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PARCEQUE, le magazine qui dessine : une folle équipe de rédacteurs et d’illustrateurs bénévoles qui ne vous veulent que du bien.

POUR RECE PARCE VOIR QUE, ABON NEZ-VO US EN PA GE SUR PA 46 OU RCEQU E. ORG

Direction de la rédaction : Carole Sertimoun Adjoints à la rédaction : Flore Engelvin et Guillaume Pascal

Maquette : Maïmouna Tambadou

EDITO

Secrétaire de rédaction : Annabelle Gasquez.

Par Carole Sertimoun

Adjoints à l’illustration : Coline Poulette

Rédacteurs : Tiphaine Bacquet, Angéla Bonnaud, Arnaud Cayotte, Guillaume Decourt, Blanche Delacourt, Flore Engelvin, Tristan François, Annabelle Gasquez, Aurore Gay, Mathieu Gueguen, Kazo, Rémi Meunier, Outi Munter, Agathe Parmentier, Guillaume Pascal, Carole Sertimoun, Justine Vergès. Illustrateurs : Diane Aberdam, Lucile Ajax, Justine Duhé, Julia Dagood (pub Innocent), Faustine Ferrer, Élodie Garbé, Gail Gosschalk, Mélanie Johnsson, Solène Lebon, Marie Leghima, Jules Magistry, Coline Poulette (pub FNE), Rougerune, Emilia Stepien, Johanna Thomé De Souza. Couverture : Océane Carbou Illustration Edito : Justine Vergès La Pin-Up/Le Pin-up : Élodie Garbé PARCEQUE est une association à but non lucratif ayant pour vocation de promouvoir le dessin et l’écriture libres et sensibles par la diffusion nationale bimestrielle d’un magazine participatif et avant-gardiste auprès d’une large population. ISSN 2258-0301

Bon, ceux d’entre vous qui le connaissent vont sûrement être très déçus, mais nous n’avons pas réussi à obtenir d’interview de Fatal Bazooka, qui était sans doute trop occupé à « kiffer des uc »*, et on ne peut pas vraiment lui en vouloir. Malgré cette terrible lacune éditoriale, nos redacteurs ont mis tout leur coeur à explorer les attraits et rebuts du fameux « couvre chef qui gratte », entre tricot, brigands, ou simple anonymat. Car cette cagoule dont on parle si peu n’a rien perdu de son rôle de dissimulation, pour le meilleur et pour le pire. Qu’elle se résume à un accessoire physique ou à une adresse IP, sa matérialisation aujourd’hui devient trouble : la transparence n’a pas toujours que du bon. Mais avant de tomber dans les méandres de la paranoïa, sortez couverts et protégez vous bien du froid et de la belle machine d’internet qui veut à tout prix vous vendre cette paire de bottes en caoutchouc (oui, les jaunes, là, que vous aviez -croyiez avoir- innocemment repérées) tandis que vous espionnez -tout aussi innocemment- vos contacts Facebook. *aimer des paires de fesses.

Pour nous écrire : contact@parceque.org Pour vous abonner, faire un don : www.parceque.org Pour nous écrire pour de vrai : ASSOCIATION PARCEQUE 19 rue Émile Zola 92600 Asnières sur Seine La couverture de PARCEQUE est imprimée sur un papier écologique à base d’algues de la baie de Venise. PARCEQUE#18 / novembre-décembre 2013 / ÉDITO / 3


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4 / SOMMAIRE / PARCEQUE#18


SOMMAIRE PARCEQU’ELLE FAIT NOTRE COUV 6 Océane Carbou PARCEQU’IL SE PASSE DES CHOSES 8 les News de la rédaction

30 PIN-UP 56 PARCEQU’ILS LE FONT

FOUS TA CAGOULE 10 La Corse sans cagoule 14 Brigands barcelonais 16 Cagoule VS Bonnet 18 Face à l’extrême droite, on refout nos cagoules ! 20 Garde ta cagoule 22 La BD : L’Homme au masque de Femme 26 Les voisins 33 Poème : Divertissement 36 Le bonnet intégral 38 Les trésors 40 Mode d’hiver 42 Au pays des aiguilles qui dessinent 47 Poème Naïf 48 Divagations harmonieuses 52 Guillaume, ce garçon. 54 Interview : Matt Elliott 56 Fauroscope PARCEQUE#18 / novembre-décembre 2013 / SOMMAIRE / 5


6 / ELLE FAIT NOTRE COUV / PARCEQUE#18


Elle fait notre couv :

Océane Carbou Née en 1991 à Lyon, Océane Carbou grandit paisiblement entre kékés et quenelles. Après deux ans passés à étudier le design d’objets au milieu de nulle part, elle a du reconnaître que le côté industriel de la discipline, tout comme l’isolation géographique, n’étaient absolument pas fait pour elle. La volonté de croiser un savoir-faire et une pratique artistique fait qu’elle intègre le DMA gravure d’Estienne à Paris, où elle commence enfin à développer son univers graphique. Dessin, gravure, sérigraphie et plus récemment peinture sont ses médiums favoris. Indiens et géants se rencontrent au milieu de plages et montagnes colorées, ponctuées de cactus et palmiers et arpentées par des mammifères vachement cool. Des compositions somme toute enjouées dont la récurrence conduit Océane à la création de motifs illustrés, qui ont pu être imprimés sur des sacs dans un atelier de sérigraphie berlinois. Par ailleurs, elle apprécie les choses sucrées, douces et moelleuses, ce qui ne l’empêche pas pour autant de grimper dans les arbres, courir dans les champs, ou escalader de gros rochers. Party hard. http://oceanecarbou.tumblr.com

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Les News DES ILLUSIONS CONSTRUCTIVES, par Fred SIDO+ROUGERUNE exposent avec Valérie Jamart (plasticienne) de l’association KAZART. « Des illusions. À travers le thème de la ville, ces artistes nous offrent un regard troublant sur le monde qui nous entoure. Désillusion ? » Du vendredi 6 au jeudi 19 décembre 2013 à la Maison des Jeunes et de Quartier Barbusse (4 boulevard Henri Barbusse - 92240 Malakoff, du lundi au vendredi - 9h à 12h et 14h à 18h30). ASSASSIN, par Agathe Au Nouveau casino, le 22 novembre et le 1er décembre seront les deux dates du Retour vers le futur d’Assassin. Vous vous souvenez d’Assassin, ce mythique groupe de rap français ayant toujours refusé de signer sur une Major ? En attendant d’entrer dans la salle de concert, on redécouvre la puissance des textes de Rockin’ Squat (alias Mathias Cassel) et de ses acolytes. Peut-être étiez-vous à la recherche de morceaux engagés ? Peut-être aimeriez-vous entendre des réflexions sur notre société et nos modes de pensée ?... Dans les albums vous trouverez mêlés autant de textes indignés sur la médiocrité humaine que sur sa beauté... Ecoutez ou ré-écoutez Assassin... plus actuel que jamais car sous le charme de cette plume, sous la dégaine 90’s, sous la capuche : le poète. www.livinastro5000.com NOMME-MOI SI TU L’OSES, par Tiphaine Vous cherchez un cadeau de noël original ou vous voulez simplement illustrer le potentiel destructeur de votre belle-mère ? Grace à un système de parrainage mis en place depuis 2002 par l’Institut de Météorologie de l’Université libre de Berlin, vous pouvez faire baptiser un anticyclone ou une dépression météorologique du nom qu’il vous plaira ! Il vous en coûtera cependant respectivement 299 euros et 199 euros, les dépressions étant près de trois fois plus fréquente que les anticyclones. Selon la règle d’alternance stricte, cette année il faudra ainsi plus de prénoms masculins que de prénoms féminins. Attention cependant au retour de bâton. SEBASTIÁN SILVA, par Mélanie Il est jeune, talentueux et il vient du Chili, ce joli pays du bout du monde. Le réalisateur Sebastián Silva a déjà parcouru un long chemin depuis Titanic, sur lequel il était assistant de James Cameron. Dans ses deux derniers films, présentés au Sundance Festival 2013, il fait jouer la crème du cinéma indépendant américain, tel que Michael Cera ou Juno Temple. Magic Magic, sorti récemment au cinéma, est une petite prouesse qui déjoue les codes du drame classique pour faire sombrer doucement son personnage principal dans la folie... La descente aux enfers est dure mais filmée avec délicatesse. Surtout, elle nous laisse face à un dilemne : pourrions-nous nous aussi vite sombrer dans la folie ? Silva filme avec brio, entre isolement, humour et folie douce. Le tout regorge de clins d’oeil à la culture chilienne, et il en émane des vapeurs légèrement hallucinogènes… À suivre absolument.

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de la rédaction ILLUSTRATIONS : MARIE LEGHIMA

LYON EN LUMIÈRE, par Aurore Comme tous les ans, Lyon se parera de ses plus belles couleurs pour la fête des lumières. Tous les soirs à partir de 18h, du 6 au 9 décembre 2013 la ville brillera de sa plus belle flamme pour vous en mettre plein la vue. Au programme : feux d’artifices, jeux de lumières et parcours thématiques pour découvrir la ville sous une nouvelle nuit éclairée. De quoi faire ravaler son antenne à la dame de fer de la capitale ! Et pour ceux qui auraient râté l’événement, quelques installations lumineuses restent à domicile à l’année pour le plaisir des noctambules. TRANS’MUSICALES, par Angéla Si c’est plutôt la musique qui vous réchauffe, alors direction le cœur de la Bretagne, pour aller assister aux Trans’musicales, festival de musiques actuelles. Et là se sont plus de 80 artistes qui se rencontrent : Charlie Kane, Chic Game ou encore Escort, qui réveillent vos sens du 4 décembre au 8 décembre. Les festivals sont tellement rares à cette période de l’année, que cette programmation fondée sur la découverte musicale devrait vous plaire ! Bon voyage à Rennes ! COUCOU BAZAR ! par Coline Un nom tellement mignon pour une oeuvre unique. Dubuffet crée ce spectacle dans les années 70 comme un tableau géant et mouvant. Son but est de donner une autre dimension à la peinture, de la faire sortir du rectangle cadré connu. Alors, avec son célèbre Hourloupe (le motif noir-blanc-rouge-bleu à raies que vous connaissez tous), il casse le moule et crée une soixantaine d’éléments gigantesques de décor et de costumes. Le résultat est exactement ce qui est annoncé : on regarde les morceaux du tableau se déplacer et se recomposer, à l’infini semble-t-il. L’exposition Coucou Bazar au musée des Arts Décoratifs de Paris est consacrée au spectacle, à voir jusqu’au 01/12, 8€/9,5€. Déchetons, par Outi Le samedi 23 novembre ceux qui sont dans les alentours de Paris pourront s’instruire sur la gestion et valorisation de nos déchets ! À Issy-les-Moulineaux, le centre de tri des déchets tient les portes ouvertes et propose des visites guidées, dans le but de présenter la filière de traitement des déchets et de sensibiliser les visiteurs à la réduction et au recyclage de déchets (parce que même si c’est leur métier, de gérer des déchets, eux aussi aimeraient bien voir leur quantité se réduire). De l’autre côté de la ville, au parc de Bercy, Urban-ÉcoScop nous parle du compostage. Pour plus d’informations et pour découvrir plein d’autres événements autour de l’écologie urbaine, retrouvez le bel agenda des Acteurs du Paris durable. acteursduparisdurable.fr/agenda

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La Corse sans cagoule TEXTE : TRISTAN FRANÇOIS // ILLUSTRATION : MELANIE JOHNSSON

(…) - Tu fais quoi cet été ? - Je vais en Corse. - Ah, c’est sympa la Corse, Calvi on the Rocks, l’Ile Rousse, les plages de sable et l’eau chaude. - C’est-à-dire que je ne vais pas vraiment me baigner. - Ah bon ? - Je vais faire le GR20, le sentier de grande randonnée. - Oh ! Mais c’est pas un peu dur, ça ? Dangereux aussi ? Tu y vas avec qui ? - Si. Et si, c’est un poil dangereux, oui. Mais non, j’y vais tout seul, pas envie d’embarquer quelqu’un d’autre dans cette galère. Une envie, comme ça. - Je vois. Mais tu as déjà fait de la randonnée ? Tu t’es entraîné ? - Si je veux avoir une chance de franchir les dix premières bornes, il vaut mieux. - Il parait qu’ils sont bourrus les corses, qu’ils n’aiment pas trop les métropolitains. Ça t’inquiète pas trop les indépendantistes, les attentats, tout ça ? - Oh. Tu sais, je fais escale à Marseille avant…

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Papa, les p’tits bateaux qui vont sur l’eau. Marseille, l’un des nombreux ports qui permet de rejoindre la Corse en ferry. C’est certes plus lent que l’avion mais une agréable façon de débrancher de la réalité l’espace d’une nuit, de se laisser emporter par la lenteur, la torpeur de la mer. Des dizaines de voitures avancent au pas vers les soutes du navire tandis que les passagers grimpent par des escalators sur les ponts supérieurs. Là-haut, on trouve sa cabine, son fauteuil, on pose ses affaires en s’inquiétant de qui pourrait piocher dedans. Mais après tout, ils iraient où avec un sac à dos en pleine mer ? Départ. Le port de Marseille s’éloigne, très lentement. Sur le pont on regarde la ville disparaître. Après plusieurs dizaines de minutes elle semble toujours proche. Puis d’un coup, on est seuls au milieu de l’étendue bleue. Les enfants barbotent dans la piscine extérieure, les adultes grignotent, boivent une bière – de la Pietra, la bière corse à la châtaigne, forcément – profitent du temps ralentit à l’extrême. Un DJ passe les sempiternels tubes des années 80 et comme Macumba c’est sympa mais pas trop, quelques passagers grimpent sur les ponts supérieurs. Là-haut, tout autre ambiance. A peine éclairé par la lumière blafarde de la lune, les bruits de la fête au loin, on se laisse bercer par les turbines du ferry en observant l’eau à perte de vue. Un couple d’adolescents profite de l’obscurité pour échapper aux adultes et échanger quelques baisers au calme alors qu’à l’autre bout du pont, c’est un couple de retraités qui en fait de même. Il est temps de regagner son lit. Demain sera long.

