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Cocon (nom masculin) : « Enveloppe soyeuse que filent certaines chenilles pour se transformer en chrysalide »    

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SOMMAIRE      Les amants hivernaux, Sweet Cocaine 

Souvenirs d’hiver, Lelly Joan Swan 

Lettre à Dro, LorianO 

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Soldat, Simply Dana 

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White hole, Hailyze Jellinsky‐Manson 

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Les amants hivernaux   

Le panorama est grandiose. A perte de vue, les bâtiments comme façonnés dans la neige, s’érigent, comme poussés par enchantement. Le ciel lui-même, n’est plus que le prolongement de la clarté et pureté de la terre, tout deux se rejoignant à l’Horizon. La banlieue de Paris n’a jamais été aussi naturelle et belle. Immaculée de blancheur, elle renaît, ou disparait sous une nouvelle couche de froid. Au choix. Des flocons tombent sur eux, invisible couple sur ce toit d’immeuble désert. Eux, c’est d’abord, elle, cette jeune fille, au visage pâle et au regard envoutant. Et lui, cet insouciant à la crinière noir corbeau et au sourire facile. Balayés par la brise glaciale, ils crèvent de froid. Perdus, dans leur cocon particulier, leur bulle au contour imprécis, ils se regardent l’un l’autre, avec plaisir et amour. Leur tenue n’a rien d’assortie, ils se sont visiblement habillés avec hâte. Leurs mains enfermées dans leurs mitaines, se touchent, se lient, jouent. Ils dansent ensemble, l’écho de leurs rires résonnant encore et encore. Puant tabac et amour, ils s’embrassent. Et dans leurs baisers, que le désir consume, leurs sentiments se rejoignent, leurs frissons les réchauffent, la sensualité les rattrapent. Tendresse et allégresse se confondent. Ils ne savent pas s’arrêter de s’aimer, seul ainsi dans l’immensité du monde hivernal. Plus rien n’a d’importance, plus rien n’existe, à part eux. Ils s’envolent, libres. Des ailes poussent dans leur dos, et hop! Droit vers le paradis, dont les portes leur sont grandes ouvertes. La dépendance de l’autre devient plus puissante, plus profonde. Ainsi liés ils ne peuvent ignorer le sentiment qui leur tort l’estomac, leur noue le ventre, les envoient direction le septième ciel. Ils jouent, se courent après, rêvant de draps de soie et de feu de cheminée, de matinée ensemble et de futurs partagés. Ils espèrent juste du temps ensemble. Brûlures de cigarettes sur leurs vêtements tachés, baisers rapides et mouillés, rêve de gosses réalisé. Nul ne pourra jamais comprendre. Nul ne pourra jamais savoir. Pourquoi ils rient et s’amusent ainsi. Simplement comme des enfants.  

