christ, à travers les jécistes. » Cette petite phrase au détour d’un entretien, cette petite phrase mérite d’être relevée, car elle nous ramène à l’évangile d’aujourd’hui.

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L’Esprit de Dieu repose sur moi, disait Jésus, il m’a envoyé libérer les opprimés. Et nous, nous qui avons reçu ce même Esprit, nous qui sommes envoyés, n’oublions pas qu’à travers notre regard, c’est encore le Christ qui regarde. Nous avons entendu comment saint Paul le rappelle aux Corinthiens : « Tous, juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul corps ». Et Saint Paul ajoute : « Vous êtes le corps du Christ ». Alors, n’oublions pas que notre regard peut et devrait toujours être le regard du Christ. Un regard qui permet à Satia de sortir de la prostitution, la chouette personne qu’elle a rencontrée, devait avoir un chouette regard ! Un regard comme celui de la maman d’Aimé Jacques, comme celui des parents de Céline, un regard qui les amène à faire une fête pour célébrer les trente ans de leur mariage. Un regard qui permet aux Rroms de Cesson de sortir l’accordéon, simplement quand ils expliquent comment Yves et Geneviève les ont regardés. Un regard enfin comme celui des élèves de cette classe de seconde, regard qui fait comprendre à Pascal qu’il n’est pas « handicapé » mais qu’il a « un » handicap, et qu’il a encore beaucoup d’autres potentialités. Janvier 2010

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Comme un enfant « Dans la Jérusalem nouvelle, les places de la ville seront pleines de petits garçons et de petites filles qui viendront y jouer. » Zacharie, 8,1-8 Evangile : Luc 9,46-50 Vous n’avez pas oublié la première lecture : « Dans la Jérusalem nouvelle, les places de la ville seront pleines de petits garçons et de petites filles qui viendront y jouer ». Et Jésus abonde dans le même sens. Il prend un petit enfant, le place à côté de lui et leur dit « Celui qui accueille en mon nom cet enfant, c’est moi qu’il accueille. Celui d’entre vous qui est le plus petit, c’est celui là qui est le plus grand ». Saint Jean, dans l’Apocalypse, voyait la nouvelle Jérusalem descendre du ciel. Et prendre place au milieu des hommes. Désormais, Dieu demeure avec nous, et nous sommes invités à participer à la construction de cette nouvelle cité. La cité d’en haut qui est désormais en bas. Une des caractéristiques de cette nouvelle cité : ceux qui en font partie doivent ressembler aux enfants. Nous pouvons nous poser la question : en quoi faut-il leur ressembler, car les enfants n’ont pas que des qualités. Ils peuvent être bruyants, turbulents, fatigants. Ils cassent les verres…

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On peut leur trouver beaucoup de défauts, et pourtant, on finit toujours par dire : « Ils sont charmants ces petits ! » C’est peut-être parce que finalement, ils finissent toujours par faire confiance en leurs parents. Je viens de passer plusieurs semaines avec deux et même quatre enfants de moins de dix ans, et j’avais souvent droit aux comparaisons : papa conduit plus vite que toi, les policiers ne l’arrêtent jamais, etc. Il y a quelques années, on chantait « Comme un enfant… » Je ne vais pas chanter, mais vous relire les paroles de ce chant qui illustre bien la Jérusalem nouvelle : 1 - Comme un enfant Qui marche sur la route, Le nez en l'air et les cheveux au vent, Comme un enfant que n'effleure aucun doute Et qui sourit en rêvant. Me voici, Seigneur, Me voici comme un enfant, Me voici, Seigneur, Me voici comme un enfant. 2 - Comme un enfant Tient la main de son père, Sans bien savoir où la route conduit, Comme un enfant chantant dans la lumière Chante aussi bien dans la nuit. 3 - Comme un enfant 75


Qui s'est rendu coupable, Mais qui sait bien qu'on lui pardonnera Pour s'excuser d'être si misérable Vient se jeter dans vos bras. 4 - Comme un enfant Regarde vers son père Pour deviner ce qu'il attend de lui Avec Jésus nous irons vers le Père Au royaume des Petits. Paris, septembre 2009

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Sortir de chez soi « Réjouissez vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » Luc 15,3-7 A chaque fois que j’entends l’histoire de ce berger qui a laisse ses 99 brebis pour aller à la recherche de celle qui est perdue, je pense à Jacques Gaillot, évêque d’Evreux ! En 1987, Pierre André Albertini, un jeune homme d’Evreux est emprisonné en Afrique du Sud. Un comité de soutien se met en place. Et deux personnes de ce comité obtiennent un visa pour se rendre là bas : Anne Albertini et Jacques Gaillot. Petit problème, la date du voyage, fixée par les autorités d’Afrique du sud, correspond à celle du départ pour Lourdes : le diocèse d’Evreux se rend à Lourdes. Et voila que l’évêque préfère la brebis perdue aux bons chrétiens qui vont à Lourdes. Et en plus, Pierre André Albertini est communiste ! Evidemment, il va se trouver des « bons chrétiens » pour ronchonner…. Dans l’évangile, on ne nous dit pas si les 99 brebis ronchonnent. Mais dans une autre histoire, vous savez que le frère du fils prodigue est plutôt du genre ronchon : quand

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son père organise une fête, il n’est pas le premier à se réjouir. Ici, les brebis ne manifestent pas grand-chose, ce sont les anges qui se réjouissent. Même si l’on n’a jamais été incarcéré, on peut imaginer facilement la joie du jeune homme enfermé, loin de chez lui, quand il reçoit la visite des deux membres du comité qui le soutient. On est en Afrique du sud au temps de l’apartheid. Eh bien ce matin, retenons la leçon : laissons les ronchons ronchonner, et réjouissons nous avec ceux qui sont dans la joie. Avec les anges dans le ciel, avec les Pierre André Albertini, avec tous ceux que nous irons rejoindre aujourd’hui, en franchissant, peut-être pas des frontières géographiques, mais il y a tant et tant d’autres frontières. N’hésitons pas à sortir pour aller rejoindre ceux à qui une petite visite fera peut-être un grand bien ! Paris. Novembre 2009

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Croyant, mais non pratiquant « Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia, et il parla très bien. » Marc 7, 31-37 Vous savez qu’on distingue habituellement parmi les chrétiens, les croyants et les pratiquants. Dans le langage courant, un pratiquant, c’est celui qui va à la messe le dimanche. C’est un peu réducteur. Ce matin, on va dire qu’un pratiquant, c’est aussi celui qui écoute et qui parle. Chrétiens, nous savons que nous sommes nous aussi des miraculés : nous avons des oreilles pour entendre et une langue pour parler. Avec le Christ, nous ne sommes plus sourds, nous ne sommes plus muets. Tout chrétien pratiquant ne va pas seulement à la messe le dimanche, il entend et il parle. Et à tout âge ! Je me souviens de ces enfants (12-13 ans). Dans la paroisse où je me trouvais, nous avions multiplié les équipes de Cœurs Vaillants - Ames Vaillantes. Ici en France, on dit maintenant ACE. J'avais inventé une méthode, calquée sur le VOIR, JUGER, AGIR : c'était les 4 R : Regarde, Raconte, Réfléchissons, Réagissons. Chaque enfant était invité, durant la semaine, à regarder ce qui se passe autour de lui. A la réunion, chaque semaine, l'enfant raconte aux autres ce qu'il a vu. Et ensemble ils réfléchissent et ils réagissent. La

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semaine suivante, ils commencent par écrire ce qu'ils ont fait. Je vous lis tel quel, ce qu'une équipe a écrit, un certain de jour de février 1988 : REGARDE, RACONTE Un jeune garçon de 18 ans a interrompu ses études parce qu’il était malade. Aujourd’hui, cela fait quatre ans qu’il n’apprend plus et vu son âge, il serait mieux qu’il travaille ou qu’il aille dans un centre de formation professionnelle. REFLECHISSONS. POURQUOI CELA EST-IL ARRIVE ? Il n’aime pas l’école, l’école est trop dure. Qu’est-ce que le Christ en pense ? Ce jeune garçon doit travailler pour lui-même et pour sa famille. REAGISSONS Nous lui avons écrit le 14-2-1988, pour qu’il comprenne que c’est son bonheur de travailler. Il nous a écrit d’aller chez lui. Nous sommes allés le 21-2-88 à 15 h.30, au nombre de six personnes. Il nous a bien reçus. A la fin de la conversation, il nous avait remerciés en nous promettant de chercher du travail. Plus récemment, une jeune fille, étudiante, habitait une chambre de bonne, dans le 16ème. Elle avait des voisines. Un jour elle m'explique qu'elle est contre le mariage des prêtres : si vous étiez marié, est-ce que vous pourriez encore nous écouter, nous tous qui avons mille problèmes. Votre femme ne serait peutêtre pas d'accord. 80


Je lui ai fait remarquer qu'elle venait justement de me raconter comment sa voisine, une étudiante camerounaise cognait à sa porte en pleine nuit, venait lui raconter ses malheurs, et elle prenait le temps de l'écouter et de lui donner quelques conseils. Pour écouter, pour parler, il ne faut pas forcément être prêtre. Il suffit d'être chrétien, d'être chrétienne, d'être touché par le Christ, d'avoir des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, et une langue pour parler. Paris, février 2010

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Dent de sagesse, sage-femme, sagesse dans la bible … « Si la sagesse fait défaut à l’un de vous, qu’il la demande au Dieu qui donne à tous avec simplicité et sans faire de reproche ; elle lui sera donnée » St Jacques 3, 17 et 1,5 Saint Jacques nous parle ce matin de la vraie et de la fausse sagesse. La sagesse, c’est une réalité qui ne laisse pas indifférent, même si c’est quelque chose qui n’est pas vraiment facile à définir. On parle d’un enfant sage, on parle aussi d’un sage vieillard. Il y a quelques années, quand on voulait préciser un peu les choses, on allait voir dans le Larousse. Aujourd’hui, le Larousse existe toujours, mais ceux qui ont accès à internet savent qu’il y a aussi Google. Vous tapez le mot ou les mots sur lesquels vous cherchez des renseignements, et on vous donne une liste de pages où il est question de ce que vous cherchez. Par exemple, vous tapez « spiritains », vous avez la possibilité d’aller voir 99600 pages où il est question des spiritains. Ca fait un peu beaucoup ! Mais ce n’est rien à côté de « sagesse ». Par curiosité j’ai tapé sagesse, pensant trouver quelque chose d’original. Devinez combien de pages vous pouvez aller consulter : il y a 2 370 000 pages où il est question de sagesse. Quand j’ai vu ça, je suis parti en courant, je suis revenu à Saint Jacques. 82


La sagesse qui vient de Dieu est droiture, et il continue comme Saint Paul quand il énumère les fruits de l’Esprit : la sagesse d’en haut est paix, tolérance, compréhension, pleine de miséricorde, féconde en bienfaits. Ensuite, je suis revenu à la première page de la lettre de Jacques : « Si la sagesse fait défaut à l’un de vous, qu’il la demande au Dieu qui donne à tous avec simplicité et sans faire de reproche ; elle lui sera donnée » De son côté, Saint Matthieu dit : « Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent ». Et Luc précise même : « combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ». L’Esprit Saint, la sagesse, nous sommes dans le même registre. Alors ce matin, reconnaissons que nous ne sommes jamais assez sages, et avec simplicité, demandons à Dieu qu’il nous comble de sa sagesse. Paris, février 2006

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Cinq pains et deux poissons. Ne dites pas « C’est petit » « Il y a là un garçon qui possède cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde. » Jean 6, 5 - 14 Vous connaissez ce qu’en France on appelle l’ACE ? L’Action Catholique des Enfants. En équipe, les enfants cherchent à faire le lien entre leur vie et leur foi. Pour ma part, j’ai eu la chance de vivre durant 25 ans, avec des équipes d’enfants, à Sainte Colombe à Villejuif d’abord, à Mouila et à Libreville ensuite. Ceux qui parmi vous ont eu cette même chance savent combien cela est rafraîchissant et enrichissant. De toutes ces années, de toutes ces équipes fréquentées chaque jour, j’ai retenu une leçon : les enfants ne sont pas l’Eglise de demain, ils sont l’Eglise d’aujourd’hui. Et c’est cette même leçon que je retire du passage que nous venons d’entendre : dans la foule, nombreuse, André remarque un jeune garçon. C’est lui qui a cinq pains et deux poissons. Jésus n’est pas seulement un professeur qui enseigne, il est venu pour que nous ayons la vie, et il n’oublie pas que la foule peut avoir faim. Mais il part de ce que nous apportons. Jésus inaugure son Royaume, et il nous associe à la construction de celui-ci. « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». 84


Ce qu’apporte un enfant n’est pas sans importance. Alors nous, nous qui ne sommes plus des enfants, qu’est-ce que nous apportons ? Ce n’est pas obligatoire d’apporter des choses extraordinaires. Par contre, c’est peut-être important de se mettre ensemble : la petite expérience que nous venons de faire nous le rappelle. Ensemble nous avons pu rassembler 2200 euros qui seront bien utilisés au Mozambique. Chacun de nous a un petit quelque chose à apporter à la construction du Royaume. Si un enfant peut apporter cinq pains et deux poissons, les adultes que nous sommes, nous pouvons apporter autant, sinon plus ! Tout ce que nous faisons chaque jour pour que tous les habitants de cette terre puissent vivre et bien vivre, tout cela participe à faire grandir le Royaume. Un verre d’eau donné à celui qui a soif, la visite à un malade ou à un prisonnier, l’accueil d’un étranger, faire connaître la Campagne Publiez Ce Que Vous Payez, il y a mille et une façons de participer. Chacun de nous peut, ce matin, apporter à l’autel, non pas quelques pains ou quelques poissons, mais ce qu’il fait ou ce qu’il va faire aujourd’hui pour que vienne le Royaume. Ce que je fais est petit ? C’est au moins aussi grand que la goutte d’eau que je vais ajouter au vin dans le calice tout de suite.

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« Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrifice de l’alliance, puissions nous être unis a la divinité qui a pris notre humanité » Ce que nous faisons, ce que nous sommes, unis au Christ, et voila le Royaume qui grandit. Paris, avril 2007

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Du sang dans nos portables « Et ce commandement, c’est que vous viviez dans l’amour » 2ème lettre de Saint Jean 1,4-9 Je voudrais retenir notre attention sur quelque chose qui n’est pas très visible. Il faut prendre un peu de temps, il faut regarder un film qui dure à peu près une heure pour entrevoir le lien qu’il y a entre mon téléphone portable et la guerre au Kivu. Pour fabriquer un téléphone portable, il faut, entre autres, un minerai : le coltan. Le coltan, on le trouve en RDC, au Nord Kivu. Le coltan, c’est un minerai rare et donc très précieux, une richesse que plusieurs convoitent. Et finalement, le coltan, c’est une malédiction pour les populations qui habitent le Kivu. Il faut voir le film de Patrick Forestier : Du sang dans nos portables. Mais il ne suffit pas de voir, il faut juger et agir …. Voir, Juger, Agir : Voir : il y a des gens qui meurent à cause de nos portables. Juger : Saint Jean nous le rappelle : « Et ce commandement, comme vous l’avez appris dès le début, c’est que vous viviez dans l’amour » Avant de chercher comment on peut, dans ce cas précis du téléphone portable, vivre dans l’amour, on 87


peut encore poser une question : connaissons-nous d’autres faits pareils ? Malheureusement, oui, le pétrole ! Quand je remplis mon réservoir, quand je fais le plein à la station, je ne pense pas forcément qu’il y a des morts à l’autre bout du tuyau. Que de guerres à travers le monde, à cause du pétrole. Nous sommes bien placés pour le savoir, ici chez les spiritains : notre confrère Jean Guth n’est pas mort dans son lit. Le pétrole, et la perche du Nil, qu’on vend à Carrefour, et chez tous les bons poissonniers, et bien d’autres choses encore. Alors, arrivons à l’agir. Et il faut bien reconnaitre que dans un premier temps, nous nous sentons impuissants. Pourtant, nous pouvons agir, nous pouvons aimer. D’abord, nous pouvons faire connaitre ces films, ces articles sur le pétrole, sur le coltan, sur les diamants, sur la perche du Nil… Et faire connaitre aussi les nombreuses associations, les nombreuses ONG qui se battent pour que les compagnies extractives de matières premières publient ce qu’elles versent aux gouvernements des pays riches en matières premières. Car, nous ne le savons peut-être pas, mais dans 70 pays à travers le monde, des hommes et des femmes luttent pour faire régner la transparence. Nous qui sommes ici ce matin, nous n’avons sans doute pas leur compétences. Pour beaucoup d’entre nous, les 88


mécanismes de l’économie : ça reste un peu obscur. Mais nous pouvons les soutenir. En France, c’est le Secours Catholique qui pilote la plate forme « Publiez Ce Que Vous Payez », plate forme qui regroupe une quinzaine d’associations qui se sont emparées de ce combat. Le Secours Catholique porte bien son nom. Il s’agit de venir au secours des populations qui sont, un peu partout dans le monde, victimes des richesses de leur sous sol. Nous sommes catholiques, ne restons pas à l’écart. Novembre 2008

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Je n’ai pas le temps « Va travailler à ma vigne ». Mt 21, 28-32 Après avoir lu cette page dans l’évangile de Matthieu, on se demande si c’est encore bien la peine de parler. Ce qui compte, aux yeux de Dieu, ce ne sont pas nos paroles, ce sont nos actes ! On le savait. « Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur qui entrent dans le Royaume, ce sont ceux qui font la volonté du Père » Nous savons aussi que nous serons jugés sur l’amour : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’étais malade et vous êtes venus me voir, j’étais étranger et vous m’avez accueilli… » Tout au long de l’évangile, Jésus nous ramène à tout instant au concret de notre vie quotidienne. Quand il quitte cette terre, deux hommes en vêtements blancs se trouvent à côté des apôtres et leur disent : « Gens de Galilée, pourquoi restez vous là à regarder le ciel ? » Alors, aujourd’hui encore, Dieu nous dit : « mon enfant, va travailler à ma vigne ». Je vous propose de prendre maintenant quelques minutes : nous pouvons nous demander en quoi consiste ce travail. Souvent, on s’imagine qu’il faut faire des choses en plus de tout ce que nous faisons déjà. Ca peut arriver, mais n’oublions pas qu’il y a d’abord une façon chrétienne de remplir toutes nos tâches quotidiennes. 90


Par exemple, celui qui fait la cuisine, et qui fait bien la cuisine, on peut dire qu’il travaille déjà dans la vigne du Seigneur. Comme dit Saint Paul, il n’est pas préoccupé de lui-même, il est préoccupé des autres. Et bien faire la cuisine, c’est une chose, mais varier les plats, trouver quelque chose de bon tous les jours, c’est encore un autre sport. Le cuisinier, ou plus souvent, la cuisinière, se pose souvent la question dès le matin : « qu’est-ce qu’on va manger aujourd’hui ? » Il est une expression qui revient souvent dans la bouche des chrétiens : « Je n’ai pas le temps ». Si c’est une excuse pour cacher une certaine paresse, c’est vrai qu’il faut se remettre en question. Mais quand c’est vrai, quand nos journées sont bien remplies, on n’est pas obligé d’en rajouter. Les journées n’ont que 24 heures. Ce que l’on fait, quand on le fait bien, c’est déjà une participation à la construction du Royaume. Va travailler à ma vigne : je connais des jeunes parents qui mettent toute leur énergie, tout leur amour dans l’éducation de leurs quatre enfants, ces jeunes parents font la volonté de Dieu et Dieu ne demande pas autre chose ! En même temps, sans faire quelque chose de plus, on peut quand même prendre un peu de temps pour unir nos efforts aux efforts des autres qui travaillent dans le même sens. Je m’explique avec un exemple concret.

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Il est des anciens jécistes d’Afrique qui se sont mis en réseau. Jécistes, ils étaient des chrétiens engagés dans leur milieu scolaire ou universitaire. Aujourd’hui, dans la vie active, ils veulent continuer à travailler dans la vigne du Seigneur. Ils n’emploient pas exactement cette expression, mais ils parlent de « leurs travaux en cours ». Ceux qui de par leur métier (docteurs, psychologues) luttent contre le sida, échangent entre eux. Et échangent aussi avec d’autres membres du réseau qui ont perdu un membre de leur famille à cause de cette maladie. Ces échanges ont débouché sur la fabrication d’un calendrier pour 2009. Un calendrier avec 12 conseils à mettre en avant dans la famille, quand un membre de la famille à le VIH. Certains s’intéressent à la prévention des conflits. Ils sont trois ou quatre à réfléchir et à proposer des actions dans ce domaine et ils ont pensé qu’ils pourraient eux aussi faire un calendrier pour 2010. Avec 12 pistes d’action pour les 12 mois de l’année. 12 actions à réaliser pour éviter les conflits. Il y a deux ou trois jours, l’une d’entre elle se souvenait d’une action lancée par l’UNESCO auprès des enfants : un concours de dessins. Il était demandé aux enfants : « Dessine-moi la paix ». Et elle propose que cette opération soit menée avec les enfants des parents qui sont dans le réseau des anciens jécistes. Ce que je fais, ce que j’ai fait, je peux en parler, et l’idée peut être reprise. Heureux les artisans de paix. Nous travaillons ensemble. Il ne s’agit pas forcément de faire quelque chose en plus, on peut simplement 92


partager entre nous les bonnes idées, les bonnes informations. La vigne est grande, les ouvriers sont peu nombreux, raison de plus pour ne pas rester chacun dans son coin. Pour terminer, je pense que ce « Va travailler à ma vigne » est aussi une occasion de vérifier notre façon de prier. Ne nous arrive-t-il pas, parfois, d’inverser les rôles et finalement de demander à Dieu de faire le travail à notre place ! Attention, Dieu peut nous aider. Son Esprit est lumière, force, amour, mais n’allons pas jusqu’à dire à Dieu : va travailler à ma place. N’oublions jamais que nous sommes en route, nous allons vers le Père, en suivant le chemin tracé par le Christ, poussés sur ce chemin par l’Esprit. Le chemin que nous a montré Jésus, c’est le chemin de l’amour, et Dieu ne peut pas aimer à notre place. Paris, septembre 2008

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Le monde est petit ! « Elargis l’espace de ta tente. » Ésaïe 54,1-5 Baptême de Philippe et de Mahé, à Libreville (Extraits de l’homélie) Quand il s’est agi de trouver une paroisse où baptiser Mahé et Philippe, j’ai tout de suite pensé à Saint Christophe d’Okala. Un peu plus tard, j’ai appris que la paroisse de la Sainte Famille était maintenant opérationnelle, et que certains membres de la famille s’y rendent régulièrement. Mais les démarches étaient déjà faites à Okala, et comme dit le papa des baptisés : « C’est toujours la même Eglise ! » Effectivement, ce n’est pas le bâtiment qui compte. Ce qui compte, c’est la communauté, c’est la famille des enfants de Dieu. Vous avez chanté pour ouvrir cette célébration : « Seigneur, nous arrivons des quatre coins de l’horizon, nous voila chez toi ». Et c’est bien vrai, nous arrivons des quatre coins de l’horizon. La famille Micheau à elle seule est une image de l’église universelle. Le grand père, Marcel, est enterré à Fourmies dans le nord de la France. C’est là-bas que William et Fabrice ont été baptisés et confirmés. La grand-mère, Salomé, originaire de Nsessougou, où je suis allé la voir un jour, vit maintenant ici. Nsessougou c’est près de Mbalmayo au Cameroun. Elle vit ici et aussi, de temps en temps, à Boué : nous avons été à la messe 94


ensemble à Boué ! Héloïse a été baptisée à Villejuif, Yvan au Kremlin Bicêtre. Oui, nous arrivons des quatre coins de l’horizon ! La bonne nouvelle annoncée par Jésus il y a 2000 ans est vraiment une bonne nouvelle pour toute la terre. Isaïe l’avait déjà compris quand il disait : « Elargis l’espace de ta tente, les toiles de tes demeures, qu’on les distende ! Ne ménage rien ! Allonge tes cordages, et tes piquets fais les tenir, car à droite et à gauche tu vas déborder… » (Isaïe 54, 2-3) Allonge tes cordages : plus la tente est grande, plus les piquets doivent être solides. Il faut les faire tenir. Sinon, la tente risque de s’envoler. Alors, retenons que pour nous chrétiens, le piquet qui est solide et auquel nous devons être solidement attachés, c’est Jésus Christ. Que nous soyons à Paris ou en banlieue parisienne, à Brest ou à Lyon, au Cameroun ou au Gabon, à Libreville ou à Boué, l’essentiel c’est d’être attaché solidement à Jésus Christ. Curieusement, on ne parle pas souvent de Jésus. Nous avons passé deux heures à préparer le programme des chants de ce baptême, nous avons en même temps parlé de tout et de rien, des critères pour être parrain ou marraine, des façons de faire au Cameroun et au Gabon, etc. Mais pas de Jésus Christ. C’est vrai que Jésus, même s’il a dit : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde », on ne le voit pas. Il ne parle pas dans le bruit, il est discret. Il parle au fond de ton cœur. C’est pourquoi il est facile de ne pas le voir, de ne pas l’entendre et de l’oublier. 95


Et pourtant, il est là, je le connais, il me parle, j’ai confiance en lui. Je vais vous donner un exemple. Un exemple que vont très bien comprendre ceux qui connaissent la marraine de Mahé. Je l’ai rapporté dans mon livre 2, et je vais donc tout simplement vous le lire (ce sera plus court) : Le monde est petit, ou l’Eglise est vaste... C’est comme on voudra ! Je suis en France depuis 1991 et voilà que je retrouve ici, en 1994, à l’Institut Gustave Roussy, à Villejuif, une jeune fille qui a vingt-quatre ans cette année la. Elle a fait sa communion aux Rois Mages vers 1980. Villejuif, vous le savez, c’est synonyme de cancer... Evacuée en France, se retrouvant quasiment seule à l’hôpital, elle n’a pas baissé les bras, elle s’est battue, elle est guérie. Je lui expliquai un jour comment je me sentais un peu en exil, ici en France, loin de mes amis librevillois. Après vingt ans passés dans la communauté des Rois Mages, j’ai comme l’impression que ma vie est brisée. Eh bien, heureuse surprise, c’est elle qui se souvient et qui me rappelle une homélie sur la foi, sur la confiance, une homélie que j’ai dû faire en 1980. C’est elle qui aujourd’hui me fait saisir une phrase du Christ : « Détruisez ce temple, je le rebâtis en trois jours ». Dans sa bouche, cette phrase prend tout 2

