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DE LA PREMIERE ASSEMBLEE GENERALE du

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frique Bingerville (Côte d’Ivoire) août 1997 1


SOMMAIRE I. Cérémonie d’ouverture 1. Mot d’accueil par Lazare Brou Djekou 2. Discours d’ouverture, par Georgette Ngabolo 3. Homélie de la messe d’ouverture, par le P.G.Warenghem II. Session d’étude 1. Programme 2. Panels a) Vie politique (Gabon, Burkina Faso, Sierra Leone) b) Vie économique (Cameroun, Côte d’Ivoire, Togo) c) Vie ecclésiale (Sénégal, Nigéria, Rwanda, Mali) 3. Compte rendu des immersions 4. Exposé du professeur Dedy Seri (de l’institut d’Ethno-sociologie, Université de Cocody,Abidjan) 5. Exposé du P. Léopold Doué Oula 6. Intervention de Mgr. Agré 7. Compte rendu du travail en commission III. Repos : visite du port autonome d’Abidjan

IV. Session statutaire I. Programme 2. Exposé de la Coordination JEC Panafricaine, par Linus 3. Des organismes avec qui le Réseau pourrait être en contact : a) Le MMTC b) Le MIEC c) Perspectives Nouvelles d) L’ACAT 4. La parole aux anciens jécistes : a) du Cameroun b) du Burkina Faso c) du Togo d) du Mali e) du Sénégal f) de Côte d’Ivoire g) du Nigéria h) du Rwanda i) du Gabon j) de Sierra Leone 5. Projet de programme d’action 6. Projet de charte 7. Déclaration des participants 8. Liste des participants

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- CEREMONIE

D’OUVERTURE -

LE MOT D’ACCUEIL, PAR LAZARE BROU

Mesdames, Messieurs, Chers aînés et amis anciens jécistes Au nom du Comité d'organisation et des Anciens Jécistes de Côte d'Ivoire, je vous remercie d'avoir accepté de donner de votre temps pour cette cérémonie d'ouverture pendant cette période de vacances. Votre présence ici ce matin est bien l'expression de l'intérêt que vous portez au Réseau des Anciens Jécistes d'Afrique (RAJA), à sa création et de votre disponibilité à l'aide à se réaliser. Cette présence renforce la conviction des initiateurs de cette noble idée que ce réseau ne sera pas une autre structure de trop mais bien plutôt un cadre adéquat et complémentaire de réflexion et d'action pour les anciens jécistes de tous âges. Je voudrais particulièrement remercier les amis anciens jécistes venus du Bénin, du Nigéria, de Sierra Leone, du Burkina Faso, du Cameroun, de la France, du Mali, du Sénégal du Togo et du Kenya, pour prendre part à cette rencontre d'Abidjan. Leur présence en terre ivoirienne signifie qu'ils ne veulent pas subir l'avenir mais ils veulent le faire. Cette conviction est telle que je dois vous dire que les amis venus des pays cités et pour certains de la Côte d'Ivoire profonde ont tous payé leurs propres titres de voyage, c'est cela qui traduit la volonté de chacun et de chacune d'entre eux de voir se concrétiser le Réseau des Anciens Jécistes d'Afrique (RAJA). Cette rencontre n'aurait pas été possible sans l'apport moral et financier de personnes et d’institutions qui ont bien voulu soutenir cette initiative. Nos mains restent toujours ouvertes vers eux afin de réserver à nos frères et sœurs un accueil digne de notre pays. Un grand merci au curé de la paroisse de Notre Dame de Treicheville pour ce cadre où nous sommes ce matin. Merci à tous d'être venus pour nous soutenir et nous vous invitons à vous joindre à nous au Centre Sainte Thérèse à Bingerville.

Je vous remercie. Lazare Brou Djekou

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DISCOURS D'OUVERTURE, PAR GEORGETTE NGABOLO.

Monsieur le Curé de Notre Dame Treicheville (représenté par son vicaire, le Père Louis Matcho), Messieurs les Représentants de la coordination panafricaine de la JEC et du MIEC, Chers amis des Mouvements Internationaux (MJC, MIEC...) Messieurs et Mesdames les anciens jécistes d'Afrique, Chers amis de la Fédération Nationale des Mouvements et Associations de Jeunesse et de l'enfance de la Côte d'Ivoire, Messieurs et Mesdames, Responsables des bureaux nationaux, chers amis de la JEC Ivoirienne, Chers invités.

Au nom de toute l'équipe de préparation de cette première Assemblée Générale du Réseau des Anciens Jécistes d'Afrique, autrement dit R.A.J.A, au nom des Anciens Jécistes d'Afrique ici présents, et en mon nom personnel, je vous remercie d'avoir bien voulu honorer de votre présence cette cérémonie d'ouverture. Je vous remercie également d'avoir répondu si nombreux à notre appel. Vous êtes ainsi les premiers à croire avec nous à la création du Réseau des Anciens Jécistes Africains et à permettre sa pérennité. Engagés pendant plusieurs années (durant nos études secondaires et universitaires) au sein de la jeunesse Etudiante Chrétienne, nous avons tous été attentifs à l'appel du Dieu Trinitaire. Nous avons donc accepté d'être témoins du Christ pour faire sa Volonté. Aussi, la pédagogie (voir, juger, agir ou Réflexion - action - réflexion) et la spiritualité de notre mouvement, nous ont elles illuminés et accompagnés dans la vie quotidienne, dans notre foi chrétienne. Aujourd'hui, la vie familiale et professionnelle qui est la nôtre, a, elle aussi, ses propres vicissitudes, ses propres défis, ses propres enjeux. Elle nous amène également à nous interroger sur le sens que peuvent avoir actuellement pour nous, la pédagogie et la spiritualité de la JEC : cette pédagogie et cette spiritualité ne devraient-elles pas demeurer une pratique de vie ? Dans cette perspective, et par rapport à un vécu plus adulte de notre foi chrétienne, je voudrais poser ici deux questions : - d'une part, comment engager, élaborer une réflexion commune face aux défis qui s'imposent actuellement (à quelques années du troisième millénaire) à notre continent et à l'Eglise qui est en Afrique ? - d'autre part, à travers une expérience, un débat, une analyse et une action commune, comment vivre avec les mouvements JEC de ce temps ? La réponse à ce questionnement m'amène à penser qu'il ne s'agit plus aujourd'hui de nous laisser envahir par un "afro-pessimisme", par des craintes et surtout par un découragement permanent. Si, il y a sept ans, nous nous étions laissés submerger par ce pessimisme, croyez-moi, le Réseau des Anciens jécistes d'Afrique n'aurait pas vu le jour et ne serait resté qu'une belle utopie. En effet, pour paraphraser Martin Luther King, je vous dirai simplement ceci : "J'ai fait le rêve qu'un jour des anciens jécistes se regrouperaient au sein d'une structure, vivante et créatrice.

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J'ai fait le rêve que cette structure serait africaine; J'ai fait le rêve que cette structure permettrait aux anciens jécistes d'analyser les défis qui inondent leur continent, qu'elle les aiderait à apporter leur contribution au développement d'une Afrique où la justice et la paix régneront davantage. Enfin, j'ai fait le rêve qu'un jour, ils trouveront au sein de cette même structure un lieu d'approfondissement de leur foi, en répondant toujours mieux au Christ pauvre et libérateur des pauvres. Si ma vie onirique a été envahie , mouvementée par tous ces désirs, je peux à présent penser avec satisfaction et conviction que, se réunir, se rassembler aujourd'hui en Côte d'Ivoire, précisément à Bingerville, n'est plus un vécu onirique, mais une réalité. La présente assemblée qui dure 7 jours a pour thème : « Notre participation dans les différentes structures de l'Eglise et de la société, en vue d'un développement solidaire ». Elle s'articule autour de deux grands moments : Tout d’abord, la session d'étude : elle nous amènera à cerner, depuis 199O, les hommes, les structures, les mécanismes qui luttent contre les injustices, le sous-développement et bien sûr, ce qui contribue à enliser certains pays d'Afrique dans le sous-développement. Elle nous aidera donc à lire les événements (politiques, économiques, sociaux, culturels, religieux) actuels de nos pays, de nos sociétés. En effet, ne dit-on pas habituellement que nous sommes une "génération de sacrifiés" ? - Nos pays traversent de nombreuses turbulences, de nombreuses mutations politiques (guerres civiles, tortures, régimes politiques peu ou pas démocratiques). - Certains pays vivent des systèmes économiques précaires : faible revenu par tête d'habitant, non paiement des salaires, chômage, coût élevé de la vie, dette extérieure trop élevée). - Nos structures sociales sont aussi précaires : précarité des infrastructures sanitaires et sociales ; difficulté de réduire la mortalité infantile, d'enrayer le paludisme, de gérer la pathologie du SIDA... - Nos Eglises locales n'ont-elles rien à faire, lorsqu'on observe la prolifération des sectes, des Eglises parallèles etc.. .? Quelles suites donner au Synode Africain au moment où les conflits se multiplient dans certains pays d'Afrique (ex - Zaïre, R.C.A, Congo, Sierra Leone). Pour les populations, tout ceci laisse penser à des lendemains incertains, effrayants, angoissants. Mais au regard de cette situation, nous, anciens jécistes, que pourrons nous apporter, de nécessaire, capital, de vital dans la vie et la réalité de notre continent ? - Comment les anciens jécistes, au niveau national, participent-ils aux structures qui organisent la société ? Dans certains pays, des structures d'anciens jécistes existent déjà, dans d'autres, elles sont à redynamiser ou à créer. - Comment répondre aux défis actuels, en complémentarité ou en collaboration avec des organismes qui visent le même objectif que nous ? - Comment préciser au plus profond de nos ressources de l'énergie, pour faire face aux défis qui mènent notre continent ? Autrement dit, comment se manifeste notre "afro - réalisme" et même notre "afro - optimisme?" Notre continent est aussi pourvu de multiples richesses : ressources naturelles (minières, forestières, hydrauliques)... ressources humaines (paysans, artisans, intellectuels...),ressources en provenance de la tradition (costumes, religions, rites initiatiques, systèmes de gestion...).

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Il nous revient de mieux les exploiter, de mieux les gérer par une répartition équitable et par un développement durable. C'est donc autour de ces réflexions, avec un temps d'immersion et avec des experts (en théologie et en sociologie) que sera construite notre session d'étude.

Le second volet de notre Assemblée est une session statutaire. Elle nous engagera dans une double perspective : Tout d’abord, nous mèneront une réflexion commune sur la structure de notre réseau : comment faire preuve de discernement, de modération, d'esprit critique pour mettre en place le réseau des anciens jécistes d'Afrique. Le Réseau ne se veut-il pas : - un espace pour dialoguer, s'exprimer, créer, s'enrichir, développer notre Foi, nos relations ? - un espace pour se former, pour se rencontrer autour d'une problématique ? Ensuite, il s'agira d'organiser une réflexion et des pistes d'actions susceptibles de nous orienter dans nos prochaines activités.

Je voudrais terminer mon propos en remerciant tous ceux qui de près ou de loin ont contribué à l'organisation de notre première assemblée, tout particulièrement : - tous les organismes de financement, - l'équipe de préparation de Paris, - le Comité d'organisation Ivoirien (avec Mme Virginie YAO comme Présidente) - l'Association des Jécistes Africains en France, - les Autorités religieuses, politiques et administratives de Côte d'Ivoire. - le Curé de la paroisse Notre Dame de Treicheville (absent pour cause d'hospitalisation), - l'Equipe de coordination panafricaine de la JEC, de RIEC, la JECI. - les religieuses de Bingerville, - tous les anciens jécistes, ici présents, et ceux qui n'ont pas pu assister à cette assemblée, - tous les bureaux nationaux.

Ici, en Côte d'Ivoire, nous allons planter un arbre, "l'arbre d'Afrique". C'est à chacun de nous de l'arroser, de l'entretenir pour que autour du troisième millénaire, il ait beaucoup de fruits. C'est un arbre sur lequel viendront s'abriter les enfants d'Afrique lorsque le désespoir pourrait les envahir. Puisse le Christ nous illuminer au cours de nos travaux afin que notre réseau soit fidèle à notre engagement J.E.C. et à nos objectifs. Je vous remercie. A Notre Dame de Treichville, le 17 août 1997. Georgette Ngabolo

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HOMELIE DE LA MESSE D’OUVERTURE, PAR LE P. GERARD WARENGHEM Tout le monde sait qu’un bébé grandit d’abord neuf mois dans le ventre de sa mère, et au bout de neuf mois, vient le moment de l’accouchement. Depuis décembre 1990, l’idée d’un réseau des anciens jécistes d’Afrique qui a germé dans la tête de l’une d’entre nous (elle prendra la parole tout à l’heure...) a fait son chemin. Nous voilà en août 1997. Et nous commençons la première Assemblée Générale du RAJA, Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique, par une messe. Sept ans de gestation. C’est beaucoup ?... Nous ne sommes pas à l’échelle d’une personne humaine. Nous sommes à l’échelle d’un continent ! Nous allons passer une semaine à Bingerville . Nous allons nous mettre d’accord pour préciser le plus clairement possible les objectifs et la structure du Réseau. Paroissiens de Notre Dame du Perpétuel Secours de Treichville, vous voilà donc associés à la mise au monde du RAJA. Nous avons voulu commencer par une célébration eucharistique, nous avons voulu venir prier avec vous, et nous vous invitons à prier avec nous. Pour orienter notre méditation et notre prière, je voudrais partir de deux constations et des textes du jour. Première constatation : pour la messe d’ouverture, de cette première Assemblée Générale du Réseau des anciens Jécistes d’Afrique, voilà que c’est un « blanc »... qui préside la cérémonie ! Je vous dois quelques explications. Monseigneur Agrée, Monseigneur Dacoury se sont excusés, l’un après l’autre. L’abbé Jean Pierre, curé de la paroisse, qui accompagne les anciens jécistes d’Abidjan, a été victime d’un accident. Il est hospitalisé, l’abbé Louis, son vicaire, se sentant plus à l’aise avec les scouts m’a donc demandé de présider. Ma première réaction a été de refuser. Même si je suis resté vingt ans à Libreville, vous savez qu’un morceau de bois au fond de la rivière ne devient jamais un crocodile... Mais en réfléchissant un peu plus, je me suis dit : au fond, ce qui nous réunit ici, c’est d’abord et avant tout quelqu’un, Jésus Christ. Et avec Jésus Christ, comme le disait Saint Paul, il n’y a plus ni juif ni grec, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre...J’ai alors eu envie d’ajouter, ni noir ni blanc. Il n’y a plus que des hommes habités par le même Esprit. « Laissez vous plutôt remplir par l’Esprit Saint » venons nous d’entendre aujourd’hui. C’est toujours Saint Paul, dans sa lettre aux Ephésiens. Ici, je me permets de poser une question. Nous tous, laissons nous vivre en nous cet Esprit de sagesse, cet Esprit de Dieu ? Quand j’entends chaque jour à la radio ce qui se passe à Brazzaville, comment les partisans d’un hommes peuvent se battre contre les partisans d’un autre, j’imagine en même temps que parmi eux, et dans les deux camps, il doit se trouver bien des chrétiens, et je me demande ce qu’ils font de l’Esprit de Dieu. Ils l’ont mis dans leur poche au lieu de le mettre dans leur cœur... En commençant cette première Assemblée Générale du RAJA, il nous faut donc nous mettre devant le Christ et bien nous dire que, quelles que soient nos couleurs, nos cultures, nos traditions, nos pays, il n’y a qu’un seul Esprit. Il nous faut nous rappeler que nos différences, aux yeux de Dieu sont des richesses. N’en faisons pas des sources de conflits. Deuxième constatation : Les organisateurs de la session, et j’en fais partie, avaient souhaité que les messes d’ouverture et de clôture soient présidées par un évêque...Ca rehausse le niveau ! Quand nous avons su, il y a quelques jours que Monseigneur Dacoury ne pouvait plus être là aujourd’hui, et que Monseigneur Agrée serait en vacances le 23, nous avons été plutôt déçus.

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Mais en réfléchissant un peu plus, je me dis finalement que Dieu ne manque pas d’humour...et nous fait peut-être un petit clin d’œil. Anciens jécistes, nous voulons poursuivre notre engagement, nous voulons prendre notre place dans la société, nous voulons prendre notre place dans l’Eglise. Depuis le concile Vatican II, nous nous répétons tous les jours que l’Eglise, ce n’est pas seulement la hiérarchie, c’est aussi et d’abord le peuple de Dieu. La hiérarchie est à son service. Depuis le Synode Africain, nous répétons que l’Eglise c’est une famille. Alors cessons d’attendre tout des évêques. Soyons l’Eglise, soyons des baptisés, des membres à part entière, des hommes et des femmes responsables, habités par l’Esprit. Pour terminer, j’ajouterai que prendre sa place dans la société, prendre sa place dans l’Eglise, ce n’est pas chose facile. Le Christ nous avertit : il faut porter sa croix...Le disciple n’est pas au-dessus du maître. Mais prendre sa place ne veut pas dire compter seulement sur ses propres forces. L’évangile d’aujourd’hui nous le rappelle. Il est le pain vivant. Il est notre nourriture, il est notre force. Il est avec nous. P.Gérard Warenghem

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La messe, le 15 août à Notre Dame de Treichville (Abidjan)

Cérémonie

d’ouverture

Le mot d’accueil par Lazare Brou Djekou et le discours d’ouverture par Georgette ngabolo

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- SESSION D’ETUDE Thème : Anciens jécistes, notre participation dans les différentes structures de l’Eglise et de la société en vue d’un développement solidaire.

PROGRAMME Dimanche 17 août Le matin : Eucharistie - Ouverture (en costume traditionnel !) - Introduction à la Session 15h. : Panels : chaque pays présente une réalité politique, économique ou ecclésiale, en montrant comment les citoyens sont plus ou moins acteur de développement, en relevant également les limites de leurs actions.( Ne pas oublier d’apporter des documents, cartes, photos, objets d’art, etc... en vue d’une exposition permanente) I. Aspect politique (Gabon, Burkina, Sierra Leone ?) 2. Aspect économique : (Cameroun, Côte d’Ivoire, Sierra Leone ?) 3. Aspect ecclésial (Sénégal, Rwanda, Burundi, Nigeria) 20h.30 : Veillée animée par le Gabon (17 août : fête nationale de ce pays)

Lundi 18 août : Journée d’immersion, par groupe (de 8h. à 19h.) Au niveau ecclésial : GROUPE 1 : Visite d’une communauté chrétienne ; visite du Service de Promotion Humaine (S.P.H.) GROUPE 2 : Visite de l’INADES : l’Eglise et le développement économique et social Au niveau politique: GROUPE 3 : Rencontre de la Ligue Ivoirienne des Droits de l’homme Visite du GERDES (Groupe d’études et de recherches...) Rencontre avec des syndicats : UGTCI et Fédération des Syndicats libres de Côte d’Ivoire Au niveau économique et social : GROUPE 4 : Le rôle de la femme ivoirienne dans le développement économique et social de la Côte d’Ivoire : rencontre avec des coopératives de femmes ; rencontre avec des femmes commerçantes.

Mardi 19 août : La matinée : Compte-rendu des immersions. Intervention du sociologue : quelles analyses à la suite des faits rapportés ? Comment situer ces faits dans les mutations de la société ivoirienne, africaine ? 15h : Intervention du théologien : comment la Parole de Dieu nous éclaire sur ces situations ? Comment Dieu nous invite à nous engager à agir sur ces situations ? 16h.15 à 18h. : travail en carrefour sur le thème de la Session d’étude 20h.30 : Mise en commun du travail en carrefour. __________________________________

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1. Introduction à la session par Lazare Animako Kabran Chers amis(es) Nous sommes invités pendant ces quelques jours à réfléchir sur les défis que connaît l'Afrique aujourd'hui et plus encore à trouver des réponses concrètes à apporter à ces situations que nous analyserons ensemble. Qu'il me soit permis avant toute chose, de faire un survol assez rapide et sommaire de quelques défis qui me paraissent les plus importants. J'ai conscience que cet exposé sera assez limité car je ne suis pas un spécialiste des questions internationales. Mon expérience et la lecture que je fais de cette vie internationale m'aideront dans cette réflexion. Vous me pardonnerez donc mes imperfections. Je ferai une large part dans cet exposé préliminaire au sens de notre rassemblement.

CONSTATS J'adopterai une approche en quatre points en partant d'une appréciation du contexte international pour aboutir à ses traductions sur le continent africain : A) Au niveau politique • Sur le plan international La fin des années 80 marquée par la rupture du mur de Berlin a remodelé les relations internationales qui étaient basées sur l'antagonisme entre les deux blocs. Le monde s'est mis à rêver de paix et de stabilité, car à la période tumultueuse précédente de l'humanité succédait une nouvelle ère, celle des droits de l'homme, de l'économie de marché, de la démocratie, de la sécurité collective. Toutes ces valeurs libérales à vocation universelle ont créé la grande illusion que nous avancions vers un monde plus libre et plus prospère. Cette période fut aussi celle de la tenue des grands sommets mondiaux (Droit de l'homme, population développement social, habitat, environnement..). La question de la restructuration des Nations-Unies avec l'élargissement du conseil de sécurité à d'autres Etats est clairement posée. Pour l'Afrique La volonté de liberté des peuples d'Afrique longtemps maintenus dans les geôles des partis uniques a été de profiter de ce climat pour s'affranchir des régimes dictatoriaux. Ils ont tenté de s'organiser pour conquérir plus de liberté. Ainsi ça et là se sont créés ou sont sortis de la clandestinité des partis politiques, des syndicats, des associations de la société civile d'un type nouveau. Les pouvoirs publics ont du faire face à ces nouveaux acteurs et ont du pour certains bon gré mal gré accepté d'organiser des élections mettant enjeu plusieurs composantes de la société . Je m'arrêterai là car vous connaissez la suite. B) Au niveau économique • Sur le plan international La fin de la guerre froide a consacré l'économie de marché comme le seul système capable de créer de la croissance et à même de conduire les peuples vers plus de prospérité. L'axe 11


principal de la nouvelle donne économique est le désengagement de l'Etat qui induit corrélativement la réhabilitation de l'individu, de l'entreprise et du marché. La nouvelle politique économique ne vise plus à stimuler la demande et la consommation en accroissant les dépenses publiques selon le new Deal des années 1930. La mondialisation de l'économie va accroître de façon vertigineuse les relations entre les différents endroits de la terre. Cette situation sera facilitée par les moyens de communication modernes. Les frontières entre les Etats tendent aujourd'hui à « disparaître » pour laisser la place à un grand espace sans règles ou tout au moins au profit des plus grands et des plus malins. Les Etats du nord s'associent dans de vastes ensembles pour mieux contrôler le marché mondial : ALENA, ASEAN, Union européenne... La dérégulation du commerce mondial qui en résulte crée un déséquilibre au profit des plus grands pôles économiques de la terre. L'organisation mondiale du commerce née des accords de Marrakech n'est qu'à ses débuts mais tout laisse croire qu'elle ne pourra rien pour assurer des échanges commerciaux plus équitables au plan international. •Pour l’Afrique La plupart des Etats du continent dont les économies étaient au bord de la faillite ont été mis sous contrôle strict des institutions internationales (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International..) et ont du se résoudre à adopter les fameux programmes d'ajustement structurels dont nous connaissons tous, les effets. J'en citerai quelques uns ; réduction des salaires, diminution des effectifs de la fonction publique, diminution drastique des crédits accordés au fonctionnement des structures éducatives et sanitaires. Le clou de tout ceci ayant été la dévaluation du F CFA pour les pays d'Afrique francophone appartenant aux deux zones. La pauvreté et la grande misère ont dès lors trouvé droit de cité en décimant des populations entières et en modifiant les rapports sociaux. C) au plan social et culturel • Sur le plan international Les progrès techniques ont consacré la suprématie et le règne «des autoroutes de l'information » symbolisés par le développement du numérique et de l'informatique. La rapidité de l'image et du son tendent de plus en plus à créer « des vérités uniques » et à imposer les seules références de ceux qui contrôlent ces moyens. Un modèle culturel unique semble s'imposer. Pour contrecarrer cette tendance l'on assiste à la résurgence des nationalismes avec comme conséquence, les guerres nées de la volonté d'affirmation des identités particulières qui prennent plusieurs formes. C'est le moment aussi où apparaît la grande pandémie de la fin de ce siècle : le SIDA. • Au niveau de l'Afrique Si l'histoire du continent a été marquée par la libération de Mandela et la fin du régime de l'apartheid, ainsi que par la conclusion des accords de paix au Mozambique et en Angola force est de constater l'apparition des conflits d'un type nouveau en Somalie, au Libéria, en Sierra Leone, dans l'ex. Zaïre, au Congo Brazzaville, en Algérie, au Rwanda......Le flot de réfugiés qui résultent de ces conflits a fait inscrire l'Afrique au premier rang des continents connaissant le plus grand nombre de déplacés. Quant au SIDA, il semble trouver en notre continent une terre de prédilection pour accomplir son œuvre destructive. La démographie galopante et l'urbanisation posent de sérieux problèmes aux grandes métropoles africaines 12


(violence, drogue, environnement, scolarisation, prostitution, transport, chômage, sectes religieuses......) D) Au plan Ecclésial • Le plan international Des nouveaux mouvements religieux prennent de plus en plus d'importance avec une expression de la foi basée sur la prière et la contemplation. Le pape Jean-Paul II lors de ses nombreux voyages prend publiquement position sur des problèmes de société et invite les laïcs à jouer un rôle de premier plan dans leurs sociétés. C'est aussi la période des grands synodes régionaux : Afrique, Amérique, Europe, Proche et Moyen Orient... La «sécularisation» gagne de plus en plus les sociétés du Nord alors que les Eglises fondamentalistes gagnent du terrain dans les Amériques. • En Afrique Certes nos Eglises continuent de se remplir chaque dimanche mais il se pose la question de savoir comment les chrétiens ont une prise réelle sur l'environnement dans lequel ils vivent. Les conférences nationales organisées à l'occasion du passage des régimes de parti unique vers le pluralisme politique ont consacré un rôle de médiateur aux Eglises en nommant des évêques pour diriger ces grandes messes laïques. Des conflits de tout genre continuent de miner l'Afrique sans que l'Eglise soit encore parvenue à trouver une voie originale pour répondre à ces défis.

NOTRE REPONSE ET LE SENS DE NOTRE RASSEMBLEMENT Comme je l'indiquais plus haut, nous sommes ici pour chercher les voies et moyens devant nous permettre de répondre de façon positive à ces situations que connaît notre continent. Nous devons surtout éviter des discours rhétoriques. Il s'agira pour nous de voir comment développer plus d'engagement et de participation pour répondre à cet autre appel : « J'avais faim et vous m'avez donné à manger, j'étais nu et vous m'avez vêtu... ». Notre foi de baptisé nous commande de ne pas rester inactif là où des situations d'injustice sévissent, là où l'exclusion et la pauvreté s'érigent en règle de vie.... Attention il ne s'agira pas d'agir seul ; dans la société civile, des structures existent déjà. Voyons au terme de nos travaux comment mieux les intégrer ou leur donner un nouveau dynamisme afin qu'elles soient au service de l'immense majorité de nos peuples. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'invitation que nous avons adressée à d'autres organisations pour participer à cette session. C'est pourquoi nous ferons notre immersion dans différentes structures qui s'occupent des questions de développement. Notre session sera précédée de la présentation de panels sur les réalités de vos pays. Deux personnes ressources interviendront pour nous aider à saisir les enjeux liées à nos présentations ensuite nous aurons des travaux en carrefour, qui nous permettront de dégager notre plan d'action pour le futur. Puisse chacun mettre du sien pour que cette première session soit une réussite, je vous remercie.