Non, vous n’aurez pas ma liberté de marcher La randonnée en montagne a ceci d’étonnant et de fascinant qu’elle permet de rencontrer tout type de marcheur, du plus calme au plus énergique. Tour d’horizon. - Le couple âgé : ils ont passé la soixantaine. Férus de montagne, ils n’ont peut-être pas la plus grande santé physique mais les cimes, ils les connaissent comme leur poche. Ne les prenez pas de trop haut, ils pourraient bien vous mettre à l’amende, entre deux crêtes. - Le sportif : amateur de trails, armé d’un sac à dos ultraléger-compact-technique-anti-transpirant-étanche-gainant, il ne transporte sur lui que des barres ou gels énergétiques et quelques cachets effervescents, ainsi qu’une panoplie de vêtements qui pèse moins lourd que votre chemise manches courtes. Dans les sommets, impossible de le rattraper. Quant à profiter du décor, des paysages… les paysages ? Quels paysages ? - Le marcheur mystique : il est sur les sentiers Corses entre deux étapes de St-Jacques-deCompostelle. Pour lui, la marche est avant tout une méthode de méditation pour parfaire sa quête de spiritualité. Il avance lentement, s’arrêtant à toutes les étapes. L’essentiel, c’est de marcher. Attention, hautement incompatible avec le profil du dessus ! - Le pro : il ressemble au sportif, mais chez lui tout est PLUS. Plus musclé, plus entraîné, plus équipé. Souvent scandinave, il revient d’une virée détente sur le cercle polaire et fait toutes les variantes possibles sur le parcours. Trois fois plus vite, bien sur ! - Le marcheur de groupe : il voulait se l’offrir la Corse, alors il s’est inscrit auprès d’une agence dédiée. Il ne s’occupe ni de sa nourriture ni de son couchage et pourtant son sac est trois fois plus grand et lourd que le vôtre. Il s’épuise de jour en jour avant d’abandonner, à trois étapes de l’arrivée. Normal.

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Gardien de refuge : ours mal léché ? En fait… pas vraiment. On a tous plus ou moins le même cliché sur le gardien de refuge de montagne. Mur, la peau tannée par le soleil, marquée par les conditions extrêmes, il vivrait en ermite 365 jours par an, ne parlant que très rarement aux randonneurs de passage. Le gardien corse typique est bien différent. La quarantaine bien tassée, assez jovial, il accueille correctement ses visiteurs sauf dans quelques mauvaises adresses où les propriétaires profitent allègrement de leur situation pour proposer les prestations minimales à un prix sidérant. La dégustation de mets locaux (testez la liqueur de myrthe), toujours agréable, réconforte. Si jamais vous passez par l’excellent refuge de Matalza, testez le repas et saluez Julien de ma part !

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Le GR20, concentré de paysages… et de sueur La Corse, pour beaucoup de monde, c’est une île maritime où il fait bon somnoler, un mojito à la main, au calme ensoleillé d’une plage de sable fin avec en fond sonore les relents électro de Calvi on the Rocks provenant d’une petite crique privée, plus loin. Bon. C’est vrai, la Corse, c’est ça. Mais pas seulement. Le GR20 est un bon moyen de découvrir l’autre visage de l’île, montagnard, aride et changeant. 6h du mat’, départ de Conca les topo-guides font partir du nord, de Calenza ; c’est une pure stupidité si vous voulez arriver à destination. La montagne corse est pleine de roches ensablées et friables. Ça ne tient pas sous les pieds, surtout vu les sévères dénivelés encaissés. En été, sous 30°C à l’ombre (qui n’existe pas vraiment) les muscles en prennent un coup. L’autre difficulté se trouve sur les crêtes constituées d’enchaînements de rochers façon forêt de Fontainebleau. Ici, le marcheur de groupe et son sac de 30 kg ne souffre pas physiquement, non. Il risque juste de perdre l’équilibre à tout moment entre deux sauts ou petites escalades. Les décharges d’adrénaline, c’est fun, ok. Mais le précipice monstrueux à moins d’un mètre de ses pieds, moins. Ajoutez-y de violents orages récurrents et voilà un formidable cocktail épicé à subir pendant une à deux semaines. Mais le jeu en vaut la chandelle. La journée peut commencer en pleine pinède entourée d’une chaude odeur musquée pour se poursuivre dans une dense forêt sombre avant d’atterrir dans de la roche parsemée d’herbes desséchées par le soleil et le vent. Le maquis prend ses aises quand soudain sortent de nulle part les pozzines. Le décor est surréaliste : entre deux zones rocheuses, un gazon vert et régulier à rendre jaloux n’importe quel jardinier de golf parcouru par de minuscules rus reliant d’aussi minuscules mares. Faune et flore s’en donnent à coeur joie. Première rencontre de ce décor vers Matalza - n’oubliez pas Julien ! - avant de repartir sur les crêtes. Une pause en chemin, pour voir la mer de part et d’autre, avant de rejoindre le refuge de Prati et sa colline façon village des hobbits. Retour dans la vallée de Vizzavona, sa micheline diesel, et sans doute le seul endroit croisé ou le nationalisme bat son plein - toujours pas de cagoule - pour enchaîner sur une montée éreintante jusqu’aux pozzines du lac de Nino. Le meilleur reste à venir : le Cirque de la Solitude. Si vous avez le vertige, fuyez ! Entre 2 500 et 2 800m, il ne reste que de la pierre à perte de vue, et personne à l’horizon. Il ne faut pas avoir peur des échelles rouillées et mains courantes, de petites escalades et de marches périlleuses sur sol instables. Mais la vue en vaut la peine ! Fin du trip en plein maquis pour arriver à Calenzana, 200 kilomètres bouclés. Ne reste plus qu’à filer à Calvi récupérer sur les plages surchauffées avant de reprendre le bateau pour la métropole.


// - Alors ton trip montagnard en Corse, t’as survécu ? - Souvent trempé par les orages, mais c’est passé. - T’as maigri un peu aussi, non ? - Bah tu pars avec 2 500 calories/jours, tu en consommes 6-7 000 en marchant, alors forcément… - Ah ! Mais attends, tu avais toute ta bouffe sur toi ?! - Euh. Oui. Toute. A part les bières. - Malade va ! Bon et sinon les corses ? - Quoi les corses ? - Bah tu sais, les corses quoi, qui n’aiment pas les français, le FLNC tout ça. - Ah oui, tes fameuses cagoules… non, pas vu, vraiment. Ils sont pas pires que des parisiens en fait. Mais tu me donnes une sacrée bonne idée de sujet pour PARCEQUE. - Pour quoi ? - Non, laisse tomber. Par contre, à Marseille, qu’est-ce qu’il y avait comme cagoles… !

PARCEQUE#18 / novembre-décembre 2013 / LA CORSE SANS CAGOULE / 13


Brigands Barcelonais TEXTE : BLANCHE DELACOURT // ILLUSTRATION : JUSTINE DUHÉ

Barcelone, la plage, la fête, les rires, la joie de vivre… il ne m’en fallait pas davantage pour avoir une confiance absolument totale, une insouciance heureuse. Et puis évidemment, un jour... « Attention, à Barcelone, ferme ton sac, garde-le tout contre toi, même les mamies dans le métro volent les portefeuilles, je l’ai vu de mes yeux vus ! » Mais je n’ai rien senti de cette menace latente. L’air de la mer, sans doute, me donnait des ailes. Je vivais le nez en l’air, un sourire béat et un peu niais sur le visage. Cette ville est si belle que je refusais de prendre le métro, trop sombre, sale, triste (et très cher !) alors quand j’ai vu toutes les pistes cyclables, je n’ai pas résisté : je me suis acheté un vélo. Mais pas n’importe quel vélo, un vélo très tape à l’œil (non pas blingbling volontairement, je l’avoue : c’était le moins cher du « bon coin » espagnol, donc quand j’ai vu la bête, je me suis résignée à rouler avec cette étrange chose). Barcelone en vélo, vous n’avez jamais essayé ? Je vous le recommande. On se sent vivant, quand on roule de la Sagrada Familia vers la mer de Barceloneta. C’est une ville qui rend heureux, tous le disent ! J’adorais aller le matin voir le lever de soleil avant mes cours, grâce à mon vélo supersonique qui m’y emmenait en 15 minutes top chrono. Si mes copains se moquaient un peu de son allure folle, des gens m’arrêtaient dans la rue pour me dire qu’ils le trouvaient génial, où donc l’avais-je trouvé ? Si j’avais un jour imaginé qu’avoir un vélo pouvait vous permettre de rencontrer de beaux catalans ! Mais voilà, le beau vélo, il a fait des jaloux. Insouciante, je suis allée au marché de la Boqueria un samedi matin de septembre, alors que les touristes étaient là en masse, que Las Ramblas (LA rue la plus populaire

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de Barcelone, sorte de Champs Élysées à petite échelle) était bondée, j’ai attaché ma bécane à un poteau, avec mon pauvre cadenas acheté dans un bazar à 2,99€. Ils avaient dû repérer la naïve de loin. Je suis revenue une heure plus tard, les bras chargés de victuailles, heureuse à l’idée de reprendre mon vélo. Je m’approche du poteau, et une angoisse me prend et soudain, l’évidence se fait : avant même de le voir -ou plutôt de ne PAS le voir-, j’ai su qu’il s’était envolé. Ah, quel choc ! Ne restait que mon pauvre

J’ai réussi à m’en défaire (il ne me lâchait plus) et j’ai inspecté chaque centimètre de la rue. cadenas, coupé et pendant lamentablement. J’étais secouée : je me suis sentie trahie et dépossédée ! J’ai vécu un an en Inde sans rien me faire voler, et voilà qu’en une heure on me piquait mon vélo ! Ah, quelle guigne ! J’ai cherché un policier, dans la rue, pour faire une déposition. J’étais retournée, et je ne savais même pas quoi faire, puisque c’est la première fois que je dois aller au poste de police, on ne m’avait jamais rien volé. Le policier a noté deux-trois choses illisibles, je lui ai fait un dessin improbable de la bête, et plus je dessinais, moins on comprenait qu’il s’agissait d’un vélo. Je baragouinais des mots qui se voulaient à sonorité espagnole, mais qui n’étaient que

des mots français hispanisés (j’ai quand même essayé d’expliquer qu’on mettait les jambes comme ça : « se posen las gambas casi ». J’ai honte.) Avec le recul, j’hésite : est-ce que ça ressemblait plutôt à une antenne télé ou à une machine volante de Jules Vernes ? Mais le vol du vélo ne l’a pas du tout intéressé : il a cherché à avoir mon numéro et ne cessait de flirter en me disant que mes yeux étaient d’un beau vert, est-ce que le vélo était du même vert magique ? Je rêve ! Les espagnols sont absolument improbables. Et lorsqu’il a compris que j’étais française (ou bien après m’avoir laissé patauger dans un espagnol navrant) il m’a parlé dans un français presque parfait, me proposant de me ramener chez moi si je n’avais plus de moyen de locomotion. J’étais ébahie par cette audace. Est-ce que ça marche vraiment, ce type de drague ? Bon, les espagnols sont particuliers, surtout les catalans, ça les rend attachants… Même s’ils ont parfois l’air d’être sur une autre planète ! J’ai réussi à m’en défaire (il ne me lâchait plus) et j’ai inspecté chaque centimètre de la rue. Je rentrais dans les cours ouvertes, j’inspectais tous les poteaux et les garages à vélo. Je devais avoir l’air folle, mon regard lançait tant d’éclairs que les gens détournaient la tête. Ils ont du me prendre pour une catalane… Je scrutais chaque visage. Est-ce lui, est-ce elle ? Cette mère de famille tout à fait respectable aurait-elle pu... ? Je devenais complètement parano. Je parlais intérieurement à mon vélo, lui promettant de le retrouver et le ramener à la maison. Je me suis mise à