La joie de vivre en communauté, ch 9 L’évangile au quotidien

http://joie-en-communaute.over-blog.com/article3755876.html

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son sens. Elle vient de sortir victorieuse d’une maladie souvent mortelle, elle sait que le Christ l’a aidée à vaincre un mal terrible, et elle n’admet pas qu’on puisse baisser les bras devant une situation difficile. Faisons-nous confiance au Christ, oui ou non ? Dans sa réaction violente à mes propos, elle s’est exclamée : « Bousillez ce temple, je le rebâtis en trois jours ». Jésus voulait parler de sa propre vie. Il parlait aussi de sa vie, à elle, et pourquoi pas, de la mienne. Par les paroles sorties de ma bouche, en 1980, elle avait compris ce que voulait dire « avoir confiance dans le Christ ». Par les paroles sorties de sa bouche, en 1994, j’ai compris un tout petit peu mieux le mystère de la résurrection. Libreville, août 2010

La machette et la statue 97


« Même les cheveux de votre tête sont tous comptés. » Matthieu 10, 24-33 Ne craignez pas ceux qui tuent le corps. Ce n’est pas évident ! Tout le monde redoute la souffrance, la mort. Quand on a peur, quand on a très peur, quand ça va mal, quand ca va très mal on pense à Dieu, on cherche sa protection. A ce moment là d’ailleurs, on ne discute plus pendant des heures sur l’existence de Dieu ! Il y a quelques années, la maison que j’habitais, seul, à Libreville, a brulé. Comme il y avait eu deux faits crapuleux les semaines précédentes : un début d’incendie dans un autre presbytère, et un professeur assassiné dans un collège catholique, on se posait des questions. Quatre jeunes ont décidé alors de rester avec moi, dans une salle de catéchisme qu’on avait transformée en habitation après l’incendie du presbytère. On avait transformé la moitié de la salle en dortoir, et l’un des jeunes avait mis une machette sous son lit, et une statuette de la Sainte Vierge au dessus. Deux précautions valent mieux qu’une ! Plus récemment, la semaine dernière, un étudiant haïtien vient me voir. Il a terminé un cycle d’études et veut chercher du travail. Il fait alors une demande pour changer de statut. Mais la préfecture le lui refuse et mieux lui donne l’ordre de quitter le territoire ! 98


Désemparé, il cherche une solution. Sa mère a été assassinée, lui est sorti presque indemne de l’incendie de sa maison. Bref il a peur de retourner là bas. Il a pris un avocat qu’il a déjà payé 600 euros. Il faut qu’il verse le reste, 500 euros. Je l’oriente vers des associations qui pourront peut-être l’aider, sans lui vider les poches ! Il avait bien noté les adresses que je lui donnai, et c’est alors qu’il me demande si on ne vend pas des croix, ou des statues, ou des images de Saint. Les avocats, les associations c’est bien, mais les statues… Là encore, deux précautions valent mieux qu’une ! Quand ça va mal, ce n’est pas difficile de penser à Dieu, à Marie, ou à tel ou tel saint. On se souvient qu’ils existent et qu’ils peuvent nous protéger. Mais voila que Jésus nous dit : ne craignez pas ceux qui tuent le corps. Il faut avouer que c’est difficile à entendre. Et pour nous, rassemblés ici ce matin. Nous ne sommes pas menacés de mort. Quand tout va bien ? Est-ce qu’on pense encore qu’on est entre les mains de Dieu ? Qu’on vaut plus que tous les moineaux du monde ? Est-ce qu’on le remercie pour toutes les richesses qu’il nous donne ? Nous sommes précieux à ses yeux. Ne l’oublions pas. Ensemble, nous allons rendre grâce à Dieu. Paris, octobre 2008

« Vouloir savoir et oser dire » Abbé Pierre

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« Heureux vous les pauvres, malheureux vous les riches ». Saint Luc 6,17-26 Le 17 octobre dernier, c’était la Journée du « Refus de la misère ». Une journée mondiale organisée par l’ONU depuis 1992. Le 17 octobre, c’est déjà loin ... Vous vous en souvenez ? Se tenait à Paris, fin novembre, la 81 ème session des Semaines Sociales de France. Le sujet débattu cette année était : « Qu’est-ce qu’une société plus juste ? ». Vous le saviez ? L’abbé Pierre vient de disparaître, ça tout le monde le sait ! Vous vous souvenez aussi qu’il siégea à l’Assemblée Nationale, mais à peine élu, il déchanta très vite et son commentaire en dit long : « Le pouvoir est aveugle, la misère muette ». On a dit ici et là qu’il était mort comme le vieillard Siméon car il pouvait partir en paix puisqu’il avait des successeurs : les enfants de Don Quichotte ! Esso vient de publier ses bénéfices : la société a réalisé en 2006 un bénéfice net record de 39,5 milliards de dollars, un record dans l'histoire de l'économie américaine, un record tout court dans l'histoire du capitalisme, un record précédemment détenu en 2005 par... la même société. 39,5 milliards de dollars, on a du mal à imaginer. On pourrait continuer à aligner des chiffres. On pourrait continuer à décrire la situation d’un monde 100


qui semble marcher sur la tête. Tandis que les uns sont de plus en plus riches, d’autres sont de plus en plus pauvres. Mais voila qu’au milieu de toutes ces réalités, une page d’évangile vient s’inviter. « Heureux vous les pauvres, malheureux vous les riches ». C’est clair. Pas besoin de faire un dessin. La question qui se pose, c’est : faut-il en rester au constat ? Faut-il en rester à décrire des situations, aussi aberrantes soient-elles ? Certainement pas : la parabole des talents nous rappelle que nous devons faire fructifier les dons que nous avons reçus. Pas de place pour les paresseux : « Quant à ce serviteur bon à rien, jetez le dans les ténèbres du dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents ». Le Royaume de Dieu est déjà là. On peut en faire partie. C’est un choix. Il est déjà là et en même temps, il est à construire. Et nous sommes invités à prendre notre part dans cette construction. Par quel bout commencer ? Eh bien pour commencer, j’ai retenu une phrase de l’Abbé Pierre : « Vouloir savoir et oser dire » Vouloir savoir : il y a ce que disent les medias, les grands medias, mais aujourd’hui, il y a bien d’autre façons de savoir ce qui se passe, prés de chez moi, dans ma ville, dans mon pays, dans le monde. Si je sympathise avec mon voisin, il aura plein de choses à m’apprendre. Une femme, Brigitte qui s’est retrouvée

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un jour à la rue pour fuir la violence de son mari vient d’écrire un livre : « J’habite en bas de chez vous ». Il y a des livres, il y a des films. Après « Le cauchemar de Darwin » et la perche du Nil, on peut voir aujourd’hui un film sur les diamants de la guerre « Blood diamond ». Edward Zwick qui a fait le film écrit ceci : « Je ne crois pas qu’un film puisse changer le monde, mais j’estime qu’il peut informer des gens dont les comportements irresponsables viennent souvent d’une grande ignorance. » Vouloir savoir. Et oser dire. Oser dire. Je cite toujours l’abbé Pierre : «Il faut que la voix des hommes sans voix empêche les puissants de dormir ». Oser dire : prenons la parole. Ce que nous savons, ne le gardons pas pour nous. Disons-le. En sachant que pour empêcher les puissants de dormir... ça ne va pas être facile. Il va falloir faire du bruit car ils ne sont pas tout prés de nous. Ils se barricadent dans leur monde. Dans leurs pensées, dans leurs relations. Je me souviens de cet ambassadeur du Sénégal auprès de l’UNESCO. Il y a quelques années, nous avons lancé un Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique. Une amie, ancienne jéciste, qui travaille à l’UNESCO m’appelle un jour : - L’ambassadeur du Sénégal auprès de l’UNESCO est ici pour un mois, c’est un ancien jéciste, on devrait l’inviter à manger et lui parler de notre réseau. - D’accord, on prend le repas à la cafeteria de l’UNESCO ?

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- Non, c’est un ancien ministre, un ambassadeur aujourd’hui, il faut qu’on l’invite dans un restaurant près de l’UNESCO. - D’accord ! Au restaurant, on apporte le menu. Le monsieur choisit l’entrée la plus chère. Mon amie et moi, on se regarde, on prend la moins chère... une tomate. Et pour le plat de résistance ? Le bon monsieur remarque qu’il y a du poisson de son pays. Il choisit ce poisson. Le plat le plus cher. Je me dis qu’avec tout ce qu’il nous raconte, son salaire d’ancien ministre, son salaire d’ambassadeur, les frais d’hôtel et de restauration qui lui sont payés, alors qu’il loge chez son fils (c’est donc tout bénéfice !), je me dis : « pas grave, il va régler l’addition ». Eh bien non, il nous a laissés payer. Ces gens là vivent dans un autre monde ! Alors pour empêcher les puissants de dormir, faut-il s’appeler Jésus Christ, ou l’abbé Pierre ? Et nous ? Nous, il nous faut nous asseoir et nous poser des questions. Nous poser des questions à tous les niveaux : - par exemple, les medias que je lis, que j’écoute, que je regarde. Ils appartiennent à qui ? Est-ce que je vais continuer à les utiliser ? - je connais peut être une femme battue par son mari ? Est-ce qu’elle peut compter sur moi ? Ou va-t-elle un jour se retrouver à la rue comme Brigitte ? - l’autre jour, dans le métro, un homme faisait la manche et à la fin de son petit discours, il demandait « un ticket de restaurant, une petite pièce,

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ou même simplement un petit sourire... ». Suis-je capable de lui donner ce sourire ? Pour terminer, il ne faut pas oublier que les puissants n’aiment pas qu’on les dérange dans leur sommeil. Comme Jésus le disait, ça va être dur, il va falloir prendre sa croix. Le Royaume de Dieu, (Jean XXIII disait : « royaume de vérité, de liberté, de justice, d’amour »), ce royaume ne se construit pas à coups de baguette magique. Nous sommes appelés à nous y mettre en sachant que celui qui veut garder sa vie la perdra mais en sachant aussi que celui qui perd sa vie à cause de moi et de l’évangile la sauvera. Nous nous appuyons sur le Seigneur. Chacun de nous est appelé à construire le Royaume mais pas tout seul. Nous le construisons avec le Seigneur lui-même. Et il fait bon alors relire et méditer longuement ces quelques lignes tirées du livre de Jérémie : « L’homme qui met sa confiance dans le Seigneur est comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant : il ne craint pas la chaleur quand elle vient, il ne redoute pas une année de sécheresse, car elle ne l’empêche pas de porter du fruit ». Jérémie, 17,8 Février 2007

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La joie « Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. » Jean 16, 20-23 "Au bout de la nuit il n'y a pas la nuit, mais l'aurore. Au bout de l'hiver il n'y a pas l'hiver, mais le printemps. Au bout de la mort, il n'y a pas la mort, mais la vie." Joseph Folliet Une fois de plus, il est question ce matin de joie. Pas étonnant quand on sait que dans toute la bible, il est quelques 300 versets qui parlent de joie. Ca donne des chances ! « Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie ». De la peine à la joie. C’est le chemin que le Christ lui même a suivi. Avant la résurrection, il y eut la mort sur la croix. C’est ce chemin qui nous est rappelé ce matin encore. Avec une autre image, celle de la femme qui passe par les souffrances de l’enfantement avant d’arriver à la joie de tenir son enfant dans ses bras. Tout prés d’ici, vous avez une ville qui s’appelle Ivry. Il n’y a pas grand chose à voir à Ivry. Mais allez-y tout de même voir la maison où vécut Madeleine Delbrel de 1933 à 1964. La maison est encore là, tout prés de la mairie. Il suffit de prendre le métro : de Place Monge jusqu’à Mairie d’Yvry. La maison se trouve derrière la mairie ! 105


C’est un peu triste comme quartier, et comme maison. Mais c’est là qu’a vécu Madeleine Delbrel. Et l’un de ses livres porte comme titre : « La joie de croire ». De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? Et d’Ivry, peut-il sortir quelque chose de bon ? La joie. La joie de croire, la joie de vivre en ressuscité, dés aujourd’hui. Joie qui ne peut exister sans travail. Le travail de la femme qui enfante. Le travail aussi dont Jésus parlait dans la parabole des talents. Le serviteur paresseux est chassé, tandis que les deux autres, qui ont fait fructifier les biens qui leur ont été confiés, ceux-là sont invités à entrer dans la joie de leur maître. Tout cela est très bien dit aussi dans l’épître aux Romains : « La création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement…. » Alors, prions, demandons à l’Esprit de venir au secours de notre faiblesse. Nous sommes invités à la liberté. Nous sommes invités à travailler à l’avènement du Royaume. Ne nous laissons pas aller à la paresse, ni au désespoir. Ne laissons jamais trop longtemps, la tristesse prendre le pas sur la joie. Ne perdons pas de vue qu’au delà de la souffrance, au delà des souffrances de toutes sortes, nous sommes déjà en route, avec le ressuscité. Nous savons que notre peine se changera en joie. Paris, mai 2004 106


« La messe, c’est ennuyeux ! » « Et la foule qui était nombreuse, l’écoutait avec plaisir ! » Marc 12,37 Il y a quatre ou cinq mois, une maman, très contrariée m’explique que son fils, ne veut plus aller à la messe. Il est en sixième, et il dit déjà qu’il n’a plus la foi ! J’essaye de faire la part des choses. Peut-être qu’il ne croit plus en des choses auxquelles on ne croit pas non plus. Je lui dis que je vais parler avec lui. Mais les jours passent et je n’ai pas encore trouvé l’occasion de le rencontrer. Il y a 15 jours, il me téléphone : « Vous venez samedi à ma profession de foi ? » Surprise de ma part : - Je croyais que tu n’avais plus la foi… - Non ! Ce n’est pas ça, maman n’a pas compris, je ne veux plus aller à la messe parce que c’est ennuyeux. - Quand tu seras un peu plus grand, tu le diras au prêtre qui dit la messe - Je lui ai déjà dit - Et alors ? - Bof ! - Il n’a pas fait cas ? - On peut dire ça comme ça ! » Quelle différence avec la fin de la page d’évangile que l’on vient d’entendre :

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« La foule qui était nombreuse, l’écoutait avec plaisir ! » Et vous avez entendu dans le livre de Tobie : le chien qui les avait accompagnés remuait la queue en signe de joie ! Dans la bible, ça n’a pas l’air ennuyeux ! Dans la bible, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, on rencontre des hommes et des femmes bien vivants, des situations concrètes. Le jeune Tobie tombe dans les bras de son père. Ca nous rappelle l’enfant prodigue de l’évangile. La foule l’écoutait avec plaisir. Jésus doit sans doute parler en employant les mots de son temps, les mots que tout le monde utilise chaque jour, c’est compréhensible, et on l’écoute avec plaisir ! Et nos enfants, nos petits enfants, nos neveux et nièces, et monsieur et madame tout le monde ? Nous avons des rites, des routines, des mots qui finissent par ne plus dire grand-chose. Demandons ce matin à l’Esprit Saint de nous inspirer un langage et des gestes compréhensibles. Paris, juin 2009

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La foi dans les beaux jours à venir « Mais ils n'avaient pas d'enfant, parce que Élisabeth était stérile et que tous deux étaient avancés en âge. » Luc 1,7 Zahrad, un poète arménien, dit ceci : « Pour préparer un arbre de Noël, il faut trois choses. Outre les ornements et l’arbre, la foi dans les beaux jours à venir. » La foi dans les beaux jours à venir... Ce n’est pas toujours évident ! Et pourtant. Les lectures d’aujourd’hui nous rappellent que Manoa était stérile, elle va mettre au monde un fils, Samson. Elisabeth était stérile, elle va pourtant mettre au monde un fils, Jean. Ce n’est pas évident, mais cette foi dans les beaux jours à venir, d’autres l’ont eue avant nous Et aujourd’hui ? Ce n’est pas plus évident, mais il suffit de bien ouvrir les yeux pour voir déjà maintenant, beaucoup de belles choses. Dimanche dernier, j’étais avec deux amis chez un pasteur noir américain de passage à Paris. Nous faisons connaissance, il nous explique ce qu’il fait aux Etats-Unis, contre la guerre en Irak, pour la paix.

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De notre côté, nous lui expliquons notre préoccupation actuelle, la prévention des conflits en Afrique. Mais tout à coup, arrive une jeune femme, d’origine guinéenne (Guinée Bisssau). Elle nous salue, mais très vite elle se met à nous raconter comment au mois de septembre dernier, elle a été molestée par des policiers, ici à Paris, alors qu’elle quittait ses amis avec qui elle venait de passer un moment à la terrasse d’un café. Visiblement, elle était encore choquée. Pourtant, sa colère passée, elle canalise maintenant son énergie sur une action non violente, très concrète : inciter tous les jeunes qui ne sont pas encore inscrits sur les listes électorales à le faire avant la fin du mois. Et elle ne manque pas d’idées. Avoir la foi dans les beaux jours à venir. Sachons contempler les belles choses qui existent déjà aujourd’hui, pour les multiplier. Alors comme le disait Isaïe : « Viendra le jour où le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, viendra le jour où sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main ». Nous sommes certainement de ceux qui essayent de multiplier les belles choses. Et nous avons la foi. Personnellement, quand je suis tenté de me décourager, il me suffit de passer le soir rue Mouffetard, toute illuminée en cette période de fêtes

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Chacune de nos actions ressemble à une petite ampoule bleue. En soi, c’est petit, ça n’éclaire pas beaucoup, mais mises ensembles… Cette rivière qui coule au dessus de nos têtes, ça a tout de même de l’allure. Alors avec le Seigneur faisons grandir en nous la foi dans les beaux jours à venir. Paris, décembre 2005

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La peur du patron « Allez en paix, mettez vous au chaud et bon appétit ». Jacques 2,15-16 Voir, Juger, Agir Il y a quelques jours, je participais à une journée d’étude, le thème était « laïcité / sécularisation » Comme d’habitude dans ce genre de journée, il y a des exposés et des temps de travail en carrefour. Dans le groupe où j’étais, quelqu’un parle de l’Action Catholique, qui avait pour but, dit-il, de « refaire catholiques nos frères ». Je n’ai pas pu m’empêcher d’expliquer que je n’avais pas connu cette époque. Par contre j’ai été très marqué par des jocistes. J’étais scout, je devais avoir 13 ou 14 ans, et des jocistes avaient été invités à venir nous parler. Je m’en souviens comme si c’était hier. Une jeune fille nous avait expliqué que dans son atelier de couture, il faisait froid, les couturières avaient froid aux mains et ne pouvaient travailler. Alors, elle, elle avait été voir le patron et celui-ci avait ajouté un poêle de plus, un poêle à charbon, dans l’atelier. Les autres s’étaient alors étonnées : « Comment ça se fait, que tu n’as pas peur d’aller trouver le patron ? » Explication : « C’est que je suis jociste, j’ai raconté notre situation aux autres à la dernière réunion. On a une méthode : Voir Juger Agir. Et on s’est dit que

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l’action, c’était d’aller voir la direction. J’ai pris mon courage à deux mains et j’y suis allée ». Voilà. Revenons à la journée d’étude. J’ai expliqué ensuite aux personnes présentes dans le groupe de travail que depuis ce temps-là je suis avec la JEC, et que nous essayons de transformer ce monde en Royaume de Dieu, royaume à la façon du Christ qui refuse les propositions du diable au désert et qui lave les pieds de ses disciples, la veille de sa mort. Quelqu’un m’a dit alors : - « Oui, mais ça c’est la foi, c’est quoi le Royaume de Dieu ? » - « Eh bien justement, c’est ne plus avoir froid aux mains quand on travaille sur une machine à coudre dans un atelier mal chauffé ! » Si j’avais eu le texte qu’on vient de lire devant les yeux ! Vous avez remarqué ce que dit Saint Jacques ? C’est clair : « Supposons que l’un de nos frères ou l’une de nos sœurs n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Rentrez tranquillement chez vous ! Mettez vous au chaud, et bon appétit ! », sans que vous ne leur donniez de quoi subsister, à quoi bon ? » Paris, mai 2008

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La vie « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils. » Luc 1,26-38 Jésus est venu sur cette terre pour que nous ayons la vie en abondance ! Comment ne pas fêter Marie, qui a donné la vie à Jésus ! Et comment ne pas nous interroger nous-mêmes : chrétien, baptisé, disciple du Christ, ne suis je pas envoyé, à mon tour, pour faire triompher la vie ? Est-ce possible, dans ce monde où règne trop souvent une culture de mort ? Nous venons d’entendre comment la petite Marie de Nazareth, a réussi. Son exemple, nous le connaissons. Nous le connaissons même par cœur ! Pour nous encourager, à être nous-mêmes, aujourd’hui, source de vie, je me disais, il faut que je trouve un exemple. Les chrétiens, les hommes et les femmes de bonne volonté, qui sont au service de la vie, ça ne manque pas. Et voilà que, sans chercher, l’exemple vient à moi, dans ma boite à lettre ! En plus, c’est un exemple donné par des femmes. Ca tombe bien, le jour où nous fêtons une femme : Marie. De quoi s’agit-il ? Eh bien figurez vous que 114 religieuses, présentes en République Démocratique du Congo, 114 religieuses qui sont responsables dans leurs congrégations respectives, se sont mises ensemble pour formuler une déclaration. 114


Un texte très percutant. C’est clair, net et précis. Comme nous avons déjà eu droit à trois lectures, je ne vais pas vous en faire une quatrième. Simplement un petit résumé : Ces 114 religieuses étaient réunies à Kinshasa, du 17 au 24 novembre. « Nous venons de toutes les provinces et des coins les plus reculés du pays », écrivent-elles. « Cela nous permet d’avoir une vue réelle du Congo. » Ensemble, nous avons analysé la situation sociopolitique, économique, culturelle et ecclésiale de notre pays, en vue de chercher comment être témoins d’espérance dans l’aujourd’hui de Dieu avec son peuple. Elles constatent alors toute une série d’exactions et de crimes : assassinats, massacres, viols, disparitions, pillage des richesses du sol et du sous sol par des puissances étrangères, en collaboration avec des nationaux. Etc. Etc. Pourtant, malgré tout, les sœurs ajoutent : « Notre foi en Jésus Christ, mort et ressuscité, nous permet de croire que la vie triomphe de la mort. » En conséquence, elles adressent un appel pressant - à notre peuple et aux hommes de bonne volonté - à nos autorités

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aux grandes puissances, aux pays agresseurs, aux différentes factions armées et à tous ceux qui participent à la guerre en RDC

Voilà, je ne saurai trop vous conseiller de lire cette déclaration. Il doit y avoir moyen de la photocopier. Mais il ne suffit pas de lire. Ne faut-il pas, avec Marie, à quelques jours de Noël, ne faut-il pas la lire en se demandant : et moi, qu’est-ce que je fais ? Les religieuses s’adressent aux grandes puissances. Je crois que la France en fait partie. Voilà, affaire à suivre ! Qu’est-ce qu’on fait ? On n’est pas obligé de répondre tout de suite ; la nuit porte conseil. Peut-être que demain, nous aurons une idée. En tous cas, tout de suite, avec les sœurs du Congo, nous réaffirmons : la vie peut triompher de la mort. Paris, décembre 2002

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Le bouche à oreille « Il se mit à proclamer bien haut et à répandre la nouvelle ». Marc 1,40-45 Malgré l’interdiction de Jésus : « Ne dis rien à personne » notre lépreux guéri ne peut garder pour lui ce qui lui arrive ! Il se met à proclamer et à répandre la nouvelle. On le comprend. Le bouche à oreille, on connait bien cette expression. Quand on voit un beau film, quand on lit un livre intéressant, on s’empresse de le dire aux amis. Quand il nous arrive quelque chose de bon, c’est difficile de le garder pour soi. Nous sommes en ce moment, quatre associations à préparer une journée de réflexion sur l’exclusion. C’est dans ce cadre que, la semaine dernière, je n’ai pas rencontré un lépreux guéri, mais j’ai passé deux, trois heures avec Myriam et Marc. Avec Kamel et Pascal, Myriam et Marc ont monté une troupe de théâtre. Tous les quatre ont connu la rue, et ils s’en sont sortis. Aujourd’hui, ils ont écrit et mis en scène une pièce où ils relatent ce qu’ils ont vécu. Et ce qu’ils recherchent, c’est de pouvoir échanger avec le public. On ne se connaissait pas, nous avons fait connaissance. A un moment, Marc a dû comprendre que je suis prêtre, et il a essayé d’amener la conversation sur le terrain religieux. Voila qu’il se

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met à me parler des « Gédéon », à me poser des questions sur les « Gédéon ». Je l’ai vite interrompu : moi, je suis chrétien, je connais surtout l’évangile, et pas tellement les « Gédéon ». Et l’essentiel dans l’évangile, c’est que Jésus est contre l’exclusion, les hommes et les femmes obligés de vivre dans la rue, ça ne lui plait pas du tout. Il est pour que l’homme vive debout : « Lève toi et marche ! ». J’ai vu alors, dans ses yeux et sur ses lèvres, un sourire qui en disait long. J’ai senti qu’il avait fait le lien entre ce qu’il a vécu hier, ce qu’il vit aujourd’hui et la bonne nouvelle. En me quittant, ils m’ont avoué tous les deux qu’ils étaient très heureux de leur visite. Ils ne savaient pas très bien où ils allaient en venant au 30 rue Lhomond, mais ils repartaient encore plus motivés : leur aventure et l’évangile, ça se touche. J’ai même envie de dire : ça se confond. Paris, janvier 2008

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Les bons moments ont une fin, sauf dans la bible ! « Mes brebis me suivent, je leur donne la vie éternelle. » Jean 10, 27-30 Pâques, résurrection, vie éternelle. Le cierge pascal est encore là. Pâques n’est pas si loin. La résurrection du Christ ne nous laisse pas indifférent. Au contraire, c’est pour nous ce qu’il y a de plus important : le Christ ressuscité nous entraîne sur le chemin de la vie éternelle. Ici à Paris, en 2004, les brebis, ça ne nous dit pas grand-chose. On ne voit pas de berger tous les jours, mais on sait encore ce que c’est ! Et même si nous ne sommes pas tous les jours en contact avec des bergers, des troupeaux, des brebis, au delà de l’image employée par le Christ, chacun de nous a sa petite idée sur la vie éternelle qu’il nous donne. Mais on oublie peut-être trop souvent que cette vie est déjà commencée. Nous sommes déjà en chemin. Quand on dit les « bons moments » ont une fin, c’est avec regret. On voudrait bien que ça dure plus longtemps, on voudrait bien que ça dure toujours. Dans les chansons, amour rime avec toujours. Mais il n’y a pas que dans les chansons. Quand on s’entend bien, quand on rejoint le Christ qui nous dit aimez119


vous les uns les autres, on est sur le chemin de la vie éternelle. Que vouloir de plus sinon que ça dure le plus longtemps possible ? A la messe des funérailles, devant le cercueil, le célébrant rappelle que Dieu ne peut que se souvenir de tout ce qu’il y a eu de vrai, de beau, de grand dans la vie du disparu. Dans une autre prière, le célébrant dit aussi, toujours en parlant du défunt : « Il a servi, il a aimé les siens, il a aimé les autres, et nous savons bien que tout cela ne peut mourir » Voilà donc la bonne nouvelle : nous sommes partis avec le Christ, pour un voyage qui ne finira pas. Nous qui voulons vivre, et bien vivre, il nous dit que personne ne nous arrachera de ses mains. Le problème, c’est que nous oublions tout cela facilement. Nous sommes tellement emmurés dans nos petites habitudes, nous sommes tellement pris par les soucis de la vie quotidienne, par les problèmes, et quelquefois ils sont très graves, que nous ne voyons plus le chemin sur lequel nous marchons, ni celui qui nous guide. Le Christ ressuscité s’éloigne de notre vue, nous ne voyons plus les signes de résurrection qui s’offrent à nous. Et pourtant ils existent. Commençons par regarder au loin, mais pour la plupart de ceux qui habitent cette maison, l’Afrique n’est pas si loin. 120