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2. PANELS a) Quelle est la situation politique dans votre pays (depuis 1990) a) qui sont les véritables animateurs de la vie politique de votre pays ? En fonction de quels objectifs opèrent-ils leurs choix ? b) comment les grands choix politiques affectent-ils la société (la majorité de la population) ? c) - Quelles sont les analyses faites par l’Eglise sur cette situation ? - Comment les laïcs participent-ils à ces réflexions ? - Quelles sont les actions qui ont été réalisées par l’Eglise (y compris les laïcs) pour répondre à ces situations ? - Comment les anciens jécistes de votre pays, de façon individuelle ou collective participentils à une prise de parole, en lien avec l’ensemble de l’Eglise, et/ou avec d’autres organismes (syndicats, mouvements, associations, groupes de pression...) sur la situation politique ? Ces questions avaient été posées aux participants venus du Gabon, du Burkina Faso, et de la Sierra Leone.

En ce qui concerne le Gabon : Quelle est la situation politique dans votre pays ( depuis 1990) ? La fin des années 80 et le début des années 90 ont été pour le GABON des périodes particulièrement mouvementées. Les revendications des étudiants de décembre S9 ont abouti à la grève du 17 janvier 1990, laquelle grève a entraîné des revendications sociales en cascade. Du 23 mars au 8 avril une conférence nationale non souveraine est organisée, conférence à l'issue de laquelle le pays va renouer avec le multipartisme. Depuis 1990 donc, le pays vit une ouverture multipartite qui a conduit aux élections pluralistes de 1990 puis celles de 1993. En 1994, la contestation des résultats des élections présidentielles va faire passer le pays au bord de la guerre civile. L'opposition regroupée au sein du Haut Conseil de la Résistance, puis "Haute Comédie dans la République" va-créer un Gouvernement parallèle. La réaction du pouvoir en place va être très vive et des innocents vont payer de leurs vies. En 1995, la paix des braves va être prônée et cela va conduire aux accords de Paris qui eux conduiront aux élections générales de 1996 qui vont d'ailleurs voir le pouvoir en place conforter sa position . Ajoutons que depuis lors, la loi fondamentale du pays a été revue 4 fois de suite, la dernière modification en date, étant celle qui crée le poste de Vice-Président de la République, poste aujourd'hui occupé par un opposant. La situation politique du pays n'est donc pas une situation en rosé, elle est nuageuse, elle est floue, tant les acteurs de cette situation ne jouent pas franc jeu. Les acteurs de cette situation politique, qui sont-ils ? La situation politique du pays est animée par les partis politiques, les syndicats, les élus locaux, le Président de la République. Pour tous ces animateurs de la vie politique, l'objectif semble être le même, c'est la course au pouvoir, la politique étant dans notre pays aujourd'hui la fonction qui paie le mieux.

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Notons tout de même que dans ce flou, quelques raisons d'espérer pointent à l'horizon. La redoutable Garde Présidentielle a changé de statut pour devenir Garde Républicaine, parmi les hommes politiques, certains semblent attentifs aux problèmes de la population; on a assisté dans le même temps à la naissance des radios libres, les élections sont désormais organisées par une Commission Nationale Electorale (CNE) où tous les acteurs sont représentés. On a un Conseil National de la Communication (CNC), un Conseil Économique et Social (CES), un Parlement qui sont des institutions pour soutenir le mouvement démocratique qui continue son balbutiement. Et la grande majorité de la population, comment les choix politiques l'affecte t-elle ? La majorité de la population manifeste comme un ras le bol, au point que l'apparente sérénité affichée aujourd'hui par la population semble être un calme annonçant la tempête, car la grande majorité de la population gabonaise aujourd'hui vit dans la misère, les 3/4 des habitants sont des indigents vivant en dessous du seuil de pauvreté. La situation politique décrite plus haut est venue faire naître d'autres façons d'être, par exemple , l'individualisme, la corruption qui a atteint un niveau très élevé, mais surtout un "laisser-aller", une démission générale dans toutes les administrations. Cette attitude entraîne aujourd'hui que chacun veuille se mettre à la place qui n'est pas la sienne. A côté du désintérêt que nous avons souligné, notons également le climat de suspicion grandissant qui est aujourd’hui vécu au GABON. Tout le monde soupçonne tout le monde. Pour nous résumer, la population gabonaise est une population désespérée, insatisfaite, car les hommes politiques n'écoutent cette population que lors des campagnes électorales. Voilà pourquoi, cette même population lors de ces campagnes demande pratiquement tout et sans pudeur. Il faut également souligner que la population est au courant et à l'écoute des événements politiques du pays. Elle est très informée. L'Église n'est pas pour une fois restée en marge de la réflexion sur la politique. Les analyses faites par l'Église sur cette situation sont contenues dans PAROLES D'EGLISE n° 2.3 et 4. Publications de la Conférence Épiscopale du GABON. Notons que l'Église Protestante pour ce qui la concerne vivait en ce moment même son déchirement, donc ne pouvait pas initier une réflexion sur la crise politique du pays. Les laïcs jouent certainement leur rôle mais de manière isolée, car ils ne peuvent pas engager l'Eglise. Le point de vue Chrétien ne transparaît que dans chacune de leur prise de position individuelle. Il en est de même pour les anciens Jécistes qui agissent de façon individuelle dans les organismes dans lesquels ils militent : syndicats, mouvements, associations, partis politiques. Il faut noter que l'Église Catholique du GABON fait une analyse prudente de la situation politique , elle ne prend pas position contrairement aux Eglises comme celle du CAMEROUN par exemple ou celle du ZAÏRE. La participation des anciens Jécistes à la réflexion n'est pas en lien avec l'ensemble de l'Église comme nous l'avons déjà dit plus haut. Les mouvements d'action catholique quant à eux, se mobilisent pour réfléchir sur la situation politique. La JEC a organisé pendant une semaine à Lambaréné une session de formation de ses militants sur le thème : " Démocratie et Responsabilité ". Les Cœurs Vaillants et les Ames Vaillantes de leur côté ont réfléchi sur la participation des enfants au mouvement en lien avec l'appartenance politique des parents. On note donc ici une volonté des responsables des mouvements de s'arrimer à la nouvelle donne, il reste à espérer que les voix autorisées en tiennent compte.

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En ce qui concerne le Burkina Faso : 374 000 km2 10 millions d’âmes Plus de 20 partis politiques Aspect politique a) animateurs de la vie politique - le président et son gouvernement - les deux parlements ( l’Assemblée nationale et la 2e chambre des représentants) - la cour suprême à travers sa chambre constitutionnelle - les institutions de régulation qui sont : *le conseil économique et social *la médiature du Faso *le conseil supérieur de l’information *la commission nationale de la décentralisation *la direction du CDP (Congrès pour la Démocratie et le Progrès), parti majoritaire *dans une moindre mesure les partis de l’opposition *des lobbies tels que les opérateurs économiques, la communauté musulmane, interviennent de façon significative dans l’animation de la vie politique. *quelque fois, la société civile à travers certains regroupements d’associations ex : collectif indépendant pour les élections. Les choix politiques sont opérés, officiellement en fonction des besoins de la population et des moyens réels du pays, mais en réalité, en fonction des options et orientations politique du parti majoritaire. C’est de bonne guerre ! b) Effets des grands choix politiques sur la société : la population étant en majorité analphabète et ignorante de ses droits et devoirs, les dirigeants opèrent leurs choix sans tenir compte toujours des préoccupations essentielles. Il n’y a donc pas d’effets particuliers des grands choix sur la société sauf dans quelques cas de choix populaires comme ceux relatifs à l’agriculture ou à l’alphabétisation/ c) Analyses faites par l’Eglise sur cette situation Lors de leur première session annuelle de 1997, les évêques ont rédigé une déclaration sur la situation politique et ce, le 28 février. Elle a été lue dans toutes les églises le 9 mars 1997. Ce document intitulé : « Sauvegarder et consolider la paix sociale », relève les grandes analyses suivantes : - Les pasteurs situent d’abord leur message en rappelant qu’ils interviennent à une année charnière (1997) qui voit la fin de la 1ère législature de la 4ème république, et le début de la seconde législature, avant de rappeler ceci : « l’Eglise, en raison de sa charge et de sa compétence, ne se confond en aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique (Gaudium et spes, n°75). L’objectif donc du message n’est pas une implication politique mais un désir d’humaniser la société. - En considérant ce qui se passe dans le monde et en voyant que le Burkina vient de faire l’expérience démocratique, les pasteurs louent cette situation mais rappellent ce qu’ils disaient déjà dans leur message de 1991 : « Servir l’homme et la société » : si l’état de droit suscite de grands espoirs, il demeure cependant un terrain mouvant car la démocratie n’est jamais acquise pour de bon ; elle suppose, pour être vraie et authentique , « la maturité humaine et de nombreuses vertus. »

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- Les pasteurs dénoncent par la suite, tour à tour : l’extrême pauvreté du grand nombre qui jure avec l’abondance des biens d’une classe privilégiée ; les grands maux qui fleurissent dans ce contexte : la corruption, le mensonge, et même une certaine gabegie. En considérant tout cela, les évêques souhaitent les évêques souhaitent que la raison et le bon sens prévalent et que la recherche de vrai bien commun « qui donne à la communauté politique sa pleine justification et sa signification » soit la seule règle de conduite pour tous. Comment les laïcs participent-ils à ces réflexions ? Par les responsables des différents conseils de laïcs (CPL, CDL, CNL), par la première Conférence Nationale des fidèles laïcs (1992), par les représentants des laïcs catholiques à la 2ème chambre (rapporteur général), par les mouvements et associations d’apostolat des laïcs en collaboration avec d’autres organisations (Collectif pour l’observation indépendante des élections (vice-présidence), comité de médiation, etc... Tout cela a permis des actions et prises de position en adéquation avec le message d’amour du prochain cher à notre Dieu. Participation des anciens jécistes à la prise de parole en lien avec l’Eglise et/ou d’autres organismes dans le débat politique - Le MOVAC, fils de l’Amicale des anciens jécistes a été choisi pour présider la première Conférence Nationale des laïcs, avec le thème : « Vous aussi, allez à ma vigne ». - Un ancien jéciste a été désigné pour faire partie des dix délégués de mouvements et d’associations lors du Forum National de réconciliation. - Des anciens jécistes, de par leur dynamisme participent au débat politique et même s’ils le font à titre individuel, le fait pour eux d’être restés dans l’actif de l’apostolat des laïcs influence positivement leur prise de position. Ainsi, on a plusieurs anciens jécistes qui sont actuellement au gouvernement et au parlement (Clément Sawadogo, député, ici présent est un exemple).

Conclusion La situation politique au Burkina Faso est caractérisée par : - une tendance générale sincère de toutes les couches sociales à réaliser et à approfondir la démocratie - des querelles entre les animateurs de la vie politique qui ne favorisent pas nécessairement les choses - des débats animés et contradictoires à l’Assemblée, ce qui est un aspect nécessaire à la démocratie - - une société civile de plus en plus impliquée dans la recherche de solutions viables et populaires ayant des enjeux graves dans la vie des citoyens L’espoir d’une meilleure situation est permis, mais il ne demeure qu’un espoir.

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En ce qui concerne la Sierra Leone : En 1990, la Sierra Leone est devenue un état à parti unique. Les acteurs politiques en étaient : 1. Les politiciens du nord et de la région du Limba ont joué un rôle prédominant. Les membres du parti du Congrès du Peuple sont tous des ressortissants du nord, et le chef de

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l’état est du Limba. En effet, l’Association de Limba Akutay est devenue même plus influente que le parlement. 2. Les hommes d’affaires : ils accordent un soutien important aux politiciens. La corruption est pratiquée sous forme de cadeaux. Une telle situation règne depuis longtemps : les hommes d’affaires ne paient pas les impôts. Le trafic des marchandises de toutes sortes ont enrichi cette catégorie de la population sierra leonaise. Les hommes d’affaires sont devenus tellement puissants qu’ils payent les salaires des politiciens choisis. 3. Les officiers de police : ils sont autorisés à refuser toute manifestation sociale. L’inspecteur général de la police lui même est membre du parlement. Mais la police est aussi corrompue. Le trafic d’influence est devenu populaire chez eux et ils participent pleinement dans le trafic des marchandises, des actes criminels, violation des droits de l’homme... 4. Les militaires : les forces armées sont bien politisées. L’institution militaire ethniquement polarisée. Le chef de l’état est un officier militaire. Son élection au pouvoir en 1985 encourage la participation active des forces armées dans la vie politique du pays. 5. Les élites politiques : les politiciens au gouvernement sont aussi impliqués dans la corruption. Le budget national est utilisé pour faire plaisir aux amis et proches. Le clientélisme politique est institutionnalisé. Les agents de douane se sont enrichis grâce au trafic de marchandises et de drogue. Cette dynamique est nécessaire pour garantir la survie du régime. 6. Les délinquants : les jeunes en échec scolaire sont impliqués dans le trafic de drogue et ils sont aussi drogués. Les politiciens les manipulent à leurs propres fins. 7. Les chefs religieux : les leaders religieux, chrétiens et musulmans ont un pouvoir moral et politique sur la population. Ils sont souvent protégés par les politiques qui les manipulent à leurs propres fins. Certains d’entre eux sont impliqués dans les affaires et se sont enrichis matériellement. Auprès de la population, ils insistent sur l’obéissance aux leaders politiques. 8. Les syndicats : les organisations de travailleurs telles que l’Union des Enseignants et le Congrés du Parti des travailleurs Sierra Leone ont adhéré au Parlement. Depuis lors, ils jouent des rôles politiques et non sociaux comme prévu dans leurs objectifs à l’origine. 9. Le système judiciaire : il est polarisé et tribalisé. Les lois sont faites pour garantir la continuité du gouvernement. 10. La population civile : profondément appauvrie, elle reste passive. La majorité est analphabète, donc pratiquement marginalisée. Le système politique et la pratique du clientélisme ont miné le tissu social de la société. La société civile est donc polarisée à base ethnique, régionale et fractions politiques. La majorité des sierra leonais est pratiquement marginalisée. La situation de pauvreté, de frustration a conduit à la création de mouvements de rebelles, à l’organisation d’activités criminelles, à la prostitution. Les jeunes chômeurs constituent des groupes armés, des milices. La situation actuelle est le résultat d’une mauvaise gestion, du parti unique et de la corruption. L’Eglise ne joue pas bien son rôle pour remédier à la situation. Nous pouvons penser que l’Eglise elle-même a contribué à la dégénérescence des conditions sociales et politiques en Sierra Leone. Malgré le fait que la majorité des décideurs sont des chrétiens, ils n’ont pas aidé à sauver le pays. Les anciens jécistes et autres groupes sociaux tels que l’Union des Etudiants, le Réseau des mouvements pour la justice, organisations féminines, et de journalistes luttent par des campagnes de sensibilisation et l’éducation aux droits de l’homme. Sur la pression de groupes sociaux, de rebelles armés, le gouvernement a accepté d’introduire le multipartisme en Sierra Leone. Alors qu’en 1991, le gouvernement fut forcé d’accepter l’introduction du système multipartiste, après 13 ans de parti unique, beaucoup de manifestations et de grèves furent

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organisées avant que le gouvernement n’accepte.. Et on ne peut pas dire que le gouvernement s’est impliqué dans une politique multipartiste. En avril 1992, un coup d’état militaire a ramené le pays sous le pouvoir des forces armées. Cette participation directe des militaires dans la politique n’a pas facilité une transition démocratique. Les acteurs principaux continuent d’être l’armée et les conflits et la corruption continuent. La Commission nationale pour la démocratie avait pris l’initiative d’organiser les ateliers de formation à la vie politique, campagnes de sensibilisation en faveur du multipartisme démocratique afin de reconstruire le système politique. Les élections organisées ensuite ont amené au pouvoir le « Sierra Leone Peoples Parthy ». Mais les élections n’ont pas changé grand chose. Les acteurs politiques anciens ont retrouvé leurs positions. Malgré les efforts, la situation économique, sociale n’a pas évolué. Par contre le budget de la défense a augmenté de 35% du budget national. _________________________

b) Quelle est la situation économique dans votre pays (depuis 1990) a) Qui sont les véritables animateurs de la vie économique de votre pays ? En fonction de quels objectifs opèrent-ils leurs choix ? b) Comment les grands choix économiques affectent-ils la société (la majorité de la population) ? c) - Quelles sont les analyses faites par l’Eglise sur cette situation ? - Comment les laïcs participent-ils à ces réflexions ? - Quelles sont les actions qui ont été réalisées par l’Eglise (y compris les laïcs) pour répondre à ces situations ? - Comment les anciens jécistes de votre pays, de façon individuelle ou collective participentils à une prise de parole, en lien avec l’ensemble de l’Eglise, et/ou avec d’autres organismes (syndicats, mouvements, associations, groupes de pression...) sur la situation économique ? Ces questions avaient été posées aux participants venus du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Togo et de la Sierra Leone

En ce qui concerne le Cameroun : La présentation de la situation économique du Cameroun qui suit est le fruit d’une réflexion du Cercle de vie AMAJEC de Yaoundé. Elle s’articule autour des axes contenus dans le document préparatoire. I. Les animateurs de la vie économique La vie économique au Cameroun est animée depuis les années 90 par les grands groupes d’acteurs suivants, classés par voie d’importance : - les institutions de Bretton Words que sont la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International, ainsi que les grandes puissances qui pilotent avec en première place les Etats Unis. - les forces de l’argent, ceux qui détiennent les capitaux, notamment les multinationales et autres grands groupes internationaux avec leurs bases hors d’Afrique. A ceux là on peut ajouter les riches du pays, qu’ils soient de la sphère politique ou des affaires.

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-l’Etat qui joue un rôle de plus en plus marginal face au processus de libéralisation et de mondialisation de l’économie dans lequel il s’est embarqué de force. - les groupes de pression qui sont politiques, mystico-religieux, économiques. - la société civile qui essaye de s’affirmer de plus en plus et dans laquelle on inclut l’Eglise et les médias - les masses populaires qui subissent plus en termes de sacrifices et de conséquences inhérentes à tous ces choix. II. Les conséquences des choix économiques sur les populations Les différents choix imposés par la Banque Mondiale et le FMI (devenu Fond de Misère Internationale) et mis en œuvre par l’Etat Camerounais ont des conséquences très négatives sur les populations. Un certain nombre d’éléments caractérisent donc la vie des populations aujourd’hui. - A cause des programmes d’ajustement structurel (PAS), (devenus Programmes Accélérés vers le Suicide), l’Etat a réduit de près de 70% les salaires du personnel de la fonction publique. Il a également procédé au dégraissement des effectifs réduisant ainsi beaucoup de camerounais au chômage. Dans la même logique, l’Etat ne recrute plus, ce qui oblige la majorité des jeunes diplômés au chômage. - La mauvaise gestion, notamment par l’octroi des crédits politiques et fantaisistes, a entraîné la faillite du système bancaire par la fermeture et la liquidation de plusieurs banques, la Cameroun Baux, la Banque Camerounaise de Développement, la BIAO Cameroun, la Meridien BIAO, le Crédit Agricole. La conséquence a été la mise au chômage de plusieurs personnes et le blocage des épargnes de plusieurs camerounais. - Dans le secteur privé, plusieurs sociétés relevant du porte feuille de l’Etat ont été fermées, privatisées ou liquidées. A cause de la crise économique, d’autres sociétés à capitaux purement privés ont du compresser leurs effectifs lorsqu’elles n’ont pas simplement fermé. La principale résultante a été la mise en chômage de nombreux camerounais. - En milieu rural, les cultures de rente (cacao, café, coton... etc.) qui étaient la principale source de revenus des paysans ont vu leurs prix chuter au niveau international, ce qui a diminué également de façon drastique leurs moyens financiers. Bien que ces prix aient connu un relèvement depuis la dévaluation du F.CFA, cela ne profite pas beaucoup aux paysans très peu organisés dans un contexte de libéralisation de ces filières où les plus forts, acheteurs et exportateurs, règnent en maîtres. Tout cela est aggravé par le désengagement de l’Etat de l’appui à l’agriculture. On est ainsi passé très rapidement et sans préparation du tout Etat ou Etat providence au non - Etat. Cette situation a amené le peuple à se mobiliser et à s’organiser pour survivre. III. Les stratégies mises en place par les populations pour faire face à ces conséquences. Il y a quelques années, les salariés vivaient presqu’exclusivement de leur salaire. Aujourd’hui, beaucoup, sinon presque tous sont obligés de développer des activités parallèles pour arrondir les fins du mois. C’est ainsi que certains s’investissent dans l’agriculture pour produire leur nourriture et vendre parfois le surplus, et d’autres dans le secteur informel ou économie populaire, transport clandestin, création de cabines téléphoniques ou Business center. Une certaine catégorie qui choisit la facilité n’hésite pas à monnayer ses services. - Beaucoup de licenciés de la fonction publique avec les indemnités reçues, et l’aide du Fond national de l’emploi pour certains, arrivent à se reconvertir dans le secteur informel et l’agriculture et/ou l’élevage (tout comme les licenciés ou compressés des sociétés privées). - Les populations créent de plus en plus des systèmes parallèles d’épargne et/ou de crédit par rapport au système bancaire classique. C’est ainsi que les tontines prennent de plus en plus d’ampleur ainsi que les caisses populaires et autres coopératives d’épargne et crédit. Surtout

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que les banques mettent de plus en plus en place des règles qui marginalisent les pauvres. Ex : ne peuvent ouvrir de compte courant dans certaines banques que ceux qui ont un salaire mensuel de plus de 150000F.CFA, ce qui constitue une exception aujourd’hui. - En milieu rural, il y a une émergence d’organisations paysannes au niveau local, régional et national. Un mouvement paysan est en cours de consolidation pour prendre en main leur développement. Ces organisations s’investissent à la fois dans les activités de production, d’approvisionnement, de transformation, de commercialisation et de défense des intérêts des paysans. Dans ces différentes stratégies d’organisation et d’action, on constate que la vie économique est pilotée et fortement influencée par les forces de l’argent. Les pauvres sont de plus en plus marginalisés et subissent. Cela est un grand défi pour l’Eglise en général et les anciens jécistes en particulier. IV. L’analyse faite par l’Eglise sur la situation économique, son rôle et celui des anciens de la JEC. L’Eglise fait très peu d’analyses purement économiques. Il arrive par moment que les évêques fassent des déclarations même si elles sont plus des prises de position politique. Les laïcs dont les organisations au niveau des paroisses, diocèses, ou national sont faibles ou parfois inexistantes, sont presque absents comme auteurs sur la scène économique, comme groupes organisés. Les actions les plus importantes et appréciables de l’Eglise portent sur le développement. Il existe au niveau de la Conférence épiscopale nationale un Service national de développement appelé Bureau d’action socio-caritative (BASC) et des comités diocésains de développement. Ces structures oeuvrent beaucoup à l’appui aux initiatives de développement socioéconomique des paysans et autres couches pauvres en milieu urbain. Les anciens de la JEC agissent plus actuellement de façon isolée. Les anciens ont créé de petites entreprises et investissent de plus en plus dans des projets rentables, business center, prestations de services. Certains travaillent dans des ONG où ils oeuvrent au développement des populations à la base. De plus en plus, il y a un désir d’initier des projets économiquement rentables. Des réflexions sont en cours pour cela. __________________________ En ce qui concerne la Côte d’Ivoire : La Côte d’Ivoire des années 60-70 était considérée comme l’une des vitrines de l’Occident en Afrique, en raison des remarquables performances économiques (7% de taux de croissance réelle) réalisées chaque année. Mais la crise des années 80 et les échecs des programmes d’ajustement structurel de la période ont montré les limites de l’économie ivoirienne. Aussi, à partir de 1990, de nouvelles mesures vont être mises en place et se voir renforcées en 1994 avec la dévaluation de la monnaie. Quels sont les enjeux socio-économiques de ces mesures et comment les acteurs de la vie sociale réagissent-ils ? La réponse à ces questions requiert la présentation des mesures récentes pour relever l’économie ivoirienne avec leurs enjeux avant d’entrevoir des perspectives. I. Mesures récentes et enjeux actuels de l’économie ivoirienne. A. Le renforcement des PAS et la dévaluation.

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Les mesures récentes prises par les autorités en vue de redresser l’économie ivoirienne sont le renforcement des programmes d’ajustement structurel (PAS) et le changement de parité monétaire. Les PAS ont pour objectif le rétablissement de l’équilibre budgétaire par l’assainissement des finances publiques d’une part et la recherche de la compétitivité de l’économie d’autre part. Le renforcement des PAS en Côte d’Ivoire a consisté depuis 1990, en la mise en place de mesures de portée générale ou sectorielle. Les mesures de portée générale sont le désengagement plus affirmé de l’Etat de l’économie. Cela se perçoit à travers la rationalisation et la compression des frais de personnel et des subventions ainsi que la facturation des services publics. A cela, s’ajoutent les privatisations des entreprises publiques notamment celles relevant des secteurs stratégiques de l’économie (eau, électricité, télécommunications, gaz, etc.) Enfin, la nouvelle politique se caractérise par une libéralisation plus accentuée de l’économie en général avec même une tendance forte de déréglementation du marché de l’emploi. Au plan sectoriel, les PAS ont porté sur certains domaines précis, d’où : - le PASCO, ou PAS compétitivité - le PASFI ou PAS du secteur financier - le PVRH ou Programme de Valorisation des Ressources Humaines. B. Les principaux animateurs de la vie économique : - Le FMI et la Banque Mondiale qui participent activement à la conception et au suivi des politiques économiques - L’état ivoirien chargé de créer les conditions propices à la croissance économique. - Les opérateurs économiques étrangers en plus des français, qui interviennent dans l’industrie, le commerce et les services. - Les opérateurs ivoiriens qui entrent progressivement dans l’industrie, le commerce, les services et les PME. - Les travailleurs du secteur rural et des milieux urbains. C. Les résultats Les résultats économiques des politiques menées depuis 1990 donnent de l’espoir par rapport à la décennie précédente en raison principalement des effets positifs de la dévaluation de la monnaie intervenue en 1994. Cette dévaluation a permis d’améliorer certains indicateurs macro économiques, notamment le volume des exportations et le taux de croissance qui passe de 1% en 94 à 7% en 96. Cependant, des défis réels persistent en raison des habitudes héritées du système de parti unique et de l’orientation de l’économie. Le système de parti unique qui a régi la Côte d’Ivoire pendant 30 ans (de 1960 à 1990) a laissé des habitudes de concentration de pouvoir, ce culte du chef, de gabegie et de corruption. La nouvelle orientation d’économie libérale orthodoxe a un effet dépressif sur le bien être des ménages à cause de l’accroissement du taux de chômage, de l’aggravation de la pauvreté consécutive au désengagement progressif de l’Etat des secteurs sociaux, comme l’éducation, la santé, le logement, le transport urbain, etc. La situation dans les zones rurales est encore plus précaire suite à la déforestation, à la libéralisation des prix agricoles et au recul des interventions publiques. Les populations se retrouvent de plus en plus seules face aux défis de la pauvreté, de l’analphabétisme, de la recrudescence de certaines maladies tropicales, etc. D. Les réactions des groupes sociaux

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Contrairement au sentiment de soumission et de résignation constaté durant les trente années de parti unique, aujourd’hui, des groupes réagissent plus ou moins nettement face à la situation économique. Le clergé catholique ivoirien, dans deux déclarations de 1990 et de 1993, attire l’attention des autorités et des groupes sociaux sur des défis. Il a été maintes fois impliqué dans des négociations qui ont permis de dénoncer des crises sociales ou politiques. Avec l’avènement de deux centrales syndicales autonomes, les réactions du monde du travail face à la prééminence du capital, sont plus vives. Certains partis politiques de l’opposition se montrent très critiques à l’égard des politiques économiques. Les anciens jécistes, eux, n’ont pas encore de structures organisées et ne peuvent par conséquent avoir de réactions communes. Leur attitudes individuelles sont liées à leurs engagements dans les partis politiques au pouvoir ou dans l’opposition. Enfin, la présentation succincte de la vie socio-économique ivoirienne permet d’entrevoir quelques perspectives. II. Perspectives économiques et sociales L’analyse des perspectives économiques et sociales peut se faire à partir des incertitudes et opportunités, des aspirations des ivoiriens, des interventions des animateurs de la vie économique et des réactions des groupes sociaux. A. Incertitudes et opportunités de l’économie ivoirienne. a) les incertitudes Elles sont d’ordre externe et interne. Au plan externe, l’évolution du contexte économique et financier international agira de manière décisive sur l’économie ivoirienne. La globalisation du système économique mondial aux niveaux de la production et de la répartition et la « financiarisation » des relations et des institutions internationales constituent un environnement auquel l’économie nationale doit s’adapter. Au plan intérieur, le développement économique sera à l’épreuve des défis de la gouvernance, des inégalités sociales, de la pression démographique, du chômage et de la pauvreté qui peuvent conduire à des dérapages sous forme de violence, de criminalité, etc. b) les opportunités Les opportunités existent et peuvent élargir les perspectives de développement économique. Au plan extérieur, les opportunités sont le marché sous régional ouest africain, le marché régional africain et les pays avec lesquels la Côte d’Ivoire n’entretenait pas auparavant assez de relations pour des raisons de divergence idéologiques. Les capitaux étrangers peuvent également prendre la direction de la Côte d’Ivoire grâce à son potentiel en infrastructures économiques et à la relative stabilité politique. Au plan intérieur, les opportunités sont : - le remarquable développement du capital humain grâce à une politique vigoureuse de scolarisation même si aujourd’hui, l’école est en crise. - la découverte de nouvelles sources d’énergie (pétrole, gaz) - la diversification générale des activités économiques - la prise de conscience des ivoiriens quant à leur implication dans le processus économique non plus seulement en tant que salariés mais surtout en tant qu’entrepreneurs. Tout cela amène à s’interroger sur les aspirations économiques des ivoiriens. B. Aspirations économiques des ivoiriens Les ivoiriens dans leur grande majorité partagent l’option libérale de l’économie ; cependant beaucoup parmi eux auraient préféré conserver dans le domaine de l’Etat, les entreprises relevant des secteurs stratégiques (eau, électricité, gaz, pétrole, télécommunications, etc.).