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Souvenirs d’hiver   

Cathy s'était installée sur son canapé, enveloppée dans sa couverture en mohair au dégradé chatoyant. L'album photographique, qu'elle avait posé sur ses genoux remontés, était ouvert à la première page. Au-dehors, la neige tombait doucement, venant parfois se coller contre les minuscules carreaux des fenêtres à croisillons. Le feu dans la cheminée la réchauffait insensiblement, illuminant aussi le salon. Pour une fois qu'elle se retrouvait seule. Adam était parti chercher du bois tandis que les enfants dormaient encore à poings fermés. Elle contempla la première photographie, celle qui se trouvait dans le coin en haut à gauche. La bouille caractéristique d’une enfant heureuse souriait. Derrière elle, tout un paysage enneigé se déroulait, tel un tapis moelleux. De la neige constellait sa chevelure brune. Telle une princesse fraîchement débarquée du Pôle Nord. Non loin d’elle, se trouvant peutêtre à deux ou trois mètres, un homme, à la stature d’un digne roi, faisait un petit signe de la main. Si elle ne l’avait pas connu, elle aurait trouvé qu’il était timide. La seconde était moins précise. Plus floue. La neige avait recouvert la lande anglaise, dissimulant les fondrières. Au-dehors, à travers les croisillons imparfaits de la fenêtre, le photographe avait capté l’attention d’une fillette. Tout juste âgée de quatre ans, l’enfant s’amusait en compagnie de son père. Cathy ne se souvenait pas de cet évènement. Elle se rappelait juste des longues soirées hivernales où, enfermée à l’intérieur du manoir, sa mère l’amusait. Elle lui contait ce fol après-midi, qu’elle avait passée auprès de son père. Cet homme qu’elle n’avait rencontré que dans ses souvenirs et dans ses rêves les plus fous. Les six clichés suivant montrait une famille unie et heureuse. Les photographies avaient étés prises durant un banquet, qui avait réunis près d’une vingtaine de membres de la famille de Cathy. L’un des clichés lui montra la fête battant son plein. Certainement le jour de l’An, décréta-t-elle. Au travers cette photographie, elle retrouvait tous ceux et toutes celles qu’elle n’avait jamais réellement connus. Elle revit sa sœur Jack. Cette dernière avait quittée la maison peu de temps après la prise de ce cliché. Dessus, elle ne semblait pas malheureuse. Bien au contraire… Réjouissante vue que son sourire éclatant. Tout près d’elle, attendait Clara, sa petite amie. Mais ça Cathy ne l’apprit que bien plus tard, lorsqu’elle fût en âge de comprendre. Une fois n’était pas coutume, ses parents avaient acceptés la présence de cette étrangère. Au fil des pages, elle sauta plusieurs années. Certaines photographies la montrait, elle, encore enfant, transformant la neige en un bonhomme de neige rondouillard au sourire fantasque. Elle arriva bientôt à la période qu’elle jugea étant celle de l’adolescence. La disparition de son père datait alors de cinq ou six ans. Peut-être plus. La photographie qu’elle contemplait montrait une jeune fille à la chevelure brune, en broussaille. Assise sur un fauteuil rembourré au velours rouge, un stylo Bic noir coincé derrière son oreille droite, elle lisait. Perdue dans les méandres des phrases qui se formaient sous ses yeux. Abandonnée au milieu d’un océan de vêtements, de livres, de boîtiers de CD et de feuilles à demi chiffonnées ou gribouillées. Ses mains tâchées d’encre et de fusain tournaient inlassablement les pages. De la neige était accrochée au balcon. 8   


Celle qui lui faisait face était en contradiction avec la dernière. Fuyant l’objectif, l’adolescente regardait, mélancolique, le paysage enneigé. Elle dissimulait au photographe les lambeaux de larmes, qui s’attachaient à ses joues. Son ressentiment était l’exact opposé de son bonheur intense. Une autre photographie la montrait en compagnie d’un garçon. Ils avaient tous deux les joues rouges et les lèvres bleues. Mais ils semblaient heureux. La neige les recouvrait de pied en cap. Elle sourit à la vue de ce cliché. A l’époque, elle sortait avec Thomas, l’élève français venu dans leur lycée en vue d’un échange linguistique. Leur idylle avait durée presque trois mois. Ils s’étaient séparés lorsque ce dernier avait dû repartir en France. Tournant les feuillets avec douceur, elle redécouvrit tous ces minuscules bonheurs et joies qui avaient constituée sa vie. Cathy referma l’album. Bientôt, ses petits bouts de choux se lèveraient, demandant leurs rations de câlins matinaux. Bientôt, son mari reviendrait, les bras chargés de buches et les épaules et la tête saupoudrées de neige. Elle repoussa la couverture et alla reposer l’ouvrage sur une étagère. En hauteur, pour qu’aucune des petites mains ne vinssent le toucher. Le fait même de songer qu’ils pourraient effleurer son trésor la mettait dans tous ses états. Elle se rendit dans la cuisine, et doucement, pour ne pas réveiller le chat noir, qui s’était endormi sur le comptoir. Elle prépara le petit déjeuner. Bientôt, une douce odeur chocolatée l’enveloppa. Son univers était ici, dans le présent. Et non dans des photographies couleur sépia et aux tons passés. Sa vie était ainsi. Entourée de ses fantômes, de son mari et de ses enfants. Avant la venue de ses monstres, elle prit son appareil et photographia le magnifique paysage qui s’étendait devant elle. On aurait dit un vaste tapis blanc, comme ceux dont étaient pourvus les festivals célèbres de cinéma. A la différence prés qu’une star hollywoodienne ne viendrait jamais fouler ce tapis. Elle reposa l’appareil, juste à côté de l’album et monta doucement les escaliers. Elle reprenait doucement, lentement, son rôle de mère de famille. Alors qu’elle éveillait ses enfants, leur faisant miroiter les milles et un trésor qu’ils allaient découvrir, Cathy entendit son mari entrer. L’avenir était devant elle. Et le passé derrière…