courir après quelqu’un qui avait le même vélo que moi, le cœur fou. Je l’ai arrêté : c’était une jeune fille avec un panier rose accroché dessus et des stickers. Raté, je suis seulement passée pour une demeurée. Heureusement, un copain m’a téléphoné à cet instant, j’ai raconté mon drame. « Merde, ça fait chier. Bon, c’est pas grave, tu l’avais payé tellement pas cher ». Tout est soudain retombé. Je m’étais affichée, m’étais mise dans un état incroyable… pour si peu. Je suis rentrée à la maison à pied, trainant ma bêtise à chaque pas. Depuis, j’ai racheté un vélo, plus classique et passe-partout (entre jaune poussin et jaune La Poste). Maintenant, j’ai trois cadenas très solides, et je mets un temps

fou à l’attacher. Chat échaudé craint l’eau froide ! L’autre jour, je l’ai déposé et ai retrouvé une amie. On a pris un bus et on est passées devant mon vélo, j’étais fière de le lui montrer de loin. Mais alors qu’on le dépassait, j’ai vu qu’une jeune femme était en train de le tripoter d’un peu trop près. Mon sang n’a fait qu’un tour, j’ai crié « non ! » (je ne vous raconte pas la frayeur de ma copine) J’ai hurlé dans un espagnol bien approximatif que le bus s’arrête, tapé sur la porte pour qu’on m’ouvre alors qu’on n’était pas arrêtés, les gens me regardaient avec une condescendance inquiète. J’ai couru comme une folle, évitant de peu la voiture qui fonçait sur moi. Je suis arrivée échevelée, essoufflée, rouge, inquiète et furieuse devant la femme, à qui j’ai beuglé

quelque chose (dans un espagnol encore plus approximatif) pour savoir ce qu’elle faisait à mon vélo. Elle m’a souri et s’est excusée : avec sa mère, elle était en train de comparer mon vélo et le sien, parce que le guidon avait une forme qui semblait plus agréable. Tout est retombé : la haine contre le monde entier, l’angoisse de me faire voler à nouveau, la terreur d’avoir manqué de me faire écraser, la honte face à mon amie et tous ces gens qui avaient subi la scène. J’ai éclaté de rire, soulagée. J’ai mis du temps à m’en remettre. Depuis, j’essaye de lâcher prise, je travaille tous les jours à reconstruire cette confiance, même si je l’avoue, au moins une fois par jour, je me penche par la fenêtre pour vérifier que mon bébé jaune est toujours bien parqué à sa place !

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Cagoule VS Bonnet TEXTE : ANGÉLA BONNAUD // ILLUSTRATION : JOHANNA THOMÉ DE SOUZA

Même si la cagoule, qui a connu son heure de gloire dans les années 80 et que Michael Youn lui a plus récemment redoré le blason à coup de « Du nord au sud de l’est à l’ouest même a Vesoul, Fous ta cagoule ouais, fous ta cagoule sauf à Kaboul sauf à Kaboul », en 2013 le bonnet reste son concurrent numéro un. Et pour dire, les hipsters le portent même à l’intérieur… difficile de rivaliser. Si l’on tape « Cagoule » dans un moteur de recherche internet, on ne nous parle pas des bienfaits de ce cher bout de laine recouvrant la tête. Non, les premiers articles définissent La Cagoule comme une organisation secrète d’action révolutionnaire nationale. Que des gros mots quasiment ! Ce groupe d’extrême droite dans les années 1930 est considéré comme terroriste par les dirigeants de l’Action Française (organisation déjà elle même fasciste ! alors bon). La Cagoule est anti-communiste, antisémite et antirépublicaine. Ce n’est pas avec tous ces adjectifs que la cagoule va sortir victorieuse du bonnet ! La cagoule, c’est tout de même l’attirail du Ninja ! Et bien qu’elle se révèle bien pratique pour contrer le froid, elle sert la plupart

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du temps de camouflage. Ce qui nous conduit au constat qu’elle est sociologiquement rapportée à la délinquance. Le braqueur de banque, le cambrioleur, le voleur portera très souvent une cagoule afin de ne pas se faire reconnaître. La cagoule n’a donc pas l’air d’avoir très bonne réputation... Aux échecs, une cagoule est une « mauvaise passe ». Encore râté ! Si on se promène un peu plus longuement sur la toile, on découvre même des forums anti-cagoule ! En 2009, certains voulaient interdire le port de la cagoule. Pourtant au XIVème siècle, les pénitents cachaient leurs traits auprès de Dieu par symbole d’humilité et d’égalité. Même si la cagoule est ancienne, et date des temps médiévaux, ses références plus récentes ne sont pas en


sa faveur. Charles De Gaulle, lors de son arrivée à Londres, a dit : « Je n’ai trouvé à Londres que la cagoule et la kippa ». Quant au Ku Klux Klan, je ne suis pas certaine qu’ils en fassent bon usage de leur cagoule blanche... On raconte que certains pendant la journée laissaient leur place aux noirs, pour après les tabasser à la nuit tombée, tout ça facilement « grâce » à la cagoule… Triste histoire. Manifestement, la cagoule aurait été détournée de son utilisation première : le réchauffement entier de la tête. Le cou (donc la gorge, vous savez celle qui vous permet d’avoir une belle angine), les oreilles (lieu des otites), le menton (qui rougit au froid), les cheveux, le front, et le nez (qui coule toujours et encore)… plus aucune partie sensible n’est donc à la merci du froid. Le crédo « Fous ta cagoule » est donc LE remède pour ne pas attraper le gros rhume duquel on ne s’est toujours pas débarrassé au bout de 10 jours. Le côté pratique aura-t-il raison du côté esthétique ? Il existe des cagoules de chasse, de moto, de plongée, de ski… alors à priori on recherche plutôt à avoir chaud que de faire un défilé de mode lorsqu’on pratique ces activités. Sur les forums où des mamans posent la question « Bonnet ou cagoule pour ma petite Flore, 2 ans ? » (si si je vous jure des gens ont le temps de faire ça), la majorité (95%) répond « bonnet accompagné d’une écharpe » (de la même couleur pour faire bien) pour que Flore, 2 ans, ait

du style. 5% insistent sur le fait que l’enfant sera beaucoup mieux protégé du froid par la cagoule, « même si c’est moche ». Certains pensent que c’est juste « passé un certain âge », que la cagoule est moche. D’autres racontent que les enfants peuvent être traumatisés par le fait de rester coincés dans leur cagoule, ou encore parce qu’on les a forcés à cet accessoire vilain, ridicule et qui gratte. La cagoule n’a donc vraiment rien pour elle, catégorisée par la société comme méchante et moche. Et pour clouer la cagoule au pilori, un grand site de faux articles (legorafi.fr) en a même écrit un titré comme suit « Les personnes forcées de porter une cagoule durant leur enfance seront indemnisées par l’Etat ». Le nombre de personnes concernées s’élèverait à 20 millions. C’est à dire 20 millions de personnes forcées à porter « un mode vestimentaire jugé dégradant et contraire à la dignité humaine ». Au moins tout ça ! Quant au bonnet, c’est la plus vieille forme de couvre chef connue. Le bonnet phrygien est le symbole vaillant de la République Française. Et si on lui connaît le bonnet d’âne qui a eu son heure de gloire dans les écoles au début (voire milieu aussi) du XXème siècle, il reste le plus populaire auprès des populations. La cagoule obtient donc le prix de l’utile, et le bonnet celui du style.

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Face à l’extrême droite : 

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on refout nos cagoules ! TEXTE : Romain Jammes // ILLUSTRATION : diane aberdam

Je sais pas pour vous, mais moi je suis toujours un grand optimiste. Enfin, je suis pas le genre d’optimiste qui dit « tout va bien ». Ça c’est plutôt être demeuré. Non, je suis optimiste du genre « on peut faire en sorte que ça aille mieux ». Seulement voilà, la réalité d’aujourd’hui nous ramène vite sur terre, et il n’y a pas un jour où je me demande comment on en est arrivé là. Comment on est arrivé à une telle banalisation des idées fascistes ? Oh, c’est sur qu’elles ne disent pas leur nom, mais les figures du français d’abord et de l’immigré responsable de tous nos maux ont rarement été aussi puissantes. Depuis quand les JT reprennent les thèses que seul le Front National défendait il y a 15 ans ? La stupide équation associant chômage et immigration sort de toutes ces langues de vipères et distillent un poison haineux. À quel moment l’UMP a décidé de se lancer dans l’obsession sécuritaire en piétinant les principes républicains ? « Le bruit et l’odeur » est devenu un symbole de cette politique aux relents de chiottes. Pourquoi le gouvernement actuel joue la même chanson ? Quelques milliers de Roms concentrent les médisances et détournent l’attention de l’organisation de la misère. Beaucoup de questions pour beaucoup de conséquences. Aujourd’hui, le bruit des bottes ne se dissimule plus derrière le silence des pantoufles. La courses aux discours faciles et le compresseur libéral ont accouché d’un bon gros bébé qui grandit à vu d’œil et frappe de plein fouet les consciences collectives. Il offre un boulevard aux groupes d’extrême droite déjà ravivés par les manifs homophobes que le gouvernement à sciemment laissé pourrir. Il s’engorge de cette marée grisâtre, celle de l’apathie politique des masses, gentiment amadouées depuis des années. Le bruit des bottes, disais-je, c’est celui qui assassine un gamin antifasciste et l’écho médiatique qui l’en rend presque responsable. C’est la victimisation du bijoutier qui a buté son cambrioleur dans le dos et qui autorise à se faire justice soi-même. C’est cette violence qui monte et qui monte, jusqu’à ce que mes propres amies se fassent menacer de morts, de viol, puis agresser sans que la police sourcille. C’est bientôt, peut-être, le sillage de l’Aube Dorée en Grèce, qui fait la loi dans certains quartiers, remplace la police, agresse, ratonne et assassine jusqu’ici impunément.

Le bruit des bottes, c’est l’assourdissante cacophonie des sondages de Marine Le Pen qui valident l’un après l’autre qu’au fond, tout ceci est un peu normal… Françoise Giroud disait « Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez on dit : c’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser » Je ne sais pas s’il est trop tard ou si simplement le fascisme montre le bout de son nez. Une chose est certaine, pendant que se creusent les inégalités, que la puissance publique fait la sourde oreille devant la misère, le bruit des bottes bât au rythmes de ces morts. Je redoute qu’une fois encore, il ne faille remettre les cagoules pour l’affronter.

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Garde ta cagoule TEXTE : GUILLAUME PASCAL // ILLUSTRATION : ÉLODIE GARBÉ

La cagoule a de multiples usages : humilier les enfants et leur gratter le cou, empêcher des Chinoises de bronzer sur la plage pour conserver leur précieuse pâleur ou encore masquer le visage de courageux indépendantistes qui voudraient séparer leur île de la métropole et de ses subventions massives. Mais elle a un autre usage moins connu : le fétichisme. Il fut un temps où le cinéma porno comme le cinéma classique surfait sur la célébrité des acteurs. Rocco Sirfredi, Tabatha Cash, Brigitte Lahaie et d’autres sont devenus des noms familiers même pour le grand public, à une époque révolue où les gens payaient pour le porno. Avec l’arrivée d’Internet, la donne a changé et le porno a suivi la même tendance que la télévision : tout le monde veut faire partie du spectacle ! Pourtant, être le héros d’un épisode de Tellement vrai est socialement moins acceptable qu’exécuter des prouesses sexuelles devant une caméra. Quel est le moins dégradant ? C’est un autre débat. L’anonymat est donc arrivé dans le porno en même temps que l’amateurisme : le centre du film n’est plus l’individu mais l’organe, et sa durée est passée du longmétrage à celle d’une séance avec la veuve poignet. Mais l’anonymat est aussi devenu une source de fantasme, la possibilité d’imaginer que les protagonistes ne sont pas des professionnels rodés mais potentiellement son voisin, la caissière de Franprix, le facteur, ou sa sœur – pour les plus tordus. C’est ainsi que les professionnels se sont emparés du phénomène et que les acteurs n’ont plus pratiqué en chaussette, mais en cagoule. En France, le porno-cagoule est principalement représenté par la maison de production Citébeur,

spécialisée dans le porno gay ethnique et qui répond à un fantasme très spécifique : la banlieue. Les acteurs sont Noirs ou Maghrébins, les lieux aussi variés que cages d’escalier, caves et autres parkings. Niveau costume, même s’ils sont rapidement retirés, on retrouve les inévitables survêtements et casquettes Lacoste - qui doit être ravi de ce placement de produit – et parfois la cagoule, donc. L’idée : prétendre que ce sont des « lascars du 9-3 », qui ne peuvent donc pas assumer d’enfiler leurs copains dans les caves de la téci. La subtilité est de mise, dans des titres comme Wesh Cousin (qui a connu 8 suites), Tarek le pilonneur, Kiff en sous-sol ou Le gang des cagoules. Le sommet du cliché est atteint par la voix off qui expose la situation, comme dans Entre gangsters : « Attention là, tu vas avoir droit à du ouaf(1) là, comme t’en as jamais vu. […] Imagine, là, deux bêtes de keumés cagoulés qui rentrent d’un braquage. Quand y s’retrouvent dans leur planque là, Boris et Azim font vite tomber le masque là. » La preuve que non, le beau verbe et la poésie ne sont pas morts, même dans le porno cagoulé. (1) Ou de waf ? Malheureusement on ne saura jamais, l’œuvre ne disposant pas de sous-titres pour sourds et malentendants.