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Ils souhaitent la création d’industrie de transformation des matières premières locales et génératrices d’emplois et de revenus. Ils réclament un accès plus facile au crédit bancaire pour financer leurs entreprises, notamment les PME et les unités du secteur informel. Ils espèrent un contrôle plus grand de l’économie nationale par eux, notamment au niveau de l’emploi et du commerce. Enfin, les ivoiriens approuvent l’intégration économique ouest africaine. C. Les futurs principaux animateurs de l’économie. Dans le futur, les principaux animateurs de la vie économiques seront : - les institutions financières internationales qui continueront pendant longtemps encore de jouer un rôle dans la définition et le suivi des politiques économiques - les opérateurs privés étrangers détenteurs de capitaux donc de moyens de spéculation et d’investissements - les opérateurs privés nationaux ayant investi dans le secteur productif ou ayant acquis des actions dans les entreprises privatisées - l’état verra son rôle économique réduit - la plus grande partie de la population risque de rester longtemps encore dans le domaine des PME, dans le secteur informel ou encore dans l’industrie et le commerce, en tant qu’employée. En zone rurale, les petits producteurs risquent de perdre leurs parcelles au profit de grands propriétaires capitalistes détenteurs de moyens financiers et technologiques d’exploitation des terres. En effet, la législation foncière ne protège pas suffisamment les petits producteurs. Face à cela, quelles seront les réactions des groupes sociaux ? D. Réactions probables des groupes sociaux Le libéralisme orthodoxe a pour principale caractéristique de sacrifier les préoccupations sociales. Il en résultera la formation et la généralisation des groupes de pression. - les milieux financiers et les détenteurs de capitaux feront pression pour obtenir une législation garantissant leurs intérêts économiques (législation fiscale, code du travail, etc.) - les syndicats s’organiseront pour résister à l’assaut et à la manipulation politique et financière des groupes d’intérêts capitalistes. - les ONG devront être vigilantes pour prévenir également la manipulation. En conclusion, la Côte d’Ivoire a réalisé de grandes performances durant les deux premières décennies suivant son indépendance. La troisième décennie a été caractérisée par une crise économique qui s’est prolongée jusqu’en 1994 malgré l’application de plusieurs programmes d’ajustement structurel. La dévaluation de la monnaie semble avoir été le principal facteur de reprise économique depuis 1994. Mais cette reprise n’a pas encore eu d’effets perceptibles dans le sens d’une amélioration du bien-être des ménages. Les principaux acteurs de l’économie sont principalement les détenteurs de pouvoirs financiers étrangers auxquels s’ajoutent des agents nationaux. Les groupes sociaux agissent par rapport aux résultats mais non par rapport aux options économiques. Dans le futur, les réactions pourraient être cristallisées par et à l’intérieur de groupes de pression plus ou moins influents et concurrents. Les anciens jécistes seront-ils dispersés dans ces différents groupes de pression ou vont-ils en constituer un ? _____________________________

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En ce qui concerne le Togo : 1- Les véritables animateurs de la vie économique togolaise sont : les partis politiques, les grandes entreprises nationales qui sont des filiales des entreprises multinationales, les institutions de Bretonwood (FMI. BM) et les puissances économiques occidentales notamment la France. Bien que les agriculteurs soient majoritaires dans le pays. ils subissent les aléas de la vie économique. Les différents choix sont faits en fonction des intérêts personnels des tenants de la vie économique du pays (nous n'en voulons pour preuve que le prix du café ou du cacao fixe par les acheteurs et non par les producteurs). 2- Les grands choix économiques affectent la majorité la population de façon négative car les grandes options économiques tendent plus à satisfaire à des normes financières internationales qu'à répondre vraiment aux besoins de la population. Les conséquences : ce sont la diminution vertigineuse du pouvoir d'achat du citoyen. l'inflation, la misère grandissante de même que l'accroissement du chômage des jeunes diplômés. 3- Pour l'Eglise du Togo, il s'agit d'une véritable dérive économique. Le fossé entre pays riches et pays pauvres s'est agrandi, la coopération et l'aide économique en direction des pays pauvrement intéressées. Notre pays a été durement et doublement frappé par la grève de 1992 - 1993 et la dévaluation du franc CFA. Aucune mesure n'étant mise en place par les tenants du pouvoir, beaucoup de familles arrivent très difficilement à joindre quotidiennement les deux bouts. Ici encore, outre les structures classiques de l'Eglise comme l'OCDI, les laïcs participent à l’œuvre de développement à travers les organisations de développement telles l'ADEP (Association pour le Développement des Peuples), l'Opus Dei... - Les actions posées par l'Eglise dans cette-situation --organisation de secours alimentaires en faveur des populations les plus déshérités dans chaque paroisse sous la supervision du conseil pastoral (commission vie sociale). Elle vient en aide aux familles en finançant de petits projets de développement, en créant des centres sociaux d'apprentissage. - Les anciens jécistes ont participé très activement à cette campagne en ayant eu en main un de ces projets de financement de petits projets. Ils se sont associés pour créer une société de promotion et de valorisation des produits vivriers locaux appelée AFRIM et gèrent une ferme agro-pastorale.

c) Quelle est la situation religieuse dans votre pays (depuis 1990) a) Qui sont les véritables animateurs de la vie religieuse de votre pays ? En fonction de quels objectifs opèrent-ils leurs choix ? b) Comment les grands choix religieux affectent-ils la société (la majorité de la population) ? c) Quelles sont les analyses faites par l’Eglise sur cette situation ? Comment les laïcs participent-ils à ces réflexions ? Quelles sont les actions qui ont été réalisées par l’Eglise (y compris les laïcs) pour répondre à ces situations ?

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Comment les anciens jécistes de votre pays, de façon individuelle ou collective participent-ils à une prise de parole, en lien avec l’ensemble de l’Eglise, et/ou avec d’autres organismes (syndicats, mouvements, associations, groupes de pression...) sur la situation religieuse ? Ces questions avaient été posées aux participants venus du Sénégal, du Nigéria, du Rwanda et du Mali.

En ce qui concerne le Sénégal : Pour un engagement de l’ancien jéciste sénégalais dans le processus de développement Un engagement de l’ancien jéciste dans son pays revêt trois aspects fondamentaux qui sont : 1.L’aspect politique 2.L’aspect socio-économique 3.L’aspect ecclésial, qui est exclusivement le sujet de réflexion assigné à la délégation sénégalaise. L’ancien jéciste laïc est engagé dans l’Eglise et ensuite par lui, celle-ci est engagée dans le processus de développement. Dans un monde en pleine mutation, l’Eglise et avec elle, nous, laïcs, devons être et sommes dans toutes les sphères de notre pays pour témoigner de l’Evangile et apporter notre pierre à l’édification de l’Afrique qui non seulement est en retard mais est consumée par des foyers de tension allumés et/ou attisés un peu partout. Une prise de conscience s’impose pour une plus grande participation à cette édification de notre pays. Pour ce faire, nous nous impliquons dans les activités de développement (ONG, institutions caritatives) et l’impact de nos interventions est plus effectif et efficace. Au préalable, cela suppose que prêtres et laïcs soient bien formés et informés. Même dans une situation de minorité, formation et information nous aident à oser prendre des initiatives. Last, but not least, la femme, la femme : notre mère, notre sœur, notre fille ! Trouvera-t-elle enfin sa place ? Oui. Espérons le sincèrement. Ceci a été un bref survol introductif des quelques points à étudier un peu plus en détail. 1. Rôle de l’Eglise dans le développement L’Eglise a un très grand rôle à jouer dans le développement de nos pays respectifs, et nous, bien sûr, avec elle. Vous n’ignorez pas que le Sénégal compte près de 90% de musulmans. Il y a une confrérie de Mourides qui est en train de prendre de l’ampleur au Sénégal, et ses adeptes font de grandes réalisations sur tous les plans. Chrétiens et autres confessions commencent à se poser des questions quant à jusqu’où cela ira. Le ndigueul (consignes) du chef est très respecté, donc suivi en masse. Il est vrai que cela est très louable de leur part mais l’Eglise est à l’avant garde de tout cela. Les protagonistes ont été formés dans les écoles missionnaires. Nous avons de nombreuses écoles dont la réputation de sérieux n’est plus à démontrer. Quand les noms d’établissements comme le Cours Sainte Marie de Hann, l’Institut Ste Jeanne d’Arc ou le collège du Sacré Cœur sont évoqués, tout le monde au Sénégal sait qu’ils ont formé la plupart des personnalités du pays. Du jardin d’enfants au premier cycle de l’enseignement supérieur (Institut Ste Jeanne d’Arc), c’est une course pour les inscriptions. En dehors de l’aspect éducatif, ces établissements et les missions catholiques sont de véritables sont de véritables centres socioculturels et sportifs. Le collège St. Michel est connu pour être un centre de formation au baskett ball. Chez les soeurs du Bon Pasteur, des mères de

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famille, des filles-mères et des filles en difficulté sont regroupées pour apprendre à confectionner divers articles pouvant générer des revenus.. Au collège du Sacré Cœur, c’est toute la jeunesse des quartiers environnants qui s’adonne chaque soir à des répétition de ballets, danses folkloriques et chansons de tous genres. Sur le plan de la santé, les dispensaires tenus par les religieuses sont nombreux aussi bien dans la capitale que dans les autres régions. Le bas coût de leurs soins et la patience de leurs administratrices sont au delà de toute concurrence et constituent un signe de la bienveillance du Christ. L’Amicale des Anciennes Normaliennes de Ste Agnès constituée d’anciennes jécistes dans sa presque totalité organise chaque année une collecte d’articles de toutes sorte pour ensuite consacrer une journée de visite à un village de lépreux. Cela mérite une mention. La Caritas et les ONG chrétiennes, bien que n’ayant pas de financement nationaux oeuvrent dans le sens du développement au Sénégal, comme dans la plupart de vos pays du reste. Les chrétiens s’y investissent en masse, individuellement et collectivement (G.I.E.). La construction de forages notamment constitue des réalisations inespérées dans les contrées reculées où l’eau est une denrée si rare qu’il faut parcourir des km pour s’en procurer. La Caritas assure également la formation et l’encadrement de personnes voulant s’adonner à l’élevage et dans des régions comme Thiès, Fatick et Kaolac, on peut observer des poulaillers superbes.. Sur le plan agricole, la Caritas et les ONG chrétiennes possèdent des équipements qu’elles louent à des paysans à des prix défiant toute concurrence, et cela pour un meilleur rendement agricole sans compter que le produit de leurs propres champs sert à aider les plus nécessiteux.

2. Les obstacles a une plus grande participation au développement au Sénégal Nous venons de voir les efforts qu’ensembles l’Eglise et les laïcs ne cessent de déployer pour mieux participer au développement de la nation. Néanmoins, il reste encore beaucoup de choses à faire. Nous devons prendre plus conscience de la part qui nous incombe quant au développement. Nous catholiques, et anciens jécistes avons souvent peur de nous mouiller et nous restons en spectateurs sur la rive pendant que d’autres se jettent à l’eau. Nous n’atteindrons pas l’autre rive si au préalable nous ne plongeons pas. Nos frères musulmans semblent l’avoir compris, du moins ils se livrent à des activités qui le font penser. Nous sommes une minorité, il est vrai, mais sommes nous aussi audacieux que nos frères musulmans pour nous impliquer à fond à tous les niveaux ? Eux sont partout, dans tous les secteurs d’activités, du primaire au tertiaire, surtout dans l’informel. Refusons de nous salir, mais mouillons nous. Soyons comme l’image qu’un grand notable musulman sénégalais a de notre archevêque : « une colombe qui, plongée dans la boue en ressort plus blanche ». Vous avez du constater une comparaison fréquente entre nous et nos frères musulmans, elle est volontaire. Ce n’est pas que nous devons imiter tout ce qu’ils font mais reconnaître que si par leur plus grand nombre, ils nous dépassent en réalisations, nous pouvons nous en inspirer et être stimulés par eux pour qu’ensemble nous construisions notre pays. Nous savons tous que l’émulation première vient des réalisations missionnaires, que nos frères musulmans formés pour la plupart dans nos écoles, nous respectent beaucoup. Ils nous reconnaissent beaucoup de qualités et c’est à se demander si ce n’est pas pour cette raison que nous avons tendance à nous endormir sur nos lauriers. Quoiqu’il en soit, notre petit nombre ne doit pas nous laisser nous noyer. Nous ne devons pas laisser mourir le Christ une deuxième fois. Imposons nous, même si ce n’est pas toujours facile : le petit grain de sénevé a bien germé et est devenu un grand arbre au milieu de la forêt. Cela ne lui a pas été facile ! Que nous faut-il ?

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De la compétence et de l’information, et pour cela il nous faut une solide formation, laïcs comme prêtres. Les prêtres d’abord puisqu’ils sont chargés d’encadrer les laïcs, les jécistes et les anciens jécistes ensuite, pour raffermir et entretenir leurs acquis. Pourquoi, dans la formation des prêtres, ne serait-il pas envisagé, en plus de la formation sacerdotale, une spécialisation dans un domaine donné, et une fois prêtres, un recyclage périodique pour actualiser ces acquis ? Une solide formation et une information soutenue sont les facteurs d’une présence plus participative des prêtres dans divers groupes de laïcs sur le plan spirituel et surtout quand il s’agit de les encadrer sur les plans économique et social. Sur le plan spirituel, le manque d’encadrement est immédiatement sanctionné par un désintéressement des laïcs qui sont peu à peu récupérés par les sectes ou l’Islam. Notre Eglise et nous, laïcs, y veillons particulièrement. Le retard accusé par nos pays et l’Afrique en général dans la scolarisation les rend particulièrement vulnérables devant le courant des sectes. Les intellectuels insatisfaits de leur contexte existentiel ont recours aux sectes. Aucune couche de la population n’est épargnée par le vent des sectes fondées sur le continent ou venues d’autres horizons. Nos frères musulmans sont très forts en matière de récupération d’âmes. D’un autre côté si les brebis se dispersent faute d’un encadrement effectif et efficace, les pasteurs peuvent être oisifs et avoir des centres d’intérêt autres que ceux qui leur sont assignés par l’Eglise. L’attrait des biens matériels et des honneurs n’a pas d’effets négatifs que chez les laïcs. La recherche du bien être affecte également les prêtres sollicités par la réalité sociale. Notre formation et information ont pour objectif un plus grand sens des responsabilités pour plus d’initiatives. Toute la tâche ne doit pas être laissée aux prêtres . Il est de notre devoir, nous catholiques et anciens jécistes de témoigner de notre foi par la lumière que nous portons dans notre milieu de vie et qui nous éclaire pour une prise d’initiatives sages, résultat d’une formation solide et d’informations dignes de foi. Les mouvements d’action et les organisations caritatives veilleront à la grande intelligence de leur milieu de manière à en saisir les appels. Les réponses à ces appels sont l’initiation de projets de développement permettant à l’individu de mieux s’humaniser parce que sentant un mieux être matériel et spirituel. La place qu’occupe la femme dans la communauté et dans le développement est à démontrer. Après une publication sur le thème : « Femme, nutrition et développement », j’ai été agréablement surprise de lire sur une plaque au Ministère de la femme, de l’enfant et de la famille, la phrase suivante : « Le développement ne peut se faire sans la femme », écrite par le président de la république. Dans l’Eglise, des femmes se sont distinguées. Dans l’histoire également, des femmes, bien qu’analphabètes, ont joué un rôle déterminant dans la construction de la nation. Les femmes considérées en Afrique comme centrales dans la famille et dans le corps social, n’ont pas encore retrouvé leur vraie place dans les mutations induites par le développement de notre continent. Sur le plan ecclésial, dans une Eglise sénégalaise, chaque jour confrontée aux fléaux qui s’appellent analphabétisme et pauvreté, les femmes sont les premières victimes. Elles ont toujours été des laissées pour compte quant à la scolarisation, l’agriculture, l’industrie, en somme sur tous les plans. On estime qu’au seuil du 3ème millénaire il est inadmissible que les femmes ne puissent pas participer au développement de la société pour cause d’ignorance, de manque de compétences ou d’informations. Ce n’est pas se proclamer du féminisme que de réclamer justice et équité pour la femme. Conclusion Au Sénégal, l’Eglise et avec elle les laïcs dont les anciens jécistes plus particulièrement ont conscience qu’un rôle leur est dévolu pour sortir de l’impasse actuelle qu’est le sousdéveloppement . C’est main dans la main que chrétiens et personnes d’autres confessions sont en train de construire le Sénégal.

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La tâche n’est pas toujours facile à cause des diversités des points de vue et des méthodes mais nous, anciens jécistes, sommes le sel du groupe chargés de mission de compréhension et d’abnégation. Soyons en conscients. Dans cette élaboration nationale, les limites ne manquent pas mais il s’agit de les affronter, de les gérer. Nos pasteurs sont là pour cheminer avec nous et, en adultes formés et informés, nous avançons à pas sûrs, ensemble, avec les femmes, les jeunes et nos frères d’autres confessions, vers le Christ, notre développement par excellence. Merci de votre attention. ____________________________

En ce qui concerne le Nigéria : C’est un grand plaisir pour moi de saisir cette opportunité de vous parler de la situation religieuse au Nigéria, à l’occasion de la première Assemblée Générale du RAJA, en Côte d’Ivoire. Avec une population de plus de110 millions d’habitants, le Nigéria regroupe différents courants religieux. Les chrétiens représentent environ 60% de la population. Le christianisme est composé de plusieurs confessions et est surtout concentré dans le sud et dans la région centre du pays. Cette concentration limite le mouvement vers le nord. Dans une large mesure, il y a la liberté de culte, plus particulièrement dans le sud et le centre. Le nord cependant, à dominante islamique, représentant 30% de la population, a eu récemment d’importants troubles religieux au cours des quels des centaines de vies furent perdues et des biens estimés à des millions de dollars furent détruits. Les catholiques représentent environ 30% de toute la population chrétienne et l’Eglise est en pleine croissance. Dans l’Eglise catholique, il y a plusieurs organisations qui oeuvrent pour le bien être spirituel et social de leurs membres respectifs. Le catholicisme est arrivé très tard au Nigéria mais a déjà un impact important par rapport aux autres groupes religieux existant dans le pays. La JEC en tant qu’organisation a seulement 37 ans d’existence et a déjà des sections dans 40% des établissements secondaires et universitaires dans les régions centre et sud. La JEC, mouvement essentiellement étudiant a plus ou moins dans l’Eglise, contribué à l’évangélisation et à la prise en charge des jeunes, incluant leur formation (éducation, instruction) dans leur environnement en particulier et dans le pays en général. La JEC occupe en effet une place importante dans les activités de jeunesse dans l’Eglise. Au Nigéria, beaucoup de fonctionnaires (hauts placés) et de catholiques remarquables ont une expérience JEC. Ainsi, la JEC peut fièrement proclamer qu’elle a contribué au développement (à la formation) de beaucoup de prêtres, religieux, religieux, professeurs, médecins, ingénieurs, agriculteurs, etc. Aussi beaucoup d’anciens jécistes sont d’une façon ou d’une autre insérés quelque part dans les structures sociales Beaucoup d’entre eux aussi ont quitté l’école à cause de leur pauvreté ou du fait de la situation financière des parents. Beaucoup de diplômés n’ont pas de travail étant donné la situation économique défavorable des nations qui engendre un niveau élevé de chômage. Ceux là sont en train de sombrer facilement dans le crime. Il en a quelques uns qui s’en sortent et qui se reconvertissent dans des églises américaines de la renaissance. C’est là un phénomène qui ne voit rien d’important en dehors du spirituel ou de la renaissance de la vie. Beaucoup de paresseux et de jeunes frustrés d’une façon ou d’une autre se regroupent dans ces églises. Cela a affecté le développement social, économique et politique des jeunes dans l’Eglise en particulier et dans le Nigéria en général.

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Pour l’Eglise, les défis sont énormes. La JEC avec l’aide des anciens jécistes devrait s’atteler à faire le nécessaire pour user des ressources à disposition pour développer des programmes et des stratégies qui pourront pleinement engager les étudiants (jécistes) pendant leurs périodes de vacances. De même, il faudra développer des techniques (activités) qui pourront les occuper même après leu vie estudiantine. De cette façon, nous pourrons peut-être renverser la situation actuelle où la majorité de la population active est oisive. C’est pourquoi je trouve cette assemblée très importante en tant qu’elle pourra sûrement étudier les différentes voies pour résoudre les problèmes dans beaucoup de pays africains. Puisse le Seigneur nous bénir et nous guider dans nos réflexions et notre étude pendant cette réunion. __________________________ En ce qui concerne le Rwanda : Introduction Le Rwanda, petit pays d’Afrique centrale comptait (selon le recensement 1990) 7 millions d’habitants sur une superficie de 26 000 km2 environ, soit un des pays ayant la plus forte densité du monde. Il convient de rappeler que dans les chiffres environ 90% des Rwandais étaient des chrétiens catholiques romains. De plus le pays est habité par 3 ethnies à savoir : 12% de Tutsi, 85% de Hutu et 3% de Twa. La JEC existe et compte des membres de toutes les ethnies au secondaire comme à l’université. En 1993, le nombre de jécistes était évalué à environ 6000 dans les écoles secondaires et 1000 étudiants à l’université nationale du Rwanda et dans les écoles de formation supérieure. Ces jécistes étaient engagés dans les différents volets de la vie de l’église après environ 30 ans d’existence de la JEC au Rwanda. Vie et défi de l’église rwandaise D’emblée, il est bon de rappeler certains événements historiques du pays qui ont eu une grande influence sur le parcours actuel de la vie dans la société et dans l’église. D’entrée de jeu, il est patent de signaler que le Rwanda a connu une période de royauté monarchique dirigée par la dynastie Tutsi pendant 16 siècles. Au cours de cette période, l’ethnie Tutsi cumulait tous les pouvoirs sur le droit de terre, sur les animaux (surtout les vaches) et sur les hommes. Dans ce contexte, les Hutu étaient des serviteurs. A l’arrivée des premiers missionnaires, dans les années 1900, cette compréhension des choses semble avoir été exacerbée et favorisée surtout par le comportement des Messeigneurs Class ar Deprimoz en donnant accès préférentiellement à l’école aux enfants d’ethnie tutsi et par là, cette même ethnie est devenue majoritaire dans le clergé. Un mythe avait été développé comme quoi l’ethnie tutsi était venue du ciel pour gouverner et cette logique avait été, malheureusement bien ancrée dans les mentalités des Rwandais et admise comme une réalité. Cependant voilà qu’en 1959 un évêque suisse du nom de Mgr Perraudin Jean Baptiste propulse un petit groupe d’élites Hutu qui ayant évolué au Grand Séminaire avaient pu échapper à ce système de sélection. Ce groupe a édité « Le manifeste des Bahutus ». Ce livre se voulait être un instrument mobilisateur devant faire retrouver aux Hutus leur droit de citoyenneté et d’égalité par rapport à l’ethnie tutsi. Dans ce climat, les Nations unies organisèrent un référendum pour que les Rwandais fassent leur choix entre la royauté et la république. Au bout du scrutin la majorité a voté pour la république et le départ du roi. De plus, au cours des 2 années suivantes, un parti politique de tendance royaliste a perdu le scrutin.