Cette semaine, en Afrique du sud, un anniversaire a été célébré dans la joie : voilà 10 ans que l’apartheid a pris fin. N’est-ce pas un signe de vie ? Il est possible de voir la fin du tunnel. Au bout de la nuit, il y a l’aurore. Vous me direz qu’en Afrique, un autre anniversaire a été célébré : voilà 10 ans que le génocide des tutsi a eu lieu au Rwanda. Le 7 avril, il a été question, non pas de célébrer cet anniversaire, mais de le commémorer. Pourtant, 10 après, on peut repérer tout de même des petits signes d’espoir. J’ai retenu ces quelques lignes écrites par un journaliste présent à Kigali le 6 avril : Il écrit : « Le Rwanda prépare la commémoration du génocide d'avril 1994. Exhumation de cadavres des fosses communes, derniers travaux pour terminer les mémoriaux tandis qu'arrivent les premières délégations étrangères: le Rwanda met la dernière main à la cérémonie officielle, prévue mercredi. Seul dans son coin, Fabrice, 11 ans, récite le texte qu'il devra dire devant le président du Rwanda Paul Kagame, dans un stade probablement plein à craquer. Voici ce que va dire Fabrice : "Personne ne peut vraiment comprendre le génocide. Les gens acceptent des choses inacceptables et font des choses inimaginables. Mais il y a aussi des gens qui posent des actes remarquables" » Il y a des gens qui ont posé des actes remarquables pendant le génocide. Des hutu ont préféré mourir avec leurs parents tutsi plutôt que de les tuer. C’était il y a dix ans. 121


Et en ce moment, dix ans après, au Rwanda, des Rwandais essayent de reconstruire la famille rwandaise. Quand on sait ce qui s’est passé, on a envie de dire que cette attitude relève du miracle ! Mais revenons chez nous à Paris. Savons-nous sortir de nos petites ou de nos grandes préoccupations, non pas forcément pour les oublier, mais pour les mettre à leur place : sommes nous vraiment avec le Christ, sur le chemin de la vraie vie ? Savons-nous repérer des signes de résurrection ? Observons attentivement ceux qui nous donnent des signes de cette réalité. Amour peut rimer avec toujours. On donne dans les journaux, des chiffres concernant le nombre de divorces, mais voit-on ceux qui célèbrent des noces d’argent, des noces d’or ? Chacun de nous a pu voir un jour ou l’autre un visage s’illuminer, à la suite d’un geste d’amour. Le vrai sourire est un signe qui ne trompe pas. Il reflète la joie de vivre, et il nous rappelle que le Christ nous conduit vers les eaux de la source de vie. L’Apocalypse n’est pas toujours un livre facile à comprendre, mais quand Jean écrit : « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux », on comprend très bien. « Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, la brûlure du soleil ne les accablera plus ». Peut-être que ces images sont entrées par une oreille et ressorties par l’autre, nous qui mangeons et buvons trois fois par jour. Les gourmands connaissent une autre image, qui se trouve celle-là, dans l’Ancien Testament : « Làbas, il y aura des viandes succulentes et des vins capiteux. » 122


Pour ce matin, je vous propose de retenir les larmes et le sourire. Malgré les difficultés de la vie, malgré les larmes, n’oublions pas que nous pouvons déjà marcher avec le Christ, sur le chemin de la vie qui ne finit pas, la vie qui est plus forte que la mort. Personne ne peut rien arracher à la main du Père. Alors, chrétiens, soyons pour nos frères des signes de cette bonne nouvelle. Par nos gestes d’amour, redonnons sourire, joie, vie à ceux qui ont tendance à baisser les bras. Le Christ nous appelle tous, à cette vie éternelle. Jean nous dit qu’il a vu une foule immense. Avançons sur le chemin avec les autres, en particulier avec ceux qui ne savent pas très bien où ils vont ! Et ne passons pas à côté des fleurs. Celles qui sont ici au pied du cierge pascal nous rappellent la joie de la résurrection. En même temps, à des milliers de kms d’ici, toujours au Rwanda, Jacqueline Uwimana explique : « C’est encore tout près. J’entends encore les gens qui criaient là et là. La guérison commence tout juste. Pendant des années, j’ai mangé dans des assiettes en plastique, je n’arrivais pas à acheter quelque chose de beau, qui ait de la valeur. Je me disais que ce qui peut disparaître ne vaut pas la peine. Mais depuis deux ans, je recommence à planter des fleurs. » Paris, mai 2004

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Les coups durs « Aux captifs, la délivrance ; aux aveugles, la vue ; aux opprimés, la liberté ! » Luc 4,18-19 Ce passage d’Isaïe (Ancien Testament), repris par Jésus (Nouveau Testament) se retrouve depuis 2004, à la première page du premier chapitre de notre Règle de vie spiritaine. Ce programme a traversé les siècles. Il n’est toujours pas accompli. Pour différentes raisons… C’est que les hommes que nous sommes, nous avons vite fait de créer des frontières, des barrières, des prisons. Nous sommes pour la propriété privée. Nous avons vite fait aussi de nous remplir les poches. Partager, ce n’est pas toujours notre première tendance. Quand on tire les rois, la galette est sur la table, tout le monde voit comment on coupe les parts. Autant que possible, elles sont égales. On cherche pour couper, celui qui a le compas dans l’œil. Mais en bien d’autres circonstances, la galette n’est pas sur la table. Elle n’est pas visible, et ceux qui coupent les parts n’hésitent pas à se tailler de grosses parts. Les autres ont droit aux miettes. Ce programme est donc toujours d’actualité. On parle, on parle, comme je le fais en ce moment, mais que faisons nous ?

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Au niveau de notre communauté, chacun de nous a reçu une feuille, avec cette question : que faisonsnous au niveau justice et paix. Ceci dans le but de faire l’inventaire de ce que nous faisons déjà, pour chercher comment on pourrait faire plus et mieux. Vous avez certainement rempli cette feuille. Et vous l’avez rendue. Ce n’est pas si sûr ! Dans notre groupe, j’ai récupéré deux réponses ! Alors, regardez sur votre bureau, vous avez peut-être oublié de la remettre. Si par hasard vous l’aviez perdue, Christian se fera un plaisir de vous donner un autre exemplaire ! Il est vrai que nous avons résumé le programme de Jésus avec deux mots abstraits : justice et paix. Le Christ lui est plus concret : il parle des pauvres, des prisonniers, des aveugles, des opprimés. Il est vrai aussi que nous sommes souvent impuissants devant des situations inextricables. Même en faisant partie de telle ou telle association, on n’a pas toujours les réponses à tous les problèmes. Mais souvent aussi, il suffit d’être là. Lundi j’étais dans une petite ville du nord de la France chez Jean-Pierre et Marie. Un couple qui a 4 enfants. Tous les deux sont au chômage. J’étais avec eux quand ils ont ouvert leur courrier. Une des lettres annonçait à Jean-Pierre que désormais, il ne recevrait plus que 13 euros par jour. Vous imaginez la tête de Jean Pierre. Et la mienne… Que dire ? Que faire ? Eh bien quand je leur ai dit au revoir, ils avaient quand même le sourire. Je m’en suis rendu compte en préparant ce petit mot : dans les coups durs, une simple présence amicale, affectueuse, et c’est déjà un appui pour reprendre pied et garder la tête haute. 125


Alors, retrouvons la feuille, faisons l’inventaire de ce que nous faisons déjà. Et l’Esprit du Seigneur qui reposait sur Isaïe, et sur Jésus, ce même Esprit que nous avons reçu nous aussi, nous aidera à aller plus loin. Paris, janvier 2004

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Orléans, Brazzaville : d’étranges coïncidences « Vous le savez: les chefs des nations païennes commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur; et celui qui veut être le premier sera votre esclave. » Mt 20,20-28 C’était déjà comme ça au temps de Jésus, et c’est encore comme ça aujourd’hui ! Et malheureusement, c’est comme ça à tous les niveaux. Il faut voir comment un simple uniforme peut transformer un homme (ou une femme !). Je n’ai rien contre les policiers, mais il en est qu’il vaut mieux voir de loin que de près. Et les employés des grandes surfaces par exemple, ils ont toujours des quantités d’histoires à raconter sur ceux qu’on appelle les petits chefs. On pourrait continuer la liste. Les grands font sentir leur pouvoir. A tous les niveaux : le préfet et le patron de la police à Saint Lô en savent quelque chose3. 3

Lu dans la presse le 21 janvier 2009 : Hier c'était le préfet, aujourd'hui c'est le directeur de la police. Philippe Bourgade, le directeur départemental de la sécurité publique de la Manche, a annoncé, jeudi 29 janvier, sa mutation, ce qui, selon des sources proches de la préfecture, peut être considéré comme la conséquence du mécontentement du président de la République, chahuté par des manifestants à Saint-Lô, le 12 janvier 2009. 127


Pire encore, il y a quelques semaines, début février, à Brazzaville, la maison de Bruno Ossébi a brûlé. Sa femme et ses deux enfants sont morts dans l’incendie, lui est mort, quelques heures après à l’hôpital. Et le même jour, à Orléans, un de ses amis a réussi lui à éteindre l’incendie de sa maison. Pourquoi ces incendies ? Parce que Bruno Ossebi à Brazzaville, comme Benjamin Toungamani à Orléans, tous les deux dénoncent la façon dont le président s’approprie les richesses du pays. Même dans notre Eglise, il est des puissants qui se permettent d’excommunier. Heureusement, ça ne tue pas ! Tout le monde sait ce qui vient de se passer dans le diocèse d’Helder Camara. Le pauvre, il a dû se retourner dans sa tombe ! Alors, devant toutes ces tristes réalités, le Christ nous montre l’exemple et nous indique la route à suivre : « Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi ». C’est clair. On ne peut pas être plus clair ! C’est tout ce qu’il y a de plus de facile à comprendre, mais le problème, c’est que c’est aussi tout ce qu’il y a de plus difficile à réaliser. Pour devenir grand, il faut être au service. Il faut savoir rester avec les plus petits. Ils ont beaucoup à nous apprendre. Il faut savoir rester avec les enfants, ils ne sont pas parfaits, mais ils sont simples. J’entends encore Helder Camara nous raconter ce qui lui était arrivé. Il avait l’habitude de se promener à pied dans les quartiers. Un jour, il se heurte à un enfant qui jouait : 128


- Excuse-moi, lui dit-il, j’ai cogné ta belle voiture. - Mais non, ce n’est pas une voiture, c’est un satellite ! Que le Christ ressuscité nous apprenne à rester toujours mieux au service de ceux que nous rencontrons chaque jour. Paris, mars 2009

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Prendre ses distances « Les lépreux s’arrêtent à distance et crient. » Luc 17, 11-19 Prendre ses distances, garder ses distances, tenir à distance, Des expressions que nous connaissons bien ! Jésus les voit et au bout du compte, ils sont purifiés. Ils sont guéris. Ceci me rappelle ce passage du livre de l’Exode. Le Seigneur dit à Moïse : « J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. » Aujourd’hui, ici, chez nous en tous cas, il n’y a pas de lépreux, mais il y a tout de même des gens que l’on maintient à distance. A la radio, il y a quelques jours, j’entendais quelqu’un qui expliquait comment on le tient à distance quand il passe un entretien d’embauche. Plusieurs fois, tout allait bien, jusqu’au moment où celui qui menait l’entretien lui demande où il habite. Sans prendre garde, il répond qu’il habite à Clichy sous Bois. L’entretien s’est rapidement terminé, et il n’y a pas eu de suite. Cela lui est arrivé à plusieurs reprises ! Alors ce matin, demandons au Seigneur de nous aider à lui ressembler : que l’on sache voir et entendre ceux qui sont généralement tenus à distance dans notre société. Paris, novembre 2010 130


Les pauvres sont-ils heureux ? « Heureux vous les pauvres.» St Luc 6,20-26 Je suis plutôt embarrassé ce matin, pour deux raisons ! La première, c’est que des petits ennuis de santé m’ont tenu éloigné de ce micro durant plusieurs mois, et j’ai perdu l’habitude… La 2ème raison, c’est cette affirmation de Jésus : Heureux vous les pauvres ! L'INSEE a publié la semaine dernière, une étude sur le niveau de vie des Français en 2009. Et ça ne va pas fort : près d'un Français sur sept vit sous le seuil de pauvreté. 8,2 millions de Français vivent avec moins de 954 euros par mois. Mais au-delà des chiffres, quand vous circulez dans Paris, vous voyez comment les poubelles sont fouillées. Difficile de dire à celui qui ne mange pas à sa faim : heureux les pauvres ! Evidemment il faut lire tout l’évangile, et on comprend tout de suite que Jésus ne fait pas l’apologie de la misère ! Il est venu pour libérer les opprimés, et nous presse de suivre son chemin. Un chemin étroit et il en est peu qui le prennent. En même temps, tous autant que nous sommes, ici ce matin, nous ne faisons pas partie des riches, et nous savons combien le cœur des pauvres est immense. D’une certaine façon, Jésus a raison : « Heureux vous 131


les pauvres ». Je connais des familles qui vivent très à l’étroit dans 3 ou 4 pièces. Mais les occasions de fête ne manquent pas, et on se retrouve à 15 - 20 sans problème. Invité samedi dernier à un anniversaire, je pose la question : « Je viens avec un de mes filleuls ? ». Sous entendu, c’est un peu gênant, il y a déjà beaucoup de monde… C’était une question à ne pas poser. Je me suis fait rabrouer ! A l’occasion de la fin du ramadan, j’ai reçu plusieurs texto. Il en est un que je voudrais vous lire. Il m’a été envoyé par une amie palestinienne. Vous savez que l'Etat palestinien n’est toujours pas reconnu par l’ONU. C’est aussi une forme de pauvreté. Mais voici ce qu’elle m’envoie : Des vœux parfumés de joie. Pour un Eid de fin de Ramadan très sympa. Que Dieu vous inspire la paix et la foi, et vous offre un paradis de votre choix. Que l’Aid soit joie sur joie pour ta famille, et toi. Et la plus grande joie, la libération de la Palestine et de tous les pays arabes Palestinement vôtre ! Abeer Quatre petites lignes, et quatre fois le mot joie. Oui, finalement, « Heureux vous les pauvres » ça se vérifie ! Paris, septembre 2011

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Les zones de turbulence « Soyez sans crainte, vous valez plus que tous les moineaux du monde. » Luc 12,1-7 J’imagine que tous ici, nous avons connu des zones de turbulences… Nous en avons connu. Peut-être que certains parmi nous en connaissent actuellement, et sans doute allons-nous en connaître encore à l’avenir. Dans les avions, quand survient une zone de turbulence, une hôtesse ou le commandant invite ceux qui sont debout à s’asseoir et chacun est prié de boucler sa ceinture ! Et dans nos vies ? Je fais partie du Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique, le RAJA. Nous sommes nombreux, dans une dizaine de pays. 300 parmi nous sont plus en lien grâce au courrier électronique. Dernièrement, l’une d’entre nous, qui se trouve ici à Paris nous disait son désarroi face à tout ce qui lui arrive. Je ne vais pas vous détailler tous ses malheurs, mais simplement ceci pour vous donner une idée : elle est ici avec son fils qui a la maladie des os de verre. Depuis 2006, tous les ans elle perd un membre très proche de sa famille : mère, grand mère, jeune frère, jeune sœur, et ces jours ci, son père. Alors qu’elle va prendre l’avion pour se rendre à l’enterrement, son fils se casse la jambe. Hôpital, rééducation… Et je ne vous raconte pas d’autres épreuves qu’elle doit affronter ces joursci.

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Elle nous écrit : « J'ai envie de crier ma révolte… Nous sommes une famille de croyants, chacun essaie de vivre sa foi comme il peut, mais nous sommes dans une épreuve où j'ai peur que beaucoup cèdent à la tentation, car comme me disait hier un de mes frères, il n'est ni Job, encore moins Jésus ». Suite à ce courrier, plusieurs lui ont répondu. Des petits mots chargés d’amitié, de réconfort, et quelquefois tout proche du passage de Saint Luc qu’on vient d’entendre : « Soyez sans crainte, vous valez plus que tous les moineaux du monde ». N’attendons pas de traverser une zone de turbulence. Asseyons nous, prenons le temps de nous imprégner de ce conseil de Jésus : « Soyez sans crainte ». Oui, Seigneur, nous croyons, fais grandir en nous la foi. Oui, Seigneur, nous mettons notre confiance en toi, fais grandir en nous cette confiance. Paris, octobre 2011

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Une crèche vivante à Nancy « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Marc2, 1-12 Quand je lisais cette page d’évangile il y a quelques jours, j’étais justement en train de me dire « Dans quel monde sommes-nous ? Nous marchons sur la tête ». Nous devrions nous aimer, et au lieu de cela, un peu partout ça va mal, ça va même très mal. Des millions de morts au Congo Kinshasa, plus de 1000 morts aujourd’hui à Gaza, et même ici en France, où apparemment ça ne va pas si mal, même en France il se passe des choses scandaleuses. Ecoutez ce récit d’Emmanuelle, du Réseau Education sans frontières, c’était le mois dernier, à Grenoble, à l’école du Jardin de la Ville. A 15 h 45, un père de quatre enfants est venu, accompagné de deux policiers en civil, chercher ses quatre enfants, pour "un rendez-vous en préfecture" ont compris les enseignants. A 19 h, la famille au complet était au centre de rétention de Lyon. Ils y ont dormi. Ils étaient injoignables hier soir. On a réussi à les joindre tôt ce matin aux cabines téléphoniques du centre de rétention. Ils étaient paniqués. On a prévenu le centre que la CIMADE irait voir la famille ce matin. Arrivés au centre, les militants de la CIMADE les ont cherchés, sans succès : la famille était en route pour l'aéroport, leur avion décollant une demi-heure plus tard. Nous n'avons rien pu faire, nous attendions que 135


les militants de la Cimade comprennent la situation de la famille, afin de pouvoir les aider en connaissance de cause. Ils ont été expulsés ce matin. Les chaises des enfants à l'école resteront vides. Si les péchés ce sont les manques d’amour, les hommes ont beaucoup à se faire pardonner. J’allais tomber dans le pessimisme, mais en lisant jusqu’au bout cette page d’évangile que nous venons d’entendre, j’ai retenu aussi le « Lève toi et marche ». Et quand on prend le temps d’ouvrir les yeux, on voit qu’il y a aussi beaucoup d’hommes et de femmes debout ! Les medias n’en parlent peut-être pas autant que du reste, mais ils sont nombreux. A Nancy, le 24 décembre : les militants de RESF ont installé un abri place Stanislas pour soutenir une femme enceinte sans papiers et sans toit. D’un geste, elle déplie sa tente. Un passant commente : « C’est une crèche vivante au pied du sapin » ! Monseigneur Papin, évêque de Nancy s'est joint aux manifestants pour exprimer sa solidarité. Et le camp fut levé une petite heure plus tard : les services de la préfecture contactaient les militants pour leur annoncer la bonne nouvelle : les services sociaux mettent à la disposition de la jeune femme, une place dans un foyer de femmes enceintes. Lève toi et marche, voici rapidement un autre exemple. Le 29 décembre, quelque 1 800 Israéliens et Palestiniens, dont 500 habitants de Sderot, ont signé une pétition appelant à la fin de l’opération militaire israélienne à Gaza et à la reprise du dialogue entre Israël et le Hamas. 136


Enfin, dernier exemple, je ne peux m’empêcher de vous signaler ici l’exposition que l’on peut voir en ce moment au Grand palais : « 6 milliards d’autres ». Yann Artus Bertrand, avec toute une équipe, a réuni 5000 portraits réalisés dans 75 pays. Je crois qu’on doit ressortir de là en chantant : « Tout homme est une histoire sacrée ». Alors, même quand tout va mal, n’oublions pas que Dieu pardonne, et que nous pouvons vivre debout ! Paris, janvier 2011

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Les évêques d’Afrique Centrale nous interpellent « Lève toi et marche. » Saint Marc 2, 1-12 Tes péchés sont pardonnés : lève toi et marche. C’est l’homme tout entier que Jésus veut sauver, le corps, l’esprit, l’âme. Et le cas du paralysé n’est pas un cas isolé. La femme adultère est libérée. Jésus lui évite la lapidation et au moment où elle peut respirer, Jésus lui dit : va et ne pèche plus. Première observation : Jésus prend en considération toute la personne qu’il a devant lui. Par ailleurs, en lisant tout l’évangile, on peut faire une 2ème observation : Jésus guérit « le » paralysé, il libère « la » femme adultère, mais il dit aussi : Ceci est mon sang qui sera versé pour « la multitude » ou encore : je suis venu pour que « les » hommes aient la vie et la vie en abondance. Les hommes, et les femmes, la multitude : nous en sommes ! Alors, le péché, la libération, la vie, nous pouvons prendre un peu de temps, aujourd’hui, pour voir en quoi tout ceci nous concerne Nous avons appris au catéchisme qu’un péché, c’est dire non à Dieu. Et nous savons que tout ce que Dieu nous demande, se résume en un mot « aimer ». 138


Tes péchés sont pardonnés = mes manques d’amour sont pardonnés. Va et ne pèche plus = va et aime un peu plus, un peu mieux ! Plus je vais aimer, plus la vie me semblera belle, et plus mon prochain sera heureux de vivre ! Nous sommes ici dans la chapelle d’une communauté très en lien avec l’Afrique. La carte d’Afrique bien placée le rappelle à ceux qui auraient pu l’oublier ! Et nous venons de vivre à Paris, deux sommets France-Afrique : un au Palais des Congrès, Porte Maillot, et un autre à l’Hôtel de Ville. Alors, revenons à l’évangile sans quitter l’actualité. Et soyons concrets ! Quand nous allons faire le plein à la station, nous trouvons que le carburant coûte cher. Quand les marées noires viennent polluer nos plages, il y a de quoi se fâcher. Mais tout cela n’est rien quand on sait ce qui se passe dans certains pays d’Afrique comme le Congo Brazzaville : combien de morts à cause de cette richesse qu’est le pétrole ? Les évêques d’Afrique Centrale, c’est à dire les évêque du Tchad, de Centrafrique, du Cameroun, de Guinée Equatoriale, du Gabon et du Congo Brazzaville, les évêques de ces six pays se sont retrouvés en juillet 2002 et ont analysé très sérieusement la situation de leurs pays. Une des questions qu’ils posent : « Comment le peuple peut-il

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continuer à croupir dans la misère là où coule le pétrole ? ». Ne plus pécher, aimer, c’est déjà ouvrir les yeux sur ce pétrole. Il est vrai qu’il passe de la pompe dans le réservoir de la voiture sans qu’on le voie. Et pourtant … Ne plus pécher, aimer, c’est lire le document des évêques d’Afrique centrale. Ils s’adressent aux chrétiens et aux sociétés civiles de leurs pays : « Donnez vous la main et engagez vous sans réserve dans la quête du respect de notre dignité de personne humaine, la préservation de nos droits et l’avènement de la justice sociale dans nos pays, dans notre région. » Ils s’adressent ensuite à leurs gouvernants, aux compagnies pétrolières et aux institutions financières internationales. Et enfin, ils s’adressent à nous. Ils nous interpellent : III. 5 Nous sommes infiniment reconnaissants aux Eglises particulières d’autres pays et d’autres continents qui manifestent constamment leur solidarité à l’endroit de nos Eglises. Notre universalité et notre union en tant que membre du seul corps du Christ nous prédisposent à contribuer efficacement à la transformation positive du monde. Les compagnies pétrolières qui sont en activité dans notre région ont leur base dans vos pays. Nous souhaitons que vous soyez l’écho de nos voix dans vos pays respectifs. Que toutes les bonnes volontés qui, dans vos pays, engagent des actions en faveur de l’humanisation de

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l’exploitation du pétrole dans notre région trouvent auprès de vous un réel support. Vous voyez le cheminement : va, ne pêche plus, aime davantage, et l’argent du pétrole finira par profiter aux populations des pays qui possèdent ce pétrole. Toujours dans la même ligne. Ceux qui habitent la maison connaissent une femme qui fait partie des fraternités spiritaines. Jacqueline pour ne pas la nommer. Jacqueline passe beaucoup de temps dans les Monoprix. Quelle idée ! Vous savez ce qu’elle fait dans les Monoprix, elle et d’autres de son association ? Elle invite les clients à acheter du café Max Havelaar. Du café et d’autres produits. Car on commence à connaître le café, mais il y a désormais d’autres produits qui sont vendus à des prix qui respectent la dignité des producteurs. Petit à petit… Et la chaîne Monoprix se fait un point d’honneur de vendre ces produits. Quand il y aura des milliers et des milliers de Jacqueline, vous verrez que les Carrefour et autres Auchan s’y mettront également. Le client est roi ! Un jour viendra où le producteur devrait l’être aussi. Vous voyez que le paralysé a pris son brancard, il s’est levé, et à sa suite, nous continuons à marcher. Le père Libermann (à côté de la carte de l’Afrique), lui, a guidé nos pas vers l’Afrique. Et le commerce équitable, nous conduit vers toutes sortes de contrées. Le monde devient un grand village. On ne peut plus 141


prendre son cafĂŠ tranquillement le matin ni aller tranquillement faire le plein Ă  la pompe. Il y a encore bien du travail en vue. Que le Seigneur nous donne le courage de ne jamais baisser les bras. Paris, fĂŠvrier 2003

