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Economie du funéraire SERVICES ASSOCIES

- La concurrence fait rage - La course aux services - Le marché disputé de la prévoyance - Contrat en capital contre contrat de prestations

Accompagnement de la famille et contrat de prévoyance

Les nouveaux entrants

Banques et assurances disputent aux pompes funèbres le marché des services associés

La mort est un marché florissant qui attise la concurrence: le nombre d’opérateurs de pompes funèbres a considérablement augmenté. Si bien que, pour se démarquer autant que pour s’adapter aux nouveaux besoins de leurs clients, ils ont développé de plus en plus de services à côté de leur activité principale : l’organisation des obsèques. Prévoyance avant le décès, accompagnement de la famille par la suite… Une course en avant qui les pousse à développer de nouvelles compétences, et qui les expose à une concurrence redoutable, en particulier celle des banques et des assurances.

Par Andrea Paracchini

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tre confronté à la mort d’un proche est l’une des expériences humaines les plus éprouvantes. L’émotion, la pudeur et l’aura sacralisée qui entourent ce moment,peuvent faire oublier que les funérailles sont aussi une prestation commerciale presque comme les autres. De fait, il existe bel et bien un marché de la mort, où les familles peuvent investir des sommes parfois considérables,et où des acteurs – les pompes funèbres – rivalisent et se défendent des attaques de nouveaux opérateurs. Car, si l’on peut certainement parler du funéraire comme d’un secteur à la clientèle captive - tôt ou tard, tout le monde doit bien mourir -, il serait erroné de croire que rien ne bouge dans les coulisses de cet univers feutré. En particulier, les pompes funèbres deviennent de plus en plus des prestataires de service auprès de leurs clients et de leurs familles, pour les faire profiter de leur expertise singulière.

La concurrence fait rage

En 2010, le cabinet Xerfi Precepta a publié une étude sur le secteur des pompes funèbres dont le sous-titre, Réussir sa mutation pour sauvegarder ses marges, est éloquent. D’abord, on y fait état d’un chiffre d’affaires du secteur en progression“régulière et continue” depuis plusieurs décennies. C’est le résultat d’une demande captive qui permet aux

une quinzaine d’années. Il est donc logique que le chiffre d’affaires sectoriel ait progressé de 50 % en valeur, alors même que le nombre de décès stagnait. Une politique tarifaire que les pompes funèbres pourront difficilement continuer à appliquer. Car, aujourd’hui, la crise a laminé le pouvoir d’achat des ménages, pour qui il n’y a plus de petites économies, y compris dans

Depuis la fin du monopole communal en 1993, le nombre d’entreprises est passé de 2471 à 3896 en 2009.” opérateurs funéraires d’utiliser le prix comme variable d’ajustement en fonction de leur volume d’affaires. Aujourd’hui, la facture pour une cérémonie est généralement comprise entre 3000 et 5000 euros pour une inhumation, un peu moins pour une crémation: c’est 35 % de plus qu’il y a

Le nouvel Economiste - n°1587 - Du 3 au 9 novembre 2011 - Hebdomadaire

le funéraire. “Les clients finaux ont de plus en plus tendance à faire jouer la concurrence pour obtenir le meilleur rapport qualité/prix”, écrit Thomas Roux, directeur d’études chez Precepta, dans sa note de synthèse. Cela tombe bien, puisqu’il n’y avait jamais eu autant d’opérateurs sur le mar-

ché. Nelly Chevallier-Rossignol, présidente de la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM), confirme: “Depuis la fin du monopole communal en 1993, le nombre d’entreprises est passé de 2471 à 3896 en 2009.” Résultat: selon une analyse de portefeuille du cabinet Plimsoll, la pression concurrentielle est maintenant si forte que plus de 10 % des 950 principales sociétés qui opèrent sur ce marché sont déficitaires. Depuis quelques années, un profond mouvement de réorganisation est donc en marche. Autour du géant privé EGF (détenteur de la marque Pompes Funèbres générales), les acteurs s’activent. En majorité des TPE et PME familiales - 85 % des entreprises du secteur comptent moins de 10 salariés, et seules 2% dépassent les 50 -, elles rejoignent de plus en plus des groupes ou réseaux de franchises. “Il y a quinze ans, RocEclair était le seul réseau en France, rappelle Nelly Chevallier-Rossignol,

