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VENTS ALIZÉS PARTAZ

n° 1 - décembre 2012


PARTAZ Ce numéro est dédié This issue is dedicated to Sa nimero i dedye pou à tous les Seychellois qui ont souffert et qui ont perdu leur maison dans les orages et tempêtes all the Seychellois who have suffered and have lost their homes in the storm tou Seselwa ki ti soufer e ki ti perdi zot lakaz dan bann loraz ek tanpet

à la mémoire de notre auteur, the memory of our author, memwar nou loter, Prof. Augustine Towey ( 1937 - 2012)

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Coordination, composition, corrections, rédaction, graphisme, photographies de couverture, fondateur, éditeur en chef : Károly Sándor Pallai

poétiques du monde

Co-fondateur, co-éditeur en chef : Maggie Vijay-Kumar / Magie Faure-Vidot Comité de rédaction : Robert Berrouët-Oriol (Haïti-Québec) Marie Flora BenDavid-Nourrice (Seychelles) Monia Boulila (Tunisie) Estelle Cambe (France-Québec) Fabrice Farre (France) Magie Faure-Vidot (Seychelles) Stéphane Hoarau (Réunion) Harris Kasongo (République démocratique du Congo) Maxime Lejeune (France) David Mbouopda (Cameroun) Guilioh Merlain Vokeng Ngnintedem (Cameroun) Károly Sándor Pallai (Hongrie) Ernest Pépin (Guadeloupe) Paolo Pezzaglia (Italie) Umar Timol (Maurice) Khal Torabully (Maurice) Réka Tóth (Hongrie) Yves Romel Toussaint (Haïti)

Illustrations des couvertures : César Córdova Parution numérique (deux fois l’an). La revue est auto-diffusée.

Site web http://www.wix.com/ventsalizes/revue Pour tout contact ventsalizesrevue@gmail.com Numéro 1 – décembre 2012 Vents Alizés 2012 © tous droits réservés ISSN 1659-732x © m350

INDEX Harris Kasongo, Ben Eyenga Kamanda, Tendai R. Mwanaka, Tchyke Mossih Tangarhé, Augustine Towey, Paul Balagué, Anderson Dovilas, Károly Sándor Pallai, Guilioh Merlain Vokeng Ngnintedem, David Mbouopda, Pham Van Quang, Santiago B. Villafania, Junior Borgella, Jean-Claude Icart, José Le Moigne, Jean-Robert Léonidas, Samson Jean Erian Ludhovick, Nicole CageFlorentiny, César Córdova, Ennio Abate, Anna Maria Moramarco, Anne-Lise Blanchard, Aymeric Brun, Bruno Geneste, Carlotta Mascheroni, Jacques Ceaux, Cédric Bernard, Sébastien Doubinsky, Eric Dubois, Gwen Garnier-Duguy, Giuseppe Provenzale, Rodrigue Lavallé, Luciano Roghi, Maria Maddalena Monti, Marcella Corsi, Marina Massenz, Matthieu Baumier, Maxime Lejeune, Nefty Poetry, Gerald Toto, Paolo Pezzaglia, Sophie Lartaud Brassart, JeanPierre Parra, Gilles Pommeret, Julien Soulier, Walter Ruhlmann, Helena Hernández, Rodrigo Ímaz, Marie Julie, Mauricio Carlos, Quraishiyah Durbarry, Linda Hoareau, Magie Faure-Vidot, Marie-Neige Philoë, Umar Timol, Venida Marcel, Anne Bihan, Flora Devatine, Hong My Phong, Nicolas Kurtovitch, Odile Purue, Isam Alsadi, Rachel Chidiac, Sonia Khader, Taha Adnan

Les opinions émises ne sont pas nécessairement celles de la rédaction et n’engagent que leurs auteurs. Le copyright des textes appartient aux auteurs et traducteurs. Tout texte reste la propriété de son auteur. Néanmoins, la revue demande d'être citée à l'occasion de toute autre publication du texte. Tout auteur qui fait parvenir ses textes à la revue affirme par cet acte d’avoir pris connaissance et accepté les conditions, les modalités du fonctionnement et les mentions légales de Vents Alizés et déclare ne faire aucune revendication vis-à-vis de la revue ou de son comité. Les auteurs ne sont pas rémunérés. © 2012-2013 Vents Alizés / La reproduction même partielle des textes et illustrations publiés par Vents Alizés est interdite sauf autorisation des auteurs.

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

PARTAZ Partages de vies, d’amours, d’incendies mentaux. Interrogeons ensemble notre essence partagée, les champs magnétiques du monde. L’atmosphère, les matins cristallins. Pour une mise en commun de nos fulgurances, des lumières célestes, de nos déchirements, achèvements et désirs millénaires. Incendions ensemble l’horizon des océans, mettons les vents polaires sous notre joug. Imprégnons toute terre de poésie, de nos souffles et visions, de nos lectures du monde, de l’être, des dynamiques sentimentales, du perpétuel et de l’éphémère. Dans les rayons du soleil couchant nous sommes autant de vibrations en réseau qui se complètent, se complexifient, s’entre-fécondent. Nous sommes océans, courants sousmarins, baies et anses, lagunes et atolls. Nous sommes RELATION. Partaz lavi, lanmour, lensandi mantal. Annou enteroz ansanm nou lesans partaz, bann san manyetik lemonn. Latmosfer, bann maten kristalize. Pou en miz an komen nou filgirans, bann lalimyer selest, nou desirman, lasevman ek dezir milener. Annou ensandye ansanm lorizon bann losean, annou met bann divan poler anba nou zoug. Annou enprenny tou later avek lapoezi, nou soufle ek vizyon, nou lektir lemonn, legzistans, bann dinamik santimantal, perpetyel ek lefemer. Dan reyon soley kousan nou otan vibrasyon an rezo ki rann limenm pli konplet, pli konpleks e fekond. Nou i losean, kouran soumaren, labe ek lans, lagon ek atol. Nou RELASYON.

PARTAZ Dan mon pannyen Mon annan bann kado Pou tou dimoun I fer en leko Mon ofer Mon leker Avek zot Dan zot pti payot Mon pou touzour bon Menm dan Lot Monn En zanmi Ki nou regard dan tanmi Bonzour Sesel Pei larkansyel Magie Faure-Vidot

Sharing of lives, loves and mental blazes. Let’s examine together our shared essence, the magnetic fiels of the world. The atmosphere, the cristal mornings. For a pooling of our lightnings, of the celestial lights, of our divisions and heartbreaks, achievements and ancient desires. Let’s burn the oceans’ horizon together, let’s bend the polar winds under our yoke. Let’s immerse all the lands into poetry, in our breaths and visions, in our readings of the world, of existence, of the sentimental dynamics, of the perpetual and the ephemeral. In the rays of the setting sun we are a network of vibrations completing, complexifying and impregnating each other. We are oceans, submarine currents, bays and coves, lagoons and atolls. We are RELATION. Károly Sándor Pallai

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Comité de rédaction NOUVEAUX MEMBRES ROBERT BERROUËT-ORIOL

Comité de rédaction

(HAÏTI-QUÉBEC)

Originaire d’Haïti, installé au Québec depuis une quarantaine d’années, le poète Robert Berrouët-Oriol est linguisteterminologue, spécialiste en aménagement linguistique. Lecteur critique, il a collaboré aux revues Vice Versa, Moebius, Dérives (Montréal), Europe, Saprifage, Revue noire (Paris), Interculturel de Lecce (Italie), Maison de la Poésie (Namur), Calacs (Ottawa), Quebec Studies (Ohio), Callaloo (Virginie), Chemins critiques et Conjonction (Port-au-Prince). Il est également l’auteur de la première étude théorique relative au concept exploratoire d’« écritures migrantes et métisses » au Québec (Quebec Studies, Ohio, 1992), ainsi que d’articles portant sur la fiction romanesque d’Émile Ollivier, Pierre Nepveu, Dany Laferrière, Jean-Claude Charles, etc. Il a publié « Lettres urbaines » (poésie), suivi de « Le dire-à-soi » (Éditions Triptyque, Montréal, 1987) et, au fil des ans, plusieurs textes et poèmes en revues, incluant des traductions anglaises et catalanes. Robert Berrouët-Oriol a publié, en 1995, « Poétique, langage et schizophrénie : Frankétienne », dans Poétiques et Imaginaires. Francopolyphonie littéraire des Amériques (sous la direction de Pierre Laurette & H.-G. Ruprecht, Paris, Éditions L'Harmattan). Son livre « Thoraya, d’encre le champ » (poésie, Éditions du Cidihca, Montréal, 2006), a admirablement été traduit en anglais sous le titre « Thòraya, the ink field » (Éditions du Cidihca, Montréal, 2007) par Carrol Coates, traducteur de René Depestre et d’Edwidge Danticat. Il est coauteur du recueil collectif « Troc paroles/Troc de paraules » (Pagès Éditors, Barcelone, Éditions Adage, Montréal, 2008), ainsi que du collectif multilingue « La transculture et ViceVersa » (sous la direction de Fulvio Caccia, Éditions Triptyque, Montréal, 2010). Robert Berrouët-Oriol a aussi fait paraître « En haute rumeur des siècles » (poésie, Édition Triptyque, Montréal, 2009). Son dernier livre de fiction poétique, « Poème du décours » (Édition Triptyque, Montréal, 2010) a obtenu en France le Prix de poésie du Livre insulaire Ouessant 2010. Finaliste du grand Prix du Carbet et du Tout-Monde aux Antilles françaises en 2010 pour « Poème du décours », Robert Berrouët-Oriol est coordonnateur et coauteur du livre de référence « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions » (Éditions du Cidihca, Montréal, février 2011, Éditions de l’Université d’État d’Haïti, Port-au-Prince, juin 2011).

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poétiques du monde

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MARIE-FLORA BEN DAVID NOURRICE (SEYCHELLES)

Marie-Flora Ben David Nourrice est née en 1964, à Mahé. Elle obtient une licence en Éducation en Australie, à Perth en 1993, et en 2002, une maîtrise avec spécialisation en Études Créoles à l’Université de Provence / Aix-Marseille 1. Elle est responsable de développement curriculaire au Ministère de l’Éducation. Elle a obtenu deux fois le prix Lauréat National de Poésie, un premier prix d’un concours à l’occasion de la Fête des enseignants (Labour of Love, 2005) et un deuxième prix qui lui a été décernée à la Fête de l’Afrique (Mon enfant est Afrique, 2010). Elle définit la poésie comme une esthétique, comme une musique, un enchantement, un art, comme un outil pour développer la créativité, l’observation, pour enrichir l’enseignement de la langue créole, pour extérioriser et mieux saisir les expériences personnelles. Son recueil En Kolye An Proz paraîtra en 2013 (Edisyon Losean Endyen).

MONIA BOULILA (TUNISIE)

Monia Boulila née le 21 septembre 1961 à Sfax en Tunisie, est issue d’une famille militante et émancipée. Monia est poète bilingue (français, arabe), traductrice, ambassadrice universelle de la paix auprès du Cercle Universel de la Paix à Genève depuis juin 2008, membre de l’Union des Écrivains Tunisiens, membre des écrivains de la paix, membre des poètes du monde. Plusieurs de ses poèmes ont été traduits en roumain et publiés dans diverses revues littéraires roumaines, d’autres sont traduits en anglais et en espagnol par le Cercle Universel des Ambassadeurs de la Paix à Genève et diffusés dans le monde. Elle a participé à plusieurs manifestations poétiques à l’étranger. Prix : - Prix spécial du Jury en 2008 de l’association « L’Ours Blanc » à Paris pour le poème « Hymne à la vie ». - Prix de créativité littéraire Naji Naaman 2010 n° 1, décembre 2012

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Comité de rédaction

Publications : Recueils : - Mon Joyau, recueil de poésie édité en Tunisie à compte d’auteur en mars 2007 - Avec toutes mes amours, livret édité en France par l’association culturelle « Omar Khayyâm » en mai 2008 - Souffles Inédits, recueil de poésie édité en Tunisie en octobre 2008 - Ailes et frissons au fond du miroir, recueil de poésie aux Éditions l’Or du temps 2010. - Remplie de toi, recueil de poésie en langue arabe aux Éditions Lazhari Labter 2011, Algérie Œuvres collectives : - Eminescu, livret (chansons) pour l’opéra de Pascal Decanter, janvier 2006 - Terre de Poètes, Terre de Paix, anthologie à l’occasion du premier festival international de la poésie sur le thème de la paix, septembre 2007 - Anthologie de festival de Curtea de Arges, édité par l’association Orient-Occident, Roumanie 2009 - Anthologie des Poètes Tunisiens, édité en Roumanie par Ion Cristopher Filipas, janvier 2010 - Vendeur de l’éveil, recueil en deux langues (arabe et français), textes du poète Libyen Cherif Hassen Boughzil traduits en français par Monia Boulila. Recueil aux Éditions El Bourak, Monastir, Tunisie, juin 2010 ESTELLE CAMBE (FRANCE-CANADA)

Estelle Cambe a fait une maîtrise sur René Char et la peinture avant d’enseigner le français langue étrangère. Poétesse dans l’âme, elle a vécu en France, voyagé en Angleterre et en Espagne pour en rapporter principalement les humeurs de ces nations et leurs façons, et pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui. En 2008, elle entreprend des études littéraires à l’Université du Québec à Montréal, finalisées par des travaux de recherche sur l’identité des Métis au Canada. Elle cultive son intérêt pour la vie artistique dans les espaces francophones. En 2011, elle soutient une thèse de doctorat à l’Université du Québec à Montréal sur la Postérité de Louis Riel culturessud.com ou L’émergence d’une littérature de l’Ouest canadien dans la francophonie nord-américaine. PARTAZ

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

FLORA DEVATINE

(POLYNÉSIE FRANÇAISE)

Flora Devatine (Aurima) est née en 1942 au Pari (Tautira, presqu'île de Tahiti). Sa carrière est caractérisée par un attachement fidèle à son peuple et sa culture. Elle était professeur d'espagnol et de tahitien au LycéeCollège Pomare IV (Papeete) de 1968 à 1997, membre de l'Académie Tahitienne («Te Fare Vana'a») depuis sa création, en 1972. Elle fut nommée Déléguée d'État à la Condition Féminine de 1979 à 1984. Elle est membre d'associations féminines et culturelles. À cette riche carrière professionnelle s'ajoutent ses travaux de poète et de chercheur : « en tant que personnalité extérieure », elle fut chargée de cours au Service oceanieparis.files.wordpress de la Promotion Universitaire puis à l'Université française du Pacifique de 1987 à 1995, y enseignant notamment la poésie polynésienne. Flora Devatine est la première directrice (2002-2007) de la revue Littérama'ohi, Ramées de Littérature Polynésienne, l'un des fruits d'un groupe « apolitique d'écrivains polynésiens associés librement », comprenant Flora Devantine et Patrick Amaru, Michou Chaze, Danièle-Taoahere Helma, Marie-Claude Teissier-Landgraf, Jimmy Ly et Chantal T. Spitz. Flora Devatine est aujourd'hui Présidente de l'Association Groupe Littérama'ohi. Flora Devatine mène sur tous les fronts un combat pour la reconnaissance d'une « Conscience Polynésienne ». Œuvres principales:  Vaitiare, Humeurs. Papeete: Polytram, 1980, 190 pages.  Tergiversations et Rêveries de l'Ecriture Orale: Te Pahu a Hono'ura. Papeete: Au Vent des îles, 1998, 232 pages.

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DAVID MBOUOPDA (CAMEROUN)

Comité de rédaction

David Mbouopda, ancien élève de l’ENS de Yaoundé, est docteur en littérature générale et comparée de l’Université de Clermont- Ferrand II. Il est chercheur associé au CELIS (Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique - EA 1002) de ladite université et à GRELIC de l’université de DschangCameroun où il enseigne les littératures française et comparée. Ses champs de recherche et d’enseignement couvrent l’imagologie africaine, l’exotisme, l’histoire des idées et des mentalités, domaines dans lesquels il compte de nombreuses publications.

NGNINTEDEM GUILIOH MERLAIN VOKENG (CAMEROUN)

Ngnintedem Guilioh Merlain Vokeng est enseignantchercheur de littérature africaine et comparée à l’Université de Maroua au Cameroun. Il a consacré son mémoire de maîtrise à l’humour comme technique d’expression de l’absurde dans les romans policiers de Mongo Beti et de Chester Himes. Auteur de plusieurs articles dans des revues internationales, il a orienté sa thèse de doctorat vers les études de réception, notamment vers l’influence qu’a eue Chester Himes, écrivain afro-américain, sur ses épigones africains tels que Mongo Beti, Simon Njami et Bolya Baenga.

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PARTAZ KOLEKSYON LITERATIR

océan Indien MAURICE Respirez… Expirez Entre les doigts Dead Alive

Quraishiyah Durbarry

p. 18. p. 22. p. 22.

Ainsi l’être …

Umar Timol

p. 24-28.

Lapartaz

Marie-Flora Ben David Nourrice

p. 29-30.

Partage Fin d’année Observation partagée

Magie Faure-Vidot (Vijay-Kumar)

p. 31. p. 32. p. 33.

Partaz San Balizaz

Linda Hoareau

p. 35.

Sharing is Caring

Venida Marcel

p. 38.

The Plea of Sharing

Marie-Neige Philoë

p. 39.

SEYCHELLES

Caraïbe et Amériques CANADA The Advent Joseph and Mary watch Jesus

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Augustine Towey

p. 47. p. 48.

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| Revue Vents Alizés

HAÏTI Cris noirs Au temps où l’eau tend Conjugaison

Junior Borgella

p. 49. p. 50. p. 51.

Plasman En chair et en os

Anderson Dovilas

p. 55. p. 56.

Le vieux nègre dans le temple

Jean-Claude Icart

p. 59-66.

Direction Interculturel

Jean-Robert Léonidas

p. 67. p. 68.

Afrique dans mon testament

Samson Jean Erian Ludhovick

p. 71-74.

Mon Intifada Delirium Carrefour Sculpture

Nicole Cage-Florentiny

p. 75. p. 76. p. 78. p. 79-80.

Poèmes de l’entre-deux

José Le Moigne

p. 83-88.

MARTINIQUE

Pacifique et Asie PHILIPPINES Pangasinan Sonito para ed Manangalin Kamarerua Sonnet to a Pilgrim Soul Aristos Kansio’y Gansa’d Dayat Swansong of the Sea

Santiago B. Villafania

p. 97-98. p. 99. p. 100. p. 101-103. p. 104. p. 105.

NOUVELLE-CALÉDONIE Dernière fois

Anne Bihan

p. 107-113.

À Montagne Froide Sarajevo Route

Nicolas Kurtovitch

p. 119. p. 121. p. 122-125.

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POLYNÉSIE FRANÇAISE Éclairs de vie

Flora Devatine

p. 127-129.

La rage de vivre

Hong My Phong

p. 131-132.

No te a’a a monunu nei ! Pourquoi cette mélancolie ! Partir, une évidence douloureuse Te Manu kerere e manu kaiata’u L’oiseau libre Toku reo : taku e ‘akateitei nei Hommage à ma langue

Odile Purue-Alfonsi

p. 133. p. 134. p. 135-137. p. 138. p. 139. p. 140. p. 141.

Pham Van Quang

p. 143-144.

VIETNAM PhilosoPoétiquÉtant

Afrique et Proche-Orient RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO Si j’étais Les mots qui tuent les maux

Ben Eyenga Kamanda

p. 149. p. 150-151.

Un jour Fontaine K’

Harris Kasongo

p. 157. p. 158.

Rythme solfège Chant noir Éloge

Tchyké Mossih Tangarhé

p. 159. p. 160. p. 161.

Tendai R. Mwanaka

p. 163. p. 164-166. p. 166. p. 167-168. p. 168-169.

Isam Alsadi

p. 171-173. p. 174-176.

ZIMBABWE Undying Echoes A Text For Haiti Murphy’s un-thought Somalia, “The Death Walk” Euro burning JORDANIE ‫سر‬ ْ َّ‫َز ْعقَةُ الن‬ Le glatissement de l’aigle

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

LIBAN Fragments

Rachel Chidiac

p. 179-185.

Taha Adnan

p. 187-188. p. 189-190.

Sonia Khader

p. 193-195. p. 195-197.

Monia Boulila

p. 199-200. p. 200-202. p. 203-204. p. 204-205. p. 206-209. p. 209-211.

Trois poèmes/Mystes

Matthieu Baumier

p. 219-221.

Des caps Des lignes Du crochet L’appel Le lieu L’écume en tonneau Lustre marin

Cédric Bernard

p. 223. p. 224. p. 225. p. 226. p. 227. p. 228-229. p. 230.

Ma langue n’est plus déliée Parce qu’elle était là Face à la peine Ce qui s’efface D’avoir vibré avec les blés

Anne-Lise Blanchard

p. 235. p. 236. p. 237. p. 238. p. 239.

Le poème est chose… Cette modestie est singulière… Ô mon âme pourquoi… Rien n’est moins aisé… Quelle puissance…

Aymeric Brun

p. 243. p. 243. p. 244. p. 244. p. 245.

MAROC ّ ‫أسيرةُ ُح‬ ‫ب‬ Captive d’amour PALESTINE ‫أموت وأحيا‬ Je meurs et je renais TUNISIE ‫صمت الشاعر‬ Le poète est vivant ‫يا موتي األول‬ Premier trépas ّ ‫تأخر االعتذار‬ L’excuse a tardé

Europe FRANCE

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Pour t'entendre... Lucarne Lentement… Retour Automne marin Comptine triste

Jacques Ceaux

p. 247. p. 248. p. 249. p. 250-251. p. 252. p. 253.

5 non-haikus Amour Deux mille ans d’histoire chinoise Les regrets

Sébastien Doubinsky

p. 255. p. 256. p. 256. p. 257-258.

Il y a la merde

Eric Dubois

p. 259.

Notre-Dame-des-Eaux-Profondes Notre-Dame-de-la-Féminité Notre-Dame-aux-Doigts-de-Rose Notre-Dame-de-la-Grâce Notre-Dame-au-pas-de-Colombe

Gwen Garnier-Duguy

p. 261. p. 262. p. 263. p. 264. p. 265.

Baltique - Oiseau de froid (extraits)

Bruno Geneste

p. 267-270.

La nuit porte rythmique… De la vitre au-delà … Ici … Ventre de pierre…

Rodrigue Lavallé

p. 271. p. 272. p. 273. p. 274.

L’avion du jardin d’enfants de Victoria Dans le sillage des tôles de Mahé

Maxime Lejeune

p. 275-279.

Liés, sans chaînes

Jean-Pierre Parra

p. 287-293.

In Mâat

Nefta Poetry – Gerald Toto

p. 295-297.

Le temps passe, les choses passent, tout passera… Anse Major

Gilles Pommeret

p. 299.

$hare Sur un coup de tête Les observatoires nocturnes

Walter Ruhlmann

p. 303. p. 304. p. 305-314.

Emovarius Grammaire de l’être Gratitude Namasté

Julien Soulier

p. 317. p. 318-319. p. 320. p. 321.

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p. 279-285.

p. 300.

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

ITALIE Una donna divisa Une femme partagée

Ennio Abate

p. 323-324. p. 325-326.

Condivisioni Partages

Marcella Corsi

p. 329-330. p. 330-331.

Condivisione per crescere Sharing to grow

Carlotta Mascheroni

p. 333. p. 334.

Cynthia e le altre Cynthia et les autres

Maria Maddalena Monti

p. 335. p. 336.

Condivisione Sharing

Anna Maria Moramarco

p. 339. p. 340.

Gazelle Gazou (italien) Gazelle Gazou (anglais)

Marina Massenz

p. 343. p. 344.

Condivisione del dolore Sharing the Pain Ritorno agli antichi miti Back to the ancient myths Giuseppe Conte and Massimo Maggiari: a dialogue on Mitomodernismo

Paolo Pezzaglia

p. 346-347. p. 347-348. p. 348-352. p. 353-357. p. 357-359.

Vorrei riscrivere la tua morte I would like to rewrite your death

Giuseppe Provenzale

p. 361. p. 361.

Luce per tutti Lumierès pour tous

Luciano Roghi

p. 363. p. 363.

ARTISTES CONTRIBUTEURS Œuvres choisies

Mauricio Carlos (Mexique – sculptures, installations)

p. 41-45., 54., 58., 70., 82.

Œuvres choisies

César Córdova (Mexique – peintures, illustrations des couvertures)

p. 89-95., 114-118., 126., 130., 145., 147., couvertures

Œuvres choisies

Helena Hernández (Mexique – photographie, installations)

p. 152-156., 178., 186., 212-215.

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Œuvres choisies

Rodrigo Ímaz Alarcón (Mexique – graphiques, photographie)

p. 232-234., 242., 246., 294., 302., 316., 328., 338., 342.

Démarche et laboratoire

Marie Julie (Réunion – dossier artistique)

p. 365-376.

Partages

Sophie Lartaud Brassart (France – graphiques, peintures, poésie)

p. 377-386., 440.

KOLEKSYON TEORI RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN Migritude et quête des origines dans le roman policier postcolonial : Pour une autoscopie identitaire

David Mbouopda & Guilioh Merlain Vokeng Ngnintedem

p. 389-404.

Paul Balagué

p. 405-412.

Anderson Dovilas

p. 413-418.

Károly Sándor Pallai

p. 419-439.

FRANCE L’espace dramaturgique chez Kossi Efoui : Une dramaturgie de la fracture HAÏTI Néocolonialisme et littérature dans les pays du Sud : Regard sur la Francophonie et les rapports AfriqueCaraïbe HONGRIE Writing Oceania : Paradigms of identity and insularity in contemporary poetry

LECTURES Œuvres, ouvrages reçus, recommandés

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p. 441-449.

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KOLEKSYON

LITERATIR

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océan Indien MAURICE Respirez… Expirez Entre les doigts Dead Alive

Quraishiyah Durbarry

p. 18. p. 22. p. 22.

Ainsi l’être …

Umar Timol

p. 24-28.

Lapartaz

Marie-Flora Ben David Nourrice

p. 29-30.

Partage Fin d’année Observation partagée

Magie Faure-Vidot (Vijay-Kumar)

p. 31. p. 32. p. 33.

Partaz San Balizaz

Linda Hoareau

p. 35.

Sharing is Caring

Venida Marcel

p. 38.

The Plea of Sharing

Marie-Neige Philoë

p. 39.

SEYCHELLES

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Respirez… Expirez QURAISHIYAH DURBARRY

océan Indien - Maurice

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Beau et mignon, avec des joues rondes qui donnent l’envie de les pincer ou même les mordre, des cheveux châtain clair et de grands yeux qu’on aurait dit empruntés d’une poupée, Edmond était apprécié par beaucoup de femmes qui voulaient le serrer dans leurs bras. Mais Edmond ne souffrait pas de la fièvre de Don Juan. Des femmes il s’en fichait. Il y avait d’autres choses plus importantes dans sa vie. Des choses qui l’emplissaient de joie. Le principal plaisir de notre célibataire endurci était tout simplement… de vivre. N’allez pas lui donner le nom d’hédoniste maintenant, il ne le mérite pas. Edmond, c’est juste cette personne qui ne s’est pas encore laissée bouffer par le train-train quotidien. « Que fait-il alors ? Il travaille ? » N’est-ce pas la question que vous vous posez tous ? Question primordiale dans toute société économiquement centrée mais à laquelle je n’ai pas de réponse à vous donner. Il ne fait rien Edmond. Ou peut-être qu’il fait tout, puisqu’il vivait. Que vivre. Et ça c’est soit rien, soit tout. Une petite montre bleue luit à son poignet. Elle est jolie mais pas utile pour lui. Il fait tout à volonté, n’obéissant qu’au rythme de son corps. En parlant de volonté, précisons qu’Edmond en avait une de fer. Personne ne pouvait l’empêcher de faire ou de dire quoi que ce soit. Si quelque chose ne lui plaît pas il le fait savoir à voix haute et si quelque chose le marque particulièrement, il répond par un large sourire. Et il sait en dire des choses si l’on en juge par la réaction des interlocuteurs, s’il y en a qui sont émerveillés, d’autres rient aux éclats. Et il rit, lui aussi, même si la raison de ce rire franc l’échappe. Edmond passe beaucoup de temps devant le grand aquarium du salon. Regarder les poissons faisant le va-et-vient et tourner en rond, car même s’ils nagent vite ou doucement ils finissent toujours par heurter la vitre de l’aquarium. C’est marrant ! Des poissons de tous genres, de toutes les couleurs (comme ses vêtements) : la queue argentée de l’un, l’aspect terne d’un autre, la gueule gonflée de l’un, la gueule plate, étirée de l’autre qui ressemble drôlement à un sourire. Il les connait tous à force de les observer. Il accueille souvent les nouveau-nés par un applaudissement et cache une larme au coin de l’œil quand on retire le poisson mort. Se rend-t-il compte de la similarité entre ces poissons et les humains ? Se dit-

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il que nous aussi nous sommes pris dans les eaux de ce monde, naître, chier, procréer et mourir et croyant aller loin mais finissant toujours au même endroit ? Ou tout cela est-il trop compliqué pour lui ? Se contenter de vivre prend déjà tout son temps. Il joue aussi aux cartes. Jouer aux cartes ça prouve bien qu’on vit, n’est-ce pas ? Car jouer aux cartes est globalement reconnu comme le passeport mondial d’intégration. Donc, Edmond prend place à table avec les autres même si les autres se montrent souvent en colère car il ne maîtrise pas bien les règles. Souvent il joue seul aussi car tenir ces rectangles coloriés entre les doigts lui procure énormément de plaisir. Il aimait la texture et les dessins dessus. Et il construit aussi des châteaux de cartes, qu’il casse d’un souffle sans se soucier de l’effort qu’il a mis à les bâtir. Il peut toujours en construire un autre. Les personnes comme lui sont souvent des passionnés de la nature. Je parle des personnes qui au lieu de devenir l’esclave du temps, arrivent à l’apprivoiser. Et c’est simple pourquoi ces personnes se sentent unifiées à la nature. Justement c’est parce qu’elles ont le temps, ou plutôt qu’elles prennent le temps du temps. Le temps de regarder, d’admirer, et d’en faire partie. La terre, l’air frais. Il respire par larges bouffées, s’emplit la bouche du vent, ce qui rend ses joues encore plus lisses et luisantes. Quelquefois il s’allonge sur la terre, sans même se soucier de ses vêtements. Les autres passent et le regardent, avec moquerie, avec humour ou même avec colère. Quelqu’un essaie même de le relever mais il tient bon. Quand il a envie de s’allonger comme ça, la terre froide dans son dos, personne ne peut l’en empêcher. Et il scrute le ciel. S’il a de la chance un ou deux oiseaux feront le tour dans le ciel. Mais la plupart du temps, c’est un ciel vide qui le couvre. Quelquefois parsemé de cotons qui prennent différentes formes. Là, c’est un grand animal du Jurassique, il voit ses dents acérées, là-bas un requin qui essaie en vain d’avaler un petit poisson, il fait une prière pour qu’il ne l’attrape pas. Ou c’est un lapin avec les grandes oreilles ou la petite sirène qui a tourné sa queue. Il a même vu une fille avec une harpe sur un rocher une fois et ça il ne l’oublierait jamais. Et puis il se souvient aussi de ce jour où la terre un peu humide, a mouillé son jogging et l’eau a pénétré la toile épaisse jusqu’à son dos. Et ce jour-là, il avait vu l’arc-en-ciel. Il était resté comme ça, bouche ouverte. Ce pont multicolore existait pour lui, palpable comme l’eau amassée dans son pull et il n’y avait rien de plus beau. Il aurait voulu attraper toutes ses couleurs dans ses mains et en faire un dessin. Et il attend à chaque fois cette vue surprenante. Il sait que pour qu’il réapparaisse il faut que la terre soit aussi humide qu’elle l’était la fois dernière, et il attend la prochaine fois qu’il capturera la plus belle palette de couleurs dans son regard. Ça c’est la vie simple du simple Edmond. n° 1, décembre 2012

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Dans la même maison, vit Jeremy. Si différent d’Edmond mais si similaire à la fois. Jeremy est un peu plus pointilleux sur certaines choses qu’Edmond, par exemple il a sa place favorite qu’il n’aime pas partager avec les autres. Il l’a bien fait savoir à Edmond un jour quand ce dernier s’était assis sur sa chaise, voulant savoir ce que ça faisait. Il ne l’a plus refait après, primo, pour ne pas déplaire à Jeremy et deuxio, toutes les chaises étaient similaires sous ses fesses. Jeremy a les cheveux un peu grisés, comme s’il a eu trop de coups de soleil et aime porter des vêtements tout aussi gris, que du blanc et du noir dans son armoire. Les couleurs d’Edmond ne lui dit rien. Mais il aime vivre, Jeremy. Oui, il vit. Jeremy va souvent rendre visite à ses amis. Ils parlent de la vie, du travail, et de plein d’autres choses. Mais personne ne parle pour écouter l’autre. Ils parlent d’abord pour raconter leurs histoires, pour se faire entendre. Lui, il écoute. Il écoute et comprend que chacun d’eux sont pris dans l’engrenage de la vie. Ils vont, ils viennent et se cognent contre la vitre de l’aquarium d’Edmond. Y a-t-il moyen de les sortir ? Jeremy ne se demande pas cela. Se poser trop de questions serait compliquer les choses. Donc il se contente simplement de respirer et d’accepter tout ce qui lui tombe dessus avec le sourire. Et c’est toute la simplicité de cette personne qui fait sa complexité. Comment ? se demandent les autres. Il se rend bien compte que les autres laissent passer beaucoup de choses autour. Mais, se dit-il, c’est la vie qu’ils ont adoptée. Pourvu qu’ils soient heureux. Heureux ? Combien de personnes heureuses pouvons-nous compter ? C’est quoi la joie ? Est-ce retourner à la maison après une dure journée de travail, fatigué, dire deux mots à ses enfants, faire l’amour rapidement avant d’aller se coucher parce qu’il faut aller au boulot le lendemain ? Ou être heureux c’est travailler neuf, dix, onze mois pour ensuite prendre un mois de repos qu’on appelle vacances. Et durant les vacances se dépêcher de tout voir, de tout visiter pour ne rien rater, ah oui, que c’est jolie la vue sur la montagne, quel magnifique coucher de soleil, ah l’eau tiède de la plage… On se déstresse, pour se restresser pendant onze mois. Estce cela le bonheur ? Jeremy ne part pas en vacances. Jamais. Tout ce qu’il y a autour de lui est suffisant pour l’émerveiller. On ne finit pas d’en voir si on a l’œil. Et l’œil tout le monde l’a sauf que la plupart des personnes souffrent d’hypermétropie, les objets proches apparaissent flous. Et lui aussi, c’est un adepte de la nature. Il aime les longues promenades au vif du vert, Jeremy. Sentir le soleil brûler sa peau, réchauffer son visage, son corps et son cœur. Voir les papillons qui virevoltent, entendre les oiseaux, les fleurs qui frémissent dans le vent. Il remplit ses poumons d’air frais, savourant chaque gorgée PARTAZ

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de ce précieux oxygène. Et il lit de la poésie et il fait des vers. Lui, ce n’est pas un Baudelaire ou un Rimbaud. Pas parce qu’il a moins de talent mais parce qu’on n’en saurait jamais rien de toute façon parce qu’il n’écrit pas pour les autres. Souvent il n’a pas les mots pour peindre ses sentiments, il bredouille mais termine quand même, ou essaie de terminer ces phrases qui le perturbent. Sur papier, qu’un semblant de ses émotions. Il les écrit et les ramasse, les seuls trésors qu’il garde, non pas parce qu’il ne veut pas les partager. L’égoïsme ne touche pas ces personnes qui vivent au son de la nature, qui se laissent submerger dans l’éblouissement de la vie. Qui comprennent la vie plus que tout puisqu’ils vivent. Non, ce n’est pas par égoïsme qu’il ne partage pas ses vers, ses sentiments. Ils auraient bien voulu qu’un jour Edmond les lise. Ou même quelqu’un d’autre, un ami, un proche. Mais il a peur que la personne ne lui rit à la figure. Les poètes sont des fous, dit-on. Ne lui dirait-on pas, en se moquant : tu te crois poète ? Ou non, ce n’est pas joli, ça ne me parle pas. C’est pour cela qu’il cache ces paroles détachées de ses entrailles. Elles lui parlent. Et ils vivent, Edmond et Jeremy, avec les autres mais peut-être aussi sans les autres. Ils ont appris le vrai sens de la vie. Ils prennent le temps de regarder, de sentir, de ressentir. Mais a-t-on le temps de vivre comme eux ? Nous avons un avenir à préparer, toujours courir, pour plus, pour la réussite, pour le succès. Y a-t-il de ces personnes qui vivent sans souvenir, sans avenir ? Qui vivent sans perdre un instant du moment présent ? Qui savent encore s’émerveiller, ouvrir grand les yeux et dire : « Que c’est beau ! » ? Edmond a deux ans, Jeremy en a quatre-vingt-deux. © Quraishiyah Durbarry

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Entre les doigts De mes doigts entaillés J’ai vu la destinée De chaque creux vertical Un morceau de soleil Un fragment de mer De mes yeux sectionnés Je t’ai vu en lambeaux Pièces de tissus éparpillées De membres divisés Mais Je te préfère comme ça Un tout divisé © Quraishiyah Durbarry

Dead Alive I Alone Immured Me and my books I play the real A reality engulfed In the gulf of appearance Lost in these strange pages Smell of mold deep in my nostrils, Atchoum, a bite of chocolate biscuit On the crumbs scattered since countless weeks, The fortunate pests, sated, before expiring © Quraishiyah Durbarry PARTAZ

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Enseignante de formation, Quraishiyah Durbarry a publié plusieurs nouvelles et poèmes en français et en anglais dans diverses revues. Elle a été co-lauréate du « Prix Livre d’or – Romans 2011 », organisé par la Mairie de Quatre-Bornes. Elle a publié un recueil de poèmes, Entre Désir et Mort et elle a un roman en cours de publication, Féminin Pluriel (L’Harmattan).

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Ainsi l’être chemine vers la lumière, - du moins ce qu’il croit être la lumière - , lumière qui s’impose dans toute sa splendeur, son inévitabilité, elle est le centre de l’univers, elle rayonne en tous lieux, rien ni personne n’est à l’abri de sa force, elle s’immisce partout, dans toutes les cavités, dans toutes les crevasses, elle est à l’origine de l’histoire, elle

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l’invente, la renouvelle, lui impose sa destinée, elle est le grand architecte de l’univers, elle l’organise, le structure, lui accorde forme et substance, elle est la langue et la rationalité, elle est l’intelligence et son culte, lumière qui rend captifs tous ceux qui demeurent à sa lisière, lumière si emplie de désir, lumière si dense qu’on ne peut y résister et l’être, qui est encore jeune et sans doute naïf, chemine vers cette lumière, il y croit, de toutes ses forces, il croit que là-bas, au lieu de sa genèse, de son déploiement, il sera autre, il deviendra l’autre, il ne sait pas tout à fait ce que cet autre recèle mais il est convaincu qu’il se réalisera là-bas, et il plonge, comme un assoiffé et un abruti, dans cette lumière et puisqu’il est artiste, son cheminement sera celui des mots et des livres et il demeure, des jours durant, dans les bibliothèques, dans ces immenses théâtres du savoir et il lit et il lit, des centaines, des milliers de livres, il s’imprègne de tous leurs manifestes, il les fait siens, il sait leurs moindres nuances, leurs moindres inflexions, il est au cœur même de cette lumière, lumière qui ne cesse de pulser, lumière dont la vitalité semble être sans fins, sans limites, lumière qui puise PARTAZ

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dans les énergies de la curiosité et de la conquête, nul lieu ne lui est interdit, elle ne récuse aucun blasphème, elle dépoussière d’anciennes éruditions, en invente de nouvelles, elle décèle l’infiniment petit et révèle l’infiniment grand, elle est la pure volonté du savoir et il sait que c’est de ce lieu qu’émane sa force et comment ne pas se laisser porter, se laisser séduire, comment ne pas en faire l’axe central, l’axe dominant de son devenir, mais il découvre parallèlement les Ombres, il bute parfois sur des livres, qui lui révèlent les soubassements, les égouts de la lumière, d’abord il les lit sans trop les prendre au sérieux, il n’est pas encore prêt à les affronter mais ces livres insistent, persistent, ils déconstruisent les mythes, excavent les ruptures du passé, ils déraillent une logique toute faite, ils révèlent que la lumière a œuvré parfois de vastes charniers, il comprend que la lumière est ainsi mêlée aux Ombres mais des Ombres qui lui sont nécessaires car elles rendent son existence possible, elle ne peut ainsi fonder son identité qu’en excluant l’autre, qu’en exacerbant la différence, il lui faut cette nécessaire altérité pour pouvoir être, il comprend que les Ombres gisent au cœur même de lumière, comme une créature autre et monstrueuse, sans laquelle la lumière ne peut subsister et les Ombres sont nombreuses, effrayantes, elles sont la volonté de la domination, elles sont la volonté d’exploiter et de terroriser, elles sont une politique perpétuelle de deux poids et deux mesures, elle se drape dans les grands principes mais n’exerce qu’un seul véritable principe, la subjugation de l’autre, elle ne reconnaît qu’un seul langage, celui de la force, elle veut s’imposer comme le seul ordre possible, la seule finalité possible et la lumière aujourd’hui encore, ne cesse de s’étendre, il lui faut toujours de nouveaux territoires, elle est effectivement un monstre, toujours n° 1, décembre 2012

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prête à imposer son vouloir, à imprimer dans le corps de l’autre, du barbare, ses stigmates et l’être est ainsi perplexe et confus d’autant plus qu’il comprend que cet autre est lui, cet autre, qu’on considère infantile et incapable de rationalité, cet autre, qui n’invente pas l’histoire mais qui la subit, cet autre, qui ne peut être qu’en s’élevant à la hauteur de la lumière et de ses dépositaires, cet autre est effectivement lui, il est des Ombres, c’est son territoire, on l’a confiné en ce lieu, il ne peut en sortir, il tend vers un inaccessible qui l’exclut sans recours

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et alors il est deux tentations, celle de l’assimilation, du rejet de soi, de ses origines, de sa langue, de sa terre, ainsi devenir l’autre, s’incarner en l’autre, adopter sa posture, son regard, parler comme lui, être comme lui, se justifier auprès de lui, ainsi ne garder de soi que quelques débris, un nécessaire exotisme qui signifie ma différence mais qui n’est au fond rien car je vous ressemble, je suis vous, je suis le même, l’identique et il est une deuxième tentation qui est celle de la colère et de la révolte, ainsi extraire de soi cet autre, ainsi se débarrasser de tout souvenir de l’autre, le renvoyer aux enfers, on brûle avec férocité ce qu’on a tant aimé, on devient son critique le plus impitoyable et on cherche d’autres cheminements qui se situent souvent aux confins de ses premiers élans, mais l’être est de toute façon perdu, confus, il sait qu’une déchirure creuse les sillons de son corps, il a parfois la nostalgie d’une identité plus sereine, il a la nostalgie d’un ancrage limpide, savoir ainsi d’où on vient et ne plus devoir lutter contre soi, ne plus devoir lutter contre les autres, et puis le temps passe, la déchirure demeure mais il est moins impatient, il comprend qu’on ne peut se PARTAZ

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défaire de l’histoire, il est des structures qui nous précèdent et nous ne pouvons exister qu’en relation avec elles, il comprend aussi que nos identités sont toujours fracassées, nous sommes des quilles portées par les grands vents, notre blessure sans doute de croire dans un lieu de repos, notre sagesse sans doute de savoir notre sang toujours mêlé et il s’agit d’apprendre la lucidité et l’équilibre, on doit apprendre à retenir de l’autre ses vertus lumineuses sans céder à l’idéalisation ou à la critique au vitriol, il comprend qu’on doit œuvrer à la réconciliation, même si elle paraît utopique et absurde, même si elle paraît naïve alors que déferlent les grandes machines de la guerre, il faut résister à la caricature, il faut résister aux certitudes qui exaltent la haine, il faut résister aux doctrines qui affirment l’absolu, il faut perpétuellement chercher l’humain, en faire l’achèvement de toute quête et il faut espérer, tout simplement espérer, et peut-être demeurer d’un lieu qui est celui du contre-pouvoir, contre soi d’abord, le combat sans doute le plus exigeant, contre soi et les dérives de l’ego, ego qui désire la vanité et le paraître, ego qui nous inculque un sentiment de supériorité, ego qui nous enferme dans notre narcissisme et nous rend sourds aux autres, ego qui avance masqué, qui trouve toujours des alibis pour justifier ses triomphes et aussi contre-pouvoir contre la domination, sous toutes ses formes et elles sont multiples, ainsi on découvre que les victimes sont désormais les bourreaux, que les engrenages de la domination sont subtils et insidieux, elle ne cesse de se démultiplier, elle émerge en des espaces inattendues, elle répand toujours plus loin ses tentacules, s’immisce partout, elle agit en nous et contre nous mais nous demeurons aveugles, ainsi demeurer en ce lieu qui est celui du contre-pouvoir, exercice perpétuel de vigilance, savoir ainsi que n° 1, décembre 2012

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toute lumière, même la plus stupéfiante, est teintée d’ombres et il ne s’agit pas de dépouiller cette lumière de ses ombres, ainsi cultiver une dangereuse utopie, mais mieux appréhender ses ambiguïtés et les ambiguïtés en soi, demeurer ainsi en un lieu de contre-pouvoir contre soi, contre la domination car c’est sans doute un enjeu de vie contre les préalables de l’apocalypse.