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L’homme est un loup pour l’homme « Deux possédés… Ils étaient si méchants que personne ne pouvait passer par ce chemin… » Mat 8,28-34 J’ai lu ce passage mercredi dernier, alors que nous revenions de la sortie communautaire à Noyon. Et je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec un tableau que nous venions de voir au musée Jean Calvin. Calvin est né à Noyon, en 1509, et ceux qu’on a appelé par la suite les protestants ont commencé à connaitre à partir de 1533, une répression de plus en plus terrible, avec les buchers, les massacres. Calvin a pu fuir et s’est retrouvé finalement à Genève. Dans le musée, un tableau représente le roi et ses conseillers. Un des conseillers a l’audace de faire remarquer que la répression est peut-être trop féroce. On l’emmène, il sera pendu et son corps sera brûlé. Comme au temps de Jésus « les possédés étaient si méchants que personne ne pouvait passer par ce chemin. » Calvin, c’était au 16ème siècle. Aujourd’hui, il y a toujours des possédés. Samedi dernier, Floribert Chebeya était enterré à Kinshasa. Floribert Chebeya a été retrouvé assassiné dans sa voiture, tout au début du mois de juin. Il était le président d’une association de défense des droits de l’Homme : « La voix des sans voix ». 143


Il était l’un des hommes les plus respectés d’Afrique à cause de son combat courageux pour la démocratie. Lui aussi, il est passé sur un chemin où personne ne pouvait passer. Des possédés, des hommes méchants, il en existait au temps de Jésus, il en existait au 16 ème siècle, il en existe encore aujourd’hui. Ce que nous savons, c’est que Jésus les a dominés. Et avec lui, nous pouvons également prendre le dessus. Quel chemin parcouru depuis les buchers et les massacres. Aujourd’hui, catholiques et protestants, nous sommes capables de nous retrouver, et même de prier ensemble. En même temps, nous avons encore un chemin immense à parcourir pour que cessent les disparations, les assassinats des défenseurs des droits de l’Homme, les assassinats des Floribert Chebeya. Mais c’est un combat que nous pouvons gagner. Avec Jésus, nous pouvons y arriver. Christiane Taubira disait : « Il faut donner des sueurs froides à ceux qui se croient tout permis ». Jésus n’est plus là pour les envoyer dans un troupeau de cochons, mais nous sommes là, et nous pouvons par exemple, soutenir le tribunal pénal international de La Haye qui peut envoyer les criminels, non pas dans les troupeaux de porcs, mais dans les prisons. Que le Seigneur nous donne à tous et à chacun au moins le courage de soutenir ceux qui risquent leur vie pour leurs frères. Paris, juin 2010 144


Libres « Le Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage. » Galates 5,1-6 Il nous a libérés, mais nous avons vite fait de mettre cette liberté dans notre poche ! Nous avons vite fait de reprendre les chaines de notre ancien esclavage comme le dit Saint Paul. Saint Paul embraye sur une question qui était d’actualité pour eux à l’époque, la question de la circoncision. Autre question d’actualité, aujourd’hui, non pas en France mais au Gabon. En août, j’étais à Libreville, et j’ai participé aux obsèques du papa d’un ami. Nous avons commencé à 9h le matin, pour terminer vers 15h l’après midi. Quelques jours après, j’en parlais avec deux jeunes femmes et cela leur rappelle une question qui les chagrine et qu’elles me posent : « Mon père, vous trouvez normal qu’un prêtre organise un « retrait de deuil » pour un de ses parents ? » Je les amène alors à m’expliquer à quoi sert le retrait de deuil et effectivement, cela n’a rien à voir avec l’évangile. Mais les croyances et traditions sont souvent plus fortes que l’évangile. Le Christ nous a libérés, mais… Le Christ nous a libérés. En France, nous avons la chance de pouvoir nous exprimer. Aujourd’hui, des milliers et des milliers de personnes vont faire grève, 145


vont manifester. Nous sommes libres. Personne n’ira en prison pour cela. Ce n’est pas le cas en Chine. Ou en Ethiopie, même si Birtukan Mideksa vient d’être libérée. Elle vient de faire deux ans de prison. Pourquoi ? Pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d'expression et d'association. Dans bien des pays de par le monde, il vaut mieux se taire et rester tranquille. Pour vivre heureux, vivons cachés ! Nous sommes nombreux avoir vu le film « Des hommes et des dieux ». En sortant de la salle, je me demandais : et si j’avais été à leur place, qu’aurais je fait ? Partir, rester…4 Je ne me suis pas posé la question trop longtemps, car nous avons déjà assez de mal à gérer nos propres problèmes. S’il faut en plus se mettre à la place des autres. Alors ce matin, demandons au Christ qui nous a libérés de nous aider à rester vraiment libres. Car chaque jour, nous sommes affrontés à des décisions à prendre. Et souvent, même s’il n’y a pas la prison ou la mort au bout du chemin choisi, il y a au moins une croix à prendre. « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera. » Paris, octobre 2010

Lors du mariage de Pascal et Nanette Rester en Algérie, c’était à coup sûr la mort, et c’est ce qui leur est arrivé. 4

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« Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l’amour et la tendresse. » Osée 2, 18 – 21 A Libreville, Gabon Alors, le grand jour est arrivé ! Vous êtes passés devant M. le maire, vous voila devant M. le curé ! Auparavant, la semaine dernière, vous avez mis vos familles dans le coup. Vous avez reçu la bénédiction de vos parents5. Aujourd’hui, vous êtes les seuls acteurs. Que ce soit à la mairie ou à l’église, nous, nous sommes seulement des témoins. Des témoins de votre OUI. Vous avez décidé de vous unir, et à voir vos sourires on n’a pas l’impression que cette décision vous angoisse trop. Vous osez la vie à deux, avec le sourire, avec joie. Je ne connais pas Nanette depuis longtemps, mais depuis un mois, chaque fois que je la vois, je remarque son sourire. Vous avez le sourire et vous avez bien raison, car après avoir mis vos parents dans le coup, vous avez décidé de mettre Dieu dans le coup également. Il y a quelques semaines, je vous ai proposé l’une ou l’autre question pour vous aider à préciser les raisons de votre union, pour vous dire l’un à l’autre les 5

Mariage traditionnel

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valeurs que vous voulez mettre en avant, pour vous dire l’un à l’autre ce que vous vous apportez mutuellement. Dans vos réponses, je retiens ces valeurs qui reviennent aussi bien dans les réponses de Pascal que dans celles de Nanette. Tous les deux, vous parlez d’harmonie, de stabilité, de paix, de pardon, de fidélité, de partage, d’ouverture aux autres. En un mot, et tous les deux vous en parlez bien sûr, d’amour. Alors, je ne vous apprends rien en vous disant que Dieu est amour, et qu’il est bien placé pour vous aider à mieux vous aimer chaque jour, à vous aimer chaque jour davantage. Vous avez choisi un passage dans le livre d’Osée, passage qui nous rappelle où Dieu nous emmène. Nous sommes en route vers une alliance dans laquelle s’inscrivent les valeurs que vous voulez mettre en avant. Ecoutez bien : Je conclurai pour eux en ce jour là une alliance avec les bêtes des champs, les oiseaux du ciel, les reptiles du sol ; l’arc, l’épée et la guerre, je les briserai, il n’y en aura plus dans le pays, et je permettrai aux habitants de dormir en sécurité. Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l’amour et la tendresse. Je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le Seigneur.

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(Un oubli tout de même de votre part… - et c’est étonnant quand on sait que Pascal est magistrat - : vous n’avez pas parlé de justice ni de droit ! Pascal est là-dedans tous les jours, et il a sans doute pensé que ça allait sans le dire …) Ce que le prophète Osée annonçait, cette alliance nouvelle, Jésus est venu commencer à la réaliser. Ce n’est pas un paradis pour demain, c’est une réalité commencée avec Jésus lui-même il y a deux mille ans, et cette réalité, ce Royaume, se développe petit à petit par toute la terre. Ici, je voudrais dire à toute l’assemblée que nous avons la chance d’être avec Nanette et Pascal, deux personnes qui vivent déjà cette réalité. Quand Jésus nous dit « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde », on peut se demander comment fait-il pour être avec nous. Je suppose que vous êtes comme moi, vous ne l’avez jamais vu en chair et en os ! Et pourtant, il est avec nous. Il suffit de savoir écouter, de savoir regarder. Je vous donne des exemples. Quand Pascal et Delphin, à peu près en même temps, m’ont annoncé ce mariage, j’avoue que je ne m’y attendais pas, et une de mes premières questions, en bon petit curieux, a été celle-ci : est-ce que je connais Nanette ? Ils m’ont répondu non. Mais Delphin m’avait envoyé des photos d’une fête (fêtes de fin d’année… ?) et m’avait expliqué : sur une des photos, celle qui présente une cuvette à Pascal 149


pour qu’il se lave les mains, c’est Nanette. Aussitôt, j’ai pensé à une autre photo, ou plutôt une peinture, où l’on voit Jésus avec une cuvette, le soir de son dernier repas. Vous voyez comment Jésus nous parle, comment il nous fait comprendre les choses aujourd’hui ? Et le geste de Jésus, le geste de Nanette, ça vaut tous les longs discours. Dans le même sens, au niveau du service, et donc au niveau de l’amour, je connais Pascal depuis un certain temps. Dans les années 80, j’avais l’habitude de dire : si tous ceux qui ont deux jambes à Libreville, faisaient la moitié de ce que fait Pascal, Libreville serait déjà le paradis ! Et sans remonter aussi loin, quand je reviens ici en vacances, Pascal me prête souvent un de ses téléphones. Mais en 2008 et en 2009, il m’a prêté son 07, et là je peux vous dire que ce n’est plus des vacances ! 10, 20 fois par jour, le téléphone sonne. Même à trois heures du matin. Jésus nous a donné l’exemple du service, lui-même a pris la cuvette, lui-même a retroussé les manches, et à travers nos frères et sœurs, lui-même aujourd’hui encore nous rappelle l’essentiel. Je voudrais vous donner encore un autre exemple de sa présence. Ou plutôt, c’est Pascal qui nous donne encore un autre exemple. L’an dernier, je lui ai demandé de m’expliquer son parcours : comment lui qui n’a pas de jambes, en est arrivé à être aujourd’hui magistrat ?

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Il m’a expliqué que quand il était en seconde, à Quaben6, il s’est inscrit à la JEC. Très vite les élèves de sa classe, de son groupe, l’ont élu responsable. Il a compris alors qu’il n’était pas du tout un bon à rien ! Il n’avait pas de jambes, mais il pouvait être responsable. Ce jour là dit-il, et je le cite : « Un autre regard a été posé sur moi et j’ai envie de dire : un autre regard, celui du Christ à travers le regard des jécistes de ma classe, au collège Quaben ». Voilà, Dieu est avec nous. Il est déjà dans vos vies. Non pas avec des miracles extraordinaires, ou avec des façons de faire compliquées. Il est présent dans le quotidien de nos vies. Par exemple dans le regard d’un ami qui me fait vivre quand je pourrais me croire handicapé par ceci ou par cela. Il est déjà présent dans votre vie, et soyez sûrs que si vous ne lui fermez pas la porte, il sera avec vous tous les jours. « Un autre regard, celui du Christ, à travers le regard des jécistes, s’est posé sur moi. » Pour terminer, n’oublions pas que nous sommes le 15 août ! Le prophète Osée annonçait une nouvelle alliance : Je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l’amour et la tendresse. Jésus met en place cette nouvelle alliance. Non seulement il prend la cuvette, non seulement il se met à la place du serviteur, mais quelques heures après, c’est l’arrestation : il va donner sa vie ! 6

Collège

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Et en même temps, Marie nous donne l’exemple. Elle ne fait pas de longs discours : tout simplement, comme vous allez le faire, elle a dit oui. Mais elle a dit oui toute sa vie. Et nous savons que ce n’était pas toujours évident … Magnificat. Libreville, août 2010

L’ordinaire et l’extraordinaire

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« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Luc 1,39-56 Marie va rendre visite à Elisabeth. Apparemment, rien de bien extraordinaire ! Deux femmes qui se retrouvent, c’est sans doute une joie pour elles, mais cette visite ne surprend personne. Rien de bien extraordinaire. Tout change pour Elisabeth quand elle perçoit une autre réalité : ce n’est plus seulement Marie qui vient la voir, c’est la mère de celui que Dieu nous envoie. En Marie, le Seigneur vient habiter au milieu de son peuple. Elisabeth s’exclame alors : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? ». A mon tour, aujourd’hui, je peux, à l’occasion de visites, rencontrer le Seigneur lui-même. Et cela, de façon tout à fait ordinaire. « J’avais faim, vous m’avez donné à manger J’avais soif, vous m’avez donné à boire J’étais étranger, vous m’avez accueilli J’étais nu, vous m’avez vêtu J’étais malade, vous êtes venu me voir J’étais en prison, vous m’avez rendu visite. » Mt 25,31-46 Je ne sais qui a eu cette riche idée de mettre une tente, en guise de crèche, au fond de la chapelle : « J’étais SDF, vous m’avez rendu visite ». C’est une façon de continuer à écrire l’évangile en 2006.

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Pour avoir été hospitalisé des dizaines de fois, je sais ce que c’est la joie d’avoir une visite quand on est bouclé dans une chambre d’hôpital. Mais rien de plus naturel que cela. En méditant cette page d’évangile que nous venons de lire, en la reliant avec la page de Matthieu que je viens de vous rappeler, nous pouvons passer de l’ordinaire à l’extraordinaire : dans ces visites, je peux rencontrer le Seigneur lui-même. Et ma joie n’en est alors que plus grande. Marie rend visite à Elisabeth. Jésus rendait visite aux uns et aux autres, à Lazare, Marthe, à Marie. Il s’invite chez Zachée. Et moi ? A qui vais-je rendre visite ? Suis-je prêt à sortir de chez moi ? Et si le récit de Luc est plutôt sobre, il est tout de même une petite remarque qui peut retenir notre attention : « Marie se mit en route rapidement ». Quand je vais rendre visite, c’est « rapidement » ou c’est en traînant les pieds ? N’oublions pas qu’au delà de l’ordinaire, il y a l’extraordinaire, alors nous allons faire comme Marie, nous allons y aller rapidement. Paris, décembre 2006

Au salon

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« Seigneur, cela ne te fait rien que ma soeur m'ait laissée seule à faire le service ? Dis-lui donc de m'aider. » Luc 10, 38 - 42 Marthe, Marie, il faut ajouter Lazare, si l’on veut bien compléter ce que l’on vient d’entendre avec ce que nous rapporte l’évangile de Jean. Voilà trois frères et sœurs que Jésus aimait, comme dit Saint jean. On dirait sans doute aujourd’hui, des amis de Jésus. La première chose que je retiens de la page que nous venons d’entendre, c’est que Jésus était certainement loin des formules toutes faites, j’allais dire des formules du catéchisme, comme les plus anciens parmi nous ont pu en connaître. Jésus est venu sur cette terre, nous apporter une bonne nouvelle. Il est venu habiter parmi nous : ici, ce n’est pas une formule. Il entre dans un village, il entre dans une maison, la maison de Marthe, qui le reçoit. Ce n’est pas une salle de classe où il pourrait donner un cours, à la façon d’un professeur. Ce n’est pas une église, où il pourrait faire une homélie, à la façon de Mr le curé. C’est dans une maison, en famille. Le voilà donc qui se met à parler avec Marie. Au salon. Pendant que Marthe est à la cuisine. Nous savons ce que c’est quand on reçoit quelqu’un, même si c’est en toute simplicité, il faut tout de même mettre quelque chose dans l’assiette. Il faut faire la cuisine. C’est du travail. Qu’est-ce qu’on va manger ? 155


Ceux qui font la cuisine tous les jours savent que c’est une des premières questions qu’on se pose le matin. Il faut d’abord faire les courses. Que faut-il acheter ? Et après, il faut faire la vaisselle. Ca n’a l’air de rien, mais c’est du travail. Durant les vacances, j’ai souvent été reçu chez des amis, et je peux vous dire que j’ai vu des femmes bougonner contre leur mari. Facile de bavarder au salon en attendant que tout soit cuit et disposé sur la table. On comprend donc la réaction de Marthe ! Mais on retient aussi la simplicité de Jésus. Ce qui compte, ce n’est pas le repas. Ce qui l’intéresse, ce ne sont pas les petits plats. Ce qui compte, c’est le fait d’être ensemble, d’échanger. Jésus a des choses à dire, et ce qui est important, c’est de l’écouter, de comprendre ce qu’il vient nous dire. Le reste, ça vient après. Et aujourd’hui ? Comment s’y prendre pour écouter ce que Jésus nous dit ? Nous pouvons déjà être attentifs à la lecture de l’évangile, chaque matin. Nous pouvons aussi ouvrir notre bible chez nous. Nous pouvons écouter les prophètes. Il y en a encore aujourd’hui, des personnes qui sont douées pour dire un mot de la part de Dieu, en toutes circonstances. Et puis nous pouvons fréquenter les gens simples, et faire attention à ce qu’ils racontent. Par moment, ils vous disent des choses qui vous coupent le souffle.

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Et alors, vous ne pouvez que répéter la phrase de jésus : « Je te remercie Père d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout petits. » Paris, octobre 2002

Une religieuse congolaise

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« Etroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie » Mat 7,13-14 La semaine dernière, je participais à une messe de requiem et je peux dire que j’y ai rencontré une personne qui a pris ce chemin ! Une jeune religieuse congolaise, qui fait des études à l’Université catholique de Paris a perdu son père, il y a quelques jours. Il est mort au Congo. Elle, elle est ici. C’est toujours difficile de perdre un être cher, c’est encore plus dur quand on est à des milliers de kilomètres. Eh bien, au début de la messe, la sœur a pris la parole. Avec émotion, évidemment, mais bien clairement tout de même. Et ce qu’elle nous a dit m’a édifié. Je me suis senti heureux d’être chrétien. L’évangile d’aujourd’hui nous dit qu’elle est étroite la porte, qu’il est resserré le chemin qui conduit à la vie. Et peu nombreux ceux qui le trouvent. Je me suis dit que cette sœur, en quelques minutes, avec des mots simples, en partant tout naturellement de la vie de son père et de sa mère, cette sœur avait trouvé le chemin de la vie. Et elle nous le montrait. Après son petit mot, je me disais : dommage que nous ne soyons pas plus nombreux dans cette chapelle. Nous avons une bonne nouvelle, et il en est peu qui en profitent ! Nous la cachons avec tout un fatras d’habitudes, de traditions accumulées au cours de vingt siècles. Tout

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un vocabulaire qui ne veut plus dire grand chose en 2004. La langue française évolue. Là, en quelques mots, la sœur avait fait le lien entre la vie, la mort, la foi. Et je pense que la bonne nouvelle a été vraiment comprise comme une bonne nouvelle par ceux qui étaient présents. Les paradoxes ne manquent pas dans l’évangile. Il faut porter sa croix, et en même temps, le joug est doux et le fardeau léger. Le chemin qui conduit à la perdition est large, et ils sont nombreux ceux qui s’y engagent. Ils s’y engagent parce que l’autre chemin, celui qui mène à la vie est dur ? Ou parce qu’ils ne le connaissent pas, ce chemin qui mène à la vie ? Les deux raisons sont peut être vraies… Pourtant, quand la bonne nouvelle est bien présentée, on comprend aussi que le joug est doux et que le fardeau est léger. Que le Seigneur nous aide à suivre ce chemin étroit, et en le suivant, nous pourrons montrer aux autres, sans faire de phrases compliquées, avec des mots simples, nous pourrons leur montrer que nous sommes habités et illuminés par une bonne nouvelle. Paris, juin 2004

Un livre bleu !

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« Il se mit à leur enseigner quantité de choses », sans oublier de leur donner à manger : « Tous mangèrent et furent rassasiés. » Marc 6,30-44 Quelle différence entre ce grand pique nique rapporté dans l’évangile d’aujourd’hui, et la situation qui prévaut actuellement dans cette région du monde. En ce qui nous concerne ici en France, nous sommes en période de vacances, de beau temps, de calme, et l’on est donc plus proche de ces gens qui s’assoient tranquillement dans l’herbe que de ceux qui fuient les bombes. Alors profitons de ces moments pour essayer de mieux comprendre encore Jésus lui-même, ses façons de faire, son message, sa bonne nouvelle. Nous vivons, nous les hommes, selon les jours, des situations plus ou moins difficiles. Et c’est ce que l’on retrouve tout au long de la bible. La première lecture nous parlait de famine : « Il y avait alors une famine dans le pays ». Dans la 2ème lecture, nous avons entendu Paul qui écrit : « Moi qui suis en prison à cause du Seigneur » Par contre dans l’évangile, c’est une toute autre situation : une grande foule, environ cinq mille hommes, qui s’assoient dans l’herbe et qui mangent à leur faim. Que pouvons-nous retenir de cette dernière situation ?

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D’abord que si Jésus fait quelque chose d’extraordinaire, paradoxalement, ça reste tout de même quelque chose de simple. Nous savons bien qu’un pique nique dans un parc, ce n’est pas un repas dans un restaurant trois étoiles. Rien d’extraordinaire non plus dans la nourriture : du pain et du poisson, ce qu’un jeune garçon avait dans son sac ! Rien d’extraordinaire, mais quoi de plus sympathique qu’un pique nique ? La foule ne s’y trompe pas, elle a envie de faire de Jésus, son roi. Mais là, Jésus n’est pas d’accord ! Il n’est pas d’accord, car s’il pense à nourrir cette foule, il lui a d’abord enseigné certaines choses, qu’il ne faudrait pas oublier. Rappelez-vous ce que nous avons lu dimanche dernier : Jésus vit une grande foule et il se mit à les instruire longuement. Et l’essentiel de son enseignement, c’est qu’il n’est pas prêt, même avec quelques tours de passe - passe, à faire le travail à notre place. Pas de miracles extravagants, pas de choses extraordinaires, pas de prise de pouvoir : Jésus nous laisse face à nos responsabilités. Nous avons notre partition à jouer : bienheureux les artisans de paix, proclame-t-il. Aimez-vous les uns les autres : c’est le seul commandement qu’il nous laisse. Aimer Dieu et aimer son frère, c’est tout un. Jésus part de là où nous sommes, il est avec nous, mais il ne fait rien sans nous. Il ne veut pas nous

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forcer à le suivre. Nous restons libres de marcher avec lui ou de prendre un autre chemin. Jésus les instruit longuement. Malheureusement, nous constatons aujourd’hui un grand vide au niveau de l’instruction. Beaucoup autour de nous connaissent peu ou mal la bonne nouvelle. Aujourd’hui, les jeunes passent presque toutes leurs années de jeunesse sur les bancs de l’école, mais côté catéchisme ou instruction religieuse, c’est un peu court ! L’autre jour, chez des amis, une fille qui est en première, nous a fait tout un numéro : elle venait de voir le film Da Vinci code, et elle voulait à tout prix nous expliquer que nous ne savions rien, que ce film disait toute la vérité, et que nous ferions bien de changer notre fusil d’épaule ! A un moment, dans la conversation houleuse, sa tante lui fait remarquer que ce qu’elle vient de dire, c’est dans la bible. Je confirme : oui, c’est dans la bible, c’est dans l’Ancien Testament. Elle n’avait pas l’air de s’en rendre compte. Je lui demande si elle a lu la bible. Oui ! - Tu as lu l’Ancien Testament ? - Quoi ? - Dans la bible, il y a deux parties, l’ancien et le nouveau. - Oui. Alors, tu as lu quoi ? - Je ne sais pas, c’était un livre bleu ! Nous avons éclaté de rire, mais c’est tout de même dommage et regrettable de retenir la couleur du livre

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et de n’avoir pas retenu la bonne nouvelle qu’il contient. Et ceci devrait nous poser question, à nous qui sommes rassemblés ce matin. Nous qui suivons Jésus, nous qui connaissons sa simplicité, nous qui savons qu’il ne fait pas le travail à notre place, savons nous faire comprendre aux autres, à notre entourage qu’une bonne nouvelle nous anime. Jésus disait à son auditoire : « Vous êtes la lumière du monde ! » Par notre comportement, par nos façons de faire, quelquefois par nos paroles, nous pouvons être « lumière du monde ». Nous savons que Jésus veut tout simplement nous donner quelques points de repère, quelques indications sur son Père qui est notre Père, sur nousmêmes, sur la route à suivre pour être heureux. Jésus met l’amour en première position. Alors, dans notre monde où les conflits ne manquent pas, soyons de ceux qui répercutent cette bonne nouvelle, et soyons d’abord et avant tout des artisans de paix. Paris, juillet 2006

Notre identité 163


« Celui qui demeure en moi, celui là donne beaucoup de fruits. » Jean 15,1-11 « Il n’y a plus ni juif ni païen, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme. » Galates 3,26-28 Homélie pour le baptême de Noémie et de Tchelsy Après Héloïse il y a quelques années, Yvan il y a deux ans, Mahé et Philippe l’an dernier à Libreville, c’est Noémie et Chelsy que nous entourons aujourd’hui. A chaque fois, vous préparez avec soin la cérémonie et la fête. Et comme me disait Sabrina ces jours ci : « on devient des pro ! » Les lectures que nous avons entendues nous amènent tout de suite à l’essentiel : à Jésus Christ. Vous avez choisi un passage d’une lettre de saint Paul aux Galates. En quelques mots, Saint Paul nous donne une carte d’identité. On raconte qu’un policier à Libreville, ne trouvant pas le moyen de verbaliser un conducteur qui avait tous ses papiers, a fini par lui demander sa carte de baptême ! Evidemment, notre identité ne peut se mettre sur un morceau de papier. Baptisés, nous savons qui nous sommes : unis au Christ, nous sommes fils et filles de Dieu. Nous avons revêtu le Christ. Nous sommes attachés à lui, nous avons confiance en lui, en ses paroles, en ses actes.