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Lettre à Dro   

C’est le premier hiver, depuis quinze ans, depuis toujours, presque, que je vais passer sans toi. La première fois que tu ne dormiras pas sur la table basse devant la cheminée, tassant tes pattes ensemble, juste sur le coin, tout serré, regardant le feu – ou l’absence de feu – avec tes yeux qui se ferment de contentement.que tu ne remonteras pas sur cette table, insistant encore et encore, quand on te poussera pour prendre le thé ou l’apéro, essayant jusqu’à ce que, de dépit, tu montes bouder sur le rebord de la cheminée, nous tournant le dos jusqu’au moment où une main baladeuse vienne gratouiller derrière tes oreilles. Ce sera la première fois, cet hiver, que tu ne seras pas là, étalé de tout ton long sur le parquet devant le poêle. Que tu ne quémanderas pas une place sur nos genoux quand on sortira les couvertures du père noël pour nous tenir chaud devant la télé. Que pour avoir une meilleur place sur ces fameuses couvertures, tu ne viendras pas, avec insistance, lécher Mounet toujours au même endroit jusqu’à ce qu’il en ait marre – même si Mounet n’en a jamais marre. Que tu ne nous regarderas pas avec amour, enfonçant en rythme tes griffes dans nos jambes pas toujours très couvertes, bavant un peu, clignant vaguement des yeux, ronronnant d’une espèce de bruissement, nous fixant puis cognant ta tête dans notre menton, notre bras, notre main, te frottant, réclamant la caresse. Ce sera la première fois, cet hiver, que tu ne seras pas là, sur les escaliers, être imperturbable, bouddhiste dans l’âme dont seul le clignement des yeux indique l’action intérieure, quand je rentrerai le vendredi soir du train. Que tu ne me regarderas pas, stoïque, poser tous mes gros sacs avec fracas. Que tu ne reculeras pas quand, en me hissant sur la pointe des pieds, j’essayerai de t’embrasser. Ce sera la première fois, cet hiver, que tu ne seras pas là, à nos pieds, attendant les épluchures de patates quand on mangera de la raclette. Que tu ne nous regarderas pas avec supplication, alors qu’on sera à table, espérant qu’on se recule sur notre siège pour pouvoir grimper sur nos genoux, sagement, sans mettre le nez dans l’assiette, juste content d’être là. Ce sera la première fois, cet hiver, que le matin, en me réveillant, je ne te retrouverai pas couché dans mon pull en laine roulé en boule, celui que je porte pour traîner à l’intérieur. Ce sera la première fois, cet hiver, que le soir, peu de temps après avoir éteint la lumière, je n’entendrai pas tes griffes sur le parquet de ma chambre, avant que tu ne sautes sur mon lit pour venir, avec insistance, encre et encore, quel que soit le nombre de fois où je te repousse, te coucher sur mon ventre, sur ma poitrine, ta tête à quelques centimètres de la mienne, à ronronner doucement, à baver de bonheur et à faire tes griffes. C’est le premier hiver, depuis quinze ans, que je passerai sans toi, mon Dro chat. Et, quel que soit le nombre de magazines qu’on entassera dessus, la table basse me semblera bien vide.

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Soldat   

Le froid lui brûlait la peau. Dans sa chute, il entraînait ses espoirs de la revoir un jour. Son corps humide et gelé avait suivi la cadence, comme on lui avait ordonné. Maintenant après s’être battu jusqu’au bout, il sut qu’il n’y survivrait pas. Il s’était avancé vers cette démarcation synonyme de liberté, cette frontière où seul l’amour est roi. Il avait vu son visage, imprégné dans sa mémoire et dans son cœur, inoubliable. Sa peau, parfaitement unie, avait la teinte des jeunes boutons de rose. Ses yeux, d’un bleu délicieux, étaient taillés en amande encadrés par de longs cils. Il se rappelait ses lèvres gourmandes en action, lorsqu’elle lui offrait un sourire. Il aimait tant caresser sa chevelure d’un brun chocolat, aux reflets gourmands. A présent le lieu où il se destinait à être, n’était pas séparé par un océan, mais par un ciel. Ses membres s’engourdissaient un peu plus à chaque respiration saccadée, chaque battement sourd de son cœur. Il se demandait quand serait-ce la fin, quand la douleur allait s’arrêter. Il avait posé sa main sur la plaie causée par la balle, mais le sang continuait de couler, se déversant sur la neige. Dans ce bois, au milieu du terrain ennemi, la tache rouge gagnait de l’espace. Il avait si froid. Et dans un dernier mouvement, il prit la photo de sa belle qu’il avait mise dans sa poche interne, près de son cœur, et l’agrippa dans sa paume. Il lui appartiendrait pour toujours.

