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Parole(s) DĂŠcouvrir, comprendre, raconter

ÂŤ J'aime me faire insulter Âť


Magazine Parole(s) - Numéro 6 - Février 2013

Fondateur, directeur de la publication : Philippe Lesaffre / Rédacteur en chef : William Buzy Reporters : Floriane Salgues, Théophile Wateau, Baptiste Gapenne, Guillaume Aucupet, Frédéric Emmerich Crédits photos : Ludo 29880, Guillaume Riché, Signe Karin, Gonmi, Umbrela Verde, Pipnstuff, Thibosco 17, No trucks no life, Quapan, JB 2010, Christian Amel, Kzippel, BétaCommand-Bot, Ol Ver, Matthew Wilkinson, David Levitz, Magro Kr, Gary Tanner, Kate Lokteva, Abdallahh, Julien Aller, Lucas Maystre Parole(s) est soutenu par la Coopérative d'Aide aux Jeunes Journalistes (CAJJ). CAJJ, association loi 1901, déclarée en sous-préfecture de Langon le 26/06/2010 / Siège social : 508 Laville Ouest, 33500 Capian.

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Immuable Par Philippe Lesaffre, fondateur

La scène se répète chaque mois. Nous nous réunissons dans un café. Puis commandons, au pif, un petit noir, une pression, du blanc, du rouge, voire du jus de goyave ou un thé sans sucre. Nous prenons un crayon et un calepin un iPhone ? - pour noter des idées d'histoires que nous voulons (vous) raconter dans le numéro suivant. La discussion s'ouvre. Débat passionné, vanne garantie, ambiance correcte assurée. « En me baladant, j'ai vu ça… », glisse l'un d'entre nous, en sirotant. « L'autre jour, j'ai discuté avec ce type super intéressant », confesse son vis-àvis. « Depuis belle lurette, j'aimerais écrire un papier sur…», confie le troisième membre du groupe des fondateurs, dans le brouhaha du bar. Avant de se poser une question existentielle, qui perturbe son esprit.

Basta… Le schéma semble immuable : des promenades - audelà des frontières européennes, en février -, des lectures, des rencontres, et hop, le sommaire du prochain Parole(s) est (presque) concocté, après la conférence de rédaction mensuelle… Toutes les quatre semaines, depuis, maintenant, une demiannée, c'est la même chose. Une routine ? Pas du tout… Tant que le hasard - pas du vent - du quotidien nous guide !


Une vie de camion… Piotr et Paul travaillent pour des sociétés de transport d'import-export et, du coup, collaborent chaque jour avec des chauffeurs routiers. En sont-ils satisfaits ? Pas toujours… Par Philippe Lesaffre

Certains transporteurs voulaient améliorer leur rendement, coûte que coûte. Et rouler plus - et plus vite - qu'autorisé. C'est pourquoi ils ont trafiqué le mouchard servant à relever leurs heures de conduite, ainsi qu'à respecter le temps des pauses obligatoires. Ces chauffeurs en avait marre, en somme, de se sentir contrôlés par leur patron. Raté, le tribunal d'Angoulême s'est penché, fin 2012, sur leurs combines et de lourdes sanctions sont tombées. Un autre chauffeur d'un camion de 44 tonnes, qui roulait avec 3,28 grammes d'alcool dans le sang, a, récemment été arrêté à un péage d'autoroute, au niveau d'Angers. Ce Slovaque de 34 ans, en attendant son procès, n'a plus le droit de rouler en France. Les transporteurs, tous fainéants, "beaufs", voire alcooliques ? Ces clichés circulent hélas - sur la Toile. Une statistique contribue à (r)établir une portion de vérité. Selon le fichier national des accidents corporels de la circulation routière, moins de 2% des conducteurs de poids lourds, impliqués dans un accident mortel, ont eu une alcoolémie positive en 2010.