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La course aux services

Tabler sur une hausse des prix et la réduction des coûts ne peut constituer une stratégie de long terme. Et les pompes funèbres l’ont bien compris: elles se revendiquent désormais comme des entreprises de service, et développent leur offre en ce sens. “Elles ne sont pas des vendeurs de cercueils,

2500. Elle constitue un avantage compétitif de taille pour un opérateur qui en possède une, et une barrière à l’entrée du marché, puisque les nouvelles pompes peuvent difficilement se permettre un tel investissement dès le lancement de leur activité. De même, le crématorium est un équipement stratégique, notamment pour les pompes funèbres publiques, qui en détiennent 40

Des acteurs externes au monde de pompes funèbres explorent déjà le créneau de l’accompagnement des familles

“Les pompes funèbres doivent s’occuper de toutes les formalités et des démarches administratives.” Nelly Chevallier-Rossignol, CPFM.

qui avec la CPFM représente 70 % des acteurs du marché. Aujourd’hui ils se développent car ils permettent aux entreprises de sortir de l’isolement, de bénéficier de l’effet d’une marque reconnue, et d’avoir une aide sur le plan commercial.”Groupées, elles peuvent notamment faire pression sur les fournisseurs, grâce à des centrales d’achat communes, et essayer ainsi de conforter leurs marges. Car l’étude Precepta le confirme: “La première décennie des années 2000 aura été marquée par un sérieux effritement des marges même si celles-ci demeurent convenables.”

affirme Nelly Chevallier-Rossignol en rappelant que la caisse ne représente en moyenne qu’un tiers du budget des obsèques. Il faut revenir à l’étymologie de ‘pompe’ : le cérémonial. Bien sûr, nous ne sommes plus à l’époque des grands convois et des corbillards, aujourd’hui les opérateurs du funéraire s’efforcent plutôt de répondre aux besoins des familles.” D’abord en termes de moyens. “Les familles ne veulent plus garder leurs proches à la mai-

Le principal défi pour les pompes funèbres est celui de la prévoyance, à travers notamment le “contrat obsèques” son, explique Corinne Loiodice, présidente de l’Union nationale des pompes funèbres (UNPF), qui représente les services funéraires publics de 500 villes de France, dont la capitale. La chambre funéraire aujourd’hui n’est pas une pièce froide et dépouillée. Il y a du mobilier et un personnel d’accueil digne du secteur de l’hôtellerie.” Leur nombre a d’ailleurs explosé et l’on en recense aujourd’hui

3 questions à Rémy Bernier, président de la Chambre syndicale nationale de l’art funéraire, organisateur du Salon international de l’art funéraire*

“Faire notre métier est difficile aujourd’hui” Quelles sont les nouveautés du salon? D’abord, permettez-moi de rappeler qu’il s’agit de l’un des trois principaux salons d’Europe consacrés à l’art funéraire et, comme son nom l’indique, il est aussi le rendez-vous le plus international: un quart de ses quelque 6000 visiteurs sont des étrangers en provenance de 50 pays. La raison est simple: avec ses 230 exposants, notre salon est le seul qui couvre toute la filière funéraire: des outils pour creuser jusqu’aux corbillards en passant par le plus vaste éventail de monuments. Quant aux nouveautés de cette édition, signalons l’importance grandissante du design avec des formes et des matériaux nouveaux, des couleurs atypiques; la prise en compte du critère éco-durable avec des urnes et des capitons biodégradables, des voitures électriques… Pour favoriser les échanges entre professionnels, il y aura notamment la deuxième édition du concours du souvenir cinéraire et la présentation en exclusivité d’une étude Les Français, la mort et les obsèques aujourd’hui, commanditée conjointement par la CSNAF et la CPFM.