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BD

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Les voisins TEXTE : TIPHAINE BACQUET // ILLUSTRATION : SOPHIE DELLA CORTE

Quand je suis passée devant je n’ai pas pu résister, j’étais persuadée que c’était la solution à mon problème, à tous mes problèmes ! Un masque, une cape, une épée, c’est ce qu’il me fallait pour gravir encore une fois la volée de marches qui me conduirait au deuxième étage, chez mon inénarrable voisine. Il faut bien dire que, depuis un an, ce chemin, je le connais particulièrement bien : 33 marches d’escaliers regroupées en trois séries de respectivement 5, 13 et 5 marches dont le tronçon central est maculé de petites taches de peinture vert olive et en haut, mon tonneau des Danaïdes personnel, derrière une porte blindée bleu azur : mon conflit de voisinage. En faisant un petit tour sur internet, je me suis rapidement rendu compte qu’apparemment pour pratiquement chaque locataire de France ayant son appartement coincé entre deux étages, il existait ce genre de conflit. Des nuisances sonores les plus traditionnelles aux comportements à la limite de l’aliénation mentale, il est troublant de voir à quel point la cohabitation avec d’autres personnes semble compliquée. D’ailleurs même si, le plus innocemment du monde, ma recherche porte simplement sur les relations entre voisins, les résultats ne changent pas vraiment et énumèrent à l’infini les conflits, les altercations et les recours juridiques. Mais d’où viendrait cette propension au conflit ? Y a-t-il un Alceste qui sommeille en chacun d’entre nous ? Il est vrai que l’on choisit rarement ses voisins et pourtant ils s’intègrent de fait dans notre quotidien voire notre intimité. Ainsi, quand je vais me coucher et que j’entends au dessus de ma tête les disputes animées du couple d’au dessus, je ne suis plus vraiment seule dans mon lit mais nous sommes trois ! Encore pire, s’il m’arrive à moi d’enguirlander mon cher et tendre, je peux aussi penser qu’ils en seront les témoins. Que la position de voyeur est insupportable quand elle est subie ! Pourtant confusément, je sens qu’il y a plus, une question plus essentielle. Une énième ascension m’en a donné la clef hier soir. Après un dialogue ponctué d’amabilités avec une harpie qui ne prend même plus la peine de faire semblant de m’écouter, voilà qu’elle m’assène « je suis chez moi, je fais ce que je veux ! ». Mais moi aussi répliquais-je sur le claquement de sa porte, j’étais furieuse, hors de moi mais surtout totalement impuissante. En effet, une fois qu’on a fait le tour des solutions administrativo-juridiques inutiles qui semblent surtout servir à enrichir la Poste par le paiement de nombreux recommandés, l’évidence s’impose : soit on part, soit on supporte. Et quand on en a marre de supporter,

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on se met à fantasmer sur des vengeances aussi imaginaires que spectaculaires. À la fumeuse invétérée qui parfume et enfume la cage d’escalier et qui prend mon paillasson pour un cendrier, je rêve de taguer en lettres rouges sur la porte cette petite dédicace : « Fumer tue – Même les cons. ». Mon cerveau confectionne jusqu’à l’aube des dispositifs sonores qui pourraient cibler les oreilles de ma voisine du dessus et la maintenir éveiller des nuits entières sans qu’elle sache même pourquoi. Tout cela pour qu’elle connaisse enfin l’angoisse qui est la mienne, quand après avoir éteins la télé, je retourne dans ma chambre ignorant si je pourrai fermer l’œil avant deux ou trois heure du matin. Mais en attendant, j’ai mon costume de Zorro et habillée de pied en cap, prétendument protégée par l’anonymat et investie de pouvoir de justicière masquée, je prépare mon expédition punitive : un peu de miel dans la boite au lettre, du Chewing Gum dans la serrure ou encore une heure d’opéra à 120 décibels… mais je n’irai pas beaucoup plus loin parce que je préfère m’économiser, c’est bientôt la fête des voisins !

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Divertissement TEXTE : GUILLAUME DECOURT// ILLUSTRATION : EMILIA STEPIEN Rire Bal masqué Dans un appartement de la rue Jacob Cette jeune femme en almée Et ce jeune homme en janissaire S’entretiennent de l’existence Rire Dans le salon (Lui aussi masqué par un moucharabié) On tente d’être Le plus crédiblement crépu Rire Sous le regard interloqué du soldat Ottoman Elle croque un macaron Et lui explique en trépignant Qu’elle aime commencer la vie par le dessert Rire Rire Rire

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Le bonnet intégral TEXTE : ARNO CAYOTTE // ILLUSTRATION : ROUGERUNE

Dans les ruelles en noir et blanc d’un film de David Lynch, un homme tente d’échapper aux regards pavés de mauvaises intentions de passants malhonnêtes. Il évolue à son rythme, voilé de toute part, perçant le fog de sa silhouette. Il est animé par un besoin irrépressible de dissiper un malentendu. Non, il n’est pas un animal. Oui, il prie le quidam de lui lâcher gentiment la grappe. il a bien le droit de garder la tête sur les épaules et de la couvrir d’une cagoule si cela lui chante. Coquetterie excessive, me direz-vous ? Revoyez « Elephant man », vous répondrai-je. Du Whitechapel sordide à nos rues candides, le besoin de se cacher peut se justifier de nombreuses manières. Le froid, le besoin d’anonymat, une acnée post juvénile ou la recherche du ridicule peuvent mener à porter toute sorte de couvre-chef-cache-misère : bonnet à oreilles de lapin pour les post-gamins, masque vénitien en soirée chaude, masque de nuit pour les peine-à-dormir et la merveilleuse cagoule, vestige d’un temps que l’on souhaitait pourtant révolu et fixé à jamais sur des photos de famille, prises un jour, détruites à la majorité. Ce bonnet intégral injustement délaissé par les stars qui lui préfèrent les lunettes de soleil dissimule admirablement les grandes oreilles, le cheveu rare ou gras et tout autre problème cutané que je ne me permettrais pas de citer tant que vous êtes à table. Problèmes d’ailleurs parfaitement handicapants, même quand ils sont temporaires. Prenons

l’exemple ô combien humiliant de la maladie infantile qui, appliquée au corps beau et huilé d’un homme d’une trentaine d’année, devient infamante. Vous vous souvenez de la triste fin de la gentille Marquise de Merteuil dans les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos ? Et bien, celui qui ose attraper la varicelle dans la salle d’attente d’un pédiatre (à cause d’un petit Nathan que je ne salue pas, il peut toujours se gratter) est voué à la disgrâce, au vertige, à la fièvre et à une demi-trentaine de jours de quarantaine. Osons le dire, la varicelle est la petite vérole des papas. Sur les conseils avisés de proches qui trouvent que le teint blanc d’alité fait encore plus ressortir les boutons sur le visage, il faut bien se décider à une première bouffée d’oxygène dans le quartier. Et là, comment se dissimuler ? Une écharpe bien remontée cache le bas du visage, mais elle ne cesse de glisser, la garce. Un bonnet ne camoufle pas assez le visage et fait une tête d’oeuf, de poisson de surcroit quand il est aquatique. Même problematique pour la casquette et le chapeau de cowboy. Le bandana serait une bonne option si les années 80 n’avaient pas été interdites dans toute garde-robe respectable. Bref, sortie sans filet. Premier regard de passant : étonné. Deuxième regard : vaguement dégoûté. Troisième regard, drôlement séducteur (fétichiste, va !). Quatrième regard, fuyant. Quatre raisons d’accélérer le pas, d’espérer qu’une cagoule tombe du ciel et de penser encore aux ruelles en noir et blanc d’un film de David Lynch.

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Les trésors TEXTE : ANONYME // ILLUSTRATION : JULES MAGISTRY

Un jour, j’ai mis ma cagoule de gangster, et j’ai volé un trésor... Personne ne le sait, c’est un crime parfait. Car je suis la seule à savoir que ce trésor existe. J’étais employée pour quinze jours comme archiviste pour une grande maison. Mon rôle était d’ouvrir des cartons poussiéreux et de classer ce que j’y trouvais. Un jour, ma main a glissé. J’ai emporté chez moi une pièce d’une valeur inestimable. Vertige. Volé ou pas, finalement un trésor c’est un peu quelque chose que personne n’est légitime de posséder. C’est pour ça que, souvent, les trésors se « donnent », et que ceux qui les possèdent ne sont pas des personnes individuelles, mais des institutions. Prenons par exemple la Joconde. Tu voles la Joconde, ok c’est bien, seulement elle ne sera jamais à toi. Tu pourrais la cacher à jamais et emporter ce secret dans ta tombe qu’elle ne serait jamais tienne. Puis on finirait surement par te/la retrouver. On ne possède pas un trésor. Sinon ce n’est pas un trésor. Quand on veut le garder, il faut s’en priver. Le cacher. L’oublier même ! Avoir un trésor, c’est une terrible frustration pour un individu, finalement. Après avoir mis de côté mon petit pactole, je me suis interrogée sur la notion de partage : partager l’interdit ? Quel intérêt d’avoir quelque chose que tu ne peux montrer ? Confesser que tu as un trésor à quelqu’un, c’est prendre le risque d’être envié, voire dénoncé. Que faire alors ? Facile : voler encore et offrir un autre trésor à un complice. Protéger un secret par un autre secret. C’est ce que j’ai fait, et le plus beau dans tout ça c’est que le trésor offert, lui, peut être montré, et je m’en régale chaque fois que je rends visite à mon complice : c’est un cadeau, personne ne s’interroge sur sa provenance, ni ne soupçonne sa valeur. C’est juste un dessin, un morceau de tissu, une cuillère en argent. Un objet ancien banal aux yeux de tous.

38 / LES TRÉSORS / PARCEQUE#18


L’inestimable est un drôle de concept : si cher qu’on ne peut lui donner un prix. Et à la fois, comme il est tout, c’est aussi rien. Si grand qu’il en devient néant. Hors de prix donc gratuit. Bien sûr, il y a la culpabilité. Mon trésor dormait depuis des années dans un grenier humide, et tout le monde s’en fichait. Je lui ai donné une seconde vie ! Enfn, je l’ai caché ailleurs... Mais moi je sais qu’il existe ! Je le sors parfois, pour admirer, peut-être plus que l’objet, l’acte du vol, le sauvetage et la réappropriation. Ressentir encore cette fierté, et en écho l’adrénaline du (premier) passage à l’acte sans préméditation. Un vol spontané, un pied de nez à mon demi-smic au milieu de tout ce luxe. Comme j’ai de nouveau volé après cela (pour acheter mon complice), s’est posée la question du dosage : quand s’arrêter ? À quel point garde-t-on pour soi un trésor ? Combien de trésors ? Que laisse-t-on aux autres ? Alors je me suis arrêtée. J’ai décidé qu’un trésor c’était déjà bien assez de tracas. Quand, les premiers temps, je l’apercevais dans sa planque pas si planquée que ça (technique bien connue de spécialiste du trésor), j’imaginais toujours une brigade monter quatre à quatre les escaliers de mon immeuble pour venir m’arrêter. Aujourd’hui, ça va mieux, je pense que tout le monde m’a oubliée et que je ne risque plus rien. Comment ça je ne risquais déjà rien ? Bon, c’est vrai, à côté de la Joconde... mais je n’emporterai rien dans ma tombe, je passerai le flambeau et après ma mort on se souviendra en riant d’une mamie gâteuse qui un jour s’était prise pour un gangster.