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© Umar Timol

Né à l’île Maurice, Umar Timol est l’auteur de trois recueils de poésie, La Parole Testament, Sang et Vagabondages, édités aux Éditions l’Harmattan. Il a contribué à de nombreuses anthologies à Maurice et à l’étranger. Il a aussi écrit un scénario de BD, Les yeux des autres, qui a été publié dans l'ouvrage collectif, Visions d'Afrique ( l'Harmattan ). Il est un des membres fondateurs de la revue de poésie mauricienne Point Barre, une revue transversale et plurielle qui publie aussi bien des poètes mauriciens que des poètes provenant des quatre coins du monde. Il est titulaire d’une bourse du Centre National du Livre (CNL), qui lui a permis, dans le cadre d’une résidence d’auteur au Festival des Francophonies en Limousin, d’achever l’écriture de son premier roman, Journal de la vieille folle. Ce roman a été publié aux Éditions l'Harmattan dans la collection Lettres de l’Océan Indien. site web de l'auteur : http://umartimol.netfirms.com/ site web de Point Barre : http://pages.intnet.mu/ykadel/#P

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Lapartaz MARIE FLORA BENDAVID-NOURRICE

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Dan vant sa lannwit, dan trankilite mon lantouraz Mon donn mon laservel en bon lavaz E fini par en asanblaz bann mo lo en lardrwaz E avek led lankdesin, mon transkri mon mesaz, Lo en paz pour desin en zoli zimaz Pour fer en lapartaz dan vwazinaz Par pouvwar mon langaz Mon rod rode e esey donn sans mo ‘lapartaz’ En mo ki mark en balizaz Pour anpes en dekalaz Dan lavi en koup ki dan maryaz Oubyen dan en bon menaz Ou menm evit en konfli leritaz Lapartaz i osi san balizaz Sirtou kot leker in etablir son baz San tenir kont okenn transdaz Dan diferan laform, lapartaz I met lanfaz Lanmour, douler ek mizer i en staz Santiman lemosyon ek fardo E menm tourman ek traka en lot staz Zot demann en lapartaz Pour asir en bon voyaz Lo sa lanmer volaz Dan lapartaz Napa zizman, napa konsey Zis pret ou zorey e et atantif

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Lapartaz i listwar en metisaz Depi lepok lesklavaz Dan en konkibinaz Ant blan ek nwanr, lapartaz Ti annan en lot vizaz Me i ti annan son balizaz Son vre vizaz Ti blan dan makiyaz E blansisaz leker bann sarz Fer sanblan retir bann nwanr dan lanpayaz Ki ti fini dan en vre lanmaraz Malgre tou demaraz ek tou demarkaz Pour en pep kreol, sa ti en lankadraz Lo letazer dan en sipermarse napa lapartaz Me en leker alamen i vedir lapartaz © Marie Flora BenDavid-Nourrice (Out 2012)

Pour les notes bio-bibliographiques conférez p. 5.

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Partage MAGIE FAURE-VIDOT (VIJAY-KUMAR)

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Je prends ma bicyclette Et pars à mon école Vois une touterelle Battue par des enfants Ma mère était malade,je reviens à la maison en prenant l’oiseau caché dans mon sac J’ai menti à ma maîtresse d’école car je voulais prendre cas de mon oiseau Et dans une seringue j’ai partagé ma nourriture et suis repartie à l’école L’oiseau est mort avant que ma mère n’aille à la clinique deux jours après Mais je crois que j’ai bien fait And my mum cried over the bird cause she loved the bird too too much © Magie Faure-Vidot (Vijay-Kumar, juin 2012)

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Fin d’année Eh voilà l’approche de Noël Nous emmène ce Monsieur comme à un fil de miel “Pour bénir tous les martyrs” Que l’illusion attire L’amour est consacré Par tous les bras du destin Qui nous convie aux festins Les plus fins, les plus secrets Et à l’annonce de cette fin d’année Je fais appel à ceux aux esprits drogués Ne gâchez pas votre vie Ne chagrinez pas votre pays Inoubliable fête de Noël Ils ont conjuré l’univers Et moi, je vous offre mes plus beaux vers Qui transpercent sitôt mon Cœur Le quotidien est une notion importante À tel point elle est sans cesse changeante C’est au fond ce qui est lointain Qui nous pousse au lendemain © Magie Faure-Vidot (Vijay-Kumar, décembre 2008)

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Observation partagée J’étais dans la voiture quand je l’ai vu regarder en l’air vers un avion qui allait s’apposer et j’ai lu qu’il voulait partager sa jeunesse de jadis quand il était à l’armée mais il est agé, assez agé et il rêve du beau vieux temps en Égypte et ailleurs c’était avant-hier sur la route il allait vers l’église j’ai observé mon Père © Magie Faure-Vidot (Vijay-Kumar, octobre 2010)

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Magie Faure-Vidot est née à Mahé. Elle a fait de nombreux voyages (Italie, Liban, France, Grande Bretagne). Elle a fait ses études à l’Université de Hertfordshire. Elle est lauréate de plusieurs prix de concours poétiques internationaux dont la Coupe de la Ville de Paris (de Jacques Chirac), Lyre d'’honneur, plusieurs médailles de bronze et six médailles d’argent avec mention. Elle est directrice de publication de la revue seychelloise Sipay et présidente du Club Maupassant, lancé en juillet 2010. Magie Faure-Vidot a publié trois recueils de poèmes : Un grand cœur triste (Pensée Universelle, Paris, 1983), L’âme errante (Printec Press Holdings, Seychelles, 2003) et La flamme mystique (Yaw Enterprises, Seychelles, 2011). Elle a publié dans Carnavalesques, revue de découverte des écritures françaises contemporaines, (numéro 5 spécial : îles de l’'océan Indien, 2011), dans Espaces de paroles par l’UDIR (Réunion). Son œuvre est d’expression essentiellement francophone (elle écrit en anglais et en créole aussi). Elle a représenté à plusieurs reprises les îles des Seychelles à l’occasion de rencontres poétiques internationales : à la 8ème Biennale de Poésie, à Liège, en 1993, au 1er Festival interrégional à La Réunion, en 2003, à la Journée Internationale de la Poésie à Salazie. Elle est la co-fondatrice de la revue électronique « Vents Alizés » et de la maison d’édition électronique « Edisyon Losean Endyen », conçues pour assurer une diffusion et une accessibilité plus larges aux auteurs seychellois et indianocéaniens. Son dernier recueil, Rêves créoles a été publié en 2012 (Edisyon Losean Edyen).

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Partaz San Balizaz LINDA HOAREAU (SEYCHELLES)

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Sa premye zour Mon ti vin pir Pli pir ki pirwar Me dan mon memwar Mon ti war mwan Kouver e anvlope Avek lasaler e lanmour Ou’n partaz ou lekor, ou nanm Pou resevwar mwan Ou’n donn tou Ou partaz napa balizaz Sa mo napa ti pou ou A traver ou partaz Mon’n vin ou zeritye Dan tou mon sousi Mon’n marye lapartaz Mon’n pa afron Ni lanmertim Leker ouver lanmen tandi Dan tou moman I soulaze, karese e redrese Tape mwa ouver Kriye mon’n arive An doub an kat Mwa partaz mwan Si napa delo mon annan la kras Parey mon’n vini Parey mon pou ale © Linda Hoareau (2012) PARTAZ

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Mon’n ti ne an 1962. Mon sorti dan en fanmiy onz zanfan, 7 fiy e 4 garson. Mon paran pa ti de dimoun ki ti annan ledikasyon sivik komen, konn lir ek ekrir me zot ti posed lasazes dan tou laspe lavi sosyal e imen e sa in kiltiv dan mwan bann drwa lavi avek son responsabilite total. Malgre sa mank ledikasyon sivik dan kote paran, zot ti fer sir ki nou zanfan nou ti ganny sa ledikasyon e mon ti venker dan sa kote akoz mon ariv nivo pli o ledikasyon dan fanmiy. Mon ti lekol dan la kanpanny Lekol BaieLazare kot zot ti apel mwan “Linda Popiler” akoz mon ti en zanfan aktiv, kozant, determinen, briyan e zanmen per. Mon ti pran par dan tou aktivite lekol – koman sport, proze, prezantasyon, teat, lanmizik, resital poenm. Dan mon dernyen lannen primer P6 mon ti pran par dan en pyes teat tit “Théodore cherche des allumettes” tou ti an franse - ki mon ti akter prensipal “Théodore” e sa ti ganny organize lo en baz frankofoni, kot ziz e spektater ti enpresyonnen avek mobilite mon lekor, mon azilite, aksan, perseverans pou sa pyes ek ti dir en erdtan. Mon ti anmenn laviktwar pou mon lekol. Mon ti anmenn en lakoup dan sa domenn pou mon lekol ti n’apa en pli gran fyerte ki sa. Dan 2ienm lannen sekonder mon ti fer en legzanmen nasyonal kot mon ti santi mwan privilezye e ganny aksepte pou kontinyen mon letid dan enn nou meyer lekol “Sesel” sa lepok se ‘Regina Mundi Convent’. Pa bokou zanfan dan lanpanny i ganny sa sans sa lepok sa ti annan en lafyerte. Devlopman pov ti enpoz mwan bokou difikilte zistans, deplasman, adaptasyon, resours. Letan repo ti preske n’apa pou mwan. Mon ti anvi avanse ganny en ledikasyon ki demen mwa kapab kontribye e rekonpans mon fanmiy. Apre mon letid ‘Regina Mundi Convent’ mon ti al direk dan en lenstitisyon nasyonal ‘Lekol Sekretaryal’ pou ankadre mwan koman en sekreter ou dan ladministrasyon. Laz 19 an : Mon’n war mwan pe komans mon premye lannen travay koman en sekreter. Mon ti komans travay avek lekol Baie Lazare koman 1er sekreter, koman en lapresyasyon, apre avek Lapolis – Victoria, Imigrasyon, e ozordi mon pe travay avek “Konsey Resours Imen Nasyonal Seselwa’’. Laz 20 an : Group Kiltir distrik Baie Lazare ti’n ganny formen e mon ti’n vin aktiv ladan kot mon’n pranpar dan pyes teat, sante fer resers… Ti en letan emouvan e zwa de viv koman en zenn Seselwaz. Ti annan bokou po dekouver e degiste. Moman inoubliab: 1983 ( Moman kot santer parey Jean-Marc Volcy, Achille Luc e lezot in gout en pti pe sa lepok) Laz 21 an : Mon ti antre dan lavi matrimonial e al reste dan kapital Viktorya (La Ri Laloz) ganny premye zanfan (fiy) an 1983 e dezyenm zanfan (garson) an 1985. Laz 23 an : Sanzman rezidans - Viktorya pou Quincy Villaz (Zone Anse Etoile). Laz 30 an : En maryaz ki’n dir 9 annen. Dan lepok mon’n eksperyanse e eksperimante dan lavi koman en koup. Mon ti’n noye dan mon prop larm me malgre tou lesey premye fwa mon ti bezwen abandonnen n’apa lot swa. Mon ti bezwen kontinyen n° 1, décembre 2012

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larout mon tou sel ek mon de zanfan. Mon pa ti dezapwente, me soulaze e santi mwan pe respire ler fre… Pou mwan mon ti’n ganny plis bagaz ek leksperyans pou fer parkour semen lavi. Mon lib e mon pare pou fer fas avek demen. Laz 32 : Mon lans mwan dan politik, koman en mobilizater pou mon kominote Quincy-Villaz, manm komite lig madanm, manm trwazyenm az. Bokou mon letan mon ti partaz avek la kour avek kominote. Laz 40 an : Mon’n sibir en problem la santé grav e apre en loperasyon mon ti arete dan politik. 2002 – 2010 : Rekiperasyon lasante. Sa ti’n afekte mwan moralman e fizikman. Mon’n ariv obor lanmor me mon’n retournen e mon ankor la. Lavi pa fasil me nanryen pa paraliz mwan. Sa ki’n ariv mwan in fer mwan vin pli for e mon’n met li an aksyon atraver mon bann poenm. Donn mwan ou lanmen e ansanm nou a fer sa monn mye.

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Sharing is Caring VENIDA MARCEL

océan Indien - Seychelles

(SEYCHELLES)

Share with the ones who are in need This will be a good deed The love you share Shows that you care For someone less fortunate It is never too late To start Just let it come from your heart It is beyond compare When you open up and share For sharing is learning to trust This is a must Don’t give and take This is for your sake Share the same road It will lighten a heavy load Sharing is a blessing Sharing is caring

© Venida Marcel (2012)

Venida Marcel is a 31-year-old disabled young woman. She’s from Beau Vallon, Mahé, Seychelles. She is an artist and a poet. In 2009, she won 2nd prize in a poetry competition with a poem entitled ‘A Tame Cat’ for ‘Animal Week’. In December 2009, she had an exhibition with 30 paintings and 9 poems. In July 2010, she attended a conference of the UN Convention on the Rights of Persons with Disabilities.

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The Plea of Sharing MARIE-NEIGE PHILOË

(SEYCHELLES)

océan Indien - Seychelles

The glow in your eyes Can’t be lost forever As your tender hand Portrait the kindness in your heart Once upon a time Sharing was surviving All in abundance In harmony with the universe All for the same goal Nothing else matters Do they still remember? How easy and great it was In the eyes of the lord Practicing this noble task Long gone those lights Running so fast Losing the track Breaking the moment We used to share Once upon a time Nothing is impossible The song is still playing We can dance slowly Flying with the tune, holding never let go Sharing, caring as ever was before time © Marie-Neige Philoë (2012) PARTAZ

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

Marie-Neige Philoë loves roses as they make her happy and she consideres them as a source of poetic inspiration. She publishes regularly in Creole and English in the Seychellois literary review Sipay.

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Œuvres choisies MAURICIO CARLOS

Mauricio Carlos - Mexique

(MEXIQUE)

Biography

Mauricio Carlos holds BA in Visual Arts from Escuela Nacional de Artes Plásticas UNAM in Mexico City. He is currently coursing the MA degree of Produccions Artístiques i Recerca at the Universitat de Barcelona, Spain. In 2010, was awarded by the Fondo Nacional para la Cultura y las Artes FONCA and the Secretaría de Cultura de la Presidencia de la Nación Argentina to develop an artist residency in Buenos Aires. He is currently working on an art project which combines the electronic media with traditional media to protest against the entrenched cultural values; against consumerism, against overproduction and against capitalist economic system.

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Mauricio Carlos - Mexique

Š Mauricio Carlos Ephemerals, 2006

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Mauricio Carlos - Mexique

Š Mauricio Carlos

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Mauricio Carlos - Mexique

Š Mauricio Carlos

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Mauricio Carlos - Mexique

Š Mauricio Carlos Gifts for the DDF, 2008 Concrete blocks, 9 pieces

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Caraïbe et Amériques CANADA The Advent Joseph and Mary watch Jesus

Augustine Towey

p. 47. p. 48.

Cris noirs Au temps où l’eau tend Conjugaison

Junior Borgella

p. 49. p. 50. p. 51.

Plasman En chair et en os

Anderson Dovilas

p. 55. p. 56.

Le vieux nègre dans le temple

Jean-Claude Icart

p. 59-66.

Direction Interculturel

Jean-Robert Léonidas

p. 67. p. 68.

Afrique dans mon testament

Samson Jean Erian Ludhovick

p. 71-74.

Mon Intifada Delirium Carrefour Sculpture

Nicole Cage-Florentiny

p. 75. p. 76. p. 78. p. 79-80.

Poèmes de l’entre-deux

José Le Moigne

p. 83-88.

HAÏTI

MARTINIQUE

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The Advent AUGUSTINE TOWEY †

(ÉTATS-UNIS − CANADA)

I have prepared for your coming what I can prepare. I’ve cleared my desk of business and my heart Is empty. Tests are graded and whatever part Of me possible stands ready as if on a stair.

Amériques - Canada

I will come down to greet you at the door. Until then I’ve balanced budgets and my gifts Are unwrapped. I’ve tried to settle any rifts I know of. I’ll hear you on the porch’s broken floor. I’ve shoveled the walk of snow till it is bare, And if no other storms occur I should Be safe. A single deer at the edge of the wood Stomps and stares. Nights have been colder, but days fair. I’ve set aside what might encumber your stay. My calendar is free of lunches, meetings. There is none left to whom I must send greetings. Dearest, all that remains is that you find your way. © Augustine Towey

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

Joseph and Mary watch Jesus make the sunrise, the sunset, and the moon rise It was a small slip of beach, early in morning, which Mary and Joseph walked out on. Expecting no one, but there was, however, Jesus at water’s edge. he was looking out at the horizon. They wanted to surprise him, So, they didn’t make a sound. He raised his right hand almost as high as his head, and then he let it down slowly, immediately after – and as his hand came down, the sun rose far in the horizon, they fell to their knees. It was then that Joseph also knew that Jesus was a god. Joseph stayed all day and watched Jesus pull the sun down slowly into the water, and then shortly after with his other hand Jesus pulled up the moon - bright, clean. Nearly luminous. The next morning, they hoped to find him again. He was not there, but the sun came up, and later so did the moon. © Augustine Towey

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Cris noirs JUNIOR BORGELLA (HAÏTI)

Je t’ai cherché au bord du cahot Comme une vague errante Dans l’aventure des vents aveugles

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Ma faim n’était pas folle de toi Mais elle voulait déguster la stridence De ton amour dans la chair enivrante Des phrases hybrides Quand il traverse sans détours Les drames de premiers jours Ma solitude partageait ma faim avec moi Tantôt elle jugulait Tantôt elle exposait Sa fureur au pied de la nuit ivre Tantôt elle ouvrait ses yeux crispés D’étoiles mortuaires Pour m’étrangler au linceul des jours maudits Toi, ou les lieux défendus Cachés sous ta jupe Pouvait en la nuit recroquevillée Apporter des fruits de saisons fortes Éructer des morcellements d’espoirs Traquer mes déboires Pourquoi te cloître-t-on dans l’utérus de la matière? Pourquoi la vie a ton odeur quand les mots ont la couleur de l’aurore? … si on éventre ton nom La terre sera le coït des grands cris noirs Si la douleur t’infante La nuit n’aura pas de sommeil Si l’instant a rendu ton âme au ciel La poésie sera l’osier des cœurs mélancoliques. © Junior Borgella PARTAZ

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| Revue Vents Alizés

Au temps où l’eau tend À Mouammar Kadhafi et au peuple libyen

Ils continuent à chercher Le monde tremble, les jours pleurent Nos enfants meurent Nos enfants meurent en riant Nos enfants meurent en dansant Dans les villes, dans les campagnes, dans les rues Ils meurent en cavale Ils meurent à l’impromptu Ils meurent sans accent Nos enfants meurent La vie est rouge La vie a le gout âcre Des bonheurs carbonisés Ils continuent à chercher Sous nos maisons écartelées Dans nos grottes en mal d’espoirs Dans nos mornes à visage déchiqueté Dans nos mers saturées De cadavres frais Et de déchets nucléaires Ils continuent à chercher Sans syntaxe Sans calcul à triste Ils arrosent nos terres assoiffées Du sang de nos frères Des larmes de nos rêves

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Ils continuent à chercher La paix Ils cherchent la paix en apeurant La paix en alphabet La paix en P La paix en trop La paix en leu Parce que la paix est noire.

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© Junior Borgella

Conjugaison Je conjugue l’histoire De ma ville Au mode des pronoms hermaphrodites Pour broyer l’élan Des mœurs posthumes Chassant le moi Par les métamorphoses Des paysages en mal d’aimer. Je marche pieds nus Sur les lampadaires de ton visage Pour essuyer les heures de fiel brûlé Qui se cache dans mes journées La douleur en épigramme S’assied sur les traces incrédules De tes veines chauffées à blanc Dans la métamorphose des trottoirs En marre-chez public Le vent en poussière Fait les cent pas pour obstruer L’œil gauche des passants Passe-partout PARTAZ

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| Revue Vents Alizés

Allumant les deux œufs de l’être Comme un soleil en cavale Au dos de la Selle Assiégeant les chutes nu-clé-hier Au matin des demains à revivre J’épluche le silence clitoridien Des bordels mammaires Pour arracher les flaques de sang En épître lune-air Mais ma voix se lasse de la lueur De lampe qui surveille Les faux pas de l’aube Aux quatre quart-fours Du non-retour Je vois ma ville en striptease Danse en transe Dans les bureaux bord-ailles De Wall Streets La rue des honneurs prostitués Là où la vie est cotée à la seconde. Je suis poète Quand JE ne suit pas poète Je suis poète de poème amère Comme la foi qu’on trinque Sur les autels en sang grillé Sanglier qui viole l’âme De mon peuple Peuple ruminant aveuglé Par la misère sordide Rutilant sans monologue de vagin À la porte de nos villes bidon Dans mon poème la misère Ne s’habille pas Elle défile avec ses seins pointus À la saveur de douce macosse Ses fesses en pleine lune Sur les places publiques Devant le palais président-ciel prostitué Répertoire des odes à la mort. © Junior Borgella n° 1, décembre 2012

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Junior Borgella, écrivain/poète né le 12 janvier 1986, membre de l'atelier de création Marcel Gilbert de la Bibliothèque Justin Lhérisson, membre de la Société des Poètes Créolophones et du Cercle Max Dominique. Il travaille actuellement sur deux recueils de poésie: Cris d'un regard cru et Sang relâché.

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Š Mauricio Carlos Cinta | Tape, 2009 Installation

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Plasman ANDERSON DOVILAS

Caraïbe - Haïti

(HAÏTI)

Je w cheri Se yon devinèt Tou blan K’ap glise Sou wòch galèt Yon rivyè klè Moun benyen Bliye po Pase pranm Ma pase chache w Nou tou lè de Se kwazman de powèm Menm fòs

© Anderson Dovilas

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En chair et en os À la manière de mon peuple Je prends l’habitude D’aider ce monde Et de rester anonyme À la manière des sans-bras Je prends l’habitude De briser des chaînes Et de rester enchaîné Aujourd’hui je vis la trahison De la machine humanitaire Et j’ai vu les jours indécents D’un pays qui geint Dans son passé Je ne veux plus écrire Les mêmes passages Les mêmes blessures Connues de tous Je ne veux plus aligner Les mêmes moments Les mêmes événements Les mêmes colloques De thèmes anathèmes Ainsi, Je porte mon prénom Pour les marrons Et pour les exilés du Sahara Je porte aussi mes sens Pour le patois des pays Cernés par la mer Et pour les mésolectes Du nouveau monde J’ai le sang qui tressaille

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Au nom des villages Où les semences ne veulent plus grandir Pour les victimes Combien nombreuses Des maladies destinées Aux pays pauvres… Je liquide ma peau Je bicolore mes titres Quel est ce morceau d’errance Qui sable l’automne dans ma mémoire Quel est ce vent d’ombre déchiré Qui francophonise l’Afrique Qui Cholératise Haïti.

Caraïbe - Haïti

© Anderson Dovilas

Né à Port-au-Prince (Haïti), le 2 juillet 1985, Anderson Dovilas a publié en France, au Canada, et aux États-Unis. Il a fait des études linguistiques à l'Université d'État d'Haïti, et a aussi fréquenté la Faculté d'Ethnologie. Il est poète mais aussi auteur dramatique et comédien, organisateur, au sein d'une association d'étudiants, de spectacles de rue à travers son pays meurtri, dans un but éducatif et social. Maniant un langage poétique fait de ruptures de plans, d'images disparates, de glissades ludiques, de trouvailles provocatrices, le poète jongle en fait au-dessus d'un abîme bouillonnant de lave : c'est le sang de son peuple qui s'élève soudainement au détour des vers, tel une lame de fond, rasante et bouleversante, projetée par un océan en feu. Son programme littéraire est étroitement lié à un projet de société. © Janis Wilkins

Dana Shishmania

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Mauricio Carlos - Mexique

Š Mauricio Carlos Vinyl Albums, 2010 Installation, 30 pieces

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Le vieux nègre dans le temple JEAN-CLAUDE ICART

(HAÏTI - QUÉBEC)

À la mémoire de Gwo Jo Alexis C’est un grand édifice éclectique en haut d’une colline dédiée à la sainte patronne de la ville la plus importante au pays du Petit caporal. En forme de croix grecque, il est chapeauté par une coupole surmontée d’une tourelle qui l’éclaire par le haut. Sur le fronton, on peut lire cette légende : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Il s’y passait depuis quelque temps des choses bizarres. Parmi les

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nombreux étudiants qui fréquentent le quartier, certains disaient avoir remarqué que, tard dans la nuit, des guirlandes de couleur semblaient envelopper les imposantes colonnes qui en font le tour. D’autres prétendaient avoir entrevu à travers les fenêtres du sous-sol une lueur sombre qui sourdait après le coup de minuit, comme si on aurait allumé un grand feu dans la crypte.

Quel crédit accorder à ces divagations d’universitaires surmenés, connus pour leurs tours pendables, réputés pour leurs élucubrations sur le sexe des anges, célèbres pour leurs conjectures farfelues au point d’en perdre leur latin? Les examens de fin d’année approchaient et ils avaient probablement décompressé à l’aide de généreuses tournées de vins mauvais. Par le passé, certains avaient déjà vu le roi Philippe Auguste revenir des croisades à la tête de sa troupe de chevaliers et d’autres, des sorcières se poursuivant sur des balais dernier cri. Les gardiens de l’édifice, qui n’avaient rien remarqué, recommandèrent quand même à la direction de l’établissement d’aviser le commissaire de police du quartier, question de se couvrir au cas où ces petites fumées signaleraient un véritable feu.

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Nouveau à ce poste, le commissaire tenait à éviter tout faux-pas. Il avait vu cette affectation comme un test, peut-être déterminant pour son avenir. Il estima qu’il était préférable d’agir, même si toute cette histoire lui paraissait peu crédible. Il convenait de recueillir les témoignages avec soin, de promettre de s’occuper de cette affaire, et d’essayer de mettre une sourdine aux racontars.

La rumeur était née autour de l’équinoxe de printemps et elle continuait son chemin, indifférente à la dérision. Un élément nouveau vint même la renforcer. Des passants disaient avoir ressenti au cours de certaines nuits d’étranges vibrations saccadées marquant un rythme lancinant. Puis des personnes de toutes conditions se mirent certains soirs à danser devant le grand édifice, sans qu’on puisse comprendre quelle mouche les piquait. Elles s’arrêtaient brusquement, comme si elles entendaient des voix ou une musique. Elles se tournaient vers les grandes colonnes qu’elles saluaient d’une révérence puis, arrangeaient leurs vêtements comme pour se déguiser. On avait alors l’impression que chacun incarnait un personnage s’exprimant par le corps plutôt que par la parole et que chaque mouvement était une invocation. Ces danseurs improvisés

devenaient

capables

d’exécuter

avec

élégance

des

figures

de

chorégraphies vraiment sophistiquées. Ils pouvaient tourbillonner, agiter leurs épaules avec frénésie, donner des impulsions équivoques à leurs bas-ventres, secouer leurs membres dans tous les sens, frétiller, se mettre à trembler et se déchaîner, comme agités par des exhalaisons magnétiques. Des danses sauvages et saccadées, des danses sinueuses et langoureuses, des danses qui semblaient venir du fond des âges et faisaient vibrer leurs corps sans aucune retenue. Quand ils s’arrêtaient, épuisés, ils ne se souvenaient de rien et étaient incapables de fournir la moindre explication sur l’étrange rituel.

Plus inquiétant encore, ces curieuses manifestations affectaient le commun des mortels, des pères et mères de familles tout à fait ordinaires, peu portés sur le pelletage de nuages. Cela devenait sérieux. Le commissaire de police comprit que le temps d’agir était arrivé. Il fit rapport à ses supérieurs et prit des dispositions pour n° 1, décembre 2012

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circonscrire le phénomène. Il commença par limiter l’accès des abords de l’édifice à la tombée de la nuit et renforça les patrouilles dans le secteur. Il fit intensifier l’éclairage du bâtiment de manière à estomper les illusions d’optique qui pouvaient suggérer un quelconque feu intérieur ou des coloris sur les colonnes.

Mais la rumeur était encore là, tenace et obstinée. Des personnes continuaient à venir le soir ; elles restaient calmement derrière les barrières et regardaient en silence l’édifice brillant de ses mille feux. On ne saurait dire si elles apercevaient encore des spirales de couleur ou les reflets des flammes d’un quelconque feu intérieur mais certaines se mettaient parfois à danser. Les policiers les emmenaient alors discrètement, pour ébriété sur la voie publique. Les autres les regardaient

Caraïbe - Haïti

tranquillement, sans essayer de s’interposer, sachant qu’elles seraient bien vite relâchées, faute de preuves.

Cela n’en devenait que plus inquiétant. Ces gens étaient trop sages. On leur disait de partir et ils partaient. Ils revenaient tranquillement ou se regroupaient un peu plus loin, fixant le bâtiment, comme hypnotisés. Ils ne buvaient pas, ne criaient pas, ne faisaient pas de tapage, ne salissaient pas la chaussée. Ils étaient là sans rien revendiquer. Ils se contentaient d’être présents et de regarder. Cela devenait intolérable et ne pouvait pas durer. Il fallait attaquer le problème à la source.

Le commissaire et le responsable de l’édifice réunirent un groupe consultatif formé de spécialistes de différentes disciplines. Ils se retrouvèrent devant un assemblage hétéroclite d’egos surdimensionnés mais l’hypothèse avancée par la psychologue fut finalement retenue : on était devant un cas d’hystérie collective provoquée par les agissements d’une secte encore inconnue qui voulait frapper l’imagination du public par une action d’éclat. Dans la conjoncture économique difficile que l’on traversait, ces faux prophètes profitaient du désarroi des gens pour exacerber leurs

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angoisses au point de provoquer chez un certain nombre d’entre elles des expressions psychosomatiques à l’aide de stimuli visuels et sonores.

Cette piste ne mena à rien. Or, il fallait absolument trouver. C’était encore l’été. On était en plein mois d’août mais quand les étudiants reviendraient, la situation pourrait dégénérer rapidement. Il fallait pousser plus loin les recherches. Le physicien proposa d’attendre la prochaine lune nouvelle pour tenter une expérience vu que c’est à cette époque que les manifestations semblaient plus fréquentes selon les rapports. Ce serait dans la nuit du 22 au 23 août. La pluie d’étoiles filantes des Perséides provoquée par la traînée de la comète Swift-Tuttle atteindrait alors son maximum, mais la lune et la pollution lumineuse les empêcheraient de toutes façons d’admirer ce phénomène.

Le moment venu, on éteignit les projecteurs qui éclairaient l’édifice et ce fut une véritable féerie. Des couleuvres de lumière de toutes les couleurs s’enroulaient et se poursuivaient autour des colonnes majestueuses du bâtiment et on distinguait la lueur assurée d’une flambée provenant de l’intérieur même de l’édifice. Il fallut se rendre à l’évidence : il se passait des choses bizarres dans cet immeuble. On ralluma bien vite les projecteurs.

Le groupe se dirigea vers l’intérieur. Il emprunta l’imposant escalier qui conduit à la chapelle souterraine, plutôt spacieuse mais relativement vide. La lueur était là, discrète mais bien nette. Le foyer était situé devant une plaque proche du caveau XXVI, sur laquelle on pouvait lire l’inscription suivante : « À la mémoire de Toussaint Louverture : Combattant de la liberté, artisan de l’abolition de l’esclavage, héros haïtien mort déporté au Fort-de-Joux en 1803 ».

L’anthropologue intervint immédiatement. Il demanda de faire appel au doyen des fonctionnaires du Ministère de la Marine, le mage Médéric Louis Élie. Personne n’en avait jamais entendu parler mais il insista tellement que le commissaire finit par en n° 1, décembre 2012

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référer à ses supérieurs. Une heure plus tard, le groupe reçut la visite d’un juge qui les assermenta car l’existence du mage était un des secrets les mieux gardés.

Quand survinrent ces événements, Médéric Louis Élie était âgé de plus de deux siècles et demi. Il avait vécu en Haïti mais était un sang-mêlé né à la Martinique. Il avait « passé la ligne » en confortant les principales préoccupations des colons, la nécessité du maintien de l’esclavage et de la discrimination raciale. Protégé de Talleyrand et de l’Impératrice Joséphine, il occupait depuis 1816 un petit bureau au troisième sous-sol d’un élégant immeuble de la Place de la Concorde, l’Hôtel de la Marine. Un de ces curieux retours de l’Histoire car il avait fait partie des émeutiers qui avaient attaqué ce bâtiment pour s’emparer des armes qu’il

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contenait, au matin du 13 juillet 1789. Il ne s’occupait que du dossier d’Haïti, qu’il appelait encore Saint-Domingue. Il était considéré comme un des meilleurs spécialistes de ce coin de terre et son œuvre encyclopédique était réputée incontournable pour l’étude de ce pays. Il avait décidé qu’il ne mourrait pas avant d’avoir assouvi sa revanche d’outre-tombe sur le vieux nègre dont le nom figurait sur cette plaque. Ce dernier avait gagné la première manche de façon posthume quand Haïti conquit son indépendance en 1804 mais il n’avait pas dit son dernier mot. Il poursuivait la lutte par tous les moyens nécessaires. Il avait remporté de nombreuses batailles mais n’arrivait toujours pas à gagner la guerre !

Il avait décidé récemment de changer son approche. Il enfermerait l’esprit du vieux nègre pour l’anéantir définitivement. Il l’envelopperait du linceul de sa sollicitude et l’ensevelirait sous un monceau d’honneurs. Il le réduirait aux yeux de ses descendants à un rôle d’auxiliaire dans la grande histoire qu’il écrivait depuis plus de deux siècles et sa victoire serait alors éternelle. Il rendit accessible à quelques chercheurs son immense collection de documents conservée au ministère de la Marine (il disait encore « Ministère de la Marine et des Colonies ») et inspira PARTAZ

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plusieurs ouvrages qui montraient sous un jour nouveau son adversaire séculaire. Puis, il fit entrer le vieux nègre dans le grand temple mais la plaque n’était qu’une étape. Il projetait d’y faire transférer sa dépouille et avait planifié une impressionnante cérémonie pour l’occasion. Un seul problème pouvait sembler de taille : il n’y avait pas de dépouille !

Ce détail ne pourrait cependant pas faire

échouer son projet.

Le vieux nègre avait été inhumé dans la cour de sa prison. Par la suite, ses restes avaient été mêlés à la terre utilisée comme remblai à l’occasion de travaux dans le fort. Or, il faut au moins une partie du corps pour recevoir les grands honneurs. Cependant, la vérité est ce que les experts déclarent être vrai! Et il avait les moyens de convaincre quelques experts du service inestimable qu’ils rendraient à l’Empire, en certifiant que des fragments d’os extraits du site provenaient bien de la dépouille du vieux nègre. L’État saurait reconnaître et apprécier leur contribution. Au pis-aller, toute règle comporte des exceptions qui ne font que la confirmer. Et il avait l’autorité voulue pour décider quel cas pouvait être une exception dans cette situation. Le mage, qui ne subissait plus les effets de l’âge depuis 1816, arriva peu après, vêtu comme toujours à la mode Empire, redingote noire avec revers en pointe, cravate blanche et escarpins à boucle. Il rejoignit le groupe dans la crypte et salua chacun d’entre eux. Quand il s’approcha de la plaque, la lueur sembla devenir plus intense. C’était comme si le vieux nègre l’avait reconnu et le fixait d’un regard soutenu. Il recula en tremblant un peu. Il se rappela de cette autre nuit du 22 au 23 août, en1791, au cours de laquelle les esclaves de Saint-Domingue se révoltèrent. Il crut discerner dans cette crypte la lueur de leurs torches dans les champs de canne à sucre de la Plaine du Nord. Il prit l’anthropologue par le bras et invita le groupe à remonter au niveau supérieur.

Ils traversèrent la grande salle avec ses colonnes doriques et remontèrent le majestueux escalier. Le mage réfléchissait à toute vitesse durant le parcours. Une de ses erreurs avait sans doute été de placer la plaque du vieux nègre pas loin de celles n° 1, décembre 2012

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d’autres figures de la lutte contre l’esclavage, comme Delgrès, le héros guadeloupéen. Il eut été préférable de l’isoler pour l’affaiblir… Quand le groupe s’arrêta près du centre de la nef, le mage se mit à parler doucement. Il leur exposa rapidement sa mission sur terre. Il leur expliqua que le vieux nègre avait transformé l’édifice en temple vaudou. Il avait convoqué le panthéon des divinités de l’Afrique et de la Caraïbe et elles étaient toutes venues le protéger. Les grandes colonnes étaient devenues autant de chemins permettant aux esprits de pénétrer dans le monde des vivants.

Il lui fallait gagner du temps pour apaiser cet esprit rebelle et le surprendre une fois

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qu’il aurait baissé un peu sa garde. Il envisageait quelques concessions et gestes symboliques forts, tout en renforçant la collaboration avec ses alliés, à l’intérieur comme à l’extérieur de Saint-Domingue. Dans un mois, ce serait l’équinoxe d’automne, le moment de l’année où les ténèbres peuvent triompher sur la lumière. Ce 22 septembre, il convoquerait une assemblée de grands druides auprès de laquelle ses maîtres à penser l’avaient introduit deux siècles plus tôt. Les grandes colonnes de l’édifice pourraient alors devenir des pierres sacrées capables de contenir un moment les génies protecteurs du vieux nègre, juste le temps de régler définitivement cette affaire. Il pourrait ensuite mourir en paix, son devoir accompli. Tandis qu’il exposait son plan, le groupe commença à ressentir d’étranges vibrations. Très subtiles au début, elles se précisaient et gagnaient en intensité au point où le mage put distinguer nettement le rythme d’une chanson du pays de son adversaire de toujours, dont le titre, « La vie du vieux nègre », l’avait intrigué. Les vibrations semblaient reprendre en cadence, un passage qui disait : « Le vieux nègre ne traverse pas la vie sur des semelles cousinées. Il ne faut pas blâmer les damnés de la terre si celle-ci est ronde ».

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Un policier avisa le commissaire par radio que dehors, les danseurs étaient si nombreux qu’il était impossible de les emmener tous. Des touristes s’étaient mis de la partie, pensant que cette atmosphère d’allégresse relevait de quelque sympathique rituel local du milieu de l’été. Le rythme s’accentua et même des gardiens se mirent à danser à l’intérieur de l’édifice. Le mage leva les yeux comme pour implorer le ciel. Il s’aperçut alors avec stupeur que le pendule géant qui servait à prouver la rotondité de la terre, ainsi que sa rotation sur elle même, s’était détaché. Ils’était mis à osciller en marquant la cadence de la chanson. C’était donc ça le hochet sacré qu’utilisait le vieux nègre pour ses invocations !

Le mage comprit qu’il ne pourrait jamais disposer d’un mois et qu’il lui fallait trouver une solution radicale cette nuit même. Alors, le long câble d’acier accroché à la voûte se rompit et la lourde sphère qu’il retenait se dirigea droit sur le groupe qui se dispersa rapidement. Médéric Louis Élie resta figé, comme cloué sur place. Seul l’anthropologue l’entendit murmurer : « Trop tard » ! © Jean-Claude Icart

Sociologue de formation, Jean-Claude Icart a longtemps œuvré dans l’action communautaire, la recherche universitaire et la la formation des adultes. Ses principales publications portent sur les questions d’immigration et de refuge, les relations interculturelles et le racisme. Originaire d’Haïti, il vit au Québec.

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Direction JEAN-ROBERT LÉONIDAS (HAÏTI)

je te poursuis le long des jours dans les quartiers de tes épices sur les sentiers de ta fragrance dans les couloirs de l’espérance jusqu’au tréfonds de tes grands yeux la mer montante de ton sang

Caraïbe - Haïti

dans le roulis bouleversant qui tripatouille tes pensées tes émotions désenchantées dans l’accent aigu des aveux le désaccord de tes vœux pieux dans la luette de ta flûte je cherche une voie à mon âme une direction à ma vie une cheftaine à ma tribu toi géographe de mes heurs gaiement tu défais les agrafes me laissant parcourir des arpents d’univers l’orient est à ma droite et l’ouest je ne sais où tu me montres le centre m’invite à pénétrer la demeure des oints cependant que ta voix bouscule mon humeur en vibrant tremolo sur un registre doux de mezzo-soprano ton regard ambré invente des visions ajoute des ganses au luisant des bosquets au plumage des geais femme de la Source pleine de ressources ta carte du monde me fait changer de camp me donne de l’aplomb PARTAZ

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dans ton souffle une hormone m’appelle intensément comme une fleur crevette la danse de l’abeille et je n’ai plus besoin de gauche ni de droite de ces repères manqués sur des routes biaisées © Jean-Robert Léonidas Parfum de Bergamote, Montréal 2007

Interculturel La marée montante de l’absurde nous est arrivée jusqu’ici, à la porte de l’avalanche. Ceux qui nous y ont précédés nous ont légués des boissons aux parfums divers, concoctées de leur sueur ou de leur inertie. C’est selon. Leurs vins blanc, rouge ou brun se sont mélangés en amont de nos eaux. Nous nous baignons dans des fleuves saumâtres et braques, nourris de maints affluents et de plusieurs névroses. Des noms polychromes sonnent fort dans nos maisons et l’onomastique qui étudie nos parentèles est pire qu’une tour de Babel mêlant à son lexique des dénominations polyphones plus sonores encore et qui font de multiples échos dans nos savanes désolées. Nous mangeons notre cassave trempée dans l’huile d’olive. Les vins de canne, d’orange ou de raisin coulent dans nos veines, et d’autres breuvages plus forts encore zigzaguent entre nos gènes quand nous nous enivrons des chansons du lointain. Nous avons une région dans les hanches et tout un continent dans l’âme car nous ne trébuchons jamais à danser le rythme Congo et la danse Ibo quand la voix du mambo rajeuni de tafia chante des pièces-racine, quand le tambour transmet à notre bas-ventre la tragique épilepsie des doigts du batteur sacré. Ce qui nous chavire, c’est votre sublime entrée dans la danse depuis la fraîcheur de votre climat jusqu’à la chaleur de notre bouillabaisse. C’est l’harmonie imitative de vos déhanchements, votre franche initiation à la sainte cène des damnés de la mer. C’est votre décision de vous acheter des pantoufles de pite qui vous retiennent au terroir. Nous sommes un sacré mélange qui cherche un impossible endroit pour perdurer, car les lieux de l’être et du vivre sont à jamais des folies instables. Cultures, je vous aime. © Jean-Robert Léonidas Rythmique Incandescente, Paris 2011

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Né à Jérémie, Haïti, Jean-Robert Léonidas a exercé sa profession d’endocrinologue aux USA. Il abandonne les États-Unis pour se consacrer à ses premières amours, la littérature et l’écriture. Désormais, il passe le meilleur de son temps dans sa ville natale. Sans compter les multiples articles d’ordre culturel parus dans l’hebdomadaire HaïtiProgrès (New York) ou sur le site littéraire du Nouvel Observateur (France), il est l’auteur de plusieurs ouvrages littéraires : À Chacun son Big-bang. Roman. Zellige, Léchelle, 2012. Rythmique incandescente. Poésie. Arpents Riveneuve, Paris 2011. Ce qui me reste d’Haïti : fragments et regards. Essai. Cidihca, Montréal 2010.

Caraïbe - Haïti

Rêver d’Haïti en Couleurs. Colorful Dreams of Haiti. Beaux-arts (Photos : F. Michaud. Textes : Jean-Robert Léonidas), Cidihca, Montréal 2009. Parfum de Bergamote. Poésie. Cidihca, Montréal, 2007. Les Campêches de Versailles. Roman. Cidihca, Montréal, 2005. Prétendus créolismes. Le couteau dans l’igname. Essai. Cidihca, Montréal, 1995. Sérénade pour un pays ou la génération du silence. Essai. Cidihca, Montréal, 1992.

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Mauricio Carlos - Mexique

Š Mauricio Carlos Ephemerals, 2006 Sculpture, 9 pieces

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Afrique dans mon testament (EXTRAITS)

SAMSON JEAN ERIAN LUDHOVICK (HAÏTI)

Je suis poète Et ténèbre soit ma demeure

Caraïbe - Haïti

Je tue chaque étincelle Crevant mes yeux Brouillant mes pas mes vers Je suis poète Et la nuit est la savane de mes accents Pour dire la funeste harmonie dans mes délires Où je dors toute une éternité © Samson Jean Erian Ludhovick

Dans ma poche Quelques pièces pour payer mon passage à l’enfer Dans mes mains La vie pour partager avec damnés Et mon cœur Stigmatisé pour la vie © Samson Jean Erian Ludhovick

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Je me réveille en sursaut Comme dans un rêve Où les nuits n’ont qu’une couleur Je me réveille en attrapant une poussière d’étoile Pour t’offrir mon amour en abondance © Samson Jean Erian Ludhovick

Je grave sur la pierre brute de mon testament L’amour de la poésie À la nouvelle génération Que de beaux jours dans vos larmes Qu’une poésie saine Comme le matin se réveillant sur la mer Mille couleurs Mille mots À la nouvelle génération Que chaque vers soit une bénédiction Néanmoins La joie d’écrire pour toute une génération © Samson Jean Erian Ludhovick

Je viens de prendre le cap J’ai levé l’ancre pour l’Afrique Du Saint-Marc à Congo De Jacmel à Tripoli C’est ainsi qu’on écrit l’Afrique dans nos veines La mer pour encre © Samson Jean Erian Ludhovick

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Je ne connais pas mon père J’allais pas à pas Réveiller dans ma mémoire De vieux souvenirs Des dattes effacées Des mœurs qu’on partageait en tap-tap Et une fois quitter la ville Je l’ai oubliée déjà pour quelques centimes

Caraïbe - Haïti

Plusieurs dames Des marchandes Des mères Ne se souviendraient pas de lui Mon père Je jure sur ma plume Que je l’ai vu une fois Mais aucun souvenir ne m’est familier © Samson Jean Erian Ludhovick

Je n’ai dans ma tête qu’une querelle d’histoires d’amour Prises au littoral des rivières grises Grise comme une douce sensation d’écrire au beau petit matin Dans ma tête je n’ai plus d’amour en corps Mais en histoire Pour nourrir mes pauvres jours Une querelle d’alphabets Que j’apprenne à lire à l’avenir Pour que d’autres histoires naissent Pourtant Je n’ai plus dans ma tête des histoires anciennes Car belle soit la vie belle soit l’amour © Samson Jean Erian Ludhovick PARTAZ

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Samson Jean Erian (Ludhovick) est né au CapHaïtien le 25 juin 1989. Il a bouclé ses études classiques au Petit Séminaire Collège Saint Martial en 2008. Il étudie actuellement les sciences administratives à la Faculté de droit des Gonaïves. Jeune poète livré dans la cause de la culture haïtienne, il est le président du Réseau Culture Haïtienne pour l’Intégration de la Jeunesse (RCHIJ), membre de l’atelier Marcel Gilbert de la Bibliothèque Justin Lhérisson et membre du Comité directeur de la Société des Poètes Créolophones. Il travaille actuellement sur son premier recueil en français « Echo du Verso ».