« Un livre sur les transporteurs malhonnêtes » Parole(s) a recueilli deux témoignages d'employés d'entreprises de transport, qui, en raison de leur profession, collaborent avec de nombreux chauffeurs. Nous avons, tout d'abord, rencontré Piotr, un Polonais qui gère une entreprise d'affrètement, basée dans le Nord du pays, à Gdynia. Spécialisé dans les produits chimiques liquides, il fait le lien entre des sociétés de transport et des clients qui ont de la marchandise à transporter. Il propose, en somme, des camions-citernes pour le compte de ses clients européens. Aujourd'hui à son compte, il a longtemps réalisé cette mission pour une autre entreprise, après avoir travaillé pour une société belge de stockage et de logistique de tabac. D'où la nécessité d'être polyglotte : Piotr parle anglais, français - « Oui, Monsieur ! » -, allemand, russe, tchèque - « une langue qui ne ressemble pas tout à fait au polonais, comme je l'entends parfois », râle-t-il, dans la langue de Shakespeare. Cet entrepreneur travaille en collaboration avec des entreprises qui possèdent leur flotte de véhicules. Lui n'a pas de camion. N'emploie aucun chauffeur. Car il n'en veut pas. Et pas seulement en raison du coût élevé du carburant et de la maintenance. « 99% des transporteurs sont malins », lâche, critique, ce Polonais, qui travaille dans le secteur du transport et de la logistique quasiment sans interruption depuis son diplôme de logistique, obtenu en 1990. Celui-ci pourrait « écrire un livre » pour raconter des histoires de routiers (un brin) « malhonnêtes ».


D'abord, assure Piotr, « ils volent de l'essence et trichent la quantité réelle sur consommée pour vendre le surplus de carburant à des collègues ». D'autres, « rusés », gagnent des sous avec l'aide d'amis garagistes : « Ils font comme s'ils allaient changer une pièce défectueuse, demandent une note de frais à un garagiste complice pour que leur supérieur paie, alors que rien n'a, en fait, été changé sur le camion. Et une partie de cet argent se retrouve dans la tirelire du chauffeur. » Réplique courte mais cinglante d'un transporteur français : « Il travaille dans un bureau chauffé et ne connaît rien au métier des chauffeurs. »

« Ils piquent du carburant dans le réservoir de leur camion » histoires de transporteurs qui «piquent du carburant dans le réservoir du camion pour leur véhicule personnel». Mais «la plupart des chauffeurs savent bien bosser, même s'ils peuvent, de temps en temps, se perdre, par exemple», glisse Paul, qui commande souvent, auprès de Piotr - entre autres -, des camions.

Paul, lui aussi, traite régulièrement avec des sociétés de transport. Employé d'une entreprise francilienne d'importexport de produits chimiques depuis quatre ans, il n'est toutefois pas aussi catégorique. Il entend certes, parfois, des


Un week-end dans son camion Cela arrive à Paul de contacter les livreurs au volant. Histoire de leur mettre, quand même, la pression. « On m'appelle souvent, alors que je suis sur la route. On veut savoir si j'arriverais à temps chez le client », témoigne un chauffeur français. «C'est que le client, se justifie Paul, exige des livraisons ponctuelles, même quand le camion parcourt 1 500 km avant d’arriver chez lui, et c’est normal. » Souvent, les retards sont dus à un trafic dense en Allemagne et en France. Ou… à un manque d'inattention, admet Paul, qui s'avoue alors responsable : « A Piotr, je commande mes camions par téléphone - avant la confirmation par mail. Il est déjà arrivé que je me trompe dans l'adresse et il envoie le transporteur au mauvais endroit. » Le temps de rectifier l'erreur, le client s'impatiente, du coup… Pire: si un chauffeur arrive en retard un vendredi en fin d'après-midi, il se peut que le client soit (déjà) parti de son lieu de travail. Résultat : ce dernier doit passer le weekend sur place. « Ce n'est pas grave, relativise Paul, ils ont de quoi vivre assez confortablement dans le camion : une télé, une connexion wi-fi, un ordinateur. »