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Et du coup, nous sommes sans doute différents mais en même temps, comme nous sommes tous fils et filles de Dieu : « Il n’y a plus ni juif ni païen, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme ». Si Saint Paul avait écrit cette lettre aujourd’hui, il aurait sans doute ajouté : il n’y a plus ni noirs ni blancs, ni jaunes, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. Malheureusement, nous savons bien que nous sommes dans un monde où l’on a encore souvent peur de nos différences. Nous oublions que nous sommes fils et filles de Dieu, et au lieu de considérer nos différences comme des richesses, nous avons souvent tendance à voir en l’autre un ennemi potentiel, comme dirait Florence ! Il n’y a plus ni esclave ni homme libre. Il ne devrait plus y en avoir, mais 2000 ans après le passage de Jésus sur cette terre, il y a encore deux justices : une pour les riches une pour les pauvres. Les exemples en ce moment ne manquent pas ! Il n’y a plus l’homme et la femme. Il ne devrait plus y avoir de discrimination entre les hommes et les femmes : or il y en a toujours, et même jusque dans notre église ! Si nous mettions en pratique ce passage de Saint Paul, les femmes pourraient être prêtres. Non pas prêtre au sens où on l’entend dans les diverses religions. Dans le Nouveau Testament, il n’y a qu’un seul prêtre, Jésus Christ. Mais par le baptême, nous sommes tous comme Jésus : « prêtres, prophètes et rois ». Si l’on mettait en pratique ce passage de saint Paul, il y aurait des femmes ou des hommes, chargés de la communion dans la communauté. 165


Alors, faut-il conclure que le passage de Jésus sur cette terre se résume en un échec ? Peut-être pas … La 2ème lecture, le passage de Saint Jean que j’ai lu, nous parle des fruits que nous pouvons, que nous devons porter, quand nous sommes greffés sur le Christ. Il n’y a pas beaucoup de vignes au Gabon, à Lille ou à Paris. A Paris, en cherchant bien, vous allez en trouver une ou deux ! Pour les plus jeunes : quand Jésus dit je suis la vigne, vous êtes les sarments, c’est comme s’il disait : je suis le tronc, vous êtes les branches. La branche qui est attachée au tronc porte du fruit. Les sarments qui sont bien attachés au cep portent beaucoup de grappes de raisin. « Celui qui demeure en moi, celui là donne beaucoup de fruits ». Je voudrais revenir sur ce que nous avons vécu à la Pentecôte, à Chevilly, ici à côté. Journée qui s’est prolongée chez Christiane à la porte de Bagnolet. Nous avons vu comment nos cultures différentes pouvaient être des richesses. Nous avons apporté des objets divers, représentant nos différentes cultures : pierre de Mbigou, bol breton, poupées d’Afrique, musique d’ici et d’ailleurs, maté, etc., et à partir de tout cela, nous avons tiré une petite conclusion : La rencontre d’autres cultures est une source d’enrichissement. Elle nécessite ouverture d’esprit, discernement, capacité d’adaptation mutuelle. 166


Elle nécessite aussi de voir l’autre comme un ami potentiel et non pas comme un ennemi potentiel. La rencontre d’autres cultures permet de développer un vivre ensemble dans la fraternité et la paix. Quelquefois, on pense qu’un bon chrétien, c’est un bon pratiquant. Et on a tout à fait raison, sauf que… être un bon « pratiquant », ce n’est pas seulement aller à la messe, c’est aussi voir que l’autre est un enfant de Dieu comme moi, que c’est un ami potentiel, et qu’on peut vivre en paix. Les fruits que nous portons quand nous sommes attachés à Jésus Christ, quand on a revêtu le Christ, c’est : développer un esprit d’ouverture, une capacité d’adaptation mutuelle, un désir et une capacité de vivre ensemble, dans la fraternité et dans la paix. C’est ce que nous allons souhaiter aux deux baptisées. Et nous prions pour elles, pour leurs parents, parrains et marraines, pour tous les baptisés. Octobre 2011, au Kremlin Bicêtre (près de Paris) ----------------------------------------------------------Retrouvez Florence, Sabrina, Angèle, Lydia, Louis, Germaine et les autres sur : http://dai.ly/lpdoiw et la suite sur : http://dai.ly/mjkxGU http://partenia2000.over-blog.com/article-rencontresinterculturelles-meeting-of-cultures-with-avec-florencessereo-1-et-2-78485922.html

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Les douleurs de l’enfantement «Amen, amen, je vous le dis: vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira. Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. » Jean 16,20-23 Fête de Pâques, fête de l’Ascension hier, fête de la Pentecôte dans quelques jours. Et pourtant, dans ce court passage de l’évangile que nous venons d’entendre, il est question de lamentations, de pleurs, de peine, d’angoisse. La joie, ce n’est pas pour tout de suite. « Vous aussi maintenant, vous êtes dans la peine ». C’est vrai que le Christ est ressuscité, mais en ce qui nous concerne nous sommes encore dans les douleurs de l’enfantement. C’est vrai sur le plan personnel. Comme disait saint Paul : « Je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais. Le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais ». Et Saint Paul ajoute : « Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort ? » C’est vrai aussi au niveau de l’Eglise. Nous devrions être du côté des pauvres, nous devrions être avec tous ceux qui veulent vivre debout... mais

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nous composons facilement avec ceux qui ont l’avoir et le pouvoir. Enfin, c’est vrai au niveau de la société. Depuis près d’un mois, je suis avec des amis togolais. Des élections viennent d’avoir lieu dans leur pays. J’étais avec eux avant, pendant et en ce moment, après les élections. Et je vous assure qu’il y a de quoi être honteux d’être français. Heureusement que dans leurs pleurs et leurs angoisses, certains togolais arrivent encore à faire la part des choses. Certains arrivent à ne pas mettre tous les français dans le même panier. Mais les violences, les blessés, les morts, les réfugiés, tout cela était prévisible et aurait pu être évité. Toujours au niveau de la société, mais dans un autre domaine, nous sommes encore dans les douleurs de l’enfantement : c’est en ce moment la quinzaine du commerce équitable. J’aime bien le titre de cet article : « Un très léger avant goût de solidarité ». On a beau sucrer le café, il parait bien amer quand on sait qu’à peine 15 centimes d’euro par paquet sont reversés à son producteur. C’est vrai qu’il y a des progrès : en 2000, 9% des français connaissaient le commerce équitable. Aujourd’hui, en 2005, il y en a 56%. Mais nous sommes encore loin de la joie qui suit l’accouchement : 0,01 %, c’est la part du commerce équitable dans les échanges mondiaux. Comme me l’écrivait hier un jeune prêtre gabonais, un peu désespéré : « Les pauvres miséreront éternellement. »

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Alors, baisser les bras ? Non, ne perdons pas de vue l’image employée par le Christ : quand l’enfant est né, il ne reste plus que la joie. La mère ne se souvient plus des douleurs, de l’angoisse. Eh bien que le Seigneur nous donne le courage pour continuer à avancer sur la route qu’il nous a tracée. Paris, mai 2005

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Au Secours Catholique « Dans le repaire des chacals, les broussailles deviendront des roseaux et des joncs. Douleur et plainte s’enfuiront. » Isaïe 35,1-10 et Luc 5,17-26 : le paralysé guéri « Aujourd’hui, nous avons vu des choses extraordinaires. » C’est ce que disaient ceux qui avaient assisté à la guérison du paralysé. J’ai envie de dire, ça c’est le passé. Le passé que nous connaissons par cœur. Mais aujourd’hui ? Nous sommes en plein dans l’Avent, nous sommes tendus vers l’avenir. Nous attendons sa venue dans la gloire. Alors, le passé peut-il nous aider à comprendre le présent et à préparer l’avenir ? Aujourd’hui, pouvons-nous dire encore : nous avons vu des choses extraordinaires ? Jésus a promis d’être avec nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Fait-il encore des choses extraordinaires ? Quand je me posais la question il y a quelques jours, j’étais encore impressionné par la réunion à laquelle j’avais participé la veille. J’étais parti, en tant que bénévole du Groupe Afrique de l’ACAT France, à une réunion qui se tenait au 171


Secours Catholique, rue du Bac. J’avais compris que c’était une réunion d’information sur les violences sexuelles. Et comme il en est question tous les jours dans les rapports que nous recevons sur plusieurs pays d’Afrique, je voulais me tenir informé. Mais arrivé sur le lieu de la réunion, je m’aperçois que je n’ai pas tout compris. Une quinzaine de personnes, représentant le Secours Catholique (qui organise), mais aussi, d’autres associations comme Médecins du monde, la Croix Rouge, les Centres Primo Levi, et aussi un avocat, des chercheurs, un cinéaste, bref, des personnes déjà engagées, se retrouvent ce jour là, et se concertent sur la mise en place d’une campagne contre « Le viol comme arme de guerre ». Le sujet était encore tabou il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, au Secours Catholique, des chrétiens et des non chrétiens se retrouvent pour lutter contre le viol, qui est utilisé maintenant dans certaines contrées comme une arme de guerre. Le viol qui va souvent de pair avec le sida devient une arme de destruction massive. Alors, quand des hommes et des femmes s’impliquent dans la lutte contre cette nouvelle arme, je pense que Jésus n’est pas loin ! Surtout quand ces hommes et ces femmes se retrouvent au « Secours Catholique » ! « Au secours », ce devait être le cri du paralysé et de ceux qui l’accompagnaient. Nous n’avons pas fait de prière, ni au début ni à la fin de la réunion, mais la qualité de la réflexion et de 172


l’engagement des uns et des autres laisse à penser que par le biais de ces organisations, par le biais de ces hommes et de ces femmes qui réfléchissent et qui agissent, Jésus guérit encore aujourd’hui des paralysés. Et nous sommes bien partis, un jour viendra où, comme le disait Isaïe, dans le repaire des chacals, les broussailles deviendront des roseaux et des joncs. Douleur et plainte s’enfuiront. Paris, décembre 2004

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De la figure « amarrée » au sourire ! « Nous sommes des hommes au même titre que vous ! » Actes 3,11-26 « Pourquoi fixer les yeux sur nous, comme si nous avions fait marcher cet homme par notre puissance ou notre sainteté personnelle ? » Ici, c’est Pierre et Jean qui ne sont pas contents. Un peu plus loin, toujours dans les Actes des Apôtres, au chapitre 14, c’est Paul et Barnabas qui se fâchent après la guérison d’un autre infirme, à Lystres : « Barnabas et Paul déchirèrent leur manteau et se précipitèrent sur la foule en criant : Oh, que faites vous là ? Nous aussi, nous sommes des hommes au même titre que vous ! ». Les gens les prenaient pour des dieux… Oui, même aujourd’hui, nous les prêtres, on nous prend encore quelquefois sinon pour des dieux, au moins comme des personnages sacrés. J’ai été ordonné en 1969, et à la fin de la cérémonie, en sortant de la cathédrale, j’entends encore une parente éloignée qui demande à ma mère : « Comment faut-il l’appeler maintenant ? ». En 1991, je suis invité chez quelqu’un qui ne me connait pas. La personne qui m’accompagne m’avertit : ils sont très gênés… Un prêtre… que faut-il lui préparer comme repas ?

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L’autre jour à la radio, un prêtre expliquait aux auditeurs que les prêtres sont des hommes comme tous les hommes, mais un quart d’heure après il expliquait qu’il n’y aura jamais de femme prêtre parce que le prêtre, c’est Jésus, et Jésus était un homme ! Allez y comprendre quelque chose ! En tous cas, en ce qui me concerne, quand je suis arrivé au Gabon, en 1970, j’ai fait plusieurs miracles, au moins trois. Mais j’ai très vite arrêté, car j’avais conscience de tromper des personnes trop crédules. Consciemment ou inconsciemment je faisais mon petit cinéma, et ça marchait. Je pensais rendre service. Très vite, j’ai changé mon fusil d’épaule. Un après midi, un jeune arrive dans mon bureau avec deux œufs à la main. « Mon père, est-ce que vous pouvez me bénir ces œufs ? » J’essaye de comprendre ce qui se passe. Il a un interdit : s’il mange des œufs, il attrape des boutons. J’ai passé une demi-heure à lui expliquer qu’il ne devait pas avoir peur de ceux qui lui ont donné cet interdit. Il est chrétien, il doit être plus fort. Pour l’instant, il pense que c’est moi, le père Gérard qui est plus fort, mais lui aussi, il est chrétien. Avec le Christ, il est ressuscité, il doit balayer toutes les peurs. Je ne cède pas, je ne bénis pas les œufs, et il s’en va. Je n’étais pas sûr de l’avoir convaincu. Mais il y avait dans le bureau une fille de 13-14 ans qui était en train de lire. Elle me dit : - Mon père vous avez vu ce garçon ?

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- Evidemment, ça fait une demi-heure que je lui parle ! - Non, mais vous avez vu, quand il est entré, il avait la figure amarrée, quand il est sorti il avait le sourire ! (Moi qui croyais qu’elle était plongée dans son livre !) Il y a 15 jours, c’était ici à Villejuif. Saya S. n’a pas de papiers. Il travaille, il est grutier, il est marié, il a deux enfants en bas âge. Je ne vous raconte pas toute son histoire. Son dossier est bloqué quelque part entre la sous préfecture, la préfecture, le commissariat de police, le ministère de la justice. Apparemment son avocat ne bouge pas beaucoup. De temps en temps il empoche 600 euros, 400 euros. Je lui propose de l’accompagner chez l’avocat. De là, je l’accompagne chez le député de Cachan. S. reprend confiance en lui. Il retrouve le sourire. J’ai droit à du Mr. Gérard par ci, Mr. Gérard par là. Mais il ne me pend pas pour un personnage sacré. Il veut juste m’offrir un verre à boire. Malheureusement, il ne boit pas de bière, et moi je ne bois pas de jus d’orange. N’empêche, dès qu’il aura ses papiers, il m’invite en Tunisie ! Nous sommes tous appelés à ne pas avoir peur de ceci ou de cela. Nous sommes tous appelés à vivre debout. En ce temps pascal, soyons attentifs : la vie est plus forte que la mort ! Paris, avril 2010

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Divers mais unis « Tu vas maintenant être un témoin devant tous les hommes. » Actes, 22 Nous célébrons aujourd’hui la conversion de saint Paul et nous terminons aussi la semaine de prière pour l’unité des chrétiens mais ce n’est pas pour autant que l’unité est réalisée complètement. Pas de coup de baguette magique en ce domaine! En même temps, année après année, jour après jour, nous prenons conscience que l’unité n’exclut pas la diversité. Nous pouvons même nous réjouir quand nous considérons nos diversités comme des richesses. Quand Paul demande : « Que dois-je faire Seigneur ? » Ananie va lui indiquer ce qu’il doit faire : « Tu sais maintenant qui est le Juste, tu as entendu la parole qui sort de sa bouche. Tu vas maintenant être un témoin devant tous les hommes ». Et ceci rejoint le : « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre ». C’est sans doute la ce qui fait notre unité : tous, nous avons entendu et compris une bonne nouvelle, et nous ne pouvons pas la garder pour nous. Il nous faut la dire aux autres. Quand on voit un film bien, quand on lit un livre passionnant, on ne peut s’empêcher de le dire aux autres. Cela s’appelle le bouche à oreille. Chaque matin, nous lisons un passage dans l’évangile, nous entendons une partie de cette bonne nouvelle. 177


Qu’est ce qu’elle me dit ? Qu’est-ce que j’ai envie de répéter à mon voisin ? J’ai un ami qui est frère des écoles chrétiennes. Il habite à Saint Denis. Il y a quelques semaines, il m’invite à venir un soir, prendre le repas dans sa communauté. Et il ajoute, avant le repas, nous avons la messe. Tu pourrais présider l’eucharistie ? Pas de problème. Nous voila à l’oratoire. Je vois que nous sommes sept ou huit, alors avant de commencer la célébration je leur dis : puisque nous ne sommes pas trop nombreux, nous allons écouter les deux lectures, mais après, je ne ferai pas le commentaire tout seul. Chacun de nous a reçu l’Esprit saint, chacun de nous va entendre les textes, nous pourrons donc nous dire les uns aux autres en quoi ils nous touchent. Mon ami m’a dit ensuite que les frères avaient été agréablement surpris, ils ne savaient pas qu’ils pouvaient se dire ainsi des choses qu’ils avaient dans le cœur. Et ils lui ont posé une question : ton ami, quand est-ce qu’il revient ? Oui, nous sommes divers, nous pouvons nous enrichir des richesses de l’autre, et ce qui fait notre unité, c’est le fait que, comme Paul, nous avons rencontré le Juste, nous avons entendu sa parole, et nous pouvons être les témoins de ce que nous avons vu et entendu. Alors, pour reprendre la phrase des Actes des apôtres : « Et maintenant, pourquoi hésiter ? » Paris, janvier 2007

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On est toujours en train de se plaindre « Tu es le Messie, le fils du Dieu vivant. » Matthieu 16,16 Quand j’entends ce texte, je ne peux m’empêcher de penser au père Gils, notre professeur d’écriture sainte à Chevilly, entre 1966 et 1970. Ce n’était pas un prof d’une très grande éloquence, mais il était passionné par la bible et il avait le don de nous faire aller et venir dans le Nouveau Testament. On sautait d’un chapitre à l’autre, d’un verset à l’autre, et en même temps, de ses cours, j’ai retenu des points forts, et mêmes très forts. Et en particulier, ce qu’on vient de lire : Mt 16,16. Il nous a longuement expliqué l’importance de ce verset, un sommet dans l’évangile de Matthieu : « Tu es le Messie, le fils du Dieu vivant ». Tout est là ! C’est l’essentiel. Et c’est vrai que les aléas de la vie pourraient nous faire basculer dans le pessimisme, dans le relativisme, dans le scepticisme. Mais une fois que vous avez compris que Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant, la bêtise de certains, la méchanceté des autres, la souffrance, et tout ce que vous pouvez imaginer, rien de tout cela ne peut vous déstabiliser durablement. Solange m’en a encore donné la preuve ces jours ci ! Puisque je parlais du père Gils et de Chevilly, je voudrais partager avec vous ce que j’ai vécu 179


dimanche dernier, l’après midi, justement à Chevilly, dans le parc. Solange, une jeune femme gabonaise était hospitalisée depuis la mi novembre, à Créteil. Elle est repartie chez elle lundi. Au départ, elle devait être opérée de la hanche, mais, drépanocytaire, elle a commencé par faire une crise de drépanocytose, elle a été hospitalisée pour ça, et l’opération a donc été repoussée. Problème, car sa prise en charge ne prévoyait pas ce report, et en plus, il fallait qu’elle sorte de l’hôpital, le temps de reprendre des forces, avec cette difficulté : se retrouver sans argent, et sans connaissances dans la région parisienne... Elle en a fait une chute au niveau dépression cette fois, et finalement elle s’est retrouvée au dernier étage de l’hôpital, tout en haut, en psychiatrie. Dans une chambre aux murs nus, sans téléphone, et sans télévision. De quoi être encore plus malade ! Je vous ai donné tous ces détails, c’est important pour comprendre la suite. Finalement l’opération a eu lieu, elle marche déjà, avec des béquilles. Dimanche dernier, elle a obtenu une permission et je l’ai emmenée prendre l’air. On a fait un tour dans le parc de Chevilly. Il faisait beau, et même très beau. A un moment, elle s’exclame : « Il faut rendre grâces au Seigneur... On est toujours en train de se plaindre, là on a un beau ciel bleu, il ne fait pas froid, il y a du soleil, il faut savoir dire merci à Dieu même pour les petites choses, et en plus, un beau ciel bleu, ce n’est pas une petite chose... » 180


« Il faut remercier le Seigneur ». Je crois que je vais retenir longtemps cette petite phrase. Après plus de trois mois à l’hôpital, seule, avec la drépanocytose qui la fait souffrir depuis sa naissance, avec en plus une opération douloureuse, elle aurait pu avoir d’autres réactions. Eh bien non, tout cela ne l’empêche pas de remercier le Seigneur pour un rayon de soleil. Voila ce qui se passe quand on met sa confiance en Jésus, le Fils du Dieu vivant. Alors, une fois de plus, j’ai envie de dire : « les pauvres m’ont évangélisé » Paris, octobre 2011

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On passe à table ! « Il entra dans la maison et se mit à table.» Luc 7,36 On pourrait méditer longuement sur la petite phrase de St Paul : « Si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres ». Comme nous le voyons le Christ se sentait libre par rapport aux us et coutumes de son pays, et la réflexion de Saint Paul n’a rien d’étonnant. Plus tard, Saint Augustin dira « Aime et fais ce que tu veux ! » Pourtant, mon attention a plutôt été retenue ce matin par un détail qui revient souvent dans les pages d’évangile que nous avons lu ces derniers jours. Avez-vous remarqué la chose suivante : Jésus avait l’habitude de rentrer dans les maisons. Quand Saint Jean écrit : « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous », ce n’est pas une parole en l’air ! Il a vraiment habité parmi nous. Aujourd’hui, nous le voyons prendre le repas de midi chez un pharisien. Il y a quelques jours, il était chez Marthe, Marie, Lazare. Il devait être avec Marie au salon, pendant que Marthe était à la cuisine. Nous avons relu aussi, il n’y a pas si longtemps, l’envoi des 72 disciples et il leur disait : « Quand vous entrez dans une maison, dites d’abord paix à cette maison ! » 182


Et, c’était vendredi dernier, pour expliquer qu’il faut prier avec confiance, Jésus raconte une petite histoire où il est encore question de maison : « Supposons que l’un de vous a un ami qui vient cogner à la porte, la nuit, pour demander du pain… » Bref, il est venu habiter parmi nous et on le trouve souvent dans nos maisons, un des lieux qu’il privilégie pour communiquer sa bonne nouvelle. En préparant ce petit mot, je me disais : et si Jésus était venu habiter parmi nous aujourd’hui ? Certainement qu’il aurait encore passé beaucoup de temps à la table des pharisiens ou dans les salons des Marthe et des Marie. Mais aujourd’hui, il aurait trouvé un concurrent qui n’existait pas à son époque : la télé ! La télé qui ne nous donne pas toujours de bonnes nouvelles ! La télé qui nous donne certaines nouvelles, qui s’appesantit sur certaines réalités et qui saute à pied joint sur d’autres. J’étais chez des amis dimanche soir et avant le repas, nous avons regardé le journal de 20h. Tout le monde a vu, presque en direct, le carnage de Bali. Comme le titrait un journal hier : « Bali, l’ile des dieux devenue un enfer ». Alors nous n’avons pas pu nous empêcher de remarquer que certains morts ont l’air de compter plus que d’autres ! Pourquoi toutes ces images sur Bali hier, ou sur New York l’an dernier, et pourquoi deux minutes sur la Cote d’Ivoire et pratiquement rien sur la RDC ?

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Jésus, reprenant à son compte les paroles d’Isaïe, disait « l’Esprit de Dieu m’a envoyé proclamer la bonne nouvelle aux pauvres. » Jésus, s’il avait été dans cette maison dimanche soir, prenant un verre avec deux jeunes couples, trois enfants et un prêtre, Jésus aurait certainement dit quelque chose. Qu’aurait-il dit ? Je vous laisse avec cette question, en vous rappelant une promesse du Christ lui même : « Quand je serai parti, je vous enverrai mon Esprit, et il vous aidera à comprendre tout ce que je vous ai dit » Alors, laissons parler en nous l’Esprit de Dieu ! Paris, octobre 2002

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On reconnait l’arbre à ses fruits « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui la donne beaucoup de fruits. » Jean 15,1-8 Le fruit de l’Esprit. Certains parmi vous (je m’adresse aux spiritains…) ont sans doute eu le Père Gils comme professeur d’écriture sainte à Chevilly. Contrairement à beaucoup de professeurs, il n’avait pas une très bonne diction. On avait souvent du mal à le comprendre, mais à côté de cela il excellait dans l’art de nous faire circuler dans la bible. On travaillait avec la tête, et avec les mains. Il expliquait la bible avec la bible ! Par exemple, ici, quand Jésus dit : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui la donne beaucoup de fruits », je me souviens qu’il nous demandait alors d’aller chercher Galates 5,22 - 23, et tout le monde s’activait. Il a du sans doute nous renvoyer à d’autres passages de la bible, mais Galates 5, 22 - 23, je m’en souviens ! Je me souviens aussi qu’il nous avait demandé de déplacer les deux points : Dans le texte, tel qu’il est écrit dans la TOB, on lit au verset 22 : « Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ». 185


Notre professeur nous avait demandé de mettre les deux points après amour ! Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, et Paul énumère ensuite les signes du règne de l’amour : joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi. Alors, aujourd’hui, essayons de faire le point : où en sommes, où en suis-je par rapport à la joie ? Par rapport à la paix ? Par rapport à la patience ? A la bienveillance ? A la bonté ? Etc. Est-ce que je porte du fruit ? Et au delà de cet inventaire, est-ce que je suis attaché au Christ ? Attaché de façon solide ? Attaché à une personne, pas seulement à des valeurs, à des coutumes, à des habitudes… Et toute cette journée du 5 mai, gardons en tête ce verbe employé par Saint Jean : « Demeurons en lui ». Paris, mai 2010

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« On se sent revivre » « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront. » Matthieu 28,8-15 Lundi de Pâques « On se sent revivre ! » Nous employons de temps en temps cette expression. Pas forcément d’ailleurs le matin de Pâques. Pourtant, Pâques, c’est bien l’occasion de s’arrêter un peu pour regarder, en nous et autour de nous, en quelles occasions on se sent revivre ! La semaine dernière, j’ai eu par deux fois, l’occasion de toucher cela du doigt. D’abord, avec un documentaire, que j’ai vu dans une salle de cinéma ici à côté : « Sisters in law ». Je prononce mal, mais ce n’est pas grave. Deux femmes, au Cameroun, dans l’exercice de leur fonction de magistrat, rendent la joie de vivre à des femmes battues, à des enfants violentés. Grâce à leur détermination, dans leur travail de chaque jour, elles donnent à des femmes toujours restées silencieuses, tradition oblige, le courage de résister. Ces femmes toutes simples sortent grandies, elles sortent avec le sourire. On les sent revivre. Je ne vous en dis pas plus, il faut voir le film. 187


Et puis, cette même semaine dernière, j’ai eu une autre occasion de sentir quelqu’un revivre... Je ne vais pas vous raconter ici toutes les galères que connaît ces derniers mois une jeune femme. Je l’ai vue plusieurs fois ces dernières semaines, à chaque fois, elle avait « la figure amarrée », comme on dit au Gabon. Je ne sais pas quelle mouche m’a piquée : je l’ai invitée à manger avec nous. Elle est venue, elle est venue avec le sourire. Et deux jours après, c’était jeudi, Jeudi saint, elle m’appelle pour me souhaiter une bonne fête, et me remercier encore du repas qu’elle avait pris avec nous. J’ai senti au son de sa voix, qu’elle était vraiment heureuse. Dans notre travail de tous les jours, comme les sisters du film, ou avec un simple repas partagé, nous pouvons vivre déjà, aujourd’hui, en ressuscité. Puissions nous tous, en cette fête de Paques, nous sentir revivre. Et nous pourrons chanter à notre tour, comme nous l’avons entendu dans la première lecture : « Oui, mon cœur est dans l’allégresse, ma langue chante de joie ». Actes 2 Paris, avril 2006

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On va souffler un peu « Venez à l’écart dans un endroit désert et reposez vous un peu ».Marc 6, 30-33 Il y avait tellement de monde… On n’avait même pas le temps de manger ! Alors Jésus propose : « Venez à l’écart dans un endroit désert et reposez vous un peu ». En bon français d’aujourd’hui, on dirait : « On va souffler un peu » C’est familier, mais nous sommes habitués. Jésus est avant tout un homme ordinaire. Lui aussi, il lui arrive d’avoir soif, d’avoir faim, d’être fatigué, de pleurer. Il a des amis, il va manger chez eux. Bref, c’est un homme normal, comme chacun de nous. Il a d’ailleurs vécu une trentaine d’années dans l’anonymat. Et quand il parcourt les villes et villages, quand il instruit les foules, ce sont des scènes de la vie ordinaire qui lui servent de point de départ. Une femme qui a perdu une pièce d’argent, un berger qui a perdu une brebis, un maçon qui bâtit une maison, une lampe qu’on ne met pas sous le meuble, etc., etc. Et quand il enseignait, il ne devait pas ennuyer son auditoire car il parlait avec des mots que tout le monde comprenait. Page après page, on retrouve dans les évangiles, on retrouve toute une variété d’objets divers qui meublent la vie quotidienne.