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Mon Intifada NICOLE CAGE-FLORENTINY

Caraïbe - Martinique

(MARTINIQUE)

Impuissante et vaine Sans armes et sans armée En larmes mais obstinée Têtue volontaire décidée préparée motivée possédée inspirée Oui Sans autre arme que ma vaine parole J’irai oui Et à genoux Marcher sur les cendres chaudes de Bassora Lécher le sang qui souille les rues De Jérusalem et de Gaza Mêler ma chair éclatée Aux lambeaux de vie sacrifiée De ma tendre Beyrouth : Mon Intifada !

Arbalète tendue Mes mots pierres dérisoires Exploseront contre l’arrogance des murs de la honte Des impudiques frontières Je fracasserai les portes de la prison Où s’épancha ta vie Dans l’agonie de la liberté empêchée retenue détenue Insoumise toujours ! Et à la vie qui t’a tant éprouvé déchiré disséqué éparpillé malmené exilé J’opposerai La vertu de mon verbe L’incandescence de l’Utopie Mon Intifada ! PARTAZ

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In Anto

Mêler ma chair éclatée Aux lambeaux de vie sacrifiée De ma tendre Beyrouth : Mon Intifada ! © Nicole Cage-Florentiny

Delirium Mes mains se referment sur le vide À n’étreindre que le vent Et ma propre folie Mon corps en vain se tend À n’espérer que toi - Est-ce là ce qu’on appelle désir ? La nuit est l’écho d’un cri Qui se noie en lui-même L’enfer n’est pas fournaise La mort c’est quand mes os Grelottent de froid Et mon corps disloqué Cherche Une terre humide Qui l’accueille Ma main cherche à tâtons Une main Une main Qui me tende la main Mes jambes cherchent des jambes Qui connaissent le chemin Et accompagnent mes pas Mon cœur appelle un cœur Qui me sache par cœur Je veux une sœur Je veux une sœur n° 1, décembre 2012

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Qui pleure des mêmes larmes Et l’écharpe de son rire S’enroule dans mon rire Et sa peau est douce est à la mienne J’ai besoin d’une mère Dont le lait me guérisse De tous les chagrins Et m’ouvre à l’innocence Besoin d’un homme Qui m’emporte au creux des dunes Et par ses mains mon corps devient sable Parmi les sables Pierre immuable Sable éternel Vent indomptable Et chaque regard est un poème Par la grâce d’un seul mot Besoin d’un homme Dont le sexe oublie d’être menace Epée foudre Silex ravivant La blessure de mon sang Un homme dont le sexe N’est rien d’autre qu’un enfant Qui joue à se perdre Et à se retrouver Parmi les grottes, les sentiers de lumière D’un corps apprivoisé Un sexe qui n’ait appris à donner que l’amour J’appelle un Dieu Dont le regard m’absolve Des fautes que je n’ai pas commises Un Dieu qui redevienne enfant Par la grâce d’une femme Que je suis Un Dieu qui dépose en mes mains ébahies Le saint Graal de la Rédemption © Nicole Cage-Florentiny PARTAZ

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Carrefour Voici, en ce lieu de nulle part à jamais Au carrefour de ma vie là où nulle route ne s’interrompt Voici, je te présente l’ancêtre Négrier aux yeux bleus acier : la haine Le fouet tremble encore dans ses mains crispées Vois, il piétine tous mes rêves de liberté il laboure mes entrailles de sa graine de violence Vois, il déchire mon enfance, mon Afrique à jamais perdue Vois, la haine lui mange le cœur il se croit tout puissant Le voici dressé dans la nuit de mon refus Il a violé mon ciel Et la pluie écarlate éclabousse la terre Rouge est son sang rouge aussi l’enfer de la folie Et voici l’aïeule tremblante de froid de haine incrédule Noire comme la plus longue nuit L’esclave en moi convoquant les tambours mais sourde à leur appel Mais aveugle Ne sachant que dire : « Oui… oui maître… » tandis que dans son cœur : « Puisse ma haine te transpercer le cœur ! » Et la haine est un fruit trop mûr qui suinte du sang Vois elle tremble de peur ver de terre s’écrasant aux pieds du maître Voici c’est ma mère c’est ma sœur mon enfant maudite Voici mes deux enfants maudits –source de ma descendance mais poids trop lourd pour mes humaines épaules Assez courber l’échine Assez bomber le torse à croire que le ciel tout entier dans mes yeux Voici mes deux mondes déchirés croisée des chemins J’appelle la pluie du ciel eaux vives salvatrices sur leurs têtes ployées Voici mes deux enfants de l’ombre en quête d’un peu d’amour Il n’y a que l’amour pour laver tant de haine Feu, strangulation, fouets en érection et coutelas dressés cannes incendiées et folie des hommes Après le feu ma terre à reconstruire, mon histoire étranglée

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Voici les deux faces de ma folie Ô Dieu, prends-les mêmement dans tes mains thaumaturges Extrais l’acier dans le bleu de mes yeux et la pierre de sang qui obstrue mon cœur Erige le ver de terre dans le feu du soleil guéris mes reins de l’offensante caresse Aide-moi à regarder sans trembler l’azur du ciel et la mer turquoise Prends dans tes mains mon Afrique nouvelle Et fais de moi, jusqu’à la fin des Temps Une vibration d’amour !

Caraïbe - Martinique

© Nicole Cage-Florentiny

Sculpture Tu joues pour moi Je regarde tes doigts Caresser les cordes de ta cithare Et je voudrais en cet instant Être les cordes que tu caresses Tu chantes et annonces Que ce chant m’est dédié Ta voix porte en elle Les blessures d’une vie La chatoyance de la lumière L’espérance d’un peuple Tu joues pour moi L’éclat des poèmes des rires des danses et de l’alcool qui coule Des glaçons qui s’amusent Nous parvient assourdi Puisque tu joues et ne regardes que moi Et je ne vois que toi Au milieu des poèmes des rires et des danses Tu m’entraînes dans ton monde Le temps est suspendu PARTAZ

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Ton regard me dévêt Je souris et me laisse faire Me voici nue au milieu de ces gens Mais tu es seul à le savoir Les ailes du silence disent la transcendance de l’instant Auquel je m’arrache Demain je pars à l’aube Pour la « mission Falcón » Je regagne ma chambre seize étages plus haut Où je dormirai seule Toi tu joueras encore Goûteras encore de l’imbuvable whisky Je dormirai seule Mais nous sommes seuls à le savoir : Tandis que tu joueras boiras et chanteras Ton regard continuera De sculpter ma nudité…

© Nicole Cage-Florentiny Antología, Monte Ávila Editores, Caracas

Un jour de septembre de l’an 1965, elle a ouvert des yeux surpris sur un monde qui, dès lors n’allait pas cesser de l’étonner, de la malmener, de la passionner. Passion, le mot est lâché ! Auquel on peut adjoindre curiosité et insatiabilité. Soif d’apprendre et de connaître l’Autre, les autres qui la poussent après des études d’espagnol, à se consacrer à l’Histoire, à se former au journalisme, à l’accompagnement en relation d’aide (psychothérapie), à différentes techniques de développement personnel et de bien-être (massages, relaxation, soins énergétiques). Elle ne sait depuis quand elle copule avec les mots, ceux qui disent la douleur et le bonheur d’être femme, femme noire citoyenne d’un Monde qu’elle veut contribuer à rendre meilleur. Elle parcourt ce Monde sur les ailes de ses mots (Roumanie, Albanie, Macédoine, Tunisie, Amérique Latine et Centrale, USA, Caraïbes, Afrique…) et, chaque fois que lui parviennent les annonces des prix littéraires qu’elle remporte (Liban, Cuba, Roumanie, Belgique) elle continue encore de s’étonner : « Moi ?! » et se remet à écrire, comme l’on tisse la toile de sa vie.

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Bibliographie : * Arc-en-ciel, l’espoir/Arco Iris, la esperanza – Poésie jeunesse Edition Casa de las Américas, Cuba/Cocultura, Colombie Prix Casa de las Américas 1996 * C’est vole que je vole 1998, Société des Écrivains, Paris – 2006, Éditions Les Oiseaux de papier, Bretagne Prix Gros Sel 2006, Belgique *Confidentiel, roman jeunesse, Éditions Dapper, Paris, 2000 – 2006 *L’Espagnol, roman, Éditions Hatier International, Collection Monde Noir, Paris – 2002 *Aime comme musique ou comme mourir d’aimer, roman, Éditions Le Manuscrit, Paris, 2005 – Éditions Scripta, Bretagne, 2006 *Amours marines ou erotica mar, nouvelle, Éditions Riveneuve Continent, 2006 *Et tu dis que tu m’aimes, récit, Éditions Les oiseaux de papier, 2007 * Palabras de paz por tiempos de guerra, Poèmes en espagnol, Editorial El Perro y la Rana, Caracas, 2007 *Par-delà les mots, l’amour/Dèyè pawol sé lanmou, Poèmes biligues (Français/créole) K Éditions, Fort-de-France, 2007 * Une robe couleur soleil conte, Éditions Lafontaine, Case-Pilote, 2007 * Vole avec elle, roman, Éditions Acoria, Paris, janvier 2009 * Entre îles, nouvelle trilingue (français, espagnol, portugais), Gobierno de Canarias et Gobierno de España * Antología/Anthologie : anthologie de poésie, Monte Avila Editores, Caracas Récompenses et distinctions : * Prix Casa de las Américas, 1996 Pour Arc-en-ciel, l’espoir * Juillet 2002, participation au Sixième Festival International de Poésie de Curtea de Arges en Roumanie et fait partie des trois poètes nominés pour le Prix International de Poésie de Roumanie. Traduction et publication du recueil « Arc-en-ciel, L’espoir » : Cucurbeu Speranta, par l’Académie internationale Orient-Occident de Roumanie, édition bilingue (français, roumain). * Prix Oeneumi de poésie, république de Macédoine, 2002, à l’occasion du Festival International de Poésie de Tetova * Prix NAAMAN pour la culture, Liban, décerné par la Maison Naaman pour la culture – 2004. Pour une sélection de textes extraits du recueil Paroles de paix pour temps de guerre * Juillet 2006 : Publication du roman C’est vole que je vole roman, aux éditions Les Oiseaux de papier, Bretagne – Prix Gros Sel 2006, Belgique * Octobre 2006 : Nommée membre d’honneur du Festival International de Poésie de Tetova, Macédoine

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© Mauricio Carlos Kakortok – White – Blanco, 2007 Installation, 78x59x39 inches

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Poèmes de l’entre-deux JOSE LE MOIGNE (MARTINIQUE)

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J’écris ton nom de pignon en pignon et ton visage efface mes regards glycine revivifiant les murailles jaunies où la courbe du vent est moins nette pourtant que la ligne de vie qui fourche et s’assombrit au cyclone des doigts qui explosent pareils aux grands oiseaux nocturnes vaguement statufiés

Chair de femme chair opiacée de la nuit Ronde comme le soleil et blonde comme la pluie échos presque assourdis de l’explosion du lierre quand l’automne soutient la fenaison des roses

À la saison des araignées quand le torrent devenu fleuve se dissout dans la vase ne pas dire à la rose que la durée s’inscrit dans son ombre portée © José Le Moigne (21 août 2012)

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Pour Lisa David

De la pointe des nègres Jusqu'aux racines du volcan Ma ville Lassée de se soumettre À l'impatience des oblats Affiche sa colère

© José Le Moigne

Nuit créole offerte en holocauste à la voracité des mornes Dans nos têtes brusquées le bruissement des palmes accentue le galop du hongre sur la plage Oublieux de sa traque le caïli se fige dans les replis de la mangrove Qui sommes-nous qui sommes-nous vraiment pour nous croire délier du rapt qui nous fit

© José Le Moigne (Le Robert, Martinique, le 17 juin 2012)

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J’attends la pluie j’attends la traversée d’orage j’attends la ligne de front d’où jaillira le feu intense de la nuit

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J’attends la pluie j’attends la hachure puissante de la lune la truculence du basson le frémissement des palmes J’attends la pluie j’attends le chuchotis incrédule des vagues l’obédience sacrée des blonds coléoptères j’attends la délivrance

© José Le Moigne (Le Robert, Martinique, le 7 juin 2012)

Pour Dominique Lancastre

Franchir d’un pas gourmand la cambrure des mornes dépasser à main gauche le volcan allusif déjouer au tournant la patrouille des cannes et voir naître la nuit dans l’œil troublé des anolis

© José Le Moigne (Le Robert, Martinique, le 31 mai 2012)

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Dans les yeux depuis longtemps emplis de cendre de ma mère il y a l'horizon serti dans une gangue des voiles déchirées et des vaisseaux désemparés Dans les yeux depuis longtemps emplis de cendre de ma mère il y a des totems des chants d'amour et des biguines assassinées Dans les yeux depuis longtemps emplis de cendre de ma mère des fenêtres s'ouvrent sur des gouffres de tendresse et de haine Dans les yeux depuis longtemps emplis de cendre de ma mère des chevaux au galop piétinent sans remords les mânes de l'hiver

© José Le Moigne (2009)

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Nan fon zié manman mwen ki plen sann cho dépi titak tan ou pé wè lorizon fèmen adan an anvlòp vwèl déchiktayé épi bato pèdi dan bouya Nan fon zié manman mwen ki plen sann cho dépi titak tan ou ka wè labénédision chanté lanmou épi bidjin yo tjwé Nan fon zié manman mwen ki plen sann cho dépi titak tan sé la ou pé wè loséan dousin èk brital movèzté lavi-a Andidan zié manman mwen ki plen sann cho dépi titak tan kouskouri chouval pa ni santiman douvan nanm frédi

© José Le Moigne (traduction : Igo Drané)

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Parole sacrée des alizés rabougrie quand elle touche aux épissures de la chair soleil perceur de cabosses mesure morte du cri nous descendons vers les midis dans l’affolante rectitude des scories endormies

© José Le Moigne (Le Robert, Martinique, le 30 mai 2012)

Poète, chanteur-compositeur, dessinateur et romancier, José Le Moigne est né en 1944 à Fort-de-France d'une mère martiniquaise et d'un père breton. Il passe son enfance et son adolescence à Brest qu'il quitte pour exercer sa profession d'éducateur et de directeur au sein de la Protection judiciaire de la Jeunesse au ministère de la Justice. Romans :  Chemin de la mangrove. Paris: L'Harmattan, 1999.  Madiana. Matoury (Guyane): Ibis Rouge, 2001.  Tiré chenn-la en tèt en mwen ou l'eslavage raconté à la radion. Matoury: Ibis Rouge, 2004.  Une ritournelle. Paris: Le Manuscrit, 2007.  La gare. Préface de Jean Métellus. Paris: Microcosmes, 2010.  On m'appelait Surprise. Matoury: Ibis Rouge, 2010. Récit : 

Joseph Zobel, la tête en Martinique et les pieds en Cévennes. Préface de Raphaël Confiant. Matoury: Ibis Rouge, 2008.

Poésie :  Polyphonies. Aurillac: Éditions du Centre, 1966.  Blessure d'ombre. Paris: Millas-Martin, 1974.  Visages-clés. Paris: Millas-Martin, 1976.  Portuaires.... Paris: Le Pont de l'épée, 1980.  Des villes par-dessus les saisons. Charlieu (France): La Bartavelle, 1992.  Poèmes du sel et de la terre. Amay (Belgique): l'Arbre à Paroles, 2008. n° 1, décembre 2012

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Œuvres choisies CÉSAR CÓRDOVA (MEXIQUE)

César Córdova – Mexique

Biography

César Córdova was born in Mexico City in 1983 and received a BA in fine arts from the Escuela Nacional de Artes Plásticas UNAM in 2006. He lives and works in Mexico City. He currently explores ways of transforming the traditional painting surface, working with different materials and shaped canvas. César has exhibited throughout Mexico, and in the U.S.A, in Italy, Colombia and Germany, including solo shows at Nadia Montefiore Gallery, Galería 2 ENAP-UNAM and Instituto Mexicano de la Juventud. He was awarded the National Award for Young Art 2012 and fellowships from Instituto Mexicano de la Juventud and Fundación UNAM. © Emilio Arenas

Artist Statement Painting, unlike newer media, has a long history of themes, genres and styles. While it tries to renew itself and coexist with contemporary art forms it can't leave behind it's historicity. One way I found to cope with this is expanding the conventional limits of the medium. In my work, the painting surface is transformed using non conventional materials like plexiglas and aluminum, as well as shaped canvas. In this way, the surface becomes not just a container for the image, but participates in the construction of the painting's meaning.

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© César Córdova Tezcatl, 2002 90 x 60 cm oil on canvas PARTAZ

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© César Córdova Sin título, 2002 80 x 70 cm oil on canvas

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© César Córdova c.200, 2002 90 x 60 cm oil on canvas

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César Córdova - Mexique

© César Córdova Mayo, 2002 40 x 60 cm oil on canvas

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César Córdova - Mexique

© César Córdova Memento Mori, 2007 55 x 76 cm acrylic on wood

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César Córdova - Mexique

© César Córdova Veneno, 2007 125 x 114 cm oil on wood

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Pacifique et Asie PHILIPPINES Pangasinan Sonito para ed Manangalin Kamarerua Sonnet to a Pilgrim Soul Aristos Kansio’y Gansa’d Dayat Swansong of the Sea

Santiago B. Villafania

p. 97-98. p. 99. p. 100. p. 101-103. p. 104. p. 105.

NOUVELLE-CALÉDONIE Dernière fois

Anne Bihan

p. 107-113.

À Montagne Froide Sarajevo Route

Nicolas Kurtovitch

p. 119. p. 121. p. 122-125.

Éclairs de vie

Flora Devatine

p. 127-129.

La rage de vivre

Hong My Phong

p. 131-132.

No te a’a a monunu nei ! Pourquoi cette mélancolie ! Partir, une évidence douloureuse Te Manu kerere e manu kaiata’u L’oiseau libre Toku reo : taku e ‘akateitei nei Hommage à ma langue

Odile Purue-Alfonsi

p. 133. p. 134. p. 135-137. p. 138. p. 139. p. 140. p. 141.

Pham Van Quang

p. 143-144.

POLYNÉSIE FRANÇAISE

VIETNAM PhilosoPoétiquÉtant

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Pangasinan SANTIAGO B. VILLAFANIA (INDONÉSIE)

dia ed nipangaw a dapag a bansa na pusok anggapo’y maanlong a bosis ono Catullus ono kumasamplon musian onkalab ed Parnasu

Asie – Philippines

kanian inagbibit ko iya’y onoonan liknaan pian nipintak na salita tan kolor so pamawi ed ampasiseng a panaon na Caboloan saray awaran tan uliran iran inkorit ed aninagan ya bolobolong na impakalingwan angga’d itatken kon imbeneg la’d lingwan say kanonotan dapul la’d panaanap na bawig ed bukig a sinummingan tan say dakep na ag ni-Babel kon dila onsabi so panaon ompano nanonotan da ak ed Parthenon iran ipaalagey ko para’d anlong © Santiago Villafania

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Pangasinan here in the captive country of my heart there is no bardic voice or Catullus or a tenth muse to climb its Parnassus and so i carry this primal passion to paint with words and colours to reclaim the emerald days of Caboloan its histories and legends written on the translucent pages of oblivion till i fall with years haply forgotten my memory grey with uncovering the fulcrum of my orient beginning and the beauty of my un-Babeled tongue in time perhaps they will remember me in Parthenons i will build for poesie © Santiago Villafania

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Sonito para ed Manangalin Kamarerua

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No nagnap la’y liwawa’d letakan Marleng a sinmener so bilunget Dengel mo so laineng na dagem Ta agmo la naerel so bekta Kabuskag na payak na kabuasan Tan mapalna so asul ya tawen Nengneng mo ira so ganaganan Matalag a nanengneng ed kugip Tan agmo panermenan pinabli No melagmelagen ka’y karaklan Wala’y ibilunget na mata ra Dalanen da so kipapasen ta No magmaliw lan dabuk so laman No mangangga la’y agew ed banua © Santiago Villafania

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Sonnet to a Pilgrim Soul When the sun gilds the sky in the morning And deep darkness makes a noble retreat O hear the music in the air fleeting For you can never recapture the beat When the morning spreads her warm golden wings And the sapphire sky is wordlessly deep Look yonder and feast with your eyes the things Which you seldom see in your dreamful sleep Don’t you feel forlorn beloved pilgrim If the world will mind your lowly state A time will come when their eyes will grow dim And they too will fall on our self-same fate An empty shell to decay into dust When our days in the sun come into the past © Santiago Villafania

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Aristos i. siak so anggapo’y ngaran a Tumatagaumen alingwanan la

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kapara da’ra’y mason na Pay-yo tan say akaletaw ya tanamanan da’ra’y longon ed Sagada siak so matatken a Katholi anggapo’y dilin baley simbaan ono timplo no ag ta saya’y inkalaman dengle’y kulipaspas da’ra’y payak na un-unik legan a mangakansión tan onsasayiao paunla ed Kawayan ya Altar ono dia’d Pyramid na Asia agko pakanen so liman libon sangi ingen say sankatoowan ed panamegley na belas a tatawagen da’y Salita natan ibagam no anto so pakelaw mo? ii. say pagew nen Adan et say dalin ya alageyan no iner lakape’y binin Kataga PARTAZ

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no anggapo ak la tan dabuk lambengat la siak et lambengat lan dabuk lima na Klirikon Gramaton a manpirma’y pakanengnenga’y ipatey na Patey © Santiago Villafania

Aristos i. I Am a nameless Tumatagaumen haply forgotten like the builders and architects of Pay-yo and the Hanging Garden of coffins in Sagada I Am an ancient Katholi without a country of my own without a church without a temple but this empty shell of flesh listen to the flapping wings of my voice as I sing and dance my way into the bamboo henge or the Pyramid of Asia n° 1, décembre 2012

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i will not feed five thousand mouths but a multitude with a single grain of rice called Word now tell me what is your miracle?

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ii. the breast of Adam is the earth where I will stand to embrace the Logos when I Am is no more than a minute dust and dust I Am the hand of a grammaton cleric who will sign Death’s death certificate © Santiago Villafania

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Kansio’y Gansa’d Dayat aman a labi narngel ko’y kansio’y gansa’d dayat saray ula-ula’y saninaron andi’y ngaran manatakew na tawen tan andi anggaan wala’y tagleey na manangalin manok ya ametag ed linak na labi bangta saray dagem tan daluyon inmesaes na deen inalagar ko’y inboas na banua liliknae’y engas na dalin ed kalaeman saray kuyab na ginmatas iran bitewen nen say dinidyus intoro to tan kinmiwas so bengatlan yegyeg ay say dayat nampayak na tsunami! insabi’y patey anggapo’y pasintabi tan rason ed sikaran akarngel ed salmo na okum insan narngel ko’y kansio’y gansa’d dayat ...tan tagleey da’ra’y asikmat © Santiago Villafania

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Swansong of the Sea That night I heard the swansong of the sea the erolalias of nameless lovers stealing a heaven and eternity

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there was a crysong of a pilgrim bird that punctuated the silence of the night but the winds and the waves whispered a hush I waited for the waking of the day feeling the breathing of the earth beneath the palpitations of the Milky Way then Atlas moved a finger and it came the gyrations and the sudden trembling O the sea had wings of a tsunami! death came without warning or a reason to those who heard the psalms of oblivion and then I heard the swansong of the sea ...and the crysongs of those who went away Š Santiago Villafania

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Santiago B. Villafania, a bilingual Filipino poet who writes in English and in his native language of Pangasinan, is the author of poetry collections Bonsaic Verses (2012), Pinabli & Other Poems (published by C&E Publishing for De La Salle University, 2012), Balikas na Caboloan (Voices from Caboloan) published by the National Commission for the Culture and the Arts (NCCA) under its UBOD New Authors Series (2005) and Malagilion: Sonnets tan Villanelles (2007). Malagilion was recognized by the National Book Development Board and Manila Critics Circle as Finalist for Best Book of Poetry in the 27th National Book Award. He has been published in several countries and translated into several languages. Villafania advocates for the resurgence of Pangasinan as a literary language. He is one of the 11 Outstanding Pangasinenses and recipient of the 1st Asna Award for Arts and Culture (Literature) during the first Agew na Pangasinan and 430th Foundation Day of province in April 2010.

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Dernière fois ANNE BIHAN

Pacifique – Nouvelle-Calédonie

(NOUVELLE-CALÉDONIE)

Hippolyte n’était pas un homme de grande décision. Sa vie lui ressemblait depuis l’enfance sans qu’il ait été nécessaire de la forcer. S’il lui arrivait de mettre fin à une relation, d’en finir avec un boulot ou une habitude, c’était presque sans y prendre garde. L’évidence s’imposait à lui. Il annonçait la fin d’un amour, qu’il ne reviendrait pas le lendemain prendre son poste sur un chantier, ou qu’il avait arrêté de fumer comme on constate être arrivé au bout d’un chemin, d’instinct, et que simplement il est temps de passer à autre chose, de recommencer autre chose, autrement, ailleurs. Enfin recommencer… commencer aurait été un mot plus juste : Hippolyte se défaisait réellement de ce qui avait été, entrait d’un geste dans une autre vie. Ardoise effacée. Ça lui avait jusqu’à présent plutôt réussi. Ce qui était en train de se passer n’avait donc pas de sens. C’était un coup dur. Il allait bêtement rejoindre les statistiques égrenées à longueur de journaux. Justement ce soir. C’était vraiment pas de bol. Il s’était pourtant levé d’humeur joyeuse après une nuit comme il les aimait, l’amour lentement, profondément avec Elise, avant de sombrer et ce matin l’odeur encore de leurs sexes mêlés. Il avait eu du mal à s’extirper du lit, traîné entre les draps comme un gosse humant encore le parfum de sa mère. Elle déjà partie à son travail en ville ; il fallait bien que quelqu’un assure un revenu régulier maintenant qu’ils avaient décidé d’avoir un enfant. « Un enfant, avait-elle murmuré, un enfant pour commencer, je t’aime. » Il n’avait pas protesté, elle y avait lu, à juste raison, un acquiescement. Mais la décision prise ensemble, il en convenait, flottait désormais étrangement autour de lui, mélange d’impatience et de crainte. Il haussa les épaules. Il était reconnaissant à Elise, collègue d’une de ses cousines rencontrée un soir de fête, d’avoir admis avec légèreté cette répartition tacite des rôles. Elle au travail, lui à la maison le plus souvent. Il devinait bien qu’elle en tirait quelques avantages, mais le pouvoir qu’ainsi elle exerçait sur lui mine de rien ne lui déplaisait pas. Il en rétablissait l’équilibre dès la porte de la chambre fermée. Elle aimait ça, éprouvait confusément qu’il avait tout le jour préservé son énergie de toutes les usures, et la lui offrait avec une jubilation enfantine.

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Puis son job lui plaisait, l’équipe du centre de radiologie était vite devenue sa deuxième famille peu de temps après son arrivée en Calédonie. Elle y avait rejoint un amour finissant, qui était retourné vers leur Lorraine natale et c’était elle, finalement, qui était restée. La protection de l’emploi local n’avait pas été un obstacle trop difficile à surmonter: elle maîtrisait parfaitement les nouveaux équipements top niveau du labo, son expertise avait été jugée précieuse. Puis très vite elle s’était prise de passion pour tous ceux, jeunes et vieux, venus de la Grande Terre ou des Îles, qui pour surveiller un nodule thyroïdien, qui pour vérifier l’évolution d’une scoliose ou d’une grossesse, désirée ou pas. Avec eux, elle apprenait le pays, ses visages, ses représentations de la maladie, de la mort, qui parfois continuaient de la surprendre. Elle retrouvait Hippolyte, croisé un soir de fête chez l’une de ses collègues, une secrétaire originaire de la côte Est ; elle l’assaillait toute emplie de questions sans réponses, il lui expliquait son monde, sa culture. Elle devinait bien qu’il y avait dans tout ça une part de fiction, qu’un autre lui aurait exposé d’autres nuances, mais cela le rendait fier et ces nuits-là finissaient le plus souvent par des étreintes inattendues. Il n’était pas fainéant, non. Mais elle avait abandonné l’idée d’en convaincre ses parents venus les voir un mois de juillet pluvieux et frisquet. Ce désordre climatique à leurs yeux étaient déjà difficile à avaler — « Le climat tropical, ça ne veut pas dire qu’il fait chaud tout le temps ; puis c’est la saison fraîche papa, c’est obligé ». Comment leur expliquer qu’Hippolyte était capable de travailler nuit et jour quand il s’agissait de préparer un mariage ou d’assumer un deuil ; qu’il répétait parfois des heures durant avec son groupe de musicos qui sortait depuis quelques temps un beau son groove, solidement ancré sur des rythmes kaneka. En scène, elle le trouvait particulièrement sexy. Il sculptait aussi, pouvait rester concentré des journées entières autour d’une bille de bois jusqu’à ce qu’il en fasse surgir une figure tout à la fois massive et fouillée, tête rentrée dans la puissance des épaules, au-dessus d’une silhouette peuplée de vie animale, végétale, symbolique. Mais tout ça « ne gagnait pas », avait tranché son père, ce gars vit à tes crochets, c’est peut-être comme ça chez eux mais toi tu n’es pas... » Elle avait mis fin à la conversation d’un geste sans appel, blessée quand même, ses parents n’étaient pas de mauvais bougres, ils l’avaient adorée, s’étaient saignés aux quatre veines pour lui payer ses études, et même l’aider à financer ce voyage qui l’avait éloignée d’eux. Hippolyte il est vrai n’avait jamais tenu longtemps dans un boulot salarié. Après son baccalauréat, qu’il avait obtenu du premier coup et même avec une petite mention au lycée Blaise-Pascal, il avait bien tenté la fac, mais sans conviction. Il s’était ramassé n° 1, décembre 2012

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quelques bonnes engueulades de la part de son père, fait sermonner par sa mère : « Pas de bac à la tribu », avaient-ils rappelé en chœur, et en vain.

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Puis il avait rencontré Elise. Il était tombé raide dingue de cette fille, de sa peau claire et douce comme la nacre de ce coquillage qu’il lui avait offert sur le marché baie de la Moselle leur première fois. Leurs amis respectifs avaient fait la moue, et parié sur la brièveté de l’aventure. Eux aussi en vain. Ses Vieux s’en étaient remis finalement à cette jeune Zor souriante et vive. Après tout c’était maintenant leur affaire. Cela faisait plus de trois ans, Elise venait d’arrêter sa pilule. Ils allaient avoir un enfant, c’était sûr. Après, on leur foutrait la paix. Hippolyte avait flâné sur Facebook en avalant les trois premiers cafés de sa journée, un grain finement moulé ramené le dernier week-end de chez l’un de ses tontons, obstiné malgré l’âge à rester chez lui, en bordure d’un creek dont il gardait le passage, du côté de Mou-Ponerihouen. Hippolyte lui filait volontiers un coup de main à la caférie que le vieux peinait désormais à maintenir en bon état. Le parfum des fleurs de café l’enivrait toujours autant que lorsqu’enfant il accompagnait sa mère. C’était un rude travail, il en revenait vanné, mais satisfait. Elise préférait le thé, mais lui concédait de tremper ses lèvres dans la première tasse de la nouvelle récolte. Il était resté longtemps sous la douche, pensant à Elise, puis à l’enfant. Garçon ou fille, il s’en fichait un peu. Mais père, est-ce qu’il saurait ? Une sourde angoisse vibrait en arrière-fond de sa rêverie. Ils étaient allés un peu vite en besogne peutêtre ? Il était à peine une heure l’après-midi quand la bande avait débarqué, Ginou, Lulu, Alphonse et Pierrot. Sauf Alphonse, pur produit d’un clan de Xodre promis à prendre la succession de son père à la chefferie, les trois autres affichaient des origines aussi improbables que les histoires d’amour dont ils descendaient. Le grand-père de Ginou avait trimé sur la mine Chagrin, mais son père refusé de repartir au Vietnam au moment du rapatriement d’une bonne partie de la communauté en 1964. Ce pays inconnu, loin de sa terre d’enfance, l’effrayait, puis la mère de Ginou était un joli brin de fille toute mélangée elle aussi, Chinoise, Tahitienne et même Zor par son père. Il était malin, il avait monté plusieurs magasins que le grand frère de Ginou faisait tourner. Les parents de Lulu étaient arrivés d’un village de Saône-et-Loire dans la foulée d’un de leurs cousins pendant le boum du nickel. Ils affichaient sans honte leurs racines italiennes pour l’une, polonaises pour l’autre. Français, quoi ! répliquait le paternel à ceux qui ne savaient PARTAZ

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pas discuter sans avoir au préalable posé la sempiternelle question à leur interlocuteur : D’où ? Quant à Pierrot, il préférait qu’on l’appelle Pétélo et traversait une crise identitaire qui les gonflait tous un peu. OK, il était Wallisien, mais né à la clinique Magnin, et bien mélangé lui aussi, du côté de sa mère du moins dont les grands-parents avaient semé leur placenta dans au moins la moitié du Pacifique sud : Futuna, Vanuatu, Wallis et Samoa. Ils partagèrent le café sous le carport. Le ciel s’était vite dégagé, des perruches piaillaient dans les manguiers en fleurs, les pluies abondantes des trois derniers jours saturaient l’air d’humidité. Il commence à faire drôlement chaud, dit Lulu, c’est vendredi, si on se bouge pas on va se retrouver à court de Number One. Je connais un Chinois pas loin, marmonna Ginou, y’en aura toujours, et il prend pas beaucoup plus cher. Hippolyte fit mentalement le décompte de ses réserves. Une demie bouteille de Johnny Walker, un pack de One, deux canettes de Mort Subite laissées par il ne savait plus qui, un Blanc un soir de fête – il n’y avait que les Blancs pour boire une bière pareille – et deux bouteilles de vin qu’Elise avait acheté pour fêter dimanche leurs trois ans. Ça allait faire short en effet vu le gabarit de l’équipe. Mais en même temps, c’était peut-être pas plus mal. Il entendit Elise lui redire à l’oreille : Un gosse oui, mais à une condition, fini les virées avec les quatre grands malades, je les adore, mais vraiment vous picolez trop ! Il n’eût guère le temps de s’attarder. Pierrot qui n’avait rien dit en sirotant son cawa était déjà debout, bien décidé à faire le plein de munitions. Et ça pouvait être long, histoire de brouiller les pistes. Ils mirent le cap sur les deux supermarchés du secteur, passèrent par l’épicerie de la vieille Cricri autant pour son pinard que pour prendre de ses nouvelles, revinrent par Géant où l’anonymat était nettement moins certain qu’il y paraissait. Lulu avait reconnu des flics en civils qui lorgnaient vers les chariots arrivant aux caisses un peu trop chargés de bibine. Ça devenait quand même infernal ces contrôles. La prohibition dès vendredi 16h et jusqu’au lundi 8h, on les prenait vraiment pour des gosses. Alphonse s’énerva. C’était comme ce film que tous les Métros avaient le droit de voir, et dont la diffusion avait été bloquée sur le Caillou au seul motif que des élus l’avaient trouvé dangereux pour la paix civile. Shit ! Toi mon fils, pensa Hippolyte, t’as pas carburé qu’au café depuis ce matin pour t’énerver comme ça sur un rien. Ils filèrent tous jusqu’au Ouen-Toro. Ginou avait pris le volant de la BMW d’Alphonse. D’occase mais quand même, ça en jetait. Le vent là-haut calma un peu les ardeurs de chacun, ils se roulèrent un joint — De la bonne, avait dit Ginou, un gars d’Ouvéa. Pétélo refusa d’en prendre, Hippolyte se contenta de deux ou trois bouffées, histoire de participer. Ils avaient été bien avisés de caler la glacière dans le coffre de la bagnole. La chaleur continuait de peser, et ce n’était pas une Number bien frappée qui pouvait faire de mal. n° 1, décembre 2012

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Ils somnolèrent, puis ce fut le soir. Le soleil embrasa toutes les collines de la ville, les vitres du Ramada dont le restaurant panoramique entamait son premier tour de piste. Quand Elise sera enceinte, je l’emmène manger là-haut, se promit Hippolyte, et si pas de Kanak tant pis, je sais encore me fringuer. Faut que je trouve un truc à faire d’ici là, rentrer un peu de sous, pas question qu’elle paie quoi que ce soit, ça va l’épater.

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Pétélo parla de prendre un kava au nakamal du col. Les trois autres traînaient un peu la patte, et Hippolyte fut pris d’une brusque lassitude. Ça rimait à quoi tout ça, est-ce qu’il ne serait pas mieux rentré à la maison, Elise bougonnant gentiment contre les fringues qu’il avait encore laissé traîner un peu partout, lui la calmant avec des bisous dans le cou. Les autres se foutèrent de lui, il était décidément accroc le copain, mais Elise n’allait pas se sauver, il la retrouverait tout à l’heure. Le nakamal du col était bourré à craquer. Pétélo attaqua un shell de deux cents, Ginou et Lulu commencèrent par un cent tout en continuant de descendre plusieurs canettes bourrées à la va-vite dans leur sac à dos. Hippolyte décida de ne rien prendre ; une nausée l’avait saisi ; il connaissait bien cette tension à laquelle il ne mettait fin qu’en rompant avec sa source. Combien de fois avaient-ils fini tous les cinq à pas d’heure, décalqués pour plusieurs jours, affirmant fanfarons que leur cheval connaissait la route, mais pas le moindre souvenir du chemin emprunté ? Dernière fois qu’ils l’embarquaient ainsi. Ce gosse, il le voulait ; Elise, pas question de la perdre ; les autres diraient ce qu’ils voudraient, il les aimait bien mais là, décidément ça ne ressemblait à rien. Il eût envie que ce soit le matin déjà, et filer jusqu’au creek du tonton, passer deux ou trois jours avec lui, lentement, peu de mots, juste le bruit de l’eau et au loin celui des tasses vereco s’entrechoquant dans l’évier que la Vieille ne voulait pas qu’ils approchent, pas un métier d’homme ça, hors de ma cuisine. Il était dix heures quand Elise fit sonner son portable. Elle avait attendu, pas voulu lui foutre la pression mais quand même. Il bafouilla une explication, lui promit d’être là dans l’heure, et profita d’une escale de Ginou aux vécés pour lui taxer les clés de la BMW. Les protestations se firent assez molles quand il déclara qu’on allait y aller, et qu’il prenait le volant pour ramener tout le monde, parce qu’il était le seul en état de le faire. Le silence s’était fait dans l’habitacle. Il éprouva une tendresse inattendue pour ses quatre compagnons, qui ce soir une fois de plus ne feraient sans doute pas long feu. Une impatience de serrer Elise dans ses bras au plus vite le saisit. Il ralentit prudemment à l’approche du virage du Grand Banian, salua en pensée les âmes de ceux dont il avait en d’autres temps accueilli les dépouilles. Il crut voir une lumière PARTAZ

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trembler entre les branches, un dixième de seconde avant que le lourd 4X4 Toyota soit sur eux. © Anne Bihan

Née en Bretagne, Anne Bihan s’envole pour la Nouvelle-Calédonie un jour de mai 1989. Sa vie et son écriture sont depuis profondément traversées par cet archipel d’Océanie dont elle partage durablement le destin. Poète et dramaturge, auteure d’un court roman, Miroirs d’îles, de nouvelles et d’essais divers, notamment sur les écritures océaniennes, elle a été lauréate en 2003 d’une bourse du Centre national du livre pour son parcours d’écriture théâtrale.

© Bruno Doucey

Elle a fait partie de la délégation calédonienne invitée du Festival des arts mélanésiens au Vanuatu en 2002, et de la Semaine de l’Océanie organisée par la Comédie française en 2006. Une dizaine de ses pièces ont été créées en scène en Bretagne, Nouvelle-Calédonie, au Vanuatu, à Wallis-et-Futuna et Tahiti. Invitée du Festival franco-anglais de poésie à Melbourne (Australie) en 2008, elle est par ailleurs régulièrement publiée – poésie, nouvelles, essais – dans diverses anthologies, ouvrages collectifs et en revue (Le Mâche-Laurier ; La Traductière ; Sillages d’Océanie ; l’Archipel des lettres ; Épisodes Nouvelle-Calédonie ; Litterama’ohi, etc.). En 2009, sa nouvelle « Trois fragments d'épiphanie » a paru dans Au nom de la fragilité : des mots d'écrivains, recueil collectif publié aux Éditions Érès sous la direction de Charles Gardou, avec le soutien de Tahar Ben Jelloun. Les Éditions Bruno Doucey ont publié d’elle fin 2011 un recueil de poésie, Ton Ventre est l’océan. Elle est également présente dans Nouvelles calédoniennes, recueil de nouvelles qui vient d’être édité par Vents d’ailleurs. Elle est membre entre autres de l’Association des écrivains de la Nouvelle-Calédonie, de la Société des gens de lettres et de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques.

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Bibliographie Poésie Ton Ventre est l’océan. Éditions Bruno Doucey, 2011. Théâtre V ou Portraits de famille au couteau de cuisine. Éditions Traversées, 2004. Parades. Éditions Traversées, 2004. Collision et autres traversées, pièces courtes. Éditions Traversées, 2007.

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Récit Miroirs d'îles. Avec un frontispice de Sayed Darwiche. Éditions Arcane 17, 1984. Nouvelles « L'Odeur des sorghos », in Nouvelles calédoniennes. Vents d’ailleurs, 2012. « Trois fragments d'épiphanie », in Au nom de la fragilité : des mots d'écrivains. Érès, 2009. « Prémices », in Sillages d’Océanie 2009. Revue de l’AENC. « Un Souffle si doux », dans Sillages d’Océanie 2007. Revue de l’AENC. « Extraction ». Jour & nuit - La SLN depuis 125 ans... Société le Nickel, 2005.

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César Córdova - Mexique

© César Córdova Pendiente, 2009 180 x 113 cm oil on aluminium PARTAZ

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César Córdova - Mexique

© César Córdova Paparazzi, 2009 90 x 70 cm oil on canvas

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César Córdova - Mexique

© César Córdova Niñas junto a la ventana, 2009 80 x 100 cm oil on canvas

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César Córdova - Mexique

© César Córdova Sin título, 2009 50 X 84 cm oil on canvas

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César Córdova - Mexique

© César Córdova Mujer con vestido azul, 2009 200 X 120 cm oil on canvas

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À Montagne Froide NICOLAS KURTOVITCH

(NOUVELLE-CALÉDONIE)

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assis malgré le froid sur un banc de pierre exposé au vent vallées et montagnes se découvrent tour à tour pour le seul plaisir de s’ébrouer des jours des jours nuages nuages passent sur l’herbe au repos je me prends à chevaucher l’un d’entre eux les verres vides s’accumulent le soir les formes alentour peu à peu disparaissent alors fermer les yeux est la meilleure affaire pour entendre l’invitation de la montagne attendre n’est rien espérer est comme un torrent de l’herbe et du soleil se coucher sur l’une s’offrir à l’autre moi assis sous l’arbre indistinct qui ne chante jamais je chante le torrent m’écoute comme je l’écoute le nuage m’entend comme je l’entend dos à la montagne le regard traverse les arbres sur cette montagne passent les nuages lequel jusqu’au sommet

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être en montagne quelques pas tout juste du vent de l’eau l’herbe également chanter est alors un don partagé sur le rocher le nez en l’air Montagne Froide est vide versants plats herbe rase esprits au repos lèvres closes j’attend le réveil du torrent par la fenêtre bruit dehors sur la branche se tient l’oiseau au chant aigu avec lui jusqu’au portail je vais entre les sapins et les rochers il y a un sentier invisible qui le verra arrivera à Montagne Froide suivre ses pieds c’est le trouver © Nicolas Kurtovitch

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Sarajevo

Pacifique – Nouvelle-Calédonie

Je sais sous la neige la présence de mon corps il a parcouru les vallées encaissées et descendu des pentes de braise pour au sortir de la ville tant désirée et à peine visitée s’enfoncer au cœur des méandres d’un fleuve qu’on ne nomme plus jusqu’à être avalé par des rochers qui sont caves de bibliothèques brisées Je parcours les rues là les cendres de mille livres sacrifiés là les pierres arrachées des maisons envahies plus loin des visages dessinés noirs figeant à jamais la peur des canons les mêmes visages en un autre lieu diront le désir inextinguible de vivre là affirmer leur renaissance en bravant la gueule de l’encerclement je parcourrai pour ma joie et leur beauté les vieilles rues où toujours m’accompagneront vos voix aimantes Sur quoi est-ce que je pleure ? les étoiles allumées dès 19Heures sur les pentes de Trébévic les absents que je guette en cachette par une des fenêtres les visages jamais oubliés surgissant chaque seconde à ma mémoire je pleure la vie autre et je pleure celui que j’aurai pu être celui que j’aurai peut-être dû devenir à vos côtés je pleure sur tout et sur Sarajevo en ce petit matin qui me voit ombre sur le mur d’en face partir en silence comme pour rejoindre en dernier espoir un refuge improbable. Je vous ai laissé au moment du départ à peine une ombre de moi projetée sur le parapet du pont célèbre au-dessus la Miljaska qu’ensemble en quelque occasion nous avons franchie alors qu’un peu plus loin des ruines de livres justement là où le siècle nouveau allait naître ont par la force de la haine détruit l’utopie de ce même siècle la verrez-vous cette ombre lorsqu’en passant par là vous vivrez demain vos vies magnifiques et adorées de moi © Nicolas Kurtovitch PARTAZ

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Route La route n’est plus en terre, elle est lisse, elle porte en elle comme le plat de la lame du gigantesque couteau à l’origine de son nouveau corps. J’ai le souvenir d’être déjà venu par ici, mais non, il ne reste rien de ce que j’ai aimé étant enfant. Tout est triste maintenant, il n’y a plus l’odeur des grandes herbes ni la fatigue des longues heures de marches. Je ne sais si je reviendrai.