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White hole   

Les yeux levés vers le ciel, je tends le bras le plus haut possible. Je tends le bras, je tire la langue, essayant désespérément de capturer un petit morceau de froid. Un petit morceau de froid blanc, qui crissera sous mes dents. C'est un jeu auquel je pourrais passer des heures. Un jeu rigolo, un jeu auquel je jouerais bien avec Nadia. Mais Nadia n'est pas intéressée par ce genre de jeu, elle est trop grande pour mes gamineries, elle a dit. Et ça m'embête. Ça m'embête vraiment beaucoup. Tellement, même, que lorsque j'y pense, de petites perles salées dégoulinent le long de mes joues, y sèches et y dessine de petites traînées rougeâtres, en séchant dans le froid. Je frotte mes mains entre elles, j'aurais dû prendre mes gants. La neige va me recouvrir, si je reste assis sans bouger sur ce banc. Ça doit faire environ deux heures, que j'attends ici, dans le froid, la neige et le vent. Je suis frigorifié. Glacé jusqu'au os. Pourtant, j'attends. J'attends Nadia, on m'a dit qu'elle le rejoignait ici. Qu'elle le rejoignait ici, son grand crétin de copain. Son grand crétin de copain à mobylette. Je ne lui en veux pas, à Nadia. Elle n'est qu'une fille, alors ce n'est pas vraiment de sa faute. Mais je ne peux pas lui laisser, il faut pas trop m'en demander. Je l'aperçois, soudain, à une cinquantaine de mettre. Je me cache derrière mon banc, les genoux relevés contre la poitrine et attends patiemment qu'elle s'approche. Le vent s'est amplifié et agite ses cheveux. Qu'ils sont beaux, ses cheveux. Je suis sûr qu'ils sont doux, en plus. Doux, comme un flocon de neige. Nadia passe devant mon banc et s'en éloigne, se reprochant de la falaise, laissant de petites empreintes dans la neige fraiche qui recouvre le sol. De minuscules, d'adorables petites empreintes. J'ai les pieds frigorifiés par l'eau glacée qui pénètre à l'intérieur de mes baskets trop petites, des gouttes gelée sont accrochées dans les cheveux, formant de ridicules stalactites et mon anorak vert pomme est tellement grand, que l'air parvient à s'engouffrer à l'intérieur. Nadia regarde dans le vide. Ses longs cheveux blonds, presque blancs, forment un contraste étrange avec le gris du ciel couvert d'épais nuage. Sans même m'en rendre compte, je me redresse lentement et m'avance vers elle. Elle entend le crissement de mes pieds dans l'épaisse couche blanche et se retourne brusquement, une expression de surprise peinte sur le visage. Et puis elle me reconnaît. Toute beauté disparaît de son visage à l'instant même où elle prend conscience de qui je suis et sa voix prend un accent écoeuré que je ne supporte pas. « -Julien? Qu'est-ce que tu fais là? Qu'est-ce que tu veux? » Je ne réponds absolument rien, je n'ai rien à répondre. La neige se remet à tomber. Violemment. J'entends la moto de son copain. Je panique. Je ne veux pas qu'il vienne. Je ne veux pas qu'il me la prenne. Et tout ce produit en moins de dix secondes. Je me jette sur Nadia, l'agrippe. Et nous tombons. C'est une longue chute, accompagnés des hurlements de Nadia, terrifiée. Nous tombons au fond du précipice, en bas de la falaise. Les yeux levés vers le ciel, je tends le bras le plus haut possible. Je tends le bras, je tire la langue, essayant désespérément de capturer un petit morceau de froid. Un petit morceau de froid blanc, qui crissera sous mes dents. C'est un jeu auquel je pourrais passer des heures. Un jeu rigolo, un jeu auquel je jouerais bien avec Nadia. Mais Nadia n'est pas intéressée par ce genre de jeu, elle est trop grande pour mes gamineries, elle a dit. Et ça m'embête. Ça m'embête vraiment beaucoup... 12   


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Cocon sur papier glacé est le premier de quatre recueils de textes dédiés chacun à

une saison. Les textes qui le composent sont principalement issus d’un concours organisé sur Ficsionnaire, durant l’hiver 2010-2011. Ils ont vocation à être rejoints par les textes de tous les auteurs en herbe que ce thème aura inspirés.

Nous espérons que, où que vous soyez, quelle que soit la saison dans laquelle vous êtes plongés, vous ayez le plaisir, à la lecture des textes ici présentés, de retrouver le parfum d’un de ces cocons dans lesquels nous aimons tous nous envelopper, une fois l’hiver arrivé.

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Papiers Froissés - Cocon sur papier glacé