Le tuyau qui aurait tout changé

Et au chauffeur - « pas toujours de bonne humeur avec le client », selon Paul - de décharger le lundi matin. Encore faut-il qu'il puisse le faire. Car il arrive qu'un manque de communication complique la situation. « Une fois, se souvient le Français, j'avais commandé à Piotr un camion-citerne en Pologne, il devait livrer un additif chimique non-dangereux à Angoulême. Mais, sur place, le chauffeur ukrainien n'a pu décharger le produit car son tuyau de raccordement était trop gros pour la cuve du client. » Que s'est-il passé ? Le chauffeur s'est-il trompé ? « L'erreur vient du client qui avait omis d'exiger un élément précis. » Paul se souvient avoir appelé, ce jour-là, plusieurs entreprises pour trouver une pièce qui aurait permis le déchargement. En vain, rien à moins de 100 km du lieu de rendez-vous. Le chauffeur, arrivé le vendredi soir, a attendu un jour supplémentaire, soit le mardi suivant, que le client se décide à «bricoler un truc» en vue de récupérer son produit. Avant de reprendre sa route, pour de nouvelles aventures…


Paroles d'arbitre, maux d'arbitrage

« Pressions, menaces, intimidations. » Le quotidien des hommes en noir ? A l’heure où l’omniprésence de la couverture médiatique, autour des rencontres de football, pousse l’analyse jusqu’au décryptage du moindre coup de sifflet, nous avons rencontré un jeune arbitre de haut niveau. Le temps de comprendre avec lui sa mission, son milieu, sa passion.

Par William Buzy

Présentez-vous… J'ai 24 ans, je suis arbitre depuis 9 ans. J'ai commencé dans mon district, puis j'ai gravi les échelons petit à petit, et, aujourd'hui, j'arbitre en championnat fédéral, c'est-à-dire l'équivalent des championnats de France professionnels, mais chez les jeunes. J’officie aussi régulièrement dans des tournois internationaux, avec des clubs européens, mais également d’autres continents.


Que pensez-vous de l'arbitrage français d'aujourd'hui ? Je crois qu'en France, l'arbitrage n'est pas à la hauteur de ce qu'il devrait être, même si certains ont du mal à l'avouer. L'échec de l'Euro 2008 avait été édifiant [ndlr: aucun n'arbitre français n'avait été retenu pour arbitrer pendant cette compétition]. Cela faisait 34 ans que l’on n’avait pas vu ça. Derrière, on a eu Stéphane Lannoy en 2010 et en 2012, mais jamais retenu pour une finale par exemple. Idem sur les compétitions européennes. Pour moi, le problème est flagrant, et le pire, c'est qu'en refusant de l'admettre, on ne peut pas faire évoluer les choses.

Pourquoi les instances dirigeantes se voilent-elles la face ? Parce que, si elles venaient à admettre qu'il y a un problème, elles devraient chercher à savoir d'où il vient. Or, on sait très bien qu'une des raisons principales de cet état de fait, c'est le fonctionnement du milieu. Le milieu de l'arbitrage, c'est une guerre des clans sans fin. Les jalousies, les rivalités... C'est loin d'être une "famille unie" comme on l'entend parfois. Parce que, pour arbitrer les matchs importants, il faut être le meilleur. C'est flagrant pendant les tournois.


« De sérieux accrochages » Je me souviens d’une anecdote, qui date de mes premières années d’arbitrage. C’était en 2005, j’avais été sélectionné pour officier pendant un tournoi international lors du week-end de Pâques. On était une douzaine d'arbitres pour couvrir l'évènement. Durant les trois premiers jours, il y avait eu une très bonne ambiance. C'était la fête parce qu'on a rarement l'occasion de se retrouver, on est souvent seul, surtout au début, dans les niveaux les plus faibles. Du coup, on était content d’être tous ensemble, un peu comme une équipe de joueurs. Mais, au moment des désignations pour les finales, c'était de nouveau chacun pour soi, et il y a eu de sérieux accrochages.