Tout d’abord la route est facile à suivre. Jadis elle était en terre, une succession de courbes et de lignes droites, cinq en tout, je revois les photos montrant les enfants, par grappes ils marchent le matin, le soleil déjà levé chauffe leurs têtes découvertes, sans chapeaux ni casquette car ce n’était pas l’usage il y a quarante ans. Aujourd’hui elle est goudronnée, les courbes sont mieux tracées, les lignes droites semblent plus courtes, peut-être parce que nous y roulons plus vite maintenant qu’il n’y a plus aucun nid de poule, la magie n’est plus sur cette route mais elle est toujours là lorsque nous arrivons au bord de la mer, à quelques mètres de la plage. Il y a ces enfants, très jeunes, bien plus jeunes que nous l’étions, ils courent partout, ils sont partout, ils ont des vélos, des patinettes, ils vont par grappes comme avant, les filles mêlées aux garçons, ils n’ont peur de rien, ni de la plage ni de la mangrove, couverte de palétuviers enchâssés dans une boue noire et visqueuse ils protègent les crabes, quelque peu, personne n’ignore comment poser une nasse et se faire un dîner d’une dizaine de bêtes. Là, que je sois seul ou en famille, que je sois dans le présent, ou projeté trente années en arrière par une série de photos à peine lisibles, je deviens étranger à celui que j’ai abandonné quelque deux cents kilomètres plus au sud. Lorsqu’un pan entier du versant ouest de la montagne, celui face au lagon, s’est effondré en un gigantesque glissement de terrain consécutif aux pluies diluviennes qui s’étaient abattues en à peine une vingtaine d’heures sur l’ensemble du Pays, j’étais là. Depuis rien n’a plus jamais été pareil. Je croyais en Dieu, celui-ci venait de m’abandonner. Peut-être, certainement, existait-il mais je me suis désintéressé de Lui tout comme Il avait cessé de s’intéresser à moi ; « vis ta vie » lui n° 1, décembre 2012

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ais-je dit en sortant pour la dernière fois d’une église, « je vais vivre la mienne, loin de Toi, pour toujours », en quelques mots enfantins je réglais définitivement ma relation au divin, plus tard je me suis rendu compte que c’est uniquement à l’Église que j’ai réglé mes compte. Il fallu plusieurs, un grand nombre d’années de vie à Nouméa pour parvenir à me glisser dans la peau et prendre le visage d’un jeune homme heureux, sans déchirure, sans blessure, sans faille intérieure, alors qu’un gouffre monstrueux a constitué la totalité de mon être intérieur. Si à cette époque,

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un chirurgien avait pu m’ouvrir le corps il aurait constaté qu’il n’y avait rien, sous la peau, derrière les os, derrière les muscles. Pas d’organes, simplement du souffle. Tout le monde, la famille, les amis, les maîtres d’école puis les professeurs tombaient dans le panneau, j’étais un enfant puis un jeune homme simple, heureux de vivre avec juste ce qu’il fallait d’incertitude et de mystère, ce qu’il fallait d’anticonformisme pour inspirer de l’intérêt, de l’amour, parfois une véritable amitié. Je voyageais en pensée, en imagination, je voyageais dans le monde réel par avion sur de courtes distances, vers les îles toutes proches de la Mélanésie, une fois je suis allé jusqu’en Polynésie sans réellement réaliser le saut dans l’irréel que cela aurait pu, aurait dû être, tant j’étais pris dans le déséquilibre le petit tourbillon d’un moi autre de celui que j’étais en vérité, cette vérité, j’étais seul à la connaître, il ne pouvait en être autrement. Je voyageais seul depuis si longtemps, le souvenir d’un compagnon, celui que j’avais perdu, s’effaçait, de plus en plus régulièrement je perdais son visage, j’oubliais le son de sa voix et les mouvements de son corps. Je ne voulais pas cette perte tout en devinant qu’elle était inéluctable si je restais ainsi à ne rien faire contre. Je fis ce que je devais faire, je retournai sur ses traces en prenant la route vers Poé, j’avais dix-sept ans. Celui qui conduisait la voiture ne se doutait pas, pas plus que moi, ce que le bouleversement prévisible du retour en ces tristes lieux, allaient produire en moi. Dès l’instant où je me reconnus sur cette route je redevins celui que j’avais été, celui que j’étais encore mais qui refusait à se montrer. Plus PARTAZ

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nous nous rapprochions du lieu du drame plus je me métamorphosais. L’abandon de ma nouvelle et contemporaine personnalité devint totale lorsque la voiture croisa à la perpendiculaire du glissement de terrain qui quelques dix ans plus tôt enseveli la maison de mon ami et mon ami avec. Personne ne sut jamais à cette époque le drame que j’ai vécu, le monde s’effondrait, la vie ne valait plus d’être vécue, ce lieu qui me portait et par extension l’île toute entière ne m’était plus rien, la confiance et l’espérance avaient à jamais disparues de mon horizon, la joie d’être au Monde n’était plus qu’une veine illusion. Mon malheur fit que je m’éloignais des autres hommes, non pas physiquement, non, mais j’avais perdu tout élan vers mes semblables comme si j’avais vécu la pire des trahisons, celle de l’amitié. Personne ne savait le lien qui nous réunissait, lui et moi, nous n’étions ni dans la même classe ni exactement du même âge, mais nous étions comme des frères véritables, c’était ainsi depuis le premier jour de notre rencontre dans la cour de récréation, celle du bas, réservée aux élèves du primaire. Il nous suffisait d’une brève rencontre à un moment de la journée pour que nous soyons heureux, heureux de vivre cette journée, capable d’affronter, allongé dans notre lit étroit de pensionnaire le soir et la nuit. Il nous suffisait d’un bref échange de quelques mots pour aimer ce temps de vie loin de tout, loin de ce que nous avions besoin à l’époque mais que nous n’arrivions jamais à nommer. Ce besoin de nous dire les choses importantes disparaissait lorsque nous étions ensemble et je suis certain que si nous avions eu les années auxquelles notre amitié aspirait nous n’aurions plus jamais eu besoin de la compagnie superficielle, exclusivement sociale et qui fut par la suite mon unique quotidien. Il est mort ce jour du glissement de terrain, je suis mort avec lui. Je restais mort pendant dix ans pour finalement revivre, ce premier jour, ce premier retour lors d’une promenade décidée fortuitement par des adultes qui avaient charge de moi. Je crus que le silence se terminait enfin et que je pourrais de nouveau converser avec lui, avec ce lieu, avec le monde, être heureux. Il n’en fut rien, la magie n’opérait que durant mon séjour, quel que fut sa durée, à proximité des ruines de sa maison, une fois pris le rebroussechemin, je redevenais l’ombre déformée de moi. n° 1, décembre 2012

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Aujourd’hui le long de cette route parfaitement dessinée, une fois de plus j’ai abandonné mon autre existence, pour quelques heures uniquement, mais la pleine respiration qui m’est ainsi accordée suffira à me tenir debout, et en apparence en vie, pour les semaines à venir, tous ne verront que du feu, mais je sais que la vie est terminée, je suis mort le jour de l’éboulement. C’est, maintenant que j’en ai pleinement conscience, un éternel chagrin.

Pacifique – Nouvelle-Calédonie

© Nicolas Kurtovitch

Nicolas Kurtovitch naît à Nouméa en 1955. Nicolas Kurtovitch est homme de lieux : des lieux qui bruissent de la parole des hommes, mais aussi, surtout peut-être, de leurs silences, partagés ou non. Il a reçu en 2003 le Prix poésie du Salon du livre insulaire d'Ouessant pour Le piéton du dharma, et le prix Antonio Viccaro 2008 pour l’ensemble de son œuvre poétique. Et tout récemment (2011) le prix Popaï, de la littérature néo-calédonienne pour son roman : Les heures italiques. (Anne Bihan)

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César Córdova - Mexique

© César Córdova Karla, 2010 55 x 45 cm oil on panel

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Éclairs de vie FLORA DEVATINE

(POLYNÉSIE FRANÇAISE)

Une après-midi chaleureuse, Kaléidoscopique !

Pacifique – Polynésie française

Lueurs boréales d'une enfance australe Dorée à l’émeraude des mara, uhu Ha'apu'u taravao du grand bleu outremer En l’océan luxuriant du Fenua'aihere ! Souvenirs indélébiles à fleur d'eau du Pari Des combats de Hui e Tai'arapu De Te Ono e tau à Fara'atara Dans les eaux de Vaitomoana De Vehiatua i te mata'i Tetumanu'a, Te'ie'ie Tetua'ehuri i Tai'arapu Tetua’umeretini i Vaira'o Du filet de Rafeamataono Du mono'i de Turi Des ume de Vai'ote Où les ‘iri'iri, bris de coraux Sertis de violine, de citrine et carmin Des coquilles d’huîtres, d'oursins Blanchis à la rosée, polis à l’émeri Des rouleaux déferlant brisant à Mau'oro S'amoncellent au zénith En motu ‘Iri’iri, en motu Tahiri, îlots scintillant Dans les embruns tumultueux Des émotions fécondes Senteurs d’écumes et de mape De ti'ane'e’et de po'e'ape PARTAZ

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Fulgurantes d’élans du coeur Fulminantes de frustration De l'enfance retranchée Dans ses fondements matriciels Sous les barrythonia et les 'ati séculiers De Atiti'i, Vahinerava'ai Rave’a...Oh ! Source de Temoto'i Au seuil de mon Pari mythique ! Résonnent en écho les pensées de mère Délicatement posées à l'instinct Thé bleu Fondant au chocolat Sorbet au corossol Gelée des dieux lares Pour chrysalides en fleur ! Prémisses au ravissement de l’âme ! Délices des palais ! Gaiement nous tressâmes nos brins de mémoire Tel Maui, les îles, des fonds abyssaux Défis d'enfants, hauts faits d'anciens Et la pirogue filait, filait Titiraina à palme déployée Vers Hotupu, Ta'apeha Sous la férule de l’aïeule Et le peperu de Huira'a Depuis sa traverse de balancier ! Mais au-delà du Pari Mur de pierre ou Mur de vent De Pamata'i

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Bleue et féconde la houle Grosse de sa propre renaissance Du fond des mers en effervescence L'horizon ouvert, mère et fille Dans un face-à-face subtil ! Feuilles diaphanes de pommier cannelle À travers lesquelles nous tentions

Pacifique – Polynésie française

Des bribes de réponses À nos problèmes insolubles ! Hina ! La plante de mes pieds fut submergée d'un grand bonheur à fouler l'herbe de ton jardin, à toucher le plancher sur pilotis de ton fare ! J'aime cette végétation côté deck ainsi que la vue sur la montagne et vers les cimes, résidence lointaine de tous tes êtres chers ! J'aime la chute du ravin au pied de ta maison ! Subtil mélange de vie sauvage dans ses senteurs de fougères, d'écumes, d'enfance privilégiée dans ses éclats de rire, ses pirouettes, et de maturité qui se donne le temps ! Lieu d’émergence ! Espace d'expansion ! C'est tout le Pari transposé ! Des éclairs de vies en l'espace de 7 heures sur les hauteurs de Pamata'i en compagnie de Hina et de sa mère Huira'a. © Flora Devatine

Pour les notes bio-bibliographiques conférez p. 7.

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César Córdova - Mexique

© César Córdova

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La rage de vivre HONG MY PHONG

(POLYNÉSIE FRANÇAISE)

Vietnam 1953. Un jeune homme d’origine vietnamienne, Guan Bao, vient d’apposer sa signature. Ne sachant pas écrire son nom, il fait une croix. Le voilà engagé dans l’armée indochinoise plus précisément dans La milice. S’ensuivent de

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longs mois à encaisser sans broncher les remarques racistes, les corvées humiliantes comme simple soldat tout en apprenant la langue française. Il expérimente la bassesse de l’être humain, et la laideur de la guerre. Les combats reprennent de plus belle à la frontière. Le général leur dit : « Vous êtes entrés dans la Légion pour mourir, alors je vous envoie là où on meurt ! ». Guan Bao est affecté en Cochinchine mais il n'en meurt pas. Les privations l’endurcissent, le musclent, le rendent plus fort, plus endurant qu’aucun autre soldat. Un an après, son courage lui vaut la médaille Coloniale. Algérie 1956. Le commando d’Extrême-Orient dont fait partie Guan Bao est muté à Alger. Suivant les ordres, il commet des choses atroces au nom de l’armée, pour la gloire de la France. Bizerte 1961. En tant que parachutiste, Guan Bao fait partie de la deuxième vague qui doit décoller de Blida en Algérie. Sa vie et la vie de ses hommes dépendent des chefs d’État Habib Bourguiba et Charles de Gaulle. Finalement, Bizerte est récupérée mais à quel prix ! Guan Bao, maintenant caporal, a perdu des hommes, des amis. Il comprend alors que le sang sèche vite et qu’il y aura toujours des batailles à livrer pour le compte d’hommes capricieux se prenant pour des héros. Il est décoré plusieurs fois pour son agressivité et sa combativité face à l’ennemi. Las de l’armée, Guan Bao décide de vivre à Tahiti. En travaillant dans les champs, il acquiert le métier d’agriculteur et veut travailler pour lui-même. Pour ce faire, il doit trouver un terrain. PARTAZ

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- Voilà, c’est ici, dit l’agent immobilier. Guan Bao jette un regard autour de lui. Ils sont arrivés à un endroit vaseux, marécageux où poussent en pagaille des arbres, des arbustes, des hautes herbes. Il ne dit rien et l’autre enchaîne : - Le terrain commence à partir de là, et ça va jusqu’au bout… là-bas, dit l’homme d’un geste vague de la main.

L’agent immobilier ne veut pas marcher dans la boue et se frayer un chemin dans la végétation, mais il suit Guan Bao, qui veut voir les limites du terrain. Guan Bao lève la tête. Il remarque la forme du terrain, son orientation selon les points cardinaux, voit les montagnes et tout cela lui plaît. Son instinct sûr lui a permis d’éviter le danger ou de rester en vie pendant les guerres. Il achète le terrain. Chaque jour, à la sueur de son front, à la force du poignet, il fera de cette terre inhospitalière une propriété immense dotée d’un champ exploitable et prospère. Quand son héritier vient au monde, il est comblé de bonheur : un garçon pour perpétuer son nom. À ses enfants, il ne raconte pas pourquoi il a deux doigts amputés à sa main gauche, ni ne dévoile l’origine de ses cicatrices laissées par des balles qui lui ont perforé le corps en de multiples endroits. Il avait et a toujours la rage de vivre.

© Hong My Phong

Née à Papeete, d'origine chinoise, Hong My aime la lecture et l'écriture depuis l'enfance. Membre de l'association "L'aire des Mots", elle s'essaie à l'écriture poétique : certains de ses poèmes (Où et comment vivre, Éruption) ou texte (Solidarité) ont été publiés dans la revue "Les Pages récréatives des Atelier d'Écriture". L'écrivain Jean-Christophe Camus à la lecture de son texte Le front de mer a écrit : "Ce trajet plein de sensations vives et fortes transporte le lecteur en Polynésie : tu nous décris bien la chaleur, les couleurs, les scènes de la rue, et aussi les odeurs et les parfums des lieux...Avec l’œil d’un sociologue averti, tu saisis ces scènes, avec distance et, tout à la fois, en captant tout, pour notre plus grand plaisir".

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No te a’a a monunu nei ! ODILE PURUE-ALFONSI

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E mata i vaivai ‘ia na te meimata no te paka’ano, Miri ‘aka’opega mai te tama Na te puta ‘io o te vaka ‘orokuku tai Te utu ‘akatuga ata no to poki’aga iti. ‘Akamaukikia mai ki roto tona oupo aupa’i Te mata ouporeka me te no’oara No tona utu ‘U, i varei’o i ruga te kato. Nunumi mai ki roto tona roro avakore, Te utu kapa no garoatuara, ’akaro’a, Tumutumu me te ‘akatugakore no te kaiga. Vei’o atu te tuoropi’e meameanoa Me te pua’iri’iri a te utu toromiki i keu’ae ana I ‘ereakura ana na te roaga o te utu atupapa. Kite mai nei te ata matorutoru, teatea I te ‘akapuroku ko’iti raga mo te ‘aka’ava Te mau ata teitei o te utu maga. Amaiga mai nei a mau ‘ei pupu I tau ma te ‘akateima’a tona tumu kaki Me te ‘agu’agu mo te ‘akamaeiei kiana: ‘Kakore, e tere arareva ta’ga amenei ! A rä nei, ‘u’ure mai nei te puta no to oraga, Me te ‘akatae atu e ta’i a Maro’iraga Nui, Ki te Turega o te ragi, i oupokava i nena’i ara mo te ki atu kiana “Varaka ana koe ! Kua tao’i au te tau, Po’au’au unananoa mai te utu moekoumea Ameara ra kakore roa tena ‘i atuta’a atu ! © Otira Purue (le 29 septembre 2009)

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Pourquoi cette mélancolie ! Les yeux embués de larmes d’adieu, L’enfant regarde une dernière fois Par les hublots de l’hydravion Les paysages de son enfance. Il emporte dans son cœur meurtri Les visages fiers et aimants De ses attaches restées à quai Il imprime dans sa mémoire naïve Les mélodies d’antan, émouvantes, Particulières et typiques de son pays. Il laisse les éclats de rires insouciants Et moqueurs des enfants jouant Et flânant le long des sentiers Il voit les nuages denses et blancs Se dépêcher de couvrir pour effacer Les silhouettes hautes des montagnes Il soulève les colliers de coquillages Suspendus lourdement à son cou Et leur murmure pour se rassurer « Ce n’est qu’un au revoir ! » Aujourd’hui, il entrouvre les volets de sa vie Et adresse un sourire reconnaissant À son destin autrefois cruel pour lui dire « Vois-tu ? J’ai apprivoisé le temps Il estompe simplement les souvenirs Mais jamais il ne les laisse s’en aller !

© Odile Purue-Alfonsi (le 29 septembre 2009)

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Partir, une évidence douloureuse

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Magareva e ! Jusqu’en 1965, les liaisons maritimes pour le ravitaillement des Archipels en sucre, farine, lait, pétrole et j’en passe, manquent cruellement. L’isolement et l’éloignement obligent les gens des îles à développer l’autosuffisance comme la pêche, l’agriculture, le coprah, l’artisanat … qui sont des ressources pour les besoins essentiels. Des liens d’entraide et de solidarité, qui sont une responsabilité commune, règnent dans leur mode de vie. À Mangareva, « Se Nourrir », « Se Vêtir » et « Prier » sont les préoccupations premières et fondamentales de la majorité de la population de l’Archipel. Ainsi, jour après jour, la vie s’écoule tantôt tranquille, tantôt agitée par des évènements rares et exceptionnels comme, par exemple, l’arrivée d’un hydravion pour un départ. Les enfants vont à l’école tandis que les parents vaquent à leurs occupations quotidiennes. Les fêtes religieuses et les récoltes rythment les vacances scolaires. Mme Jacqueline Golaz, directrice de l’époque, dirige son école avec fermeté et parallèlement, contribue à l’orientation des enfants vers le catéchisme en dehors du temps scolaire. Dotée d’une énergie pugnace et d’une faculté d’adaptation à cette vie simple, faite de privations, elle garantit à améliorer les conditions scolaires de l’établissement placé sous son autorité, l’île étant encore préservée des influences extérieures. Par loyauté pour sa fonction, par compassion pour ce peuple, par volonté de « sortir et de sauver ces enfants » de leurs conditions précaires et de l’isolement, elle leur voue un enseignement de qualité et de rigueur malgré les moyens matériels rudimentaires d’enseignement de l’époque. L’appropriation et la compréhension de la langue française sont une barrière infranchissable pour les enfants et pour la majorité de la communauté. Alors, avec abnégation, elle consacre son temps, ses soirées et ses vacances à « apprendre et à faire apprendre. » L’instruction, l’éducation et les résultats obtenus représentent son challenge et sa récompense. Avec courage et sévérité, elle persuade les familles du pourquoi de l’importance d’une scolarité continue. Tant et tant d’explications et d’argumentations pour éclairer leur esprit fermé et sceptique en même temps ! L’enfant l’entend encore dire à son père, désespérée : « - A TU’U ! EI MAITA’I NO TA ‘OE TAMARI’I ! » « - Lâche-la ! C’est pour l’avenir de ton enfant ! » PARTAZ

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Une mission difficile qui se heurte parfois au caractère rude et sectaire du peuple de ce temps-là. Une foi, un amour inconditionnel pour cet archipel qui exige de sa part des efforts incommensurables afin de surmonter les obstacles. L’enfant, inconscient des bouleversements qui l’entourent, poursuit en souffrance les apprentissages. En dehors de l’école, à Taku, district à l’est de Mangareva, il mène une vie insouciante parfois troublée par des appels d’impatience et d’exaspération de ses parents, du genre : «- Où as-tu disparu encore ? - As-tu changé ta culotte sale ? Regarde-toi ! Tu t’es encore sali comme d’habitude ! File te baigner dans le torrent là-haut ! » Trop heureux de fuir leurs récriminations, il disparaît en gambadant sur les rochers plats de la colline pour se précipiter dans l’eau limpide et fraîche de la source Vaitina et qui se déverse dans une cuvette naturelle en contrebas, là où les lavandières font leur lessive. L’enfant participe quelquefois aux menus travaux de la maison : mettre le couvert et débarrasser la table, ratisser la cour en ronchonnant et en huant sa sœur, nettoyer et curer les casseroles avec de la cendre ou du sable. Il accompagne aussi son père et sa mère, à pied sur le récif, pour pêcher les poulpes, harponner les poissons et pour ramasser les coquillages. Mais la plupart du temps, il s’échappe, laissant ses parents cultiver leurs champs de maniocs, de patates,... Il s’adonne alors à des jeux comme le « pei » qui consiste à jongler avec des boules de « rama » ou des citrons, ou alors au « tavari », le saut à la corde, au jeu de billes, en plein milieu du chemin. Sinon, il flâne, il court rejoindre ses camarades pour chahuter, jouer, raconter des histoires, et rire en joyeuse compagnie. Enfin ! Arrive l’instant attendu où trois enfants apprennent leur admission à l’entrée en 6éme. Des moments de joies et de fierté certes, mais aussi des moments d’appréhensions et d’interrogations : Partir ? Où ? Quand ? Comment ? Après ?... Partir représente une aventure hasardeuse et déchirante pour les familles qui ne sont jamais sorties de leur île. Partir ! C’est se résigner à accepter l’évidence d’une séparation douloureuse. C’est se dire : « C’est pour son bien ! » Un matin habituellement frais, un matin fatidique, troublé par le concert de bruits familiers qui s’élèvent dans la toile éclairée du ciel et qui se confondent à celui insolite d’un drôle d’oiseau. C’est le ronronnement assourdissant d’un hydravion qui déchire l’air pour se glisser dans l’eau turquoise du lagon. Le village sort de sa léthargie devant l’évènement et s’anime bruyamment face à cet objet surprenant et inouï d’admiration. Assise sur la natte, jambes ployées, maman termine les derniers préparatifs du départ. Elle toise son enfant et d’un ton grave, trahissant l’émotion, lui dit :

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«- Approche et ouvre grand tes oreilles ! Tu entends mes recommandations ! Tu pars loin ! Là-bas ! Tu es seule ! ...Tu grandis, et tu t’assumes ! … L’école est ton avenir ! Sois courageuse ! Surveille tes affaires ! Tu dois réussir ! Pour ainsi dire : débrouille-toi ! Ton père, lui, préfère te garder à ses côtés, mais Moi qui suis ta mère, je décide de droit de te faire partir ! » L’enfant reste muet de désarroi. Son regard larmoyant s’égare dans le brouillard à l’horizon. Il connaît sa mère et il sait que sa décision est irrévocable. Déjà, il ne l’entend plus. À quoi pense -t-il ? Il sait simplement qu’il ne jouera plus sur les sentiers des plaines à la recherche des mangues, des goyaves, des oranges … Qu’il n’ira plus à la montagne, dans les bois, chercher et amasser les fagots pour le feu de la semaine … Qu’il n’ira plus crapahuter sur les terrains pentus, en chantant et en criant à tue-tête … Qu’il ne poursuivra plus les petits crabes, pieds nus sur du sable corallien rayonnant de blancheur … Qu’il ne verra plus, tôt le matin, les pirogues alignées sur la mer puis remorquées loin, jusqu’au secteur ouvert à la plongée de la nacre … Qu’il ne se sauvera plus pour se baigner en cachette avec ses cousins quand la marée est haute … Et surtout qu’il ne reverra plus ses parents, qu’il ne sentira plus et pour longtemps, la chaleur et les parfums de la maison. Alors, désorienté, il considère le doux et beau visage de sa mère, puis lui murmure avant même d’être parti : « Je reviendrai. » À travers les hublots de l’hydravion, il emporte l’image merveilleuse du paysage encore vierge de son pays, de « Tekau ». Il emporte aussi l’espoir d’un retour rapide, d’une absence qu’il croyait courte. Hélas ! Des années et des années passent, l’enfant est toujours parti. On lui a simplement pris l’aller, mais lui, a oublié le retour. Les souvenirs d’antan, préservés dans un coin de la mémoire, exhalent encore les senteurs de son île éloignée. Je dédie ce texte à madame Jacqueline GOLAZ, aujourd’hui retraitée de l’Education, mon institutrice et directrice d’école des années 1962 à 1965 à Rikitea (Mangareva). Au nom des enfants mangaréviens, Nous te disons : MERCI ! À tous les enfants des îles, Je leur dis : Courage ! © Odile Purue-Alfonsi (le 25 septembre 2009) PARTAZ

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Te Manu kerere e manu kaiata’u E re’ure’u ma’iko’iko a me rama nei ki te avaragi o te ‘atatai. Mei ruga i tona rara, e tiaki ana te manu me te mataoko atu ki tua. Amenei rä, ’akarue ‘ia e te matagi tuki a pau, kiakia ove atu tena. A konoga ara noti, pe’au’au me te tareu atu mo te ‘akatau kiana. Teka mai nei ki ruga i te ragi e ta’i a puraganui ‘arakë roa, ma te koreva tini a ata tatai, pe te keu’ae ‘akameire. ‘Aka’ira ake te manu ki ruga, niu mai, me te ‘akamoruku i’o. Oro, ‘akapiki ‘aka’ou tena ma te tariruriru ; ‘uriarau ; ‘akapä me te ‘auraki mai te akau. ‘Aka’uri koia me te karo i te papaki te kare o te tai ‘uka’uka. No tona koakoa ki ana noti ; atuta’a ma’oki roa atu na te moana. ‘Akamo’uri atu te manu, ma te ‘akarirerire tona oraraga kaiata’u. E tini kiri manu ! Na tana utu ‘akaviriviriraga a me ‘akakite nei tona turaga ‘e’era. Etoko rä, kapiti amui mai nei te ragi me te tai e taratutu atu kiana : E te ‘oa kerere ! ‘Era’era mai to koe ‘urumanu kura Ka rere ! Ka rere ! Ka rere rä ! Ka rere kaiata’u ki to te ko’u; ka rere kaiata’u na te aroaroragi ! Ka rere pogi ta’aga ki uta, ka rere pogi ta’aga ki tai ! Ka rere na tararoa me te utari atu ki te matagi ! ‘Akarire koe ki te anuanua o te moana nui Me te ‘akamarumaru te gaioio o te tai paripari ! E te manu e ! Ekekura rere ! Vio mai ta koe utu kiakia rumaki Ki to te ka’u korouri o te ragi ! Koe ! Te manu kerere i ‘akapu’i ‘ia.

© Otira Purue (le 26 avril 2011)

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L’oiseau libre L’aube éclaire le beau paysage du rivage. Du haut de sa branche, l’oiseau attend et scrute le large. Quand, bousculé par un vent violent, il lâche un cri strident. Soudain, il bat des ailes et s’élance à sa rencontre. Un ballet majestueux se livre alors dans le ciel, dessinant un enchaînement de figures entrelacées, semblable au jeu du berceau. L’oiseau file à la verticale, pivote et plonge. Puis, il remonte en ligne brisée, s’aligne, plane et contourne le récif. Il virevolte et manque de toucher la surface houleuse de la mer. Heureux de sa démonstration, il s’éloigne à tire d’ailes du côté de l’océan pour ne plus réapparaître. Il disparaît, savourant ainsi sa liberté souveraine. Quel oiseau ! Ces acrobaties inouïes traduisent son esprit audacieux et volontaire. Alors, ensemble, le ciel et la mer se confondent dans une nuée montante et l’interpelle : Ami messager ! Déploie ton beau plumage ! Vole ! Vole ! Et vole ! Vole libre dans la brume, vole libre vers le firmament ! Vole vite vers la terre, vole vite vers le rivage ! Vole loin et accompagne le vent ! Accueille les nuées montantes du grand océan Et tamise les phosphorescences des vagues déferlantes ! Oh ! Oiseau ! Trésor volant ! Siffle tes mélodies émouvantes Dans l’étoffe bleue du ciel ! Toi ! Messager au gré des vents. © Odile Purue-Alfonsi

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Toku reo : taku e ‘akateitei nei Te reo magareva, te reo tupuna E a’a ra koe i te ‘aka’iga’iga, i te ‘akato’o, i te ‘akamouri ? Koe i ‘akakori kia matou, koe i ‘iki’iki kia matou, Pe te ta’i manava kuriri, perepere moeroa atu koe. A rä nei, na te ana ma’inatea o te ao ‘ou ‘Ano mai , roimata mai koe ki to matou Totonu mai me te toumaki mai kia matou Me’ea me te navenave, ma te ‘akatu te riraga oko no garoatuara. ‘Oki mai ki to matou, toatoa mai kia matou ia ’akaora aka’ou Te utu tagi i to’o ia no te reo tupuna Koia ‘oki ta koe pe’i me ta koe atoga E te ü ma’oi ! No te utu motumo’aga mamao roa ‘Aka’aka mai te teriga ! e torena ‘iana ta tatau atoga Mataara no te verega nui o te toumakiraga me o te mamaru ‘Akaveke koe me ‘akatu te riraga mana no ta tatou pouga Taigoa koe ki te takai otiga kore te taraga o te reo No matini roa … me no a koroio nei ‘ua No a rä nei noti, me no mamuri atu ‘Akairoga no to tatou turaga tagata me no to tatou oraraga © Tä ia e Otira Purue ( E rururaga no te utu reo ma’oi i Noumea : 05 / 09 / 2008 in Littérama’ohi n°16, juin 2009)

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Hommage à ma langue Pourquoi tant d’hésitations, de doutes et de craintes ? Toi qui nous a imprégnés et bercés depuis notre enfance, Telle une coupable, tu t’es réfugiée dans le temps Aujourd’hui, par une lucarne filtrant le jour naissant Tu nous réapparais, tu nous émerges Tu nous cherches et tu nous espères Belle et Mélodieuse, recréant les liens puissants d’antan Tu nous reviens, tu nous incites à nous réapproprier Les charmes insoupçonnés de tes sonorités Que sont ta musique et ta poésie. Peuple océanien des archipels lointains Écoutez-la ! Elle nous parle, Elle raconte notre Histoire Messagère des valeurs de l’espoir et de la sauvegarde, Tu veux rétablir les liens puissants de notre culture. Tu signes d’une empreinte indélébile les traces orales De notre Passé si lointain … et si proche Du Présent d’aujourd’hui et du Futur de demain Marque de notre identité et de notre existence © Odile Purue-Alfonsi (3 et 15 juin 2008) (Colloque des Langues Océaniennes à Nouméa : du 5/09/08 au 12/09/2008, in Littérama’ohi n°16, juin 2009)

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Elle est née le 16 novembre 1952 à Rikitea, île de Mangareva. En juillet 1965, elle quitte son île pour poursuivre sa scolarité, d’abord à Tiputa- Rangiroa puis à Uturoa- Raiatea et enfin à Papeete-Tahiti. Elle est restée près de 40 ans sans revoir ses racines. Elle devint institutrice en 1974, puis directrice d’école de 1987 jusqu’à son départ à la retraite en août 2008. Elle est titulaire des palmes académiques de l’Éducation Nationale en 2003. Elle est aujourd’hui mère de famille et grand-mère. Elle témoigne des souvenirs heureux et libres de son enfance, pour sa terre natale, pour sa mère, ses grands-parents, et pour ses amis d’enfance « laissés là-bas ». Elle dédie une pensée particulière à Jacqueline Golaz, son institutrice à Rikitea, à sa tante Odile Tavere à Raiatea et à sa famille de Tahiti. « - Il faut un grand Courage pour tout quitter et vivre loin de tout ! » dit-elle de ces deux femmes. « - Quant à moi ! Le destin m’a imposée l’épreuve de partir pour « un avenir meilleur.» Comme pour tous les enfants des îles, tout était un apprentissage en adaptation et en éducation. Partir, loin des attaches, représente une grande déchirure : « - Mon enfance heureuse et libre a forgé ma personnalité. Parler et écrire ma langue est ma reconnaissance pour mon archipel des Gambier, autrefois appelé : Les îles des vents brumeux, « Te nuku o te matagi a’u ». Auteur de textes poétiques dans les deux langues, mangarévienne et française, elle publie dans la revue Littérama’ohi, et elle participe aux lectures littéraires organisées par l’Association Littérama’ohi au Marché de Papeete, sur la place Vaiete à Papeete, ainsi qu’à différentes manifestations culturelles. Poèmes publiés Odile (Otira) Purue/Alfonsi, poèmes bilingues, en français et en managrévien : Montagne : effet miroir / Te Maga : kakaro ra ; À l’école des bruits de la nature / I te tukugaretera no te utu poku o te natura ; Hommage à ma langue / Toku reo : Te ‘akateiteiraga, in Littérama’ohi n°16, juin 2009 Odile (Otira) Purue/Alfonsi, poèmes bilingues, en français et en managrévien : Mangareva / Magareva, Aukena / Aukena, Le cocotier / Te tumuerei, Coucher de soleil / Iga’igaraga o te Ra, in Littérama’ohi n°17, juin 2009 n° 1, décembre 2012

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PhilosoPoétiquÉtant PHAM VAN QUANG

(VIETNAM)

Asie – Vietnam

L’opulence des fruits mondains Entraîne l’humanité à l’expédition dans la galaxie de la déréliction et de l’âme avec l’Être en conflit interminable, Évoquant l’appétit des doctes lamentables. Sur la terre des hommes surgissent De la profondeur d’une caverne infinie Le parfum de l’Étant et les fleurs de l’Existence. Dans quelle main se tient cette essence humaine Pour semer la désolation à la surface immense ? Ô, une fois déclarée, Volonté de puissance ! Dans ta chaîne mystérieuse, ton écho retentissant rappelle un Nietzsche solitaire, Un vagabond dans ses réflexions révolutionnaires Dès l’aube d’une enquête originaire. Dans la furie et dans le désir cérébral, On explore le vide, on découvre l’Inconscient Pour que fleuronne l’idée de l’Essence, Une telle freudienne originale Entre dans les cieux à langage déloyal. Qui mène une vie à reculons sans échec reconnaît dans les batailles idéologiques un Marx de déclin ou un rempart de ruine prétendant des rapports de production abondants en péril des pas incertains pour la lutte des classes truculentes.

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poétiques du monde

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Dans l’isolement, avec la densité de la fumée, immerge la goutte d’homme dont l’Être embrumé est tordu par les réflexions, la récession ou la déclinaison, par la méditation ou la dissipation sartrienne Déclarant l’existentialisme déraciné. Qui est-ce qui inscrit Dans l’espace songeur et pensif Des milliers de pages poétiques colorées d’ingénuité ? Voilà les constellations observant l’Étant tortu À la recherche de son Origine. Est-ce celui qui, depuis de longues décennies, innocemment endort, attendant l’essor d’idéal dans le désert qui croît jusqu’au nuage perdu ? Est-ce l’épilogue heideggérien mythique : Le secours à l’Être des vicissitudes inattendues ? © Pham Van Quang

Titulaire d’un doctorat ès-lettres de l’Université de Toulouse IILe Mirail, Pham Van Quang est enseignant-chercheur en littératures française et francophone vietnamienne à la Faculté de Lettres françaises de l’Université nationale du Vietnam à HCM-Ville. Ses recherches portent sur la sociologie de la littérature vietnamienne d’expression française. Il est l’auteur d’articles publiés dans des revues, telles Présence Francophone, Alternative Francophone, Nouvelles Francographies, Revue des Sciences des Langues étrangères, etc.

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César Córdova - Mexique

© César Córdova

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César Córdova - Mexique

© César Córdova

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© César Córdova

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Afrique et Proche-Orient RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO Si j’étais Les mots qui tuent les maux

Ben Eyenga Kamanda

p. 149. p. 150-151.

Un jour Fontaine K’

Harris Kasongo

p. 157. p. 158.

Rythme solfège Chant noir Éloge

Tchyké Mossih Tangarhé

p. 159. p. 160. p. 161.

Tendai R. Mwanaka

p. 163. p. 164-166. p. 166. p. 167-168. p. 168-169.

Isam Alsadi

p. 171-173. p. 174-176.

Rachel Chidiac

p. 179-185.

Taha Adnan

p. 187-188. p. 189-190.

Sonia Khader

p. 193-195. p. 195-197.

Monia Boulila

p. 199-200. p. 200-202. p. 203-204. p. 204-205. p. 206-209. p. 209-211.

ZIMBABWE Undying Echoes A Text For Haiti Murphy’s un-thought Somalia, “The Death Walk” Euro burning JORDANIE ‫سر‬ ْ َّ‫َز ْعقَةُ الن‬ Le glatissement de l’aigle LIBAN Fragments MAROC ّ ‫أسيرةُ ُح‬ ‫ب‬ Captive d’amour PALESTINE ‫أموت وأحيا‬ Je meurs et je renais TUNISIE ‫صمت الشاعر‬ Le poète est vivant ‫يا موتي األول‬ Premier trépas ّ ‫تأخر االعتذار‬ L’excuse a tardé

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Si j’étais BEN EYENGA KAMANDA

(RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Afrique – République démocratique du Congo

Si j’étais voleur, Je volerais haine, mépris et rancœur, Pour que les hommes s’aiment et se considèrent ! Si j’étais criminel, Je tuerais crime, mort mentale et charnelle, Pour que les hommes restent éternels. Si j’étais bâtisseur, je bâtirais, La solidarité et l’unité, Pour que les hommes ne se séparent jamais ! Si j’étais chasseur, je chasserais, La fatigue et l’abandon des désespérés, Pour aboutir au bonheur repéré. Si j’étais écrivain, j’écrirais l’utile, Mes mots seraient des armes, des outils, Pour que le vrai inonde le monde et brille. Si j’étais peintre, je peindrais, La joie et le bonheur tant rêvé, Pour que les regards l’admirent de près. Si j’avais des chaînes, J’enchaînerais le chaos et les peines, Pour que dans le monde la paix règne. Si j’étais l’amour, Je me répendrais sur chacun, toujours, Pour que nul ne soit chagriné d’amour. Si j’étais… je serais… © Ben Eyenga Kamanda

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Les mots qui tuent les maux Écoute les mots qui tuent, Les maux têtus qui te tuent. Écoute les mots pointus, Qui percent les peaux de tes maux, Les mots qui disent que l’avenir est beau. Les mots eux-mêmes beaux. Écoute aux deux bouts les mots debout, Qui dans la marmite de la vertu bouillent, Et tes larmes, essuient. Écoute les mots charismatiques, Qui ont une valeur pratique. Écoute les mots cousus, Pour plus que Ton esprit tu sois nu. Écoute les mots cossus, Qui du bas te hissent au dessus, Écoute et tu ne seras plus déçu. Écoute les mots qui viennent du cœur, Écoute les mots qui ont du cœur, Les mots qu’on chante par cœur en chœur, Écoute les mots qui touchent les cœurs, Écoute les mots qui font battre les cœurs, Écoute les mots qui visent la tête, Les mots qui marchent tête haute, Les mots qui tiennent tête, Qui retentissent sans trompette. Lis les vers sévères, Les vers mercenaires, Qui ne sont pas pervers, Mais qui ont du caractère. Il y a des vers couverts,

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Que tu dois mettre à découverts. Ne les écoute pas de travers. Les vers verts, Les vers des sacrés rêveurs.

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© Ben Eyenga Kamanda

Ben Eyenga Kamanda, alias Le Grand Enfant, est un jeune esprit artistique créateur. Il est amoureux du beau, de l’utile et de l’agréable. Âme bien née et poète, il est l’auteur de deux recueils de poésie. Auteur, compositeur, slameur, dessinateur, il est actuellement en rédaction d’un roman, d’une série télévisée, d’un film des enfants pour adultes, théâtre et autres collaborations artistiques. Il est membre d’honneur des rencontres européennes RDC et de Révoltés de la plume. Il a participé à plusieurs concours d’organisations littéraires où il a déjà été primé.

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Œuvres choisies HELENA HERNÁNDEZ

Helena Hernández - Mexique

(MEXIQUE)

« My plastic work centres its practices in the processes of social dialogue that offers me the possibility of opening a diversity of perspectives toward everyday life : creating pieces that are involved in the realities of the community in which they are built. My pieces are inserted inside provocative dynamics; questioning whether or not the spaces pre-destined for art are sufficient for the expansion and development of these provocations. In a wider sense, my idea is to create art open to different publics. Something happens when art takes place in spaces in which it has little or no presence. The opportunity for emotional development afforded by artistic practices should be democratic and something to which all have access. My photographic work ranges from large-scale pieces deployed on the streets, scenarios, candid photography to interventions and use of family photographic archives. I find in photography a way to conserve the weird fidelity of life or to distort it. My drawings pieces are concerned with the fragility of life and when they are exposed to the streets, or on to surfaces not drawing safe: they become autonomous. I began my drawing work as a direct mechanical approach between what I perceived from reality and what the material could give me in return: pencils, ink, colours, paint on paper, fabric, canvas or walls. Drawing is still now a research path for me but my subjects have mutated. In my installations and public interventions, I work with the space itself in order to understand it as a local phenomenon. The focused ambience gives me the opportunity to make a gap, to pay attention to and to become “public” or to stress my wish to amplify art spaces. Art, for me, is a process in action. It is mobile, something that questions and also puts in play the values of social space; an adventure in development, that finds itself as an event in different contexts and social variables. It is a system of relations to be reinvented. I have also exhibited in galleries as I see a need for connections between art spaces. »

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poétiques du monde

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She carried out her studies of Visual Arts at the National School of Plastic Arts ENAP, UNAM in Mexico and at the moment studying a Masters in Art in Public Spheres in Switzerland. She lives and works in Switzerland, Germany and Mexico. Helena has worked making streets look different trough photography since 2008. Her big photographic pieces adapt to a particular place or question the place itself. Nowadays she works also with drawing techniques on walls through the broad concept of Street Art. In 2011 she worked directly with Brasilian artist Lucas Bambozzi in the process and montage of his exhibition "O espaço entre NÓS e os OUTROS" in Laboratorio Arte Alameda in Mexico City. She participated in the performance "Lost-EGG in desert" of German artist John Bock in Mexico City, 2011. In 2012 she was a resident at the Galeri/Miz in Istanbul, Turkey and was part of the 6ª Bienal Internacional de Gravura Douro and in the Non-Toxic engraving workshop in Portugal. Her work has been displayed in collective exhibitions, the most recent being in the UK, Portugal, Spain, Germany and Mexico and her solo shows in Mexico and the UK. She has attended a diversity of workshops, among them: "The Semiotics of Art: the visual identity" Given by Professor Omar Calabrese, BUAP; Puebla,Puebla, "Inter-Sitio" Given by Lorena Wolffer and Arturo Ortiz Struck. Museum of Contemporary Arte Carrillo Gil, Mexico City, Mexico, "La Fiesta del Asno. A project of Pablo Helguera" Museum of Contemporary Art Carrillo Gil, Mexico City, Mexico, "South, south, south, south..." SITAC VII, "Inequality, war, crisis" Clinic 3, given by Daniel Heron Usabiaga. CAP, Mexico City, Mexico, "Clinicas Injerto" - As part of the activities of the Injerto Symposium, University Museum of Contemporary Art and To Affirm Reality? MuAC, Mexico City, Mexico and the International Symposium of Esthetics and Emancipation in the UNAM, Mexico. She has also participated in collective exhibitions: 2012 “İzlenimler ve Karşılıklar / Impressions and Responses”, Galeri/Miz, Istanbul, Turkey. 6ª Bienal Internacional de Gravura Douro 2012, Alijó, Portugal. “Ser Mujer” Galería Héctor García, Mexico City, Mexico. “Hope and Poverty” The Plaintworks , Bristol, England. 2011

“De la Reutilización a la Reinterpretación”, San Jerónimo 31 Gallery, Mexico City, Mexico. “Limitrofe. Crossing Borders”, El Árbol, Valencia, Spain. “Intervenciones en Alianza”, Centro Cultural Azcapozalco, Mexico City, Mexico.

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Helena Hernández - Mexique

2010 “Polar Fair” Tactilebosch Gallery, Old Victoria Buildings, Andrews Road, Llandaff North, Cardiff, England. “Invade” Foro Cultura Hilvana, Col. Condesa, Mexico City, Mexico. "Contrabando y traición" ...en el Arte e Historia de América Latina" in the TACO (Market of Contemporary Art) at Faro de Tlahuac, Mexico City, Mexico 2009 "Paisaje Mutante. La intervención en lo cotidiano" Estacionarte 09 Clocktower, Mexico City, Mexico. "El crimen perfecto: Insano TV" Yase Torció Collective, School of Modern Languages Hispanic, Portuguese and Latin American Studies, University of Bristol,Bristol, England. "Agua" Collective Exhibition of Photography. Fourth Creative Project of the Antonio Caso Anglocentro, Mexico City, Mexico. “Tres puntos suspensivos” Acciones con el artista Gean Moreno en el marco del Seminario de Medios Múltiples en Centro Histórico de la ciudad de México. “Movimiento plástico” Plastic piece with the Canadian artist Martin Dufresne in Seminario de medios Múltiples in the City Centre, Mexico City, Mexico. 2007

“Fotoseptiembre” Collective Exhibition of Photography, Galería Autónoma, ENAP, UNAM, Mexico City, Mexico.