Quelles sont les perspectives et tendances futures? Ce qui pèse le plus sur la filière, c’est la progression de la crémation, notamment en ville où le manque de place est plus important. En milieu rural, en revanche, tombes et caveaux familiaux résistent. Mais c’est un choix réfléchi qui intervient quelque temps après le

ment psychologique, le secteur a dû se professionnaliser: si depuis 1993, une formation est obligatoire, à partir du premier janvier2013, il faudra obtenir un diplôme pour pouvoir exercer la profession.Cette demande de prise en charge globale est parvenue aux pompes funèbres, qui ont dû apprendre à proposer ce genre de services. Mais elles ont aussi dû se doter d’outils d’anticipation des besoins de demain. Sous l’égide de la Fondation de France, la ville de Paris a ainsi créé la Fondation Services funéraires-Ville de Paris. Sa mission: soutenir les associations d’aides aux familles, mais aussi “accompagner les mutations sociales de façon pratique et engagée”. Premiers chantiers: l’évolution des rituels à l’aune de la laïcisation de la société, les pratiques mémorielles en l’absence de sépulture (suite à un crash d’avion, par exemple) et la mort périnatale.

Le marché disputé de la prévoyance

Mais le principal défi que les pompes funèbres affrontent aujourd’hui est celui de la prévoyance, à travers notamment le“contrat obsèques”.“Cette pratique est désormais rentrée dans les mœurs, affirme la présidente de l’UNPF. L’époque où elle servait principalement à imposer la crémation lorsque la famille n’était pas en accord est révolue. Aujourd’hui on souscrit ce type de contrat pour ne pas avoir à peser sur ses proches.” Car la spécificité du “contrat obsèques” est qu’il permet d’organiser et de financer ses propres funérailles de son vivant. Un accord “gagnant-gagnant” puisque les

Arts funéraires

“On constate un transfert progressif du budget du produit vers la cérémonie, ce qui pousse le prix des premiers à la baisse.”

il y a 130 ans. Il faut savoir par exemple que nous représentons l’ensemble des acteurs du cercueil, du monument et de la thanatopraxie. Au total, ce sont quelque 6000 emplois. Des artisans grâce auxquels un savoir-

Comment vos adhérents se comportent-ils sur le marché?

faire ancestral est sauvegardé, je pense par exemple aux tailleurs de pierre. Cela dit, faire notre métier est difficile aujourd’hui et le secteur n’échappe pas au différentiel des coûts de main-d’œuvre: il y a 30 ans, on comptait 30 fabricants de cercueils en France; aujourd’hui il n’en reste que six. Je ne veux pas dire par là que nous refusons la mondialisation. Au contraire, nous voulons nous intégrer dans cette nouvelle donne du marché, notamment dans tout ce qui relève de la protection de l’environnement. Mais nous demandons également que le respect des réglementations, qui existent et sont très contraignantes, soit exigé sur tous les produits, y compris ceux qui sont importés.

Notre chambre syndicale compte 50 adhérents, ce qui est beaucoup par rapport à l’univers de l’art funéraire. Leur nombre a doublé depuis la création de la CSNAF,

*Du 17 au 19 novembre 2011. Le Bourget. A.P.