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Au risque de vous lasser, je vous en cite une certaine quantité : l’huile, le vin, le blé, le pain, la farine, le puits, les filets, la barque, l’aiguille, la meule, la porte, la lampe, la semence, la boue, les pierres, le vent, la foudre, le soleil, les lys des champs, la mauvaise herbe, la poule, les poussins, etc. Tout ceci pour dire que Jésus, homme parmi les hommes, homme ordinaire, parlait comme tout le monde, avec des mots que tout le monde comprenait. Et c’est ainsi qu’il nous a fait comprendre la bonté, la tendresse de Dieu. Venez-vous reposer un peu. Dieu qui se fait l’un de nous et qui nous dit encore aujourd’hui qu’un verre d’eau fraîche offert au plus petit ne restera pas sans récompense. La simplicité de Jésus, la simplicité de l’évangile. Que le Seigneur nous donne de ne jamais nous en éloigner. Paris, février 2004

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Papy « Le grain de blé tombé en terre porte beaucoup de fruit. » Jean (12, 24-28). Les deux lectures que nous avons entendues ce matin nous parlent de semence, de semeur, de graine, de terre, de grain de blé, de récolte. Un petit tour à la campagne, quand on habite Paris, ça ne fait pas de mal, pour commencer la journée ! Mais comme vous l’avez remarqué, Jésus nous emmène encore plus loin. S’il prend ses images, ses comparaisons dans le monde qui l’entoure, c’est pour se faire comprendre par son auditoire. Jésus ne nous emmène ni à la campagne, ni à la mer ni à la montagne. Il nous emmène là où il sera : « Là où je suis, là aussi sera mon serviteur ». S’il faut passer par la mort, qui nous fait peur, c’est pour accéder à la vie, avec lui. Le grain de blé tombé en terre porte beaucoup de fruit. En ce moment, sur beaucoup de routes de France, vous êtes obligés de suivre, doucement, de grosses remorques contenant le blé que les cultivateurs vont porter au silo. Le grain de blé tombé en terre porte beaucoup de fruits.

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Nous avons tort d’avoir peur. Plus nous donnons, plus nous recevons. Plus nous semblons y perdre, plus nous sommes comblés. Et pas seulement dans un autre monde. Dès aujourd’hui, nous pouvons expérimenter la justesse des propos que nous venons d’entendre. Je pense à cette autre parole de l’évangile : « Nul n’aura laissé maisons, frères, sœurs, mère, père, enfants à cause de moi et à cause de l’Evangile, sans recevoir au centuple…. » Dans certains pays comme le Gabon, on nous appelle encore « mon père ». Ce n’est pas très évangélique, mais je peux vous dire que ça vous donne des centaines d’enfants, et quand on arrive à nos âges, des centaines de petits enfants. Plusieurs m’appellent papy. C’est beau, même si c’est quelquefois fatiguant. En tous cas, c’est bien vrai, plus vous donnez plus vous recevez. Frères, disait Saint Paul aux Corinthiens, frères, rappelez vous le proverbe : « A semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement ». (2 Co 9, 6-11) Paris, août 2004

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Tout un programme ! « Est-il permis de renvoyer sa femme ? » Marc 10, 216 Quand j’ai vu que mon tour arrivait pour présider la messe du dimanche, je me suis mis à lire les textes du jour. Et j’avoue que mon premier geste fut un mouvement de recul. Est-il permis de renvoyer sa femme ? Le mariage, le divorce, voila un sujet difficile à traiter dans une assemblée composée en grande partie de célibataires. Et surtout, célibataire moi même, je me sens mal placé pour parler sur cette question ! Mais la nuit portant conseil, je me suis dit que c’était quand même pas mal de prendre un peu de temps pour méditer sur le plan de Dieu. Car au bout du compte, à partir d’une question précise des pharisiens, Jésus nous ramène, en peu de mots, à contempler le plan de Dieu. La création. La création de l’univers, la création de l’homme et de la femme, appelés à ne faire qu’un. Ne faire qu’un. Nous savons que ce plan de Dieu est difficile à réaliser. Les pharisiens posent la question de la répudiation : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? ». Selon les époques et les lieux, il est d’autres questions du même genre qui se posent. En Afrique, il est bien des endroits où la polygamie existe, j’allais dire tout naturellement. Je me souviens 193


de ce monsieur rencontré par hasard chez un chrétien. On ne se connaissait pas. Apprenant que je suis prêtre, il se croit obligé de se présenter : « Mon père, je m’appelle M., je suis catholique 100%, un peu polygame. » Ici en France, récemment, il parait que le premier ministre a amusé tout un auditoire en expliquant qu’il aimait bien sa maîtresse. Il parlait du temps où il était à l’école primaire, mais les auditeurs ont fait semblant de comprendre autre chose. Oui, quand Jésus répète ce qui est déjà écrit dans le premier livre de la bible : « Tous deux ne feront plus qu’un », il rappelle un programme d’amour qui n’est pas facile à réaliser. Et pourtant, il faut bien reconnaître qu’en s’inscrivant dans ce plan, les hommes se rapprochent du bonheur. Au contraire, ne pas réussir à faire grandir l’amour, finir pas se séparer, voila qui n’engendre pas la joie. Au contraire. Dans les années 80 je crois, c’est déjà vieux, en vacances en France, en Bretagne, j’avais rendu visite aux parents d’un confrère avec qui j’étais en communauté au Gabon. Je ne les connaissais pas. Mais le fait de vivre avec leur fils nous donnait quelques atomes crochus. On a parlé de tout et de rien mais je me souviens très bien qu’à un moment donné, la maman n’a pu s’empêcher de m’expliquer que sa fille venait juste de divorcer. Elle en était très affectée et n’a pu retenir ses larmes. J’imagine que

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ceux qui parmi vous ont de grands enfants comprennent cela. Par contre, dans l’autre sens, vous aussi, vous avez certainement été témoin de situations plus réjouissantes. Comme celle-ci. Je crois que je l’ai déjà raconté ici mais ça fait longtemps, vous avez sûrement oublié ou vous n’étiez pas forcément là ce jour là ! Je connais A. depuis... disons 1980. Elle avait alors à peu près 10 ans. C’était à Libreville. Elle est maintenant en France, depuis une quinzaine d’années. Nous nous sommes retrouvés. On se voit souvent. Un jour, elle me présente son « ami » : S. A. que je connais depuis longtemps, ça fait un, Michel dont je fais la connaissance, ça fait deux. Et depuis octobre 2004, une petite fille est arrivée. Appelons la H. Ca fait trois ! Mon histoire n’est pas finie. Vous savez les bébés, au début, ça ne parle pas beaucoup, c’est à peine si ça sourit. Je me rappelle le jour où pour la première fois, j’ai vu H. vraiment sourire, presque rire. Sa mère lui avait parlé la langue des bébés, avec des gestes et des grands yeux, et H. lui a répondu avec un grand sourire. Quelques instants après, c’était en fin de journée, le papa arrive du travail et avec à peu prés les mêmes gestes, la même langue des bébés, voila qu’à son tour, il fait sourire sa fille. Le même sourire, le même

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amour de son père et de sa mère ont déclanché le même sourire chez leur fille. Alors je me suis dit : ça doit être un peu comme cela en Dieu. A tout instant Jésus nous parle de son Père. Il nous parle aussi, souvent, de son Esprit, l’Esprit de Dieu, qu’il va nous envoyer. Ils sont trois, mais le même amour fait qu’ils sont un. Quand on comprend un tout petit peu que Dieu est amour, amour entre trois personnes qui n’en font qu’une, on comprend aussi que le plan de Dieu ne peut être qu’un plan d’amour. Nous sommes créés à l’image de Dieu, nous avons été créé à sa ressemblance : homme et femme il les créa et les deux ne feront plus qu’un. Bien sûr c’est un idéal. Mais on peut déjà constater qu’en s’inscrivant dans ce plan de Dieu, les larmes font la place au sourire. Eh bien au cours de cette célébration, nous demanderons à l’Esprit de Dieu, Esprit d’amour, qu’il nous pousse à entrer toujours plus avant dans ce grand mouvement d’amour. Paris, octobre 2006

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Quand le GPS n’existait pas « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Jean 14,6 Avec deux amis prêtres, l’un d’Anger, l’autre de St Nazaire, nous sommes allés passer le 1er mai à Wolxheim, un village en Alsace. Là bas, nous nous sommes retrouvés avec un quatrième larron : tous les quatre, nous avons travaillé dans la même paroisse, au Gabon, dans les années 70. Pour aller à Wolxheim, on passe par Nancy. Jusqu’à Nancy, pas de problème, je connais la route par cœur ! Après Nancy, c’était moins évident : je n’étais jamais allés jusqu’à Wolxheim. Mes deux compagnons avaient la carte, et ils m’ont indiqué la route à suivre au fur et à mesure. Pas toujours facile de se diriger. Il y a des nouvelles routes. Il y a des travaux. Il y a différentes possibilités. Mais finalement, nous sommes arrivés à bon port, sans problème, et à peu près à l’heure prévue malgré la pluie ! Si j’avais été seul, j’aurais du étudier la carte avant de partir, j’aurais du m’arrêter pour vérifier si j’étais sur la bonne route, j’aurais du demander mon chemin.

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Je vous raconte tout cela, pour vous rappeler que, quand vous avez à côté de vous quelqu’un qui vous indique la route çà suivre, c’est tout de même plus facile, et plus agréable ! Ce matin, Jésus nous dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Nous savons que nous venons du Père et que nous allons vers le Père. Jésus nous montre la route. Mieux, il est la route ! On n’a plus à chercher, à demander. Pour aller vers le Père, il nous a montré la route, il est la route. C’est tout de même plus facile. Depuis mercredi, on sait que israéliens et palestiniens ont reçu une feuille de route. Ce matin, nous pouvons demander au Seigneur qu’il donne à ceux qui ont reçu cette feuille de route, qu’il leur donne d’y repérer tout ce qui peut faire grandir le respect de la dignité humaine, tout ce qui respecte la vie. Et qu’ils mettent toutes leurs forces pour que la dignité de tout homme soit respectée. Quand nos routes humaines ressemblent à la route qui va vers Dieu, nous sommes sûrs que le Christ lui même nous pousse sur ces routes. Paris, mai 2003

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40 ans, ça commence à compter ! Ordonné prêtre le 29 juin 1969. 1969 – 2009 : me voilà donc au service de la communauté depuis 40 ans ! En guise d’homélie, ce matin, je voudrais vous lire la dernière page de mon livre7 Ce livre commence à dater : c’était en 2003 ! Mais je n’ai pas changé d’avis. Je comprends mieux aujourd’hui, (après avoir écrit ce livre) ce qui a été dit au Chapitre Général de Maynooth. Tous les six ans, les spiritains font le point sur leur situation, au cours d’un Chapitre Général. En 1998, à Maynooth, en Irlande, ils ont commencé leur assemblée en écoutant une série de témoignages sur ce que peuvent vivre des spiritains de par le monde. Je relève dans le compte-rendu de ce Chapitre, ces constatations qui sont aussi les miennes : « Plusieurs fois, ceux qui présentaient une expérience ont désigné les hommes et les femmes parmi lesquels ils vivaient comme une source fondamentale de leur inspiration.

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La joie de vivre en communauté, en Afrique ou en Europe, L’Harmattan, 2003

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La présence et l’action de l’Esprit peuvent être discernées dans la vie de ces gens, surtout chez les pauvres et les opprimés. Ils nous inspirent par leur hospitalité, leur simplicité, leur générosité et leur foi profonde. Plus nous nous identifions avec eux et leurs souffrances, plus nous comprenons l’Evangile que nous prêchons (RVS 24.18). Cela exige de réévaluer notre style de vie et de travailler avec eux contre les structures qui les écrasent. Dans ce service et cette fraternité, nous nous sentons plus proches de Jésus et de la Bonne Nouvelle du Royaume. Nous nous retrouvons membres d’une nouvelle famille, bien plus large, recevant des forces inattendues, en des moments de difficultés, de la part de ceux avec qui nous vivons et travaillons. »9 Je n’aurais pas dit autre chose, si j’avais participé à ce Chapitre ! Et je suis donc fier de faire partie de ces spiritains ordinaires. Voila, j’écrivais cela en 2003, je le pense encore aujourd’hui, en 200910 !

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Règle de Vie spiritaine, n°24.1 Maynooth 1998, Chapitre Général 10 Je le pense toujours en 2011 9

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Je me retrouve complètement dans ces quelques constatations faites lors de ce chapitre général. Et pour tout cela, ensemble, rendons grâce à Dieu ! Paris, le 29 juin 2009

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Que faire ? « Il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. » Mc 1,21-28 De la parole à la pratique. Jésus parle en homme qui a autorité. Il ne s’abrite pas derrière telle ou telle autorité. Il parle. Il exprime des exigences. Il affirme : « Moi je vous dis ». Il ose parler et agir à la place de Dieu. Et on sait que ça lui coûtera cher. S’il peut parler et agir ainsi, avec autorité, c’est en raison de son identité. Une petite phrase résume tout cela : « Mon père et moi, nous sommes un ». Et nous, parce que nous mettons notre confiance en Dieu lui même, nous savons que nous avons bâti notre maison sur le roc. Comme saint Paul, chacun de nous ici ce matin peut dire : « J’ai été saisi par le Christ Jésus ». Reste à mettre sa parole en pratique. Car il ne suffit pas de pousser des cris, il faut faire la volonté du Père. Et faire la volonté du Père, ce n’est pas toujours facile. Il faut s’oublier pour penser à l’autre.

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Sans compter que nous pouvons nous trouver dans des situations complexes. Des situations où l’on se sent impuissant, où l’on ne voit pas ce qu’il faut faire. Lundi, c’était dans le 12ème arrondissement. Suite à la fermeture par les CRS, de la Maison des Ensembles, immeuble qui abritait des associations, et aussi des « sans papiers » et des « sans logement », des hommes se sont retrouvés avec leur valise sur le trottoir. Moi, je me suis retrouvé l’après midi, à la mairie du 12è, avec plusieurs membres de différentes associations. Et certains disaient aux gens de la mairie, une des 13 mairies de gauche de la ville de Paris : « On savait que la droite pouvait faire des choses comme ça, mais à l’avenir, on ne votera plus pour la gauche ! » Oui, on ne sait plus à quel saint se vouer, et devant les cars de CRS, on ne peut que se faire petit. Il existe pourtant des débuts de réponses, et j’en trouve une dans les propositions faites la semaine dernière par les « correspondants » des 60 congrégations religieuses qui sont dans le Réseau Foi Justice Afrique Europe. Il leur était demandé de faire des propositions par rapport aux futures actions du Réseau. Je note cette proposition : « Former dans nos congrégations des groupes de réflexion, échanger entre membres d’un institut et même entre instituts ». Pourquoi ? « Parce que à plusieurs, on aura une meilleure compréhension sur des sujets complexes ! » 203


Si les « plusieurs » mettent l’Esprit Saint dans le coup, on peut espérer voir un peu plus clair pour mettre en pratique, intelligemment ce que nous dit Jésus, avec autorité ! Paris, juin 2003

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Ne négligeons pas les petites fleurs « Que ton règne vienne ! » Matthieu 6: 9-13 Nous le répétons chaque jour. C’est Dieu qui fait venir son règne et son règne grandit chaque fois que son nom est sanctifié, chaque fois que sa volonté est faite sur la terre, comme elle est déjà faite au ciel. Nous savons que si le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain peinent les maçons. Et en même temps, nous sommes dans cette situation assez paradoxale, où Dieu fait grandir son règne, grâce aux maçons que nous sommes. Jésus nous invite à proclamer la bonne nouvelle jusqu’aux extrémités de la terre et Paul écrivait aux corinthiens « Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile ». Et pourtant, une fois semé, le grain pousse tout seul. Quand nous étions enfants, on pouvait travailler au jardin de mon père. Plutôt qu’un travail, c’était plutôt une occupation agréable. Je me souviens des radis. Une fois la terre bêchée, bien préparée, on semait. Les radis, c’était très intéressant, car peu de temps après avoir semé, on pouvait les manger. Il ne fallait pas attendre longtemps, le résultat était là. 205


Au niveau du royaume de Dieu, nous sommes invités à semer, à proclamer la bonne nouvelle, mais on ne voit pas toujours les résultats. Je me souviens de cette maman, catholique pratiquante, très engagée dans sa communauté, qui se désolait : apparemment, ses garçons ne suivaient pas sa route. Elle avait tenu à me rencontrer pour me parler de ce problème qui n’en était pas un : elle avait semé. C’était l’essentiel. Nous semons, mais les fruits, ce n’est pas tout à fait notre affaire, et en tous cas, nous nous ne participons pas forcément à la moisson. Même si quelques fois nous sommes très surpris. Nous, c'est-à-dire ceux qui font du catéchisme, ceux qui font des homélies ! Nous sommes très surpris quand par exemple quelqu’un vient vous dire : « Vous avez dit ça, tel dimanche, dans votre homélie... ». Deux ou trois ans après, il y a longtemps qu vous vous avez oublié ce que vous avez dit ce dimanche là ! Mais la semence a été semée. Donc sur le plan personnel, la gaine tombe, et elle porte plus ou moins de fruit. Ce n’est pas forcément le semeur qui est en cause. A un niveau plus général, « sur la terre » comme nous le disons dans le Notre Père, le royaume grandit. Il devient comme un arbre où les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid. Avouons que nous n’y faisons pas toujours attention. Il faut dire aussi que les medias sont plus rapides pour nous montrer ce qui brûle que pour nous montrer les 206


petites fleurs qui poussent ici ou là. Et pourtant, les fleurs ne manquent pas. Je voudrais reprendre en la concrétisant, une partie de la méditation - trouvée sur le site de l’ACAT - que nous avions lu au début de la Semaine de prière pour l’unité : « Ce qui m’étonne, ce ne sont pas les réactions racistes de ceux qui disent « les étrangers viennent manger notre pain, qu’ils retournent chez eux. » Ce qui m’étonne, c’est qu’il se trouve des hommes et des femmes pour accueillir ces travailleurs immigrés, pour les aider dans leurs démarches, pour passer du temps dans un groupe d’alphabétisation ». Dans ce même chapitre, un projet gouvernemental de loi relatif à l’immigration va bientôt être étudié. Huit associations ont déjà lu le projet et l’ont qualifié d’inhumain. Espérons qu’elles seront entendues. « Ce qui m’étonne, ce n’est pas la montée de la violence » Ce qui m’étonne c’est qu’il se trouve des religieux, des religieuses qui habitent dans les HLM, dans les cités, comme la sœur Cécilia, une religieuse nigériane, qui habitait il y a quelques années, à Evry Courcouronnes dans une cité où il y avait eu des troubles et même un mort, et qui habite maintenant Etampes. Beaucoup ici la connaissent et savent comment elle est accueillante. On pourrait continuer ainsi jusqu’à midi.

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Que le Seigneur nous donne les yeux pour voir son Royaume qui grandit, qu’il nous ouvre les yeux pour que nous sachions nous étonner et nous émerveiller déjà aujourd’hui, sans attendre le jour où nous risquerons de dire : « Quand est-ce que nous t’avons vu étranger, malade, en prison ? Paris, janvier 2006

Un match de foot 208


« Jésus leur répondit : Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez :les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. » Matthieu 11,2-11 Isaïe disait déjà : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent, le pays aride, qu’il exulte. Le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie ». Aujourd’hui, nous sommes invités à nous réjouir. La bonne nouvelle qui doit être rapportée à Jean Baptiste est aussi arrivée jusqu’à nos oreilles. Le pays aride, qu’il fleurisse. Restons pour commencer sur cette image. La nature nous offre beaucoup de leçons. Fin octobre, j’allais à Chartres, et au sortir de l’autoroute, agréable surprise : au bord de la longue bretelle qui vous amène sur la nationale, une rangée de peupliers, jaunes, presque dorés, et un peu partout, des arbres plutôt rouges. Un rayon de soleil sur ces couleurs, c’était superbe. J’ai une idée. Dimanche prochain, je vais proposer à des amis d’aller faire un tour en foret de Fontainebleau. Au rocher de Dame Jouanne, il doit y avoir un beau spectacle ! Pas de chance, le dimanche suivant, il pleuvait. C’est un peu notre situation. Il faut bien reconnaitre que c’est encore souvent le désert, le pays de la soif, le pays aride. Pourtant, Il est des moments où nous 209


pouvons nous réjouir. Eh bien ce matin, portons notre regard sur ce qui peut nous réjouir. Au détour d’un chemin, il peut y avoir des choses surprenantes. Jésus est venu, et si nous ouvrons les yeux, nous pouvons remarquer des signes de sa présence. Je vous ai déjà raconté l’histoire de Pascal. Il y a une suite. Pascal, pour ceux qui ont oublié, ce n’est pas un boiteux. Il n’a pas de jambes ! Et pourtant, il est magistrat. Comment en est-il arrivé là ? Si vous lui demandez, il vous explique que, quand il était en seconde, il s’est inscrit dans un mouvement de jeunes chrétiens, la JEC. Et très vite les élèves de sa classe, de son groupe, l’ont élu responsable. Il a compris alors qu’il n’était pas un bon à rien ! Il n’avait pas de jambes, mais il pouvait être responsable. J’aime bien son explication : « ce jour là dit-il (je le cite) un autre regard a été posé sur moi et j’ai envie de dire : un autre regard, celui du Christ à travers le regard des jécistes de ma classe, au collège Quaben ». Il m’avait expliqué ceci il y a un peu plus d’un an. Depuis, en aout dernier, il s’est marié. J’ai présidé la cérémonie à l’église. A la fin, entre deux chants de joie, Pascal a remercié tout le monde, et il m’a apostrophé depuis sa place : « A la prochaine interview, il faudra ajouter : ‘le regard de Jésus’, à travers le regard de Nanette (c’est sa femme) ». Ceux qui ont accès au courrier électronique savent que nous sommes quelquefois submergés par les mails. Mais le mois dernier, il en est un qui m’a surpris et que j’ai retenu. Je vous lis le début :

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« Match de foot spontané entre Palestiniens et Israéliens, à Hébron. Hébron est sans aucun doute l’une des villes où la tension entre Palestiniens et Israéliens est la plus sensible. Les affrontements perpétuels entre les deux populations ne se comptent plus. Pourtant hier, un instant de fraternité spontanée entre des jeunes palestiniens et israéliens est venu contredire les certitudes. Près de 10 000 Israéliens se sont rendus ce samedi à Hébron à l’occasion de la lecture du texte du livre de la Genèse qui raconte comment Abraham acheta en ce lieu un terrain pour enterrer sa femme Sarah. Comme chaque année, pour cet événement, un important dispositif de sécurité avait été mis en place. Mais pour la première fois depuis longtemps, la liberté de circulation pour les Palestiniens dans le quartier la "Casba" n’avait pas été limitée et les échoppes sont restées ouvertes toute la journée. A la surprise des habitants arabes, des Juifs sont même venus visiter le quartier. Lors de cette journée, des jeunes juifs se sont joints spontanément à une partie de foot faite entre jeunes palestiniens. Très vite d’autres sont venus les rejoindre et la nouvelle d’un match entre Israéliens et Palestiniens, au cœur des quartiers les plus tendus de la ville, s’est répandue comme une trainée de poudre. Des deux côtés du trottoir, les supporters des deux camps, y compris des soldats de Tsahal, ont savouré le spectacle. Terminons en rappelant que le nom "Hébron" à la même racine en hébreu que le mot "Haver" qui veut dire ami. Hébron, ville de l’amitié ? »

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Ces deux exemples, celui de Pascal qui dit sa joie d’avoir été regardé par le Christ, et celui des jeunes israéliens et palestiniens qui jouent au foot, ce sont deux exemples qui sont comme un rayon de soleil sur les arbres en automne : les couleurs sont magnifiques. A votre tour de chercher un peu dans votre passé récent les signes de la présence du Christ. Nous ne devons pas en attendre un autre. Il est déjà là ! Les boiteux marchent, les sourds entendent. Mais jamais deux sans trois. Voici un 3 ème exemple ! Comme Noël approche, je voudrais encore partager avec vous un texte que je trouve de circonstance. C’est intitulé : « Définitivement ». Je vous laisse deviner qui a écrit et chante ce texte, ces paroles qu’il adresse à son enfant… son enfant qui va naitre dans trois mois. Distribution du texte et lecture personnelle Définitivement 1. T'es pas encore arrivé, avec ta mère on s'impatiente Elle, elle commence à fatiguer et puis faut voir l'état de son ventre ! Paraît que tu te caches là-dessous, on communique à notre façon Quand je te parle, tu donnes des coups, j'ai tes mouvements, tu as mes sons 2. Bah, ouais, ça nous pendait au nez, faire un enfant c'était de notre âge Et puis à force de trop s'aimer, on laisse une trace de notre partage 212


T'es pas encore là mais déjà je vois beaucoup de choses différemment Tu vas bousculer ma vie, définitivement 3. Je sais pas encore la tête que t'as mais déjà je te trouve beau gosse Je voudrais t'avoir au creux de mon bras et caresser tes premières bosses J'aimerais t'acheter ton premier jean et ta première paire de baskets J'ai même envie de changer tes couches, enfin, ça, ça changera peut-être 4. Je peux pas encore tout te raconter, là, quand je te parle, ta mère écoute Mais t'inquiète, dès que tu seras né, on aura nos secrets, tu t'en doutes Je t'apprendrai même à faire des blagues et si jamais on se fait griller Toi, tu diras que c'est de ma faute, moi, je dirai que c'est toi qui as eu l'idée 5. J'ai déjà la rage contre tes profs quand ils donneront trop de devoirs Si t'as des mauvais points de conduite, ce sera pas vraiment un hasard Je t'engueulerai quand même, pour la forme, mais au fond de moi, évidemment Je serai de ton côté, définitivement 6. Je t'apprendrai à observer et à écouter les gens Tu m'apprendras à m'inquiéter, j'espère que tu seras indulgent 213


Je t'enseignerai la prudence, tu m'apprendras l'incertitude Tu m'apprendras les nuits blanches, je t'enseignerai la gratitude 7. Tu verras que parfois la vie c'est dur, j'essaierai pas de te le cacher On se casse la gueule à coup sûr quand on apprend à marcher J'aurai envie de te protéger, mais j'essaierai de pas être trop lourd Je mettrai mon amour de fer dans une apparence de velours 8. Je te préviens : je fais mal la bouffe et je pourrai pas jouer au ballon Mais je trouverai d'autres trucs à faire pour que tu sois fier de ton daron Je serai un peu ton pote, un peu ton frère, mais pour me fâcher Faudra que je sois un peu ton père quand je te dirai d'aller te coucher 9. T'es pas encore arrivé mais déjà qu'est-ce que je te kiffe Dans mon petit quotidien, t'as changé tous mes objectifs Avant de penser à quoi que ce soit, je penserai à toi ; tu vas clairement Changer mon sens des priorités, définitivement 10. Alors, voilà, dépêche un peu, il reste trois mois à 214


galérer Tu dois être serré dans ton pieux, faudra que tu penses à t'aérer Ici, y a plein de belles choses à voir, y a la montagne et y a la mer Le Soleil, la Lune, les étoiles et puis les yeux de ta mère 11. Allez mon gars, dépêche un peu, j'ai envie d'entendre ta voix On t'a même trouvé un prénom, si tu l'aimes pas, tant pis pour toi ! J'ai l'impression de rêver ; t'es la meilleure chose assurément Qui me soit jamais arrivée, définitivement Alors ce monsieur va être papa. Vous vous rappelez que Dieu nous a créés à son image. Nous lui ressemblons. Eh bien à quelques jours de Noël, je crois que derrière les paroles de Définitivement, on peut comprendre un tout petit peu mieux qui est Dieu. Regardons de plus près quelques passages : 2. A force de trop s’aimer, on laisse une trace de notre partage Ne sommes nous pas, chacune, chacun de nous, une trace de l’amour de Dieu ? Tu vas bousculer ma vie, définitivement : N’a-t-on pas bousculé la vie de Dieu : il envoie son fils sur notre terre et il le retrouve sur la croix … 5. Je serai de ton côté, définitivement !