Comment pourrait-on améliorer le niveau de l'arbitrage français? Je pense qu'il est primordial de mieux former et préparer les arbitres. Pour ça, il faut les rendre professionnels, de façon à pouvoir organiser des stages beaucoup plus longs et réguliers. C'est impossible tant que les arbitres ont un métier à côté. Pour moi, ça doit être la priorité absolue.


Et la vidéo, l'arbitrage à cinq ? Faire de l'arbitrage un métier, c'est le fond. Ces solutions-là amélioreraient la forme. Je ne peux pas vous parler de l'arbitrage à cinq parce que je ne l'ai jamais pratiqué. L'UEFA semble satisfaite, mais, honnêtement, je n’ai jamais vu un quatrième ou un cinquième arbitre prendre une décision importante. J’ai surtout l’impression qu’ils se font chier, seuls avec leur bâton. Pour la vidéo, j’aurais pu être contre si j’avais cru à la possibilité d’éduquer le public, d’une part, aux règles, et, d’autre part, au respect de l’erreur. Mais c’est impossible. Alors, quitte à utiliser la vidéo, je ne suis pas partisan de la limiter aux surfaces ou aux franchissements des lignes, parce qu'il peut très bien y avoir une action litigieuse et très importante en plein milieu du terrain. Il y a deux solutions : laisser à l'arbitre le choix du moment où il veut s'en servir (étant donné qu'il est là pour servir le jeu, ça supprimerait le problème d'une sur-utilisation) ou donner aux entraîneurs une sorte de challenge (comme au tennis ou au football américain).


De toute façon, que ce soit dans cinq, dix ou vingt ans, on y viendra. Ça a été une évolution naturelle dans beaucoup d’autres sports, et ça le deviendra dans le football. Dans l’histoire de l’humanité, les réformateurs ont toujours fini par l’emporter sur les conservateurs.

A votre niveau, avez-vous eu déjà des menaces ou des pressions quelconques? C'est arrivé. Près de Lyon, un jour, un entraîneur est venu me voir après le match, qu'il avait perdu 30. Il m’a serré la main, pris par l'épaule et m’a glissé à l'oreille : « Ne viens pas chez nous au match retour, parce qu'on va te saigner. » C'est le genre de phrase qui marque et qui vous tourne dans la tête un moment. Une autre fois, c'est un dirigeant du club qui voulait entrer dans mon vestiaire après le match. Il hurlait qu'il s'était fait « enc*** » et qu'il allait me défoncer. Je devais avoir à peine 17 ou 18 ans. Les délégués l'ont retenu, mais j'ai dû quitter le stade entouré de gens qui m'ont escorté jusqu'à la voiture. Tout ça, sous les yeux écarquillés de ma mère, qui ne comprend toujours pas comment on peut se mettre dans des états pareils pour un match de gamins.

Vous n'avez jamais eu envie d'arrêter? Quand on vit ce genre de choses, on y pense. Ce que je raconte, ce sont deux anecdotes parmi tant d'autres. Récemment près de Marseille, un supporter a débarqué sur le terrain à la fin d'un match tendu. J'étais assistant, mais je l'ai entendu dire à l'arbitre central: «Ferme bien ton vestiaire parce qu'on arrive.» Il a fini avec un nez cassé. Pourtant, le club qui recevait n'a eu qu'une suspension de terrain de deux matches. Une autre fois, un match a mal tourné suite à une expulsion qui, pourtant, n'a souffert d’aucune contestation. Cela a été un match à enjeu.