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La demande des familles est également très forte en ce qui concerne l’accompagnement. Pour preuve, des acteurs externes au monde de pompes funèbres explorent déjà ce créneau. Laurent Raynaud, par exemple, a créé Phar Assistance, une société de services à la personne proposant un accompagnement sur mesure aux familles endeuillées.“Le fait est que les familles ignorent souvent comment procéder lorsqu’elles sont confrontées à la perte d’un proche, explique-t-il. Phar Assistance les aide alors à recenser les démarches,chercher et trier les documents nécessaires, rédiger des courriers, aller voir les professionnels. Il y a beaucoup de défiance visà-vis des banques, des assurances, mais aussi de l’administration, c’est pourquoi notre accompagnement est apprécié.” Nelly Chevallier-Rossignol confirme: “Nous devons désormais nous occuper de toutes les formalités et des démarches administratives: de l’avis dans la presse, jusqu’à la rédaction de courriers.” Mais on demande bien plus aux pompes funèbres, notamment lorsqu’on sait que 60% des décès surviennent aujourd’hui dans le cadre de l’hôpital. “Dans cet espace médicalisé, il n’y a pas de prise en charge des familles endeuillées,souligne le sociologueTanguy Châtel.Elles se retrouvent donc,encore en état de choc, dans les mains des pompes funèbres.” Pour faire face à cette demande d’accompagne-

“Les indépendants devront intégrer un réseau affilié à une assurance pour continuer à suivre les familles.” Corinne Loiodice, UPFP.

Entre tradition et modernité

“Ce qui pèse le plus sur la filière, c’est la progression de la crémation, notamment en ville où le manque de place est plus important” décès. Les familles sont alors prêtes à y mettre le prix: entre 2000 et 5000 euros pour un produit de base, mais jusqu’à 140000 euros pour des créations exclusives, comme une chapelle récemment réalisée au cimetière Montparnasse. On constate également un transfert progressif du budget des produits vers la cérémonie, ce qui pousse le prix des premiers à la baisse. Seule exception, les souvenirs, tels que les plaques et les urnes, pour lesquels une tendance à la personnalisation se développe.

sur les 150 que compte le pays. “La crémation s’est démocratisée: elle est choisie dans un tiers des obsèques, mais peut atteindre 50% dans certaines villes comme Grenoble, précise Corinne Loiodice. Les familles demandent alors la même qualité et la même offre que pour l’inhumation: cérémonies civiles en mémoire du défunt et temps de recueillement au sein des crématoriums, mais aussi la présence d’un traiteur après la cérémonie par exemple.”

“La mort n’échappe pas à la modernité, elle en est un révélateur.” Voici la leçon que Tanguy Châtel, sociologue et membre de l’Observatoire national de la fin de vie, tire de sa dernière recherche. Car si des phénomènes comme l’émergence des nouvelles technologies ou l’affaiblissement du lien social conditionnent désormais la manière de travailler, habiter et vivre des Français, ils influencent également leur rapport à la mort. “Aujourd’hui, la plupart des funérailles se situent à mi-chemin entre modernité et tradition”, résume le sociologue. En effet, s’il y a de moins en moins de cérémonies religieuses, en raison de la laïcisation de notre société, les obsèques n’ont pas pour autant perdu leur caractère sacralisé. “Les funérailles low cost, c’est

mation et qui, il y a quelque temps encore, pouvaient se contenter d’une caisse moins solide. “C’est pourquoi je pense que les caisses en carton, aujourd’hui très médiatisées en raison de prétendus arguments écologiques, ne vont pas bouleverser le marché”, affirme Rémy Bernier. “Le cercueil reste, pour les proches, le dernier accessoire offert au défunt, confirme la présidente de la CPFM. Il a une valeur fort symbolique.” Si la tradition résiste, les cérémonies évoluent. “Dans une société de plus en plus multiculturelle, il y a déjà la question de savoir quel rite religieux ou quelle croyance mettre en avant lors des funérailles, souligne Tanguy Châtel. On assiste alors souvent à des cérémonies ‘bricolées’, avec de la religion, de l’ésotérisme, de