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C’est dans cet amalgame conflictuel qu’a éclaté la révolution populaire dite de 1959. Cet événement était émaillé de quelques actes de violence inter ethniques et dues aux règlements de compte. Par la suite le roi et toute la dynastie, ne pouvant pas supporter le résultat des urnes, ont pris la voie de l’exil. Vous entendrez parler des réfugiés des années 1959. Ces derniers ont depuis lors mené des incursions armées périodiques jusqu’en 1990 ( 1er octobre) où un groupe armé (FRP Front Patriotique Rwandais), soutenu par l’armée ougandaise et les grandes puissances comme les USA et la Grande Bretagne, a pris le pouvoir à Kigali en juillet 1994 après l’assassinat du président Habyalimana Juvenal. Il est à rappeler que la mauvaise gestion du problème des anciens réfugiés de 1959 par le régime Habyalimana a facilité la tâche des nouvelles autorités de Kigali. Vous comprenez déjà que depuis belle lurette la déchirure sur base ethnique dans la société rwandaise était consommée et que ces divisions ne pouvaient épargner les chrétiens et les membres du clergé. Pour revenir au bilan de la guerre meurtrière de 1994 par rapport à l’église rwandaise, il faut souligner que cette dernière a perdu pendant les seuls mois d’avril et mai 1997, 1/3 de ses membres (prêtres, frères, sœurs, séminaristes, novices...) et 3 évêques. Le quatrième évêque qui s’était réfugié au Zaïre vient d’être assassiné au mois de mai 1997 au cours de la guerre du Zaïre lorsque les réfugiés rwandais ont été rapatriés par force. Actuellement, on compte quatre prêtres en prison et plus de deux sœurs. Plusieurs autres membres du clergé vivent en exil (France, Belgique, Italie, Canada, Cameroun, Burkina, ...). Il y a deux mois, l’archevêque de Kigali, en provenance de Rome a profité pour réunir les prêtres se trouvant en Europe à Bruxelles afin de les persuader de rentrer. Quelques minutes après le début de la réunion, le téléphone a sonné pour annoncer, de Kigali, que deux prêtres venaient d’être triés parmi d’autres religieux sur la route de Coko ( Diocèse de Gikongoro) et assassinés à cause de leur appartenance ethnique. Par ricochet, le but de la campagne de l’archevêque n’a pas été atteint. Cependant, face à cette incompréhension entre certains membres de l’Eglise et aux brimades du nouveau pouvoir, la conférence épiscopale du Rwanda s’efforce toujours de donner les directives inhérentes à la pastorale. Ensuite, des actions suivantes sont menées pour toucher du doigt les cas sociaux provoqués par la guerre : - Un programme de rééducation et de prise en charge des personnes traumatisées a été lancé dans les diocèses. Il s’agit de séances au cours desquelles les chrétiens se rencontrent et partagent leurs déceptions, peines, angoisses, causées par la guerre. Par les interventions des sociologues et autres personnes ressources et aidés par la méditation de la Parole, ces chrétiens s’efforcent de surmonter les séquelles laissées par la guerre. - L’Eglise, à travers ses structures à caractère social comme la Caritas, la JRS (Jesuit Refugee Service ), ... et autres congrégations et ONG, a mis sur pied des programmes visant à aider les enfants non accompagnés, les orphelins et les veuves. Des chrétiens engagés prennent leur courage à deux mains pour enseigner la réconciliation et le pardon en commençant par donner l’exemple eux - mêmes. Je finirai par ajouter l’introduction et le renforcement du mouvement marial qui compte actuellement des membres importants (et s’emploie à organiser des moments de prière de jeunes et des pèlerinages rassemblant les deux ethnies antagonistes. Il s’agit d’une lueur de rapprochement dans l’Eglise. Malheureusement, l’aumônier national du mouvement ne manque pas de se heurter aux oppositions orchestrées par ses confrères d’ethnie différente à la sienne. Enfin, j’en appelle aux membres du RAJA naissant pour qu’ils viennent en aide à l’Eglise du Rwanda autant que faire se peut (la prière, les visites, messages d’encouragement à la conférence des évêques et aux anciens jécistes dans leurs initiatives constructives, publications d’articles, influence directe sur la société civile ou sur le monde politique).

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En ce qui concerne le Mali : I- Présentation (aperçu général) Le Mali est un vaste pays situé au coeur de l'Afrique occidentale avec une superficie de 1241000 km2 pour une population estimée à environ 8 millions d'habitants soit une densité d'environ 8 hab/km2. Le Mali compte 8 régions administratives. II- L'Eglise Le christianisme a gagné le Mali par la partie nord en 1888 (soit 109 ans de présence). Cependant le taux de la population chrétienne reste très faible (environ 5% de la population globale) et est surtout concentrée dans le diocèse de San (au sud) qui fait frontière avec le Burkina Faso. La partie nord du Mali ne connaît presque pas de chrétiens. Les chrétiens vivant au nord sont généralement ceux venus du sud ou centre du pays affectés par l'administration. Il existe 6 diocèses dans le découpage épiscopal du Mali : San - Segou - Sikasso - Bamako Kayes - Mopti. Au plan politique L'Eglise du Mali suit de près la vie politique du pays ces dernières années. Elle ne s'engage pas directement et concrètement en tant que institution mais invite ses fidèles à contribuer à la vie politique de façon individuelle mais responsable tout en respectant les idéaux qu'elle se fixe. Au Mali, l'Eglise est beaucoup écoutée. Elle est considérée comme une institution consultative surtout dans les négociations et les prises de décisions nationales à haut niveau. Cependant les chrétiens n'occupent pas de postes clés. Plan socio-éducationnel L'Eglise du Mali à travers ses différentes couches participe de façon constructive au développement socioculturel et économique du Mali. Les domaines d'activités sont surtout le secteur de l'éducation et de la santé. Des écoles privées catholiques existent un peu partout dans les diocèses. L'enseignement donné dans ces écoles vise à promouvoir l'homme dans toute sa plénitude à l'image du christ. Les écoles privées catholiques ont fait leur preuve au Mali par la qualité de l'enseignement et par le respect du prochain. Les écoles accueillent des jeunes de toutes les confessions religieuses. Beaucoup de hauts cadres du pays ont été formés dans des écoles catholiques. Dans le domaine de la santé, beaucoup de congrégations religieuses s'y investissent pleinement en ouvrant des centres de santé. D'autres travaillent dans des hôpitaux ou viennent en aide ou assistance aux malades. En dépit de l'assistance sociale et sanitaire, des centres de formations professionnelles sont crées par les religieux / religieuses pour aider des jeunes filles et garçons à se promouvoir. La JEC (C.E.C) La CEC (Communauté des Etudiants Croyants) qui est l'appellation JEC au Mali a débuté dans les années 1957. Elle fête ses 40 ans cette année (du 07 au 14 septembre 1997). La CEC du Mali a donc une longue expérience qui surprend beaucoup de gens. La cohabitation avec nos frères musulmans va bon train. Après l'indépendance du Mali en 1960, La 1ère République avait opté pour une jeunesse unique dans un régime socialiste (mouvement pionnier). Dans sa mission d'évangélisation, il est arrivé un moment où l'Eglise du Mali ne pouvait plus se borner à satisfaire les aspirations de ses seuls baptisés. Il fallait donc une ouverture aux autres confessions religieuses. Pour

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rester dans l'optique de cette option, l'appellation JEC a été changée en CEC tout en restant dans l'esprit de l'Eglise (garder notre identité). C'est ainsi que nous partageons notre vie de jéciste avec beaucoup de musulmans. Notre méthode de travail reste la méthode du VJA. Socialement, il n'y a pas de problèmes entre chrétiens et musulmans. C'est pourquoi il n'est pas étonnant de voir des musulmans à des fêtes chrétiennes et vice - versa ; des chrétiens hébergés dans des familles musulmanes ou l'inverse; et les mariages mixtes entre chrétiens et musulmans (souvent célébrés à la fois à la Mosquée et à l'Eglise). Conclusion Au sein de l'Eglise, il existe plusieurs associations pour la formation spirituelle et sociale des laïcs fidèles. Cette formation permet donc d'orienter les choix religieux qui ont bien sûr un impact sur la société. Les analyses faites par la Conférence Episcopale ( à l'issue des rencontres périodiques des évêques) sont publiées dans un document intitulé "Lettre de nos évêques". Les actions réalisées par l'Eglise sont généralement des oeuvres sociales et éducatives. Les anciens jécistes du Mali participent de façon individuelle ou collective à la vie de l'Eglise à travers les différents mouvements d'action catholique, d'autres groupes comme le Renouveau Charismatique, les chorales et des syndicats comme le SYNTEC ( Syndicat National des Travailleurs de l'Enseignement Catholique).

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3. COMPTE RENDU DES IMMERSIONS (journée d'immersion, le lundi 18 août) Les participants avaient été répartis en deux groupes

Rapport du premier groupe Inscrit en droite ligne dans les objectifs de cette assemblée du réseau des anciens jécistes, nous avons visité hier quelques structures qui oeuvrent dans le développement de la Côte d'Ivoire. Nous allons nous appesantir sur la Caritas Côte d’Ivoire, la communauté des soeurs de Notre Dame de la Paix et de la Radio Espoir d'Abidjan qui ont été les principales étapes de la journée.

I. Visite à la Caritas Côte d'Ivoire Parti de Bingerville hier vers 8h, le bus Sotra qui était animé au cours de son déplacement par les anciens de la JEC s'est immobilisé pour la première fois au quartier dit Yopougon devant un grand bâtiment à deux niveaux où on pouvait lire sur l'une des façades Caritas C.I. Le groupe a été accueilli par Monsieur Voideu, ancien jéciste, membre de la Caritas, et tout de suite, nous avons été introduits dans la salle de réunions où nous avons eu un entretien avec les responsables de la structure qui, il faut le dire sont pour la plupart des anciens jécistes. Au cours de cet entretien, M. Yacynthe Dadie, coordinateur adjoint des projets nous a fait savoir que la Caritas est une structure de l'église qui jouit d'un droit civil et ecclésiastique pour la promotion de l'esprit et l'exercice communautaire de la charité et de la justice. Ses objectifs sont : - éveiller et éduquer les communautés chrétiennes au sens évangélique. - apporter aux individus, groupes et communautés tout secours et toute aide directe ou indirecte quelles que soient l'origine et l'opinion des bénéficiaires. - coordonner les diverses actions caritatives menées par les communautés de base, les associations, les mouvements apostoliques, les paroisses et les diocèses. - collaborer avec tous les organismes d'assistance sociale ou de développement économique qu'ils soient privés ou publics, nationaux ou internationaux. Le plus intéressant a été la présentation du service pour la promotion humaine (S.P.H). Nous avons appris que ce service contient un programme d'appui au secteur informel PASI où des crédits allant de 30 000 à 3 000 000 FCFA sont accordés aux désoeuvrés avec un taux d'intérêt maximum de 20% sur une échéance de 6 mois à 2 ans. Les objections qui ont animé les débats ont été clarifiées par le secrétaire général, Mr. Esso Asso , ancien jéciste aussi. Après avoir visité les locaux, nous sommes allés à la rencontre de quelques promoteurs ayant bénéficié des crédits de la Caritas. Parmi eux, nous avons été frappés par le développement rapide d'un jeune vendeur de pagnes à la sauvette devenu responsable employeur d'une grande entreprise multiservices grâce à une succession de crédits rapidement remboursés. Et de manière générale, nous avons constaté la réussite des différents projets réalisés.

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Caritas Côte d’Ivoire soutient des projets

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II. Visite à Radio Espoir d'Abidjan Poursuivant le programme vers 14h50, le groupe a visité la F.M. 102.8 de Côte d'Ivoire qui est la Radio Espoir d'Abidjan, la première radio privée d'Afrique francophone. Reçus par le père Fran, nous avons été entretenus sur l'impact de la création d'une radio catholique à Abidjan. « La radio est le moyen de communication le plus répandu » a-t-il répondu, « il permet une grande couverture de la population et constitue un instrument important de l'apostolat ». Radio Espoir est née en 1991 et vient de s'installer dans son nouveau local à Yopougon. La visite de la maison nous a permis de découvrir qu'il est doté d'appareils de qualité qui lui permettent de couvrir la surface territoriale d'Abidjan, et d'un personnel permanent et de volontaires. L'objectif de Radio Espoir est de pouvoir étendre le réseau pour atteindre tous les coins de la Côte d'Ivoire. Un centre de formation est ouvert aux jeunes désirant apprendre les techniques du journalisme. III. Visite chez les sœurs de Notre Dame de la Paix Elle s'est effectuée à deux niveaux. D'abord vers 16h15 à Treichville où le groupe a rencontré les deux sœurs qui s'occupent de la formation des jeunes filles à la couture. Les problèmes liés au bon fonctionnement de la structure ont été évoqués et les anciens ont proposé des solutions aux sœurs pour plus de développement, par exemple les contacts avec le ministère des affaires sociales, le diocèse, la Caritas C.I. Ensuite c'était au quartier Riviera ( "dans le haut d’en haut ") ou un petit cocktail a été offert au groupe par la sœur mère Paule Florence. Celle-ci nous a présenté leur congrégation. Nous avons appris qu'elle a été fondée en 1965 par Mgr Yacop archevêque d'Abidjan pour la promotion humaine et spirituelle de la femme en zone rurale, l'éducation, la santé et le service paroissial. __________________________

Rapport du deuxième groupe Pour concrétiser la devise VOIR, JUGER, AGIR, agrémenter notre travail et vivre les réalités ivoiriennes, nous avons visité : - l’INADES, (Institut Africain de Développement Economique et Social) - la centrale syndicale « Dignité » - la centrale syndicale FESACI (Fédération des Syndicats Autonome de Côte d’Ivoire) - l’AIDF (Association Ivoirienne pour la Défense des droits des Femmes) I. L’INADES documentation Cet organisme a été créé en 1988 par les pères jésuites. Le fondateur, le P.Henrion avait constaté un manque de bibliothèque au niveau supérieur, alors que des bibliothèques existaient dans tous les collèges et établissements secondaires de la place. L’INADES Côte d’Ivoire est formée de deux branches entièrement indépendantes qui sont : INADES Documentation et INADES Formation avec l’ASMU (Action sociale en milieu urbain) L’INADES documentation dispose d’une bibliothèque de 100 places et plus de 50000 ouvrages mis à la disposition des lecteurs, étudiants, professeurs et chercheurs de la place.

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2. La centrale syndicale « Dignité » Elle est née dans la clandestinité, dans les années 1988 à Abobo, un grand quartier populaire d’Abidjan. Elle a été officialisée le 7 février 1992 par la Confédération mondiale des travailleurs. Elle est composée de plusieurs syndicats de base de 120 entreprises et du secteur informel. Pourquoi Dignité ? A cause des affinités de l’Union Générale des travailleurs de Côte d’Ivoire avec le parti au pouvoir, des licenciements abusifs, du non respect des droits des travailleurs, de la fermeture des sociétés, du manque de contrats de travail dans certains cas. Objectifs de Dignité : Compte tenu de ces constats, Dignité est né pour revaloriser les travailleurs, c’est à dire pour contribuer à l’amélioration de leurs conditions de travail, pour revendiquer leurs droits. Dignité est donc un syndicat de construction et de revendication et non de participation. Se voulant apolitique et autonome, il n’a aucun lien avec les partis politiques. Les stratégies de lutte et de défense du travailleur : les procédures juridiques, les grèves dans les cas extrêmes, la formation et l’information à la base des travailleurs (certains ignorent leurs droits), l’appui à l’organisation, les conférences sur les questions d’actualité... Financement : la principale source de financement : les cotisations des membres, les frais d’ouverture de dossier. Dignité est affilié à l’ODESTA : Organisation démocratique syndicale des travailleurs africains.

3. La FESACI a) Création : La FESACI, Fédération des Syndicats Autonomes de Côte d’Ivoire est née en 1990 avec l’instauration du multipartisme, sous l’impulsion de 9 syndicats. Depuis sa création, elle a connu des problèmes de fonctionnement et ce n’est qu’à partir de 1994-1995 qu’elle a démarré réellement ses activités. Elle regroupe 21 syndicats b) Objectifs : - lutte pour la préservation des salaires - revendications des droits des travailleurs - éducation-formation et sensibilisation des travailleurs - encadrement des femmes travailleurs - mise en confiance des travailleurs c) Stratégie de lutte et de défense : - négociation au niveau de l’entreprise. S’il n’y a pas de solution, le syndicat se réfère à l’inspection du travail, puis à la justice. - grève dans les cas extrêmes - soutient la liberté d’agir indépendamment des autres organismes qui oeuvrent pour le développement - face à la mondialisation, la FESACI encourage les regroupements nationaux, régionaux et mondiaux qui permettent de constituer un syndicat fort pour agir. (A noter que la FESACI n’est affiliée à aucune centrale internationale) d) Financement : les principales sources de financement sont les cotisations et les droits d’adhésion. e) Difficultés : Il y a les risques de récupération par les partis politiques. La FESACI est modérée alors que Dignité est plutôt extrémiste.

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4. L’AIDF : l’Association Ivoirienne pour la Défense des Droits des Femmes. Créée en juillet 1992, à l’initiative des femmes de différentes nationalités vivant en Côte d’Ivoire suite au constat que plus des ¾ des femmes sont victimes de violence dans beaucoup de pays. Objectifs : Réfléchir et trouver les solutions aux problèmes des femmes ; lutter contre la violence, sous toutes ses formes, faite aux femmes (viol, pratiques traditionnelles néfastes telles que l’excision, le mariage forcé et précoce des jeunes filles...). Activités : information, éducation et sensibilisation. Stratégie : utilisation des médias avec soutien du ministre qui est de surcroît une femme... ; réflexion sur la façon dont la femme elle-même conçoit son rôle dans la société _____________________________

4 . Monseigneur Dacoury et Monseigneur Agré,

le 19 août

Monseigneur Dacoury, évêque de Bassam, a passé la journée du 19 août avec nous. Il a prit part aux travaux. Monseigneur Agré, archevêque d’Abidjan, est venu le matin. Nous retenons de son exposé : L’archevêque a commencé son propos en souhaitant la bienvenue aux participants, et il a apprécié le fait que les deux communautés linguistiques (anglais, français) soient représentées. Les deux langues s’imposent a-t-il dit en substance, et d’ici peu, ceux qui ne parleront pas les deux langues seront analphabètes. En général, l’on dit que les anciens jécistes se reconnaissent par la rigueur de leurs propos et de leurs actions. C’est en fait une chance d’être jéciste, d’avoir été jéciste, c’est aussi un véritable défi. Si vous avez appris à faire la synthèse, à prendre part aux débats, vous avez aussi appris à faire des analyses, a martelé l’archevêque qui a ensuite marqué un véritable temps d’arrêt sur un mot revenu plusieurs fois dans nos exposés et propos, notamment dans le mot de bienvenue de Georgette : « vous avez, a-t-il dit, prononcé un mot clé, le mot de tous les drames et de toutes les joies de l’Afrique aujourd’hui : le mot Solidarité ». Si nous voulons avoir notre place dans les pays qui avancent en Afrique et dans le monde, nous devons être solidaires. Tout le drame de l’Afrique actuelle réside dans le manque de solidarité. Nous avons tout pour réussir mais nous ne faisons pas le nécessaire pour montrer le sérieux de notre solidarité. Le jéciste doit s’occuper de la qualité de sa personne, de sa famille, de l’image qu’il donne du point de vue social, ecclésial. Si nous voulons être efficaces, du point de vue personnel, le jéciste fera un effort pour présenter un corps sain, une intelligence toujours à la pointe de la vie. Nous devons laisser éclater notre intelligence. Nos conversations, en général, laissent à désirer. On ne parle pas de livres écrits ou lus... On parle de football....

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La corruption et l’inconscience sont les deux maux qui nous tuent. Le jéciste, l’ancien jéciste doit s’engager et chercher les voies et moyens pour lutter contre tous ces maux. Le jéciste doit savoir trancher. Il ne doit pas se comporter comme « tout le monde ». Il doit interroger son intelligence en tant qu’homme, en tant que jéciste, en tant que chrétien. L’ancien jéciste devrait tenir compte du fait qu’il y a une parole qui libère. Il ne devrait pas continuer à parler comme les autres, il devrait fréquenter la bible et savoir faire oraison, méditation. Il devrait savoir se nourrir de trois nourritures : - la bible, la parole de Dieu, connaître la bible chaque jour un peu plus. - l’eucharistie : chercher à communier, toujours rester en état de pouvoir communier - la volonté de Dieu : se poser chaque jour la question : « quelle est la volonté de Dieu sur moi ? » L’archevêque a terminé son propos sur un conseil à tous les participants : « Sur le plan spirituel, cherchez à être saints. C’est le défi de l’an 2000 : la recherche de la sainteté. Soyez des phares, passez le discours et allez droit à l’engagement. C’est ce que nous attendons de vous. Soyez des moteurs, des références partout où vous êtes ».

Avec Mgr Agrée et Mgr Dacoury

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5. EXPOSE DU PROFESSEUR DEDY SERI1

POUR UNE PLACE HONORABLE DE L’AFRIQUE AU XXI ème SIECLE

1. Les questions de départ Dans la correspondance qu'il m'a adressée au mois de juillet dernier, le président du Réseau Africain des Anciens Jécistes d'Afrique souhaitait m'associer à une réflexion d'intérêt méthodologique, qui permette aux Anciens de mieux répondre aux défis politique, économique, social culturel et ecclésial qui se posent au continent dans un contexte de globalisation de l'économe et de la culture. La lettre insistait sur un double objectif : d'une part, approfondir la compréhension des réalités africaines qui seront exposées à travers des panels ; d'autre part, forger un nouveau concept de la citoyenneté africaine, la finalité ultime de la présente session étant d'élaborer un Plan d'Action sur quatre (4) ans, que conduira le Réseau jusqu'au 21 ème siècle. Mesdames, Mesdemoiselles Messieurs, l'ambition de votre rencontre est très noble en tant qu'elle épouse l'humanisme de l'Eglise, toujours en quête d'équité et de solidarité entre les individus, les groupes, les nations et les continents, sans distinction de races, de sexes. d'ethnies et de naissance. La présente session s'inscrit dans la mouvance des débats internationaux sur la place de l'Afrique dans le concert des continents en cette fin de siècle. Cette interrogation d'intérêt prospectif vient à son heure en raison de deux défis majeurs semble-t-il étroitement liés : la mondialisation et la décroissance de tous les indicateurs de développement. 1.1 La mondialisation C'est la libre circulation à l'échelle internationale des capitaux et des produits donc 1’éclatement / disparition des espaces nationaux ; la mondialisation implique le déréglementation, le libre-échange, le libre flux des capitaux. Elle a des conséquences incalculables sur la vie sociale, économique, politique et culturelle des Etats. La communauté internationale assiste à ce qu'il est convenu d'appeler les régimes globalitaires qui succèdent aux régimes totalitaires ou systèmes oligarchiques (à partis uniques) n’admettant aucune opposition organisée, et subordonnant les droits de la personne à la raison d’Etat. Ainsi que le rappelle Ignacio Romanet, « les régimes-globalitaires reposent sur les dogmes de la globalisation et de la pensée unique ; ils n'admettent aucune autre politique économique, subordonnant les droits sociaux du citoyen à la raison compétitive et abandonnent aux marchés financiers la direction totale des activés de la société » Dans les régimes globalitaires, les dirigeants nationaux ne jouent qu'un rôle de fondé de pouvoir devant rendre 1

Anthropologue. Sociologue, Université de Cocody Institut d'Ethno-sociologie; Conférence prononcée à la demande du Réseau des Anciens Jécistes d'Afrique / Network of Former African Ycssers ; Conférence prononcée le mardi 20 Août 1997 à la mission Ste Cécile à Bingerville, Côte d'Ivoire.

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compte périodiquement aux inspecteurs de la finance internationale dans le cadre du recouvrement d'une dette énorme. La mondialisation est l'autre appelation de la domination. 1.2 La décroissance des indicateurs de développement Face à ce phénomène, les Etats africains restent sans imagination et tournent en rond espérant que d’autres Etats viendront résoudre leurs problèmes. En effet, cinq cents ans après Christophe Colomb (1492), deux siècles après la Révolution française (1789), quatre vingt ans après la révolution d’Octobre (1917), trois décennies après les Indépendance (I960), et huit ans après la chute du Mur de Berlin (Novembre 1989), on constate un déclin inquiétant en liaison avec la décroissance actuelle de tous les indicateurs de développement, (espérance de vie taux de morbidité, de mortalité maternelle et infantile, recrudescence de l'alphabétisme et de la pauvreté, émergence de certaines pathologies anciennement vaincues ou jusqu'alors inconnues). En effet, à peine amorcé en 1990, le processus démocratique recule à grands pas face au retour en force d'un modèle oligarchique qui tend à se militariser (le retour des colonels et des généraux), que des millions de jeunes comme vous croyaient mort et enterré, mais qui doit sa résurrection aux forces conservatrices d'ici et d'ailleurs, parmi lesquelles de plus en plus d'universitaires africains. Ces derniers aiguisent la conscience excluante des idéologies tribalistes et esclavagistes, piétinant les droits de l'Homme ainsi que ceux de la Femme. A la faveur d'une crise sans précédent qu'ils ont eux-mêmes provoquée au nom de la gestion patrimoniale des biens publics, les pouvoirs postcoloniaux d'Afrique et leurs alliés extérieurs sont en train de brader les secteurs stratégiques du continent Une telle Afrique peut-elle se réveiller avant longtemps et se faire une place honorable dans le concert des continents ? Alors que l'Europe se forge un destin communautaire depuis 1957, l'Afrique a du mal à soutenir une réflexion et des actions concrètes allant dans le sens de l'Unité et de la Solidarité dont parlaient NKRUMAH et CHEICK Anta Diop; alors que dans l'Europe du XIXè siècle les effets pervers du capitalisme avaient entraîné l'institutionnalisation de la sécurité sociale, 1’Afrique face à la crise est incapable de réaction ; c'est que la conscience historique et morale de ses dirigeants s'est obscurcie; les Etats ne sont plus que des Etats-Sorciers commettant nuit et jour, toutes sortes de meurtres : le meurtre des valeurs et des idées (le « mythocide »), le meurtre des valeurs fécondantes (l'« axiocide »), le meurtre des peuples réclamant plus de liberté d’expression et d'équité à propos du gâteau national (l'« ethnocide ». Selon une récente étude de la Banque Mondiale, aucune entreprise africaine ne figure au nombre des 200 premières firmes de dimension mondiale. L'Afrique occupe à peine 1% du commerce international, 1% de la production intellectuelle (du domaine de l'audiovisuel et littéraire). Elle demeure donc un continent de consommateurs, qui subit et subira la fascination des autres continents, n'ayant retenu aucune leçon du passé. Si en cette fin de siècle, l’Afrique souffre de tant de déficits et apparaît plus sinistrée aujourd’hui (1997) qu'hier (1960), se contentant de l'aide extérieure pour soulager ses chômeurs, ses enfants des rues, ses sidéens ainsi que ses blessés et réfugiés (des guerres civiles), on ne peut raisonnablement penser que ce continent puisse accepter la modernité et réaliser le développement humain durable; démocratiser l'éducation. la santé et les massmédia en l’espace d’un demi siècle ; réinvestir dans la vie de tous les jours les valeurs les plus fécondantes des populations ; gérer rationnellement l'environnement : un régime totalitaire (globalitaire) qui a peur de la critique et de la vérité, étouffant de ce fait la créativité, ne peut promouvoir le développement. La jeunesse d'un tel continent peut-elle inverser la tendance et promouvoir le développement en question?