Et après une touche contestée, un dirigeant est entré furieux sur le terrain et a refusé de quitter la pelouse. Il a hurlé sur tout le monde, et a bousculé mon assistant qui est tombé au sol. Face à cette agression verbale et physique, et au vu de la tension qui planait, j’ai décidé d’arrêter le match, car j'ai su, par expérience, qu’une telle ambiance ne pouvait que dégénérer. En commission de discipline, quelques semaines plus tard, les dirigeants de l’arbitrage ont considéré que j’étais responsable de ce chaos, et que je n’avais pas fait suffisamment d’efforts pour mener le match à son terme. Le match a été donné à rejouer. Le dirigeant, qui avait bousculé un arbitre officiel, n’a reçu qu’une suspension de deux matches. Et j'ai été suspendu jusqu’à la fin de la saison. Il ne restait qu’un match, mais tout de même… J’ai très mal vécu cet épisode, et j’ai failli tout arrêter. C'est dur de se sentir abandonné par les instances qui sont censées vous protéger. Mais tout quitter, ç’aurait été leur donner raison, et surtout, ça m’aurait privé de ma passion.

Finalement, il faut être un peu maso pour être arbitre... Il faut juste aimer se faire insulter par les supporters, critiquer par les joueurs et les journalistes, subir les pressions de quelques dirigeants, et se faire casser la gueule une fois ou deux... Non sérieusement, même si ce genre de choses arrive quelque fois, le plus souvent ça se passe bien. Il y a des matchs où l'on prend vraiment du plaisir. Je ne crache pas dans la soupe. L'arbitrage m'a permis de rencontrer des dirigeants emblématiques, de fouler les pelouses de quelques grands stades, d'arbitrer des clubs prestigieux comme les Girondins de Bordeaux, Monaco, le PSG, l'OM, le Real Saragosse, la Real Sociedad, des clubs allemands, anglais, canadiens, slovènes, portugais... Quand on aime le football et qu'on ne sait pas se servir de ses pieds, c'est une autre façon de vivre sa passion.


Sur les routes de Casa Parole(s) publie deux écrits de notre (nouveau) collaborateur. Ce reporter s'est rendu à Casablanca, au Maroc. Qu'a-t-il ressenti en se baladant dans les artères de cette ville ? Par Frédéric Emmerich

Téméraires et sans casque

Au volant, les Marocains se lâchent Ca grouille, ça court dans tous les sens. Dans les grandes artères de Casablanca, les chauffeurs de taxi se faufilent comme ils peuvent, entre les automobilistes pressés, les piétons téméraires et les motards sans casque. Ces derniers zigzaguent entre voitures, cars et passants. Parfois une main scotchée au téléphone portable, l'autre sur le guidon. Et souvent à deux sur la mobylette. « Les Marocains sont des kamikazes, sourit Zinédine, un chauffeur de taxi, propriétaire d'une (vieille) Fiat rouge. Conduire sans casque, c'est tout à fait normal. » Youssef, l'un de ses collègues, au volant d'une Mercedes blanche et ancienne, qui ne porte pas de ceinture de sécurité - « il n'y en a pas » -, partage ce sentiment : « Nous aimons prendre des risques et nous faire peur. »


Et cela se voit : il suffit de prendre un taxi pour s'en rendre compte. La limite de vitesse sur les artères de Casa, les feux rouges, la priorité à droite ? Ils n'en ont cure… Le drôle de bruit du moteur d'une automobile qu'un Français voudrait déposer à la casse ? Tant que ça roule, pas la peine de s'en débarrasser… Les bus, sans vitre, ni porte ? Rien de grave, on peut encore s'en servir… « Ils ont tout simplement une autre perception du danger sur la route », croit savoir Gilles, un Français retraité, qui vit à Casablanca depuis quatre ans. Car les accidents sont nombreux, les accrochages entre automobilistes et motards, quotidiens. 4 000 personnes ont été tués en 2011 sur les routes du pays, soit douze victimes par jour. Police laxiste Ces chiffres, les Marocains en prennent conscience. Le port du casque est, en principe, obligatoire au Maroc. Et le non-respect de cette règle coûte cher : « 2 000 dirhams » (environ 175 euros), selon Mohammed, un retraité de 58 ans. « Certains agents, placés au bord de la route ou sur les trottoirs, s'assurent au quotidien que le nouveau code de la route - plus strict et mis en place en septembre 2010 - soit respecté. D'autres, en moto, se concentrent sur la sécurité des motards et des automobilistes sur la voie publique », raconte Mohammed. Mais ils ne verbalisent pas à chaque fois, ce que confirment certains chauffeurs de taxi, interrogés par Parole(s). « La police reste plutôt laxiste, confirme le retraité. Mais ils ne peuvent pas tout faire. » « C'est pour ça que nous avons installé des radars numériques dans les rues », raconte Amin, un contrôleur routier de Casablanca, relevant du ministère des transports.