PARCEQUE#18 / novembre-décembre 2013 / LES TRÉSORS / 39


Mode d’hiver TEXTE : REMI MEUNIER // ILLUSTRATION : LEONIE STENECK

40 / MODE D’HIVER / PARCEQUE#18


Il est toujours difficile de résumer en quelques mots justes la couleur, la matière ou la tendance de la saison. Chaque créateur nous apporte différentes versions, différentes envies de son hiver. Cependant la mode répond à des cycles indéniables, une roue qui tourne inlassablement laissant peu de place à la nouveauté. Quelques exceptions, quelques surprises font fi de ce déjà-vu. La première image me venant en tête est celle du nouveau directeur artistique de la maison Saint Laurent. Après quelques réductions littérales c’est Hedi Slimane qui salua une foule électrisée après sa présentation de la femme Saint Laurent printemps-été 2013. Au pouvoir influant, il révolutionna la mode de ces dix dernières années par l’apparition d’un vestiaire mixte sous la griffe DIOR HOMME. En découla l’allure rock et citadine d’une femme affirmée ayant pioché dans un vestiaire initialement masculin. Stupéfaction quand ce photographe adepte du noir et blanc rock and roll et juvénile repris les reines d’Yves Saint Laurent. Ses silhouettes lui sont fidèles. Elles surprennent, sont parfois décriées, mais font mouche ! Certes, rien de nouveau au point de vue mode. Peut être plus de style que de créations mais Hedi Slimane remet le couvert et donne le ton. Des bas résille, des pucelles filiformes, de longs gilets dépravés, troués, mités, des cuirs à gogo, des chaînes et des clous. Des gamines « dark » aux boots mitraillées et aux jupes bien trop courtes. La femme rive gauche, parisienne et chic, a laissé place à une fille aux yeux charbonneux et aux fréquentions plus que douteuses. Slimane, le rock et le grunge. Un hiver 2013 sauvage sous des pluies glacées déversées par un ciel noir. C’est avant tout une question d’attitude. Non celle de secouer sa tête et de faire virevolter ses cheveux sur du black métal, mais celle de se vêtir de pièces fortes aux lourdes références. Certaines maisons créent le paradoxe et même si le message reste sous-jaçent, il est possible de retrouver cet hiver des manteaux-cocons, des pulls aux douceurs exquises, des laines duveteuses qui reflètent des envies de tartiflette au coin du feu. Carven, par exemple, nous propose des manteaux lourds et affamés de corps frêles, des matières chaudes loin du cuir rock. Mais la fille reste sombre, aux idées délurées et irrésistiblement grunge. En témoignent certains imprimés qui en disent long et l’incroyable scénographie du défilé automne-hiver. Ricardo Tisci, toujours fidèle à Givenchy, se ralie à la cause Saint Laurent et propose des femmes amazones tiraillées entre motifs floraux et cuirs zippés. On revient à la douceur paradoxale de Phoebe Philo chez CÉLINE. L’univers reste froid, les coupes sont amples, masculines. Les couleurs demeurent pastels et calmes mais les cuissardes criardes, presque sexuelles nous rapprochent d’un grunge 80. En Ping-Pong permanent, la mode provoque des torticolis. Si chez Saint Laurent la femme est complète, grunge et s’habillant ainsi, les comparses d’Hedi la rendent nuancée et presque hésitante. Il m’est impossible de faire l’impasse sur l’impeccable show VUITTON. Une magie douillette et sage, nuancée par des amazones brunes corbeaux tout droit sortie de L’Hôtel du Nord. Des filles vêtues de presque rien, des nuisettes de satin duchesse sous de lourds manteaux dégradés de sequins s’acoquinant à des pièces fourrures. Des silhouettes féminines, apprêtées, des airs de prostituées sortant d’un tour de passes. Indéniablement grunge. Si la mini cuir et chaîne tente peu d’entre vous, sachez qu’il vous reste l’allure. Nous ne citerons pas le grunge comme un bréviaire. Il ne s’agit pas d’arborer votre panoplie londonienne année 80 pour être dans le coup. Relevez la tête, soyez espiègle et arrogante, soyez 2013 !

PARCEQUE#18 / novembre-décembre 2013 / MODE D’HIVER / 41


Au pays des aiguilles qui dessinent TEXTE : COLINE POULETTE // ILLUSTRATION : SOLÈNE LEBON

Parceque dessine, ça oui, c’est sûr. Mais à vrai dire, qu’est-ce qu’on considère comme dessin ? Chez Parceque, on privilégie le graphisme, la 2D, le crayon, les feutres et le photoshopage. Et pourtant, la notion d’illustration s’étend à bien plus de domaines, non ? Un vitrail, qu’estce que c’est sinon de l’image illustrative ? Et la broderie, et la mosaïque, et la gravure, qu’est-ce qu’on en fait ? Voilà le propos de cette nouvelle rubrique, le dessin alternatif, le graphisme autrement, découvrir et s’enthousiasmer enfin pour des techniques étonnamment illu-friendly. Pour inaugurer cette rubrique, et faire un clin d’œil aux cagoules, nous avons rencontré Solène Lebon Couturier, co-fondatrice du Collectif France Tricot, un collectif entre-autres street-artist très actif, à coups d’aiguilles plutôt que de bombes…

42 / PARCEQUE LE DESSIN EST PARTOUT / PARCEQUE#18


Dans un premier temps, peux-tu te présenter et nous parler un peu de toi, ta vie, ton parcours, tout ça…

Tu as donc co-fondé le CFT, un collectif protéiforme, comment tu le présenterais ?

J’ai appris à tricoter petite, avec mes grandmères, tantes et autres tricoteuses de mon entourage. Comme beaucoup de monde en fait. J’ai repris le tricot il y a environ 8 ans, et tout ce que j’ai appris depuis, je l’ai fait en autodidacte.

Dans le CFT on est 2 pilliers: Ema et moi, les 2 mamans du CFT. Autour de nous, on a des amis tricoteurs qui participent à nos actions ponctuellement. On crée de vrais liens avec les gens qu’on rencontre autour du tricot. Parfois ça devient de vrais amis et ça c’est bien chouette. Par exemple, notre réalisateur presque officiel, Nathan Besse, avec qui nous avons fait deux films. Ces coopérations stimulent, et parfois ça débouche sur des trucs inattendus, comme avec ma poupée Lagerfeld par exemple. Moi je fais des poupées en tricot depuis le début, en fait j’ai commencé par ça. J’ai donné ma poupée Lagerfeld à M. Karl luimême et l’été dernier je l’ai retrouvée dans le dernier spot Chanel. Elle est maintenant entre les mains de Cara Delevingne, elle le poste régulièrement sur son Tumblr. Au départ c’est un ami rédac chef d’un magazine, qui nous avait fait une belle publication, qui m’avait donné l’adresse de M.Lagerfeld. Le genre de rencontres cool, parce que c’est toujours cool de se faire des amis, et en plus fructueuse. Oui, la poupée sous la lumière Chanel, c’est un beau cadeau. Et une chouette pub. Affaire à suivre...

Qu’est-ce qui t’a remise au tricot, il y a 8 ans? Je crois que ça a coïncidé avec la fin de mes études. J’ai fermé mes livres, rendu mon mémoire, et couru acheter des aiguilles et des pelotes pour voir si je savais encore faire. J’avais besoin de faire marcher mes mains après de longues années à ne faire marcher que mon cerveau. Et puis j’ai commencé le tricot de rue quand j’ai rencontré Emmanuelle Esther, qui vit à Berlin. C’était en 2008 et on a monté le Collectif France Tricot. On a publié un livre de streetart chez Critères Editions, et on a multiplié les expériences, allant de l’apérotricot aux interventions dans le monde de la mode, du design, du décor de théâtre à l’illustration et l’art contemporain. Pourrais-tu nous parler de ta(tes) technique(s), ta préférée ou la plus utilisée, les différences entre chaque ? Nous, néophytes, n’y comprenons potentiellement rien. Je mélange pas mal de techniques en fonction de mes projets. Ça peut être du jacquard ou de la broderie (point de maille par exemple) pour une illustration, du tricotmosaïque ou patchwork… Ce ne sont pas des techniques officielles, elles ont peutêtre des vrais noms que les virtuoses du tricot connaissent mais comme j’invente au fur et à mesure que je fais, je n’en sais rien en fait ! Ça peut être aussi du crochet, pratique pour les pièces en 3D, ou un mélange des deux. Mon point chouchou en ce moment c’est le point de croco. Ça fait des écailles. Je sais qu’Ema est fan du point mousse, c’est le point le plus simple, celui des débutants, elle arrive à en faire des choses très expressives.

En effet, on suivra avec attention… Au départ, ce qui m’a fait venir vers vous, c’était d’abord l’image que j’avais de votre travail de rue. Vous ajoutez de la couleur à la ville, parfois de manière très graphique, juste quelques touches de couleurs géométriques. À mon sens ça se rapporte vraiment à l’illustration contemporaine parfois presque abstraite, ainsi qu’à cette discipline que tout le monde pratique de redessiner au bic ou au posca sur des journaux en noir et blanc. Chez vous c’est une espèce de dessin grandeur nature, à l’échelle de la ville, qui se poursuit tout au long de vos travaux.

grande taille n’ont eu aucun retentissement alors que d’autres pièces plus petites, mais mieux mises en valeur par la photo, ont beaucoup plus marqué les gens. Souvent dans l’espace urbain, le tricot est noyé dans le paysage et il faut vraiment avoir l’œil pour les repérer. On essaye de guider le regard pour que le tricot soit vu, mais on aime bien aussi rester sur le mode discret. Comme les œufs de Pâques que les enfants ont du mal à trouver. Subversion discrète. Revendication chuchotée. Manif en sourdine. J’aime bien le paradoxe de la poule mouillée. Ema est plus incisive que moi, mais incisive en tricot, ça reste doux et sympathique, féminin et chaleureux. Et ensuite, comme le tricot est pour nous avant tout un moyen d’expression, comme la peinture pour d’autres, on en fait ce qu’on veut. Il y a des tricots très masculins, Ben Cuevas par exemple. On associe parfois le tricot au féminisme, j’avoue que je ne me pose pas tellement ce genre de questions quand je tricote. Ce serait un peu du foutage de gueule de prétendre faire avancer la cause des femmes à travers le tricot. Il y a des moyens plus efficaces non ? De ton côté, tu t’es mise à l’illustration « pour de vrai », assez récemment je crois ? Oui, et non. Je triche en fait. C’est une collab avec Cédric Bucaille, c’est lui qui est responsable des illustrations « L’Effeuillée » et « Bike ». Je suis tombée par hasard sur son travail, je lui ai proposé de tricoter certaines illus et il a aimé l’idée. Mais je ne l’ai jamais rencontré en vrai.

L’échelle est un questionnement permanent parce que notre travail est éphémère et qu’il existe surtout à travers les photos ou les vidéos qu’on en garde. Certains tricots de

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C’est drôle comme envie, comme ça d’un coup, et pourquoi lui ? C’est venu en cherchant des inspirations sur le net. J’ai trouvé son travail « tricotfriendly », j’ai aimé son style, et je me suis dit que ce serait rigolo d’essayer pour voir. Mais il n’est pas le seul, il y a beaucoup d’illustrateurs qui m’inspirent. Moi je reste une petite main. Mais j’ai l’œil pour deviner ce qui peut bien se marier avec le tricot ou pas. J’aime beaucoup René Gruau. Son travail proche de la mode, des textures et son économie dans le trait en font un bon candidat à l’adaptation tricotée. Mais bon, il est mort ! J’aime beaucoup le travail de Paula Sanz Caballero aussi, elle mélange illus et broderie, avec pas mal d’appliqués. C’est la meilleure dans cette technique. Le tricot donne un truc particulier au dessin de base. C’est vrai que le tricot qui donne un effet pixelisé se marie bien avec la tendance actuelle retro, un peu partout et particulièrement en illustration. Oui, le tricot c’est du pixel art, en tous cas le jacquard. Est-ce que tu dessines, toi, personnellement ? Moi je dessine assez mal. J’ai jamais appris,

et à part mes coins de cahiers, je n’ai pas beaucoup d’expérience. Mais c’est sûrement parce que je passe directement du dessin dans ma tête à la réalisation en tricot. Soit je fais des « covers » d’illustrateurs, soit je fais direct mon tricot. La Touesse c’est intéressant du point de vue de l’illu, ça permet de bien comprendre comment je fais. Mon « dessin préparatoire » pour cette pièce, c’est simplement la vue Google Earth de cette plage où j’ai passé pas mal de vacances de mon enfance. Voilà. C’est tout. Tu vois je passe direct du visuel au tricot. Je ne dessine pas avec un crayon et une feuille, je dessine avec mes aiguilles et mes pelotes. Mais je n’exclus pas d’essayer ! Je pense que j’y viendrai à un moment ou à un autre. J’ai fait un story board une fois, c’était pas mal. Et j’éclate tout le monde au Pictionnary. Et si tu te mettais à tes propres illus, quels motifs t’intéresseraient, as-tu des sujets de prédilection ? Je suis souvent inspirée par le cinéma, certains plans avec des motifs, des imprimés, des poses, des couleurs... Parfois je fais des arrêts sur images et j’imagine comment je le ferais en tricot. Souvent les films des années 70, because les imprimés graphiques. Et puis le pull de Paris Texas, celui de Danny dans The Shining, celui de Noiret dans Les Grands Ducs (ouais j’ai

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des goûts éclectiques)... Je suis assez fan de sciences aussi et parfois je tombe sur des images qui me font de suite frétiller les aiguilles. Ce qui m’amène à une grande question : comment penses-tu faire évoluer ta pratique de l’illustration tricotée ? J’ai envie de continuer à faire des « covers » un peu. J’adorerais faire un film d’animation en tricot, aussi, pour parler de projets flous dans un futur hypothétique ; ce serait génial. J’ai des images en tête, peut-être que je finirai par faire mes propres dessins. Mais quand on fait du tricot de rue c’est déjà un peu de l’illustration à mon sens. Quand je pose des yeux et une langue sur une poubelle pour en faire une grenouille, je dessine un personnage finalement. Quand je fais une poupée Karl, je crée un personnage presque de BD. Pareil pour un décor de théâtre : on scénographie l’espace pour en faire une image, et faire des images c’est faire de l’illustration non ?