2006 City,

“Improntas”, Collective Exhibition of Photography, Casa Frissac, Tlalpan, cMexico Mexico. “Hágua” Multidisciplinary Art Show, Col. Candelaria Coyoacán, Mexico City, Mexico. “191720n 991004º”, Intervention, Casa Frissac, Tlalpan, Mexico City, Mexico. “Summus Lapsus”, Collective Exhibition of Photography, Galería Autónoma, ENAP, UNAM, Mexico City, Mexico. 2005 “Semana Latinoamericana de Arte Independiente”, Photography, Rosario, Argentina. 2005 “Tótem de Artista”, Sculpture, Galería El Barandal, Centro Histórico, Mexico City, Mexico. 2005 “Tótem de Artista”, Sculpture, Galería La Escalera, Centro Histórico, Mexico City, Mexico. 2005

“ExpoENAP”, Sculpture, ENAP, UNAM, Mexico City, Mexico. “Festejo Peatonal”, Instalación, Antigua Clínica Regina, Calle Regina, Centro Histórico, Mexico City, Mexico. 2002

“Color y Forma”, Drawing, ENM, UNAM, Mexico City, Mexico.

Individual exhibitions: 2011

“Dibujo”, Drawing in Entijuanarte 2011, Tijuana, Baja California, México. “Invasión Híbrida”, Drawing, Galería Studio Cerrillo, San Cristóbal, Chiapas, México. PARTAZ

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poétiques du monde

2008

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"Extremos" Photography, Anglocentro Antonio Caso, Mexico City, Mexico, and 2007

2007 "Welcome Death?" Images of Death in Mexico, Photography and drawing, University of Bristol, Bristol, England The contests in which she has been selected: 2012

Artistic residency at the Galeri Miz, Istanbul, Turkey. 6ª Bienal Internacional de Gravura Douro 2012, Alijó, Portugal.

2011

3rd Price in the contest “Intervenciones en Alianza”. Grant and Exhibition: “Invasión Híbrida” at the Galería el Cerrillo San Cristóbal de las Casas, Chiapas, México. 2009

Selection at “Estacionarte 09” in Estacionarte.

2008

"Inter-Sitio" Selected (group) for a project in public spaces in a workshop given by Lorena Wolffer and Arturo Ortiz Struck and in 2009

2008

"Agua" Selection of the 4th Contest of the Creative Project of the Anglocentro Antonio Caso.

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Helena Hernández - Mexique

© Helena Hernández "Cattle" Digital photography Variable sizes 2011

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Un jour HARRIS KASONGO

Afrique – République démocratique du Congo

(RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Sur mes rêves étiolés, j'écris ton âme, ma terre... on a déchiré mon espérance et laissé perméable mon cœur les scories se sont accaparées de mes joies pour les réduire en cendres. ces fameuses scories boivent comme du jus je suis devenu un mouroir mes mains toujours prêtes à accueillir corps les corps des miens que la haine écrase de cette terre d'homme; Volcan du Nyrangongo où es-tu passée laissant traîner mon deuil sur le sable Ma ville de GOMA sur le délice charmeur des Affres? l'humble paysan qui humait l'air moite du matin avant de labourer sa terre arable n'a plus que son chapelet au lieu de sa houe. la pauvre enfance, n'a que ses pleurs pour chanson l'école est un hangar pour des "Réfugiés" Réfugiés, sur leur propre sol. la mère prépare le sang comme souper. un jour. Ô mon peuple, je te parle, Demain va fleurir avec ou sans mon poème bancal de l'Est à l’Ouest, et la face éclatante du très haut verra votre cœur incandescent. © Harris Kasongo

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Fontaine K’ sur ton visage lumineux je vois défilé l'avenir de mon pays et de notre patrie commune l'Humanité tu es ma crainte et mon espérance l'un des motifs de ma vie frêle sur ton visage il y a ma joie le bonheur d'être un homme, un père d'être une mère qui te porte au fond de son cœur plein de chagrin et de fardeau merci pour ton sourire d'ange mon cher Enfant. © Harris Kasongo

Harris Kasongo, jeune écrivain de la République Démocratique du Congo est né en décembre 1986. Son recueil, Hymne d’Espoir a paru aux Éditions Le Manuscrit. Il est lauréat de nombreux prix littéraires internationaux. Son recueil Fraîcheur vient de paraître aux Éditions Le Manuscrit. Il travaille sur des œuvres narratives, nouvelles, contes, récits. Il est étudiant en lettres à l’Université Pédagogique Nationale à Kinshasa.

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Rythme solfège TCHYKE MOSSIH TANGARHÉ

Afrique – République démocratique du Congo

(RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)

Clair espoir de vie que je lègue aux fils des hommes Âmes limpides des siècles et protectrices de l’héritage Clair espoir de vie que j’ai reçue des ancêtres Âmes galactiques endormies dans l’extase des âges ! Clarté dorée de vie que je partage avec les hommes Dans leur chair sans orgueil et leur cœur assouvi Avec qui je partage un hymne vital pour la vie Jusqu’à l’aube des candeurs monotones s’émeut À l’horizon un priant appel pour la vie dans la terre L’amour que je partage est cœur enflammé Un cercle géométrique d’unité flamboyante Un flot de vagues subtiles qui s’en va dans le calme des voluptés marines Un ressac transparent qui voltige au décor des rives des océans Qu’emportent les heures fugitives au départ irréversible Des eaux qui s’écoulent entre le bief de la vie et les plaines de l’amour L’amour que je partage écume l’étuve des senteurs tropicales Flotte dans l’humidité singulière des coteaux qui jaunissent De la brise qui s’en va, de l’écho qui s’éteint ! L’amour que je partage entonne le blanc solfège Dont la pureté sonnante ressemble aux feux des neiges Qu’éclaire le frais berceau des causeries du cœur Ô vie que je partage, onde à jamais sacrée, à jamais éternelle Vibrez à jamais, revivez sans cesse… © Tchyké Mossih Tangarhé

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Chant noir La vie que je partage est un rose feuillage des pluvieuses saisons Où les canaux nuageux émanent des turbulences laminaires ondées Qui descendent au rythme des boules liquéfiées d’un ciel aéré Tout est vie là-haut, dans les ciels élevés La vie que je partage est une aile ascensionnelle Un cœur armé contre toute glaciale pesanteur Un tube de rayonnement pour les plus sombres caveaux La vie que je partage est une franche banquise posée sur terre Pareille à un monolithe que les hommes ont dressé du temps de l’étoile Primitive inflexible et polaire dont on tire le présage L’air informe frôle l’épaisseur de la banquise pendant que Celle-ci marque son empreinte au royaume de la terre généreuse Le sentiment de la banquise est un pâle frisson La vie que je partage est un matin orné de blanc, de bleu et de pâleur Instant précieux qui coule et ne revient jamais, passe à l’infini Dans un couloir d’astres candides La vie que je partage est un roseau priant Ô providence ! Ô fondement ! La vie que je partage est une ramée ventée Qui multiplie son beau feuillage à la lisière de la nuit Lorsque s’entend le son turbulent des frottements dans l’eau Qui coule dans les profondeurs des roches cristallines… © Tchyké Mossih Tangarhé

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Éloge Je m’en irai partager l’amour dans les lieux secs pour Les rendre fertiles jusqu’à ce qu’il y naisse une oasis Où boiront les fils du monde Sans masque au visage Je m’en irai partager l’amour dans les brousses Des libres chasseurs de licorne, eux qui entonnent et chantent Le coup de l’aube lorsque dorment les fils aînés Protecteurs de l’héritage Je m’en irai partager l’amour en Ituri Où l’espoir de nos mères désarmées s’exhale comme Se perd la senteur du zéphire Je chanterai des hymnes de gloire aux femmes infécondes Moi, messager des âges impopulaires Je chanterai des louanges aux danses païennes des filles de raphia Je m’en irai partager l’amour là où le rebond des ressacs maritimes S’annule sur l’étendu de la matière transparente Sur laquelle s’agitent d’ivres goémons Je m’en irai partager l’amour où les teintes bronzées de kabialh Sont le reflet de l’ombre des fugaces caïmans qui pullulent dans nos eaux Je m’en irai partager l’amour là où la pâle clarté du ciel nocturne Diffuse un fond céleste, des lumières qui s’étendent, Qui percent les rameaux de faîte d’où l’on tire des boules d’amandes Je m’en irai partager l’amour dans les sèves fuyantes des racines de l’okoumé Du milieu de notre sol sauvage et graver dans les mémoires profondes Les racines du silence… © Tchyké Mossih Tangarhé

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Tchyké Mossih Tangarhé est né le 25 février, en 1992, à Bagarah, dans la province de l’équatoriale du Congo. Il est obligé de voyager avec sa mère. Il quitte sa province natale pour la capitale, Kinshasa, où il vivra jusqu’en 1993. Il quitte son pays, le Congo pour le Gabon où son père, Nkashama Mubabianzé est professeur. Ce dernier l‘inscrira au Lycée Saint-Dominique de Moanda où il fera ses études primaires. Il rentre au bercail en 2003 et profite de l’occasion pour s’inscrire au collège Abbé Loya où il fera des études secondaires en mathématiques et physique. Il entre à l’université pour entamer des études académiques qu’il interrompra plusieurs fois, convaincu que les études fonctionnent comme agent élitiste et ne servent qu’à assurer la continuation du néocolonialisme. Son mépris des études et son rejet du salutisme académique (auquel l’Afrique noire a adhéré par contingence historique) attire sur lui l’incompréhension de sa famille. Bien avant d’arriver à son mépris de la pédagogie importée, à 15 ans, il refuse d’être gagné pour le conversionisme chrétien. Il s’oppose ainsi au prosélytisme dogmatique chrétien et à l’endoctrinement salutiste d’inspiration biblique de sa famille. Il franchit les portes de l’univers littéraire, alors qu’il n’a que 14 ans : c’est à cet âge qu’il débute avec les premières compositions de ses textes. De lui citons (œuvres encore inédites) : les floraisons sonores (poésie), élégie voltaïque (poésie), les harmonies du cœur (poésie), déferlement rythmique (poésie), écho d’Afrique (conte), l’histoire en morceau (conte), les femmes héroïnes (théâtre), éternel envol (théâtre), empire ou patrie (théâtre), des écrits sur l’esthétique et la sorcellerie, le totémisme.

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Undying Echoes TENDAI R. MWANAKA (ZIMBABWE)

Afrique – Zimbabwe

A single beat of my heart What did I see? Continuous echoes of the beat resounding on and on Echoing, is it about the suffering young and old? Man waiting, crying for thisa hopeless life A country now mourning, weeping, bleeding to ruins. In eternal seasons of darkness as of the summer’s rains. © Tendai R. Mwanaka

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A Text For Haiti It was not a rosy-fingered dusk, still light but darkening afternoon. That fateful day, that frightful afternoon is still a crazy dream. It was on 12 January 2010. At 16:53 in the late afternoon, dripping into evening, destiny knocked, like a birth of melancholy, carrying its elements into the streets A furious, fiery, spiteful single beat of the earth tracing her bloody legacy in agony through dark Port-au-prince’s darkened city bringing the forgotten past of 1751, 1770, 1842, 1946 Flooring Port-au-prince, a Venice of the poor and other listless cities tilting under the weight, all gone flat Jacmel, Leogane, and others Whole towns that disappeared Hundreds of thousands died an ignominious death, trapped like rats. Deadlocked, sandwiched between sheetrock, beams, crashed windows. Wrenched broken bridges across rivers and blooded receding streams of waters. Under astylar pavilions and stilted stucco. Smashed cabins, roofing, reeling rafters

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Dead bodies floating around like bloated angels in saranwrap The oil, stench, puke, shit, piss gas, chemicals, an imperial alchemy Oozing out and hospitals turned into morgues, tents turned into hospitals Open grounds turned into dormitories

Afrique – Zimbabwe

A damaged kaleidoscope of the empty. Darkness flowing around you like a cloth draping one to the feet. A people at the loose ends. A country forgotten, dismissed, under the blistering cold winter nights, no warmth, no food. Tides of the poor, sick and hungry All your hopes floating like soap bubbles and pain becoming your very breath A soul on nine tail lashings the lashings, licking your soul Crying tears, painful tears tears of the depth Tears of a divine despair And when the crying is spent You had to realize your wound Haiti But here and there existential anger gave way to true and honest heroism. People, families, individuals pulling together. Their courage photographed and framed. Their voices, like voices of zombies, straight out of the collapsed buildings Mort-vivants, rotting, living skeletons Rescuing families stranded Saving thousands of people And I am energized by their voices Zapped, I am carried forward PARTAZ

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Haiti I can only listen and hear the winds carrying random grave tides from miles this far away. Haiti I know what I see cannot really be shown by the grief inside of you. Haiti all that I can do is to slowly define it, to fit it to what you want Haiti it would be good to remember and accept that not all storms earthquakes, typhoons, tremors are necessarily meant for you Haiti I know it is difficult to walk in this truth When the child crying is your child. © Tendai R. Mwanaka

Murphy’s un-thought How I wish for a falling toast To land on the buttered side Making me realise that it is 60 years Since Murphy un-thought “Murphy’s law.” “Whatever can go wrong, will go wrong.” And with what practical application? The more I have fought for freedom The further that I have been Far from being free But the other side of this Might result in me being free But I would rather not For I am rabid optimist. © Tendai R. Mwanaka n° 1, décembre 2012

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Somalia, “The Death Walk” It’s like souls, lost souls walking in the damp chill of the Hades. Little angels walking, as pained as the stomach of a starving child. Hundreds of thousand of miles. To food camps dotted in and around the horn of Africa. Across to Yemen.

Afrique – Zimbabwe

It’s the Somalians. Facing again up to another problem. Leaving their country. Leaving in droves again. They are always leaving, its now a part of their DNA. Such are the markers of meal times, leaving, leaving, leaving… The want of nothing more; is it the simpler version? Of the most difficult of this long constant. Hunger is a lifetime. Close to a million left due to this hunger. There is always a war in the mix. The war is a lifetime. Remember the days of Samuel Doe, the subsequent killing fields. The years of Saide Barre! Of the warlords, Farah Aidid! He pelted the Americans out in 1992. He was later gobbled. The country got divided. Creating three kingdoms. Into these three kingdoms. Every day of its life, it is dying. It still exists, though. Three kingdoms that are dying. Dying from an overdose of self-destructive tendencies. It’s in Southern Somalia; hunger and famine has hit the hardest! It is the worst drought in over 60 years. Killing tens of thousands. Whilst mother UN and the whole world do their talkathon. Talking about talks! Not to forget the killings from the al-shabab. Those terrorist dogs? PARTAZ

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Those bastards who control the biggest part of Somalia, Southern, killing, killing and killing... Kenya now hosts the biggest refugee city in the world. Bar Palestine ofcourse! A home to half a million refugees, and the walks don’t stop… Walking… “When we are walking if a dog collapses and fail to rise up we leave it to die there. If a child collapses and fail to rise we leave the child to die there too. We can’t carry anything heavy whilst walking.” “How many children did you leave behind?” “I left six children behind. I had eleven children, now I have five.” Six children, staying, unable to decipher, the patterns in their own eyes! © Tendai R. Mwanaka

Euro burning It started with Greece. The former Byzantium Empire. Greece reconquered Europe again but with its problems.... It started gobbling the Irish, then it conquered Portugal, and it still refused to be contained.

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Next it would take in Spain, with its over 23% unemployment rate, then it would chew Italy (with 120% debts to its GDP), and it would swallow the beautiful Nordic, then Herr Europa herself, if it stays unsolved.

Afrique – Zimbabwe

Herr Europa herself is still the unsunk ship (yet). It is V.I.P part of the sinking titanic, and the rest of Europe has hit an iceberg, somewhere near Iceland which dealt with such things differently before. Maybe Europe might ask for advice? A bit on the safe are the UK and the Nordic north, and others who have refused to enter this sinking ship, Switzerland, keeping to their adored pounds, francs, kroner... The capital of Europe, Belgium has now existed without a government for over 13 months. It’s a country without a government but it’s doing well. I think it is a cool proposal for Europe to think along the Brussels lines: no government, no debt crisis…. Now there is an idea! © Tendai R. Mwanaka

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poétiques du monde

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Voices from exile, a collection of poetry on Zimbabwe’s political situation and exile in South Africa was published by Lapwing publications, Northern Ireland in 2010. KEYS IN THE RIVER: Notes from a Modern Chimurenga, a novel of interlinked stories that deals with life in modern Zimbabwe was published by Savant books and publications, USA in July 2012. Revolution, Logbook written by a drifter, and Voices from exile were both short-listed by the Erbecce press poetry prize in 2012, 2011, and 2009 respectively, nominated for the Pushcart twice, 2008, 2010, commended for the Dalro prize 2008, nominated and attended Caine African writing workshop 2012. Published over 200 pieces of short stories, essays, memoirs, poems and visual art in over 100 magazines, journals, and anthologies in the following countries: USA , UK, Canada, South Africa, Zimbabwe, India, Kenya, Cameroon, Italy, France, Spain, Cyprus, Australia and New Zealand.

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‫سر‬ ‫َز ْعقَةُ النَّ ْ‬

‫‪ISAM ALSADI‬‬ ‫)‪(JORDANIE‬‬

‫ك كأنَّها قَدَر‬ ‫تَ ْعتَري َ‬ ‫ك ُك َ‬ ‫نت ُعريانا…‬ ‫كأنَّ َ‬ ‫ك القصائِ َد ُكلَّها‬ ‫ناح ْي َ‬ ‫فَتَح ِم ُل في َج َ‬ ‫وتَطي ُر…‬

‫‪Proche-Orient - Jordanie‬‬

‫ال تَدري َمتى َستَحُط‬ ‫كيفَ تَحُط … َ؟‬ ‫أَينَ …؟‬ ‫وال تُف ِّك ُر بالَّذي يأتي…تُ َحلِّ ُ‬ ‫ق‬ ‫فناجين السَّما ِء‪!..‬‬ ‫ثُ َّم تَنظُ ُر في‬ ‫ِ‬ ‫ك‪:‬‬ ‫يقو ُل بُر ُج َ‬ ‫‪ +‬يا هَوائِي اتَّبِعْني َمرَّة‬ ‫َو ْ‬ ‫ك…‬ ‫امأل ِدال َء َ‬ ‫يَا هَوا ِئي اتَّبِعْني َمرَّة…‬ ‫وا ْنفُضْ َجنا َحكَ ‪,‬ثُ َّم تُبْ ع َْن‬ ‫ك ْ‬ ‫َينين‬ ‫قَلبِ َ‬ ‫بوح ِم ْن ع ِ‬ ‫المذ ِ‬ ‫ك ذا ِهبا‬ ‫صا َدفَتا انتباهَ َ‬ ‫َ‬ ‫ب‬ ‫في ال َغي ِ‬ ‫ب ع َْن ُدنيا…‬ ‫والتَّغيي ِ‬ ‫اتبعني َمرَّة…‬ ‫ي ‪ -‬وا ْمتَ ِحنِّي‬ ‫دار َ‬ ‫َو َ‬ ‫داركَ ‪ -‬أو َم ِ‬ ‫ضع النِّسا َء على َم ِ‬ ‫…ال تُص ِّد ْق ما َرأَ ْ‬ ‫ك ِم ْن ر ُْؤيا…‬ ‫ت عينا َ‬ ‫اتَّبِعْني‬

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‫‪PARTAZ‬‬


‫‪| Revue Vents Alizés‬‬

‫‪poétiques du monde‬‬

‫ترحْ ما ِش ْئ َ‬ ‫ت‬ ‫ياااااا هَوائِي‪ :‬الفضا ُء ُم َكرَّس لَ َ‬ ‫ك فا َ ْق ِ‬ ‫في امرأَ ٍة تُنادي‬ ‫ار‪:‬‬ ‫ُرج النَّ ِ‬ ‫ِعن َد ب ِ‬

‫" ب َ ِّل ْلني…‬ ‫سعار ِ ال ِّطي ِن في َجسدي‬ ‫ُألشْفى ِمنْ ُ‬ ‫ي‬ ‫افتر ِ ْع ما ِ‬ ‫شئْتَ ف ِ َّ‬ ‫وفي َنواف ِ ِذ َر ْغبَتي‬ ‫َك ْي َأستري َح وتَستري َح… "‬ ‫ت الطَّويل ِة والقَدي َم ِة‬ ‫تَقو ُل ‪ :‬يا د َْل َو الهزائِ ِم وال َخسارا ِ‬ ‫أي َمعنى َسوفَ يَبقى…؟‬ ‫أي معنى حين تَ ْن َغلِ ُ‬ ‫ق‬ ‫ك التي ا ْنفَتَ َح ْ‬ ‫ال َّشبابي ُ‬ ‫ت ألَحالمي وأَوهامي…وريش َي‪..‬؟‬ ‫أي معنى …؟‬ ‫فات ُر ُكوا لي امرأتي في َج ْم ِرهَا َكي تَ ْعتَريني… َكي أَكونَ …‬ ‫ق أنَّني َ‬ ‫طير‬ ‫ص ِّد َ‬ ‫َو َكي أ ُ َ‬ ‫صائِ َد ُكلَّها…‬ ‫ناحي ِه القَ َ‬ ‫ي َُخبِ ُئ في َج َ‬ ‫ق‬ ‫ص ِّد َ‬ ‫ثُ َّم ات ُر ُكوني … َكي أ ُ َ‬ ‫َّ‬ ‫أن بَرْ قي َسوفَ يَكفي‬ ‫ال ْن ِطفا ِء اللي ِل ‪َ ..‬يكفي الحْ تِراقِي‬ ‫كا ِمال‬ ‫صحْ ِن َع ْت َمتِها…‬ ‫في َ‬ ‫ات ُر ُكوني…‬ ‫ثُ َّم تُجْ هشُ ( والرِّجا ُل لَهُ ْم بُكا ُء …) ‪:‬‬ ‫ ال أُري ُد ِمنَ الهوا ِء ِسوى‬‫ت‪.‬‬ ‫طور ال ِّذ ْك َريا ِ‬ ‫ُع ِ‬

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‫‪n° 1, décembre 2012‬‬


‫ب ِسوى جُذوري…‬ ‫ وال أُري ُد منَ الترا ِ‬‫ ال أُري ُد ِمنَ السَّما ِء‬‫ين ع َْن لُغ ِة النِّسا ِء‬ ‫ِسوى ابتعا ِد الطِّ ِ‬ ‫ِسوى ابتعادي في النِّسا ِء‬ ‫ وال أُري ُد ِمنَ النِّسا ِء‬‫هاج ْ‬ ‫ت ِمنَ ال َّشفتي ِن َحتَّى‬ ‫ِسوى حديقَتِها التي َ‬ ‫ديم…‬ ‫آ ِخ ِر األ ْع‬ ‫شاش في َش َجري القَ ِ‬ ‫ِ‬

‫‪Proche-Orient - Jordanie‬‬

‫ وال أُري ُد ِمنَ الحديق ِة َغي َر قافِي ٍة لَها‬‫َكاليا َسمينَ ِة ِعن َد َك ْعبَتِها…أ ُ َعلِّقُها‪,‬‬ ‫وأُحْ ِر ُ‬ ‫ق ُك َّل ريشي والقَصائِ َد‬ ‫ْر‬ ‫ثُ َّم أَ ْهوي ِم ْن َسمائي ِمث َل نَس ٍ‬ ‫عاريا…‬ ‫ِ‬ ‫ُ‬ ‫درها ‪ -‬ظهْرا ‪-‬‬ ‫ق َ‬ ‫فَيُ َش َّج َرأسي في َش َوا ِه ِ‬ ‫ص ِ‬ ‫ف…ثُ َّم أَ ْن ِز ُ‬ ‫فَأ َ ْن ِز ُ‬ ‫ف…‬ ‫ثُ َّم أَ ْن ِز ُ‬ ‫ف…‬ ‫ثُ َّم أَ ْشهَ ُد‪ " :‬أَنَّني قَ ْد ِع ْش ُ‬ ‫ق‬ ‫ت " فَو َ‬ ‫ب فِ ْتنَتِها – َكما قَ ْد ِش ْئ ُ‬ ‫ت – ظَمآنا…‬ ‫َ‬ ‫صلي ِ‬ ‫ق َز ْعقَتي في َر ْأ ِسها…وأَ ْ‬ ‫ْر أَ ْز َع ُ‬ ‫موت‪.‬‬ ‫و ِم ْث َل النَّس ِ‬ ‫‪© Isam Alsadi‬‬

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‫‪PARTAZ‬‬


poétiques du monde

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Le glatissement de l’aigle (TRADUCTION)

Elle te possède comme si elle était le destin Comme si tu étais nu … Tu prends alors, sous tes ailes, tous les poèmes Et tu t’envoles … Tu ne sais ni quand tu atterriras ? Ni où … ? Ni comment … ? Et tu ne penses plus à ce qui va arriver …Tu planes Puis tu regardes au fond des coupes du ciel ! Ton zodiaque te dit : « Être volant, suis-moi qu’une fois … Et remplis tes récipients. Être volant, suis-moi qu’une fois … Époussette ton aile, puis fais-toi repentir de ton cœur égorgé par des yeux des yeux qui ont croisé ton regard qui va vers l’inconnu désertant tout un monde … Suis-moi qu’une fois Mets les femmes sur ta trajectoire – Ou sur la mienne - et mets-moi à l’épreuve, … ne crois pas aux visions de tes yeux Suis-moi Ô être volant : L’espace se soumet à toi Alors propose ce que tu veux « dans » une femme Qui, de la tour du feu appelle

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« Mouille-moi… Que je guérisse la rage de l’argile dans mon corps Manie ce que tu veux en moi Et dans les fenêtres de mon désir Afin que je me repose et que tu te reposes » Tu dis : « Récipient des défaites et des pertes bien longues et anciennes Que restera-t-il comme sens?

Proche-Orient - Jordanie

Quel sens, quand les fenêtres, qui se sont ouvertes pour mes rêves, mes illusions … et mes plumes, se ferment? Quel sens … ? Laissez-moi ma femme dans ses braises afin qu’elle m’envahisse … afin que j’existe ... et que je crois que je suis un oiseau cachant dans ses ailes les poèmes, tous les poèmes … Puis Laissez-moi … que je crois Que mon éclair suffira à éteindre la nuit Suffira à me brûler Complètement sur le plateau de son obscurité … Laissez-moi … Puis tu sanglotes (et les hommes, aussi, pleurent …) - je ne veux de l’air que le parfum des souvenirs - je ne veux de la terre que mes racines - je ne veux du ciel Qu’éloigner l’argile du langage des femmes, Je ne veux que mon éloignement dans les femmes !

PARTAZ

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poétiques du monde

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- et je ne veux des femmes Que le jardin de ma femme, celui qui a débordé les lèvres Pour aller vers le dernier nid dans mes vieux arbres … - je ne veux du jardin qu’une rime pour elle Que j’accrocherai comme le jasmin auprès de son genou, Et je brûle toutes mes plumes et les poèmes Puis je tombe de mon ciel comme un aigle Nu… Et ma tête se fende sur les hauteurs de sa poitrine - en plein jour Et je saigne … Puis je saigne, Et je saigne encore, Puis je confesse : « j’ai vécu » sur la croix de sa beauté - comme je l’ai voulu Assoiffé Et comme l’aigle Je pousse mon glatissement dans sa tête… et je meurs.

© Isam Alsadi (traduction de Monia Boulila)

Isam Alsadi : quand le poème ressemble à son auteur Isam Alsadi est un poète jordanien, d’origine palestinienne, natif du village Arbouna, près de Jenine (Palestine). C’est en Syrie qu’il fait ses études et qu’il sort Licencié en Ingénierie de l’Université d’Alep, ville très réputée dans le monde arabe et maghrébin sur le plan culturel et universitaire. Entre 2002 et 2004, il intègre l’Union syndicale des Ingénieurs et devient président du Club des Ingénieurs Jordaniens. Cependant, au-delà de son parcours en tant qu'ingénieur, Isam Alsadi est surtout homme de culture et poète. Et non des moindres. C’est d’ailleurs pour cela qu’il sera appelé à présider, en 2000 et 2001, le Festival de la culture et des arts de Mu'tah (Jordanie). n° 1, décembre 2012

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Entretemps, plusieurs de ses poèmes sont publiés dans des journaux et revues jordaniens et arabes. Certains ont été traduits en français et en roumain, d’autres ont fait l’objet de publications électroniques.

Proche-Orient - Jordanie

Isam Alsadi a participé à plusieurs manifestations culturelles et poétiques aussi bien dans le monde arabe qu’en Europe, comme notamment le festival Noptile de Poezie de la Curtea de Arges (Roumanie) en 2009. Pour le poète, l’écriture est plus qu’un sens scriptural de son propre imaginaire ou de ce que son regard capte, elle « est une eau avec laquelle on se lave pour être digne de la vie ». Belles paroles de cet auteur qui a une foi pleine de dévotion – par-delà ses géniteurs - pour cette « mère » cachée mais dont le lecteur devinera bien le nom. Point n’est besoin de la nommer. Pour les uns, comme pour l’autre, il écrira en ce sens : « Je ne suis que le fils d’un père qui m’a ouvert les fenêtres de l’imaginaire quand le réel s’est rétréci ; et le fils d’une femme qui, par amour, m’a enfermé dans ses arcs et m’a éduqué d’avec le bâton de sa tendresse... j’étais alors un fils vertueux quelquefois, et je les ai déçus, d’autres fois... ». De ses publications, on retiendra Suffoquer de nostalgie, un recueil de poésie qui a été publié par les Lditions Azmina (Jordanie) et Pour ma mère, à ses yeux et aux chevaux, un autre recueil poétique publié au Liban. Monia Boulila

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Helena Hernández - Mexique

© Helena Hernández "Das ist Kunst" Digital photography Variable sizes 2011 PARTAZ

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Fragments RACHEL CHIDIAC

(LIBAN) (Traductions et choix par Mohamed Salah ben Amor)

Proche-Orient - Liban

‫بصهيل أزما ٍن لم تختمر‬ ‫مقيّدةٌ أنا إليك‬ ِ ‫بشموس دعا ِء كروا ٍن مهاجر‬ ِ ‫ت‬ ِ ‫على مسا ِّم تغريد ٍة أقحوانيّ ِة الهمسا‬ ...‫المرئيّ ٍة‬ Je suis enchaînée à toi Par l’hennissement d’époques Qui n’ont pas encore fermenté Par des soleils de l’appel D’un courlis émigré Sur les pores d’un chant invisible Dont les murmures exhalent Le parfum de marguerites

***

‫ك بدمي‬ َ ‫ كتبت‬...‫يا أنا‬ ‫وحبري‬ ِ ‫ودمعي‬ ‫فإذا الحرف أنا‬ ‫وإذا أنا على قارعة العشق‬ ...‫ك أهذي‬ َ ‫ب‬ Ô mon ego ! Je t’ai écrit avec mon sang, Mes larmes et mon encre À tel point que le verbe devient moi Et que je me suis trouvée Sur le trottoir de l’amour En train de délirer De toi PARTAZ

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poétiques du monde

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‫ب لي‬ َ ‫ال عَت‬ ‫صبح بال ندى‬ ‫على‬ ٍ ‫أغرقَهُ لي ٌل‬ ..‫صار ُخ ال ّدجى‬ Je n’ai aucun reproche Pour un matin sans rosée Qui a été noyé Par une nuit Dont l’obscurité est criarde

***

‫الغيم المسافر‬ ‫تَش َرئبّ في تكتّ ِل‬ ِ ‫تر ُس ُم لك نُكهةَ حضور‬ ‫ق ابتسامة‬ َ ‫أم ُّد يدي ألعان‬ ‫تش ُّق طريقَها‬ .‫انفجار شعاع‬ ‫في‬ ِ ُ ‫فإذا رحي‬ ‫مع وردةٌ صامدة‬ ِ ‫ق ال ّد‬ ‫وإذا النّو ُر‬ ‫ب الغياب‬ ِ ‫في جلبا‬ ‫رس ُم عذاب‬ Tu tends le cou vers l’entassement Du nuage voyageur Tu te dessines la saveur d’une présence Je tends la main pour étreindre un sourire Qui se fraye son chemin Dans l’explosion d’un rayon Soudain le nectar des larmes Se transforme en une rose tenace Et la lumière accoutrée Dans le jilbab de l’absence Devient une figure de torture

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...‫أشواقُنا‬ ‫ُسبُلُها مختلفة‬ ‫أوقاتُها مختلفة‬ ‫أنّاتُها مختلفة‬ Nos désirs ardents… Leurs voies sont différentes Leurs heures sont différentes Leurs gémissements sont différents

Proche-Orient - Liban

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‫مرسوم‬ ... ‫ليل تأرّق‬ َ ‫ منّي إلي‬...‫أتم ّشى‬ ٍ ٍ ‫ على طريق من حص ًى مبلّ ٍل بندى‬...‫ منك إل ّي‬...‫ك‬ ‫عصفور يأبى مفارقةَ النّوافذ ليسرق‬ ‫بزقزقة‬ ٍ ‫من شفتيك أ ّو َل قبل ٍة لصباح جدي ٍد‬ Je marche tout lentement… De moi …jusqu’à toi De toi …jusqu’à moi Sur un chemin caillouteux humidifié Par la rosée d’une nuit insomnieuse Dessiné par le gazouillement d’un oiseau Qui refuse de quitter les fenêtres Afin de voler de tes lèvres le premier baiser D’un nouveau matin

***

‫ك حين يه ّل‬ َ ‫عط ُر‬ ‫يعقِ ُد ِحبا َل زمني‬ ‫يُوقِفني على َشفِير ُغربة‬ ً‫يزر ُع أوصالي صرخة‬ ً‫تتّ ِكى ُء هامسة‬ ‫أنفاس قُبل ٍة‬ ‫على‬ ِ PARTAZ

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poétiques du monde

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Lorsque ton parfum se déverse, Il noue les cordes de mon temps M’arrête sur le bord d’une nostalgie Plante dans mes membres un cri Qui s’accoude en murmurant Sur les souffles d’un baiser

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‫ك بوحشيّ ِة الحرّة ال ّشرسة‬ َ ‫أو ُّد أن أكتب‬ ‫ونرجسيّ ِة الطّفل ِة ال ِمغناج‬ ّ ‫ثار ِعشقِها الحرير‬ ...‫ي‬ ِ ‫وروع ِة المرأ ِة ب ِد‬ J’aimerais t’écrire avec la sauvagerie De la femme libre et agressive, Le narcissisme de la fille coquett, Le merveilleux charme de la femme Enveloppée dans le manteau De sa soyeuse passion

***

َ‫أ ُ َسا ِك ُن ِعط َرك‬ ُ ‫أنته‬ ‫ك ِمساحاتِ ِه‬ ‫أتقصَّى حدودَه علّني أن ِسفُها بقبل ِة وجود‬ ‫ك أسافر‬ َ ‫بجوع ُمز ِم ٍن إلى موائد عشق‬ ... ‫ت ترقصُ احتفا ًء بالمطر‬ ٍ ‫الَقِني على طرقا‬ Je cohabite avec ton parfum Je profane ses espaces Je prospecte minutieusement ses limites Dans l’espoir de les faire sauter Par un baiser d’existence Je voyage vers les buffets de ton amour Avec une faim persistante

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…. Rencontre-moi sur des chemins qui dansent En hommage à la pluie

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ُ ...‫حضور المرئي‬ ‫ك وهمسٌ من‬ ‫لي في صوتي‬ َ ‫شغف عيني‬ ٍ J’ai dans ma voix la passion de tes yeux Et un murmure d’une présence invisible

Proche-Orient - Liban

***

‫أنا أرملةُ الحبِّ ال ُمكفَّنةُ بسواد الحياة‬ ...ً ‫س ال ِحدا َد عل ّي َسلَفا‬ ِ َ‫ال تَلب‬ Je suis la veuve de l’amour Enroulée dans le linceul noir de la vie Ne t’endeuille pas pour moi d’avance

***

ً ‫ك ظلّي يوما‬ َ ‫ما أردت‬ ُ ‫ِخ‬ ،‫ك كآبةُ السّماء‬ َ ‫فت أن تمح َو‬ ُ ‫طوفان غضبها‬ ‫أو ربّما يغتال وجودَك‬ ‫مطر يقع على األرض‬ ‫وبهشاشة فقّاع ِة‬ ٍ ‫ك‬ َ ‫أفق ُد‬ ...‫ك‬ َ ‫وأفتق ُد‬ Je n’ai jamais voulu que tu sois mon ombre J’ai eu peur que la tristesse du ciel t’efface Ou que le déluge de sa colère Attente peut-être à ton existence Ou que par une faiblesse extrême Comme celle d’une goutte d’eau de pluie

PARTAZ

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poétiques du monde

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Qui tombe par terre Je te perde …et tu me manques

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‫أغراني الضّحك لكأنّه بألمه المدفون كان ناقوس حضورك الصّاخب‬ ...‫في لحظات الغياب‬ Le rire m’a tenté comme s’il était, par sa douleur ensevelie, la sonnette de ta présence tumultueuse pendant les moments de l’absence…

***

ٌ ‫حنين يض ّج‬ ‫بي‬ ...‫بحوراً من ياسمين‬ J’ai une nostalgie qui bruit En de mers de jasmin…

***

‫كيف لي أن أعتق َل الصّمت‬ ...‫كي ال يفضحني ضجيجُه ؟‬ Comment pourrais-je enfermer le silence Pour que son vacarme ne me révèle pas ? …

***

‫على رمال الصّحراء‬ ‫شرود خيال‬ ‫جفن‬ ٍ ‫رجفة‬ ‫تصارع السّراب‬ ‫وشفاهٌ احترقت‬ ‫تسائل عن ماء‬ ‫هي الواحات بعيدة‬ n° 1, décembre 2012

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Proche-Orient - Liban

‫جفاف‬ ‫هي الكلوم من‬ ٍ ‫بأعناقها تشرئب‬ ‫هو جدب األرض‬ ُ ‫يُس ِك‬ ‫ت حتّى الهواء‬ ...‫إن م ّر‬ Sur les sables du désert Le vagabondage d’une imagination Le frémissement d’une paupière Qui combat le mirage Des lèvres qui se sont brûlées Demandent de l’eau Ce sont les oasis lointaines Ce sont les blessures qui tendent le cou À cause de la sécheresse C’est l’aridité de la terre qui fait taire Même l’air s’il passe © Rachel Chidiac (traductions et choix de Mohamed Salah ben Amor - traducteur et critique universitaire tunisien)

Rachel Chidiac est une poétesse libanaise bilingue arabofrancophone qui se donne corps et âme à cultiver son talent et à charmer ses muses. Et bien qu’elle fasse encore ses premiers pas, son répertoire comporte déjà un recueil en français intitulé Souffles sans âge et un autre en arabe ayant pour titre Excuse-moi . Dotée d’un imaginaire foisonnant sans limites et d’une sensibilité effilée, elle s’investit dans la totalité de ses écrits à dépeindre avec des touches de mots débordant de finesse un univers intérieur habité par une passion amoureuse platonique oscillant entre douceur et violence. Dans les fragments présentés, le traducteur a pris soin de porter son choix sur des passages où l’écart poétique atteint son point le plus culminant, offrant au lecteur ou à l’auditeur des images et des éclairs d’esprit déroutants. PARTAZ

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Helena Hernández - Mexique

© Helena Hernández "Eyes" Digital photography Variable sizes

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‫أسيرةُ ُحبّ‬ ‫‪TAHA ADNAN‬‬ ‫)‪(MAROC‬‬

‫‪Afrique - Maroc‬‬

‫دَعَنيَحَبيبي‬ ‫وارَتَحَلَ‬ ‫أناَالَأَطيقَتجنِّياَ‬ ‫أيّاميَالسَوَداءَ‬ ‫غابََنهارها‬ ‫لتضاءَ‬ ‫مَنََطولَالسُّهادَ‬ ‫لَيالَيا‬ ‫قلبيَيَنوحَ‬ ‫والَأبوحَبَنوحَهَ‬ ‫فيماَالكَرَىَ‬ ‫هجرَالجفونَنَهائَيا‬ ‫الَتَختَلَاآلن‬ ‫الَتَفَخرَ‬ ‫بَنَصَ ٍرَلَمََتصبهَ‬ ‫فماَرَمَيَتَسَهامَحَبِّكَ‬ ‫إَذََرَمَيتَ‬ ‫ولكنَالقلَبَالكَليلَ‬ ‫هوىَبَيا‬ ‫أناَالعليلةَ‬ ‫لستَليلى‬ ‫ولستَقيسََالمداوَيا‬ ‫أناَالَأَريدَكَمَنَقَذَا‬ ‫مَتَباكيَا‬ ‫‪187‬‬

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‫‪PARTAZ‬‬


‫‪| Revue Vents Alizés‬‬

‫‪poétiques du monde‬‬

‫أناَالَأَريدَكََعابَثَا‬ ‫أوَالهَيا‬ ‫الحَبُّ َج ٌّدَياَحبيبيَ‬ ‫فارَتَحَلََ‬ ‫عنَجَنتيَالحمراءَ‬ ‫الَتسقنيَكَأَسَالوصال‬ ‫بَذلَ ٍَة‬ ‫بلََفَاسَقَنيَبالعَ ِّزَ‬ ‫أقَداحََالجَفاءَ‬ ‫أناَكَرمةٌَمنسي َةٌ‬ ‫عصفَالغرامَأمالها‬ ‫لكنَجذعيَصامَ ٌَد‬ ‫ضَدَالعواطفَكَلّها‬ ‫فالَتقَلََليَمكَرها‬ ‫إَنّيَأميرَتَكَالصغيرهَ‬ ‫أناَاألسيرة‬ ‫مَذََهفاَ‬ ‫قلبيَإلَيَكَ‬ ‫أناَاألسيرهَ‬ ‫جريمتيَحبِّي‬ ‫وصبابتيَ‬ ‫َياَقلبَ‪-‬‬‫تهمتيَالخطيرهَ‪ََ.‬‬ ‫‪© Taha Adnan‬‬

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Captive d’amour (TRADUCTION)

Mon amour, laisse-moi Et pars Insupportables Me sont tes outrances La lumière a déserté Mes jours sombres De longues insomnies Illuminent mes nuits

Afrique - Maroc

Mon cœur pleure Sans que je ne dévoile ses larmes Et le sommeil A quitté mes paupières à jamais Quitte cet air hautain Ne sois pas fier D’une victoire vaine Tes flèches d’amour Ne m’ont pas atteinte C’est plutôt mon cœur brisé Qui m’a lâchée Moi, la souffrante Je ne suis pas Leïla1 Et toi Tu n’es pas Qaïs pour me guérir

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La bien-aimée de Qaïs dans une romance arabe équivalente à celle de Roméo et Juliette.

PARTAZ

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poétiques du monde

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Je ne te veux pas Sauveur pleurnichant Je ne te veux pas Frivole ou enjôleur Sérieux est l’amour, mon amour Quitte alors mon paradis pourpre Ne me verse pas Avec offense La coupe des retrouvailles Offre-moi plutôt Avec honneur Le nectar de la séparation Je suis telle une vigne oubliée Que le vent de l’amour a courbée Mais mon tronc a résisté À toutes les tentations Ne te force pas à m’appeler Petite princesse Je suis captive Depuis que mon cœur bat pour toi Je suis la captive Mon crime est mon amour Et ma flamme - Oh Cœur Est ma perdition.