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II Que peut la jeunesse africaine dans ces conditions? A cette question, on peut répondre à la fois par la négative et l’affirmative, si l’on en croit la tradition orale africaine. 2.1 La jeunesse africaine n'est pas capable de potentialiser le mouvement historique du continent Plus qu'un phénomène physiologique, la jeunesse est une réalité sociologique ; elle dépend du système idéologique qui l'environne et la nourrit. Vous qui m'écoutez appartenez chacun à une famille qui s'inscrit dans une histoire sociale, économique, politique et culturelle. C'est à travers l'éducation («profane» et religieuse) que les vieilles générations perpétuent leur vision du monde; en d'autres termes, les adultes se reproduisent idéologiquement à travers leur progéniture. De sorte que vous rencontrerez un peu partout des jeunes qui sont aussi vieux et aussi conservateurs que les vieux. «Tel père tel fils», dit l'adage. Car c'est toujours sur les anciennes nattes que l'on tresse les nouvelles, d'après le mythe dan de Ngnudoh. Autrement dit, rien ne permet d'affirmer que les jeunes que vous êtes redresseront la situation actuelle qui est le fait de leurs parents. Ce que dit la littérature orale dan de Côte d'Ivoire D'après un mythe dan, les jeunes d'un village décidèrent un jour de mettre à mort tous les vieux, c'est-à-dire leurs propres parents sous prétexte qu'ils sont vieux, inutiles et impotents. Mais un jeune homme répondant au nom de Ngnudoh alla cacher ses parents dans un grenier. Et tous les vieux -sauf les parents de Ngnudoh- furent massacrés. Mais la jeunesse n'eut pas le temps de célébrer la disparition des vieux : le lendemain matin apparut un génie qui menaça de mettre à mort les jeunes si ces derniers ne parvenaient pas à résoudre l'énigme suivant : fabriquer une natte avec du sable et inversement, fabriquer du sable à partir d'une natte. On devine aisément l'angoisse qui s'empara des jeunes. Le jeune Ngnudoh eut alors l'idée d'aller consulter ses parents dans leur cachette; ces derniers acceptèrent de sauver l'ensemble des jeunes en dictant la réponse: «Génie de la forêt» depuis quand a t-on fabriqué une natte avec du sable ou du sable à partir d'une natte? Si tu veux de nous une nouvelle natte, donne-nous d'abord une vieille natte, car c'est sur l'ancienne qu 'on tresse la nouvelle». Remarques: La nouvelle natte ici correspond à la culture au sens de nouvelle vision du monde; or la solution proposée par la jeunesse à travers Ngnudoh n'est pas si nouvelle que cela pour autant qu'elle émane des parents de celui-ci; sans discuter ici de la valeur ou du sens de la réponse, on peut souligner le fait qu'elle vient plutôt des anciens, les jeunes étant généralement le prolongement idéologique de leurs parents. La jeunesse africaine échappe-telle à la loi de la reproduction sociale et idéologique ? 2.2. La jeunesse est mouvement, changement et créativité La littérature orale bété confirme cette hypothèse à travers deux dictons et une chanson bété. 2.2.1. Les dictons 2.2.1. a Yu/ bhie / glonènu / ô/ ke/kwa/me/ n/wa/looh/ enfant/ressemble/ rat domestique / il/possède/os/dedans/et/on//croque/ Traduction littérale: «L'enfant ressemble à un rat domestique que l'on mange avec ses os».

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Traduction littéraire : « Malgré sa personnalité, l'enfant reste un objet entre les mains des adultes qui l'exploitent / dominent allègrement» Traduction littéraire 2: «La jeunesse n'a pas droit au chapitre parce que mineure» Traduction littéraire 3: «La jeunesse n'a pas droit à la parole en tant que mineure» Le dicton se dit chaque fois qu'un jeune veut à tout prix s'exprimer ; il indique la tendance cynique des vieux à marginaliser / museler les jeunes dans l'Afrique d'hier (et d'aujourd'hui). Une telle tendance profonde explique sans doute l'immobilisme et le conservatisme actuels de la jeunesse africaine malgré la gravité des défis. 2.2. l.b /Yu / pe /nyeta / poo /kloo/ enfant /jette /vieux /poudre /visage/ Traduction littérale: « Le jeune lance de la poudre au visage du vieux » Traduction littéraire 1 : «Le jeune contredit le vieux» Traduction littéraire 2 : «La jeunesse peut contester les points de vue des vieux» Traduction littéraire 3 : «La jeunesse est capable de réflexion et de critique»

2.2.2. La chanson C'est une chansonnette qui se présente comme l'antidote de (221.a) et la confirmation de (22 l.b). En voici d'abord le contexte: les jeunes l'entonnent souvent lorsque leurs parents essaient de les éloigner des flaques d'eau laissées par la pluie. Et comme pour les narguer, ils déclarent que ce qu'ils sont en train de faire est quelque chose d'important en tant que fait inédit et digne d'intérêt : gblissi /degbeia /ah /bhîe / nybhie / noo / nybhie / lele /ah / hyé / noo/. liane /jeune / nous /pas encore / culture /fait/ culture / nouvelle / nous / allons /faire / Traduction littérale: «jeunes bourgeons de liane, nous n'avons pas encore fait la culture; la culture nouvelle allons faire». Traduction littéraire l : La jeunesse est devenir ( bourgeon ) qui aspire à quelque chose de nouveau. Traduction littéraire2 : La jeunesse est changement, symbole de civilisation et d'innovation. Quel enseignement peut-on tirer de cette chansonnette? Elle insinue que la caractéristique principale de la jeunesse reste l'extravagance, la créativité, l'innovation et le mouvement par opposition au monde des vieux, lui, caractérisé par l'immobilisme, le conservatisme, la prudence, l'impotence et la laideur. Les matériaux fournis par la littérature orale africaine( ici Dan et Bété de Côte d'Ivoire ) permettent de répondre à la fois par la négative et l'affirmative à la question de départ concernant la capacité de la jeunesse à relever les défis qui se posent au continent dans un contexte de globalisation de l'économie et de la culture. Mais la culture et l'actualité internationale permettent d'être optimiste quant à l'avènement d'une nouvelle citoyenneté africaine qui sera impulsée par la jeunesse, celle-ci étant par ailleurs synonyme de progrès au sens anthropologique du terme.

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III- L'espoir est permis avec la forte demande d'équité qui anime l'humanité en cette fin de siècle Hormis le fait que la jeunesse constitue fondamentalement un ferment d’évolution positive, il faut savoir que sous les yeux des jécistes africains se succèdent des événements de haute portée historique (3.1) susceptibles de potentialiser leur capacité d'intervention dans l'histoire du siècle à venir. Bien plus, en s'inspirant des plus fécondantes valeurs socio-politiques du patrimoine culturel africain (3.2) et en aiguisant sa capacité d'analyse et son pouvoir de discernement éthique (3.3 et 3.4 ), cette Jeunesse peut inverser les tendances conservatrices actuelles ainsi que la conscience excluante rampante, toutes choses qui trahissent la foi chrétienne. 3.1. Tirer les leçons des événements de portée historique et sociologique Sous nos yeux se succèdent des événements dont on ne soupçonne peut-être pas la portée socio-historique mais dont la survenue constitue, à notre humble avis, un réel motif d'espoir quant à la définition par la jeunesse d'une nouvelle citoyenneté africaine. Il s'agit d'une, part du déclin du P.R.I, parti totalitaire au pouvoir au Mexique depuis 70 ans, et d'autre part de la victoire, à, la présidentielle d'un candidat d'origine servile ou intouchable en Inde. Ces événements majeurs signifient que malgré tout, l'histoire suit une direction -celle de la justice et de l'égalité- et que tous les murs de l'exclusion peuvent s'écrouler au nom de l'amour du prochain. A l'idée que demain le monde des privilèges et les royaumes de misères peuvent disparaître, les pouvoirs aristocratiques mettent en oeuvre des stratégies de survie. Ces dernières sont perceptibles à travers les fraudes électorales, l'achat des consciences, les prévarications et la tribalisation des débats et luttes politiques, ainsi que le musellement de la presse privée ; comme si l'alternance et la critique sociale étaient de vains mots ou une expérience inconnue des traditions politiques africaines. 3.2. Critique et alternance dans le contexte traditionnel : l’exemple de l’Abysa Nzema Consciemment ou inconsciemment, les oligarchies africaines considèrent la démocratie et ses exigences intellectuelles comme un «luxe pernicieux» pour les Etats postcoloniaux. C'est pourquoi on inventa le système de parti unique qui, croyait-on, hâterait la construction nationale et le développement. Au nom de cette double nécessité, les idéologies nationalistes masquèrent un aspect fondamental de l'anthropologie politique africaine: l'esprit critique et l'alternance. Il existe en effet des institutions qui jouent ce qu'on appellerait aujourd'hui un rôle de contre-pouvoir : le Wassan-Kara (Haussa, Niger), le Taasu (Wolof, Sénégal), l'Abyssa Nzema, (Côte d'Ivoire, Ghana), etc. L'Abyssa est en effet un rituel qui célèbre chaque année le retour d'Afoa kyè (génie du mal). Pour exorciser ce mal, donc décider Afoakyè à se retirer dans l'Océan ou dans la Forêt, la société des hommes doit consentir un sacrifice: accepter l'auto-critique, la critique frontale et le changement. Ainsi s,explique le caractère vériste des chansons ayant pour cible la société politique; ainsi s'explique également le fait que des dignitaires perdent leur poste politique, suite aux révélations sans complaisance des fautes qu'ils auront commises au cours de l'année écoulée. L'alternance est ainsi inscrite dans l'Abyssa.. L'Abyssa, le Wassan Kara, le Taasu sont inconnues de l'Afrique moderne parce qu'il s'agit d'institutions humanisantes de la vie politique. Soigneusement masquées par l'idéologie de « l'authenticité ». La jeunesse africaine n'a pas le droit de les ignorer, elle qui doit se « munir

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d'une plus grande lampe » pour s'éclairer dans la nuit d'un despotisme à peine éclairé en cette fin du XXeme siècle. 3.3. Se munir d'une méthode efficace d'analyse pour détecter les foyers de conflits et de drames. . L'une des méthodes permettant d'être vigilant sur tous les événements sociaux actuels et à venir paraît être la méthode dialectique0^ e mot dialectique désigne le mouvement ou le changement du réel, aussi bien celui des idées que des choses. Le principe fondamental de la dialectique est que la contradiction demeure le moteur de l'histoire (le réel évolue parce qu'il est la réunion de deux contraires le positif et le négatif, le oui et non). Le dialectique repose sur quatre lois que tout jeune doit assimiler s'il veut être capable d'analyser correctement les événements mondiaux. i) La loi du mouvement qui stipule que tout est changement sur la terre ou que rien n'est immuable : le PRI a eu une extraordinaire longévité politique (70 ans), mais il vient de connaître un échec ; l'Inde aristocratique depuis des siècles est gouvernée aujourd'hui par un président d'origine servile, etc. et pourquoi pas l'Afrique par les opprimés et les exclus dans une perspective de rééquilibrage et de justice ? ii) La loi de la contradiction : celle-ci enseigne que l'harmonie n'existe pas. Les sociétés traditionnelles dépeintes comme des structures paisibles n'en sont pas si l'on considère précisément les inégalités et autres formes d'exclusion (régimes matrimoniaux, monarchies, esclavage, etc.) qui nient manifestement la dignité humaine. iii) La loi de l'interaction enseigne que tout se tient dans le réel (le social, la nature, la pensée) et qu'il n'est pas possible de comprendre en phénomène si l'on n'intègre celui-ci dans un mouvement d'ensemble (contexte historique, géographique, idéologique etc.). iv) La loi du bond qualitatif stipule que les événements se produisent toujours lorsque les facteurs qui les conditionnent parviennent à un certain degré de « saturation », lorsqu'un certain degré d'accumulation se réalise. On ne peut pas comprendre l'émergence des mouvements de contestation sans les référer à la scolarisation au cours des deux dernières décennies ; on ne peut non plus comprendre le phénomène des enfants des rues si l'on ne le relie pas au malaise familial, à la crise économique, à la crise de l'éducation et à la baisse de la foi. 3.4. Combiner réflexion théorique et recherche opérationnelle. Pour parvenir aux objectifs qu'elle se fixe à l'horizon 2000 en termes de participation à la construction d'une nouvelle citoyenneté africaine, la jeunesse chrétienne doit entreprendre ou faire entreprendre des études opérationnelles intéressant des problématiques aussi sensibles que l'ethnicité, la pauvreté, la réussite sociale, la participation de la femme à la vie nationale, la liberté d'expression. Comme la communauté internationale se montre de plus en plus attentive à ces questions, les Jécistes doivent apprendre à rédiger des protocoles de recherche à soumettre aux Bailleurs de Fonds. Une telle orientation a un double intérêt ; pédagogique et pratique. Sur le plan pédagogique, la jeunesse se familiariserait ainsi avec la science comme outil de réflexion ; mais en même temps, sur le plan de l'action, cet outil conduit à l'initiative et à la créativité / inventivité.

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CONCLUSION En faisant fond sur l'histoire économique, sociale et politico-idéologique de l'Afrique avec son lot de misères et d'humiliations, lié à la double dépendance extérieure et intérieure, on s'interroge sur ses chances d'«auto-dignifîcation » en lorgnant vers la jeunesse (chrétienne). La même histoire et l'anthropologie enseignent que cette jeunesse (comme toutes les jeunesses depuis Socrate jusqu'à F. Houphouêt-Boigny en passant par Thomas Sankara), est à la fois incapable et susceptible de relever les défis des temps nouveaux. Mais l'espoir est donc permis. Cet optimisme s'appuie non seulement sur certains aspects positifs du patrimoine culturel africain jusque-là soigneusement masqués au nom de la logique totalitaire des EtatsSorciers, mais encore sur des événements majeurs comme la récente victoire à la présidentielle d'un intouchable en Inde. En se donnant davantage de moyens intellectuels et matériels, la jeunesse chrétienne peut hâter l'avènement d'une nouvelle citoyenneté africaine en termes de liberté d'expression, d'égalité, de convivialité et de justice ; la foi chrétienne est une exigence d'équité.

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6. REFLEXION DU PERE DOUE OULA LEOPLOD sur le thème de la session d'étude : Anciens jécistes quelle est notre participation dans les nouvelles structures de l'Eglise et dans la société en vue d'un développement solidaire. Introduction Je remercie ma chère amie et petite sœur Virginie, qui a bien voulu m'associer à cette rencontre d'éminents chercheurs -ces philosophes, sociologues, anthropologues venus interroger leur foi au Dieu de Jésus-Christ. Je ne suis qu'un curé de campagne. Sans hésitation aucune, j'ai saisi la perche que m'a tendue ma sœur, parce que, le plus souvent, une fois sur le terrain, et surtout en brousse, nous prêtres, perdons les bonnes habitudes. Nous prétendons n'avoir ni le temps, ni l'occasion de nous cultiver. Vous avez donc devant vous un prêtre de la vieille école; qui ne vous apprendra rien de nouveau, mais à qui vous donnez l'occasion d'apprendre à vos côtés. Je vous en sais gré. Infiniment! Le thème qui m'a été proposé - à savoir: « Ancien jéciste » quel est notre participation dans les nouvelles structures de l'Eglise et dans la société en vue d'un développement solidaire? - Je compte le développer en quatre idées principales : 1)-Notre identité « d' ancien jéciste ». 2)-Les grands défis interrogeant notre foi à la veille du 3ème millénaire 3)-Les racines bibliques et théologiques d'un développement solidaire. 4)-Notre participation dans les structures de l'Eglise et dans la société.

1. Notre identité d’ancien jéciste Dès mon premier contact avec le thème, je me suis demandé ce que, au fond, l'on pourrait entendre par «ancien jéciste ». J'avoue que j'ai tiqué un peu. Quand j'étais jeune et que j'entrais au Séminaire, j'étais de ceux qui murmuraient quand nos évêques nous ont demandé d'arrêter avec nos activités JEC. Car la JEC selon moi, enseigne au jeune à cultiver un esprit critique au sens évangélique du terme, apprenant ainsi comment concrètement au lycée comme en famille, il peut arriver à être « sel ». L'Eglise peu s' enorgueillir, car la JEC a formé pour notre pays beaucoup de responsables humainement équilibrés. Cependant, beaucoup d'entre nous jécistes, une fois dans la vie active, nous sacrifions l'Evangile à l'autel de la « Mangercracie » Nous empochons nos si bonnes habitudes JEC. A cette allure, l'« ancien jéciste » désignerait-il cet « ancien engagé » comme on parlerait aujourd'hui d'ancien combattant? En d'autres termes nous aurions traversé la JEC sans laisser la JEC nous traverser? Je ne pense pas. Je crois donc comprendre que 1'« ancien jéciste », que je suis, c'est cet adulte, cet ancien, mûri à cette « école de la foi » qu'est la JEC et qui aujourd'hui dans la vie active, affirme énergiquement sa foi avec joie et fierté. Paraphrasant Charles DELHEZ, il pourrait affirmer: Toutes les religions ont du bon parce qu'elle cherchent Dieu.... Si j'étais né ou élevé en Lybie ou en Algérie, j aurais été peut-être musulman. J'ai eu sans doute la chance d'avoir grandi dans un environnement chrétien. Mais je suis heureux de m'être interrogé sur ma religion grâce à la

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JEC. Et j'ai pu en toute connaissance de cause choisir ma religion que j'avais déjà2. Autrement dit. l'«ancien jéciste» que je suis, c'est celui-là qui a appris à mûrir ses aspirations légitimes et spirituelles, qui a opéré un choix et qui l'assume allègrement face aux nombreux défis de la vie. A présent, voyons quelques défis de notre monde d'aujourd'hui. 2)-Quelques défis qui interrogent notre foi. Le sida: Le sida est là. Hélas!. Et ce n'est un secret pour personne. Cette pandémie qui progresse de façon inquiétante interpelle notre foi de chrétiens engagés. Les impacts du sida sont multiples et multiformes, aussi bien pour l'individu que pour la communauté toute entière. Ce phénomène fagocite tout sur son passage. Sans exagération aucune, je dirais que rien ne lui résiste jusque là. Ce fameux fléau, le virus de l'immunodéficience humaine responsable du sida. a tout bousculé sur son passage: nos propres mentalités, les familles, même les systèmes de santé les plus performants, nos systèmes éducatifs, le milieu politique. Le monde religieux... La maladie galope et n'épargne personne : riches et pauvres, croyants et non croyants. Les religions sont concernées. Le sida interpelle « l'ancien jéciste » que je suis en tant que «témoin des souffrances du Christ » et m'oblige, à jouer ma partition dans cette lutte qui me concerne moi aussi. Le phénomène sida exige que je parle, que j'agisse, que je crée, que je fasse preuve d'une charité réellement inventive. L'Islam. En Afrique occidentale, parmi les pays fortement islamisés l'on compte la Mauritanie, le Sénégal, le Niger, la Gambie, pour ne citer que ceux-là, avec respectivement des taux 99%, 91%, 90% et 87%. Dans notre pays, sur une population évaluée à 12.500.000 habitants en 1992, 3.750.000 musulmane En Côte d'Ivoire nous enregistrons un taux de 30% après le Burkina 42%, la Guinée-Bissau 40%.3 L'Eglise, surtout depuis le Concile Vatican II, reconnaît la foi authentique des musulmans au Dieu Unique, la valeur spirituelle de leur soumission et adoration4. Elle propose que face à l'Islam il convient de trouver un « modus vivendi » par le moyen du dialogue. Les situations varient selon les pays. Je crois que là aussi l'Evangile voudrait que nous soyons inventifs dans nos démarches de dialogue tout en étant convaincus de notre foi en Jésus, Parole de Dieu fait homme, le même hier, aujourd'hui et à jamais5 : « Désormais, vous, les Africains, vous êtes

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Charles DELHEZ, Heureux d'être Chrétien édition Source de vie (Toulouse).1991 Pp. 1920. 3 Josef Stamer, L'Islam en Afrique au sud du Sahara, édition Verbo Divino 1995, Pp.27-31. 4 Cf. Concile Vaican II, Constitution Dogmatique sur l’Eglise, Lumen Gentium S 16. Plus tard, l'Eglise explicitera son langage à travers les documents du St Siège. L'engagement missionnaire ne vise pas l'augmentation quantitative de la communauté chrétienne. Cela risque d'être une perte de temps. L'Eglise est au service du Royaume de Dieu. Elle doit aller à la rencontre de tous ceux qui portent en eux les « germes » de ce Royaume. Sa mission est de reconnaître ce qu'il y a de bon et de vrai chez eux, dans le respect des différences, utilisant un langage approprié, cheminer vers plus de vérité et plus d’amour. 5

Héb. 13.8

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vos propres missionnaires»6 , disait le pape Paul VI. « Malheur à moi si je n'annonce pas l'Evangile »7. La relance économique : Il Semble que notre pays, à l'instar de bien d'autres à travers le monde, amorce une certaine relance au plan économique. Ce nouvel environnement économique permet aux tenants du pouvoir d'initier de grands projets de développement. Bon nombre de nos CHU et CHR dont celui de Man sont entièrement réhabilités. Les responsables se réjouissent du fait que les recettes augmentent. On parle partout de rentabilisation des structures, mais les vrais pauvres à qui ces structures sont destinées n'ont l'ordonnance en main qu'après s'être acquittés des droits d'entrée. Ce sont là des faits qui devraient nous faire réfléchir. Les guerres fratricides en Afrique. Voilà un autre défi sérieux. Le problème de la conversion après plusieurs décennies de christianisme... notre foi nous enseigne que la réconciliation est possible. Le Jéciste adulte devra faire le premier pas. Nous aurions pu faire un chapelet des nombreux défis à relever, les nombreux échecs scolaires, le «Kpakpatoya»,... mais le plus important je suppose, c'est de chercher «comment» les espérances toujours étouffées de nos peuples interpellent notre foi désormais adulte. Pour ce faire, nous allons creuser les racines de nos convictions. 3 . Racines bibliques et théologiques de l’engagement de « l'ancien jéciste » pour un développement solidaire Réfléchir aux défis interpellant notre foi en Jésus, c'est se demander s'il y a un lien entre notre situation historique et le projet de salut que Dieu prévoit pour nous en Jésus-Christ. Cherchons d'abord à comprendre ce que nous entendons par développement solidaire. D'abord le mot « développement ». Ce concept est habituellement utilisé comme étant l'action des hommes en société, consistant à transformer leur milieu, à rendre meilleur leur condition de vie dans tous les domaines de l'activité humaine. Nos sociologues entreront dans les détails et préciseront davantage cette définition. Un développement solidaire. L'Eglise, dans sa doctrine sociale, parle de développement en terme de solidarité. L'homme est de nature solidaire et communautaire, non pas solitaire. La Bible nous enseigne que: « Dieu créa l'homme à son image. Homme et femme il les créa »8. Dès l'origine le créateur a voulu que l'homme vive et épanouisse ses qualités nécessairement par ses relations avec d'autres hommes9. Ainsi, de par sa nature profonde, l'homme doit-il contribuer avec ses semblables au bien commun de la société à tous les niveaux 10 . Mon compatriote, c'est donc celui qui, comme moi, porte en lui l'image de Dieu. La foi chrétienne est au service de tout homme et de tout l'homme. Le Dieu de la Bible est un Dieu qui insiste à ce que l'homme soit gardien de son frère 11. Rappelons-nous de l'histoire de Caïn et d'Abel. Plus tard, c'est encore ce même Dieu qui 6

Cf. Discours du Pape. Paul VI lors de sa visite à Kampala en Uganda en 1969. Cf 1 Cor 9.16. 8 Gen 1,27 9 Vat. II Eglise dans le monde de ce temps, N°12.4 10 Congrégation pour La Doctrine de la Foi, 1984. Cf THEO P. 858 11 Dans Gn 4,9 Dieu interroge Caïn sur le sort de son frère Abel. 7

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prendra Israël par la main pour en faire son peuple: «Yahvé vous a pris et vous a fait sortir de cette fournaise d'Egypte pour que vous deveniez le peuple de son héritage, comme vous l'êtes encore aujourd'hui ». Dt 4,20. Ainsi, la doctrine sociale de l'Eglise s'oppose à toutes les formes d'individualisme social ou politique. Notons aussi qu'«II n’y a pas de foi non alignée» comme l'affirme à raison un théologien africain.12 En effet, la foi est toujours du côté de l’homme au service de son bonheur. La foi pour être authentique doit contribuer au développement intégral de l'homme, à son humanité. La vérité de foi est nécessairement en rapport avec un contexte précis, car le salut s'adresse à l'homme vivant en situation sociale, politique et économique bien déterminées. Les théologiens définissent donc le développement « comme promesse et projet d'humanisme, comme promotion de la dignité de l'homme, et lié à l'intention créatrice de Dieu »13. Les Saintes Ecritures nous enseignent que Dieu, dès la création de l'Homme, les bénit homme et femme et leur dit « soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ».14 Ainsi, l'Homme se trouve-t- il dès sa création acteur et bénéficiaire d'un développement solidaire. L'homme est l'auteur, le centre et le but du développement.15 La doctrine de l'Eglise s'oppose à une conception manichéenne 16 du monde, cette doctrine dualiste qui a tendance à séparer l'esprit de la matière, le social du religieux, l'économie du politique, l'Eglise du monde. Une telle vision des choses représenterait une fuite de tout ce que notre milieu de vie peut avoir comme problème de fond. L'Eglise croit en un Dieu qui s'est lui-même anéanti pour se faire homme comme tout homme. Cf. Ph. 2,6 : Jésus, c'est l'Emmanuel, Dieu-avec-nous. Avec l'Emmanuel, nous sommes en présence d'un Mystère, celui de l'incarnation. Voyons à présent le Principe de l'incarnation. « Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous.... » (Jn 1,14). Avec l'avènement de Jésus-Christ, Dieu assure parmi les hommes une présence personnelle et sensible. Dieu décide d'être concret. Se faisant homme parmi les hommes. Le Créateur rend l'homme capable de créer des structures favorables à un devenir plus humain pour les filles et fils du même Père. Ainsi, chaque « ancien jéciste » devrait-il se dire : « moi, avec l'Eglise, je dois comme le Christ devenir « chair de la chair des hommes et habiter parmi tous les hommes ». Voilà ce que signifie être sel de la terre. Comme le dit si bien le pasteur KÂ MANA, nous tous qui avons foi au Dieu de Jésus-Christ devons « être la force et le souffle des clameurs des pauvres, la parole née de leurs sanglots et de leurs cris..., être présents dans les chaînes mêmes de leur esclavage, de tous leurs esclavages, et non pas prendre une position de surplomb par rapport à la réalité... »17 « Par 12

Efoué-Julien Pénoukou, Eglise d'Afrique : propositions pour l'avenir éd. Karthala, 1994 p.83 13 Idem 14 Gn 1,28 15 Cf Concile Vatican II L'Eglise dans le monde de ce temps(Gaudium et Spes) S 63-72. 16 Manichéisme : Religion de Mânes» fondé sur un gnosticisme dualiste. Cette doctrine est fondée sur la coexistence de deux principes du bien et du mal. Cf. Petit Larousse. 17 Cf. KA MANA, Christ d'Afrique : enjeux éthiques de la foi africaine.Ed Karthala 1994, Pp 216-217.

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l'incarnation, le Verbe de Dieu devient ainsi la mesure du développement et fait de celui-ci le processus d'avènement de l'humain »18 C'est au nom du principe de l'incarnation que le Jéciste utilise la méthode classique du « voir juger et agir ». Etant du milieu il regarde autour de lui, prend la véritable mesure des grands défis de son temps, analyse les vraies causes et les vraies responsabilités, et, de façon énergique, s'attelle à libérer et lui- même et son prochain de ce qui est contraire au processus d'humanisation de l'homme. A présent, voyous concrètement quel est notre rôle. 4. La partition qui revient à « l’Ancien Jéciste » Par leur double insertion dans l'Eglise et dans les réalités temporelles, les anciens Jécistes constituent pour le Christ les liens indispensables et la charnière entre le monde et l'Eglise19. C'est une position très exigeante. Au plan social: 1) Être au cœur des décisions qui se prennent dans la société. Dans l'esprit des pères du concile Vatican II la place du laïc, et donc du jéciste adulte, c'est d'être au sein du monde. A travers le JEC, l'Eglise essaie de « susciter des hommes et des femmes qui ne soient pas seulement cultivés, mais qui aient aussi une forte personnalité »20, des personnes appelées à être en toute circonstance, au cœur même de la société, les témoins du Christ. Les « cadres » ont besoin d'une réflexion chrétienne plus approfondie, au niveau de leur culture et de leurs responsabilités, d'abord pour ne pas rester en marge de l'Eglise, et aussi en vue d'un développement plus solidaire du pays. Ils doivent arriver à des décisions qui rendent présent l'esprit de l'évangile. 2) Les milieux scolaires ou professionnels : L'Eglise a besoin que la présence des « anciens jécistes » se fasse remarquer positivement dans les écoles et surtout dans des structures destinées à la formation de ceux qui ont la responsabilité de la chose publique21. En exerçant ce ministère qui leur est confié, les anciens jécistes veilleront à avoir « toujours devant les yeux que la construction de la cité terrestre doit être fondée sur le Seigneur et dirigée vers lui »22 Au plan ecclésial: (i) Au sein d'une communautés de base ou d'une association: L'homme par nature est un être social. L'Eglise encourage que nous témoignions notre foi en communauté et entreprenions les activités apostoliques dans la collaboration et l'union. La communauté23, devient un appui indispensable surtout au moment où l'affirmation de notre foi devient problématique. «L'union fait la force.»