“Les Français désertent le cimetière, remplacé par des sites Web de condoléances ou de souvenir.” Mais attention, renoncer à la participation physique a un prix: “Cela aide à annuler la distance, mais remplacera difficilement l’expérience des obsèques lunaire! s’exclame Rémy Bernier, président de la Chambre syndicale nationale de l’art funéraire (CSNAF). Certes, les médias donnent de la visibilité à ces nouvelles pratiques, mais nous, les professionnels, nous constatons plutôt une attitude plus rationnelle face aux dépenses pour les obsèques.” Car le respect pour le proche est tel qu’on n’ose guère faire appel au système D. Nelly Chevallier-Rossignol, présidente de la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM), en donne un exemple: “Le capiton d’un cercueil n’est pas obligatoire. Et pourtant, tout le monde le veut. C’est parce qu’on a trop de respect pour le défunt pour le laisser reposer sur du bois.” Le cercueil fait d’ailleurs l’objet d’un retour d’intérêt de la part des familles, y compris de celles qui optent pour la cré-

la philosophie…” Signe d’une distance culturelle devant la mort parfois difficile à combler. Qui s’ajoute à une distance géographique au sein de familles toujours plus éparpillées par leurs choix de travail et de vie. D’où le développement des retransmissions de cérémonies sur Internet, et des faire-part via Facebook. Une tendance qu’on retrouve également dans l’approche de la mémoire. “Les Français désertent le cimetière, remplacé par des sites Web de condoléances ou de souvenir.” Mais attention, renoncer à la participation physique a un prix: “Cela aide à annuler la distance, mais remplacera difficilement l’expérience des obsèques, met en garde Tanguy Châtel. Pouvons-nous être émotionnellement en phase avec une cérémonie, assis devant un ordinateur?” A.P.

Le nouvel Economiste - n°1587 - Du 3 au 9 novembre 2011 - Hebdomadaire


Economie du funéraire SERVICES ASSOCIES pompes funèbres s’assurent ainsi un futur client. Dans la pratique, la personne intéressée s’adresse à l’opérateur funéraire de son choix, à qui il demande un devis détaillé de ses obsèques. Ce contrat de prestation sera adossé à un contrat de financement, souscrit auprès d’une banque ou d’une assurance, du montant exacte du devis. A titre d’exemple, la plupart des opérateurs publics de pompes funèbres travaillent avec la seule mutuelle de prévoyance obsèques en France, la

travail Obsèques à la Fédération française des sociétés d’assurances. Elle connaît les pompes funèbres, sait déjà qu’elle doit s’organiser et ce qu’elle veut pour ses obsèques. Cela reste une démarche qui demande de la maturité et du courage, car il n’est pas facile d’aller choisir son cercueil.”

Contrat en capital contre contrat en prestations

Etant donné le succès rencontré par le marché de la prévoyance,de nombreuses offres ont vu le jour, à l’initiative, notamment, des banques et des assurances. Leurs produits ont connu un véritable essor dès 2004, suite à l’entrée en vigueur d’une réglementation plus stricte les encadrant. Fin

funèbres subissent la concurrence des banquesassurances qui sont déjà en train de s’accaparer le marché des “contrats obsèques”. Une concurrence qui, d’après elles, nuirait avant tout aux consommateurs. En cause, une particularité des contrats “en capital” que les banques-assurances commercialisent. Alors que dans le cadre des contrats “en prestation”, le bénéficiaire de l’assurance est l’entreprise de pompes funèbres, le contrat “en capital” désigne généralement comme bénéficiaire un proche du souscripteur. “Cette personne est théoriquement libre de dépenser l’argent comme elle le souhaite”, explique Olivier Sentis. En autres termes, elle a le droit d’utiliser le capital à d’autres fins

“Pour continuer à suivre les familles, les indépendants devront alors se positionner au sein d’un réseau affilié à une assurance. C’est un peu ce qui se passe pour les garagistes.”

“Les banques-assurances qui distribuent des contrats obsèques répondent au besoin d’éviter que les proches aient à payer.” Olivier Sentis, FFSA.