A voir : The Loop, le film sur le CFT, sur leur site www.c-f-t.net


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TEXTE : MATHIEU GUEGUEN// ILLUSTRATION : LUCILE AJAX

Dans ma cagoule J’ai trop l’air cool Dans ton bonnet T’as trop l’air niais Recto verso Selon l’humeur Tantôt rougeaud Tantôt noirceur En plein hiver Ma partenaire Peau contre peau Sous le préau 5 ans à peine Et quelle dégaine ! Grâce à ma laine Call me « GUEGUAINE » Le rhume me fuit Mon nez ne fuit Ma manche sans croûtes Mon coude s’encroûte Et déchirement ! Je dois l’ôter… Tout doucement Sans la brusquer Car depuis toujours Dès qu’il fait froid Ma cagoule d’amour C’est toi et moi !

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Divagations harmonieuses TEXTE : annabelle gasquez // ILLUSTRATION : frank arieta

Une bien belle rentrée pour la musique avec le retour d’artistes que nous aimons et qui confirment leur place, mais aussi avec l’arrivée de quelques nouvelles têtes, parfois bonnets d’âne mais toujours plein de bonne volonté. Pour cette première sélection spécialement réalisée pour Parceque, voici les dix albums à écouter dans le métro, dans votre appart’ trop petit et trop cher, chez vos parents, en caressant votre lapin ou votre chat, ou en feuilletant le dernier tome de Boulet, Les 24 heures. • Chelsea Wolfe, crépuscule fantomatique au bord d’un lac Pain Is Beauty (sorti le 3 septembre 2013)

Il est plus ou moins facile de parler d’un tableau, d’une photo, d’une image. La forme picturale nous offre la référence commune suffisante pour être entendue de tous. Par extension, il est aussi assez facile d’évoquer d’un film. Lorsqu’il s’agit de parler, d’analyser une musique, des notes, l’immédiateté de la vision ne nous est d’aucune aide, et la difficulté de retranscrire des sons mentaux à la lecture de mots comme : « crépusculaire », « noir », « gothique » et « envoutant », peut aussi bien nous évoquer la meilleure chanson de Kyo (restant toujours une des plus mauvaise de la production musicale interstellaire) ou les notes délicatement agencées de La Jeune fille et la Mort de Schubert. Le compositeur et pianiste Karol Beffa pose cette question : « Comment parler de la musique », d’un art qui n’est ni pictural, ni linguistique ? On la décrit, on l’adjective, mais on ne la rencontre jamais vraiment. Elle reste l’éternelle inconnue de cette ombre sur le mur. En disant tout cela, on prépare bien piètrement le terrain d’une mission commune à tous les écrivaillons de la culture. Comment, avec une telle introduction,

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parler de Chelsea Wolfe, vous donner l’envie d’écouter, et qui sait, de vous faire aimer par des mots ce que seules les oreilles peuvent absorber. La seule règle pour lire cette courte apologie est simple : on allume Spotify ou Youtube, on lance les albums de Chelsea Wolfe et on ravale son aigreur pour laisser place au lyrisme auditif. Alors que ses précédents albums donnaient plus largement dans la folk grésillante et obscure, une folk que l’on rêverait si l’on avait l’univers métaphysique de David Lynch, ce nouvel album offre de nouvelles possibilités. Pain is Beauty ressemble à la colonisation d’une planète, on ramène avec nous des choses qui nous sont familières et pourtant, tout y est surprenant. Les sons électro et les ballades atmosphériques racontent des histoires que l’on a envie d’écouter jusqu’au bout. Pourtant, s’il y a une chose appréciable dans la musique de Chelsea Wolfe, c’est qu’il impossible de la cataloguer, de l’arrêter et de la définir. Tout est ici lié à la caresse d’une voix et aux créatures qui vous hantent tard dans la nuit. Titres à ne pas manquer : We Hit a Wall, The Warden, House of Metal Label : Sargent House • Haim, Days Are Gone (sorti le 27 septembre 2013) Premier album pour les jeunes californiennes de Haim, un groupe de pop indie comme on les aime. Les trois sœurs Este, Danielle et Alana ont entre 21 et 27 ans. Leur musique flirte avec le r’n’b et la folk, ça sent le sable chaud, les poissons volants, les surfeurs et le vent dans nos cheveux. On regarde le soleil droit dans les yeux et on se roule nu dans les grains dorés de nos plages d’été. Titres à ne pas manquer : Let Me Go, Falling Label : Columbia / Polydor • Mark Lanegan, Imitations (sorti le 17 septembre 2013)

Mark Lanegan est ce que l’on appelle un hyperactif. L’homme aux mille projets revient avec un album de covers solo. Pour tous ceux qui aiment sa voix profonde, élevée au bourbon, le bonheur est à portée de clic. Le côté original et plaisant d’Imitations est que les reprises sont essentiellement celles d’artistes jeunes, que peu de gens connaissent. Parfois, la simplicité paie. Titres à ne pas manquer : Flatlands, Autumn Leaves Label : Vagrant

• Girls In Hawaii, Everest (sorti le 2 septembre 2013)

Ce troisième album de Girls In Hawaii, les belges virtuoses de la pop, est malheureusement marqué par le deuil. En effet, en 2010, le groupe subit la disparition de leur batteur (et frère du chanteur). Everest est véritablement plus sombre que les albums précédents, mais sans pathos. Les chansons parlent de montagnes, de la grandeur de l’espace, de ces êtres qui se perdent. Elles se font plus longues, plus mystiques et Everest parvient finalement à faire ce que peu d’albums accomplissent : nous immerger dans son histoire. Titres à ne pas manquer : The Spring, Misses, Here I Belong Label : 2010 Naïve • Arctic Monkeys, AM (sorti le 9 septembre 2013) Retour gagnant pour Alex Turner et ses copains. Les Arctic Monkeys réussissent l’exploit de continuer à nous séduire. Alors, bizarrement, on parvient difficilement à ne pas aimer cet album, cette machine à tubes. Et justement, ne préférait-on pas finalement l’intelligence et la recherche d’un album comme Favourite Worst Nightmare au manque d’originalité d’AM ? Mais ne soyons pas de mauvaise foi, les anglais de Sheffield sont toujours reconnaissables et doués, de la ballade classique made in Turner au titre rock et dansant, on a du mal à rester d’éternels insatisfaits. Titres à ne pas manquer : Do I Wanna Know?, R U Mine?, Knee Socks, Wanna Be Yours Label : Domino • Fuzz, Fuzz (sorti le 1er octobre 2013)   Ty Segall est un peu le Woody Allen de la musique, il fait beaucoup trop de choses et la qualité de ses productions en pâtit parfois. Pour ce projet, Fuzz, il associe ses talents à Charlie Moothart (à la guitare) et Roland Cosio (à la basse). Ty Segall au 21ème siècle EST le garage-rock, il en est un de ses plus beaux et talentueux représentants. Mais Fuzz ce n’est pas que du garage-rock, non, ici on parle de garage-rock psychédélique. P****n que c’est bon, ça vous remue à l’intérieur et à l’extérieur. Moins de gras sur le cul et risque de déshydratation. Si quelqu’un vous surprend encore à écouter du zouk love en cachette après ça…


Titres à ne pas manquer : 21st Century Schizoid Man (reprise sur le single Sunderberry Dream), Raise - Label : In the Red • Agnes Obel, Aventine (sorti le 27 septembre 2013) La douceur est ce qui caractérise majoritairement la musique d’Agnes Obel. Lancer un album de la jeune Danoise est un peu comme ouvrir un livre de contes dans un dessin animé : les personnages s’en échappent, et du haut de leur 2D approximative, ils s’en vont joyeusement festoyer dans une forêt que l’on suppose enchantée. Après l’écoute d’Aventine, le premier album, Philarmonics, ressemble à une mise en bouche. On retrouve la voix, le piano, tout cela quelques fois accompagné du violoncelle d’Anne Ostsee. Pourtant, le véritable plus de ce nouvel album est la présence de Mika Posen, du groupe Timber Timbre. Bien qu’accompagnant Agnes Obel au violon, la touche de folk US, dont vient Mika, se transforme peu à peu en ingrédient magique. Titres à ne pas manquer : Tokka, The Curse, Dorian Label: PIAS France • Au Revoir Simone, Move In Spectrums (sorti le 23 septembre 2013)

Le groupe originaire de Brooklin revient avec un quatrième album atmosphérique, bercé par les voix sublimes d’Erika Forster et Annie Hart. Les spectres mouvants hantent chaque morceau et la combinaison simple mais non simplistes des voix, des harmonies, du piano et des boîtes à rythme électrisantes. Après le succès de leur chanson The Lucky One en 2007, les New-yorkaises confirment encore leur incroyable fécondité onirique, et ces douces mélodies fonctionnent toujours à merveille. Titres à ne pas manquer : Boiling Point, Hand Over Hand Label: Moshi Moshi / Instant • 65daysofstatic, Wild Light (sorti le 13 septembre 2013)

65daysofstatic est un groupe britannique qui a aujourd’hui plus de dix ans. Ils sont la preuve vivante que le temps n’altère en rien la qualité et avec ce nouvel album, Wild Light, ils s’imposent encore sans gêne au plus haut de l’échelle de jugement. Maniant toujours le mélange efficace de post-rock et musique électro, 65daysofstatic

nous fait une entrée en matière dès le premier morceau (très shoegaze) : “No one knows what is happening, there is a lot of danger out there, ok ?” et le son saturé vous percute de plein fouet. Titres à ne pas manquer : Heat Death Infinity Splitter, The Undertow, Unmake The Wild Light - Label : Superball Music • Trentemøller, Lost (sorti le 16 septembre 2013)

Le producteur DJ danois Anders Trentemøller vient de fêter ses 40 ans. Pourtant, son statut inébranlable dans le monde de l’électro n’a pas pris une ride. Ce nouvel album intitulé Lost est un foisonnement de trouvailles, de nouveautés, d’audace, et de collaborations intelligentes. On retrouve, par exemple, Jonny Pierce des Drums, Jana Hunter de Lower Dens, Kazu Makino de Blonde Redhead ou encore Rose Wagner des Raveonettes. Toutes ces associations au monde du rock et de la pop repoudre le nez du grand-père des platines. Titres à ne pas manquer : The Dream (feat. Low), River Of Life (feat. Ghost Society) - Original Mix, Hazed - Original Mix Label : In My Room Divagations du cœur • Hurray for the Riff Raff, My Dearest Darkest Neighbor (sorti le 1er juillet 2013) Titres à ne pas manquer : Jealous Guy (John Lennon), People Talkin’ (Lucinda Williams) Label : Mod Mobilian Records/This Is American Music • King Krule, 6 Feet Beneath The Moon   (sorti le 1er janvier 2013) Titres à ne pas manquer : A Lizard State Label : XL / True Panther • Goat, World Music   (sorti le 20 août 2012) Titres à ne pas manquer : Goatman, Run To Your Mama Label : Stranded Rekords / Rocket Recordings • True Widow, Circumambulation   (sorti le 23 juillet 2013) Titres à ne pas manquer : CREEPER Label : Relapse


52 / RUBRIQUE / PARCEQUE#18


Guillaume, ce garçon. TEXTE : Kazo // ILLUSTRATION : lauraine meyer

Guillaume Gallienne est indubitablement un excellent comédien. Il n’a aucun équivalent hier ou aujourd’hui sur la scène et les écrans français. Peut-être Yolande Moreau, avec la même justesse de ton dans la façon de se raconter sans pathos. Le film « Les garçons et Guillaume à table ! » est une sorte d’enquête policière de son identité sexuelle menée par l’acteur lui-même qui incarne également sa propre mère, pas très douce. Celle-ci est bien sûr un élément clé dans toute l’histoire. L’acteur joue énormément la carte de l’humour. Certaines scènes sont très drôles, notamment celles où Gallienne cherchant à se faire réformer pour le service national ou celle de la méprise de la grand-mère qui prend Guillaume pour sa mère. La bande originale est soignée : la scène du héros basculant à la fois dans les profondeurs des amours déçues et par la même occasion au fond la piscine, nous donne l’occasion de réentendre le très beau et dernier titre « Don’t leave me know » du groupe Supertramp de 1982. Une bascule qui rappellera à beaucoup leurs émotions d’adolescent. Preuve encore est apportée que la vie était dure dans les années 1980 pour les garçons qui « se cherchaient ». Mais tout en subtilité. Gallienne témoigne de ses difficultés : sa sexualité n’était pas toute tracée. Question d’identité à construire. Il faut du temps. Finalement, il trouvera sa voie propre. Et sa voix. Devenue un atout pour l’acteur. S’il ne s’agit pas d’un film nostalgique, on pense inévitablement à notre époque actuelle, dite moderne, où il fait bon manifester-pour-tous et s’offusquer des relations sexuelles entre deux jeunes filles qui raflent quand même la Palme d’Or au Festival de Cannes. On comprend que ces bien-pensants n’ont absolument rien compris à la question du genre. C’est surtout une question de sensibilité qui n’appartient qu’à la personne concerné et qui n’a pas à être jugée. De la sensibilité oui. De la sensiblerie diront d’autres. Et pourquoi pas ? Qui a déjà oublié ses amours de jeunesse ? C’est un film qui fait du bien, pas plombant. On se réjouit que Guillaume soit, la quarantaine franchie, un homme qui nage dans le bonheur (théâtre, cinéma, radio…). Un film à voir à partir du 20 novembre 2013 au cinéma.