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Idem

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Cf L.G. N° Vat II, l’Eglise dans le monde de ce temps N° 31.1 21 Vat II, L'activité missionnaire de l'Eglise, N0 41. 22 Vat. II Constitution dogmatique sur l'Eglise N0 46. 23 Vat II, Décret sur l'apostolat des laïcs $ 18 20

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(ii). A la paroisse. Lorsque je parle de la paroisse, je pense surtout aux communautés de base. S'agissant de la paroisse, je ne fait aucun commentaire. Je livre tout simplement ici un extrait d'une des recommandations du Pape Paul VI sur la vie de paroisse. AIME TA P A R 0 1 S S E . Collabore, prie et souffre pour ta paroisse, parce que tu dois la considérer comme une mère, à laquelle la providence t'a confié. Demande à Dieu qu'elle soit une maison de famille, fraternelle, accueillante... Offre ta collaboration d'activité pour que cela se réalise pleinement. Collabore, prie et souffre pour que ta paroisse soit une vraie communauté de foi: respecte le curé, même s'il avait mille défauts, il est le délégué du Christ pour toi. Regarde-le avec l’œil de la foi, ne mets pas l'accent sur ses défauts, ne juge pas trop facilement ses misères, pour que Dieu te pardonne tes misères. Prends soin de ses besoins, prie tout le jour pour lui. Souviens-toi : les ragots, les ambitions, l'envie de se mettre en vue, les rivalités sont les parasites de la vie paroissiale, déteste-les, combats-les, ne les tolère jamais. L'humilité est la loi fondamentale de tout service. Et accepte aussi d'être mis de côté, si le bien de tous, à un moment donné, l'exige. Seulement, ne croise pas les bras, jette-toi dans le travail le plus antipathique et délaissé de tous, et ne te mets pas en tête de fonder un parti d'opposition. Si le curé est autoritaire, et ne te laisse pas faire, n'en fais pas un drame, la paroisse ne s'écroulera pas pour cela. Il y a toujours des secteurs où un vieux prêtre te laisse entière liberté: la prière pour les pauvres, les malades, les personnes seules et les marginaux. ... Surtout la prière, Quand les choses ne vont pas, pointe le doigt sur toi-même au lieu de montrer du doigt ton curé et les situations. Prends tes responsabilités; tu as tes devoirs précis; si tu as le courage d'une autocritique sévère et honnête, tu auras peut-être une plus grande lumière sur les limites des autres. Si ta paroisse fait pitié c'est aussi ta faute : une poignée de gens motivés suffit pour faire une révolution,...

Conclusion En conclusion, je dirais que seul l'amour de Dieu, tel que Jésus nous l'a enseigné et concrétisé est la mesure de tout amour humain et la mesure de tout engagement au nom de notre foi de jéciste adulte au cœur du monde. Les conditions de vie toujours plus difficiles à cause du chômage sans cesse croissant, les menaces du sida, la recrudescence de l'intégrisme religieux, tout cela constitue un défi pour nous tous chrétiens adultes d'aujourd'hui. Défi qui représente une exigence, une mission que prêtres et laïcs devons accomplir ensemble. Il y a donc un besoin de créer une structure en vue d'un dialogue permanent entre nos responsables spirituels et les chrétiens un vue d'une conversion : celle de chacun d'entre nous. Je vous remercie. Père Doué Oula Léopold Mission Catholique Sts Pierre &. Paul BP 497 - Bloléquin

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7. COMPTE RENDU DU TRAVAIL EN CARREFOUR Les participants se sont ensuite répartis en quatre groupes pour réfléchir sur les questions suivantes : Aux niveaux : politique, économique, socio-culturel et ecclésial 1. Quels sont les grands défis à relever ? 2. Quelles pistes d’actions pour l’Eglise en général ? 3. Et pour les anciens jécistes en particulier ?

Rapport du groupe 1 : au niveau politique 1.Les défis majeurs - La vie politique est animée par une minorité, essentiellement les partis politiques qui ne sont malheureusement pas représentatifs de l’ensemble de la population. - l’inexistence ou la faiblesse de la société civile (syndicats, associations) qui devrait pourtant être un contre poids des partis politiques. - La corruption des leaders qui mine tous les systèmes de gouvernement en Afrique. Même les leaders des partis d’opposition et ceux de la société civile ont été corrompus. - Le manque d’éducation politique des masses populaires en Afrique. Ex : les gens votent sans savoir pourquoi et ne savent pas apprécier les candidats. - Les partis politiques d’opposition n’ont ni stratégie, ni moyens logistiques, matériels et financiers pour s’engager dans une lutte durable. - La recrudescence des coups d’état militaires qui remet en cause le jeu démocratique. - La politisation de l’armée. - La difficulté de mise en œuvre du processus démocratique à cause de la mauvaise foi des dirigeants qui sont souvent mal choisis. - Le manque de solidarité et d’unité entre les partis politiques d’opposition au niveau des organisations de la société civile et même entre certains états africains qui ont pourtant les mêmes contraintes face aux mesures imposées de l’extérieur (Banque Mondiale, FMI) - La définition des mauvaises politiques économiques qui entraînent la paupérisation de la population. - L’absence de définition d’un projet de société par les dirigeants africains et le manque de continuité politique. - L’existence des conflits in et inter nations africaines. - L’ingérence des puissances occidentales dans la gestion des affaires politiques de l’Afrique. - La fraude électorale - La prolifération de plusieurs partis d’opposition basée généralement sur les régions ou les ethnies. - L’Eglise (comme hiérarchie, et les chrétiens) ne s’engagent pas politiquement. - Les femmes et les jeunes sont absents des cercles où se décide la vie politique en Afrique alors que c’est sur eux qu’on s’appuie lors des élections. 2. Actions concrètes que l’Eglise doit mener dans le domaine politique. - L’Eglise doit s’informer et sensibiliser les chrétiens sur la vie politique à travers tous les moyens ( médias, radios, homélies plus vivantes...)

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- L’Eglise (hiérarchie ou laïcs) doit jouer le rôle de médiation entre le peuple et les gouvernants. - L’Eglise doit encourager l’émergence et le renforcement des organisations de la société civile initiées par les laïcs. - L’Eglise doit prendre position clairement surtout par des déclarations et dénoncer les situations déshumanisantes prônées par les politiciens africains. - L’Eglise doit oeuvrer à la création d’un grand ensemble africain sur le plan politique et même économique et juridique. - La création des commissions « Justice et Paix » par les Conférences épiscopales dans les pays où elles n’existent pas. 3. Actions concrètes par les anciens membres de la JEC. - Se déclarer et s’affirmer comme ancien jéciste partout où on se trouve, pour servir de modèle (dans la famille, le milieu professionnel, cercle d’amis). - Créer des regroupements d’anciens jécistes au niveau local, national et africain, et définir une stratégie de travail et mobiliser tous les moyens logistiques et matériels indispensables pour un travail durable et efficace. - Faire des regroupements des anciens jécistes des groupes de pression dans la vie politique. - Les anciens jécistes doivent s’engager politiquement en adhérant aux partis politiques et aux associations de la société civile en y imprimant la marque d’anciens jécistes. - Les anciens jécistes doivent d’abord pratiquer la solidarité et la vivre entre eux car certains sont riches et d’autres pauvres. Ceci constitue un préalable pour un renforcement des regroupements et d’actions communes. - Créer un système de solidarité, de parrainage et d’entraide entre les anciens jécistes car l’influence du jeu politique est impossible si on est faible. Il faut que les membres soient d’abord à l’abri du manque du minimum vital pour qu’ils puissent s’engager sérieusement. - La dynamique des anciens jécistes doit atteindre le Nord, car il y a des anciens jécistes qui occupent des postes de prise de décision. Ainsi ce Réseau deviendrait intercontinental. - Les anciens jécistes dans leur programme et stratégie doivent prendre à cœur le rôle des femmes pour les rendre beaucoup plus agissantes quant à leur engagement dans la vie politique. - Les anciens jécistes doivent créer ou adhérer à des organisations de la société civile. _________________________ Rapport du groupe 2 : au niveau économique Le rapport de ce groupe s’est malheureusement égaré... Le groupe avait relevé quelques défis qui nous interpellent : - le désengagement de l’Etat du secteur économique - le chômage grandissant, notamment le chômage des jeunes diplômés - la misère de plus en plus galopante - la baisse du pouvoir d’achat - l’insécurité grandissante en zone urbaine. __________________________ Rapport du groupe 3 : au niveau socio-culturel Après plus d’un siècle d’évangélisation et à l’aube du 3ème millénaire, l’Afrique demeure un continent en proie à d’énormes défis : politiques, économiques, sociaux et culturels. Dans le cadre de notre travail, nous nous intéresserons uniquement aux défis socio-culturels.

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I. Les défis qui nous interpellent : a) La pauvreté de la grande majorité des populations, consécutive à une mauvaise répartition des richesses nationales Le chômage des jeunes, notamment des jeunes diplômés. b) La santé : la problématique des maladies tropicales à l’exemple du paludisme, du choléra, de la cécité des rivières, etc... ; la pandémie du sida ; la malnutrition, surtout chez les enfants ; l’insuffisance des infrastructures sanitaires ; le coût élevé des médicaments et des actes de santé ; l’hygiène et les soins de santé primaire. c) L’éducation : l’analphabétisme persistant et la faible scolarisation des jeunes, surtout des jeunes filles ; l’échec scolaire et les goulots d’étranglement dans les structures d’encadrement scolaire ; la formation non adaptée au monde du travail ; la persistance des mentalités rétrogrades : la sorcellerie, le fétichisme, l’excision, le refus du progrès (refus d’adopter la médecine moderne, d’envoyer les enfants à l’école, même quand il y a des possibilités) ; le développement à grande échelle de la drogue, du banditisme, de la prostitution, etc... ; la marginalisation de la femme : la discrimination vis à vis du travail et des postes de responsabilité ; le non respect des droits de la femme ; l’aliénation culturelle dans les villes, particulièrement de la jeunesse, aggravée par les mass média ; la détérioration des valeurs éducatives et sociales. II. Pistes d’action pour l’Eglise L’Eglise rassemble le clergé et les laïcs, dont les anciens jécistes. C’est pourquoi nous avons réunis les questions 2 et3. Les actions concrètes que doit mener l’Eglise sont : - La promotion des micro projets de développement communautaire sur le commerce, l’agriculture et l’élevage dans le but de responsabiliser les populations rurales. - La création de centres pour enfants démunis. - Les anciens jécistes doivent identifier les populations nécessiteuses par région et par ordre de priorité - Les anciens jécistes doivent aussi participer à la recherche de financement des projets. - L’engagement des jécistes dans les structures de sensibilisation, de promotion et de décision touchant à la dignité de l’homme et sa participation responsable dans l’évolution sociale. - Les anciens jécistes doivent donner de leur temps et de leur intelligence en organisant des cours de vacances, d’alphabétisation... - Les anciens jécistes doivent s’engager dans les actions bénévoles - La sensibilisation, l’éveil des populations par le biais des radios confessionnelles. - L’Eglise d’Afrique gagnerait à appliquer les recommandations du dernier synode des évêques d’Afrique : « Ecclesia in Africa ». Pour terminer, il faut cependant souligner que le politique constitue un problème pour le social. -----------------------------------Quelques réflexions de la salle après le compte-rendu : - Déracinement culturel en Afrique, notamment la jeunesse qui a pour référence tout ce qui vient de l’Occident. Même si l’Eglise le fait à partir de l’inculturation, il est important que les anciens jécistes fassent des propositions à partir de nos cultures. - Education : aujourd’hui, dans certains pays, l’aspect éducation a été occulté pour être remplacé par l’enseignement secondaire et supérieur. Les anciens peuvent oeuvrer à faire revenir la notion de l’éducation dans le domaine.

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- Société : il faut non seulement la création des micro projets mais aussi la formation complémentaire en gestion. - Les anciens jécistes peuvent pousser l’Eglise à se libérer notamment sur le plan financier. - Penser à une journée panafricaine d’anciens jécistes afin de réfléchir sur les différents défis économiques, politiques et sociaux. Le plus grand défi aujourd’hui pour l’Afrique, c’est l’impérialisme. - Au niveau du catéchisme, la formation doit être faite pour la vie et pas seulement pour les sacrements - Recherche et identification de modèles pour les jeunes - L’Eglise doit promouvoir des activités d’autofinancement - Problème du dialogue entre les différentes religions ______________________________ Rapport du groupe 4. : au niveau de l’Eglise Questions : Comment les anciens jécistes participent-ils aux structures de l’Eglise ? Comment faire en sorte que ces structures développent la prise de responsabilité des laïcs ? Comment passer d’une certaine passivité à plus d’engagement ? Nos relations avec les communautés de base ? 1. Les grands défis à relever Il ressort des différentes interventions, les défis suivants à relever, au sein de l’Eglise : - la conciliation du temporel et du spirituel - la conversion du chrétien (son passage du baptême à une expression concrète de sa foi dans la vie) - la redéfinition de façon précise de la responsabilité des laïcs au sein de l’Eglise - la conception de la vie au sein de l’Eglise comme une vie de famille (notion de Eglisefamille) - l’adaptation du prêtre aux réalités sociologiques du milieu et au type d’apostolat auquel il est appelé - l’adaptation de l’Eglise aux moyens actuels de la communication - l’inculturation Une fois ces grands défis identifiés, il va falloir trouver les pistes pour les relever. 2. Les pistes d’action Piste 1 (conciliation temporel - spirituel) - Organisation de séminaires sur les valeurs culturelles et spirituelles (Ex : en Afrique, la sorcellerie étant une réalité concrète qui perturbe la foi, il faut que le chrétien soit en mesure de l’affronter sans peur) - Montrer au chrétien les rapports qu’il doit avoir avec les rites funèbres, etc..., sans mutiler sa foi - redynamisation des communautés de base - intervention des laïcs dans la formation des prêtres - incitation des catéchistes à former les enfants pour la vie et pas seulement pour recevoir les sacrement - formation de groupes techniques ad hoc pour réfléchir sur des questions précises (sorcellerie, mariage, etc...). Les résultats de ces réflexions peuvent être proposés à la Conférence épiscopale

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Piste 2 (conversion) - La spontanéité et le réflexe d’assister les autres en cas de besoin - la sélection et la formation des catéchistes de façon rigoureuse - recherche de modèles de vie parmi les jeunes Piste 3 (responsabilité des laïcs au sein de l’Eglise) - Gestion des paroisses par les laïcs. - Association des laïcs aux prises de décision du clergé - Implication des laïcs dans la vie des paroisses - l’influence des laïcs sur leur milieu à partir de leur foi - Prise de position publique, au nom de la foi par rapport à certains problèmes actuels - Information accrue des laïcs afin qu’ils puissent mieux former Piste 4 (Eglise - famille) - Renforcement de l’esprit communautaire - Election d’un responsable à la tête de chaque communauté pour faciliter la tâche au prêtre 3. Actions concrètes - Identification des partenaires en vue d’une action concertée - Engagement au sein des structures de l’Eglise - Mise en valeur de l’intelligence. Publication des réflexions - Participation des laïcs au Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar. (S’impliquer dans les grandes rencontres épiscopales)

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- REPOS Mercredi 20 août : Repos ! Visite d’Abidjan (Port autonome, Adjamé, Cathédrale Saint Paul, Hôtel Ivoire, marché de Treichville, université d’Abidjan...) 20h. : Repas et soirée dans un « maquis »

COMPTE RENDU DE LA VISITE DU PORT AUTONOME D’ABIDJAN Attendus au port autonome d’Abidjan (P.A.A.), nous y avons été reçus par Mme Diallo, chef de service des relations publiques. Après avoir pris les nouvelles de chacune des deux parties, Virginie a brièvement fait le point de nos travaux depuis l’ouverture jusqu'à cette visite et a passé la parole à Georgette qui a présenté le RAJA (naissance, objectifs, perspectives d’avenir). Mme Diallo a, à l’attention des délégués du RAJA procédé à une brève présentation du P.A.A. ; de cette présentation nous retiendrons que : - Le P.A.A. a un trafic annuel de 14 millions de tonnes, ce qui est assez important en Afrique, où nous rencontrons d’autres ports : Dakar, cinq millions de tonnes, Douala, quatre millions de tonnes, Cotonou, deux millions de tonnes. Abidjan est un grand port de commerce, qui en gros constitue la base de transports d’hydrocarbures (cinq millions de tonnes par an) pour la région. - Le P.A.A. est un port de transbordement (trafic au large des côtes) - Le P.A.A. est un port de transit qui sert de portes océaniques à certains pays (Mali, Burkina Faso, Niger) - Le P.A.A. est un grand port de pêche, c’est le premier port thonier (producteur de thon) d’Afrique et le deuxième dans le monde après le Japon.- Le P.A.A. assure le trafic de conteneurs de 20,40 pieds et est doté de bateaux porte-conteneurs. Dans ce domaine, il est le deuxième port d’Afrique après celui de Durban, en Afrique du sud. Lorsque l’idée de construction de ce port est née dans les années 30, les travaux ont été lancés par des ingénieurs français qui en une nuit ont vu le fruit de leur travail englouti par les eaux. Ils se sont alors tournés vers les ingénieurs hollandais, spécialistes de l’eau. C’est en 1950 que le port est devenu opérationnel, en 1951, il a été inauguré par François Mitterand, alors ministre d’Outre-Mer. Le port est aujourd’hui une propriété de l’Etat ivoirien mais il fonctionne comme une entreprise privée en grande partie autofinancée. Les gestionnaires rendent compte à l’Etat par le biais d’un conseil d’administration. La manutention et le transport des marchandises ont été confiés à des entreprises privées. Le P.A.A. emploie 1260 personnes parmi lesquelles une centaine de femmes et la zone portuaire qui abrite 60% des entreprises de la Côte d’Ivoire, générant ainsi un total de 35000 emplois. C’est à juste titre que l’on affirme que le P.A.A. est le deuxième employeur après l’Etat. Un film de 12 minutes sur le P.A.A. a été projeté après la présentation par les responsables. Les débats qui ont suivi la dite présentation et le film nous ont permis d’avoir quelques informations supplémentaires, notamment que : des réalisations sociales (logements, écoles

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primaires et maternelles, formation des stagiaires, couverture médicale, etc...) ne sont pas négligeables. D’importantes structures de sécurité (police) ont été mises en place autour du P.A.A. Nous avons par la suite effectué une visite proprement dite du P.A.A. A bord le nos deux bus (de la SOTRA), nous avons sillonné les différents quais spécialisés du P.A.A. Madame Diallo et Monsieur Cissa nous ont expliqué le fonctionnement des « Grands Moulins d’Abidjan), de la capitainerie, du centre informatique de l’usine de congélation du thon, etc... Virginie a obtenu auprès des responsables que nous puissions visiter l’intérieur d’un bateau usine d’où nous sommes ressortis chacun avec un gros thon ! La visite s’est achevée sur une photo de famille à la direction du P.A.A. Un repas dans un maquis a clôturé la matinée, et l’après - midi a été consacrée à une visite, une promenade à bord du bus pour certains et à pied pour d’autres. Revenus au Centre Sainte Thérèse, nous avons pris une pause de quelques heures avant de nous rendre au réfectoire où la délégation camerounaise nous a offert un buffet composé essentiellement de mets camerounais. La journée s’est achevée par la mise en commun du travail en carrefour sur les orientations économiques, socio-culturelles, ecclésiales et politiques du RAJA.

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- SESSION STATUTAIRE 1. PROGRAMME Jeudi 21août : 9h. - 12h. : la parole aux anciens jécistes (présentation par pays) et à la Coordination panafricaine. Comment les anciens jécistes sont toujours en lien avec le mouvement ? Comment voyons nous nos relations avec le mouvement ? 15h. : Travail en carrefours - Comment mieux structurer les Amicales des Anciens Jécistes dans chaque pays ? - Comment structurer le RAJA (Adoption d’une charte, création d’un annuaire, d’une équipe d’animation du Réseau, d’un bulletin...) ? - Comment créer des dynamiques nationales d’anciens jécistes ? - Quels appuis apporter à la Coordination panafricaine ? 17h - 19h. : Mise en commun Vendredi 22 août : 9 h. : Création et organisation des commissions permanentes au sein du RAJA. Quels constats faites vous ? Quelles actions pouvons entrevoir, avec qui, avec quels moyens ? Commission politique : Réflexion sur le discours politique en Afrique : démocratie, droits de l’homme, conflits... Mise au point de la méthode de travail : réflexion, action..., organisation de séminaires, action avec qui ?, quelles sont les structures déjà existantes, comment renforcer le travail de ces structures ? etc... Commission économique : Réflexion sur la manière de monter des projets individuels et collectifs permettant de participer au développement. Comment être acteur du développement, comment être entrepreneur ? Comment accompagner des jeunes à s’engager dans un projet de développement, dans un projet à caractère économique ? Comment les anciens jécistes peuvent stimuler un esprit entrepreneur et créateur, individuel et collectif ? Commission Eglise: Comment les anciens jécistes participent-ils aux structures de l’Eglise. Comment faire en sorte que ces structures développent la prise de responsabilités des laïcs. Comment passer d’une certaine passivité à plus d’engagement ? Nos relations avec les communautés de base. Commission éducation - formation : Que faire pour améliorer la qualité de l’enseignement ? Comment faire pour que l’enseignement dispensé participe à l’épanouissement de tout l’homme ? Que faire au niveau familial et de façon générale au niveau de l’environnement des jeunes ? Commission sociale : Comment éveiller les consciences, comment interpeller les populations face aux différents défis sociaux actuels. Comment participer à l’amélioration des conditions de vie de ces populations, au village, au quartier... 15h. : Reprise des travaux. Mise en commun : rapport des commissions, débat, orientations. 17h.15 : Travail de rédaction de la commission Orientations : pratiquement, comment mettre en route le Réseau ? 20h.30 : Adoption des orientations, de la charte, mise en place de l’équipe d’animation du Réseau. Evaluation de la Session Veillée finale : Nuit de l’Afrique (costume traditionnel..., chaque pays prépare quelque chose...). Samedi 23 août : Messe de clôture. Départ.

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LA PAROLE : - A la Coordination Panafricaine - Aux invités (MIEC, MMTC, PERSPECTIVES NOUVELLES, FI-ACAT) - Aux anciens jécistes

2. Adresse de la Coordination de la JEC Panafricaine à la Première Assemblée Générales du RAJA par Ade Tarsou Linus C’est un grand plaisir, et cela fait chaud au cœur à l’Equipe de Coordination et derrière elle, aux milliers de jécistes africains, d’envoyer cette lettre à ce très important rassemblement des anciens jécistes. Je joins les jécistes de l’Afrique subsaharienne qui sont plus de deux millions au salut que je vous adresse, salut pour votre volonté et votre courage face au grand projet que vous avez. Je salue très spécialement le projet et les espoirs des anciens jécistes en Europe et dans d’autres parties de l’Afrique, en particulier, Georgette Ngabolo, Lazare Animako, Lazare Brou, Charles Diarra, le Père Gérard Warenghem et tous les autres dont je ne peux citer les noms, et qui travaillent pour que le projet devienne réalité. Nous, à la Coordination et le mouvement de l’Afrique toute entière, sommes particulièrement heureux de ce grand projet et de cet événement important pour la vie de notre mouvement. Nous sommes vraiment heureux parce que, ce que vous faites est un bon exemple de ce que les anciens jécistes sont capables de faire. Les jécistes en Afrique aujourd’hui Le mouvement JEC s’est développé petit à petit dans notre continent, constituant aujourd’hui une force de plus de deux millions d’étudiants dans 35 pays d’Afrique. L’équipe de Coordination basée à Nairobi a été réduite à deux permanents et un aumônier. Ceci fait qu’il y a beaucoup de travail pour l’Equipe de Coordination. Les jécistes en Afrique aujourd’hui, et tous les jeunes sont confrontés à de graves problèmes qui mettent en cause la vie normale des jeunes, notre organisation, l’avenir du continent et son développement. Ces problèmes à régler sont l’instabilité dans l’éducation et les systèmes d’éducation, les guerres civiles et les autres conflits, le sous-emploi, le manque de bons gouvernements, la faim et la pauvreté, la corruption, la marginalisation et la manipulation des jeunes. Rendre les jeunes capables de faire face à leurs problèmes, tant au niveau régional que national a été une tâche au dessus de leurs forces, vu la faiblesse des moyens proposés. C’est pour cela et pour beaucoup d’autres raisons que nous vous disons confidentiellement que le lancement de cette « association des anciens jécistes » est en même temps opportun et en même temps un geste visionnaire pour unir les diverses structures de la JEC dans la région, réorganiser la JEC en vue de l’an 2000. La Coordination Panafricaine a pris l’initiative de créer des programmes adaptés aux problèmes qui suivent, et, comme vous le pensez, de faire en sorte que les jécistes aient de

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réelles possibilités d’agir dans le 3ème millénaire qui arrive. Nous vous invitons à réfléchir à ces questions. Le problèmes des conflits en Afrique Les flammes de la guerre et les conflits embrasent la plupart des pays africains aujourd’hui. L’Afrique est devenue le premier continent pour l’accueil des réfugiés. Imaginant les conséquences de tout ceci sur le développement social, économique, spirituel des jeunes, la Coordination a mis au point un programme précis pour apprécier la situation des jeunes dans les zones de guerre, pour les réunir, et faire appel aux anciens jécistes pour voir ce qui est possible et ce qui pourrait être fait pour améliorer les conditions de vie des jeunes. Ce programme a commencé par une visite dans les camps de réfugiés de Tanzanie, du Rwanda, de Sierra Leone ... Ceci a permis à la JEC Panafricaine de mettre sur pied un programme pour les jécistes présents dans les zones de guerre, appelé : « Etre le gardien de ses frères ». Ceci, à côté de l’aide financière et morale, tente de donner un but à ces jeunes. En même temps, on veut les aider à trouver des moyens de mettre fin aux conflits en Afrique. Nous vous invitons tous à chercher les moyens que vous avez de contribuer au succès de ce programme. Le financement Dans la communauté internationale aujourd’hui, chacun parle de la fatigue des « donneurs ». Ceci affecte négativement les activités et les programmes de l’Equipe de Coordination, gène la croissance et le développement de la JEC en Afrique. Pour faire face à cela, nous avons fait des efforts pour mieux arriver à un autofinancement de la JEC africaine. Ce programme n’a pas encore vu beaucoup de résultats. C’est dû au déclin de l’économie africaine par la globalisation et l’application du FMI en Afrique : programme d’ajustement structurel et dévaluation qui ont accentué la pauvreté du monde rural et découragé les gens de participer à leur propre développement. Pour arriver à ce que nous avons décidé auparavant, la Coordination a mis au point un programme pour recueillir des fonds à l’intérieur et à l’extérieur de l’Afrique, appelé : « Amis de la JEC ». Ce programme cherche à rassembler les anciens jécistes, à les identifier, à les mettre en contact, en Afrique et en dehors de l’Afrique et de les encourager à aider le mouvement. S’il vous plaît, essayez de faire de votre mieux avec le mouvement national et la Coordination Panafricaine pour assurer le succès de notre noble objectif ! Un meilleur gouvernement La majorité des africains aujourd’hui vivent au dessous du seuil de la pauvreté. Nos rêves de nouvelles villes avec des grattes-ciel, des routes modernes sont à l’opposé total de ce qui existe dans notre monde rural. Nos écoles sont souvent fermées pour la bonne raison que nos professeurs les plus qualifiés sont devenus suspects à cause de leur désir de légalité. Les gouvernements élus sont sauvagement renversés par les militaires qui dans tous les domaines du pouvoir mènent des actions en opposition totale avec les besoins. Notre méthode de travail : « Voir, juger, agir » nous pousse à engager des actions pour maintenant. La Coordination panafricaine a eu continuellement pour objectif, pour elle même et pour les mouvements nationaux, de favoriser de nouvelles stratégies d’existence pour une nouvelle culture politique, le but étant d’encourager et de donner d’égales chances à tous, sachant que personne n’a le monopole du pouvoir ou de la connaissance. Globalisation La globalisation est un terme soigneusement choisi aujourd’hui pour dire que, à travers différents programmes d’acculturation, on dit aux africains que leurs cultures sont inférieures à celles des blancs. Ceci fait que de bonnes choses ont souvent été ignorées par la plupart

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d’ente nous. Cette recolonisation se fait au détriment de nos économies et industries déjà cahotantes. Nos goûts ont été développés pour de bonnes choses étrangères, sous couvert de commerce. Ceci conduit petit à petit à l’épuisement de nos réserves en devises étrangères. Nos programmes devraient donc inclure des données économiques : il s’agirait de développer nos capacités internes à résister à une recolonisation économique. Nous devrions être courageux et devenir l’avant garde du continent africain pour appeler à refuser certains prêts et d’autres moyens économiques appliqués à nos économies, comme SAP, et d’autres qui font croître la pauvreté et contribuent à la recolonisation de notre continent, économiquement. Collaboration En Afrique aujourd’hui, les gens refusent de s’informer. Ceci ne va pas bien avec notre développement et avec notre vision d’une nouvelle Afrique, et notre pensée que deux têtes valent mieux qu’une : nous devrions collaborer entre nous, mais aussi avec d’autres afin d’arriver à de meilleurs résultats pour nos peuples. Le Centre Panafricain de la JEC Si nous voulons regarder jusqu'à et au delà de l’an 2000, laissez nous vous interroger. Qu’estce que nous pouvons léguer à la jeune génération ? Nous avons choisi de vous parler de ceci avant le grand rassemblement , sûr que ce rassemblement est capable de faire et de croire que la sagesse passe par ces projets que nous avons. Ce sont nos rêves, nos prières, notre vision. Et nous espérons qu’ils aboutiront. Avant de conclure, je voudrais, au nom de l’équipe Panafricaine et des millions de jécistes à travers l’Afrique, inviter tous les anciens jécistes qui ont des contacts réguliers avec divers organismes, à beaucoup insister sur les besoins et l’importance de la JEC, et le besoin de continuer à investir pour l’éducation et la formation des étudiants. Je vous remercie et vous félicité pour vos efforts et votre belle participation à cette première rencontre. Je veux vous assurer de notre soutien et de nos prières, et je souhaite que vous fassiez tous du bon travail à vos postes respectifs. En conclusion, croyant que les gardiens du passé ne peuvent pas être les constructeurs du futur, je vous invite à vous mobiliser pour faire face aux problèmes qui nous menacent aujourd’hui. C’est notre monde. Permettez nous d’y avoir une meilleure place.