Mutac. Le montant du contrat peut parfois atteindre 10000euros, mais se situe en moyenne autour de 3500 euros. Fin juin 2010, on dénombrait en France 750000 contrats de ce type, soit presque deux fois plus qu’en 2004, grâce notamment à une augmentation des nouvelles souscriptions ces trois dernières années. “Le profil type est une personne âgée qui a déjà été confrontée à un deuil, explique Olivier Sentis, président du groupe de

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juin2011, plus de 2,1millions de Français avaient souscrit l’un de ces contrats, soit le double par rapport à 2004. “Sans expertise funéraire, les banquesassurances qui distribuent ces produits dans leurs agences répondent en particulier aux besoins de ceux qui veulent éviter à leurs proches de payer leurs obsèques”, explique Olivier Sentis. La plupart de ces contrats,dits“en capital”,ne comportent donc pas un descriptif de la prestation, mais servent uniquement à couvrir les frais des obsèques. Certains produits, dits “packagés”, proposent un contrat d’assurance assorti d’une prestation standardisée. Le choix est très limité et se résume généralement à arbitrer entre inhumation et crémation, cérémonie religieuse ou civile. De plus, même si le souscripteur a le droit de modifier son contrat, les banques-assurances proposent un opérateur funéraire, le plus souvent un groupement implanté sur l’ensemble du territoire national. Ces produits intéressent une population plus “jeune” (moins de 70 ans), sans idée précise quant au déroulé de ses obsèques, et à la recherche d’un contrat simple, avec peut-être à la clé d’autres services, comme l’assistance au rapatriement. Malgré la segmentation du marché, les pompes

que le financement des obsèques.Bien qu’Olivier Sentis assure qu’ “en pratique, l’emploi du capital correspond aux souhaits du souscripteur”, UFC-Que choisir est montée au créneau contre ces contrats “en capital”. En 2010, elle a engagé une action judiciaire contre la Banque Postale Prévoyance, estimant que son contrat en capital “Résolys Obsèques Financement” portait une dénomination trompeuse. A la base, un argumentaire partagé par la CPFM: “Je comprends que des gens ne veuillent pas s’occuper du choix de la prestation, concède Nelly Chevallier-Rossignol. Mais lorsqu’on emploie le terme d’obsèques, on parle bien de l’organisation des funérailles. On ne peut donc pas appeler “contrat obsèques” une assurance qui ne rentre pas dans les détails de la prestation. Sinon, cela revient à tromper le consommateur.” Un amendement, plusieurs fois présenté à l’Assemblée nationale pour tenter de régler le différend, a été systématiquement rejeté. Les banques-assurances sont d’ailleurs bien déterminées à s’implanter durablement dans l’offre de services funéraires: la plupart des contrats proposent déjà des packs administratifs ou d’aide au ménage après décès, et d’autres formules d’accompagnement psycho-

logique ou administratif sont à l’étude. Face à un combat disproportionné, les pompes funèbres auront donc probablement intérêt à s’allier avec les assurances sur le marché des “contrats obsèques”.“Pour continuer à suivre les familles,les indépendants devront alors se positionner au sein d’un réseau affilié à une assurance, préconise Corinne Loiodice. C’est un peu ce qui se passe pour les garagistes.”Et d’évoquer le cas de l’Espagne, où la couverture obsèques est comprise dans les assurances santé. Résultat: les assureurs ont pris la place des familles dans le choix des opérateurs, en redessinant la carte funéraire du pays au bénéfice des réseaux nationaux. 

CHIFFRES REVELATEURS

L’heure est à la concurrence 3896 entreprises de pompes funèbres se partagent les obsèques des quelque 500 000 Français qui meurent chaque année. Presque 4 “contrats obsèques” sur 5 sont des contrats “en capital”, dont la quasi-totalité est distribuée par des banques-assurances. Sources: CPFM, 2009; FFAS, 2011.