Une astuce pour contrôler la vitesse des automobilistes… pas forcément dissuasive. A l'angle du boulevard de Paris, au feu rouge, deux jeunes, en scooter non casqués, s'apprêtent à faire la course. Le feu passe au vert. Ils accélèrent. Sans vraiment faire attention aux autres…

Les trois frères à la caisse L' épicerie familiale participe à la vie de quartier. Claude entre dans l'échoppe et prend deux bouteilles d'eau par la main. Puis présente ces produits au vendeur. Il lui manque un dirham. « C'est bon, pas de problème », glisse Mouray Omar, le gérant de l'épicerie, en plein centre-ville. Tout sourire, le Français, en vacances à Casablanca, quitte les lieux, satisfait. « Si la personne n'a pas le compte exact, ce n'est pas grave, explique le vendeur. En dessous de deux dirhams (à peu près, 18 centimes d'euros), je ne vais pas mourir. » Mouray Omar Elyacoubi, 25 ans, vend des produits de toilette, de lavage, des boissons non alcoolisées et quelques denrées alimentaires, telles des biscuits et du pain. Mais pas seulement : « J'ai aussi des recharges de téléphone et des cigarettes. Et c'est d'ailleurs ce qui marche le mieux », assure-t-il. En supermarché, seul l'achat d'un paquet entier reste possible. « Or, les gens achètent souvent à l'unité : un ou deux clopes. D'où le succès de la boutique. »


Le garçon loue le petit local depuis maintenant « deux ans » pour « 7 000 dirhams mensuels » (625 euros - si on devait convertir). Omar « gère la boutique en famille, avec (ses) deux petits frères ». Le plus jeune, Hassan, vient de souffler sa 15e bougie. Bien qu'il ne puisse pas travailler, «il (lui) file un coup de main depuis un an», confie Mouray. Le vendeur songe aussi au cadet, Aboubakr, qui entame, lui, sa vingtième année.

«Grâce à mes frères, je peux me reposer un week-end tous les quinze jours», glisse Mouray Omar. L'épicerie ouvre sept jours sur sept, de 8 heures à 3 heures du matin, sans pause. « Après minuit, nous fermons les grilles de l'entrée », explique le gérant de la boutique. « Simple précaution : c'est dangereux ici, le soir. Certaines personnes boivent un peu trop dans la nuit », assure Mouray Omar, non sans un sourire au coin du visage. Ainsi les trois frères passent-ils leurs produits, jusqu'à la fermeture du magasin, au travers des grilles. « Mes amis viennent me voir chaque jour »

Le commerce, Mouray Omar connaît bien : « J'ai grandi au sein d'une famille de commerçants berbères marocains. Ma famille gère un bureau de tabac à deux pas d'ici. » Entre 2005 et 2008, le jeune homme, originaire du Nord du pays, a travaillé avec ses parents. Avant de prendre son envol avec son petit frère Aboubakr, à quelques pas de la boutique familiale. « Je connais bien les habitants des environs qui viennent acheter chez nous, sourit Omar. Et mes amis passent me voir chaque jour. »


Les maux du quotidien Episode 2 : Les assurances peu rassurantes Si vous avez déjà été cambriolé, ce témoignage de Notre Héros va vous intéresser. Des bandits lui ont piqué de nombreux objets. Que faire ? Premier réflexe : appeler les flics et contacter son assurance. Pas une mince affaire.