Longue vie à la JEC Longue vie aux anciens jécistes Longue vie à l’Afrique Que Dieu vous bénisse L’Equipe de Coordination de la JEC africaine. B.P. 44335, Nairobi, Kenya

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3. Des organismes avec qui le Réseau pourrait être en contact : a) Le Mouvement Mondial des Travailleurs Chrétiens (MMTC) par Raphaël Kouadio Dongo I- Projet Le MMTC veut permettre aux travailleurs, hommes et femmes du milieu ouvrier et populaire : - de répondre aux défis de notre temps, par l'action collective, entre eux, par eux, pour eux car tous et toutes sont capables d'être de véritables acteurs de développement. - d'agir avec d'autres quelle que soit leur race - de changer leurs conditions de vie - d'avoir un travail stable et utile - d'avoir le droit à la santé, à la culture - de vivre dans un environnement plus humain. Le MMTC est : - une organisation internationale catholique reconnue par le Saint Siège - une organisation non - gouvernementale au service du monde ouvrier et populaire. 2. Historique Crée en 1966, le MMTC résulte d'une prise de conscience que toute question fondamentale touchant à la vie des travailleurs et de leurs familles a une dimension internationale et que toute réponse implique une solidarité entre eux à l'échelon mondial. C'est cette prise de conscience qui a réuni en un seul mouvement : d'une part la FIMOC ( Fédération Internationale des Mouvements Ouvriers Chrétiens) fondée en 1951, d'autre part, les mouvements chrétiens de Suisse Romande et de France qui depuis 1955, se réunissaient régulièrement lors de journées d'études appelées "conversations internationales" et auxquelles participaient des mouvements d'autres pays latins ainsi que du Canada, d'Amèrique latine et d'Afrique. Le MMTC se définissait ainsi : dirigé par des travailleurs à tous les niveaux, il veut unir les mouvements nationaux ou régionaux qui présentent la triple caractéristique de mouvement ouvrier, éducatif et apostolique. Depuis ses débuts, le MMTC tient à la double exigence de vivre le fidélité à la classe ouvrière et à Jésus Christ. Le MMTC n'a jamais renoncé à trois convictions fondamentales acquises au cours de son expérience historique malgré diverses turbulences qui ont marqué le monde et l'Eglise catholique : l'épanouissement de l'être humain qui suppose : dignité, autonomie, partage. A ce titre, le MMTC forme des militants épris de justice et de démocratie. Il forme des militants du développement. 3. Une démarche Voir, juger, agir.  Voir : Le MMTC tient à voir la réalité de la vie ouvrière, ses événements, les situations des travailleurs et de leurs familles.

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 Juger : Juger en analysant les réalités par regard critique en cherchant les causes.  Agir : Agir pour transformer la situation des travailleurs. 4. Actions du MMTC a) Dans les pays du tiers monde Là où les organisations ouvrières existent, les militants sont généralement engagés dans les partis politiques et les syndicats qui défendent la cause des travailleurs. Ils y assument des postes de responsabilité (en Amérique Latine et dans quelques pays d'Afrique et d'Asie). Là où les organisations ouvrières sont étouffées ou inexistantes, les militants et leurs mouvements sont à l'origine d'actions collectives et de luttes pour la défense des droits des travailleurs en grève, coopératives de production, d'achats, organisation de petits métiers pharmacie de quartier (Afrique, Asie). b) En Europe, les mouvements ont généralement une longue histoire et une certaine pratique. Des mouvements de masse, généralement mouvements d'éducation permanente, sont engagés avec d'autres organisations pour des questions politiques et sociales dans lesquelles la vie des travailleurs et de l'humanité sont en jeu. 5. Implantation du MMTC dans le monde - 47 mouvements nationaux affiliés. Ex . Le MTC Côte d'Ivoire, Togo, Bénin...Participent aux Assemblées générales, ont le droit de vote. - 3 mouvements nationaux correspondants : ils sont invités à certaines activités, mais ne participent pas aux assemblées. - Environ 20 mouvements nationaux ou groupes en contact permanent (Burkina). 6. La structure Le MMTC offre aux mouvements surtout à ceux du tiers monde, une aide : visite, préparation et animation de sessions de formation, soutien financier. Les coordinations : elles soutiennent les équipes régionales et continentales qui coordonnent les réflexions et les actions des mouvements. C'est le cas de la Côte d'Ivoire. Les conversations. Tous les quatre ans, le MMTC réunit les délégués des mouvements à deux niveaux : - Les conversations continentales ou régionales qui sont un lieu d'échange et de proposition d'actions sur un aspect commun qui marque localement la vie des travailleurs. - les conversations internationales qui réunissent les délégués de tous les mouvements du MMTC. Elles sont un lieu de confrontation de la vie et de l'action ouvrière dans leur dimension mondiale. L'Assemblée Générale. Elle rassemble les mouvements tous les quatre ans. Les instances : - Le conseil exécutif qui se réunit une fois par an et conduit le plan de quatre ans décidé par l'Assemblée Générale. - Le bureau qui se réunit 2 fois par an et exécute les décisions du conseil en lien avec le secrétariat général - Le secrétariat général. Instance permanente du mouvement, exécute les décisions du bureau et du conseil, assure l'animation et les relations avec les mouvements. - Un journal. INFOR : bulletin bimestriel édité par le MMTC en 5 langues ( anglais, espagnol, français, allemand, portugais ), il approfondit les priorités du plan de 4 ans et permet l'échange d'expériences entre les mouvements. 7. La politique financière  Les cotisations des mouvements

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 La solidarité des mouvements. L'ensemble de ces deux ressources couvre une grande partie des besoins financiers du MMTC. Le reste est assuré par : - la solidarité des agences d'aide. Les partenaires du MMTC qui financent les actions de développement, surtout dans le tiers monde. Il s'agit des ONG. - les dons des sympathisants. 8. LE MMTC et le développement Pas de développement sans initiatives. Ainsi le MMTC a mis en place une organisation de petits métiers. Au Rwanda : vendeurs ambulants, femmes au marché, artisanat d'anciennes prostituées se sont organisées pour confectionner des sacs. Les casseurs de pierres dans des carrières, propriétés de l'Etat. Au Mali : jardins potagers, coopérative de chariots pour le transport des marchandises. Actions au niveau de la santé : Des cours d'information et d'animation sur la santé des enfants sont organisés dans les pays suivants : Afrique du sud, Brésil, Côte d'Ivoire, Madagascar, Pérou, Zambie. Action au niveau de l’alimentation : Mali : des femmes préparent et vendent des repas. Pérou : dans les cantines populaires, les repas sont préparés pour les travailleurs. Elles aident aussi les familles populaires à cuisiner ensemble car cela revient moins cher. Espagne : Plusieurs cantines populaires ont été crées par des familles. Afrique : Dans plusieurs pays, les militants ont démarré des petits projets : élevage, commerce, formation ...Ex : Le CFAS (Centre de Formation d'Action Sociale) est un multi services en Côte d'Ivoire. Rwanda : des femmes en milieu rural s'organisent et travaillent ensemble. _______________________

b) Adresse de la Coordination panafricaine du MIEC au RAJA par Marcel Akpovo Chers amis, Chers frères et soeurs, La coordination panafricaine du MIEC - Pax Romana, les coordinations sous régionales, les mouvements nationaux et l'équipe internationale du MIEC s'honorent de bien être ici avec vous pour une naissance : celle du RAJA. On nous avait dit au début de cette rencontre que la gestation a duré 7 ans et que le bébé est enfin né. Je me rends compte depuis hier que le bébé n'est pas encore né et que la mère porteuse que nous sommes tous ici, se débat encore dans les douleurs de l'enfantement. Des mères jécistes parmi nous m'ont dit comment douloureuse est l'expérience de l'accouchement. Elles m'ont aussi dit quelle est l'immensité du bonheur que l'on ressent en jetant un premier regard attendrissant sur la vie que l'on a portée en soi pendant des mois, le plaisir énorme que l'on a en touchant cette vie qu'on a faite. Je ne suis pas un gynécologue comme vous le savez. Je dis ceci à la lumière des chauds débats d'hier, des malentendus et peut être des frustrations. Mais c'est normal. Car nous sommes ici dans un forum diversifié et complexe comme l'Afrique elle - même. Ceci suppose une dynamique du dialogue, de concession et de partage. Qu'est ce que le MIEC et que cherche - t - il ici ?

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Le MIEC comme la JEC est un mouvement d'apostolat laïc qui a pour objectif d'évangéliser le milieu étudiant. Nous voulons être une force de réflexion et d'action, une présence active des jeunes au sein de l'Eglise. J'aurais voulu parler de beaucoup de points mais heureusement Linus en a déjà fait cas dans sa présentation. Il s'agit notamment des questions liées : - aux mutations rapides intervenant dans le milieu étudiant et affectant l'identité d'étudiante, - les nouveaux défis liés aux situations de guerre et de conflit en Afrique, - les espoirs et les cruautés liées à la mondialisation, - les questions de financement des activités du MIEC, de plus en plus menacé par la fatigue des agences de financement etc. Nous sommes ici au nom du MIEC en Afrique et l'équipe international parce que nous croyons en la collaboration qui a commencé depuis quelques années entre le MIEC et la JECI. Pour nous, l'initiative du RAJA est honorable et nous remercions et félicitons très vivement les initiateurs de cette action [missionnaire]. Mais nous croyons aussi qu'il n'y aura pas d'anciens jécistes s'il n'y a pas de JEC et de jécistes. C'est pourquoi nous en appelons à votre sens d'engagement chrétien afin que vous continuez à supporter de toutes vos forces la JEC PANAFRICAINE et les JEC nationales. Nous retrouvons en vous des propositions de dialogue pour le rêve d'une identité chrétienne unie et plurielle à laquelle de Hong Kong à Yamoussokro nous avions si ardemment travaillé. C'est difficile de porter une vision et de la rendre prophétique. C'est davantage difficile de la rendre concrète. En nous associant à l'histoire que vous êtes en train de façonner ici, je reste convaincu qu'ensemble nous pourrons construire de nouvelles solidarités pour une Afrique heureuse et intelligente. Je vous remercie. pour l'équipe panafricaine MIEC et pour l'équipe internationale Marcel Akpovo __________________________

c) Nouvelles perspectives par Simon Gaëtan Binazon I. Objectifs Nouvelles Perspectives Afrique est un regroupement des anciens membres du MIEC au niveau africain. 1. Dans ce regroupement, nous mettons l'accent sur les anciens membres qui ne travaillent pas encore; 2. Nous mettons l'accent sur les membres qui représentent des structures de jeunes évoluant dans les milieux ruraux en Afrique. Cela peut paraître bizarre, mais c'est une formule que nous avons trouvée pour ne pas être un MIEC de plus. Par conséquent, nous voulons continuer notre engagement au MIEC en nous investissant dans des projets très concrets. Cette forme que nous donnons à NOUVELLES PERSPECTIVES tient compte de deux objectifs principaux : 1. Etre une nouvelle présence de l'Eglise dans la construction de la démocratie en Afrique. 2. Etre un forum d'appui aux initiatives rurales tant dans l'accompagnement des micros projets que dans l'information et la formation des couches rurales pour plus de participation dans le développement de leur pays. II. La structure de NOUVELLES PERSPECTIVES Afrique 67


Les statuts adoptés par l'Assemblée Générale sont tenus à votre disposition. Nous avons décidé d'avoir une structure très flexible. L'équipe de direction en même temps que le siège ont été confiés au Bénin, pays hôte de l'AGC. Compte tenu des questions pratiques et pour éviter la lourdeur, l'équipe de direction est confiée au Bénin pour une période de quatre ( 4 ) ans. Au sein de l'équipe, il y a des béninois qui travaillent bénévolement, ceci pour des raisons pratiques en attendant que les structures nationales soient renforcées. Nous avons été reconnus par le Ministère béninois de l'Intérieur, non seulement comme ONG mais comme une association chrétienne de développement à but non lucratif. Cette autorisation est très importante car elle nous permet d'entreprendre des actions sur le terrain. La reconnaissance officielle de l'Eglise catholique est en cours. Nous sommes un forum très ouvert aux expériences chrétiennes, protestantes et musulmanes. III. Stratégies Il s'agit pour nous de dégager chaque année une question sensible et de mener des activités autour. Le thème choisi cette année est celui du "Respect du droit à la différence comme une exigence de démocratie et de développement en Afrique ". Pour des questions de cohérence, toutes les actions prévues dans le cadre de ce thème se passeront au Bénin, s'inspireront des expériences béninoises et s'élargiront aux autres pays. C'est ainsi que dans le cadre de ces programmes du début du mois d'août jusqu'à maintenant se déroule une campagne de presse sur le respect du droit à la différence qui n'est pas chose facile au Bénin. Les émissions télévisées, des spots de sensibilisation à la radio sont autant de moyens utilisés pour une information massive dans ce cadre. Il faut noter qu'à coté de ces campagnes massives NOUVELLES PERSPECTIVES Afrique a à son actif une publication spéciale sur le même thème. L'impact de tous ces tapages jusqu'à présent est positif. Pour boucler le projet, une session de formation sur le thème se tiendra à la fin du mois d'août et sera destinée aux anciens membres du MIEC en vue d'ouvrir le débat sur les réalités des autres pays appartenant au réseau. Les évêques béninois, l'Eglise protestante et la communauté musulmane sont associés au projet. Voilà ce que nous pouvons dire sur NOUVELLES PERSPECTIVES Afrique qui est un espace de réflexion et d'action pour les chrétiens que nous sommes et qui cherchons à développer de nouvelles façons de vivre notre foi en Jésus Christ. L'année prochaine, en fonction de la même philosophie, nous allons développer un autre thème qui sera retenu par le conseil d'orientation de NOUVELLES PERSPECTIVES Afrique. Le pays hôte sera désigné en fonction des réalités du terrain. La façon dont l'équipe en place aura travaillé nous permettra d'avoir une vision claire de ce qu'il y a à faire. Pour l'équipe de la coordination Simon - Gaëtan Bin

d) La FI-ACAT a bien voulu également se présenter aux participants de la Première Assemblée Générale du RAJA en faisant parvenir à chacun d’entre eux, des documents.

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4. La parole aux anciens jécistes a) DU CAMEROUN Amicale des Anciens Jécistes du Cameroun (AMAJEC) Cercle de vie de Yaoundé B.P. 3799 Tél (237)21 53 89 Fax (237) 20 55 20

L’AMAJEC, histoire, évolution et fonctionnement du Cercle de vie de Yaoundé. Présentation faite lors de l’Assemblée Générale Constitutive du RAJA. Pour partager l’expérience de l’AMAJEC du Cameroun avec les anciens jécistes d’autre pays réunis à Bengerville (Abidjan), en Côte d’Ivoire, il est nécessaire de faire un rapport historique de ce mouvement et son évolution avant de présenter le Cercle de vie de Yaoundé, redynamisé. 1. Historique et évolution de l’AMAJEC au Cameroun. C’est en 1987, le 3 mai que les responsables nationaux JEC de l’époque, l’abbé Jean Mbarga, aumônier national, Solange Dongmo, responsable nationale JEC féminine, et Jeanot Minla Mfou’ou, responsable national JEC garçons ont réuni pour la première fois 45 anciens jécistes afin de les interpeller sur la nécessité d’un regroupement dans une structure très forte. A l’issue de cette première rencontre, un comité d’animation provisoire. Sous l’impulsion de cette équipe a été convoquée la première Assemblée Générale constitutive qui a donné naissance à l’AMAJEC du Cameroun. De 1987 à 1992, tout s’est bien passé et beaucoup d’activités ont été réalisées. Entre autres, on peut citer : - l’organisation de réunions rotatives au sein des domiciles des anciens jécistes pour le cercle de vie de Yaoundé - le ressourcement spirituel à travers des partages d’évangile, les récollections et autres... - les activités de détente, excursions, pique niques... - l’assistance mutuelle en cas d’événements heureux ou malheureux (Le mariage de Jeanot Minla a été entièrement organisé par les anciens de la JEC Une organisation avait été mise en place pour assurer le fonctionnement de l’AMAJEC. Elle s’articulait autour d’une Assemblée Générale qui avait lieu chaque année, d’un cercle de vie dans chaque diocèse, de plusieurs équipes de vie dans un cercle de vie. A partir de 1992 jusqu’en 1995, il y a eu un relâchement des activités. Il est tout de même resté un noyau qui a continué à se retrouver. Entre temps, il y avait toujours une grande mobilisation en cas de décès d’anciens jécistes. En 1995, deux anciennes jécistes sont décédées au cours d’une même semaine. Beaucoup d’anciens jécistes se sont retrouvés une fois de plus. Après cela ils ont pris conscience de la situation et ont décidé de relancer au niveau de Yaoundé. Il faut rappeler que pendant cette période de relâchement, les anciens jécistes militaient plutôt dans d’autres associations. 2.Le cercle de vie de l’AMAJEC de Yaoundé, redynamisé.

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Suite à ces deux décès, une rencontre générale a été organisée en janvier 1996 pour réfléchir sur les raisons de la léthargie que connaissait le mouvement ainsi que sur les voies et moyens de le redynamiser. Au cours de cette rencontre, il a été constaté que les anciens jécistes sont confrontés, comme tous les camerounais, aux problèmes temporels. D’où la résolution prise de faire de l’AMAJEC un outil qui fait le lien entre le temporel et le spirituel. Dorénavant, l’AMAJEC entend travailler sur 4 axes de travail qui sont : - L’AMAJEC et nous-mêmes (anciens jécistes) - L’AMAJEC et l’Eglise - L’AMAJEC et la société - L’AMAJEC et la JEC Les rencontres générales se tiennent une fois par mois, le premier dimanche, de manière rotative, dans les domiciles des membres. Le contenu de chaque réunion porte sur : la prière ; le partage d’évangile ; le compte-rendu de la dernière réunion ; la réflexion sur un thème présenté par un des anciens qui le maîtrise. Ainsi, nous avons eu à traiter, entre autres, de sujets comme : les élections au Cameroun, la privatisation des entreprises, les opportunités d’initier des projets rentables, etc... ; les finances. Ici, les nouveaux payent leurs droits d’inscription, les tontines (il y a une tontine obligatoire de 1000F.CFA et une autre, facultative de 10.000F. Il y a aussi une caisse de secours dont le capital de départ à payer par chaque membre du groupe est de 20.000F(15.000 pour l’assistance, et 5000 pour la caisse transport). C’est ce fonds qui aide à assister les membres en cas d’événements heureux ou malheureux. Lorsqu’une aide est apportée à quelqu’un la somme ainsi dépensée est répartie entre les différents membres pour reconstituer le capital de départ ; les divers (nouvelles et autres...) Les activités. Les activités que mène l’AMAJEC de Yaoundé sont : - Sur le plan de l’Eglise : recommandation est faite aux anciens jécistes de s’engager dans les structures de l’Eglise, que ce soit au niveau paroissial, diocésain ou national (Commissions Justice et Paix, Liturgique, chorales, catéchèse...). Il faut noter aussi les activités de ressourcement spirituel : récollections, retraites, etc... - Sur le plan de la société : tous les anciens s’engagent chacun dans son milieu professionnel, familial ou autre, en y imprimant la marque d’ancien jéciste. Certains jécistes militent dans des partis politiques de leur choix. Un ancien, Serge Sodon Sodon est 2ème ou 3ème personnalité du parti politique « Union des populations du Cameroun ». Il est secrétaire national à l’organisation de ce parti. Certains anciens travaillent dans des ONG qui concourent à l’appui à l’émergence des organisations paysannes et populaires. Trois anciens jécistes ont été à la base de la création d’une ONG qui a d’ailleurs une vocation sous-régionale (CAMADEL : Centre d’Accompagnement de Nouvelles Alternatives de Développement Local). Nous ne saurons citer ici toutes les réalisations des anciens jécistes ! - Sur le plan des anciens jécistes eux-mêmes : un système d’entraide et de sécurité sociale a été mis en place à travers la Caisse Secours. Des activités de détente sont de plus en plus organisées : excursions, fête de fin d’année. Il y a un projet de création d’une caisse d’épargne. Et aussi en projet : la mise en place d’un projet économiquement rentable où les membres seraient actionnaires. Le projet de construction d’un centre de santé AMAJEC (ouvert à tous) est très en vue. - Sur le plan des rapports avec la JEC : Pour le moment, certains anciens accompagnent le mouvement comme conseillers. D’autres leur accordent des facilités pour les communications, le secrétariat, etc... Ces dernières années, la JEC a connu des crises répétées qui ont amené la hiérarchie de l’Eglise à prendre des mesures fortes. Malheureusement cela ne

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responsabilise plus pleinement les jeunes. Une démarche a été entreprise pour arriver à établir une collaboration officielle avec le mouvement suivant les étapes ci-après : * invitation de l’aumônier national à une rencontre pour discuter du principe d’un accompagnement de la JEC par les anciens * rencontre entre anciens jécistes de Yaoundé, le Bureau National, la JEC Universitaire de Yaoundé, et celle du secondaire pour jeter les bases d’une collaboration. * à l’issue de cette rencontre, un comité quadripartite a été créé et chargé de préparer le projet de protocole de collaboration qui sera adopté et soumis à la hiérarchie de l’Eglise. Somme toute, l’AMAJEC, cercle de vie de Yaoundé reste préoccupé par le problème de relance nationale, ce qui pourra permettre aux anciens jécistes du Cameroun de prendre un véritable envol. _______________________

b) DU BURKINA FASO Le mouvement au Burkina Faso est aujourd’hui conduit par une jeunesse peu épanouie en raison des nombreux problèmes du milieu estudiantin doublés d’une situation de bas niveau général. Le mouvement garde tout de même sa ferveur même si l’absence ou l’insuffisance d’encadreurs laïcs et religieux demeure un sérieux handicap. Dans notre pays, les anciens jécistes sont en lien avec le mouvement de plusieurs manières dont les principales sont : - par le biais du Mouvement des Aînés Catholiques (MOVAC) qui a été créé par des anciens jécistes pour continuer l’idéal et l’action JEC dans le milieu professionnel. - par des interventions ponctuelles d’anciens jécistes des dernières générations qui se retrouvent pour une circonstance ou une autre. - par le biais des conseillers techniques qui sont toujours choisis parmi les anciens jécistes. - par des contacts, sur invitation individuelles des jécistes, lors des assises nationales du mouvement. N.B. : lors des dernières assises nationales tenues à Ouagadougou du 2 au 13 août 1997, la JEC a demandé au MOVAC (qui l’a accepté), d’animer toutes les conférences. Ainsi le MOVAC a désigné des membres en son sein pour préparer et diffuser les dites conférences. Le MOVAC et d’autres jécistes ont par ailleurs offert aux jécistes une enveloppe financière et des céréales pour soutenir leur action. Oui, il existe dans notre pays une structure des anciens jécistes dénommée Mouvement des Aînés Catholiques. Le MOVAC est né de la démarche suivante : 1974-75 : des anciens jécistes du Burkina aux études à l’université de Dakar mènent une réflexion dans le but de créer un cadre de réflexion et d’action dans l’esprit JEC. 1975-76 : le groupe des anciens jécistes crée ce qu’ils ont appelé alors l’Amicale des anciens jécistes. Ils entreprennent par la suite d’organiser à Ouagadougou la première rencontre des anciens jécistes au plan national. 1977- 78 : la deuxième rencontre nationale des anciens jécistes pose le principe d’une ouverture du mouvement qui devrait regrouper désormais les anciens jécistes universitaires et les anciens jécistes travailleurs. 1978- 79 : la 3ème rencontre nationale examine et adopte le travail commencé à la 2 ème rencontre. Le principe est ainsi acquis qu’il faut créer un mouvement ouvert qui regrouperait de façon transitoire et en attendant la consolidation de la JEC Universitaire, aussi bien les