Sigles & acronymes UPFP (Union du pôle funéraire public) ; CPFM (Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie) ; FFSA (Fédération française des sociétés d’assurances).

A lire également Economie sociale - PRÉVOYANCE La mort sous contrat (Le nouvel Economiste N° 1543 - 18 novembre 2010) Les archives numériques Consultation gratuite -lenouveleconomiste.fr

Le nouvel Economiste - n°1587 - Du 3 au 9 novembre 2011 - Hebdomadaire


Economie du funéraire INTERVIEW

“La médecine envisage davantage la mort aujourd’hui qu’il y a un quart de siècle, quand elle n’était que synonyme d’échec” pour le droit de mourir dans la dignité, qui depuis 1980 milite en faveur de la pratique de l’euthanasie.

Comment jugez-vous le débat public sur l’euthanasie ?

L’idée que les Français se sont fait de l’euthanasie leur vient de certains cas fortement médiatisés, comme celui de Chantal

pas dans l’état de s’exprimer. On a alors mis en place des solutions comme les testaments de vie ou les directives anticipées. En France, la loi Leonetti permet aussi ces anticipations et de désigner une personne de confiance qui décidera à notre place. Mais dans notre pays prévaut l’idée, notamment en milieu médical, que ce type de choix ne relève pas seulement des patients

“Le principe à la base des soins palliatifs est simple : refuser de considérer les patients uniquement comme des objets de la médecine” Sebire. Ces cas, où le patient se trouve dans des situations très particulières, monopolisent le débat public et deviennent la base des confrontations sur le thème. Alors que les médecins sont tous les jours confrontés à des cas concrets bien moins extrêmes. C’est pourquoi j’apprécie particulièrement le travail de l’Observatoire de la fin de vie. Leurs rapports permettront de raisonner, non pas seulement sur des principes ou des a priori, mais en tenant compte des situations concrètes. Car finalement, il y a toujours un écart entre la théorie et la réalité. On constate par exemple qu’en règle générale, les Français répondent plutôt favorablement à des questions hypothétiques sur l’euthanasie. Mais, en situation, leur adhésion est souvent plus nuancée. Ils ont tendance à se référer à un corps idéal et à une norme de la maîtrise, au point de préférer mourir plutôt que montrer une apparence diminuée.

En matière de soins palliatifs, où en est la France ?

Pascal Hintermeyer, directeur du laboratoire Cultures et Sociétés en Europe à l’université de Strasbourg/CNRS : “Beaucoup de Français expriment aujourd’hui la volonté d’être acteurs de leur propre mort. Ils souhaitent donner du sens à cette étape ultime de la vie.”

Pascal Hintermeyer est professeur de sociologie, directeur du laboratoire Cultures et Sociétés en Europe à l’Université de Strasbourg/CNRS. Il détaille les rapports que notre société entretient avec la fin de vie, la dépendance et l’euthanasie

Par Andrea Paracchini

Comment le rapport à la mort a-t-il évolué en France ces vingt dernières années?

Beaucoup de Français expriment aujourd’hui la volonté d’être acteurs de leur propre mort. Ils souhaitent donner du sens à cette étape ultime de la vie, car ce qui compte pour eux ce n’est plus simplement de vivre plus longtemps, dans un sens quantitatif, mais plutôt de vivre qualitativement mieux. Cette réflexion rejoint celle qui, dans le milieu médical, fait son chemin depuis la moitié des années 1980. Certains

Le principe à la base des soins palliatifs est simple : refuser de considérer les patients uniquement comme des objets de la médecine. Les soins palliatifs se distinguent

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médecins se sont en effet demandé si la seule poursuite de la performance médicale permettait d’apporter la meilleure réponse aux patients. On s’est donc démarqué de l’“acharnement thérapeutique” ou de l’“obstination déraisonnable”, et des solutions alternatives ont été proposées.

Comme l’euthanasie ?