© Taha Adnan (traduction de Monia Boulila)

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Taha Adnan, poète universel

Afrique - Maroc

Taha Adnan est un poète d'origine marocaine installé en Belgique. Il est né le 2 août 1970 à Safi et a grandi à Marrakech. Licencié en sciences économiques, il quitte le Maroc pour s’installer en Belgique. Économiste, il travaille à la cellule dans l’enseignement de l’AGPE mise à pied par le gouvernement de la communauté française pour remédier à la problématique de pénurie des enseignants. Taha Adnan est surtout poète : « J’écris des poèmes en arabe depuis mon plus jeune âge. À travers eux, je tente de transformer mon insipide quotidien en instants extraordinaires. » Il écrit uniquement en arabe car dit-il « on ne change pas de langue d’écriture comme on change de coupe de cheveux. Je suis arrivé en Belgique à 26 ans, en tant que « produit fini » comme je dis souvent, ma formation « terminée » et ma passion révélée. Il m’était difficile de pratiquer la poésie dans une autre langue que l’arabe, qui est la seule à se donner entièrement à moi ». Très jeune, à Marrakech, il a participé à la création d’un cercle de jeunes poètes nonconformistes et protestataires pour faire lire et découvrir la poésie autrement, ils publient leur revue manuscrite Al-Ghara Al-Shiriya. Taha Adnan est également un grand animateur culturel, habitué des salons et soirées littéraires dans le monde arabe, en Belgique et ailleurs. Cette vie entre deux mondes est pour lui « une quête continue d’équilibre qui tarde à venir ». Le poème arrive comme une sorte de dialogue permanant entre ces deux mondes, entre les deux régions qui continuent à le construire : Marrakech et Bruxelles. C’est ainsi qu’il est directeur du salon littéraire arabe où participent des poètes aussi bien arabes que ceux de pays européens. De même qu’il coordonne la production de l’astral artistique « Moussem » qui organise des soirées littéraires de poésie arabe d’amour, de beauté et de désir sans pudeur. Ses œuvres : Son premier recueil de poésie est édité par le ministère de la Culture au Maroc en 2003. Une traduction française de ses poèmes - Transparences – a été éditée en octobre 2006 chez L’Arbre à Paroles (maison d’édition belge spécialisée dans la poésie). Son dernier recueil je hais l’amour est publié chez Dar Nahda Al Arabia à Beyrouth. La traduction française est signée Siham Bouhlal. Ce même recueil est traduit en espagnol par Antonio Lopez-Pena et sera bientôt édité. Taha Adnan est un citoyen du monde qui fait de la poésie une langue. PARTAZ

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poétiques du monde

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Il se cache derrière l'art poétique et se libère pour exprimer, sa spécificité et son universalisme, pour embellir la réalité tout en dévoilant et exprimant ses convictions, ses réactions contre l’injustice et les contradictions de la vie. Il chante ses souvenirs et évoque la vie de tous les jours au Maroc. C’est le poète qui transforme le quotidien fade en un instant brillant, et l’ordinaire en merveille. Monia Boulila

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‫أموت وأحيا‬ ‫‪SONIA KHADER‬‬ ‫)‪(PALESTINE‬‬

‫ُ‬ ‫أعرفُها‬ ‫عن األي ِّام التي تمأل َوجْ هي ِبحكم ٍة ال ِ‬

‫‪Proche-Orient - Palestine‬‬

‫ب بِ َخ َج ٍل‬ ‫ب الترا ِ‬ ‫أقايِضُ الصُّ ْدفَةَ الواقفةَ على با ِ‬ ‫ش في ال ُغصُون‬ ‫وأهمسُ‬ ‫لوجع مع ِّش ٍ‬ ‫ٍ‬ ‫ْ‬ ‫ب حالي من ال َّ‬ ‫اف الذي حالُهُ من َو َج ْع‬ ‫ص ْف َ‬ ‫ص ِ‬ ‫أن ينتهي قب َل اقترا ِ‬ ‫ُ‬ ‫وأموت‬ ‫وأحيا‬ ‫ُ‬ ‫وأموت‬ ‫!وابته ُل‬ ‫َ‬ ‫نسيت أن تُ ْك ِملَ ِن ْي‬ ‫أ َّما أنا فأَصْ نَ ُعنِي من جدي ْد‪ ،‬يا من‬ ‫وا ْم ْ‬ ‫ألني حُزنا ً وغباراً كي أواص َل الغنا َء ْ‬ ‫فيك‬ ‫إصْ نَ ْع ِني من جدي ْد‬ ‫ْ‬ ‫َ‬ ‫للوقت‬ ‫ب العريض ِة‬ ‫يا َم ْن‬ ‫تركت وجهي باهتاً‪ ،‬شاحبا ً على المصاط ِ‬ ‫َ‬ ‫ك ال ُم َج ْعلَ ِك‬ ‫ص َ‬ ‫وسحبت له اللونَ من قمي ِ‬ ‫سريري البار ِد‬ ‫زمنين وأكث َر على‬ ‫ك من ُذ‬ ‫َ‬ ‫المترو ِ‬ ‫ِ‬ ‫إحملْ عنِّي مال ِم ِحي‬ ‫ُخ ْذ َج َسدي سُاللَتي و َد ِمي‪.‬‬ ‫ب الرثّ ِة أو الفاخر ْة‬ ‫َو َد ْع لي‬ ‫َ‬ ‫بعض الثيا ِ‬ ‫ألراني‬ ‫ك‬ ‫ألرا َ‬ ‫لنرانا جميلَيْن‬ ‫ُر َّشني بعينيكَ‬ ‫س مصابتين باأللزهايمر‬ ‫ورشّ عينينا معا ً بالمطر العالق بين غيمتين وشم ٍ‬

‫‪193‬‬

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‫‪PARTAZ‬‬


‫‪| Revue Vents Alizés‬‬

‫‪poétiques du monde‬‬

‫فتنسى هذه أن تغيب‬ ‫ك أن تنهمرْ‬ ‫‪.‬وتنسى تل َ‬ ‫أما ُ‬ ‫نحن‬ ‫فنبقى َج ِم ْيلَي ْْن‬ ‫ي عن صدري‬ ‫إنزع ال ُحلِ َّ‬ ‫ِ‬ ‫والخوات َم من أصابعي‬ ‫ق‬ ‫وعن‬ ‫ف ال َع َر َ‬ ‫َ‬ ‫جيدي جفّ ِ‬ ‫ك خفيفةً‬ ‫أري ُد أن أحيا في َ‬ ‫البياض‬ ‫ناصع‬ ‫ب‬ ‫بقل ٍ‬ ‫ِ‬ ‫ِ‬ ‫ت طيب ْة‬ ‫وكلما ٍ‬ ‫أريد أن أحيا‬ ‫وأحيا‬ ‫وأحيا‬ ‫وأغنّي‬ ‫ب أن ير ِّد َد بكائي‪،‬‬ ‫للعصافير أن تر ِّد َد‬ ‫أري ُد‬ ‫ْ‬ ‫غنائي‪ ،‬وللسحا ِ‬ ‫ِ‬ ‫مطر‬ ‫مطر‬ ‫حارس البواب ِة العليا للسماءْ‪،‬‬ ‫يا‬ ‫َ‬ ‫مطر‬ ‫ص ِّل أيتها السهولُ‪ ،‬وتم َّددي صبيَّ ٍة خجول ٍة آن ُ‬ ‫أوان اغتسالِها بما ِء القَ َمرْ‬ ‫يا حامل الجرار م ّر من هنا‬ ‫واغر ْ‬ ‫اجر ْ‬ ‫ف‪ ،‬وص ْ ّ‬ ‫ُب‬ ‫ُف‪،‬‬ ‫ِ‬ ‫ك العرو ُ‬ ‫ق لتكسو نف َسهَا‬ ‫تحتا ُج َ‬ ‫ُ‬ ‫ك‬ ‫الطين ليَلِ ْينَ‬ ‫ويحتا ُج َ‬ ‫ك ال َّش َج ُر‬ ‫ويحتا ُج َ‬ ‫ك القَ َمرْ‬ ‫!‪ ،‬ويحتا ُج َ‬ ‫احتاجُكَ‬ ‫وتحتاجُني‬ ‫ونحتاجُنا‬ ‫‪194‬‬

‫‪194‬‬

‫‪n° 1, décembre 2012‬‬


Proche-Orient - Palestine

‫لنطير‬ َ ‫لنغنّي‬ ‫ق‬ َ ‫لنعر‬ ،َ‫لنعشق‬ َ ،‫لنموت‬ ‫ونحيا‬ َ ،‫ونموت‬ ‫ونحيا‬... ‫ونعش ْق‬ ‫ونعش ْق‬ © Sonia Khader

Je meurs et je renais (TRADUCTION)

Sur les jours qui replissent mon visage d’une sagesse qui m’est inconnue Je troque le hasard debout sur la porte du sable timidement Et je chuchote à un mal niché dans les rameaux pour qu’il finisse avant que mon état n’atteigne celui des eucalyptus tout en douleur Et je meurs je renais et je meurs et je prie ! Quant à moi, je me fais de nouveau, ô toi qui as oublié d’achever ma construction, Je me remplie de tristesse et de poussière pour que je continue de chanter en toi. Construis-moi de nouveau, ô toi qui as abandonné mon visage terne, livide, sur les larges estrades du temps, et tu lui as donné la couleur de ta chemise usée PARTAZ

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poétiques du monde

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abandonnée sur mon lit froid depuis deux temps ou plus. Retire de moi mes traits, prends mon corps, ma progéniture et mon sang. Laisse-moi quelques habits, usés ou de luxe Pour que je puisse me voir, pour que je puisse te voir, et nous voir beaux, arrose-moi de tes yeux et arrose nos yeux de la pluie suspendue entre un nuage et un soleil atteints de l’Alzheimer : l’un oublie de se coucher et l’autre de pleuvoir ; quant à nous deux, nous resterons beaux. Ôte de ma poitrine les bijoux, de mes doigts les bagues, et éponge la sueur de mon cou, je veux vivre en toi légère, avec un cœur d’une blancheur éclatante et des mots parfumés. Je veux vivre, vivre Vivre, et chanter. Je veux que les oiseaux reprennent mes chants Que les nuages récitent mes pleurs pluie, pluie Oh, oui, Gardien de la haute porte du ciel, Pluie Ô plaines, priez et étendez-vous comme le ferait une demoiselle timide dont c’est le temps de se laver à l’eau de la lune. Ô porteur des jarres, passe par ici, racle, remplie et verse ; les racines ont besoin de toi pour se vêtir, l’argile pour se ramollir, n° 1, décembre 2012

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Proche-Orient - Palestine

Les arbres ont besoin de toi, la lune aussi. J’ai besoin de toi et tu as besoin de moi Nous avons besoin l’un de l’autre Pour voler Pour chanter Pour suer Pour aimer Pour mourir puis renaître pour Vivre et mourir Pour aimer d’amour.

© Sonia Khader (traduction de Monia Boulila)

Sonia Khader est née à Ramallah, en Palestine, ville qu’elle admire tout particulièrement. Elle a eu une formation multidisciplinaire : études supérieures en biologie à l’Université de Bir Zeït (fondée en 1924) ; un diplôme en architecture d’intérieure de l’Université Américaine ICS grâce à des études par correspondance ; des cours d’informatique pendant deux ans et demi à l’Université d’el-Qods interrompus par la guerre israélo-palestinienne en 2002. Cette formation multidisciplinaire et l’état de guerre en Palestine expliquent les différentes fonctions que Sonia Khader a pu exercer : enseignante en physique et en biologie à l’école Mary Youssef à Ramallah ; enseignante de la langue française de base pour enfants. Après un court passage de six mois en tant que directrice générale à la maison d’édition et de distribution Dar Echourouk, elle rejoint le théâtre d’Achtar, théâtre

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poétiques du monde

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de formation et de production théâtrale où elle occupe le poste de directrice générale du département Communication. Parallèlement à cette carrière professionnelle, elle a dirigé et organisé le Festival International du Théâtre des Opprimés en 2007, à Ramallah et a participé à plusieurs ateliers d’écriture théâtrale en association avec le Royal Court Theatre de Londres. En 2005, Sonia Khader emprunte la voie de l’écriture et publie certains écrits sur des sites électroniques pour, ensuite, créer son propre blog. Fin 2009, elle publie son premier recueil de poésie Pour des soleils que j’ai cachés, paru aux Éditions Fadhaet (Espaces) en Jordanie. La jeune poétesse prépare actuellement un nouveau recueil.

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‫صمت الشاعر‬ ‫‪MONIA BOULILA‬‬ ‫)‪(TUNISIE‬‬

‫إلى روح محمود درويش‬

‫‪Afrique - Tunisie‬‬

‫كلَح ٍن يَنب ُ‬ ‫ُت في ال ّشرايين‬ ‫ك اآلنَ‬ ‫أس َم ُع َ‬ ‫قادما ً في الغياب‬ ‫ت مضى‬ ‫أوض َح من أ ِّ‬ ‫ي وق ٍ‬ ‫وأسأل‪:‬‬ ‫من َسيَ ُد ُّ‬ ‫أجراس عيد القصيد‬ ‫ق‬ ‫َ‬ ‫من َسيرتُ ُ‬ ‫ثوب أحْ الم الصّبايا‬ ‫ق َ‬ ‫ويُطَ ِّر ُز تنهيداته َّن بلوز الكالم‬ ‫من َسيَحُلُّ جدائلَه َُّن بماء األ َغاني‬ ‫ومن َسيَ ُم ُّد يد األمل‬ ‫فاض بها الحنين‬ ‫إلى يأس عاشق ٍة‬ ‫َ‬ ‫آآآه‬ ‫كم ْ‬ ‫ك اآلن ‪..‬‬ ‫أخج ُل من صمت َ‬ ‫ك الذي نس َمعُه في العروق من ُذ غ َ‬ ‫بت‬ ‫صمتُ َ‬ ‫فحض َر الشع ُر باسمكَ‬ ‫صمتُك الذي نسمعُه في اللّيل‬ ‫فيتماي ُل نج ٌم بضوئك‬ ‫ك الذي نسم ُعهُ في صحراء أوجاعنا‬ ‫صمتُ َ‬ ‫ضرُّ حقو ُل األغاني بحروفك‬ ‫فتَخ َ‬ ‫غبت َ‬ ‫َ‬ ‫أنت‬ ‫َ‬ ‫وتركت لنا مدنَ ال ّشعر في خارطتكَ‬ ‫‪199‬‬

‫‪52‬‬ ‫‪199‬‬

‫‪PARTAZ‬‬


poétiques du monde

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َ ‫بسالم آمنين‬ ‫قلت ادخلوها‬ ٍ َ ‫وقلت اتبعوني‬ ...‫فسرنا‬ ً‫طريقا ً جديدا‬ ‫ك المذهل‬ َ ‫يأخ ُذنا كالمسحورينَ إلى ب ّوابة صمت‬ ‫حمام‬ ‫عاجزينَ عن تطيير سرب‬ ٍ ‫ولو في الكالم‬ ‫عليك السالم‬ ‫عليك السالم‬ © Monia Boulila

Le poète est vivant (TRADUCTION)

(Hommage à Mahmoud Darwich) Le 9 août 2008 Il est parti, le poète des aurores Des soleils qui refusent les couchers sur la rive de l’éternité Il est parti, le poète du pain nu Du lait maternel qui irrigue les terres ardues. Il a disparu dans la nuit Comme une étoile filante Il a disparu dans la mélodie Comme un long soupir Il a disparu dans les prunelles Comme une larme précieuse Il a disparu dans le sommeil n° 1, décembre 2012

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Comme un rêve d’enfant Il a disparu dans le ciel Comme un éclair d’orage Il a disparu dans le silence Qui, depuis, chante sa présence !

Afrique - Tunisie

Le poète des aurores Chante encore et encore Un monde d’amour Une terre sans frontières Une mère à la larme précieuse. Le poète des aurores Chante encore et toujours Une mer douce et rebelle Dont les perles farouches Revendiquent des mains libres Qui se lèvent, vers le monde, citoyens Au couleur du sang palestinien ! Le poète des aurores Chante encore et encore Un olivier ancestral D’une terre au destin fatal Jérusalem l’altière, la pudique Qui célèbre, avec la même joie Les quatre saisons Et pour la liberté, il se révolte Au pied des murs de la solitude Les Berlin en bêton armé Le poète des aurores Chante encore et toujours avec la même joie le pain nu la kéfié noir et blanc du martyr alors le rythme s’enflamme la joie rouge fait rire les yeux PARTAZ

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

fait marteler en Debka les pas et le ton rugueux du Rabâb blessé Mais, encore et toujours, dans un tumulte céleste heureux les cerfs-volants tournoient encore par-dessus les faîtes d’El-Qods l’altière renvoyant le message de la vérité celui que le poète des aurores chante encore et encore l’amour, la fraternité Mais les cerfs-volants ne sont pas dupes Les âmes sont encore nuit sombre Or le poète sans répit Répand sur le monde une aurore d’espoir Qui métamorphose les armes criminelles En rameaux de paix En gerbes de fleurs Le poète des aurores est bien Darwich le sage fou des temps nouveaux.

© Monia Boulila

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‫يا موتي األول‬

‫‪203‬‬

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‫‪Afrique - Tunisie‬‬

‫يا موتي األول‬ ‫دفنتك مع‬ ‫نصفي اآلخر‬ ‫مع حبي األول‬ ‫مع أمسي الجميل‬ ‫ورحت أر ّمم ظلي بالقصيد‬ ‫يا موتي األول‬ ‫تركت لك من الصمت ما يكفي ألف موت وموت‬ ‫تركت لك من الكالم ما يكفي ألف حكاية وحكاية‬ ‫‪....‬‬ ‫يا موتي األول‬ ‫تركت لك البدايات‬ ‫ولم أحمل معي سوى اسمين وقافية‬ ‫تركت لك الشباب و المرآة‬ ‫ولم أحمل معي سوى خصلتين وابتسامة‬ ‫تركت لك الليل والنهار‬ ‫ولم أحمل معي سوى حلمين وسرابا‬ ‫تركت لك البحر واألنهار‬ ‫ولم أحمل معي سوى موجتين وشراعا‬ ‫تركت لك الشمس والقمر‬ ‫ولم أحمل معي سوى غيمتين ونجما‬ ‫تركت لك المدينة والفرح‬ ‫ولم أحمل معي سوى أمنيتين وسؤاال‬ ‫تركت لك األرض والسماء‬ ‫ولم أحمل معي سوى طفلين وظال‬ ‫تركت لك الفصول واألعياد‬ ‫ولم أحمل معي سوى ُحبّين وحيْرة‪...‬‬ ‫‪PARTAZ‬‬


poétiques du monde

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‫يا موتي األول‬ ‫لماذا عدت؟‬ ‫أي وجع هذا الذي أتى بك؟‬ ‫وأي وجه هذا الذي يربك المرايا ؟‬ ‫أي قصيد سير ّمم الظل ؟‬ ‫وأي نصف سيحمل اآلخر ؟‬ ‫يا موتي األول‬ ‫خذ صرختي‬ ‫واترك لي البعض من ثلجك‬ ّ ‫ألف فيه دمعة الفرح‬ ...‫علّه يأتي‬ ‫يأتي قبل موتي األخير‬ © Monia Boulila

Premier trépas (TRADUCTION)

Oh premier trépas Je t’ai déjà enterré Avec mon autre moi ! Avec mon premier amour Et depuis, par une fable Je répare mon ombre! Oh premier trépas Je t’ai laissé les commencements et les refrains Pour ne prendre que deux noms et une fin. Je t’ai laissé la jeunesse et le miroir Pour ne prendre que deux boucles de cheveux et l’ébauche d’un sourire n° 1, décembre 2012

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Je t’ai laissé le jour et la nuit La mer et les rivières La terre et le ciel Pour ne prendre que deux rêves et un mirage Deux vagues et un voilier Deux enfants et une ombre

Afrique - Tunisie

Oh premier trépas Je n’ai pris que deux amours et un tourment Pourquoi es-tu revenu ? Quelle douleur me ramènes-tu ? Quel est ce visage qui trouble les miroirs ? Quelle autre fable pourrait réparer l’ombre ? Et quelle moitié pourrait supporter l’autre ? Oh premier trépas Prends mon cri Et laisse-moi un peu de ta glace Pourrais-je alors envelopper une larme de joie Une joie qui peut-être viendra ! Avant l’ultime trépas ?

© Monia Boulila

PARTAZ

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‫‪| Revue Vents Alizés‬‬

‫‪poétiques du monde‬‬

‫ّ‬ ‫تأخر االعتذار‬ ‫لن أغفر‪...‬‬ ‫لن أغفر لقصيد لم يم ّزق السّواد‬ ‫لم يشعل النّار‬ ‫لم يطعن أسد الغاب‬ ‫لم يتمطّط‬ ‫ليصير بالدا‬ ‫لن أغفر‬ ‫لن أغفر لمن فرش السّواد‬ ‫وقال هذا ليل‬ ‫لن أغفر لمن رأى ذاك السواد ليال‬ ‫ذاك البياض صباحا‬ ‫َعيْن األسد هي القمر‬ ‫وابتسامة الثعلب هي الهالل‬ ‫لن أغفر‬ ‫لن أغفر لمن حنّط اللّيل والنّهار‬ ‫حنّط األرض والبحار‬ ‫ثم باع الغيم والمطر‬ ‫*****‬ ‫لن أغفر‬ ‫لن أغفر ألغنية ابتلّت بالصّمت‬ ‫ور ّوجت للقدر‬ ‫كيف صمت القصيد؟‬ ‫كيف لم يصرخ ولم يهتف‬ ‫أن ال ّزرقة كانت بال بحر‬ ‫أن السّماء كانت بال زرقة‬ ‫‪206‬‬

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‫‪n° 1, décembre 2012‬‬


‫أن النّهار لم يكن نهارا‬ ‫أن الليل لم يكن ليال‬ ‫أن الليل كان بال حلم‬ ‫أن الحلم كان بال جنون‬ ‫وأن الفصول لم تكن فصوال‬ ‫أن ال ّسماء خفّت من المطر‬ ‫‪....‬أن البشر كانوا رسوما‬

‫‪Afrique - Tunisie‬‬

‫لن أغفر لمن "ج َّمع" الصّدى من هنا وهناك‬ ‫ليزيّن مقبرة األصوات‬ ‫لن أغفر لمن سرق االبتسامات والضّحكات‬ ‫ليفتح للبؤس بئرا وللحبّ متحفا‬ ‫لن أغفر لمن جمع طقوس العبادة‬ ‫ليحجب الوجوه عن المرايا‬ ‫لن أغفر‬ ‫لشاعرة ظلّت عمرا تبني بيوتا من حبر‬ ‫يتالطم على ضفاف الوهم‬ ‫لن أغفر لشاعرة كتبت وغنت بأعلى صوت‬ ‫ونسيت أن صوتها لن يغادر الورق‬ ‫وأنها رسم مثل باقي ال ّرسوم‬ ‫وبيت أُش ّد ثم غبُر‬ ‫لن أغفر‬ ‫لن أغفر‬ ‫وجب االعتذار‬ ‫لكن‬ ‫لمن أعتذر؟‬ ‫للمرايا للقصيد‬ ‫لألب لالبن للحبيب‬ ‫للنهار لليل للحلم‬ ‫‪207‬‬

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‫‪PARTAZ‬‬


‫‪| Revue Vents Alizés‬‬

‫‪poétiques du monde‬‬

‫للبشر‬ ‫أم‬ ‫للوطن؟‬ ‫آه يا وطن‬ ‫خرجت من الرّسوم ألتنفّسك‬ ‫خرجت من الرسوم ألقبّلك‬ ‫خرجت من الرسوم ألتش ّكل من جديد‬ ‫ألكون من طين‬ ‫خرجت من الرسوم‬ ‫أجر‬ ‫فقاقيع أنفاسي‬ ‫فقاقيع صوتي‬ ‫فقاقيع حروفي وأحالمي‬ ‫فالتقيت ظلّي والتقَ ْيتُك يا وطن‬ ‫آه و ألف آه يا وطن‬ ‫أق ّدم اعتذاري بأعلى صوت‬ ‫ع ّل صوتي يعلو ويعلو‬ ‫ويعانق أرواحا علَ ْ‬ ‫ت‬ ‫علّه‬ ‫يصالح وجهي مع بعض المرايا‬ ‫و يزيل الخجل‬ ‫علّه يغري الغيم فيصبح مطرا‬ ‫وعلّي أنسى عمرا عشته فوق الورق‬ ‫أعتذر‬ ‫ال أحتاج لصورة‬ ‫و ال لمرآة‬ ‫وال لثوب‬ ‫ألعتذر‬ ‫أقبل جبينك‬ ‫أقبل يديك‬ ‫أقبل قدميك‬ ‫‪208‬‬

‫‪208‬‬

‫‪n° 1, décembre 2012‬‬


‫حبيبي‬ ‫يا وطن‬ ‫ابتليت بك ولم أكن أدري‬ ‫وأية فضيلة أنشد ألستحقك يا وطن؟‬ ‫ال بد من االعتذار‬ ‫ألخرج من عالم الرّسوم‬ ...‫حتى أكون‬ ‫وفي حضن الوطن‬

Afrique - Tunisie

© Monia Boulila

L’excuse a tardé (TRADUCTION)

Je ne pardonnerai jamais Au poème de ne pas oser déchirer les ténèbres Mettre le feu poignarder le roi-lion de ne pas s’étaler et devenir territoire Je ne pardonnerai jamais À celui qui a étalé l’obscurité et a prétendu que c’est la nuit. Je ne pardonnerai jamais À celui qui a cru que cette candeur-là était jour que l’œil du lion était lune que le sourire du renard était croissant. PARTAZ

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

Je ne pardonnerai jamais À celui qui a momifié le jour et la nuit La terre et la mer Et a fini par vendre le nuage et la pluie Comment le poème s’est-il tu ? Et retenu son cri comment le bleu était-il sans mer comment le ciel était-il sans couleur azur comment la nuit était-elle sans rêve comment la nuit a cessé d’être nuit et le jour ne l’était pas non plus comment les gens n’étaient que fantômes et pantins ? Jamais ! Je ne pardonnerai À celui qui a confisqué les échos Pour embellir le cimetière des voix Jamais ! Je ne pardonnerai À celui qui a volé les larmes et les rires Pour les enfuir dans les replis des soupirs À celui qui a maquillé les rituels du culte et voilé les visages à l’intérieur des miroirs Jamais ! Je ne pardonnerai À une poètesse qui a tant chanté et écrit Oubliant que sa voix ne quittera jamais les feuilles Et ses écrits, dessins parmi les dessins resteront Jamais ! Je ne pardonnerai Mais les excuses s’imposent ! À qui les présenter ? Aux miroirs ? Au poème ? Au père ? Au fils ? Au peuple ? Ou À la patrie ? Ô ! Patrie n° 1, décembre 2012

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Afrique - Tunisie

Des dessins je suis sortie Te respirer ! T’embrasser et être de nouveau un être d’argile Ô ! Patrie Je suis sortie des dessins Tirant Les bulles de mes souffles Les bulles de ma voix Tirant Les bulles de mes mots Les bulles de mes rêves Tirant mon ombre Ô! Patrie À toi les plus sincères des excuses Que ma voix s’élève et s’élève Et embrasse les âmes des martyrs Pourrais-je alors Réconcilier mon visage avec les miroirs Séduire le nuage Et inviter l’averse À laver la honte et effacer l’affront Pourrais-je alors Oublier cette vie sur des feuilles Quitter le monde des dessins Et courir, courir… Et rejoindre les bras de ma patrie ! © Monia Boulila

Pour les notes bio-bibliographiques conférez p. 5.

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Helena Hernández - Mexique

© Helena Hernández "Flotabas conmigo" Digital photography Variable sizes 2011 PARTAZ

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Helena Hernández - Mexique

© Helena Hernández "From the train" Gelatin on silver Variable sizes 2004

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Helena Hernández - Mexique

© Helena Hernández "Home" Digital photography Variable sizes

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Helena Hernández - Mexique

© Helena Hernández From the series "Step by step" Digital photography Variable sizes Ongoing project 2010-2012 PARTAZ

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Europe FRANCE Trois poèmes/Mystes

Matthieu Baumier

p. 219-221.

Des caps Des lignes Du crochet L’appel Le lieu L’écume en tonneau Lustre marin

Cédric Bernard

p. 223. p. 224. p. 225. p. 226. p. 227. p. 228-229. p. 230.

Ma langue n’est plus déliée Parce qu’elle était là Face à la peine Ce qui s’efface D’avoir vibré avec les blés

Anne-Lise Blanchard

p. 235. p. 236. p. 237. p. 238. p. 239.

Le poème est chose… Cette modestie est singulière… Ô mon âme pourquoi… Rien n’est moins aisé… Quelle puissance…

Aymeric Brun

p. 243. p. 243. p. 244. p. 244. p. 245.

Pour t'entendre... Lucarne Lentement… Retour Automne marin Comptine triste

Jacques Ceaux

p. 247. p. 248. p. 249. p. 250-251. p. 252. p. 253.

5 non-haikus Amour Deux mille ans d’histoire chinoise Les regrets

Sébastien Doubinsky

p. 255. p. 256. p. 256. p. 257-258.

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

Il y a la merde

Eric Dubois

p. 259.

Notre-Dame-des-Eaux-Profondes Notre-Dame-de-la-Féminité Notre-Dame-aux-Doigts-de-Rose Notre-Dame-de-la-Grâce Notre-Dame-au-pas-de-Colombe

Gwen Garnier-Duguy

p. 261. p. 262. p. 263. p. 264. p. 265.

Baltique - Oiseau de froid (extraits)

Bruno Geneste

p. 267-270.

La nuit porte rythmique… De la vitre au-delà … Ici … Ventre de pierre…

Rodrigue Lavallé

p. 271. p. 272. p. 273. p. 274.

L’avion du jardin d’enfants de Victoria Dans le sillage des tôles de Mahé

Maxime Lejeune

p. 275-279.

Liés, sans chaînes

Jean-Pierre Parra

p. 287-293.

In Mâat

Nefta Poetry – Gerald Toto

p. 295-297.

Le temps passe, les choses passent, tout passera… Anse Major

Gilles Pommeret

p. 299.

$hare Sur un coup de tête Les observatoires nocturnes

Walter Ruhlmann

p. 303. p. 304. p. 305-314.

Emovarius Grammaire de l’être Gratitude Namasté

Julien Soulier

p. 317. p. 318-319. p. 320. p. 321.

Una donna divisa Une femme partagée

Ennio Abate

p. 323-324. p. 325-326.

Condivisioni Partages

Marcella Corsi

p. 329-330. p. 330-331.

Condivisione per crescere Sharing to grow

Carlotta Mascheroni

p. 333. p. 334.

p. 279-285.

p. 300.

ITALIE

n° 1, décembre 2012

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Cynthia e le altre Cynthia et les autres

Maria Maddalena Monti

p. 335. p. 336.

Condivisione Sharing

Anna Maria Moramarco

p. 339. p. 340.

Gazelle Gazou (italien) Gazelle Gazou (anglais)

Marina Massenz

p. 343. p. 344.

Condivisione del dolore Sharing the Pain Ritorno agli antichi miti Back to the ancient myths Giuseppe Conte and Massimo Maggiari: a dialogue on Mitomodernismo

Paolo Pezzaglia

p. 346-347. p. 347-348. p. 348-352. p. 353-357. p. 357-359.

Vorrei riscrivere la tua morte I would like to rewrite your death

Giuseppe Provenzale

p. 361. p. 361.

Luce per tutti Lumierès pour tous

Luciano Roghi

p. 363. p. 363.

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Trois poèmes/Mystes MATTHIEU BAUMIER (FRANCE)

À Gilles Baudry

Europe - France

Quand tombent les écorces De ceux qui s’élèvent vers le Ciel Les anges à la dérive S’unissent aux ombres Approchent les rives du cercle En reviennent pétrifiés Ceux qui naviguent sans voiles Vers l’Île noire Et déposent l’argile rouge En lieu et place de leurs visages Ce sont les arpenteurs du désir Initiés aux brumes marines Ils disent : Ceci est la glaise Et cela déchiffre le monde Si elle s’arrêtait enfin Cette foule d’hommes errant Dans le mur des chênes Le nombre soudain renaîtrait Dans le murmure D’un jardin Ma langue n’est plus déliée mes doigts sont amers © Matthieu Baumier

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

Aux lueurs du logis provisoire Des abeilles aux ailes rougies Fourbissent l’angle de rotation, La terre, Et tissent le lien secret Sur le parvis ce sont des aubiers Qui poussent et gémissent Des fantômes souvenirs De mers bafouées et d’authenticités Tentant de déchirer nos rêves Pourtant Aux astres des hiéroglyphes sans visages Ce sont des voix qui te cherchent Et grimpent l’escalier les marches Noires Blanches Rouges Pour s’immobiliser enfin Entre Ciel et Terre Et repousser au loin L’absente source de l’ignorance © Matthieu Baumier

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Tremble Le Cœur du monde L’image obscurcie De la nuit captive

Europe - France

Tremble Et pourtant le réel du monde Étourdit les licornes En lettres blanchies Sur la page ouverte de nos vies Tremble l’acte sacré du Poème Se joue sur un murmure Et la peinture de paysages éblouis À l’heure précise où l’arbre parle Le visage de la prière À l’abordage des nuages Les flots de mots s’écoulent En flammes d’écume Et nous allons à l’extrême À la pointe escarpée Où la maison s’écroule Sans même un tremblement © Matthieu Baumier

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poétiques du monde

| Revue Vents Alizés

Matthieu Baumier est né à Paris en 1968. Il prépare actuellement un premier recueil de poèmes (à paraître en 2013). Ses poèmes et ses proses poétiques ont paru dans diverses revues françaises (Passage d’encres, Les Cahiers du Sens, Poésie Première, Supérieur Inconnu, Pris de Peur, Grèges, La Passe, La Main millénaire, Nunc, Le Bateau fantôme, Arpa, Népenthès, Poésie Directe) ou autres (Anastomoo, Australie ; Àgora, Espagne). Ainsi que dans Les Poètes de l’Athanor (Le Nouvel Athanor, 2011). À paraître : poèmes dans l’hommage à La Tour du Pin, dirigé par Jean Maison (Ad Solem, 2012), dans l’Anthologie de la poésie française et québécoise contemporaine (Mœbius / Le Nouvel Athanor, 2012) et dans les revues : Le Journal des Poètes, L’Imprévue, Soleils & Cendre, Polja (Serbie), The French Literary Review (Angleterre), Poezija magazine (Croatie), Word Riot (États-Unis), Phoenix. Autrefois auteur de romans et d’essais (Flammarion, Belles Lettres, Presses de la Renaissance), cofondateur de la revue La Sœur de l’Ange. Contributions sous forme d’essais aux revues : Controverses, Revue des Deux Mondes, L’Atelier du Roman, Famille Chrétienne. Il consacre maintenant son travail d’écriture à la poésie. Matthieu Baumier est actuellement rédacteur en chef de la revue de poésie on line Recours au Poème. www.recoursaupoeme.fr

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Des caps CÉDRIC BERNARD

Europe - France

(FRANCE)

Il est un pays de terre, par là-haut, qui aimait tant sa mer, qu'il s'était façonné à son image. Sa terre menait ses vagues jusqu’aux pieds des eaux, trempant ses longues phalanges blanches tantôt directement dans le plein de son immensité, tantôt dans la garnison insaisissable du mouvement des grains. Il est un pays de vent, par là-haut, qui aimait tant sa mer, qu'à la voir soulevée ainsi des tempêtes incessantes, il avait soulevé sa terre jusqu'à toucher la nue. Il avait soulevé sa terre tant que la mer n'en touchait son chef que la côte brisée. Seuls, les oiseaux semblaient suspendus à l'air. Il est un pays de mer, par là-haut, qui aimait tant sa terre, qu'il avait ménagé dans le creux de ses aisselles, de petits villages de pêcheurs, où l'on croise coques, bicoques et fermettes de pierre. Les oreilles et joues plus basanées que rougies, chacun vaque à sa pitance dans l'écorchure naturelle du sein. Il est un pays, par là-haut, calé entre deux caps tramés de gris et de blanc, plein d'emphase et d'austérité. Il aimait tant sa mer, qu'il lui offrait chaque jour, obstinément, le lait de sa terre. Et cette terre et cette mer, peu à peu, se fondaient l'un en l'autre, et leurs couleurs, pour se rehausser d'opale dans l’œil du marcheur.

© Cédric Bernard

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Des lignes Des esquifs, des esquisses, des bouées. Une, deux lignes lancées du quai. Parfois la prise d'une raie, d'un rai, un sens saisi, revenu dans l'encre et la brume. Pour des tonnes de plombs lancés, couchés, échoués. Cloués sur des planches, rongées par le sel, des restes d'instants et des écueils, des écailles reflétées. Derrière le gris des mines, les vagues grises, incliner la tête et refléter des lumières éteintes ou ténues. Tenir la canne et sortir une seiche. Sécher sur le quai, le pied trop ancré pour retrouver, se retrouver. Et patienter, revenir, replonger, ressentir sous la ligne la vibration, remonter, reposer. Reposer la ligne, l'abandonner et laisser flotter puis dériver. Renoncer. Reprendre. Sur les mailles élimées, lier de nouvelles lignes, tisser deux courants et tenir le tirant. Reprendre le mot pour ce qu'il est. Vider, écailler, tanner le reste d'instants, d'écueils. Actionner des verbes pour poser une inertie et la rappeler à la souvenance, car le sable marche et ne trace pas. Des croix sur le temps. Sur du temps. Senser la marche et saisir le sable.

© Cédric Bernard n° 1, décembre 2012

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Du crochet

Europe - France

- À contempler, on en n'arrivait plus à savoir si c'est la terre qui crochetait la mer, ou la mer qui s'employait à crocheter la terre. Les cieux s'en moquaient, pour eux, ils étaient pénétrés des deux. -

© Cédric Bernard

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L'appel Je veux voir la mer La prendre entre mes yeux Et sentir ses vagues Au creux de mes oreilles Pénétrer ses dunes Frôlé par les oyats L'air salin noyant Les reliquats d'antan Fouiller sur ses lèvres Les cristaux de son iode Il y a cet appel Le marin par la mer La paroi du grimpeur Cette épouse qui pleure Ce cri qui se rappelle Les choix à prendre amer Je veux voir la mer En méprendre mes yeux Et sentir les algues Noires au long de sa nuque Parcourir ses dunes Bercé par les oyats L'air marin saoulant Un orage latent Lire sur ses lèvres Qu'elle n'attend rien que l'aube Il y a cet appel Le marcheur par la mer Le vide du sauteur Cette épouse qui pleure Ces digues dressées, frêles Et cette épouse à terre © Cédric Bernard

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Le lieu Un lieu qui n'en est pas un Un lieu sans mur, sans graphes et sans agrafes Un lieu sans temps, fors celui de la lune Un lieu sans laisse où les conventions se délaissent Un lieu d'où l'on hume la mer Un lieu sans expectative, où rien n'est et tout peut, tout devient Un lieu de soleil et de pluie chaude Un lieu sentant le bois et l'iode Un lieu où tu me tiens, où je te tiens, sans tenant Un lieu où les papillons sont empereurs, colorés de liberté Un lieu de partout, parenthèse sur les trottoirs, où ensemble s'endormir le soir Un lieu présent quand tu es là...

© Cédric Bernard

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L'écume en tonneau Toutes les empreintes de mer ne font qu'érafler les grains, toutes les morsures de mer ne font que griffer la pierre. La dune recule et la falaise s'accule, comme les rides et les plis se dessinent sur la feuille. La mine se fatigue, devant le geste inlassable qui balaie toute permanence. Mon auteur, si je te relis, tes mots ont changé. Mon aurore, ton miroir glisse sur les éclats des vagues. Mon enfant, le courant de ton regard enveloppe bien des lumières. Le temps perce, mais l'essence ? Les heures en perce, mais que brûle ? Je comprends bien, mettre l'écume en tonneau... Les vérités des autres coûtent, et nous sommes bien misérables. Le sel élime les mailles, l'eau les resserre, pourtant les toiles sont tendues, figeant partialement des images partielles. Lors en s'exposant, les tableaux s'imposent, posant la question du partage, de la persistance, mais aussi du schisme et de la violence du morcellement. Ne sont délivrées que des palettes qui se délavent, des instantanées qui s'entêtent à fixer des fuites. Et opiniâtres, les pinceaux et les plumes pourtant s'obstinent à transmettre des instants binaires et des pertinences lunaires. Les yeux percent, et l'essence. Les heures en perce, mais que ne brûle ? Je comprends bien, mettre l'écume en tonneau... La présence et ses désirs égratignent le papier, tandis que la marche abîme les traces et ses volontés. Dessous l'écume, l'eau volage vainc, si s'en va, reste néanmoins et revient de corps. Mon auteur, à te relire, tes mots m'auront tout dit. Mon aurore, les teintes des vagues se mireront du crépuscule. Mon enfant, les rais même hagards, même sans regard, n'en sont pas moins vrais. Le temps erre, et l'essence. La permanence perce l'Horloge et rend nul. Je comprends bien, mettre l'écume en tonneau... © Cédric Bernard

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© Cédric Bernard

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Lustre marin Régiment blanc sur le blanc sale des cieux cernés quarantaine en paire d'ailes atones droites circulaires tornade lente suivant le rouleau vertical et chaud du courant aérien perdue lointaine fusion indolente dans le plafond vers les mers reposées labours engourdis fusion indolente qui éclaira l’œil en plein jour

© Cédric Bernard n° 1, décembre 2012

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Cédric Bernard est natif du Pas-de-Calais, où il s'est échoué sur les rives en 1983. Après des études de Lettres Modernes, il se tourne vers le professorat des écoles, spécialisé à présent dans la difficulté scolaire auprès des adolescents. Ayant essayé de jouer jeune avec les mots, après une longue pause, il s'est remis à écrire, comme une toux reprend un tuberculeux après l'accalmie d'une cure. Le blog http://lesmotsdesmarees.blogspot.fr/ est la station de balnéothérapie de ses crachats, qui cherchent forme sur d'autres fenêtres. Des textes ont été publiés dans des revues telles que FPDV, Le Capital des Mots, Poème Sale, Le Chant du Monstre.

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Œuvres choisies RODRIGO ÍMAZ ALARCÓN (MEXIQUE)

Rodrigo Ímaz Alarcón - Mexique

Mexico City (1982) Rodrigo relates his work with site-specific strategies to investigate the blurry limits between time and space. Through poetical analogies of Nature and anthropogenic events, his work emphasizes the inadequacies of the instrumental reason and criticizes contemporary societies through an exploration of the violent relation between life and the cycles of nature. In his work, organic forms arise threatening the arrogant human pride and the course of progress, while poetic language ennobles human creations. EDUCATION: - 2010: International Studio and Curatorial Program New York. - 2009: Master in Fine Arts by the Universidad Politécnica de Valencia, Spain. Graduated with honors. - 2007: Bachelor in Fine Arts by the Escuela Nacional de Artes Plásticas of the Universidad Nacional Autónoma de México. Graduated with honors. GRANTS AND AWARDS: - 2010: Artist in residency by the Programa de Intercambio de Residencias Artísticas of the Fondo Nacional para la Cultura y las Artes. - 2010: Inspires the script and makes several artworks for the movie Cefalópodo (Dir. Rubén Ímaz), the movie was supported by FIDECINE and Cinefundation Cannes. (”Best Opera Prima” 25 International Film Festival of Guadalajara.) - 2010: Ilustrations for the animated film “Xochimilco 1914”. Winner of the 5th Call for Independent Producers of Canal 22. (”Best Mexican Animation” International Film Festival Expresión en Corto.) -2008-2009: Scolarship for master studies. Becas para Estudios en el Extranjero, Fondo Nacional para la Cultura y las Artes. - 2008-2009: Fundación/Colección Jumex. Master studies support. PARTAZ

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EXHIBITIONS: - 2010: Cefalópodo. Conejo Blanco, Mexico City. - 2009: Ya no llueve. Galería Casa Frissac, Mexico City. - 2007: Sombra de la sombra. Galería Casa Frissac, Mexico City. - 2007: Ecos de Juana. Galería R38, Claustro de Sor Juana, Mexico City. - 2006: Especulaciones. Galería Tonalli, Centro Cultural Ollín Yoliztli, Mexico City. - 2005: La incertidumbre también es un motivo. Galería Autónoma, Escuela Nacional de Artes Plásticas, UNAM, Mexico City. His work has been part of many group exhibitions in countries like Mexico, U.S.A., Argentina, Spain, Italy, Holland, Belgium, Germany and Poland.

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Rodrigo Ímaz - Mexique

© Rodrigo Ímaz Alarcón

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Ma langue n’est plus déliée ANNE-LISE BLANCHARD

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Ma langue n’est plus déliée mes doigts sont amers

Europe - France

le temps d’une trêve découvre comme marée ardente des filiations saccagées comment encore former des mots aux rondeurs d’améthyste comment tresser des passerelles au goût d’infini ma langue n’est plus déliée mes doigts sont amers. © Anne-Lise Blanchard

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Parce qu’elle était là Parce qu’elle était là îlot innommé dans la brûlure du matin quand l’air sur la peau a le coupant de la pierre j’ai croisé mes mains de terre de silence comme on tresse des chants aux montagnes aux rivières et je l’ai inscrite vibrante sans rature sur l’ardoise du temps avec ses galets sa molasse sa nudité la petite église de Saint-Didier. © Anne-Lise Blanchard

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Face à la peine

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Face à la peine d’un enfant déjà homme face à la prison qu’il élève avec ses poings front fermé par-dessus friches et cailloux aigus ce legs de la nuit qui ne tombe en déshérence car les ronces ne disent jamais leur dernier mot les chemins sont rares qui s’approprient le chant vif qui ouvrent droit de vie. © Anne-Lise Blanchard

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Ce qui s’efface Ce qui s’efface au passage des trains on dit aussi au passage du temps cette lumière dure et fragile celle d’une brindille étincelante dans le gel ailleurs d’une main d’un regard elle ruisselle sans mesure. © Anne-Lise Blanchard

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D’avoir vibré avec les blés

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D’avoir vibré avec les blés sous la caresse du ciel d’avoir survolé l’ombre et la lumière pour libérer le meilleur de la semaison d’avoir tant et tant dansé avec le cœur avec le corps mais n’est-ce pas l’unique argile toujours plus souple pour élargir la place en nous qui Lui revient elle déborde son habit de peau de poussière pour recueillir ce qui se dit juste dans le silence tout près du sol entre les jambes nues des vies bleuies aux frontières des champs. © Anne-Lise Blanchard - Un silence de lait et de terre, Éditions de l’Atlantique, 2008.