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anciens jécistes professionnels que ceux de l’Université. C’est la naissance du Mouvement des Aînés Catholiques (MOVAC). Avec la naissance de la JEC-U à l’université de Ouagadougou, le MOVAC ne regroupe désormais que des anciens jécistes exerçant une profession quelconque ou ayant quitté définitivement le cadre scolaire ou estudiantin. Depuis lors, et malgré quelques difficultés inhérentes à toute œuvre humaine, le MOVAC travaille à demeurer non seulement un cadre de ressourcement de leur foi mais aussi un cadre d’analyse et d’action à la lumière de l’Evangile. Dans la Charte du Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique, il est important de faire figurer le domaine de l’action, les moyens d’action, les structures nationales et les coordinations régionales et internationales pour une action concertée. Il faut aussi y mentionner les relations que le réseau devraient entretenir avec les structures épiscopales et aussi avec les autres mouvements d’apostolat. Nous apprécions TAM TAM et croyons qu’avec quelques adaptations, ce type de bulletin peut être envisagé pour le Réseau. L’appui, en matière de formation nous paraît important pour la coordination panafricaine. Il faut former les jeunes à la connaissance des valeurs humaines et spirituelles ainsi que des vertus du christianisme , et les aider à les mettre en pratique. Appui aussi en matière d’encadrement intellectuel pour aider à une meilleure organisation de leurs rencontres. Un appui financier peut aussi être envisagé. Les commissions permanentes : elles pourraient se réunir une fois par an _______________________

c) DU TOGO Depuis 1987, le Bureau National de la JEC a initié une rencontre qui a regroupé les membres du Bureau et les anciens jécistes résidant à Lomé. Ce fut le début, la naissance de l’organisation des anciens jécistes. Il a fallu plusieurs années pour se fixer sur les objectifs de cette structure. C’est en 1994 que la structure actuelle a été mise sur les fonds baptismaux avec les textes devant la régir lors d’une Assemblée Générale qui a vu la participation des anciens jécistes résidant à Lomé mais aussi à Atkpamé et à Sokodé. Aujourd’hui, la JEC semblez perdre son dynamisme d’antan. On peut même dire qu’au niveau secondaire, le mouvement se meurt. La motivation est presqu’inexistante chez les jeunes. Les anciens jécistes, à travers l’ACRAL qu’ils ont créé, est en contact permanent avec le mouvement. Les membres sont sollicités pour animer certaines activités comme des journées de réflexion, des conférences débats, etc.... Il en est de même des anciens qui sont devenus prêtres. Beaucoup d’anciens jécistes militent dans des associations culturelles, dans les conseils paroissiaux. Beaucoup sont d’actifs animateurs : catéchistes, conseillers danbs la JEC secondaire. Ils créent des sections du mouvement sur les paroisses qu’ils fréquentent, aident leurs frères à mieux vivre leur apostolat. Sur le plan économique et social, des anciens jécistes ont participé très activement à une campagne de l’Eglise qui visait à aider des familles en finançant de petits projets de développement, en créant des centres sociaux d’apprentissage. Des anciens jécistes se sont associés pour créer une société de promotion et de valorisation des produits vivriers locaux, appelée AFRIM et gèrent une ferme agro-pastorale. Au sommet de la crise, les anciens jécistes se sont organisés pour apporter leur soutien tant moral que matériel aux malades des hôpitaux de Lomé (les moyens étant limités). _______________________ 72


d) DU MALI Depuis 1991, la CEC (JEC) au Mali connaît beaucoup de problèmes dus à la crise scolaire que traverse le pays. Elle essaye de se redynamiser tant bien que mal. Les anciens jécistes qui restent toujours en lien avec le mouvement s’occupent de l’encadrement des militants au niveau des équipes de base. Il n’existe pas une structure d’anciens jécistes pour le moment mais le besoin d’en créer se fait sentir et l’idée est déjà lancée. Les premiers contacts ont eu lieu en 1993 (deux réunions d’anciens)qui avaient pour objectif la mise sur pied d’un groupe d’anciens jécistes pour l’encadrement, la formation des militants au niveau des équipes de base. Cette initiative n’a pas pu être poursuivie pour les raisons suivantes : chômage, découragement, etc... Cette année nous avons essayé de relancer l’idée de création du réseau des anciens jéciste, chose qui n’a pas été facile. La première difficulté c’est : comment retrouver ces anciens jécistes ? La deuxième difficulté : beaucoup pensent que la JEC ne doit plus être leur affaire. Parti d’un nombre de deux personnes au début, nous sommes aujourd’hui à peu près une dizaine, ce qui signifie qu’il y a un espoir. La création du RAJA a été beaucoup appréciée par les groupes d’anciens jécistes. C’est pour nous un moyen d’informer, de se former et d’échanger avec les anciens jécistes des autres pays et aussi avec nos militants à la base. La participation du Mali à cette Assemblée est donc significative : recevoir des informations du RAJA ; s’inspirer de l’expérience des pays dans lesquels les structures d’anciens jécistes existent déjà afin de pouvoir lancer la structure des anciens jécistes chez nous au Mali. Pour pouvoir accomplir cette tâche nous comptons sur le concours du RAJA et de tous les pays ici présents. ________________________

e) DU SENEGAL Au Sénégal il n’y a pas de structure d’anciens jécistes, il y a un noyau formé par d’anciens jécistes de la jeune génération qui avaient ressenti le besoin de se retrouver par nostalgie des temps où ils étaient jécistes, donc étudiants. Ces rencontres n’avaient aucun caractère officiel. Nous, de la plus vieille génération, avons pensé à faire grandir ce noyau, à lui donner un caractère plus officiel et un cadre plus élargi. Nous avons tenu quelques réunions et chacun des participants était tenu de véhiculer l’information. Nous avons l’intention de nous ouvrir à d’autres car nous estimons que nous ne devons pas rester en vase clos. Nous sommes des intellectuels et à ce titre nous sommes affiliés au MIIC. Nous sommes aussi prêts à accueillir les musulmans en qualité de sympathisants comme nous l’avons toujours fait. L’Islam est très ancré chez nous et nous collaborons et continuerons à le faire aussi longtemps que les musulmans nous approcheront en sachant bien que nous sommes un mouvement d’Action catholique Le dialogue entre catholiques et musulmans est enclenché, pourquoi le freiner ? __________________________

f) DE LA COTE D’IVOIRE - Pas de structure nationale - Cependant il existe des structures diocésaines qui s’occupent de l’encadrement de la JEC et qui maintiennent les liens . Ce sont des lieux d’échange, de révision de vie, de réflexion sur des faits de société.

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- Il est à noter l’engagement individuel de bon nombre d’anciens jécistes dans les diocèses et les paroisses pour la catéchèse, A.F.C.,... et aussi à des groupes de réflexion comme l’ACC, et la FACCEA. Si l’Assemblée du RAJA a pu se tenir en Côte d’Ivoire c’est grâce à la force de l’amitié (amitié toujours entretenue) qui existe entre certains anciens. _________________________

g) DU NIGERIA L’idée d’organiser cette association est née en 1994 d’un groupe de trois anciens jécistes du diocèse de Makurdi et demeure au stade de formation parce que deux ans après la germination de cette idée, l’association n’a pas pu décoller étant donné que les initiateurs avaient des difficultés financières. Ajoutez à ce fait qui est connu de vous tous, que les jécistes vont dans des endroits différents pour entreprendre différents engagements, pour faire face aux défis de la vie quand ils quittent la vie scolaire. Néanmoins, en novembre 1996, nous avons pu réaliser notre rêve puisque nous avons tenu notre première Assemblée Nationale avec une véritable représentation. Une équipe de coordination fut nommée ; deux membres de l’équipe sont ici aujourd’hui en train de participer à cette première Assemblée Générale du RAJA. Une fois de retour au Nigéria, l’équipe aura pour tâche de : 1.Rédiger le document final et établir un agenda pour le mouvement 2. Présenter les documents et le programme d’année à l’Assemblée Générale en novembre 1997 Malgré l’âge de ce mouvement au Nigéria, beaucoup a été fait pour renforcer et promouvoir le mouvement JEC dans les écoles, mettre sur pied de nouvelles sections dans les écoles où elles n’existent pas et aider à mettre en œuvre des projets de développement pour la JEC Enfin, nous souhaitons mentionner ici que nous sommes heureux de faire partie de cette assemblée qui met en place cet important réseau continental et c’est avec joie que nous ferons tout ce qui est nécessaire pour que cette structure rayonne. Merci. Longue vie à la JEC, longue vie aux anciens jécistes ! _________________________

h) DU RWANDA Etat des structures des anciens jécistes et perspectives. D’entrée de jeu, il convient de rappeler qu’il n’existe pas au Rwanda de structures organisées regroupant des anciens jécistes. En 1993, l’idée de mettre sur pied une association regroupant les anciens jécistes a été lancée et a été surtout soutenue par Mr Nsengiyumva Alfred, alors professeur au petit séminaire de Nyundo à Gisenyi. Des contacts avaient d’ailleurs été initiés avec l’AJAF par le biais du Père Gérard Warenghem avec comme perspectives de s’informer sur le projet de lancement de l’association des anciens jécistes d’Afrique. Malheureusement avec l’éclatement de la guerre de 1994 qui a pris sa tournure la plus meurtrière, les tenants du projet, dont Mr Nsengiyumva Alfred, ont été assassinés tandis que d’autres ont été forcés à s’exiler.

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Depuis 1995, les tentatives de rassembler les anciens jécistes de l’extérieur et de l’intérieur du pays se sont avérées vaines. Environ quatre séminaires sur la paix, la réconciliation et le dialogue ont été organisés en faveur des anciens jécistes rwandais, sous la houlette de Nairobi Peace Initiative (NPI), et les coordinations panafricaines de la JEC et du MIEC. Ces séminaires - ateliers visaient à rapprocher les membres des deux ethnies (hutu et tutsi) mais il n’ont pas abouti. Cependant, il ressort que beaucoup d’anciens jécistes rwandais restent actifs dans des cercles et autres organisations de réflexion et d’action existant dans les pays où ils résident. Enfin, en terme de perspectives, il est souhaitable que les anciens jécistes rwandais adhèrent au RAJA individuellement et qu’ils évoluent avec les structures des anciens jécistes existant dans leur pays de résidence. Nous espérons peut-être que le RAJA pourraient leur servir d’instrument de rapprochement et de dialogue. ________________________

i) DU GABON Au niveau des anciens jécistes, il n’existe pas encore de structure mais on note que beaucoup d’entre eux savent comment se retrouver et on entre autres des rencontres informelles. Depuis trois ans, la réflexion est tournée vers la mise en place d’une structure pouvant regrouper les anciens. Malgré la dispersion, il y a tout de même un bon nombre qui est resté en lien avec le mouvement et d’autres qui font des apparitions ponctuelles lors des conseils nationaux ou des journées organisées par le mouvement. Toujours par rapport aux anciens, notons qu’il y en a qui sont pratiquement ensemble tout le temps, car on a trouvé par exemple des familles entières dans les comités et qui sont donc ensemble par cet autre lien. Le souhait actuellement, c’est que la structure qui s’est mise en place pour préparer l’Assemblée Générale du RAJA fasse naître une structure des anciens jécistes du Gabon.

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La suite des travaux nous a permis d’aboutir à la rédaction de deux documents que vous trouverez ci-après : 1. Projet de charte 2. Déclaration des participants

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PROJET DE CHARTE DU RESEAU DES ANCIENS JECISTES D’AFRIQUE

PREAMBULE Créé à l'initiative d'Anciens Jécistes d'Afrique, le R.A.J.A se veut un lien entre ses membres désireux de poursuivre leur engagement et d'affermir leur foi dans l'Eglise d'Afrique en conformité avec celle de l'Eglise Universelle. Ayant germé en 1990 avec l'appui de la Coordination Panafricaine, l'idée du Réseau des Anciens Jécistes d'Afrique s'est développée, puis s'est consolidée lors de la première Assemblée Générale tenue du 16 au 23 Août 1997 à Bingerville en République de Côte d'Ivoire. Ce Réseau regroupe les Anciens Jécistes d'Afrique et est ouvert aux hommes et femmes ayant une expérience du mouvement JEC. Il peut cependant accueillir des personnes ayant le même objectif que le R.A.J.A. Il est un lieu de réflexion, de partage et d'action pour l'apostolat des laïcs. Le présent projet de charte- du-R.A.J.A. définit ses objectifs et sa structure, fixe les conditions d'adhésion et guide l'action de chaque membre, précise enfin la nature des relations du R.A.J.A. avec ses partenaires.

I - OBJECTIFS Se référant à la philosophie du mouvement, le R.A.J.A se fixe pour objectifs de: 1.1. prendre une part active à des séminaires d'action sur les défis que connaît l'Afrique ; 1.2. favoriser le partage des expériences entre ses membres ; 1.3. vivre l'option préférentielle pour les pauvres ; 1.4. parachever la foi chrétienne de ses-membres au sein d'une structure ; 1.5. vivre l'expérience des autres religions ; 1.6. promouvoir la solidarité et le bien-être de ses membres ; 1.7. répondre dans la mesure du possible aux demandes des mouvements JEC ; 1.8. apporter sa contribution dynamique et profonde à la pastorale de l'Eglise Universelle , 1.9. stimuler des projets de développement.

II - LA CONDITION D'ADHESION Pour adhérer au R.A.J.A., il faut être membre d'une Coordination Nationale du R.A.J.A. 76


III - LA STRUCTURE DU R.A.J.A. Le Réseau est composé de : - une Assemblée Générale ; - une Equipe d'Animation ; - les Coordinations Nationales. 3.1. L'Assemblée Générale est constituée des Coordinations Nationales. 3.2. L'Equipe d'Animation comprend : 3.2.1. un Coordinateur Général ; 3.2.2. un Trésorier Général ; 3.2.3. un Chargé des Relations Publiques Extérieurs ; 3.2.4. un Conseiller Ecclésiastique ; 3.2.5. des Chargés de programmes. 3.3. Les Coordinations Nationales travaillent en commissions permanentes : Commission Politique, Commission Economique, Commission Socio-culturelle, Commission Education- formation et Commission Ecclésiale. L'Assemblée Générale se réunit tous les deux (2) ans sur convocation de l'Equipe d'Animation ou des 2/3 des Coordinations Nationales. Le siège du réseau est fixé en Afrique, dans un pays membre. Il peut toutefois être transfère dans un autre pays sur décision de l'Assemblée Générale. Le Coordinateur Général, le Trésorier et éventuellement le Conseiller Ecclésiastique résident au siège.

IV-LES RESSOURCES Le R.AJ.A. est financé par : 4.1. Les cotisations de ses membres ; 4.2. Les produits d'activités ; 4.3. Les dons, subventions et legs.

V - LES MOYENS D'ACTION Le R A J A agit à travers des séminaires, des campagnes de sensibilisation, des récollections, des analyses, des publications, des études et recherches et tout autre moyen susceptible de répondre a ses objectifs. VI - LE R.A.J.A. ET SES PARTENAIRES Pour la promotion d'un laïcat africain, le R.A.J.A. entretient des relations avec : 6.1. La JEC Internationale, la Coordination Panafricaine, les Mouvements Nationaux, l'A J A F et tout mouvement d'Anciens Jécistes hors du continent en tant que de besoin, ces organisations peuvent solliciter le R.A.J.A. pour une réflexion, une action, une session de formation, une rencontre sous-régionale ...

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6 2 L'Eglise d'Afrique : le R.A.J.A. entretient des rapports de coordination avec les autres structures de l'Eglise en Afrique (SCEAM, Conférences Episcopales, Organismes Internationaux catholiques) 6 3 Les autres mouvements : le R.A.J.A. est en liaison avec d'autres mouvements et organismes qui oeuvrent-pouF. le-développement de l'Afrique (ONG,. associations de défense? des droits de l'homme et tout autre organisme de financement de l'Eglise catholique)

Fait à Bingerville, République de Côte d'Ivoire le 22 Août 1997.

L'Assemblée Générale Constitutive.

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DECLARATION DES PARTICIPANTS

Nous, Anciens Jécistes des pays d'Afrique (Bénin. Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Gabon, Mali, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Togo) réunis du 16 au 23 Août 1997 à Bingerville, République de Côte d'Ivoire, en Assemblée Générale Constitutive, conscients du rôle important que nous devons jouer dans l'Eglise et dans la société, déclarons : 1. Il est créé un réseau à caractère confessionnel, apolitique, et à but non lucratif dénommé Réseau des Anciens Jécistes d'Afrique en abrégé R.A.J.A. 2. Les objectifs et les conditions d'adhésion sont ceux définis dans les textes fondamentaux du R.A.J.A. 3. Le siège du R.A.J.A. est fixé au Cameroun et peut être transféré dans tout autre pays d'Afrique membre du R.A.J.A. sur décision de l'Assemblée Générale. 4. Les organes du R.A.J.A. sont : 4.1. L'Assemblée Générale, instance de décision qui regroupe l'ensemble des délégués des structures nationales d'Anciens Jécistes. 4.2. L'Equipe d'Animation composée de : 1. un Coordinateur Général ; 2. un Trésosier Général ; 3. un Responsable des Relations Publiques ; 4. un Conseiller Ecclésiastique ; 5. des Chargés de Programme. 4.3. Les Coordinations Nationales 5. A l'exception du Conseiller Ecclésiastique qui est choisi par l'Equipe d'Animation en accord avec son Supérieur Hiérarchique, les autres membres de l'Equipe d'Animation sont élus par l'Assemblée Générale au suffrage direct pour un mandat de deux ans. 6. En attendant l'adoption des textes fondamentaux, l'Assemblée Générale mandate l'Equipe d'Animation pour la mise en oeuvre du programme d'action conçu et adopté par la présente Assemblée Générale, ainsi que pour la rédaction des projets de

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textes fondamentaux (statuts et règlement intérieur) à soumettre à la prochaine Assemblée Générale. 7. A titre transitoire et en attendant la mise en place des Coordinations Nationales là où elles n'existent pas, les délégués des pays membres de l'Assemblée Générale Constitutive agissent en lieu et place des dites Coordinations. Ils doivent travailler à mettre en place les Coordinations Nationales avant la prochaine Assemblée Générale. 8. L'Assemblée Générale se réunit tous les deux ans sur convocation de l'Equipe d'Animation ou à la demande des 2/3 des Coordinations Nationales. 9. L'Equipe d'Animation est dirigée par le Coordinateur Général ; elle fonctionne selon le principe de collégialité de ses membres. 10. A l'issue de la présente Assemblée Générale, un projet de charte a été adopté et prendra une forme définitive a la prochaine Assemblée Générale. 11. L'Assemblée Générale Constitutive a par ailleurs désigné la République du Cameroun pour abriter le siège du R.A.J.A. 12 L'Assemblée Générale a procédé à l'élection des membres de l'Equipe d'Animation composée ainsi qu'il suit - Coordinateur Général : M. MINLA MFOU'OU Jeanot (Cameroun) - Trésosière Générale : Mme MBENGMO Solange-Calypso (Cameroun) - Responsable des Relations Extérieures (à pourvoir) - Chargé de Programmes : Commission politique : OKAFOR Franck-Collins (Nigeria) Commission socio-culturelle : NGABOLO Georgette (Gabon) Commission économique : BROU DJEKOU Lazare (Côte d'Ivoire) Commission Education-Formation : NANA BOUDA Catherine (Burkina Faso) Commission Ecclésiale : OUEDRAOGO Nomba paul (Burkina Faso) - Conseiller Ecclésiastique : (à désigner ultérieurement) 13. Pour toutes les questions non mentionnées dans la présente déclaration, l'Equipe d'Animation a compétence pour prendre toutes dispositions conséquentes en ce qu'elles ne sont pas contraires aux objectifs et orientations fondamentales du R.A.J.A.

RESOLUTION SUR LES FRAIS D'ADHESION ET LES COTISATIONS ANNUELLES Considérant que l'organisation, le fonctionnement et la mise en oeuvre des programmes d'action nécessitent des moyens financiers conséquents, Nous membres du R.A.J.A., réunis en Assemblée Générale du 16 au 23 Août 1997 à Bingerville, République de Côte d'Ivoire.

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décidons : 1)- Le statut de membre du R.A.J.A. s'obtient après paiement des frais d'adhésion dont le montant est fixé à $. US. 2)- Les Coordinations Nationales ou ce qui en tient lieu, ayant pris part à l'Assemblée Générale Constitutive sont d'office membres du R.A.J.A. Elles doivent cependant et à titre de régularisation, s'acquitter de la totalité des frais d’adhésion 3)- Outre les frais d'adhésion, chaque Coordination Nationale verse chaque année au R.A.J.A., une cotisation (montant de 83 $.US.)

Fait à Bingerville en République de Côte d'ivoire le 22 Août 1997

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- LISTE DES PARTICIPANTS ADE TARSO Linus, Coordination Panafricaine JEC AGOUA Marie-Léontine, Côte d'Ivoire AKAKPO Albert, Togo AKAKPO Yvonne, Bénin AKOUGH John, Nigeria AKPOVO Marcel Carlos, Coordination Panafricaine MEC ANGAMAN Paul, Côte d'Ivoire ANIMAKO Lazare Kabran, France AKA Marie Philomène, Côte d'Ivoire AKASSONBEVEL Samuel, Côte d'Ivoire AMONBarthélemy, Côte d'Ivoire BABAWO Laurence SAO, Sierra Leone BEKE Pascal DJORO, Côte d'Ivoire BENGA TOHANGOYE Pascal, Gabon BILLONGHortense, Cameroun BILLONG Serge, Cameroun BINA ZON Simon Gaétan, Bénin BROU DJEKOU Lazare, Côte d'Ivoire DIARRALuc, Mali DJEMIS Marie-France, Côte d'Ivoire Père DOUE OULA Léopold, Côte d'Ivoire DOUH AGUIE Faustin, Côte d'Ivoire DOUH Anne-Marie, Côte d'ivoire DOSSOU KITY Cyrille, Côte d'Ivoire EKOAN Antoinette, Cameroun GUETSA KAMANOU Sagesse, Cameroun KOFFI BROU Brigitte, Côte d'Ivoire KOUADIO Apollinaire, Côte d'Ivoire KOUADIO DONGO Raphaël, Côte d'Ivoire, M.T.C. KOUASSI Bernard, Côte d'Ivoire Abbé KUTWAN Jean-Pierre LELO Louise, Sénégal MABAH Jeanne, Cameroun MAPAGA Delphin, Gabon MBENGMO Solange Calypso, Cameroun MEKA Marie-Cécile, Cameroun MENGOMO ATANGANA Jean-Baptiste, Cameroun MINLA MFOU'OU Jeanot, Cameroun NANA BOUDA Catherine, Burkina Faso N'DAJoachim, Côte d'Ivoire NDENG NDENG Marie-Thérèse, Cameroun NGABOLO Georgette, Gabon NDI NKOA Alexandre Joseph Cameroun NDRIN Bernadette, Côte d'Ivoire. OGA Marie-Solange, France 82


AKAFOR Frank-Collins, Nigeria ONDO EBANG Pélagie, Gabon OUEDRAOGO NOMBA Paul, Burkina Faso ONDO EBANG Magalie, Gabon RADJI Pierre, Togo RAUX TAO Sylvie, Côte d'Ivoire RUKERTBUGA Ignace, Rwanda SAA Moses Lamin, Sierra Leone SAWADOGO Clément, Burkina Faso SAWADOGO TOUNSIDA Clément, Burkina Faso SEKA Flore Léocadie, Côte d'Ivoire TONIYEME BDLAKANI Théophile, Togo TSALOU MOUVIOSSI Serge, Gabon YAO Virginie, Côte d'Ivoire Père WARENGHEM Gérard, France ZAGBAYOU Marie Antoinette, Côte d'Ivoire N'GOUAN Patrick, Côte d'Ivoire BOA II Louis, Côte d'Ivoire

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Le logo du RAJA retenu à Bengerville

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Dans un premier temps, ce fut une session d'étude. À partir des réalités observées dans les pays représentés (Sénégal, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Gabon, Bénin, Rwanda, Sierra Leone, Nigeria, Cameroun, Togo), à partir d'une journée d'immersion dans certaines réalités de la ville et des environs d'Abidjan, à partir de l'apport de deux experts, les participants ont cherché a cerner les nombreux défis que le continent et l'Église qui est en Afrique doivent relever.

Tribune des lecteurs LA CROIX, Mardi 18 novembre 1997

Des anciens jécistes s’organisent en Afrique Se ressourcer en terre d'Afrique ! C'est la chance ou la grâce qui vient de m'être donnée, cet été. Ayant été associé, dès le début décembre 1990, à l'idée de mettre en place un réseau des anciens jécistes d'Afrique, grande fut ma joie de pouvoir participer à la première assemblée générale de ce réseau, en août 1997, à Abidjan.

Nous nous sommes longuement concertés sur la question suivante : que pouvons-nous apporter de capital, de vital dans la vie et la réalité de notre continent ? Quelle pourrait être notre participation dans les différentes structures de la société et de l'Église en vue d'un développement solidaire ?

De décembre 1990 à août 1997 : la période de gestation fut longue, mais à l'échelle d'un continent, ce n'est pas exagéré ! Nous nous sommes donc retrouvés, une soixantaine d'anciens jécistes venus d'une dizaine de pays, pour fixer plus précisément les objectifs et la structure du « Raja » : réseau des anciens jécistes d'Afrique.

La session statutaire qui a suivi cette session d'étude nous a permis de nous doter d'une charte, d'une équipe de responsable et d'un siège (Yaoundé). Nous avons aussi mis en place cinq commissions permanentes de travail sur les cinq domaines suivants : politique, économique, socio-culturel, ecclésial, éducation-formation." Tout membre actif du réseau est donc invité à rejoindre l'une de ces cinq commissions.

Aujourd'hui professeurs, magistrats, médecins, députés ou chômeurs, mariés pour la plupart, ces jeunes anciens jécistes ont répondu présent, ont payé un billet d'avion parfois très cher, pour ranimer la flamme qui les avait animés durant le temps de leurs études. Georgette Ngabolo, celle qui a eu l'idée de ce réseau, disait son discours d'ouverture : « La pédagogie (voir, juger, agir) et la spiritualité de notre mouvement qui nous ont illuminés et accompagnés dans la vie quotidienne, ne devraient-elles pas demeurer une pratique de vie ? ». Et elle ajoutait : « Pour paraphraser Martin Luther King, j'ai fait le rêve qu'un jour des anciens jécistes se regrouperaient au sein d'une structure vivante et créatrice, qui permettrait aux anciens jécistes d'analyser les défis qui inondent le continent, qu'elle les aiderait à apporter leur contribution au développement d'une Afrique où la justice et la paix régneront davantage, qu'elle serait un lieu d'approfondissement de leur foi en répondant toujours mieux aux appels du Christ pauvre et libérateur des pauvres.»

Axelle Kabou, dans son livre « Et si l'Afrique refusait le développement ? » posait la question : « À part la traite des Noirs et la colonisation, quoi de neuf ? ». Voilà du neuf : je peux témoigner qu'il existe aujourd'hui, j'en ai rencontré, des jeunes et de moins jeunes « anciens jécistes » qui sont « décidés à puiser au plus profond de leurs ressources l'énergie nécessaire pour faire face aux défis qui minent notre continent ». (Discours d'ouverture). Les médias nous abreuvent d'informations concernant les conflits, les guerres et tout leur cortège de souffrances et de mort. Il est grand temps de mettre aussi en pleine lumière ceux qui travaillent avec acharnement pour que la vie triomphe.

Gérard WARENGHEM (aumônier national des communautés chrétiennes africaines de France)

Sept ans. plus tard, ce rêve est devenu réalité : cette structure est mise en place.

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Rapport Final AG de Bengerville  

Rapport de la 1ere AG du RAJA

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