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Dans notre langage, ici à l’église, on ne dit pas « définitivement », on dit : « pour les siècles des siècles ». C’est un peu pareil ! Dieu est de notre côté, définitivement. 7. Tu verras que parfois, la vie, c’est dur. J’aurai envie de te protéger. Nous qui sommes croyants, nous savons que Dieu nous protège. Dieu, Marie, et tous les saints : nous ne manquons pas de protection ! On le croit tellement que parfois on demande à Dieu de faire le travail à notre place… Au paragraphe 7 toujours : je mettrai mon amour de fer dans une apparence de velours. L’expression courante, c’est : « une main de fer dans un gant de velours ». Ici, ce futur papa pressent que c’est son amour qui sera de fer, qui résistera à toute épreuve. Le prophète ne disait-il pas : « j'ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair ». 8. Je serai un peu ton pote, un peu ton frère, un peu ton père Jésus disait : je ne vous appelle plus serviteur mais amis ! 10. Ici, y a plein de belles choses à voir On revient à ce que je disais au début : y a plein de belles choses à voir : les paysages d’automne, un match de foot qui rassemble des jeunes palestiniens et israéliens, un père qui parle à son enfant qui n’est pas encore né…

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Oui, Jésus est né, nous voyons des signes de sa présence, et nous ne pouvons que nous réjouir. Le Royaume de Dieu est déjà là. Nous avons la chance d’en faire partie et de le savoir. Nous avons la chance et la joie de rencontrer des Pascal, des parents qui aiment leurs enfants, etc., etc. J’ai envie de dire « ça s’arrose ! ». Mais nous sommes à l’église … Si on était au Gabon, on entonnerait : « Comment ne pas te louer Seigneur ? » et alors, vous verriez toute l’église qui se met à chanter et à danser. Ici en France, nous sommes moins expansifs, mais nous rendons grâces à Dieu à notre manière ! Paris, décembre 2010

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Saint Valentin « Que ta volonté soit faite ! » Matthieu 6: 9-13 La fête des amoureux Je ne vous apprends rien en vous disant que c’est aujourd’hui la saint Valentin ! A moins d’être sourd et aveugle, il est difficile de ne pas être au courant ! Je n’ai pas pris le temps d’aller voir qui était ce saint Valentin, car au fond, ce n’est pas tellement important. Ce qui me semble important, c’est que, aujourd’hui, nous pouvons nous réjouir et rendre grâces ! Nous pouvons nous réjouir parce qu’il y aura à travers le monde, aujourd’hui, des milliers et des milliers de gestes d’affection. Je reprends exprès ce mot affection, parce que Jean m’a surpris mardi en employant ce mot. Il nous disait : « il faut prier, non pas en rabâchant des mots, il faut prier avec affection ! » Que ta volonté soit faite. Et sa volonté c’est que l’on s’aime. Alors, si de nombreux couples aujourd’hui, ce jeudi 14 février 2008, manifestent leur amour, leur affection, nous ne pouvons que nous réjouir. En même temps, nous pourrons avoir aussi, au cours de cette célébration, une pensée pour les couples qui se déchirent. Puisse l’Esprit de Dieu, l’Esprit d’amour, les éclairer pour qu’ils arrivent à trouver la 218


route à suivre. Quand ils se déchirent, ils ne sont plus heureux, ni eux-mêmes, ni leur entourage. Je vous disais qu’il y aura aujourd’hui, à travers le monde, des milliers de gestes d’affection. A travers le monde entier ! J’entendais il y a quelques jours un reportage à la radio : un journaliste se trouvait en Arabie saoudite, et il expliquait que, à la saint Valentin, les jeunes jouent à cache cache avec la police : tout ce qui va dans le sens de la mixité est interdit. Mais les jeunes ont des moyens pour contourner toutes ces lois d’un autre âge. Saint Valentin a du succès en Arabie saoudite ! Ce n’est pas banal ! Un autre journaliste se trouvait en Inde et il disait que dans ce pays, même les bébés ont compris qu’à la Saint Valentin, on offre une rose. Une société, là bas en Inde, je crois que c’est Interflora, a produit, et exporté 3 millions de roses cette année. Cette même société envisage de tripler ce chiffre l’an prochain. Evidemment, ceux qui cultivent ces roses sont payés au lance pierre, mais dans un premier temps, on peut se dire qu’il vaut mieux produire des roses que des armes. Ca fait tout de même moins de morts ! Quand tous les fabricants et marchands d’armes se seront reconvertis en producteurs et en vendeurs de roses, disons qu’on sera tous au ciel avec Saint valentin et avec Sainte Thérèse de Lisieux. En attendant, ce matin, rendons grâces à Dieu pour les premières roses. Paris, février 2008 219


Sandra Jésus aux juifs : « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » Jean 5,40 Et Exode 32,7-14. Et il est vrai que nous avons vite fait, nous aussi, de nous créer des faux dieux, comme les juifs à peine sortis d’Egypte : « ils n’auront pas mis longtemps à quitter le chemin que je leur avais prescrit ! » Mais ne soyons pas trop pessimistes quand même ! Dimanche dernier, j’étais à Orléans, chez ma nièce. Ma nièce, son mari et leurs quatre enfants en bas age. Ils ne sont pas spécialement chrétiens. En tous cas, ils ne sont pas pratiquants au sens où nous l’entendons habituellement. Mais il me semble qu’ils sont pratiquants au sens où nous venons de l’entendre dans l’Exode. Ils sont dans le chemin que Jésus nous a montré. Ils ont 4 enfants en bas âge, l’aînée a 10 ans. C’est du sport ! Et pourtant ils avaient invité, le midi, pour le repas, Sandra, une jeune femme centrafricaine, son bébé et sa petite sœur, une petite fille qui se trouve dans la même classe que leur fille aînée. Ils ont fait connaissance car, à la suite d’un problème de papiers, je vous passe les détails, toute l’école s’est

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mobilisée pour que les parents ne soient pas séparés de leur enfant. Depuis, ils ont sympathisé. Ma nièce et son mari ne sont pas particulièrement militants. Ils n’appartiennent à aucune association, mais comme tout le monde, ils ont un cœur, et j’ai été agréablement surpris de retrouver Sandra, que j’avais déjà rencontrée l’an dernier. Je savais qu’il y avait un problème de papiers, je savais aussi qu’il y avait un grave problème de santé. Dimanche dernier, je l’ai retrouvée avec une bien meilleure mine, et avec le sourire. Et bien depuis ce repas, je me surprends souvent en train de chantonner : Laisserons-nous à notre table un peu d’espace à l’étranger ? Trouvera-t-il, quand il viendra, un peu de pain et d’amitié ? Nous connaissons tous ce chant. Je suis à peu prés sûr que ma nièce et son mari ne le connaissent pas. C’est peut-être dommage mais ils le vivent, et c’est sans doute l’essentiel. En tous cas, à voir le sourire de Sandra, on se dit que le chemin montré par Jésus est sûrement le bon chemin. Paris, mars 2007

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Savoir dire merci « Les dix n'ont-ils pas été guéris? Et les neuf autres, où sont-ils? Ne s'est-il trouvé que cet étranger pour revenir et donner gloire à Dieu? » Luc 17 : 1-19 Dimanche dernier, je lisais ces textes que nous venons d’entendre pour préparer ce petit mot. Mon attention a tout de suite été retenue par le fait qu’un seul des guéris revient sur ses pas pour louer Dieu, pour dire merci. Et moi ? Et nous ? Savons-nous dire merci ? Mais j’avoue que samedi et dimanche j’étais aussi accroché à la radio. J’ai des amis ivoiriens à Abidjan et ici à Paris, et comme vous le savez, les nouvelles en provenance de la Cote d’Ivoire ne sont pas bonnes du tout. Alors, comment dire merci quand on est inquiet ? Un peu après je me suis souvenu que j’avais reçu le vendredi, un courrier concernant des anciens jécistes de Yopougon (c’est une commune d’Abidjan), et avec ce courrier, il y avait le programme du week end de réflexion qu’ils ont prévu pour les 13 et 14 novembre. Le sujet, c’est : « le chrétien et la politique ». Il y a tout de même des gens qui prennent le temps de s’asseoir, de réfléchir et de prier. Et pour cela, nous pouvons remercier Dieu !

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Malheureusement, il n’est pas sur que d’ici samedi, les gens osent sortir de chez eux. Malgré tout, nous pouvons remercier Dieu : au moment où beaucoup ne se contrôlent plus, il en est tout de même qui sont prêts à réfléchir. Que l’Esprit de Dieu leur donne la force et lumière. Et puis, je ne sais quelle mouche m’a piqué. Il est un livre que j’ai a portée de la main, mais que je n’ouvre pas souvent, c’est le livre des anniversaires spiritains. Je l’ai ouvert, et je suis allé voir au 10 novembre. Pour chaque jour, il y a un rappel d’évènements qui se sont passés ce jour la, et une citation de Libermann. Je ne vais pas tout vous lire. Seulement le début et la fin de la page concernant le 10 novembre : 10 novembre 1946 Centrafrique 10/11/1946 : A la demande de Monseigneur Grandin, l'Abbé Barthélémy Boganda se présente aux élections législatives. II est largement élu et, député, il part siéger au Parlement (Paris). Il deviendra le fondateur de la République Centrafricaine en 1958. Nous pouvons louer Dieu : il y a toujours eu des chrétiens qui se sont intéressés à la vie de la cité. Barthélémy Boganda a laissé une phrase qui a fait choc. Il disait : « Un homme est un homme ». Quand on voit comment, parfois, certains animaux sont mieux traités que les hommes, cette petite phrase n’est pas anodine. Elle explique peut-être aussi la mort de Barthélémy Boganda. 223


Mais passons à la citation du père Libermann : Vous me demandez si le clergé doit intervenir dans les élections. Je crois bien certainement qu'il le doit à Dieu, à l'Eglise et à la France, et dès demain matin, je vais me faire inscrire sur la liste électorale, ainsi que tous ceux qui sont avec nous dans les conditions requises. Je comprends bien que les élections ne sont pas une œuvre ecclésiastique, mais il faut songer que nous ne sommes plus maintenant, dans l'ordre des choses du passé, Le mal du clergé a toujours été, dans ces derniers temps, qu'il est resté dans l'idée du passé. Le monde a marché en avant, et nous restons en arrière ! Il faut que nous le suivions tout en restant dans l'esprit de l'Évangile et que nous fassions le bien et combattions le mal dans l'état et l'esprit où le siècle se trouve. (Libermann à Gamon, 20.03.1848, NDX, p. 145-151). Merci Seigneur, merci de nous avoir donné un fondateur qui n’avait pas peur d’aller de l’avant ! Paris, novembre 2004

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Servir ou se servir ? « Après avoir lavé les pieds de ses disciples… » Jean 13.1-38 Le lavement des pieds Vous avez vu sur les murs, cette affiche pour le film Le missionnaire : « Il est venu pour nous sauver » transformé en « Il est venu pour se sauver ». Le « nous » est barré, en rouge, il est remplacé par : « se ». Je ne connais pas le contenu du film, qui est, parait-il, une comédie, mais cette phrase transformée me rappelle un reproche fait à beaucoup de politiciens : « Au lieu de servir, ils se servent » ! Servir ou se servir, du temps de Jésus, c’était déjà un problème. Alors, pour être bien compris, Jésus joint le geste à la parole. « Après avoir lavé les pieds de ses disciples… » Ce matin, il nous le rappelle : « Si vous savez cela, vous êtes heureux ». Mais attention, Jésus ajoute : « Pourvu que vous le mettiez en pratique » La savoir, c’est une chose. Le faire, c’en est une autre. Rendre service. Aujourd’hui, il y en a qui sont payés pour cela. Je pense à l’hôpital, un service public. Et 225


nous pouvons rendre grâce à Dieu, au moment où il est question de marchandiser la santé, mardi dernier, le 28 avril, les personnels des hôpitaux, y compris des chefs de service et des professeurs peu habitués à manifester, tout ce monde est descendu dans la rue pour dire non à une médecine mercantile. Et nous ? Nous ne sommes pas forcément payés pour rendre service, mais nous pouvons rendre mille et un services tout à fait gratuitement. Ne l’oublions pas. Ce matin, rendons grâces à Dieu pour toutes les personnes qu’il met près de nous et qui nous rendent service. Paris, avril 2009

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Sortons de nos églises ! « Jésus se rendit dans la région de Tyr. » Marc 7,2430 Autrement dit, Jésus sort des frontières d’Israël. Il prend contact avec ceux qui habitent les régions voisines, avec ceux qui ne font pas partie du peuple de Dieu, avec les païens. Pour nous ce matin, c’est une occasion de nous rappeler cette parole de Jésus : « Allez dans le monde entier ». Il nous a donné l’exemple, et il nous demande de faire la même chose. Alors, pour nous aujourd’hui « se rendre dans la région de Tyr » qu’est-ce que ça peut signifier ? La région de Tyr n’est pas forcément au bout du monde ! Je regarde, pour commencer, ce qui se passe dans ma propre famille. Je pense que je ne suis pas seul dans mon cas. Dans ma famille, mes parents qui sont encore vivants ont 4 enfants, 6 petits enfants et 11 arrières petits enfants. Ca fait en tout 23 personnes. Ce n’est pas beaucoup, mais si je compte bien, sur les 23, nous ne sommes que trois à nous dire chrétiens : mes parents et moi-même ! Alors, dès que je suis en famille, je suis pratiquement dans la région de Tyr !

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Sortons un peu du cadre familial. Nous sommes cinq associations à préparer ensemble une journée de réflexion sur les exclus et notre vote aux prochaines élections des députés européens. Cette journée aura lieu le 21 mars. Nous avons retenu trois catégories d’exclus : ceux qui sont dans les centres de rétention avec en corollaire les cercles de silence qui existent un peu partout en France, les gens du voyage, et les prostituées. Après le témoignage d’exclus appartenant à ces trois catégories, nous demanderons à un député européen ce qu’ils font ou ce qu’ils peuvent faire contre l’exclusion. Celle parmi nous qui travaille dans l’association le Mouvement du Nid, nous dit qu’elle connait Sabera, une ex prostituée qui pourrait intervenir. Pensant qu’elle sera peut-être un peu gênée si elle ne connait personne, je propose qu’elle vienne faire la connaissance de ceux qui préparent cette journée. Elle connaitra ainsi une dizaine de personnes et le 21 mars, elle ne sera pas tout à fait en terrain inconnu. Elle était avec nous samedi. Nous avons passé deux heures ensemble, et quand elle est partie elle nous a remerciés trois fois ! « J’étais aux anges » nous dit elle. Je ne sais comment vous remercier, pas seulement pour le repas que vous m’avez offert, mais surtout parce que vous ne m’avez pas jugé. Vous ne pouvez pas savoir combien de fois j’ai été jugée dans ma vie ! Alors, comme Jésus, n’ayons pas peur de nous rendre dans la région de Tyr, non pas pour juger, non pas pour faire rentrer les autres dans nos cadres, simplement pour leur manifester un peu d’amour. 228


Quand Sabera est partie je pensais à la femme adultère qui avait évité la lapidation elle avait du respirer un peu mieux, comme Sabera qui nous a quittés avec un grand sourire samedi dernier. Février 2009

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Tempête dans un verre d’eau ? « De toutes les nations, faites des disciples, baptisez les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. » Matthieu 28, 16-20 Pendant longtemps, disons tout le temps de mes études secondaires et même durant mes années de séminaire, j’ai trouvé la fête de la Trinité un peu rébarbative : je ne voyais pas où était la fête ! Trinité, un chiffre, le chiffre trois, ça ne m’inspirait pas grand-chose. Et puis, petit à petit, ça a changé. Je vais vous expliquer cela en partant d’une histoire récente, une histoire vraie ! Plusieurs parmi vous savent que je suis dans une association qui s’appelle Partenia 2000. Vous ne savez peut-être pas que Partenia 2000 fait partie d’une fédération : les Réseaux du parvis. Une cinquantaine d’associations, en France, se sont regroupées dans cette fédération. Parvis, parce que nous ne sous sentons pas tout à fait l’aise dans l’Eglise. Le parvis nous convient mieux ! Mais dans cette fédération, il y a une association un peu spéciale : les unitariens. Comment sont – ils arrivés là ? Je n’en sais trop rien ! Nous avons une réunion annuelle et entre temps, les différentes associations échangent par courriers électroniques. 230


Il y a quelques mois, le correspondant des unitariens envoyait un courrier où il faisait de savantes distinctions : ils sont « anti trinitaires », mais ils préfèrent dire, pour ne choquer personne, qu’ils sont « non trinitaires ». Et il y en avait toute une page là dessus ! Un peu énervé, je lui réponds du tac au tac que nous à Partenia 2000, nous avons des préoccupations un peu plus terre à terre : les exclus occupent une bonne partie de notre temps. Anti trinitaires, non trinitaires, ce n’est pas vraiment notre problème. Plusieurs ont alors écrit dans le même sens que moi, tandis que d’autres ont trouvé que, non, c’est important : on ne peut pas balayer des interrogations comme ça, aussi rapidement. Le correspondant des unitariens envoie alors un autre courrier. Il ne comprend pas mon apparente désinvolture. Bref, tempête dans un verre d’eau ! C’était en janvier. Là dessus arrive la saint Valentin. Par hasard je présidais la messe ici, ce matin là. J’avais fait une homélie qui avait retenue l’attention de plusieurs parmi vous. Comme il y avait un peu d’humour, dans cette homélie, pour calmer le jeu, et pour tourner la page, je l’envoie à tous les correspondants de la Fédération. Le lendemain, je reçois un courrier de mon ami correspondant unitarien : « Bravo pour ton homélie, je l’ai mis sur le blog des unitariens ». Je vais voir et de fait, je trouve : « La Saint Valentin chez les spiritains ! »

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Je vous redonne les grandes lignes de cette homélie : C’était le 14 février. Vous pouvez la retrouver ici dans ce livre (Saint Valentin) Vous remarquerez que dans cette homélie, je cite le Notre Père : « Que ta volonté soit faite », c’est Jésus qui nous apprend à parler à son Père. Et un peu plus loin, je propose de penser aux couples qui se déchirent : puisse l’Esprit de Dieu, l’Esprit d’amour les éclairer. Voila, terminé les discussions plus ou moins tordues, anti trinitaires, non trinitaires, unitariens. J’ai eu droit à un bravo ! Quand vous vivez normalement la vie de tous les jours, avec Dieu, vous rendez grâces à Dieu, le Fils vous apprend à parler au Père, l’Esprit vous remplit d’amour. Bref, comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans s’en rendre compte, vous êtes avec le Père, avec le Fils avec l’Esprit sans même vous en rendre compte. Retenons donc le conseil de Saint Paul aux Corinthiens : « Soyez d’accord entre vous, vivez dans la paix et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous ». Laissons les vaines querelles à ceux qui s’ennuient. Aimons. Les personnes qui nous entourent sont nombreuses, les journées ne sont pas assez longues. Aimons, nous n’aurons plus le temps de discutailler et nous serons avec le Dieu d’amour. Paris, mai 2008 232


Un autre monde est possible « Qui cherchera à conserver sa vie la perdra et qui la perdra, la conservera. » Luc 17,26-37 FOI - JUSTICE - SOLIDARITE PAIX -AMOUR Chrétiens pour un monde solidaire. En plein Forum Social Européen, l’évangile lu au cours de la célébration de ce jour nous invite, nous chrétiens, à raffermir le lien que nous faisons entre notre foi et notre vie. Dans le passage de Saint Luc que nous lisions hier, il nous était rappelé : « le Règne de Dieu est au milieu de vous ». Aujourd’hui, il nous est rappelé qu’un jour, le fils de l’Homme se révélera. Le Royaume, commencé avec Jésus il y a deux milles ans, connaîtra un jour son accomplissement. Un jour … Aujourd’hui, demain, après demain ??? Mystère ! En tous cas, aujourd’hui ou demain, il faut être prêt. Et avec Jésus, c’est toujours le monde à l’envers : « Qui cherchera à conserver sa vie la perdra et qui la perdra, la conservera. » Perdre sa vie, c’est être tourné vers les autres plutôt que vers soi même. 233


C’est chercher à partager plutôt que de garder pour soi. C’est faire passer la personne humaine avant le profit. C’est proclamer aux captifs la libération. C’est rendre la liberté aux opprimés. C’est lutter contre les discriminations. C’est accueillir les exclus, etc. etc. Bref, comme disait Jean XXIII, c’est travailler pour que règnent la justice, la liberté, la paix, l’amour. Par milliers, à travers le monde entier, et pas seulement à Paris en ce moment, par milliers, des hommes et des femmes de bonne volonté veulent construire un monde plus juste et plus solidaire. De Porto Alegre en 2001 à Bombay l’an prochain, de Florence l’an dernier à Paris en ce moment, de Bamako à Addis Abeba, depuis quelques années, les Forum sociaux mondiaux ou continentaux se multiplient. Avant hier, hier et aujourd’hui, 300 ateliers, 271 séminaires et 55 plénières se sont tenus ou se tiennent à La Villette, à Bobigny, à Ivry, à Saint Denis. Cinq axes ont été retenus pour les débats et la réflexion : - Pour une Europe de la Paix et de la solidarité : relations Nord – Sud, la dette, l’élargissement de l’Europe, la relation avec la Méditerranée. - Pour une Europe sociale et démocratique : partage des richesses, lutte contre les discriminations, contre l’exclusion.

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Pour une Europe du développement soutenable et solidaire Pour une Europe démocratique, de l’information, de la culture, de l’éducation. Pour une Europe où vivent des migrants, des réfugiés.

Demain samedi, à 14 h. une manifestation – parade partira de la Place de la République. Elle s’achèvera par une fête autour de bals, guinguettes et concerts. Perdre sa vie, s’intéresser aux autres, vouloir la justice et la paix, c’est trouver la joie, déjà ici et aujourd’hui, et chrétiens, nous ajoutons : c’est garder sa vie pour toujours ! Paris, novembre 2003

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Un gâteau raté ! « Il leur dit cette autre parabole : le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée. » Matthieu 13.33 Ceux qui savent faire du pain ou des gâteaux se retrouvent facilement dans la petite parabole de Jésus. Comme la plupart des prêtres ici, je n’ai pas appris à faire des gâteaux au séminaire, mais j’ai vécu avec des jeunes pendant plusieurs années. Les garçons arrivaient souvent pour mettre les pieds sous la table. Il faut dire à leur décharge qu’ils faisaient la vaisselle. Les filles faisaient la cuisine. Et certaines savaient très bien faire les gâteaux. Par contre, un jour, je ne sais plus pour quelle raison, deux filles m’annoncent : mon père, on va vous faire un gâteau. Et elles sont arrivées avec leur gâteau ! Je n’en avais jamais vu d’aussi plat et d’aussi dur ! Elles avaient mis le sucre vanillé, mais elles avaient oublié de mettre la levure ! C’est un peu ce qui arrive quand on laisse l’évangile à côté de la société. Le monde reste dur comme des cailloux. Comme le désert où l’on abandonne les personnes qui risquent tout pour venir en Europe, pensant qu’ici c’est le paradis. Je vous donne l’exemple de ce que j’ai vu récemment : la société qui extrait le manganèse au 236


Gabon, la COMILOG, a fait 34 milliards de F CFA de bénéfice en 2004. Vous lisez cette bonne nouvelle le 13 juin 2005, dans le quotidien gabonais qui s’appelle l’Union. Et dans le même quotidien, 4 jours plus tard, le 17 juin, vous lisez qu’une sénatrice fait un don de machettes et de limes aux populations de Onga. Aux uns les milliards, aux autres les machettes. Le monde est dur, et on comprend que ça donne envie d’aller voir ailleurs. L’Europe a besoin du manganèse, du pétrole, du bois, et de beaucoup d’autres choses. Avec la complicité d’hommes politiques, des sociétés transnationales pillent l’Afrique. Alors, l’évangile la dedans ? Ecoutons Benoit XVI : « Nous devons reconnaître, dit-il, que si l'Europe a exporté vers l'Afrique la foi dans le Christ, elle lui a aussi transmis ses propres vices, notamment la corruption et la violence qui ravagent le continent11. Nous vendons des armes, nous pillons les richesses de cette terre. Nous, Européens, devons admettre notre responsabilité et notre culpabilité.