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Interview :

Matt Elliott TEXTE : ANNABELLE GASQUEZ // ILLUSTRATION : PHILIPPE CONSTANTINESCO

54 / INTERVIEW : MATT ELLIOTT / PARCEQUE#18


Matt Elliott est un artiste comme l’on en rencontre peu. Originaire de Bristol, cette référence de la drum’n’bass anglaise avec son projet The Third Eye Foundation, s’exerce depuis plusieurs années sous son patronyme. Dès son premier album, The Mess We Made, en 2003, nous avons eu le plaisir de découvrir sa voix rauque et sa folk aux sonorités tziganes, ainsi que les notes sombres de sa guitare. Après la trilogie des Songs : Drinking Songs (2004), Failing Songs (2006) et Howling Songs (2008) et un dernier album en 2012 intitulé The Broken Man, il revient avec un tout nouveau disque, Only Myocardial Infarction Can Break Your Heart, sorti fin octobre. Nous avons donc eu la chance de rencontrer Matt pour parler de ce nouveau projet, mais aussi de lui, de son parcours et de sa musique, si personnelle et si touchante. Vous faites partie d’un courant de chanteurs que l’on imagine facilement vivre dans une cave, avec une intraveineuse de whisky dans le bras et une clope presque éteinte à la bouche. On est très loin de la réalité, ou bien, même si cela est fortement caricaturé, y a-t-il une part de vrai dans l’image baudelairienne de l’artiste que l’on peut se faire de vous en écoutant vos albums ? Pour être honnête, mon appartement ressemble pas mal à une cave, mais je préfère l’absinthe au whisky. Pour ce qui est de la cigarette, j’ai arrêté le mois dernier ! L’alcool n’est pas ma drogue préférée, j’aime parler de moi en tant qu’hédoniste responsable. J’apprécie tout à petites doses, je considère que la vie est faite pour expérimenter les choses, le bon comme le mauvais, dans ce sens-là, je suis une sorte de bohémien. D’ailleurs, The Third Eye Foundation sous lequel vous avez officié pendant 8 ans est assez loin de cette folk sombre et caverneuse, flirtant plutôt avec une drum’n’bass sensible. Y a-t-il finalement une dualité dans votre musique ou se rejoignent-elles officieusement ? Oui, il y a véritablement deux aspects à ma musique mais il faut que je l’avoue, le côté électronique n’est pas le plus dominant ces derniers temps. Je suis bien plus heureux en jouant de la guitare, en composant, plutôt qu’en programmant sur des ordinateurs. Toutefois, en disant cela, peut-être que dans le futur, j’aspirerais à continuer ce que j’avais entrepris avec The Third Eye Foundation. Enfin, pour l’instant, je n’en suis pas si sûr. Dans Le Loup des Steppes, Hermann Hesse explique qu’il « faut se résoudre à considérer les personnages » des « œuvres non comme des individus, mais comme les parties, les facettes, les différentes formes d’une unité supérieure (par exemple l’âme de l’écrivain) ». Pensez-vous que votre œuvre musicale, qui commence à être extrêmement riche, représente ce que vous êtes dans le fond ? Pour moi, il est évident que la musique, de manière générale, est la manifestation d’une âme, mais personnellement, je pense qu’il ne s’agit que d’une réflexion d’une partie de mon âme. J’essaye d’écrire ma musique quand je suis dans un certain état d’esprit, par exemple, ma musique est plutôt triste, même misérable de temps à autres, mais je ne suis pas quelqu’un de misérable, enfin… pas tout le temps. J’aime rire et parler avec les gens, même danser de temps en temps…

Si je dois être très honnête, quand je regarde votre parcours je pense à Tom Waits (et c’est un véritable compliment). Il y a quelque chose d’habité, qui hante la nuit. Il m’est pratiquement impossible d’écouter ma musique une fois terminée. Je me demande souvent ce que je penserais de ma musique si je ne l’avais pas écrite. Parfois, j’aimerais souffrir d’amnésie, juste une journée, ne serait-ce que pour savoir si j’aime ou non. Ma musique peut me toucher lorsque je la joue sur scène parce que je peux me souvenir avec exactitude de ce que je ressentais, je peux même avoir envie de pleurer, et parfois une petite larme peut s’échapper, mais tout cela est différent. Ce n’est pas la musique qui m’affecte mais le souvenir. Un peu comme la Méthode pour le théâtre et le cinéma [NDLR aussi appelée système Stanislavski, méthode de jeu qui consiste pour le comédien à rechercher par lui-même la psychologie du personnage, basé sur le principe de sincérité du jeu, la Méthode fait appel à la mémoire du comédien ou de l’acteur afin qu’il revive les affects et sentiments déjà expérimentés pour enrichir son personnage] mais inversée. Vous avez clôturé la trilogie des Songs avec Drinking Songs (2004), Failing Songs (2006) et Howling Songs (2008), puis sorti The Broken Man en 2012. Alors aujourd’hui, vous revenez avec quoi ? Broken Man est sorti il y a presque deux ans mais oui, le nouveau sortira fin octobre. Qu’en dire ? Enregistrer et mixer l’album était une expérience absolument géniale. D’ailleurs, j’ai tellement aimé le faire que j’en culpabilise presque. Et bien sûr, je me dis que tout le monde va détester. Ce qui est certain, c’est qu’il n’est pas aussi sombre que The Broken Man, mais les paroles sont peut-être plus amères. J’ai enregistré l’album à Paris à la Fondation Labèque avec l’incroyable ingénieur-producteur-mixer David Chalmin. C’était un vrai plaisir de travailler avec lui, il comprend parfaitement mon travail. J’ai aussi collaboré avec un extraordinaire percussionniste, Raphael Seguinier, et le bassiste complète dingue Jeff Hallam. D’ailleurs, les quelques concerts que l’on va faire avec Jeff devraient être une alternative assez sympa à mes concerts solo. Le processus de création artistique reste le même que sur les autres albums : avoir mon cœur brisé et m’attarder sur cela. Me torturer à ce sujet et enfin, enregistrer un album. À quel point la culture tzigane influence-t-elle votre musique ? Je me considère comme une sorte de gitan. J’ai quitté l’Angleterre il y a des années de cela mais je ne suis pas pour autant un citoyen français. Je parle et comprends le français de base, mais les langues ne sont pas mon fort donc il m’est souvent difficile de m’intégrer complètement. De plus, il est vrai qu’en tant qu’étranger, les gens ont tendance à te traiter différemment. Je me sens comme une âme errante mais très honnêtement, je suis heureux comme cela. Je n’ai aucun attachement émotionnel à l’Angleterre ou au fait d’être anglais, je m’en fiche un peu, c’est la même chose pour moi. Après, il est vrai que je passe les trois quarts de mon temps à voyager et à jouer ma musique, donc pour ce qui est de cet aspect là, j’ai une vie de troubadour. Bien sûr, je ne souffre pas des mêmes préjudices et difficultés que les gitans en Europe. Ma manière de jouer ressemble pas mal à celle des gitans parce que je ne lis ni n’écris la musique, je la compose seulement dans ma tête. Alors oui, j’adore la musique tzigane, je la trouve véritablement touchante.

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FAUROSCOPE

Bélier (21 mars - 20 avril)

Taureau (21 avril - 21 mai)

Gémeaux (22 mai - 21 juin)

Entourez votre cœur d’une belle écharpe tricotée par mamie, car les temps sont un peu durs pour Vénus. Faites des choses avec les mains cela vous réchauffera, mais surtout pas de gants ou de moufles, vous êtes tellement plus beau sans.

Vous allez vous rendre compte que cela fait 5 ans que vous mettez votre chapka à l’envers. Grand changement sur tous les horizons de votre vie, soyez prêts ! Le bonnet vous donne enfin la force de mettre votre vie à l’endroit.

Vous hésiterez toute votre vie entre la cagoule et le bonnet (c’est votre côté double face). Mais en ces mois de novembre/décembre 2013, nous vous conseillons la casquette. Vous allez tellement voyager (dans vos songes) que vous aurez du soleil pleins les yeux. Ne prenez quand même pas froid aux oreilles, celles-là peuvent toujours servir.

Balance (23 septembre - 22 octobre)

Scorpion (23 octobre - 22 novembre)

Sagittaire (23 novembre - 21 décembre)

Vous ne savez pas où vous allez ? Laissezvous guider par la chaleur de votre cœur (ne tombez pas dans le niais non plus!). Marchez, courez, projetez, rêvez...a priori Noël sera pour vous la belle étoile

Mettez des moufles sur vos pinces et vous serez sauvés dans votre vie professionnelle ainsi que personnelle. Ne soyez pas trop naïf vous risqueriez de vous brûler (surtout en cuisinant du homard), ou bien d’attrapez une pneumonie.

Soyez sage, même si votre anniversaire approche, ne faites pas les malins. On vous connaît vous les sagittaires, premiers à sonnez la cloche de la victoire. Sans votre doudoune, le lit sera votre quotidien pendant quelques jours (dont votre anniv!). Oui j’ai dit doudoune, même pour les sagittaires mâles !

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Par Angéla bonnaud, illustrations d’élodie garbé

Cancer (22 juin - 22 juillet)

Lion (22 juillet - 23 août)

Vierge (24 août - 22 septembre)

Cinq fruits et légumes par jour vous permettrons de survivre pendant ce rude hiver. Nez, gorge seront pris d’assaut. Le mieux est donc de rester chez vous, ou bien de prendre des risques. Le smoothie Innocent en petite bouteille est un deux-en-un puisqu’il y a le mini bonnet et les vitamines.

Votre rage est décuplée avec le froid et la grisaille qui vous accable depuis quelques semaines. N’oubliez donc pas votre chandail au travail, cela permettra de faire passer la pilule (en douceur) : c’est dur de bosser un 24 et un 31 décembre !

Ne vous méprenez pas, la grippe n’est pas réservée qu’aux autres signes. Si vous mangez de la soupe à l’oignon, elle devrait être moins fulgurante. Si vous voulez y échapper, la cagoule sera de rigueur.

Capricorne (22 décembre - 20 janvier)

Verseau (21 janvier - 18 février)

Poissons (19 février - 20 mars)

Aucun habit ne vous réchauffera, seul l’amour d’autrui sera votre bouillotte pour l’hiver. Alors prenez soin de vos proches (et autres personnes un peu bizarres) et on vous le rendra avec un peu de chaleur. Mettez de côté votre aigritude d’hiver, le printemps arrive, la nouvelle année 2014 va être très bonne, patience !

Trop de larmes versées ne résoudront rien, et vous pourriez prendre froid à cause de votre humidité ambiante. Préférez un bon gros câlin, accompagné d’un chocolat chaud ou d’un thé, et d’un crumble tiède. Vous verrez, vos soucis seront moins lourds.

On sait que vous préférez l’été pour sa mer, son soleil, ses coquillages et ses crustacés. Mais là il va falloir vous contenter d’une certaine quantité de pluie pour nager à votre aise. N’oubliez pas le pardessus, car les écailles ne font pas tout, et vous pourriez vous retrouver sous l’eau assez vite.