En effet, il y a au moins trois propositions : l’euthanasie volontaire, que vous évoquez, les soins palliatifs et le suicide assisté. Présentées souvent comme concurrentes, elles ont tout de même en commun la volonté de se réapproprier la mort. Les partisans de chacune de ces alternatives ont donné naissance à des associations pour promouvoir leurs arguments. Vous aurez sans doute entendu parler de l’Association

Y a-t-il donc une fermeture du monde médical vis-à-vis de ces sujets ?

On y retrouve différents positionnements. Mais le patient est pris en charge par une équipe soignante. Les choix sont ainsi pris de manière collégiale, la décision n’est pas individuelle mais socialisée. Il faut reconnaître qu’aujourd’hui la médecine envisage davantage la mort qu’il y a un quart de siècle, quand elle n’était que synonyme d’échec.

Le législateur a-t-il un rôle à jouer en matière de fin de vie ?

On ne demande pas au législateur de décider à la place des gens, mais plutôt de fixer des bornes. Aux Pays-Bas par exemple, l’euthanasie a été d’abord dépénalisée, ensuite légalisée. Mais il y a des conditions de minutie à respecter, ce qui fait qu’on pratique toujours des euthanasies extralégales. En France, les actions qui abrègent la vie sont poursuivies comme un meurtre.

“Il n’y aura jamais assez de lits en unités de soins palliatifs pour traiter les 500 000 décès qui se produisent chaque année en France” ainsi des soins curatifs, puisqu’ils visent à éviter des souffrances aux patients. La Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap) s’emploie à diffuser cette culture dans notre pays avec un certain succès. Nous sommes aujourd’hui le deuxième pays en Europe pour ces soins, même si les unités restent rares et difficiles d’accès. Cela pose des problèmes, car si les cancéreux en phase terminale, bénéficiaires les plus courants de ces traitements,

“Certains médecins se sont demandé si la seule poursuite de la performance médicale permettait d’apporter la meilleure réponse aux patients”

“En règle générale, les Français répondent plutôt favorablement à des questions hypothétiques sur l’euthanasie. Mais, en situation, leur adhésion est souvent plus nuancée”

ou de leurs proches. On craint en particulier qu’ils ne puissent être influencés par le manque d’information, des états de dépression, des intérêts cachés ou de la compassion…

séjournent dans ces unités une quinzaine de jours environ, d’autres pathologies demandent une prise en charge beaucoup plus longue. De toute façon, il n’y aura jamais assez de lits en unités de soins palliatifs pour traiter les 500 000 décès qui se produisent chaque année en France. C’est pourquoi d’ailleurs on développe de plus en plus d’équipes mobiles de soins palliatifs, ainsi que les soins palliatifs à domicile.

Mais, quand le cas passe en justice, cela se traduit souvent par des non-lieux, notamment lorsque le médecin a agi à la demande des proches. D’ailleurs, depuis la loi Leonetti, les patients ont le droit de refuser un traitement.

Peut-on parler d’un retard de la France par rapport à ses voisins ?

A ce sujet, j’ai analysé les articles traitant de fin de vie parus dans Le Monde de 1998 à 2010. J’y ai identifié un procédé rhétorique visant à distiller l’idée d’une évolution vers une attitude plus progressiste en matière de fin de vie. La France y est présentée comme moins volontariste que ses voisins et incitée à rattraper son retard. A mon avis, la situation n’est pas si simple. On a aussi longtemps défendu un modèle unique de développement qui aujourd’hui montre ses limites. En matière de fin de vie, on pourrait être tenté de faire la même erreur. 

Dans tous les cas, le patient n’est jamais seul. A qui revient la responsabilité du choix ?

La question se pose différemment selon la culture et le pays. Aux Etats-Unis, par exemple, la liberté individuelle est très valorisée. Le choix revient alors au patient, ce qui peut être compliqué lorsqu’il n’est Le nouvel Economiste - n°1587 - Du 3 au 9 novembre 2011 - Hebdomadaire

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