Notre Héros débute bien mal l’année. Il a été cambriolé. Ordinateurs, appareils photos, consoles de jeu : tous les objets high-tech de son appartement se sont envolés - bien aidés par les bras de quelques chenapans. Mais Notre Héros, bien malheureux, va vite découvrir que le pire est à venir. Car après le défilé des policiers, chargés de constater l’effraction, puis de la police technique, chargée de relever les empreintes ou tout autre indice pouvant conduire aux voleurs, et après avoir passé une bonne partie de la matinée du lendemain au commissariat pour déposer plainte, il va devoir faire le plus dur : tenter de récupérer quelque menue monnaie de la part de son assureur. Première étape : la déclaration. En apparence très simple, puisqu’il suffit d’un coup de fil pour faire ouvrir un dossier. Dans les faits, Notre Héros va déjà devoir patienter une petite demi-heure - plateforme d’appel oblige avec une célèbre musique d’assureur dans les oreilles (qui, d’ailleurs, ressemble à s’y méprendre à "C’est la ouatte" de Caroline Loeb). Finalement, la personne au bout du fil ouvre le dossier, ce qui n’est pas une mince affaire : informations personnelles en tout genre, et surtout liste détaillée de tous les objets dérobés, avec un maximum d’informations sur chacun d’entre eux, de la marque jusqu’au numéro de série inscrit sur la facture.


L'erreur commise Après une nouvelle demi-heure, le dossier est ouvert. Mais finalement, la personne au bout du fil constate que le contrat ne couvre pas le vol. Ni les bris de vitre. Ni les accidents électriques. « Mais en fait, elle me sert à quoi, mon assurance habitation ? », s’inquiète Notre Héros. L’assureur conseille finalement de prier pour que la police soit sur la piste des objets, seul espoir, selon lui, de ne pas se retrouver bredouille. Après avoir raccroché, Notre Héros vérifie son contrat… qui couvre bien le vol. Il joint par précaution sa conseillère en agence, qui lui confirme que la plateforme a commis une erreur. Rappel. Attente. Musique. Agent. Forcément - plateforme d’appel oblige - ce n’est plus la même personne. Il faut donc réexpliquer la situation. Et rouvrir un dossier. L’agent constate au passage qu’effectivement, son collègue a ouvert le dossier avec un mauvais contrat, vestige d’une autre époque, qui traînait au même nom. "C'est la ouatte", chantonne Notre Héros Le copié-collé, n’étant visiblement pas une pratique aussi courante chez les assureurs qu’au Grand Journal, il faut tout reprendre, et une énième demi-heure plus tard, Notre Héros recevra par texto la confirmation que son dossier est bien ouvert. Reste à attendre l’appel de l’expert indépendant, mandaté par l’assurance, afin de prendre rendez-vous pour l’expertise. Une semaine sans nouvelle pousse Notre Héros à rappeler la plateforme, qui lui confirme que le dossier a bien été transmis, et que l’appel de l’expert ne devrait plus tarder. Une autre semaine sans nouvelle plus tard, Notre Héros rappelle encore, en chantonnant "C’est la ouatte", ou plutôt sa version publicitaire. La bonne vanne Après avoir exposé la situation, l’interlocuteur numéro 47 constate une « petite bourde ». « Je vois qu’on a transmis le dossier, mais on a oublié de mettre votre numéro de téléphone dedans. Forcément, il ne risquait pas de vous appeler », glisse-t-elle en pouffant. Très bonne vanne, qui ne fait cependant que très moyennement rire Notre Héros. Après quelques minutes de négociations, il obtient pourtant une faveur de la gaie luronne - à titre compensatoire sans doute : on lui transmet le numéro du cabinet d’expertise qu’il aura le droit de contacter lui-même. Le rendez-vous est pris. Mais Notre Héros n’en a pas encore terminé avec son cambriolage…

Parole(s) - N°6  

Sixième numéro du magazine Parole(s)

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