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Le 13 mai 2005, lors d'une rencontre avec les prêtres du diocèse de Rome, Benoît XVI, après avoir longtemps écouté ses hôtes, n'a répondu qu'à une seule question - et elle concernait l'Afrique.

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Il faut impérativement qu'en direction de ce grand continent qu'est l'Afrique, l'exportation de la foi surpasse celle du vice ». Oui, le gâteau n’est pas très réussi. La levure n’a pas été bien mélangée avec la pâte. Nous avons encore du pain sur la planche, c’est le cas de le dire. Que Dieu lui-même nous donne la force de brasser farine et levure. Et la pâte va finir par monter. Paris, juillet 2011

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Un ticket de métro « Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n'y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance ». 1 Co 1, 26-31 « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t'en confierai beaucoup ». Mt 25, 14-30 Quand j’ai lu ces textes hier, vendredi, je me suis rappelé la longue conversation que nous avions eu quelques jours plus tôt, lors d’un pique nique au Jardin du Luxembourg. Nous nous sommes retrouvés, des amis anciens jécistes africains de passage à Paris et nous avons passé quelques heures ensemble, ici à côté, sous un beau soleil. Il y avait des gabonais, une ougandaise et des camerounais. Je ne sais plus comment la conversation s’est mise à tourner à un moment donné, sur les nouveaux mouvements religieux et sur les nouvelles églises dites « éveillées » qui pullulent partout en Afrique comme ici en région parisienne. Dans ces églises, on chante beaucoup, on crie, on guérit. Les miracles sont monnaie courante. Mes amis anciens jécistes, je les connais pour certains depuis 20 ans et quelques, et je sais de quel milieu ils viennent. Comme dit Saint Paul : « Il n’y a pas beaucoup de gens puissants ou de haute naissance 239


parmi eux ». L’une, pendant ses études secondaires à Kampala, fabriquait de l’alcool de manioc pour gagner un peu d’argent de poche. L’autre habitait « Derrière le Centre Social » à Akébé (Libreville) : rien à voir le 5ème arrondissement de Paris ! Tous ont pris leur vie en main et se sont battus pour vivre debout. Aujourd’hui, ils sont employés de banque, professeur, l’une commence une carrière d’avocat, l’autre travaille à l’UNESCO. On ne peut pas les traiter de « bon à rien » ! Ils n’ont pas attendu que Dieu fasse le travail à leur place. Ils n’ont pas espéré de miracle et pourtant tous s’accordent pour reconnaître dans leur vie la présence aimante du Dieu vivant, sans trop savoir comment l’appeler. L’une d’entre elle nous a donné un exemple qui vaut tous les discours : habitant à Villejuif, il y a une bonne dizaine d’années, elle devait se rendre à Paris pour un entretien d’embauche mais n’avait plus un sou. Quelqu’un lui a donné un carnet de tickets de métro, et elle a pu se rendre à son rendez vous. Elle s’en souvient encore aujourd’hui, elle avait vu dans les tickets de métro offerts, la main de Dieu. Jésus ne disait pas autre chose quand il parlait du verre d’eau. Un ticket de métro, un verre d’eau : tout ceci est à notre portée. Loin des prières bruyantes, loin des miracles tapageurs, dans la modestie dont parle Saint Paul, sachons tenir notre place. Faisons fructifier les dons que nous avons reçus. Un jour Dieu nous dira : « Tu as été fidèle en peu de choses (un ticket de métro !), entre dans la joie de ton maître ». Paris, septembre 2006 240


Un, deux, trois ! « Je suis Yahvé, tendre et miséricordieux » Exode 34, 4-9 La Sainte Trinité A première vue, la fête de la Sainte Trinité, ça fait un peu rébarbatif ! Les jeunes qui sont avec nous ce matin, ne sont d’ailleurs pas venus à cause de la fête de la Sainte Trinité. Ils sont là parce qu’ils se préparent à la 1ère communion. C’est plus intéressant, non ? Et si vous ajoutez à Trinité, la notion de mystère, comme on le faisait dans le temps, où il était question du « mystère » de la sainte Trinité, ça devient encore plus obscur ! Dire qu’en Dieu il y a trois personnes et que ces trois personnes ne font qu’un, ça va contre tout ce qu’on apprend à l’école, je dirai même à l’école maternelle, où 1+1+1 = 3 La tentation alors, c’est peut-être de dire : Dieu nous dépasse, on ne peut pas comprendre, c’est un mystère, et on passe à autre chose... Passer à autre chose, ce serait dommage ! Car il existe une autre façon de nous situer par rapport à Dieu. Au lieu de dire Dieu me dépasse, je peux dire Dieu est tellement grand, je ne le connaîtrais jamais 241


complètement, mais chaque jour je peux le connaître un peu mieux. Regardez Paris, c’est une grande ville. Est-ce que je connais tous les monuments, tous les quartiers, toutes les rues, tous les parcs, non bien sûr, mais justement, je peux toujours faire aujourd’hui, la connaissance de quelque chose que je ne connaissais pas hier. Dimanche dernier, je suis allé aux « Frigos ». Vous connaissez ? Moi non plus, jusqu’à dimanche dernier, je ne connaissais pas, et pourtant je suis à Paris depuis 1991 ! Alors, avec Dieu, c’est un peu pareil. Je peux le connaître un peu mieux chaque jour. Regardez depuis l’Avent jusqu’à aujourd’hui. En décembre dernier, nous avons eu l’Avent, trois semaines de préparation à la fête de Noël. Noël, tout le monde connaît : nous fêtons la naissance de Jésus. Jésus, un homme comme nous qui se présente comme le Fils de Dieu. Dieu s’arrange pour être près de nous, tout près de nous. Il veut que son Fils soit comme nous. Quelqu’un qui pourra nous parler, quelqu’un qui pourra nous expliquer tout ce que nous ne pouvons pas comprendre tout seul. Dieu, on ne le voit pas, ce n’est pas facile de faire sa connaissance. Avec Jésus ça devient possible. Il nous explique. Pas seulement avec des paroles, mais par ses façons de faire.

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Il aurait pu naître, peut-être pas dans un beau quartier, mais au moins dans une maison normale ! Eh bien non, il va naître en dehors du village : il n’y avait plus de place pour eux dans le village. Il va naître chez les bergers. Il aurait pu naître chez le député du coin, ou chez l’évêque. Vous me direz il n’y en avait pas, mais il y avait tout de même un grand prêtre. Après Noël le 25 décembre 2004, nous avons eu, le 27 mars 2005, la fête de Pâques. Vous savez quand Jésus essayait de faire nous faire comprendre par ses paroles et par ses actes, qui nous sommes, d’où nous venons, où nous allons, quand il expliquait qui il était, qui est son Père, il y avait des gens qui ne voulaient pas l’écouter, qui n’acceptaient pas ce qu’il disait. Ils lui en voulaient tellement qu’ils voulaient même le faire mourir et ils ont réussi. Mais son Père a voulu nous montrer que c’est Jésus qui avait raison, et s’il est mort sur la croix le vendredi, le dimanche matin il était vivant à nouveau. Alors, tous les ans, et tous les dimanches, nous fêtons sa résurrection. Nous fêtons le triomphe de la vie sur la mort. Et ce n’est pas fini, dimanche dernier, nous avons eu une autre fête : la fête de la Pentecôte. Jésus vivant, ressuscité, va tout de même quitter cette terre, mais il nous envoie son Esprit, l’Esprit de son Père qui est aussi le sien. Aujourd’hui, son Esprit est avec nous. Et c’est son Esprit qui nous fait comprendre tout ce que Jésus nous a dit. 243


Alors, chaque jour, l’Esprit de Dieu nous éclaire un petit peu plus. Il y a des choses qu’on n’avait pas vues l’année dernière et qu’on voit cette année. Plus on vieillit, plus on avance dans la compréhension de Dieu. On ne peut pas tout comprendre le même jour. Dieu est tellement grand ! Par exemple, moi cette année, (et je ne savais pas que j’allais vous parler aujourd’hui), cette année, j’ai compris un peu mieux la Trinité. J’ai compris un peu mieux comment ça pouvait se faire qu’il y a trois personnes en Dieu. Je connais bien Helga et Francis. Je connais Helga depuis longtemps, depuis 1980. Un jour, il y a deux ou trois ans, elle m’a présenté Francis. Tous les deux vivent ensemble. Et l’année dernière, tout rayonnants, ils m’annoncent qu’ils attendent un enfant. La petite fille est née en octobre. Je les vois souvent. Je vois le bébé grandir. Les premiers jours, un bébé, ça n’a pas l’air de comprendre grand-chose. Un jour, la maman fait de grands sourires devant son enfant, lui parle dans sa langue, et le bébé se met aussi à sourire... C’était la première fois que je la voyais sourire. Quelques minutes plus tard, le papa rentre du travail, lui aussi fait de grands sourires à l’enfant, lui parle, (il faut connaître la langue !) et en retour le bébé se met à sourire à son père. Dans les jours qui ont suivi ce beau spectacle, j’ai pensé que, en Dieu, ça devait être un comme ça. Je connaissais Helga, après j’ai fait la connaissance de Francis, et maintenant les voila à trois. Et le même 244


langage, les mêmes sourires, la même tendresse produisent le même sourire chez le bébé. Voila une petite image de ce qui doit sans doute exister en Dieu. Le même Esprit, le même amour, la même tendresse doivent passer entre le Père et le Fils entre le Fils et le Père. Et c’est cette tendresse la, cet amour, qu’on appelle Esprit. Et la meilleure, c’est que nous sommes pris dans ce mouvement, dans ce mouvement d’amour qui existe en Dieu. Vous avez remarqué dans la première lecture ? Vous avez sûrement oublié... Dieu se présente à Moïse comme un Dieu « tendre », « plein d’amour ». Le petit mot : « tendre », vous l’aviez oublié ? Non ? Alors, vous comprenez Moïse qui dit à Dieu : « Daigne marcher au milieu de nous ». Eh oui, que Dieu marche au milieu de nous. On marche, on va où ? On va vers Dieu. On est en route vers la maison du Père, Jésus nous a montré le chemin, il est à nos cotés, son Esprit nous pousse, comme le vent pousse le voilier. C’est un chemin d’amour, de tendresse. Jésus nous propose une seule chose : aimer. Quand vous entendez « Dieu de tendresse », pensez aux parents dont je vous ai parlé, pensez au bébé qui sourit, et rappelons nous : si Dieu marche avec nous, si nous l’écoutons, sa tendresse fait jaillir en nous la joie. Paris, mai 2005

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Une bonne dose d’optimisme « C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail ». Marc 13,34 1er dimanche de l’Avent Isaïe 63,16-64,2 1ere Corinthiens 1,3-9 Marc 13,33-37 En son temps, avant Jésus, Isaïe s’écriait déjà : « Ah si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! » Et il ajoutait aussitôt : « Voici que tu es descendu ! » Il y a deux mille ans, c’était la naissance de Jésus à Bethléem. Le bébé grandit, le jeune homme devient un homme et il explique à ses compatriotes qu’il vient inaugurer le Royaume de Dieu son Père : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu vers vous ». (Mt 12,28) Et puis, avant de quitter cette terre, Jésus explique longuement qu’il reviendra. Mais il reviendra à l’improviste. Il ne nous donne pas d’indications, ni sur le jour, ni sur l’heure. Il nous demande seulement de ne pas être endormis ! Nous venons de l’entendre, par trois fois, Jésus demande à ses disciples de

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« veiller ». Et il insiste : ce que je vous dis là, je le dis à tous : « veillez ». Ainsi donc, nous n’avons pas le droit de dormir. Le Royaume inauguré par Jésus est appelé à grandir. Vous l’avez peut-être noté : « C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail ». Nous avons reçu tout pouvoir. Notre responsabilité est donc totale. Pas question de ne plus rien faire. Pas question d’attendre passivement le retour du Seigneur. Pas question d’espérer que tout s’arrangera sans nous, par quelque magie céleste. Pas question de s’évader de ce monde sous prétexte de fréquenter Dieu. Jésus veut des hommes éveillés, attentifs à tout ce qui se passe autour d’eux. Nous sommes responsables du monde et de l’Histoire. L’Histoire avec un grand H. Aujourd’hui, je voudrais vous proposer de regarder notre société avec un regard optimiste. Jésus avait bien raison : « Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé, qu’un homme a pris et a semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, lorsqu’il a poussé, il est plus grand que les plantes potagères et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent nicher dans ses branches » Mt 13,31-32

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Eh bien, regardons un peu autour de nous, et nous verrons que les veilleurs sont nombreux. Que le Royaume grandit de jour en jour. Je vais vous donner quelques exemples parmi ceux que j’ai vus ces dernières semaines. Je commence par le plus vieux. Sans vous raconter par le détail ce qui est arrivé à cette jeune femme éthiopienne, sachez qu’elle a à peine 30 ans, et avec sa petite fille d’un an, voila qu’elle se trouve jetée dehors par son compagnon. Dormir dehors avec un enfant, en plein Paris, vous imaginez ! Même si c’était au printemps dernier et qu’il ne faisait pas froid. Dieu merci, cette jeune femme a trouvé des veilleurs sur sa route. Et je vous donne la liste de ces veilleurs : tout d’abord, la Cimade12, par le biais de la Campagne « Ni une ni deux », campagne qui avait pour but de mettre fin à la double violence faite aux femmes étrangères. Il faut savoir que pour les femmes étrangères, les violences ont une incidence sur leur situation administrative. Pour certaines d’entre elles, fuir une situation de violences physiques ou psychologiques est souvent synonyme de clandestinité. Dans le cadre de cette campagne, un autre veilleur : l’association Iewo Aesed13. Continuons l’énumération : nos voisines et sœurs du 41 rue Cimade : Comité Inter-Mouvements Auprès Des Evacués. Voir : http://www.cimade.org/ 13 Organisation Internationale des Femmes Éthiopiennes. http://www.aesed.org/ 12

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Lhomond, et puis un confrère qui téléphone au directeur du Centre d'hébergement et de Réinsertion Sociale du Château de Combreux (AA14). Ce directeur est un vrai veilleur ! Sans oublier une des animatrices de ce Centre, je n’ai pas retenu son nom, mais j’ai admiré la façon dont elle a reçu la mère et l’enfant. Cette jeune femme éthiopienne m’a donné l’occasion de voir que vraiment, les veilleurs sont nombreux. Très nombreux, car il y a encore au moins trois autres personnes que je n’ai pas cité. Ce serait trop long, et je voudrais vous donner d’autres exemples. Retenons simplement que, grâce à une longue chaine de veilleurs, la maman et sa petite fille se sont retrouvées sous un toit, et mieux encore, elles sont entourées de personnes qui veillent sur leur avenir. Plus récemment, il y a 15 jours, un confrère qui se trouve dans le sud de la France m’appelle. Il connait un Sri lankais, qui est ici à Paris et qui est complètement désespéré : par deux fois, sa demande d’asile a été rejetée. La guerre est terminée chez lui, mais il a peur de rentrer, il sait que sa vie est menacée. Je réponds au confrère que je ne vois pas très bien ce que je peux faire ! Il me rétorque : « Tu peux au moins lui remonter le moral ». Cet ami sri lankais s’appelle Gérald … mais il ne parle pas français… et moi je ne parle pas anglais. Il va falloir que je trouve un interprète. Mais je n’en ai pas le temps. Le lendemain, sans prévenir, il est ici. Je vous passe tous les détails pour en arriver à un autre veilleur : à Massy, il y a un foyer de la Cimade. Et le confrère qui m’avait téléphoné a un ami à Massy. Le 14

Fondation d’Auteuil : http://www.fondation-auteuil.org/ 249


hasard ou la providence : cet ami qui habite Massy connait la Cimade, et va s’occuper de tout ! Je n’ai plus de nouvelles de Gérald, je suppose qu’il a été mis en de bonnes mains. Enfin, près de la place d’Italie, au niveau de la paroisse St jean des deux Moulins, il y a une cité d’HLM. Michel habite là. Il est à la retraite aujourd’hui, et veille lui aussi, dans sa cité. Devinez sur qui ? Sur des personnes âgées qui de temps en temps sont un peu distraites et n’arrivent pas à remplir à temps et comme il faut les papiers compliqués mais indispensables pour vivre avec le minimum auquel elles peuvent prétendre quand toute cette paperasse est bien remplie ! J’aurais voulu vous parler aussi des milliers de personnes qui chaque mois se retrouvent dans les quelques 150 cercles de silence. Initiés par les frères franciscains de Toulouse en 2007, les cercles de silence se sont multipliés dans toute la France. Encore autant de veilleurs ! Bref, il y a mille et une façons de veiller. Nous avons tout pouvoir. Celui qui est parti en voyage a fixé à chacun son travail. J’espère vous avoir communiqué une bonne dose d’optimisme : celles et ceux qui sont éveillés, qui travaillent, on les compte par centaines, par milliers. Et un peu partout : rue Lhomond, place d’Italie, à Combreux, à Massy, etc., etc. Nous avons entendu Saint Paul. Il disait aux Corinthiens : « Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à 250


votre sujet ». Eh bien, à notre tour, rendons grâce à Dieu qui nous donne de rencontrer tous ces veilleurs. Et puis, nous aussi, nous avons reçu, comme les Corinthiens, plein de richesses. Celui qui est parti a fixé à chacun son travail, sans oublier de nous donner en même temps les charismes qui nous permettent de réaliser ce travail. Alors, comme le disait toujours le même Saint Paul, aux mêmes Corinthiens : reste à tenir solidement jusqu’au bout ! Mais ce n’est pas pour rien que Jésus nous a laissé son Esprit. Et avec son Esprit, nous ne risquons pas de nous endormir. Paris, novembre 2011

Vivre

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« C’est le Christ qui vit en moi. » Galates 2,20 « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi ». Saint Paul ose écrire cela. Je pense que, peu, parmi nous oserait l’écrire. Nous osons nous dire chrétiens, mais chaque matin, nous commençons par reconnaitre que nous ne le sommes pas complètement. Le vieil homme est encore là, l’homme nouveau prend la place, mais c’est petit à petit ! J’ai eu la chance de participer à plusieurs conseils mondiaux de la JEC. Ce mouvement international, la Jeunesse Etudiante Chrétienne, organise tous les 4 ans un Conseil Mondial. Je dis la chance, car se retrouver durant trois semaines avec 300 étudiants et aumôniers venus du monde entier, c’est l’occasion de découvrir quantité de richesses. Un Conseil Mondial commence par une cérémonie d’ouverture, et chaque fois, nous avions droit à une lettre du pape, ou tout du moins de son bras droit. Je me souviens du cardinal Casaroli qui nous écrivait : « Vous devez être le reflet du Christ pauvre et libérateur des pauvres ». Etre le reflet du Christ, ça parait déjà plus dans nos possibilités ! Saint Paul lui, était plus radical : il ne se contente pas d’être le reflet, il dit carrément : c’est le Christ qui vit en moi.

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Alors, ravivons ce matin l’idéal qui aussi est le notre : laisser le Christ vivre en nous. Pour terminer, je voudrais faire une petite remarque : Saint Paul parle de « vivre ». Et ceci me rappelle l’évangile de Jean, au chapitre 10 verset 10, Jésus s’exclame : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». Vivre… La vie… La vie tout court, pas la vie avec des adjectifs. Nous avons vite fait, nous, d’ajouter des distinctions : la vie active et la vie contemplative, la vie spirituelle… et que sais je encore. Ici, c’est « la vie ». Point. Je crois que c’est Saint Dominique Savio. Il était élève. En récréation, on lui demande : - « Si tu devais mourir dans une heure, que ferais tu ? » - « Je continuerai à jouer ». Puissions-nous tout au long de cette journée, vivre en laissant le Christ vivre en nous. Paris, septembre 2009

Ca débouche sur le paradis !

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« Ce fut la troisième fois que Jésus se manifesta à ses disciples depuis qu’il s’était relevé d’entre les morts ». Jean 21,14 En ce temps pascal, où nous célébrons la résurrection du Christ, il est bon de reprendre un peu conscience de notre propre résurrection. « Que Dieu tout puissant nous fasse miséricorde, qu’il nous pardonne nos péchés et nous conduise à la vie éternelle ». Nous entendons ça tous les jours, et ça finit par ne plus nous toucher beaucoup. Et pourtant, notre vie n’aura pas de fin ! Ceci rejoint tout de même quelque chose de très profond en chacun de nous. Dans les chansons, amour rime avec toujours. Mais il n’y a pas que dans les chansons… Dans la paroisse des Rois Mages, à Libreville, dans les années 70, nous avons créé des petites communautés chrétiennes à taille humaine. Le curé d’une paroisse voisine me demande un jour, sur un ton mi curieux, mi sceptique, « Vos communautés, ça débouche sur quoi ? » Je ne m’attendais pas à cette question, et je me suis surpris à répondre du tac au tac, sans trop réfléchir : « Ca débouche sur le paradis ». « Ca débouche sur le paradis ! ». Le paradis, ce lieu final, lieu de bonheur où tout devrait bien se passer ! Vivre en communauté, en communion avec Dieu et avec les autres, c’est déjà vivre bien, dès aujourd’hui. Que demander d’autre ?

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Si je vous parle des communautés des Rois Mages, c’est que ce matin, nous avons parmi nous René, prêtre à Saint Nazaire, Fernand, spiritain, qui vit aujourd’hui à Wolxheim, et Jean, prêtre à Saumur. Tous les quatre, nous nous sommes connus là bas, aux Rois mages, à Libreville, au début des années 70. Nous sommes restés amis, et nous essayons de nous retrouver tous les ans. Voilà une amitié qui dure. Nous sommes en route, que Dieu nous conduise à la vie éternelle ! Nous souhaitons qu’amour rime avec toujours. Alors, puissions nous être, un peu mieux chaque jour, des témoins de cet amour, pour que ceux qui nous voient comprennent cette bonne nouvelle : avec le Christ, nous pouvons déjà vivre aujourd’hui, en ressuscités, et ce pour les siècles des siècles ! Paris, avril 2004

Vivement le repos éternel !

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« Frères, Dieu a promis de nous faire entrer dans le lieu de son repos, et cette promesse demeure ». Hébreux 4,1 – 5,11 Je suis resté accroché à la première phrase de la première lecture. C’est une bonne parole pour l’ouvrier : « Frères, Dieu a promis de nous faire entrer dans le lieu de son repos, et cette promesse demeure ». Nous savons qu’après avoir travaillé six jours durant, Dieu s’est reposé le 7ème jour. J’ai un ami prêtre à Saint Nazaire, avec qui j’ai travaillé plusieurs années. C’était au Gabon. Quand nous transpirions sur une difficulté, sur un problème, il avait un mot de passe, il s’exclamait : « Vivement le repos éternel ! » Nous ne savons pas grand chose sur le lieu de repos de Dieu, mais nous savons ce que c’est qu’un jour de repos, une période de vacances, un jour de fête. Demain par exemple, nous allons fêter, à la Bourse du travail, les dix ans de Partenia. Nous nous réjouissons car voilà un diocèse qui a existé jusqu’en l’an 484 à peu près, qui a disparu et que Rome a ressuscité il y a dix ans. Même si, sur le terrain, le diocèse se perd dans les sables, beaucoup d’hommes et de femmes, à travers le monde, se sentent heureux et à l’aise dans ce diocèse sans frontières. Donc, demain, nous allons nous réjouir, ce sera la fête !

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Mais, après demain ? Après demain, nous savons que le travail continue. Chacun de nous a ses occupations quotidiennes, ses soucis ordinaires. Depuis six mois, je suis harcelé par un iranien qui n’a plus de travail, ne peut plus payer son loyer, et croit que je vais pouvoir faire des miracles. Il y a deux mois, il s’est retrouvé en Allemagne, je me croyais tranquille. Mardi, il m’a appelé depuis Metz, il m’a appelé cinq ou six fois dans la seule journée de mardi. Lundi dernier, je vais le soir à Roissy. Une personne d’un certain âge arrive de Libreville. Au départ, à Libreville, dans l’avion, une hôtesse lui met entre les mains un enfant de 12 ans. Une situation incroyable : l’enfant n’a que son passeport, aucun autre papier. Il ne sait pas chez qui il va. Un policier l’attend à l’arrivée. Comment faire comprendre à tous ces candidats au départ que la France ce n’est pas forcément le paradis ? Bref, voilà le train-train quotidien. Ce n’est pas toujours exaltant, c’est même parfois fatiguant. Comme le disait lundi, le père Créach, nous sommes dans le temps ordinaire. Nos fêtes ne durent qu’un jour, nos vacances ont toujours une fin. Mais nous savons où nous allons. Dieu a promis de nous faire entrer dans le lieu de son repos. Ne ratons pas l’entrée. Paris, janvier 2005

Conclusion

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Vous avez sans doute remarqué l’une ou l’autre redite. Sans aller jusqu’à radoter, celui qui prononce une homélie peut oublier, et se répéter… Dieu merci, l’auditoire aussi peut oublier ! Sans compter qu’avec les déplacements : Libreville, Paris… : les auditoires changent. Rassemblées ici, ces homélies peuvent donc effectivement comporter quelques redites. Et puis, ne cherchez pas un ordre quelconque. A part les premières (le timbre poste…) et les dernières (vivement le repos éternel !), ce sont les surprises plus ou moins agréables de la vie qui priment et c’est cette vie que le Christ éclaire. Une rangée de peupliers au bord de la route, un ticket de métro, du sang dans nos portables, de bons moments, des coups durs : nous connaissons tout cela, mais disons que tout cela est aléatoire. Alors, pas d’ordre, un peu de fantaisie ! Enfin, la vraie conclusion, nous la trouvons dans Jean 8, 12-20 : Jésus leur parla de nouveau, disant: "Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie."

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Gérard Warenghem, spiritain Comme dans les autres mouvements d’Action Catholique, les jécistes (Jeunesse Etudiante Chrétienne) pratiquent la Révision de vie. Voir, Juger, Agir : cela devient un réflexe. Un événement, une situation ne vous paraissent « pas très catholique », vous prenez le temps de l’examiner avec la Parole de Dieu, avec les évangiles, et vous cherchez ce qui pourrait être fait pour que tout s’arrange ! Pratiquer la Révision de vie quasi quotidiennement, avec des jécistes, et ce durant une vingtaine d’années, comme ce fut mon cas, à Libreville, ça laisse des traces ! Difficile dès lors de lire la bible sans mettre en relation ce que vous lisez avec ce que vous vivez. D’où cette exclamation : ta parole nous éclaire, et nous fait vivre ! Paris, le 23 avril 2012 Gérard Warenghem

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Ta Parole nous éclaire  

Quelques homélies...

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