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« Je suis née à Alger, une ville blanche caressée par une mer violette, sous un ciel d’anis. Je vis à Lyon, une ville entre deux fleuves, aux couleurs italiennes, que je ne me lasse pas de parcourir. J’ai fait trente-six métiers (sculptrice d’espace, raccordeuse de corps, écouteuse d’enfants, d’anciens et d’autres dont la parole est confisquée) et déménagé une vingtaine de fois sans aller bien loin. C’est sans doute pour cette raison que j’aime franchir des cols, porter loin le regard, plein vent, plein espace, pleine lumière. Le rire et les chapeaux me vont très bien. Quant à la poésie, elle m’aime, c’est sûr, alors j’ai envie de la partager avec les petits, les grands, les proches, les lointains, en toutes langues. D’où ma collaboration jusqu’en 2010 avec la revue de création littéraire Verso comme la fondation et l’animation de soirées littéraires bimestrielles, « Les Mardis d’Isabelle », les lectures, les ateliers, les spectacles. » http://www.anne-lise-blanchard.new.fr/ http://www.m-e-l.fr/anne-lise-blanchard,ec,831

Bibliographie Ascèse des corps, reproductions d’Isis Olivier, Encre et Lumière, 2012 Au près, livre d’artiste, suminagashi de Véronique Agostini, Les Aresquiers, 2011 Copeaux des saisons, photographies de Josette Vial, Corps Puce, 2011 Éclats, Éclats d’Encre, 2010 Un jour après l’autre, préface de Jean Chatard, illustration d’Isabelle Clément, Éditions Henry, 2009 Anonyme euphorbe, préface d’Alain Wexler, acrylique de Vio, Carnets du Dessert de Lune (Belgique), 2009 Un silence de lait et de terre, préface de Chantal Dupuy-Dunier, Éditions de l’Atlantique, 2009 Le jour se tait, photographie de Josette Vial, Jacques André Éditeur, 2008 Chanson gelée pour un lé de terre, La Porte, 2008 Sur les paupières du vent (poésie jeunesse), gouaches de Matt Mahlen, Donner À Voir, 2008 Apatride vérité, illustration de Vincent Rougier, Rougier V. Éditions, 2008 Taille en vert, La Porte, 2006 La Courbe douce de la grenade, récit, préface de Dominique Daguet, Cahiers Bleus/Librairie Bleue, 2006 Qui entend le jargon de l’oie, Éclats d’encre (avec le concours du CNL), 2006 Envers, gravures de Bernadette Planchenault (bibliophilie), Empreintes, 2006 Au point de naissance du vent, encre de Cécile Crest, Sang d’encre, 2006 Plein espace vite, illustration de Marie-Hélène Ramon, Jacques André Éditeur, 2005 Avant l’été, pré # carré, 2005 Comptines pour petits dégourdis, aquarelles d’Agnès de Boyer, Éditions du Cosmogone, 2005 n° 1, décembre 2012

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Le Bleu violent de la vie, avant-propos de Jean-Claude Xuereb, Orage-Lagune-Express, 2004 La Beauté qui nous est donnée, Éclats d’encre, 2004 Sel, poème avec une gravure de Bernadette Planchenault, Empreintes, 2004 Traverser le jour blanc, préface de Jean-Pierre Lemaire, Sac à mots, 2004 Ce chant étroit, avant-propos de Monique Rosenberg, Interventions à Haute Voix, 2003 Chemins d’eau et entrelacs, préface de Madeleine Carcano, Librairie-Galerie Racine, 2002 Le Cru et le frêle, illustration de Gallino, Encres Vives, 2001 La Fluidité du héron, illustration de M-H. Ramon, présentation de Jacques Ferlay, Clapàs, 2001 Aux confins du vent, Clapàs, 2000 Croisés du silence, présentation de Marie-Ange Sébasti, illustration de Gallino, Encres Vives, 2000 Anthologies : 111 poètes d’aujourd’hui en Rhône-Alpes (Maison de la poésie Rhône-Alpes / Le temps des cerises), 2005 Agape /Agapes, Donner À Voir, 2006 Hors série de Spered Gouez : Femmes en littérature, 2009 Saraswasti n°10 : L’expérience poétique, 2009 Anthologie Jacques Basse, tome 3, Rafaël de Surtis, 2009 Anthologies en ligne : Terres de femmes, La Toile de l’un Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines : Pas d’ici, pas d’ailleurs, Voix d’Encre, 2012 Articles : Éditorial du n° 35 de la revue Interventions à Haute Voix, Naissance Poésie Première n° 38 : Femmes en poésie, Hommage à Margherita Guidacci Coup de soleil n°80 : Dossier Gabriel Le Gal Verso : Lectures trimestrielles Autres collaborations : Lieux d’Être, I.H.V., Friches, Mag’Ada, Diérèse Expositions collectives : L’Œil des mots (Poésie-Rencontre / Photos-rencontres), RhôneAlpes, 2001-2006 Façes et façades (collaboration photographes /poètes), Atelier 5, Arles, juillet 2011 Dossier : Anne-Lise Blanchard, Diérèse n° 45, été 2009 Anne-Lise Blanchard, Diptyque n°3, 2012

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© Rodrigo Ímaz Alarcón Ya no llueve, 2009 Series

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Le poème est chose… AYMERIC BRUN

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Le poème est chose Si délicate Qu’on ne saurait Trop Modestement L’aborder Il faut beaucoup De simplicité et de candeur Pour écrire un vers © Aymeric Brun

Cette modestie est singulière… Cette modestie est singulière Où sont les rimes Que j’aimais tant Où se trouve la pompe Qui ravissait mon âme J’ai quitté tout orgueil Je veux que mes vers Soient sans apprêts et sans fards Comme un fruit Comme une peau nue © Aymeric Brun

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Ô mon âme pourquoi… Ô mon âme pourquoi te déguises-tu Combien de masques De dominos Ô mon âme Possèdes-tu Je n’ai ni loups Ni fards Je suis Simplement Mobile mouvante ductile Fluante © Aymeric Brun

Rien n’est moins aisé… Rien n’est moins aisé Que d’écrire Simplement Humblement Il faut un art infini Pour paraître Balbutier L’eau qui bruit doucement Limpide calme sereine Légèrement sévère Sous sa feinte candeur Possède Mille artifices © Aymeric Brun n° 1, décembre 2012

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Quelle puissance… Quelle puissance Se communique à mon âme Pour l’instruire de ses devoirs Quel être inconnu parle en moi-même Quel cri inhumain sort de ma bouche Ensanglantée © Aymeric Brun

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Aymeric Brun est né le 11 juin 1976. Il a publié des extraits de Variations dans Le Capital des mots, dans Le Carnet de Jimidi et sur Scribulations.fr. Publications : 1. Variations (extraits), Le Capital des mots, décembre 2010. 2. Variations (extraits), Le Carnet de Jimidi, décembre 2010. 3. Variations (extraits), Scribulations.fr, décembre 2010.

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© Rodrigo Ímaz Alarcón Ya no llueve, 2009 Series

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Pour t'entendre... JACQUES CEAUX

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Il neigera ce soir La lune est tombée À atteindre nuit Le blanc comme jour Le silence nouveau C’est dimanche, Demain viendra On reste cois Toi et moi À feutrer l'air Blottis en lainage Tu penses Tu siffles un air Je redoute tant Tes temps tus Mes mots morts, À l'horloge tend L’aiguille amère Le reste à vivre À figure ordinaire Tu lamentes Le ciel gras C’est corridor Long char d'heures Roule lent long Demain pourtant Pour t'entendre © Jacques Ceaux PARTAZ

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Lucarne Il y a cet espace Embrassé par mes yeux Ce bout de monde Le conscient rectangle L'ombre si cache abritée La lumière peut révéler Paysage mon instant Chaud de ma sensation Une lucarne à peine Ouverte, confetti Infime réel ignorant (J’y puise mon miel) © Jacques Ceaux

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Lentement…

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Lentement, Un pied devant l'autre Sur le muret sinueux Bâton de funambule Équilibre vertigineux Tendrement, La main soie de peau Le long des chemins Balayés de ta peau Corps qui aiment Vivement, Les jours enchaînés Lucides et au monde Le sentir, l'éprouver L’œil vif en dedans © Jacques Ceaux

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Retour J'aurai Des vignes à embrasser Quelques Arpents pentus Un arbre ou deux en feuillage Une Source où boire Je Toucherai chaque matin L’écorce Grise du saule Je Me laverai le visage aux Eaux des rus Je Sentirai sur ma peau L’air Du large Qui Ramènera de loin les Épices cossues J’entendrai Le silence

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Velouté Des nuits bleues Tissées Aux langues

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Des Haleines vertes Je vivrai ce rêve cœur Au Sang de l'aube Quand Naîtra le monde à L’heure du grand matin © Jacques Ceaux

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Automne marin Ciré jaune le grain Paille dorée accrochée Au cou ivre du vent champ Salin désert étendu Octobre pluie La vague froissée Tape le vent casque d'émail Son cirque bruissant scintille Octobre bruit Un bateau brille lointain filets Pêcheurs file iode À flancs de criée Octobre fruits Mort vidange laiteuse Houle machine au ralenti Ce gris rougeaud l'affale Octobre nuit Octobre fuit © Jacques Ceaux

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Comptine triste Les voitures filent bêlent Huit heures en ville fracas chaos Moi je marche gaiement un pinson À la boutonnière mon chapeau dans le vent

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« Où vas-tu mon frère Avec ton piaf sur le devant Monte dans ma bétaillère Je m'vais vendre du vent » Mais moi au front fier J'ai crié mon NON Il a refermé la portière A bondit en partant Arrivé heureux à la lisière presque En ville à la banlieue j'ai libéré Mon plumé compère il faisait chaud Il était bleu... Et comme hier et avant-hier Avec le costume et le chapeau Courant les grandes artères j'ai Retrouvé mon bureau Plus de pinson, plus de vent Plus de portière la bétaillère Plus de ville les artères, des chiffres Un chef l'argent dans l'austère cachot. © Jacques Ceaux

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Né le 1er juillet 1962 à Ussel en Corrèze, Jacques Ceaux est marié (2 enfants) et habite à Verneuil sur Vienne près de Limoges dans le Limousin. Il travaille comme douanier au bureau des douanes de Limoges. Il a depuis l'enfance, toujours écrit des vers mais arrivé à 50 ans, il s’est promis de s'y consacrer sérieusement.

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5 non-haikus SÉBASTIEN DOUBINSKY

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closed mouth open mind closed eyes open mouth - poetry switch

consciousness filters through my eyes like slow electricity - poetry sparkles inwards

rain paints the world grey - old chinese ink

after the rain the clouds flap like torn sheets - cleanliness of the soul

the sun tries to shine through the white fogged-up windows sometimes light is like thoughts

© Sébastien Doubinsky

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Amour à Sophie Képès

Allumer le Chauffe-eau Vers 23 heures, L’éteindre au Lever – bouton Rouge haut: on Bas: off © Sébastien Doubinsky

Deux mille ans d’histoire chinoise Pas de détails Ne pas demander © Sébastien Doubinsky

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Les regrets Je regrette les jaunes tickets de métro Et l’odeur jaune des Maïs Je regrette le moteur jaune des Panhard Et le soleil sur la plateforme verte des autobus jaunes

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Je regrette le rire jaune des agents En képis bleus Et le rire noir des anarchistes Aux dents jaunes Je regrette la lumière jaune des réverbères Sur les pavés noirs de pluie Et les bas jaunes Des jolies secrétaires Je regrette les ciels jaunes Au-dessus du Panthéon Et les nuages roses Qui s’accrochaient à la tour Eiffel Jaune Je regrette les hôtels jaunes Où s’abattaient de tristes passes Accompagnés en sourdine Par la plus jaune des javas Je regrette les poignées de main jaunes Des aminches de toujours Qui vous envoyaient un dernier clin d’œil Inoubliable comme celui d’un condamné

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Je regrette le bruit de bois Du métro en émail jaune Et les seins mal soutenus Des jolies passagères Je regrette les amours jaunes De fin de nuit Et les souvenirs jaunis Et cornés Comme les pages des Poches Oui Comme je regrette Ce soir Sans lune Sans étoiles Et sans le réconfort moderne Le vieux Paris Jaune © Sébastien Doubinsky

Ayant passé une partie de son enfance aux États-Unis, Sébastien Doubinsky est resté très marqué par la culture et la contre-culture américaines et écrit aussi bien en anglais qu'en français. Il enseigna l'anglais dans un lycée parisien de 2006 à 2007 avant de s'installer au Danemark, où il enseigne la littérature française à l'Université de Aarhus. Il fonde en 2008 les Éditions du Zaporogue. Publications récentes: Quién es? - roman, Éditions Joelle Losfeld Goodbye Babylon, novel, Black Coffee Press

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Il y a la merde ERIC DUBOIS (FRANCE)

Il y a la merde et il y a Dieu Les prénoms de l'aube le vagin du temps

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La bite du possible Dans la poussée de la nuit la langue rêche des amants Qui qu'a dit quoi ? Les mots sont des orifices des muqueuses Il suffit de geindre Emietter un langage humide entre les lèvres du silence Ejaculer la semence du futur Le ciel est à portée de geste à portée d'ombre © Eric Dubois (septembre 2012)

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Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de poésie dont entre autres L’âme du peintre (2004), Allée de la voûte (2008), Les mains de la lune (2009), Ce que dit un naufrage (2012) aux éditions Encres Vives, Estuaires (2006) aux éditions Hélices (réédité aux éditions Encres Vives en 2009), C'est encore l'hiver (2009), Radiographie, Mais qui lira le dernier poème ? (2011) sur Publie.net, Mais qui lira le dernier poème ? aux éditions Publie.papier, Entre gouffre et lumière (2010) chez L'Harmattan, Le canal, Récurrences (2004), Acrylic blues (2002) aux éditions Le Manuscrit. Participation à de nombreuses revues. Textes inédits dans les anthologies Et si le rouge n 'existait pas (Éditions Le Temps des Cerises, 2010) et Nous, la multitude (Éditions Le Temps des Cerises, 2011), Pour Haĩti (Éditions Desnel, 2010), Poètes pour Haĩti (L'Harmattan, 2011), Les 807, saison 2 (Publie.net, 2012), Dans le ventre des femmes (Bsc Publishing, 2012). Responsable de la revue de poésie en ligne Le Capital des Mots. Blogueur : « Les tribulations d'Eric Dubois ».

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Notre-Dame-des-Eaux-Profondes GWEN GARNIER-DUGUY

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qui commandez aux marées au-dehors l'océan monte qui inquiète ma maison construite à flanc de falaise dois-je avant que le niveau ait atteint les ouvertures fermer vite les volets ? Mes vitres en vis-à-vis de la baie majestueuse pourront-elles résister à la pression des hauts fonds ? Vous qui dans vos plis portez les promesses coralliennes les abysses nécessaires à la teinte de mes murs submergez donc ma masure des fondations jusqu'au toit et mettez-moi en demeure d'espérer dans la douceur le reflux de vos eaux bleues © Gwen Garnier-Duguy

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Notre-Dame-de-la-Féminité que mes yeux restent voilés tant que mon regard sur toi verra dans ta nudité d'autres voies que la Beauté par où le monde respire et scintillent les cœurs d'homme Notre-Dame-de-Beauté principe second premier marque au sceau de ton corps pur l'aire bleue de mes pupilles afin que jamais le noir des bris de concupiscence ne trouble mon œil d'enfance où s'origine la terre des sacralités célestes © Gwen Garnier-Duguy

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Notre-Dame-aux-Doigts-de-Rose que l'aurore qui s'annonce dilue l'encre du néant par ta pensée digitale sur les êtres sur les choses où tes empreintes se posent que fleurisse en cœur massif l'évidence scintillante de ta fidèle présence Notre-Dame-aux-Doigts-de-Rose tu as ton lieu dans mon torse que par ton nom que j'invoque en épines de murmures mon cœur en puissance éclose ouvert aux vents de ta voix qui fait un ciel infini en ogive dans mon torse © Gwen Garnier-Duguy

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Notre-Dame-de-la-Grâce les vents contraires tournoient enveloppant notre terre comme une momie sans corps toi tu veilles en silence le visage comme un phare tourné vers la nuit du large les tempêtes hauturières menacent le bord du monde où tu te tiens en rempart Montent dans les embruns vifs dans les paquets de mer brute les prières boréales des femmes défigurées par l'appel qui les regarde les hommes perclus d'espoir aux yeux délavés d'amour d'avoir tant scruté l'azur sous l'obscurité de l'âme reviennent les lèvres closes Ont-ils reçu dans leur bouche au plus fort de la nuit d'encre une parole qui sauve ? Ont-ils peur en descellant leurs lèvres au cœur du siècle que du temple de leur gorge choie le paradis reçu ? Notre-Dame-de-la-Grâce donnez à ces hommes d'armes de partager en secret leur trésor illuminant l'avenir certain du monde © Gwen Garnier-Duguy

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Notre-Dame-au-pas-de-Colombe entrouvres donc le manteau lourd du siècle assourdissant et te glisses dans le bruit des gorges contradictoires Tout doucement pose-toi sur le front de l'homme-amer et fais-y dégouliner à voix basse ta parole Qu'importe qu'aucune oreille ne saisisse ton murmure Tu y déposes l'empreinte des floraisons d'avenir Le soleil se lève à l'Est de la tempe occidentale aimanté en son couchant par la nuit germinatrice il n'y a pas de non-être tout veut son surgissement et ta langue maternelle dit son nom secret à l'homme c'est inscrit au firmament de la voûte de son crâne sous la poussée bourgeonnante infiniment formulée de la racine du monde qu'est ta Parole stellaire calme au-dessus de la mer Ainsi dévoile ton nom à la limite des terres L'avenir sûr de la vie procède du Cœur ouvert aux traces de vérité semées par tes pas de souffle © Gwen Garnier-Duguy PARTAZ

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Gwen Garnier-Duguy publie ses premiers poèmes en 1995 dans la revue issue du surréalisme, Supérieur Inconnu, à laquelle il collabore jusqu'en 2005. En 2003, il participe au colloque consacré au poète Patrice de La Tour du Pin au collège de France, y parlant de la poétique de l'absence au cœur de La Quête de Joie. Fasciné par la peinture de Roberto Mangú, il signe un roman sur son œuvre, Nox, aux éditions le Grand Souffle. Ses poèmes sont publiés dans les revues Sarrazine, La Sœur de l'Ange, POESIEDirecte, Les cahiers du sens, Le Bateau Fantôme, La main millénaire, Nunc. Son poème « Sainteté je marche vers toi » a été publié dans L'année poétique 2009, aux éditions Seghers. En 2011, son premier livre de poésie Danse sur le territoire, amorce de la parole, paraît aux éditions de l'Atlantique, préfacé par Michel Host, prix Goncourt 1986. Il fonde en mai 2012 le magazine en ligne www.recoursaupoeme.com, exclusivement consacré à la poésie.

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Baltique Oiseau de froid (EXTRAITS)

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« Il y a la peine, qui ravine il y a le froid qui gagne quelquefois c’est comme si l’on n’avait plus de peau seulement la pierre des os. » Philippe Jaccottet

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Nuit de froid lumière d’eau errante durcie par la glace jour amenuisé rongé jusqu’à l’os soleil vif noir de braise jour blanc de grève de ciel

© Bruno Geneste

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de lacs obscurs semés de faisceaux basculés dans la brume de fumées de vent aux courbes des anses vides © Bruno Geneste

écoute ! l’écoulement abrupt du silence de la mer aux lignes de dunes creusées chavirées de roches chamaniques figures © Bruno Geneste

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extension des forces nues d’aurores d’ailes invisibles aux marges de feux éteints de routes de pas

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© Bruno Geneste

dans l’avancée qu’éclaire aux lisières un signe taillé à la hache par un homme au nord de l’océan près de l’os, ce froid de mer cette chair d’écorce d’horizon traversée de navires soudain en retrait la barque

l’île son ciel poussé

© Bruno Geneste

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près de la fenêtre le sable l’ambre jailli frotté à la pierre simple du chemin qui recule amarre rompue au-dessus du vide au bord extrême de la lumière © Bruno Geneste

Bruno Geneste est né en 1960 à Pont L’Abbé dans le Finistère Sud. Poète et écrivain, il vit en Bretagne. Il collabore à de nombreuses revues : Décharge, Spered Gouez, Rivaginaire, Mange Monde, Peuple Breton. Il est le co-fondateur avec Isabelle Moign du Festival de la Parole Poétique et de la Maison de la Poésie du Pays de Quimperlé, dont il est le directeur artistique. Il est l’auteur de plusieurs créations autour de la poésie orale : À l’horizon de l’eau, Rituel nomade, Méditation Atlantique, Totem de Parole, Caps et Promontoire, Avec Rimbaud, Le Ciel remue l’Énigme. Il ouvre, à travers quelques essais-récits Fragments d’une Poétique des Contours et entretiens croisés de Neige et d’Ecume avec le poète Serge Torri, un espace de réflexion sur ce qu’il nomme une « Poétique des Contours ». Il est l’auteur de plusieurs recueils dont : Carnet de Neige éd. Éclats d’encre, L’Archipel du vide éd. Mona Kerloff, Présent Océanique éd. Encre Vive, Lumière de froid éd. Prè-carré, Expérience Atlantique des lisières éd. Voltije, Le ciel remue l’énigme, éd. Rafaël de Surtis. Poèmes traduits en anglais, polonais, breton, espagnol, portugais, ukrainien. n° 1, décembre 2012

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La nuit porte rythmique… RODRIGUE LAVALLÉ

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La nuit porte rythmique La distance de nous à nous Vagues aux tempes Nous pénétrons

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nous

nous son sexe frères et sœurs de la béance océanique

pour habiter ses mystères pas à pas visage à visage La nuit porte cohue des noms de comédie mains en suspens loupiottes magiques dans yeux ruisselants nous

son centre alentours

sa chair finitude

sa propre

© Rodrigue Lavallé

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De la vitre au-delà … de la vitre au-delà sur le sol derrière on dirait une herbe drue tombée du ciel visage traversé absenté Mamie-du-salon dort dans le cuir brun bouche ouverte elle s’entraîne à mourir devant la télé le mur en pointillé sera joli demain couché sur le sol tu croiras sa blancheur éternelle quelques jours si la chance nous protège quelques jours de sursis © Rodrigue Lavallé

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Ici … Ici au-delà des barreaux la routine des pas

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nu fil-de-fer entre deux tours équi-libre et je m’enracine dans la succession des pas le deuil de chaque jour vie vent entre-deux tours © Rodrigue Lavallé

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Ventre de pierre… Ventre de pierre sous tes doigts lignes de partage consenties

c’est

En bas sur le trottoir des fillettes à coup de vent lissent la chevelure de ton silence © Rodrigue Lavallé

Rodrigue Lavallé est né en 1972. Lyonnais d’adoption, il a suivi des études de psychologie avant de démarrer une carrière de formateur et conseiller d’insertion professionnelle, poste qu’il occupe encore actuellement. Il publie des textes dans les revues web Le capital des mots et Voxpoesi. Publications récentes ou à venir: Soc et Foc (Florilège 2012 et 2013); Incertain Regard n°6 (décembre 2012) Bleu d'encre n°28 (décembre 2012); FPDV n°34 (décembre 2012) Rature (décembre 2012) Le livre à disparaître - revue à numéro unique (janvier 2013) Recours au poème (numéro prévu en septembre 2013)

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L’avion du jardin d’enfants de Victoria MAXIME LEJEUNE (FRANCE)

« lekritir i reste, parol i anvole... »

Écoute ! c’est un vieux cahier que j’ai trouvé en faisant des rangements. Tu sais, parfois on pense que l’on verra plus clair si l’on met un peu d’ordre autour de soi. J’avais donc retroussé mes manches et entamé un grand nettoyage de mon

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bureau au ministère et je suis tout simplement tombé sur ce petit calepin. À présent je m’en souviens, ce sont des confidences que m’avait faites, il y a fort longtemps, un avion. Il y manque des pages, d’autres sont déchirées. Certaines n’ont pas su résister au temps qui les a marquées de son empreinte et de son odeur. Petites étoiles verdâtres, constellations, traces d’une encre qui n’a cessé de s’estomper au fil du temps, autant d’enluminures venues oblitérer un texte devenu difficile à déchiffrer. C’est qu’en effet, tu le verras, des mots semblent manquer et la lecture ne peut être que maladroite, incertaine, hésitante.. . J’aimerais cependant te dire ce que j’ai pu lire. Tu me diras que c’est une trahison puisque ce sont des confidences, et tu auras sans doute raison, mais certaines d’entre elles m’ont tellement ému. D’ailleurs, dans cette vie pleine de fureurs qui est la nôtre, la seule chose qui vaille n’est-elle pas justement l’émotion ? ... (Certains parmi nous, peut-être par modestie, semblent lui préférer les petites et fébriles fascinations du pouvoir). Enfin, oserai-je ajouter, n’y a-t-il pas toujours une part de trahison lorsqu’on touche à l’écriture ? Sur la première page était donc tracé en grosses lettres, auxquelles (on pouvait le deviner) une encre d’un noir profond avait jadis voulu donner tout son poids, le titre suivant : Mémoires PARTAZ

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« 7 mai : Aujourd’hui, le ciel est bleu, le soleil brille... Je pourrais presque proclamer que je suis heureux. 11 mai : Je ne saurais dire depuis combien de temps je suis ici, banni, cloué au sol. 4 juin : Messieurs les notables, merci de votre bienveillance, mais les deux paires d’espadons de béton que vous m’avez collées sous le nez n’atténuent en rien mon malheur ! Je reste comme eux privé de mon espace vital. Que ne me donnez-vous un moteur au lieu de ces béquilles qui prétendent me soutenir ! 23 juin : Là, sous mon bec, cette horloge détraquée, privée d’aiguilles, qui n’en finit pas de tourner sur elle-même avec ses petites voitures qui ne cessent de ramper et dont il me faut supporter les moindres gaz d’échappement. 13 juillet : Le parc, jeux, cris, chants, kaléidoscopes de rires de ces enfants auxquels je tourne le dos et que jamais je ne verrai. Piètre consolation que ces petits êtres qui me mettent parfois du baume dans le cœur mais dont les sourires me sont interdits. Ah ! Plutôt être déchiré, déchiqueté ! Me savoir condamné au recyclage, à la rouille, à l’enfer métallique me serait encore un sort plus doux ! Humains savez-vous jusqu’où vous conduira votre aveugle cruauté ? 24 juillet : Relégué, proscrit, privé de mon aérienne liberté, contraint d’apprécier l’absurde circulation, d’admirer la mascarade de ces fourmis de tôle qui se rejoignent pour s’embrasser le temps de parcourir un quart ou un demi-tour du rond-point avant de repartir chacune de son côté. 3 août : Ce matin, un gros monsieur avec une petite voiture a défoncé une grosse voiture avec un petit monsieur furieux ! Que la vie sur terre est drôle ! 12 août : Je deviens fou ! S7 AAS ! S7 AAS ! insupportable immobilité, inerte fuselage, je délire; S7 AAS ! S7 AAS ! Il me faut bien me raccrocher à quelque chose qui en vaille la peine, pour lutter contre la rouille qui s’empare de mon esprit, pour me distraire ! Je colle alors les voix des enfants du parc sur les véhicules qui défilent sous mon nez. Ce gros camion rouge, c’est le jeune garçon que j’entends appeler son chien, ce fourgon tout déglingué, c’est ce gamin qui cherche son ballon, cette douce berline qui passe en glissant ne peut être que la petite fille qui berce sa poupée et cette n° 1, décembre 2012

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voiture toute verte n’est autre que le rire d’un enfant qui se jette dans les bras de son père du haut d’une balançoire. Chaque voiture informe une voix enfantine. Je cligne des yeux et me plais à penser que tous ces enfants que je devine et qui jouent dans mon dos font la ronde devant moi. S7 AAS ! S7 AAS ! S7 AAS ! Je m’invente des souvenirs, départ du vol S7 AAS à destination de Singapour, arrivée du vol British Airways en provenance de Nairobi. Je me fabrique mon loto avec les numéros d’immatriculation des voitures. J’estime les temps de freinage nécessaires en tenant compte de la chaussée rendue glissante par temps de pluie, je prévois des accidents, je maîtrise ces serpents bariolés qui s’enroulent sur la place, je règle la circulation des voitures qui, selon les moments de la journée, deviennent tantôt les

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fauves qu’il me faut dompter tantôt les moutons que je dois guider. 24 août : vers la fin de l’après-midi : Tout à l’heure, il n’y avait rien, quelques rares voitures, rubans de couleurs filant à travers la place. À présent c’est une monstrueuse pagaille, nervosité, refus de priorité, harassement d’une journée de labeur. Que la vie des hommes est bizarre ! 3 septembre : Rien de bien particulier aujourd’hui... Ah si ! Pardon ! dans la soirée, aux alentours de 19 heures, un « madanm paton » m’a chié dessus. Stupide volatile venu me rappeler combien je suis soudé au sol ! Funeste animal venu troubler les rivages de mon cœur ! Va donc vérifier si « le bazar i prop » ! 19 septembre : Ma carlingue sera toujours vide comme l’est la petite maison qui tristement me tient compagnie ! Jamais personne ne viendra s’asseoir sur le banc tout proche ! Que j’envie ces manèges derrière moi que fleurissent les bouquets de rires des enfants ! 28 septembre : Aujourd’hui toujours rien, banni, pétrifié. Gros insecte stupide, je mesure tout le grotesque de mon sort. J’ai peur. Peur que mon esprit ne s’ankylose. Peur que ma bêtise n’engraisse à force d’immobilisme et de honte.

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(Puis, en continuant de lire, on rencontre des phrases qui sont comme trop longues, embrumées, maladroites, qui font l’effet d’un épais brouillard. Tout est trouble, on devine parfois une expression qui semble s’en échapper, cotonneuse comme les nuages que savent si bien dessiner les enfants. À certains endroits, les mots se font plus aériens, c’est comme un pétillement. Il me faudrait presque une épuisette pour rassembler tous ceux qui se dispersent et s’envolent ! À d’autres moments, tu suis la ligne d’écriture et, sans rien comprendre, tu te retrouves par-delà les nuages ! Il y a aussi des phrases qui, si elles ne sont pas sibyllines, restent alors incompréhensibles (mais dois-je t’avouer que seul m’attire et me séduit ce que je ne comprends pas ?). Enfin, tu risques, à plusieurs reprises, de tomber sur des sortes de boursouflures de mots, des gonflements de langage, des expressions enflées qui, certes, évoquent la carlingue désormais vide de l’avion déchu mais qui te rappelleront plus sûrement combien sont inconsistantes les paroles dont savent parfois s’envelopper ceux dont je t’ai déjà parlé et qui n’ont pas été capables d’opter irrémédiablement pour l’émotion. Mais tu verras, la suite est, dans l’ensemble, tout à la fois un chant de rage et de joie. C’est comme une révolte qui abriterait un hymne à la vie et supposerait un immense bonheur de vivre, un peu à la manière de certains arbres ici, regarde les flamboyants de Montfleuri, dont tu ne sais s’ils sont un cri de douleur qui s’arrache de la terre ou un cri de joie qui éclate vers le ciel). 12 octobre : Aujourd’hui, beaucoup d’enfants dans le parc, nous sommes dimanche, j’entends le cliquetis des manèges et le grincement des balançoires. La danse des oiseaux me manque. Je ne puis choisir ce que je voudrais ni refuser ce qui me déplaît ! Ne serai-je donc jamais un avion véritable ! 16 octobre : Torride, le soleil prend possession de la journée. À force de lumière, tout est blanc et noir. Engoncé dans ma torpeur je me ronge de tristesse. Toutes mes pensées ne sont que pâles tentatives. 4 novembre : Plaisir trompeur de cette foule que la Maison du Peuple recrache ce soir dans la moiteur de la rue. Oh ! mes amis, entendez-vous ma douleur qui déchire le voile silencieux de vos nuits ? 20 novembre : Derrière moi, la mer, le parc, les rires de ces enfants que j’aime d’autant plus qu’il me sont inaccessibles, fraîcheur de la vie dont je suis privé. n° 1, décembre 2012

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Devant moi, l’éternel rouage, l’enroulement mécanique, l’inéluctable enfermement des esprits dans ces petites boîtes de conserve multicolores qui ne cessent d’aller et venir sur la place. Que ne puis-je me retourner, ne fût-ce qu’un seul instant ! 27 novembre : Je rouille sous la pluie, tout vacille, je ne me sens pas très bien dans mon fuselage, j’ai mal à la tête et ne puis pas même prendre de l’aspirine. Ah ! si je pouvais me dégourdir. 30 novembre : Humains ! ayez pitié ! dites-moi ce que je suis devenu ! décoration urbaine, jouet démesuré, pélican embourbé, statue, nouveau sphinx, sinistre gardien de carrefour ou foutriquet de rond-point ? Humains ! qu’avez-vous fait de mes horizons ?

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12 décembre : Je ne puis bouger, sarcophage, bloqué, mon esprit se trouble. (Mais pour finir écoute ceci, bien sûr tu ne t’es sûrement jamais demandé à quoi pouvait bien rêver un avion !) 25 décembre : Aujourd’hui, je ferme les yeux, je déploie mes ailes et je vole. Flèche éclatante, honneur et bonheur retrouvés, vertiges glorieux, volubiles voltiges, azur tout ourlé d’argent, émoustillante liberté, égouttement de lumière, gaze blanche, insoutenable bleu du ciel, royauté reconquise, paysages à l’envers, fulgurante ascension. Je file au pays du soleil qui jamais ne se couche. Que le monde est beau ! Mesdames et Messieurs, soyez les bienvenus à bord, le commandant et son équipage vous souhaitent un agréable voyage... ». (Si tu me demandais ce que je pense de tout cela, je te répondrais que ce petit calepin, tout en désordre, fleuri de confusions, sans queue ni bec et rempli d’inepties, était peut-être bien sa seule raison de vivre, l’unique voyage qu’il aura fait et que c’était sans doute sa façon à lui de répondre à cet obscur désir qui bouillonnait au plus profond de son être et qui consistait à ne vouloir jamais être oublié). © Maxime Lejeune PARTAZ

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Dans le sillage des tôles de Mahé ... pour Rosemonde, si belle sous son chapeau de paille... « Plito enm pti se ou ki en gran se le zot ! »

Écoute, je sais, tu veux davantage d’espace, tu te sens à l’étroit mais je crois que tu as tort, ce n’est pas une bonne idée, laisse à ta « kaz » les jolies tôles qui la couvrent ! As-tu sérieusement pensé à l’allure que prendrait ta maison si elle n’avait plus de toit ? Imagine ! tu as beau habiter Bel Ombre, tu passerais ton temps à vouloir te protéger des rayons du soleil et à te mettre à l’abri de tout ce qui peut tomber du ciel. Toutes sortes d’animaux te voleraient ton espace, les oiseaux te chieraient sur le crâne quand ce ne serait pas dans ton assiette, il te faudrait alors dépenser une fortune en chapeaux. Les tourterelles t’arracheraient le pain de la bouche, les cafards zigzagueraient le soir autour de tes oreilles et la danse des moustiques t’ensorcellerait. (Plus aucun insecticide ne pourrait prétendre te garantir un sommeil tranquille). Les « madanm paton » seraient toujours là, à vérifier si dans ta cuisine « ton bazar i prop » et, constamment, les mainates se permettraient de commenter dans ton dos les programmes de télévision que tu regardes. Sans oublier les chauves-souris du quartier (et Dieu sait si elles dérangent parfois !) qui se donneraient rendez-vous chez toi pour s’accrocher à tes tringles à rideaux. Tu n’aurais plus assez de fils pour attacher tes lampes aux branches des arbres. Plus rien ne tiendrait et tes murs menaceraient de s’écraser en s’ouvrant comme la couverture d’un livre. Tu te verrais obligé de les retenir au moyen de ficelles que tu tendrais un peu partout et tu te retrouverais alors pris dans une immense toile d’araignée. Tu ne saurais plus comment installer ton ventilateur.

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Tiens au fait, le vent, as-tu pensé au vent ?

Il te jouerait mille tours... Tu avais bien laissé la facture d’électricité sur cette table mais à présent tu ne sais plus où elle s’est envolée. Tu te tues à la chercher. Tu t’énerves pour rien, ta famille te trouve susceptible, quelle mouche a donc bien pu te piquer ? Tu poses ton journal sur le buffet, un courant d’air vient à passer et tu retrouves les feuilles éparpillées, les informations sont toutes mélangées, le désordre règne, les nouvelles internationales ont pris la place de celles du sport et les hommes politiques se mettent à jouer au football, la page économique s’est renversée et tu ne sais plus comment interpréter les petits graphiques, voilà que le

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chômage diminue et que les investissements chutent ! Ton « Nation » devient complètement incompréhensible, tout a valsé, colonnes, titres, sous-titres, c’est un vrai cafouillage de mots, l’anglais se mêle au français et tu ne comprends plus rien à ce langage d’extra-terrestre. La photo que tu as épinglée sur ce mur s’est volatilisée, c’est que sans doute tu croyais l’avoir fait et que tu perds la mémoire. Tu as rangé 200 roupies sur cette étagère et il ne t’en reste plus que 75 ! tu remues ciel et terre pour retrouver ce qu’il te manque et voilà que tu accuses ton fils aîné de te voler, tout le monde alors se dispute, et tu ne peux même plus menacer ton garnement de l’enfermer dans sa chambre, il saute par-dessus le mur et file au cinéma Deepam. Et les affaires d’école de ta fillette qui déjà n’est guère ordonnée ! C’est à n’y plus rien comprendre, le vent aussi est passé par-là, elle croit alors apprendre à lire tandis qu’elle tient entre ses mains son cahier de mathématiques. (Et à cette enfant, que lui répondrais-tu, les soirs de pleine lune, lorsqu’elle te dit qu’elle ne peut pas s’endormir et te demande d’éteindre la lumière ?) Et les odeurs, y as-tu songé ? Toutes ces bonnes odeurs de cuisine qui, au lieu de rester dans ton assiette, s’échapperaient vers le ciel ! La nourriture te paraîtrait terriblement fade, tu en viendrais à perdre l’appétit, c’est alors que tu maigris, tes vêtements deviennent trop larges, il te faut changer de garde-robe. Pire, tu PARTAZ

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tomberais malade et, crois-moi, ce n’est pas la lecture du journal qui t’aiderait à retrouver tes esprits ni à récupérer tous ces parfums qui s’enfuient pour rejoindre les nuages ! Tiens au fait, les nuages, as-tu pensé à la pluie ?

Rends-toi compte ! tu ne saurais plus où marcher, tu glisserais sur ton plancher, tu ne parviendrais plus à vider ta baignoire. Tout serait humide, tu n’aurais plus rien de sec à te mettre et lorsque tu arriverais tout mouillé le matin à ton travail il te faudrait chaque fois inventer un nouveau mensonge, que ton fils qui arrosait la pelouse ne t’a pas vu, que tu es tombé dans la piscine de tes voisin, que tu as dû faire un détour par la Misère où, nous le savons, il pleut tout le temps. À ce jeu-là, tu risquerais bien de perdre ton emploi au ministère ! Tu approches le moindre interrupteur, tu fais aussitôt trois sauts périlleux et deux jours plus tard tu te souviens encore du choc électrique que tu as reçu. Ton chat se prendrait pour un poisson-chat, tes chaussures deviendraient des petits bateaux qui dérivent dans ta maison, ton canapé se transformerait en grosse éponge et ton lit prendrait des allures de radeau... imagine ! tu t’endors dans ta chambre et tu te réveilles dans la salle de bain avec un lavabo à tribord. Les pieds dans l’eau, tu n’aurais même plus besoin d’écouter la météo à la radio. Réalise ! tu prépares une soupe pour ta famille et tu te retrouves avec de quoi nourrir tout le voisinage, et que ferais-tu, pendant les repas, de ces verres qui ne cessent de déborder ? Oserais-tu dire à ta femme qu’il y trop d’eau dans son « baka » ou que son riz est trop collant ? Certes, je te connais, tu lui en parlerais d’abord gentiment (tu sais mettre de l’eau dans ton vin quand il faut !) mais rapidement vous en viendriez à vous quereller et tu recevrais les recettes de ta bellemère en pleine face !

Sois raisonnable ! te vois-tu réellement en train de t’arracher les yeux à essayer vainement de déchiffrer le journal, assis dans ton fauteuil avec, par beau temps, un n° 1, décembre 2012

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chapeau de paille et des lunettes de soleil sur le nez et, par mauvais temps, un parapluie maladroitement serré entre tes genoux et un casque de moto sur la tête ? Non franchement, je ne conçois même pas comment tu as pu imaginer pareille bêtise ! Fais-le si tu veux, enlève le toit de ta maison, mais, je te préviens, ta vie va devenir infernale, tu ne seras plus capable de remonter le courant et ton bonheur qui, jusqu'à présent, me semble sans mélange, sera bien vite menacé ! Suis-moi dans le sillage des belles tôles de ton pays et peut-être changeras-tu d’idée !

Pourtant, crois-moi, ce n’est pas parce que tout chez toi, famille, santé,

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travail, partirait à vau-l’eau que je te conseillerais de ne jamais décapiter ta maison. (Même si certains pensent que c’est le toit qui fait la famille.) Non, il y a d’autres raisons ! Installe-toi bien à l’abri et prête-moi une oreille attentive ! Ce n’est guère chose facile mais je vais tenter de te dire combien sont belles les tôles de ton pays. Suis-moi dans le sillage de leurs ondulations et peut-être que, par la suite, tu n’oseras plus décoiffer les maisons créoles ni les priver de leurs toitures aux si douces couleurs qui me font penser à la belle langue que tu parles.

Sache que ce sont les tôles qui donnent de si beaux reflets à la lumière du jour, ondulations de teintes estompées, sinueuses nuances, vagues maquillées, lueurs descendues des astres, arc-en-ciel déposé. Elles nous offrent de telles sensations et seraient si naïves si elles ne portaient cette candeur qui les dépouille de toute mauvaise prétention, sereine plénitude, pudique protection. Madrigal de discrètes couleurs ou éclatante victoire de l’acier, ce sont elles qui, plus que toute autre chose, révèlent la beauté de vos « kaz » qui tour à tour deviennent petites pâtisseries en papillotes que l’on aurait posées à l’envers, gros bonbons emballés ou châteaux de cartes. Elles qui anoblissent vos maisons qu’elles équipent d’une gracieuse légèreté dérobée au firmament. Elles grâce auxquelles, vos demeures sont PARTAZ

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merveilleusement coiffées et décorées. Regarde bien les toits de Mahé ! Tu découvriras des petits châteaux de princesses au bois dormant avec leurs pinacles si sobrement majestueux, tu frissonneras devant le casque de samouraï, à moins que ce ne soit la patte argentée d’un griffon légendaire, qui protège Scotia House. Vanille, pêche, citron, coco, pistache, fraise ont envahi l’île entière ! Ton regard gourmand ne pourra se décoller de toutes ces couleurs de crèmes glacées et de sorbets, de ces fines couches de chocolat ou de caramel fondant qu’un coup de peigne méticuleux a soigneusement répandues sur quelques bâtiments et tu dévoreras des échafaudages de gaufrettes. Tu t’étonneras de ces moules à gâteau gigantesques. Tu ne manqueras pas d’être ébloui par certains glaciers inoxydables et insolites... et tu te surprendras à penser à de la neige. Tu tenteras de déchiffrer les messages que renferment ces grands livres entrouverts aux pâles couvertures de carton. (Peut-être te parleront-ils de chiens assis, de couleurs laquées, de galvanisation, de corrosion, d’oxydation, de clefs de voûte, de pannes faîtières, qu’importe !) Bien sûr, certaines tôles dont les plis rappellent les toilettes des petites filles endimanchées, te feront penser à Rosemonde lorsque avec sa jupe rayée et son chapeau de paille, elle descend la côte de la Louise pour aller à l’église Sainte Thérèse. Ce sont elles, les tôles, qui inscrivent vos paysages dans un univers d’ineffables nuances et semblent vouloir rivaliser avec les pâles reflets roses et bleus de vos couchers de soleil, elles encore qui, témoignant du temps qui passe, offrent à ton île l’automne dont elle est privée en déposant sur vos toitures une palette de fantastiques tons mordorés. (Certaines intelligences estompées osent appeler cela de la rouille.) Et ce sont elles encore qui, certes, te protègent des ardeurs du soleil, du vent ou de la pluie en subissant, stoïquement, outrages et violences du temps mais qui savent si bien, quand il pleut, devenir instruments de musique, flic, flac, flic, flac, flic et flac, flic et flac, flique flic et flac pour charmer ton oreille et te donner à découvrir des sons et des rythmes toujours nouveaux et flaque et fliquéflac. Mais tout n’est pas toujours rose ! n° 1, décembre 2012

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Je dois cependant t’avouer que lorsqu’il s’agit de tôles, tout n’est pas toujours rose ! C’est que ces demoiselles dont le vent s’amuse parfois frivolement à soulever les jupettes savent se disputer pour rivaliser de beauté ! C’est, alors, à qui sera la plus belle, qui saura retenir le regard du passant, qui se verra gratifiée de la robe la plus élégante ! Emprunte la route qui mène de Takamaka à Intendance et tu assisteras à un vrai défilé de mode ! Encore nues, les tôles de Seven hill’s store se demandent fébrilement de quel ton sera leur prochain vêtement. Et si tu savais combien les tôles du commissariat de Beauvallon jalousent mielleusement celles de la toute proche et superbe boutique de Massilamani, combien les belles vertes de chez Pti Tobi ou les admirables mordorures de chez Murugesan font d’envieuses et

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combien encore les pâles dentelles du ministère des affaires étrangères font tourner les têtes ! Ignores-tu à quel point les pinacles de la rue Albert ou les tôles couleur sang-de-bœuf de chez Marie-Antoinette font jaser lorsqu’elles apparaissent au détour d’un virage ? Tout cela est sans fin. Mais il est préférable de garder ses distances.

Je te le répète donc, fais-le si tu veux, arrache la belle coiffure de ta maison (et je m’étonne que tu puisses agir ainsi dans ce pays où les chapeaux sont si beaux) mais sache alors qu’à Mahé, une maison privée de tôles n’est peut-être plus vraiment digne de ce nom !