PARCEQUE#18 / novembre-décembre 2013 / FAUROSCOPE / 57


PARCEQU’ILS LE FONT LES RÉDACTEURS TIPHAINE BACQUET est une littéraire qui aime le ciné, la poésie, les voyages et les vaches. Et lorsque tombe le crachin breton, elle se sent l’âme d’un poète maudit. Oui, elle est très romantique aussi. ANGÉLA BONNAUD, après être passée par les bancs d’une Business School française, s’acharne à changer le monde. Ou en tout cas à y donner du goût. À ses heures perdues, elle est écrivain et vice présidente de PARCEQUE. ARNO CAYOTTE se disperse un peu et le vit bien. Bibliothécaire dans le civil, c’est un amoureux de l’art, du cinéma et de la musique depuis qu’un roi a rencontré un oiseau. Il a un jour arraché une plume à ce dernier pour ajouter une nouvelle corde à son arc : l’écriture. Ça tombe bien, il est sagittaire ! GUILLAUME DECOURT est né en 1985. Pianiste classique, il a passé son enfance en Israël, en Allemagne et en Belgique ; son adolescence dans les monts du Forez ; puis séjourné longuement à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie. Il partage aujourd’hui son temps entre Paris et Athènes.Il a publié trois livres de poésie : La Termitière, Polder 151/Gros Textes, 2011, Le Chef-d’œuvre sur la tempe, Le Coudrier, 2013, et Un ciel soupape, Sac à Mots, 2013. Il participe également à de nombreuses revues dont L’Atelier du roman, Nunc, Diérèse, Phoenix, Place de la Sorbonne, Arpa, Passage d’encres, Népenthès, A l’index, Borborygmes, Remue. net, Recours au poème, La Passe… BLANCHE DELACOURT est blogueuse, amoureuse, et une incurable romantique littéraire. Pas moyen de la faire se décoller d’un roman d’amour, encore moins d’un conte de fées. Ce qu’elle veut dans la vie, c’est retourner en Inde, écrire des livres et avoir un jardin. blanchedecastille.blogspot.com FLORE ENGELVIN est instit’ et a décidé de renverser les rôles pour PARCEQUE, en tolérant que la chef lui gribouille ses copies d’articles en rouge. Manifestement, elle s’en remet plutôt bien, et pour cause, elle fait désormais partie du comité éditorial. TRISTAN FRANÇOIS est chasseur sonore, découvreur d’acoustique et même surfeur. Entre un casque, une enceinte et un xylophone, il donne des bons points, des mauvais aussi. Parfois même, il écrit des papiers sur ce qu’il écoute. Mais seulement quand on le force ! http://about.me/tristanf

ANNABELLE GASQUEZ est une jeune femme -un brin- instable, quelque peu psychotique. Elle est aussi connue pour ses talents de bergère d’Oreo, un métier en voie de disparition. Bibliophage et cinéphage assumée, vivant dans une grotte insonorisée par la masse de livres qui la peuple, elle se parle quelquefois à elle-même. AURORE GAY étudie les oiseaux et fait du hockey subaquatique. Mais pour en revenir aux oiseaux, je crois qu’un jour elle m’a parlé d’une espèce qui s’appelait le zizi hurlant. Parfois les noms d’oiseaux c’est stupéfiant. Mais j’ai peut-être mal compris. MATHIEU GUEGUEN, c’est tout un monde. KAZO alias Fred né sur les terres viticoles les plus belles du monde, navigue depuis longtemps dans l’univers des bibliothèques. Parfois mytho, il sait bien jouer du pipeau ! Il adore la cuisine italienne, les films noirs américains, la brit music... Il a tendance à se passionner pour des sujets aussi envoûtants que les techniques de recherche documentaire ou le radicalisme à l’aube du XXème siècle. RÉMI MEUNIER est passionné de belles sapes et espère bien un jour nous habiller de ses créations. Il s’entendrait bien avec Eliott Rytingur, parce que lui aussi il a une coupe d’enfer. GUILLAUME PASCAL travaille un peu pour la télé, écrit un peu un blog et des pièces, est un peu comédien, aime faire des lasagnes, n’aime pas le sport, culpabilise quand il fait trop la grasse mat, est capable de passer trois jours d’affilée à ne globalement rien faire, est mauvais perdant, trie ses déchets, aime les voyages, nage très mal, ne bronze pas, aime les chats mais pas s’en occuper, a plein de livres en retard, a peur de sa gardienne et trouve souvent que les choses sont trop chères. CAROLE SERTIMOUN : Photographiste polyvalente consacrant 39h par semaine à nettoyer la poussière sur des flacons de parfum, et le reste de son temps à rêver d’un avenir meilleur, surtout pour son magazine. Elle aime les gens et aussi beaucoup les chats. Mais elle mange du cheval, parce que c’est délicieux, surtout en aller-retour. JUSTINE VERGÈS écrit au gré de l’inspiration, mais surtout des histoires pour faire rêver les enfants ou des poèmes. Elle aime jouer avec les mots, comme avec les formes et les couleurs... Cette jeune femme est une vraie boulimique de la création, écriture,

illustration, théâtre, animation, création de bijoux... « Ma tête est comme un pot de graines qui poussent toutes en même temps mais chacune à un rythme différent. » LES ILLUSTRATEURS DIANE ABERDAM est une fonceuse, il faut que tout soit fait vite, vite, vite... ! Même si on se brûle un peu, qu’on se coince les doigts, qu’on s’en met partout... Quand elle n’est pas aux beaux-arts occupée à sculpter ou à dessiner, elle fait de la musique énergique, ou va sauter et se défouler dans des concerts de rock. www.diane-aberdam.com LUCILE AJAX est graphiste et illustratrice en freelance. Elle aime les pétillantes banalités, les papiers multicolores, le quotidien sublime et la curiosité qui n’est pas un si vilain défaut. Elle adore les bonnes odeurs dans une cuisine et le froid du shaker quand elle fait un cocktail. Si le monde pouvait être un peu plus bruyant ce serait parfait, en attendant, elle continuera de s’émerveiller devant une coccinelle. www.luwash.com JULIA DAGOOD est diplômée d’un DMA fresque et mosaïque à Olivier de Serres et enchaîne avec un DSAA textile dans la même école. Mais ça ne l’empêche pas de toucher à tout et d’adorer ça : peinture, photo, dessin, elle apporte une attention particulière à récolter tout ce qu’elle trouve, mélanger et créer des ambiances. Elle aime les gâteaux, le fromage, le soleil, les chats et les feux de cheminée. infrontofjulia.blogspot.com JUSTINE DUHÉ naît en 1990 en Normandie, et arrive 18 ans plus tard à Paris pour intégrer l’école Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des métiers d’Art, où elle obtiendra un DMA en fresque et mosaïque. À la suite de son examen elle se lance à son compte avec Mona Jarno et Amandine Maussion et elles obtiennent ensemble un atelier à Saint Denis, dans les ateliers du collectif La Briche. Elle y réalise plusieurs commandes mais son travail se dirige de plus en plus vers l’illustration. Elle intègrera donc le lycée Corvisart en FCIL illustration où elle sera formée notamment par Emmanuel Kerner, Laurent Corvaisier et Yomgui et débutera dans ce domaine sa carrière... Parallèlement à ces activités professionnelles, elle ressent un besoin constant de créer ses propres univers qui lui permettent de se détacher des contraintes du métier et ainsi libérer de manière plus spontanée son imaginaire et son


humour parfois grinçant... ! justine-duhe.tumblr.com FAUSTINE FERRER est une rêveuse, elle nous transmet des images depuis son sommeil : dessins colorés où les arcs-en-ciel sont des passerelles qui mènent vers quelques autres mondes. Tout comme le lapin blanc qu’elle suit dans le court métrage « Alice », qu’elle a réalisé en 2010 et dans lequel elle interprète une Alice poursuivant un lapin blanc qu’elle a cousu elle même. Ses films d’animation mettent en scène des poupées et sont comme des vidéoclips de sa musique ou de celle d’autres musiciens. www.faustine-ferrer.e-monsite.com Elodie Garbé est diplomée en illustration et est actuelment étudiante en graphisme. Elle collectionne malgré elle les surnoms : crolette, mout-mout, bichon de canapé, brebis égarée, louis XVI et aime laisser croire son entourage que toucher ses cheveux porte bonheur. Si non elle aime dessiner et particularité particulière, elle cherche tout le temps ses clés. elodigarbe.blogspot.com GAIL GOSSCHALK est née à Londres en 1981. Elle a étudié à l’école d’Art de Wimbledon avant de se spécialiser dans la mode à l’Université de Northumbria. Son travail pour les bureaux de styles l’emmène de New York à Paris, où elle a travaillé comme illustratrice en free-lance pendant huit ans, avant de s’installer à Rome en 2011, puis de faire marche-arrière et de tout transplanter de nouveau à Paris il y a peu. Elle compte Hermès, Gieves & Hawkes, Unicef et le Muséum national d’Histoire naturel parmi ses clients. Elle expose son travail personnel régulièrement entre Londres, Paris et Rome, et est complètement ravie de collaborer avec Parceque, parce que. www.lapetitegail.com MÉLANIE JOHNSSON est une graphiste, illustratrice et photographe diplomée de l’Ecole Duperré. Sûrement hyperactive, complétement toquée du ciboulot, passionnée, toujours un crayon pour gribouiller, elle n’arrête jamais ou presque. Voyageuse éperdue et fascinée par les animaux marins bizarres, elle arpente actuellement le Chili telle une exploratrice 2.0. Prenez garde, boule d’énergie à l’horizon ! melaniejohnsson.4ormat.com MARIE LEGHIMA ou plutôt « la Marinette » est illustratrice-graphiste, et parfois même céramiste.

Elle à participé à plusieurs ouvrages jeunesse et met sa créativité au service de projets variés. Elle a toujours un crayon qui gigote au bout des doigts ou bien les mains plongées dans la terre. Création de bijoux en porcelaine, de petites cuillères, d’identités visuelles, ou d’illustrations... la Marinette rêve de se faire greffer 8 doigts supplémentaires ! Un conseil si vous la rencontrez : ne lui serrez pas la main, faites lui plutôt la bise. marieleghima.wix.com/marie-leghima JULES MAGISTRY est un illustrateur qui croyait d’abord que faire du droit était cool, parce qu’ Ally Mc Beal était cool. Mais enfin, après trois années à LISAA a étudier le graphisme il a découvert que l’illustration c’était bien mieux. Être quelqu’un et puis l’écrire c’est assez difficile, alors que dessiner ça l’est moins. Il est plus dur de faire une belle phrase que de faire une belle image, donc à choisir plutôt faire ce qui est simple. Alors on fait cette chose simple pour se la rendre compliquée et pour qu’elle soit meilleure et même peut être belle, parce que le beau, on s’en fout pas. Donc Jules, prends de l’écriture les œuvres des grands et appose à son crayon parfois le nom de Sagan, de Rimbaud ou de Saint-John Perse parce que d’entre nous, et d’entre tous, c’est eux qui ont l’imagination. Et puis Saint-John Perse le lui rend bien en lui faisant gagner son diplôme en haut du podium. L’illustration il l’a dit, c’est bien, mais il reste tout à faire, et c’est d’ailleurs ce qui est le mieux. jules-and-deers.tumblr.com LAURAINE MEYER est graphiste et illustratrice depuis 4 ans et travaille comme directrice artistique chez vente-privée. Elle aime faire de belles images, mais surtout, surtout dessiner tout le temps, sur son blog et dans ses carnets. Elle aime aussi la couleur, les fleufleurs et les animaux en plastique moches qui ornent son appartement. www.testeetillustre.com AGATHE PARMENTIER, graphiste pour de vrai et journaliste pour de rigoler. Appelle à la révolte nationale contre nos systèmes politiques et financiers, contre cette crise que nous n’avons pas demandée et que nous subissons !... sinon... heu... une fille plutôt tranquille (!) www.behance.net/agatheparmentier COLINE POULETTE est rousse et ne fait plus de boxe maintenant, mais de la canne. Elle respire la fraîcheur de sa génération, mais elle porte souvent des bottes en peau de vache, du coup je ne suis pas sûre qu’on

puisse lui faire confiance à 100%. Elle est viceprésidente de l’association PARCEQUE depuis le tout début, et depuis ce temps, elle est entrée à Estienne, fait de la Gravure, se destine à dessiner des animaux et des gens morts toute sa vie ; ou peut-être à empailler des animaux morts. grand-bouillon.tumblr.com ROUGERUNE Adolescent prisonnier d’un corps d’adulte depuis un terrible accident de tondeuse où il perdit tous ses cheveux, il dut, à regret, abandonner sa première passion : la coiffure. À défaut de mieux, il se tourne alors vers le dessin, les bd, les films avec des épées, les t-shirts cools et les colliers en bonbons. C’est vraiment trop injuste. www.rougerune.com EMILIA STEPIEN est une jeune fille venue d’une très lointaine taïga pour devenir une illustratrice diplômée à Paris. Quand elle s’arrête de dessiner, et à part boire de la vodka et chanter, elle aime bien illustrer pour PARCEQUE qui, par hasard est tombé sous son nez un jour de janvier et lui a donné envie de participer à cette aventure de jeunes gens motivés. Sinon, elle apprécie le son de la batterie, les voyages et le cinéma. emiliastepien.blogspot.com JOHANNA THOMÉ DE SOUZA : son diplôme de l’école Estienne en poche, elle enchaîne les petits boulots et les stages avant de se lancer comme graphiste illustratrice indépendante. Spécialisée dans l’illustration de presse, elle travaille aussi pour l’édition et la communication. A 27 ans, elle décide de partir découvrir ses racines au Brésil où elle reste finalement deux ans, et dessine pour la presse et l’édition tout en exposant régulièrement. Johanna vit désormais entre Paris et Rio, son cavaquinho sous le bras et ses carnets dans son sac. www.johannatds.com LES AUTRES MAÏMOUNA TAMBADOU a pris en main la maquette de PARCEQUE, et lui a donné toutes les couleurs de son Sénégal natal. Elle adore la mode, les sacs et les cheveux longs, elle aimerait tenir un blog mais elle n’est pas encore au point. Elle rêve qu’un superhéros (ou à défaut Daniel Craig) l’emmène loin, loin, loin, et haut, très, très haut, bien au-dessus des toits de Paris et des appart’ où vivent les gens qui lisent PARCEQUE...


Parceque #18  

Elle cache, elle pique, elle réchauffe, elle humilie, FOUS TA CAGOULE, le numéro un peu rebelle, un peu gangster, un peu frileux.