© Maxime Lejeune

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Ses premiers textes paraissent à Mahé, dans la presse nationale, entre 1997 et 1999. Depuis, ses nouvelles seychelloises sont publiées dans des revues telles que Les Écrits, Moebius, Brèves, Sipay. Son premier roman Zacharie (Adage, 2003) dont l'histoire se déroule dans le Nord du Maroc a reçu en 2004 la seconde mention au prix Jacqueline Déry-Mochon de la ville de Montréal. Le théâtre de son deuxième roman Le Traversier (Triptyque, 2010) se situe au Québec. Maxime Lejeune est docteur en littérature française et licencié en littérature polonaise. Il aime à partager sa passion pour la littérature, l’écriture et les affiches dans le cadre de nombreuses rencontres, conférences, expositions à travers le monde. Il travaille depuis plus de vingt ans comme expert dans les domaines de la formation linguistique et des nouvelles technologies auprès de différents ministères, universités, institutions internationales. Nouvelles « L’aveuglement insulaire »  http://www.erudit.org/culture/moebius1006620/moebius1014112/14395ac.pdf « Le discours exécrable d’une chauve-souris » http://www.erudit.org/culture/bl1000329/bl1006516/386ac.pdf

Romans http://www.erudit.org/culture/bl1000329/bl1016867/4865ac.html?vue=resume http://www.diffusionadage.com/mosaique.htm http://www.triptyque.qc.ca/argu/arguTraversier.html http://www.passiondulivre.com/livre-96352-le-traversier.htm

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Liés, sans chaînes JEAN-PIERRE PARRA (FRANCE)

Désir murmuré bouche silencieuse par les lèvres qui effleurent

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devenir bras refermés sur sa chair désir plein s'enivrer vœux communs composés de l'échange

Cœur chargé d'amour vivant sur tes lèvres être étonnement dépassé approfondi par l'harmonie trouvée ressentir dépassé par l'étonnement l'impression de justesse

Corps tenté grâce préservée par le plaisir accordé au désir riche réaliser animé par l'amour déclaré l'improbable

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Réveillé plein d'amour sans cesse renaissant dire murmurés les mots plein d'avenir les plus tendres sous le ciel enfin déclaré

Tremblant dans le même rêve d'amour choisi respirer forces de la vie jaillies le parfum de la nuit qui martèle les tempes

Yeux grands ouverts amour de feu bu dans son désir s’attacher baisers semés étonnés à ses bras radieux

Part de douceur de vivre prise sur ses lèvres se découvrir vivant très vivant toujours plus vaste vibrer vibrer encore dans le jour juste de l'appel amoureux

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Envahi cœur écouté récompensé par les forces de l'impatience se délivrer de ton corps contraint bouleversé Envahi voile d'amour hissée de ses douceurs fermer tes yeux éclaboussés d'étoiles

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Voûte étoilée vue dans l'inévitable regard croisé de ses yeux sombres allumés devenir lèvres rapprochées un homme naissant

Cœur rêveur tourné vers le plus lumineux le plus chaud amour haussé jusqu'aux étoiles laisser monter fente des yeux embués ouverte les larmes de joie

Ombres unies liées par le parfum d’amour aller éternité du monde partagée dans le lit ensoleillé vivre sang rajeuni qui bat très fort follement PARTAZ

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Désir tremblant dans les yeux Désir tremblant sur les lèvres être sagesse abandonnée un homme renouvelé dans l’union des mains dans l’union des lèvres

Porte du jour ouverte entrer digues du désir débordant rompues dans le moment du temps doux et limpide qui tire du puits du cœur la soif d’amour

Réveillé complices de l’amour ensemble s’inspirer corps toujours à l’heure des rêves retrouvés

Âme troublée par sa troublante image aller corps ouvert en douceur vers la joie manifeste dans la vie marquée par son cœur droit

Sous l'attrait guidé par la divine volupté de l'air subtil empli d'amour s'écarter loin du raisonnement des heures indécises ramenées au repos n° 1, décembre 2012

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Sens piqués titillés par le feu de l'amour demeuré secret être appelé éloigné de la rive de la raison à vivre autrement

Bouleversés vigueurs mêlées à travers les corps mêlés

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se nourrir degrés du désir grimpés d'amour insoucieux

Unis corps alliés en tous sens dans l'amour comblé prédit par le désir renouveler inséparables le monde secoué

Têtes rapprochées se dire âmes et cœurs parvenus à l'union les secrets du monde envahi de l'éclat d'amour

Dans la nuit sur la voie de l'amour pris pour vêtement sourire accompagné dans le plaisir de tout ton être

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Disciple tremblant de l'amour tomber lié sans chaînes dans l'admiration présenter attiré sans cesse le cœur mis à feu caché sous la peau

Chemin ouvert par l'amour abreuvé dans les cœurs rassemblés danser ami de la lumière dans les rayons du jour et du soir

Du point de vue le plus subtil de ton cœur enflammé lucidement ivre lui dire sans remuer les lèvres l'amour qui plonge dans la joie

Tourné banquet de l'amour préparé vers son cœur mis à nu se revêtir noyé dans la douceur du manteau de tendresse

Vertige donné par le regard de douceur reçu sortir marteau de la porte de l'âme heurté de l'état d'immobilité

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pour dire rendu content de la vie ce qu'il y a à dire

Tout près joie des yeux tirée de ses yeux de son visage qui rend la nuit semblable au jour sentir sur le cœur épanoui la brise d'amour souffler

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Portes du bonheur ouvertes avancer baigné de chaleur vivante ensemble saisir dans la joie toute neuve l'amour large © Jean-Pierre Parra

Jean-Pierre Parra a publié une quarantaine d’ouvrages de poésie et de théâtre. Les thèmes principaux abordés sont l’amour, la maladie, la vieillesse, l’holocauste, les sans-abris. Un grand nombre de ses poèmes sont consacrés au monde d’aujourd’hui : la guerre à Gaza, le printemps arabe, la guerre en Lybie, et en ce moment le conflit en Syrie. Jean-Pierre Parra dit les mots qui correspondent à sa vision du monde. Il a aussi consacré de nombreux écrits à la peinture. Jean-Pierre Parra est hanté par deux thèmes extrêmes : la beauté et le mal qui sont les deux grands mystères de l’aventure humaine. © Marianic Parra, gouache, 2009

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© Rodrigo Ímaz Alarcón

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In Mâat NÈFTA POETRY – GERALD TOTO

(GUADELOUPE - FRANCE)

Lèvres de méthylène au rictus ébrieux bleues de congestion à force de s'entre-serrer et de dévorations par des dents affûtées par la douleur Visage en lunaison et deux yeux s'ex-orbitant de leur niche pour dessiner des révolutions en quête du réconfort parmi les cieux, parmi les yeux, Autour qui veillent...

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Marbrures ocres parcourant la chair de séismes ébranlée par les forces coriaces en résistance sises dans ses combles Peau Voie lactée tendue à l'infini en plantureuses voûtes célestes ... Mamelles ... Dunes Stalagmites nourricières ravinées de sucs crayeux, opalins ... Ventre-Morne au faîte de la postérité Reliefs escarpés et aspérités... Tout son corps est tumulte, fusions en profusion de chairs qui amalgament l'amour pont entre deux humus. Terre-mère terre ferme continentale Et cet appendice ... Isthme à la vie Presqu'île ou presqu'elle... "Hydro-gyne" Elle est accrue Elle est crue des eaux Femme dame-jeanne Gaia la voulut outre Pleine d'eaux et de sang Ceinte de chair et de musc Mère, en elle il y a la mer... Les eaux fécondes Les eaux d'un ventre abyssal où ne résonnent qu'échos et sonars Les eaux baptismales où baigne l'anthropoamphibien... PARTAZ

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Au commencement Gisement Fourmillement Foisonnement Débordement Au monde... Essor De ses flancs douloureux qui convulsent, le faîte de la postérité qui demande la liberté Essor... de la matrice aquarium rompue distordue dont les parois, accores à-corps, ne résistent plus à l'horizon qui se déploie entre ses côtes Essor du mystère qui se veut révélé La nymphe macérée dans ses flots intérieurs s'étire et repousse la membrane lacérée ... Une ébréchure Une déchirure Une crevasse et ce torrent annonçant la métamorphose La mue La vie ...

Elle éructe Elle s'arc-boute Et sa fente extendue qui craquelle et cède, est vaginale antre virginale d'enfantement qui explose et se répand au dehors, ces eaux talisman, son antre expulse presque jusqu'au démembrement... Car c'est un Gibraltar qu'elle nourrit de ses fluides, de ses mucus, de son sang ... Suppliciée par l'engendrement... La vie profane excorporée dans l'ulcère de la séparation de corps et d'esprit Est Lumière de l'existence ... Mère adoubée par le rite ancestral Protectrice de l'Être, de la création, de sa progéniture, de l'âme et du Ka De ce chaos l'harmonie... In Mâat... À ma sœur jumelle Prisca Violette, In Mâat... © Nèfta Poetry

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Nèfta Poetry* est une femme, une artiste qui présente un éventail de créativité. Elle est danseuse chorégraphe, mais surtout, ici, poétesse et elle le revendique sur scène, où beaucoup voudraient l'assimiler à la scène slam. Pourtant son concept poésie acoustique qu'elle appelle N'Ka (encas, avec le Ka, tambour guadeloupéen, premier instrument à l'accompagner) au début, est une rencontre entre les sens et le sens, entre la sensualité et la résonance des mots, le sensitif et la vibrations des rimes… Elle a collaboré avec de nombreux artistes chanteurs et musiciens pour donner un écho différent chaque fois à ses mots… Mots qu’elle a accepté d’offrir à l’autre, d’ouvrir aux autres…

Bibliographie : - Les bleus de l'existence (2009) - Ombres (2012) - Ce poème est un extrait de son prochain opus qu'elle joue sur scène aux côtés de Gerald Toto et qui s’intitule « Mousmée – Journal d’une Femme orchidée ».

Gerald Toto se définit lui-même comme un contemplatif. Cet artiste aux multiples facettes exprime cette contemplation à travers diverses pratiques artistiques : il s’adonne d’abord à la musique, et au chant. Il multiplie les collaborations scéniques et projets discographiques avec des artistes tels que Richard Bona et Lokua Kanza (Toto Bona Lokua, 2004) ou Nouvelle Vague entre autres choses. Mais aussi des projets personnels « Les premiers jours » (1998), « Kitchenette » (2006) et « Spring Fruits » (2011). Il compose également l’album de Faudel « Baïda » (1997). Il va encore plus loin dans sa contemplation : il crée le concept « Urban Kreol » d’abord avec David Walters et Sandra Nkake, puis avec Ousman Danedjo, Gasandji ou Lisa Spada. Mélange de leurs voix et de leurs cultures, métissages sonores, partages, sa créolisation à lui, martiniquais né en France hexagonale et qui a poussé au cœur de la cité fancilienne. Sa contemplation continue son essor avec le dessin. Sa nouvelle aventure avec Mousmée, en musique et en croquis.

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Le temps passe, les choses passent, tout passera… GILLES POMMERET

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Est-ce bien lui, le temps, qui passe Et laisse le passé qui s’efface ? Ne sont-ce pas plutôt les hommes Qui, courent, hagards, de-ci de-là Oubliant l’essentiel ici-bas Et jurant, par le grand métronome, Qu’on ne les y reprendra plus, Que, dans leurs pensées, on ne lira plus ? Le temps, ce grand mélange prolixe, Le temps serait-il un point fixe Planté dans l’abîme sans retour, Nous abandonnant aux vautours ? »

© Gilles Pommeret (Saint-Malo, septembre 2012)

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Anse Major Partir avec toi, Partir pour mourir un peu Et revivre beaucoup Et renaître sous le soleil de l’océan Indien. Avoir peur dans la tempête, Recevoir la pluie comme une bénédiction, Se régénérer avec l’énergie du vent, Prendre une tasse de thé le soir, à l’accalmie, Charmés par le manège d’un couple de paille-en-queue, Tout occupé à construire son nid Tout en haut de cette si jolie vallée verte qui descend jusqu’à la mer, Sur le chemin d’Anse Major. À l’horizon, un de ces monstres flottant, en croisière. Il transporte d’un bout à l’autre de l’horizon Sa cargaison de vielles dames à cheveux violets Et aux lunettes de soleil en forme de papillon. Elles traînent leur ennui, Accompagnées parfois d’un vieux monsieur tripode. Partir avec toi, Loin des bruits du monde, Uniquement accompagné par celui de la mer, du vent, de la pluie, des tempêtes Et de la tasse de thé que l’on repose sur sa soucoupe, Sur le chemin d’Anse Major. © Gilles Pommeret (Saint-Malo, octobre 2012)

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Né à Saint-Malo (Bretagne, France) le 26 mai 1947, Gilles POMMERET est géologue de formation. Pour autant, il rentre au service de la Coopération française en décembre 1972. Il sera successivement en poste dans les Service de Coopération et d’Action Culturelle des Ambassade de France en Côte d’Ivoire, Seychelles, Madagascar, Mauritanie, Djibouti et CongoBrazzaville. Il a dirigé le Bureau du Fonds d’Aide et de Coopération à Paris. Conseiller auprès du Ministre délégué à la Coopération et à la francophonie pendant deux ans, il sera ensuite Premier Conseiller à l‘Ambassade de France au Niger puis à Victoria, où il a achevé sa carrière en octobre 2010. Depuis, il a pris sa retraite entre Paris et Saint-Malo, sa ville natale. Engagé depuis longtemps dans le mouvement associatif, il a été Vice-président fondateur des Alliances françaises de Djibouti et de Saint-Malo, Trésorier de l’aéroclub de Tananarive, Viceprésident de l’aéroclub de Djibouti et Président de celui de Nouakchott (Mauritanie). Actuellement il est responsable de la communication au sein de l’association AGIRabcd à Saint-Malo (lutte contre l’exclusion). Au plan honorifique, il est Officier de l’Ordre National du Mérite français, médaille de bronze de la Jeunesse et des Sports et Chevalier de l’Étoile du Bien et du Mérite.

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© Rodrigo Ímaz Alarcón Monológos sin eco PARTAZ

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© Walter Ruhlmann

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Sur un coup de tête De soumissions en soustractions: les divisions règnent et l'extase décuplée défaits les lits de la raison. La solution à mon problème: le coup de grâce, le doux poison, quelques rondelles de champignons, quelques pétales de chrysanthèmes, portez le jus au marmiton; il portera lui-même l'infâme bouillon, sur le feu, à ébullition. Laissez décanter sans compter et boire d'une traite la potion. La recette aura son effet: les fées danseront sans jamais rompre la chaîne, la ronde durera pour l'éternité. Un jour vous aussi me remercierez d'avoir bien voulu vous donnez les clés du clos de la Carène. © Walter Ruhlmann

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Les observatoires nocturnes Faut-il vraiment tant de danger à nos objets obscurs ? Le monde serait-il dérangé, étant un peu plus sûr ? Rainer Maria Rilke, extrait de Vergers (55) To God

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If you have form’d a circle to go into Go into it yourself, and see how you would do. William Blake, extrait de Gnomic Verses. ...and when they say ‘take of His body’, I think I’ll take from mine instead. Tori Amos, « Icicle », Under the Pink

Traversant le désert sans avoir un peu d’eau, je m’assèche et me fait morceau de viande lyophilisée et des ombres qui s’allument dans l’hiver froid, j’appelle les fruits de la peine pour qu’il me pousse des ailes dormant dans les bras de la peur et de la prière, je souffle sur mes pathologies pour qu’elles s’éloignent de mes champs de vision et gardant le souvenir d’un Afghan épanoui, nous sécherons nos yeux dans les draps humides des trésors de la vie. © Walter Ruhlmann (juillet 2011) PARTAZ

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Les bleuets de ces brumes dépassent l’espérance et dans leur sort divin, ils s’offrent des nuits mauves entre index et majeur, la cigarette, plaisir solitaire, éphémère se consume grandiloquents, les orateurs de ce parloir funeste et les encyclopédies tournent leurs pages de safran en fabriquant les désirs bleus mais le souffle se sent coincé et les alvéoles noires empoisonnées dérivent vers les caveaux. © Walter Ruhlmann

Un cendrier magnifique s’enflamme sous mes yeux et les vapeurs toxiques qui émanent sont les embarcadères des rêves interdits, secousse et caisse métallique laïus de ladrerie où les lads soignent les chevaux de vent et les porcs volants mais les animaux subtils et prétentieux proposent des jouets de chair aux enfants déambulant dans les labyrinthes de l’espoir ocre. © Walter Ruhlmann

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Les rougeurs se figent et les bols pourpres sous les yeux de ces sentiers caressent les mains gelées de la mort les violettes grandissent sans vivre pleinement et les artistes sans leur inconscient se perdre dans les mots de liturgie ne sert à rien mais tout le bonheur qui s’en dégage sert de sordide théâtre aux sentiments brûlés.

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© Walter Ruhlmann

Les camisoles célestes ligotent les désirs terrestres et les feuilles mortes sont autant de frustrations le nouvel ordre chante les mélancolies et l’amour rompu qui ensorcelle les diableries des ruffians et des loups on ne donne pas plus d’un jour aux errants et aux zonards pour retrouver leur chemin et je m’endors enfin en rêvant que demain nous apportera les saveurs de la saison bleue. © Walter Ruhlmann

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Trois petits cochons dans les ruelles de l’enfance et le grand méchant loup qui les dévore en charmant Cendrillon, Blanche Neige et toutes les belles ensommeillées des peaux d’ânes au pied du lit défait et moite dans lequel les princes noirs susurraient les mots flous aux oreilles des dragons et des sorcières fanées et les châteaux brûlent dans le cœur des hommes trop entamés par les puces électroniques, les machines infernales et les fils électriques. © Walter Ruhlmann

Tu es l’homme parfait mais tu n’existes pas les désirs fanent les mélancolies qui ne sortent que plus robustes des coups dans la figure que nous infligent les passions et de ces souvenirs qui s’écrasent sur nos couches émanent les fatigues cérébrales nos venins se mêlent entre eux et les langues empoisonnées se traînent sur la moquette tachée de sang. © Walter Ruhlmann

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Les portes blanches se referment et dans les chambres intestines, les refuges infinis des corpulences universelles grandissent en chantant les refrains envoûtants des fruits perdus les clandestins fuient vers les planètes rouges courant le risque de se perdre dans les empreintes de la nuit et dans le ciel se reconnaissent les astres fous et bigarrés tandis que nous nous endormons dans les ruelles de la vie.

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© Walter Ruhlmann

Les chants profonds illuminent les nuits étrangères pendant lesquelles les rêves se promènent dans les couloirs sombres de la vie ainsi fondent fondent fondent les petits désirs secrets ainsi se foncent foncent foncent les trésors des nuits sans fin trois petits tours et puis s’inondent et dans le feutre des observatoires de la nuit, les vitraux sacrés se brisent dans nos yeux. © Walter Ruhlmann

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Les princes fuyant tous les manoirs zébrés de cuir déferlent sur nos complots et leurs flamboyantes destinées évident nos crânes écervelés tous les seigneurs nous crachent à la figure les dames pourpres s’inventent des courtisans et rêvent de roses et de mandragores. © Walter Ruhlmann

Les bravos sont des coups et les musiques noires appellent Dimitri - mouche verte et gazeuse à absorber le vin qui le soûle sans fin Dieu moisit dans les greniers de l’indifférence et mes chants le tutoient pourra-t-il les comprendre ? Dimitri se donne en pâture aux incestes fuchsia Dimitriev ressent les griffes qui l’empalent et se couche sur le lit en attendant son sort. © Walter Ruhlmann

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Médiéval Les meurtrières s’ouvrent et laissent entrevoir les excroissances des farfadets et des galants qui s’ébattent en oubliant les dames qui se soignent de leurs longues robes de paille et l’enceinte médiévale où les banquets fusent à grands pas déclare son innocence pour rester dans les chants des troubadours et des ménestrels.

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© Walter Ruhlmann

Les yeux de ton regard me dévisagent et les richesses de ces nuits sans fin ont transpercé les fruits de mon corps polluer les rêves de désirs fanés reste ma seule issue de secours pour échapper à ton domaine cimetière envahi par les ronces et les orties quand ton cimeterre empale mes besoins quel autre secret veux-tu connaître ? Toi dont le cœur s’efface chaque fois qu’il mord. © Walter Ruhlmann

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Les lunes endocrines déversent les venins et nos humeurs finales les fusées nébuleuses enterrent les démons sous le sol rocheux demain il se recouvrira de pierres tombales et de nos observatoires nous narguerons les fauxsemblants grisâtres se pavanant dans l’air noir de nos joies et les germes nocturnes dévient de leurs points frileux et restent sans voix quand nos corps se dénudent sous les pâles lueurs des réverbères de nos amphithéâtres lunaires. © Walter Ruhlmann

Fruits de l’imagination d’un petit musicien, les notes noires déversent leurs venins à la surface des étangs d’or elles surveillent les cygnes chantant des refrains divins en l’honneur des glaces criminelles qui trouvent les voies d’eau afin de surgir des ténèbres mélodieux et dans l’esprit torturé de l’enfant naissent les émois passionnés des toutes premières expériences délicates et fortuites. © Walter Ruhlmann

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Le rideau s’ouvre sur les sœurs volages et les crucifix se plantent dans leurs chairs tremblantes tandis que les psaumes divins les châtient et font d’elles les dernières élues mes mains entraient dans les profondeurs souveraines de la luxure, aujourd’hui elles en ressortent saignantes et couvertes de cloques puantes. © Walter Ruhlmann

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Ostensible émotion ne plus jamais paraître et dans les nuits enfumées ne plus jamais subir les moites caresses des loups les cuirs lourds des malades s’adossent sur les fauteuils de la trahison et leurs sentiments calcinés par l’horreur leur servent d’allumettes quand les bergers murmurent leurs terribles secrets aux oreilles des brebis, nos cœurs diffusent les lumières verdâtres au sein des blasphèmes grondant les paroles béates. © Walter Ruhlmann

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Les heures pluvieuses s’écoulent le long des vitres brunes et leur besoin de sang vampirise mes nuits qui effleurent les rêves bannis des temples gris gravé dans le roc, le refrain des espoirs détruits reflète les fioritures célestes et les sources du froid conduisent les frimas loin des ogres sauvages assoiffés de vin. © Walter Ruhlmann

Dans les narthex lumineux, les trompes lépidoptères perforent nos abdomens usés dans les nefs béantes, les alvéoles essaiment les désirs païens. © Walter Ruhlmann

Nos tombeaux suent et leurs yeux néfastes nous narguent sans scrupule les narguilés chavirent dans les cieux défunts et les vapeurs orientales nous enivrent la terre sèche remplit les fosses et nos corps ensevelis crachent le sang noir à la figure des anges empoisonnés, nous rangeons nos vies dans le soufre et vomissons des poussières grises. © Walter Ruhlmann n° 1, décembre 2012

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Walter Ruhlmann est professeur d'anglais. Il publie mgversion2>datura (ex-Mauvaise Graine) depuis plus de quinze ans. Walter est l'auteur de recueils de poèmes en français et en anglais et a publié des poèmes et des nouvelles dans diverses publications dans le monde entier. Il est nominé au prix Pushcart 2011 pour sa traduction en anglais du poème de Martine MorillonCarreau « Sans début ni fin, ce rêve » publié dans le numéro de janvier 2011 de la revue canadienne Magnapoets. Blog : http://lorchideenoctambule.hautetfort.com

Bibliographie :  L’orchidée noctambule – Éditions Press-stances, 1995  Rêves de l’ici… – autoédition 1996, réédité et traduit en anglais par mgv2>publishing, 2011  À part ça, quoi d’autre ? – traduction en français du recueil Besides That, What Else ? de Teresinka Pereira – IWA, 1996  Rex et le cyclope – autoédition 1997, réédité et traduit par mgv2>publishing, 2011  Troubadour Nonchalant – Éditions Press-Stances, 1997  Les observatoires nocturnes – autoédition, 1997  L’horizon des peupliers – autoédition, 1998  Devant le monde, le poète – anthologie – Alzieu, 2000  John and His Dogs and Other Poems – traduction en anglais de son recueil Jean et ses chiens accompagné d'autres poèmes écrits en anglais et parus dans la presse anglophone depuis 2005 – mgv2>publishing, 2011  Les chants du malaise – RAL,M numéro 73/74 – Lettres Terres Francophonies, juillet 2011  Theology – traduction en anglais de son recueil Théologie – Blue & Yellow Dog, numéro 7, hiver 2012  The Pendulum Chilblains – traduction en anglais de son recueil Les engelures pendulaires – e.ratio 15, février 2012  Oxydations – L'Être, mars 2012  De Maore – Lapwing, 2012

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© Rodrigo Ímaz Alarcón Ya no llueve, 2009 Series

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Emovarius JULIEN SOULIER

(FRANCE)

Un arbre majuscule à l'aura métallique créa l'exosquelette sur tes peurs dénudées en acier végétal dans ta prison ludique et ton sexe d'écailles aux carnavals d'été

Europe - France

Sur la trace des vivre qui me servaient de quais trop d’années à passer à espérer le vent Je comptais mes organes comme on joue aux osselets pour voir des goélettes revenir goélands Dans le sang de vos robes le cosmos règle noir c’est la chasse aux contours seul dans mon subgothique pas même un souvenir au gré des fantasmoirs N chimères sur Richter dans la foule toxique Les séismes intérieurs sont des supers délires disparus pour toujours et puis refabriqués Sous spasmes renaissances au piano des navires sur l’octave où balance un paradis medley Quelques-uns des écrins où se nacre ton feel femelle équilibriste en gare erotica Vénus respirateurs quand je retourne au gril de mes leurres gore-à-gore entre deux guérillas Et s’il y a de ces mots que je n'ose plus dire sous l’armure de violence qui tisse mon épiderme Je tatoue mes tourments aux écorces de guérir sous les paroles mortes on voit parfois des gemmes Pour Eléonore Dumas

© Julien Soulier Ce texte a été mis en musique et enregistré par Vincent Fallacara. Il fait partie du 8 titres Rapsodies Emosexuelles (Factotum Records/2011).

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poétiques du monde

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Grammaire de l’être Doit-on espérer une grammaire de l’être ? Le danger de l’auteur serait de se réduire ou d’être réduit dans l’opération de lire à un éclat solitaire vécu comme unique et définitif. Il faut se compter pour autant de copeaux que les mots d’un livre bizarre. Copeaux, plumes de bois, mille répétitions de l’ange mort à nous. L’écrivain ne porte en lui que l’œuvre en embryon, tandis que lire est un autre spectacle. Tandis que la lecture suppose une première mort de l’œuvre, un meurtre sur l’écrivain. Lire c’est mourir l’écrivain. Le posséder, le tromper, le ruiner. Casser des cailloux dans la carrière de son éternité. Pomper l’oxygène d’un être qui n’existe pas, ou si peu. Contours, axiomes, masques de cire. Nulle vérité ici, juste des éraflures de personnalité, langues divines dans la bouche moisie des rêves, pinceaux trempés de foutre. L’écrivain est un détective de l’être intime, un introspecteur qui n’aura pas d’autre choix que de se jeter par la fenêtre une fois l’auteur du crime démasqué, ce pour effacer le témoin entendu à la barre du vent, lui-même toujours lui-seul. Et si le lecteur s’entendait cause terminale et supérieure, il meurt également à chaque mot, chaque mot est une bombe, une mine qui lui écorce la figure pour charmer sa tête de mort. Tous ces gens qui se taisent Tous ces gens qui se taisent Tous ces gens qui se taisent Je suis un moine muet dans la chorale de l’espèce. Je règle mon cœur sur l’heure des bombes. Je le demande à tous les hystériques du verbe ici : Doit-on espérer une grammaire de l’être ? Vous avez trois heures.

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Doit-on espérer une grammaire de l’être ? Assez que ses rêves fassent de la claustrophobie dans mon corps, billes d’un flipper débranché, coincées quelque part entre le foie et les poumons. Mais d’un autre côté tenir une femme dans ses bras et lui faire l’amour est une manière de s’initier au langage de la décomposition. Alors il manque à la langue un temps de conjugaison. On parle toujours au présent on oublie de parler à l’absent de l’indicatif. Ou plutôt : à l’absent du dépressif. Mais ça ne dure pas. On n’est jamais tranquille.

Europe - France

C’est moins les distractions du cinéma qu’il veulent les gens qu’une caméra pointée sur leur déchéance. Qu’on les filme de partout, pour qu’enfin leur petite culture de désespoir devienne pornographique. Tous ces gens qui se taisent Tous ces gens qui se taisent Tous ces gens qui se taisent Le néant se fait à nous mâche l’homme comme un rhumatisme et le cerveau doit décomposer tout seul les chapelets du temps l’espace à continuer. Nous accumulons les zones fériées dans le grand calendrier du chagrin. Tandis que le cerveau est notre seul prédateur. Vous n’entendez plus que ses mâchoires crisser dans la chair, comme si votre squelette était en métal, alors que vos mains se froissent comme des feuilles mortes, recroquevillées sur le dernier verre d’alcool. Vous n’entendez même plus vos cris. Vous n’arrivez plus à pleurer. Vous ne pouvez pas vous laver l’âme – au mieux vous gratter la peau avec vos poings pour dissoudre les plaques d’humiliation qui démangent la cervelle, comme une gale mentale. Gratter, comme un chat gratte à une porte dans ses miaulements d’automne, gratter comme on gratte des ruines et des tombeaux, boîtes aux lettres oubliées, pour y relire des mots qui n’ont plus de sens Des mots qui n'ont plus de sens. © Julien Soulier Ce texte a été mis en musique et enregistré par Vincent Fallacara. Il fait partie du 8 titres Rapsodies Emosexuelles (Factotum Records/2011).

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poétiques du monde

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Gratitude Et ta voix guérisseuse réinvente les forêts les cathédrales de bois où je priais jadis Pareilles à des cercueils qui sur ton visage glissent et tes mains m'initient au l'âme à l'âme de paix T'aurais pu être Diane et abattre tes loups dans ma viande amoureuse des beautés passagères Moi Ronsard de service en panoplie de fou une plume un rictus dans la rage des chairs Et tes chants magiciens m'aident jusqu'à l'aurore à gravir l'insomnie des montagnes sacrées Gregoria jouissance pour un matin encore dans l'extase automnale d'un vieux mystique athée T'aurais pu être celles qui me griffaient le cœur dans l'épopée brutale orphique défragmentée Entre Illuminatis jusqu'aux ninjas hp flinguer mes boucliers la tendresse d'une sœur Et tes lèvres pardonnent à mon front tourmenté le manque d'érotisme qui fait trembler mon corps Dans la rue à minuit aux grains du sablier je ne fais plus le mur je fais juste la mort Pour me débarrasser de toutes mes peaux secondes des chrysalides amères je marche sur les docks Et le col relevé j'redonne naissance au monde à mes chimères de juin s'appareillant au rock Pour Johanne Staiquly

© Julien Soulier

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Namasté Dans les douves de l’âme rejaillissent tour à tour Le souvenir des rames et le cri des tambours Quand nos tempes de nuit sont conviées aux tempêtes Les murmures de la pluie ricochent dans nos têtes Comme des galets anciens érodés par le vent Et nos dieux de gamins crissent encore sous la dent Le génome du cœur se brise de lac en lac À quoi bon tant de fleurs sur le dernier tarmac

Europe - France

À quoi bon ce poème Sinon être présent Dans le silence du j’ème Dans les soutes de l’esprit plus de ressources qu’on croit Agitent leurs fanions pour vous soigner du vide J’ai pas des mains d’élu mais venez avec moi Dans les forêts de l’être repose en particules Le cosmos des chemins derrière nos molécules Chaque arbre se nourrit de nos réminiscences Télécharge les mémoires éclairées de présence Tous nous restons au monde dans la lumière des sens Dans le silence du j’ème Namasté C’est ainsi pour toujours sur c’putain d’échiquier Les pièces sont pas truquées mais juste à recueillir La dame se dénude au pleuroir des passés Le cheval s’interlude au seuil de leurs venirs Dans les monades en paix les jardins ouvriers Sans chaman ni pythie sans gourou sans sorcier Endimanchés d’échos dans les réalités On retrouve le temps long et sa part de sacré Dans le silence du j’ème Namasté © Julien Soulier (Pour Hélène Seitz et Antonin Soulier) PARTAZ

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poétiques du monde

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Né en 1975, Julien Soulier habite Strasbourg. Écrivain public, correcteur/relecteur, préfacier pour des ouvrages de peinture et de photographie, il écrit en parallèle depuis vingt ans des nouvelles, de la poésie, et depuis plus récemment du théâtre. A publié en poésie aux éditions Éclats d’encre : Feuilles de route (2001), Arrachoir (2003), Book émissaire (2005), Encore des crépuscules (2010). Auprès de l’Agence culturelle d’Alsace : la nouvelle « Addictions » (2011) in Arcanes pronoms personnels (Cd-rom), la pièce de théâtre « Tranches » (2012) in Huit petits débordements (Cd audio). Déclamateur depuis dix ans, et accompagné du musicien Vincent Fallacara, le disque Rapsodies Emosexuelles (spoken-word et musiques hybrides/ label Factotum Records) a vu le jour en 2011. Il est en train d’écrire sa nouvelle pièce : Vacarmes ainsi que son cinquième recueil de poèmes : Epîtres et pitreries d’un émo sapiens.

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Una donna divisa ENNIO ABATE (ITALIE)

In memoria di R. B.

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Piccola anima, estratta all’ultimo momento dal frigo della Grande Madre Macellaia, percossa e tagliuzzata e urlante nel sacrificio! Sempre, sì, ti percotevi, ti tagliuzzavi - casalingo spezzatino per cibare la famiglia, il marito, i figli, i bambini delle elementari, gli altri. Temuti e stranieri, gli altri e falle nella tua ideale cisterna amorosa. Inamabili specchi ma indispensabili; Ruvidi panni, tamponanti i mestrui d’angoscia del tuo dover essere loro ansioso scaldamuscoli. Tu, la strana, un po’ diversa, la infelice, inadeguata, autoingannata, fasciata, ingessata, agghindata con stracci del mercatino psicanalitico, maschera, amuleto e portafortuna per tutti, ma non per te medesima, condannata a raccontarti così: con vergogna e danno.

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Chi eri (se eri)? Via il senso di colpa numero uno, due, tre, tolto il velo di banalità, destrutturata e rimessa in sesto, qual è alla fine il resto? (La solitaria donna fumava) Fatemi dormire! Non lasciatemi a tremare dinanzi a incubi adulti. Oh, questo freddo alone di guerre! Dite, frizionarlo devo? Suscitarvi la piccola febbre della coscienza? Scaldarmi ancora alla vostra lampada amorosa? Calco di petrosa divinità fui. Tutta una vita di tetra morte bambina fui. Compressa in un corpo che s’appesantiva e si sfaldava fui. Ripensatemi vecchia, madre, fanciulla, solitaria, impresentabile acrobata sulle sbarre gelate del mio diario, dove simulai e soffrii, smarrendomi fra lacerazioni e rossori: fanciulla, madre e stranamente vecchia. © Ennio Abate

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Une femme partagée (TRADUCTION)

À la mémoire de R.B.

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Petite âme, arrachée au dernier moment du frigo de la Grande Mère Bouchère, battue et tailladée et hurlante pendant le sacrifice! Toujours, oui, tu te frappais, tu te coupais - ragoût de ménage pour nourrir ta famille, ton mari, tes enfants, les gosses de l’école primaire, les autres. Redoutables et étrangers, les autres, et brèches dans ton idéale citerne d’amour. Miroirs haïssables dont on n’aurait su se passer; Rudes draps, tamponnant des règles nées de l’angoisse de ton devoir d’être leur anxieuse jambière. Toi, l’étrange, un peu différente, la malheureuse, inadéquate, autotrompée, bandée, plâtrée, pomponnée avec les chiffons du marché aux puces psychanalytique, masque, amulette et porte-bonheur pour tout le monde, mais non pour toi-même, damnée à te raconter ainsi: avec honte et dommage.

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poétiques du monde

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Qui étais-tu (si tu étais)? Mis de côté le sentiment de culpabilité numéro un, deux, trois, retiré le voile de banalité, déstructurée et rafistolée, que reste-t-il enfin ? (La femme tout seule fumait). Faites–moi dormir! Ne me laissez pas tremblante devant des cauchemars adultes. Ô cette froide auréolée de guerre! Dites-moi, dois-je la frictionner? Provoquer en lui la petite fièvre de la conscience? Me chauffer encore tout près de votre lampe amoureuse? Je fus un calque de divinité pierreuse. Je fus une vie entière de sombre mort d’enfant. Je fus comprimée dans un corps qui s’empâtait et se défaisait. Pensez à moi vieille, mère, jeune fille, Solitaire, acrobate à ne pas présenter sur les barres glacées de mon journal, où je fis semblant et je souffris, me perdant entre les déchirements et les rougeurs : jeune fille, mère et étrangement vieille. © Ennio Abate

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Ennio Abate (Baronissi, Salerno 1941) vive a Milano dal ’62 e ha insegnato nelle scuole superiori. Finalista al Premio di poesia Laura Nobile dell’Università di Siena nel 1991 presieduto da Franco Fortini, ha pubblicato quattro raccolte di poesia: Salernitudine (Ripostes 2003), Prof Samizdat (E-book Edizioni Biagio Cepollaro 2006), Donne seni petrosi (Fare Poesia 2010), Immigratorio (CFR 2011). Ha tradotto dal francese e curato manuali scolastici sulla Commedia di Dante. È coautore con Pietro Cataldi ed altri di Di fronte alla storia (Palumbo 2009). Suoi testi di poesia, disegni, saggi e interventi critici sono apparsi su varie riviste, tra cui Allegoria, Hortus Musicus, Inoltre, Il Monte Analogo, La ginestra. Condirige con altri la rivista Poliscritture (semestrale cartaceo + sito: www.poliscritture.it) e dal 2006, all’interno delle iniziative della Casa della Poesia di Milano presieduta da Giancarlo Majorino, cura il Laboratorio Moltinpoesia (blog: http://moltinpoesia.blogspot.com/) Ennio Abate est né à Baronissi (Salerno) en 1941. Depuis 1961, il vit à Milan où il a été professeur à l’école supérieure. Finaliste en 1991 du Prix Laura Nobile de l’Université de Sienne sous la présidence de Franco Fortini, il a publié quatre recuils de poème: Salernitudine (Ripostes 2003), Prof Samizdat (E-book Edizioni Biagio Cepollaro 2006), Donne seni petrosi (Fare Poesia 2010), Immigratorio (CFR 2011). Il a traduit de français en italien et il a rédigé des manuels sur la Commedia de Dante Alighieri. Il est coauteur avec Pietro Cataldi et autres de Di fronte alla storia (Palumbo 2009). Ses textes, ses poèmes, dessins, essais et interventions critiques ont été publiés dans de nombreuses revues, entre lesquelles Allegoria, Hortus Musicus, Inoltre, Il Monte Analogo, La ginestra. Il est codirecteur de Poliscritture (revue semestrielle papier et électronique: www.poliscritture.it) et depuis 2006, dans les initiatives de la Casa della Poesia de Milano, sous la présidence de Giancarlo Majorino, il dirige le Laboratorio Moltinpoesia (blog: http://moltinpoesia.blogspot.com/).

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Rodrigo Ímaz - Mexique

© Rodrigo Ímaz Alarcón Raíces PARTAZ

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Condivisioni MARCELLA CORSI (ITALIE)

Sarà per un istinto di viola pendulo di glicini un inarcare potente così – m’aiuti l’attesa del suo centro vibrato – di molte felici violenze m’avvedo rido e francamente ridendo di loro a noi m’arrendo Avresti per caso tu adesso bisogno di viola?

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* Quale splendidissimo dono è averti tra le braccia donna – della terra tagliata appena hanno sapore i tuoi capelli volano le mani e sale e mare sulla tua pelle disegnano amorose geografie – splendida saporosa sapiente dolce ridente unica donna mia (oh non m’avresti voluta se non ti fossi stata madre io di così poche membra, mia tenerissima succosa mia deliziosa prepotente albicocca ambrata * ha grandi occhi lucidi, l’edera lo stringe dove più ricca la linfa cerca e gli corre lo sguardo alla strada dove passano come sempre (quanto è invecchiato febbraio quest’anno senza la neve pallida dei tuoi fiori, mandorlo di vent’anni * l’ondulazione del mondo la tortura del pruno bianco preso di solitudine il calanco che scava passati senza portare a memoria, questa continua discontinuità di PARTAZ

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poétiques du monde

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mente con troppe parole per poter gridare, questo dovrò lasciarti in eredità figlia mia amorosa meraviglia? © Marcella Corsi

Partages (TRADUCTION)

Sera-t-il pour un instinct de violet pendant un cambrement puissant des glycines ainsi – que l'attente de son centre vibré m’aide – de beaucoup de violences heureuses je m'aperçois je ris et franchement en riant d'elles à nous je me rends Est-ce que tu n'aurais pas maintenant par hasard besoin de violette * Quel éblouissant cadeau c’est de t'avoir entre mes bras femme – de la terre fraîchement coupée tes cheveux ont le goût, tes mains volent là-dessus et le sel et la mer dessinent sur ta peau des géographies d’amour – splendide savoureuse sage douce riante unique ma femme à moi! (Ô tu ne m'aurais pas voulue si je n'avais pas été pour toi la mère d’aussi peu de membres, mon très tendre juteux mon délicieux tyrannique abricot d’ambre

* il a de grands yeux luisants, le lierre le serre où plus riche la sève cherche – et court n° 1, décembre 2012

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son regard à la rue où l’on passe comme toujours (que février a vieilli cette année, sans la neige pâle de tes fleurs, amandier de vingt ans * l'ondulation du monde, la torture du prunier blanc épris de solitude, la calanque qui creuse des passés sans les apprendre par cœur, cette perpétuelle discontinuité

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d’un esprit qui joue avec trop de mots pour pouvoir crier, c’est ce que je devrais te laisser en héritage, ma fille, mon amoureuse merveille? © Marcella Corsi (traduction: Ennio Abate avec la collaboration d’Aldo Giobbio)

Milanese di nascita (1950), dalla fine degli anni ‘70 vive a Roma, dove si è laureata in lettere classiche. Come conservatore museale demoantropologo ha pubblicato saggi di antropologia storica e di valorizzazione dei beni culturali. Ed inoltre poesie e traduzioni di poesia, racconti, scritti di critica letteraria. Diverse sue poesie sono risultate finaliste o vincitrici in premi nazionali. È redattrice del semestrale di ricerca e cultura critica ‹‹Poliscritture››. Tra le pubblicazioni di poesia: Cinque poeti del premio “Laura Nobile” (Scheiwiller, Milano 1992); Hanno un difetto i fiori (Amadeus, Cittadella [PD] 1994); e nacquero le viole… (Il filo di Partenope, Napoli 2004); Distanze (Archivi del ‘900, Milano 2006, premio Antonia Pozzi); Il vento, il riso, il volo. Versioni dai Poems di Katherine Mansfield (Galaad, Giulianova [TE] 2010). PARTAZ

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Marcella Corsi est née à Milan en 1950. Elle vit à Rome depuis la fin des années '70, où elle a passé la licence ès lettres classiques. En qualité de conservatrice de musée démoanthropologique elle a publié des essais d'anthropologie historique et sur la valorisation des biens culturels (et poésie, traductions de poésie, contes, écrits de critique littéraire). Ses œuvres poétiques étaient finalistes ou lauréates de prix nationaux. Elle est rédactrice du semestriel de recherche et de culture critique « Poliscritture ». Entre ses publications de poésie: Cinque poeti del premio “Laura Nobile” (Scheiwiller, Milan 1992); Hanno un difetto i fiori (Amadeus, Cittadella [PD] 1994); e nacquero le viole… (Il filo di Partenope, Naples 2004); Distanze (Archivi del ‘900, Milan 2006, prix Antonia Pozzi); Il vento, il riso, il volo. Versioni dai Poems di Katherine Mansfield (Galaad, Giulianova [TE] 2010).

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Condivisione per crescere CARLOTTA MASCHERONI

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Una folla, senza volto, senza identità Muovendosi inutilmente, non potendo andare Che da nessuna parte. Intorno e intorno e intorno, è l’unica direzione che sembriamo conoscere. Una grigia lacrima attorno a noi, ma ecco, arriva, la luce del sole, irradiazione di amicizia, irradiazione di verità. La verità e ciò che voglio, l’amicizia ciò di cui ho bisogno. Non mi importa davvero dell’amore, tutto ciò che voglio è qualcuno che stia dalla mia parte, così, anche se il mio trucco si stesse sciogliendo, continuerei a sorridere. © Carlotta Mascheroni

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poétiques du monde

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Sharing to grow A crowd, with no face, no identity Moving useless, with no place to go but Nowhere. Round and round and round Is the only direction we seem to know. A grey tear around us, But here it comes, the sunshine, Radiation of friendship, Radiation of truth. Truth is what I want, friendship is what I need I don’t really care for love, All I want is someone to be by my side, So, even if my make-up is melting My smile would stay on.

© Carlotta Mascheroni

She was born in Monza in 1999. She goes to school, likes swimming, singing, acting, drawing and writing. She prefers writing prose to writing poetry. She’s been through a serious illness and undergone a thoracothomy. She’s now healthy and wants to be the best in everything she does.

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Cynthia e le altre MARIA MADDALENA MONTI

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Cynthia e le altre sono strette sul fondo della barca, assorte al cielo alzano gli occhi. Minaccia di tempesta e oscure nuvole. Cynthia e le altre si tengono per mano, guardano sul mare opaco della notte un ramo dal suo albero strappato che all’onda ritmico si muove. Cynthia e le altre stanno in silenzio e gli sguardi si perdono nel buio. E’ lontano l’approdo, la terra ancora non si vede. Cynthia e le altre non parlano fra loro. Segrete invece dicono parole a quello che nel ventre bussa piano e a ogni urto dello scafo le richiama. E’ un parlarsi tenero, di strappi, di lacrime e speranze. Un colpo più violento, la barca si spezza fra gli scogli. E sull’acqua, di morte segni assurdi, fiori aperti, le vesti colorate. © Maria Maddalena Monti

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Cynthia et les autres (TRADUCTION)

Cynthia et les autres sont entassées au fond de leur bateau, leurs yeux inquiets se lèvent vers le ciel. Menace de tempête et nuages sombres. Cynthia et les autres se donnent la main, regardent sur la mer noire de la nuit une branche arrachée de son arbre qui bouge au rythme des vagues. Cynthia et les autres sont silencieuses leurs regards se perdent dans le noir. Le rivage est loin, on ne voit pas encore la terre. Cynthia et les autres sont muettes. Mais les mots sont secrets entre elles et s’adressent à celui qui frappe tout doucement dans leur ventre et qui à chaque coup dans la coque les appelle. C’est un dialogue doux fait de déchirements, de larmes, d’espoirs. Un coup plus violent, et le bateau s’écrase sur les récifs. Sur l’eau, des signes absurdes de mort, des robes bariolées, des fleurs ouvertes. © Maria Maddalena Monti

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Maria Maddalena Monti, nata a Milano, vive a Rovellasca Como (Italia). Ha insegnato materie letterarie nelle Scuole Medie Superiori. Dal 2005 partecipa a concorsi letterari ad incontri sulla poesia presso circoli e associazioni culturali, ottenendo molti riconoscimenti. E’ membro del Laboratorio Moltinpoesia presso la Casa della Poesia di Milano.

Bibliografia: Ha pubblicato i seguenti libri (presso EDIGIO’ Pavia)  Voci e Passi - Poesie  Iris di Stoffa - Racconti  Il viaggio di Gedeone - Filastrocche  L’ultima tappa di Babbo Natale - Fiaba

Maria Maddalena Monti est née à Milan et vit à Rovellasca près de Como. Elle a enseigné la littérature dans des écoles secondaires et à partir de 2005, elle a commencé à participer à des concours et des conférences consacrées à la poésie organisées par de nombreuses associations culturelles. Ses œuvres lui ont valu de nombreuses reconnaissances. Elle est membre du Laboratoire “Moltinpoesia”qui se réunit à la Maison de la Poésie à Milan. Bibliographie :  La Voix et les Pas - Poèmes  Iris de tissue - Contes  Le voyage de Gédéon - Comptines  La dernière étape du Père Noël - Conte (Éditions EDIGIO’ de Pavia)

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Rodrigo Ímaz - Mexique

© Rodrigo Ímaz Alarcón Sin título, 2010 Acrílico y collage sobre papel, 76x56 cm PARTAZ

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Condivisione ANNA MARIA MORAMARCO (ITALIE)

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Con te condivido il cuore con te ho a cuore il tuo cuore con me tu dividi le speranze i sogni le attese del meglio. Il meglio per te è il meglio per me e così anche il mio meglio è il tuo anche se tu ne vedi solo un pezzetto e io un altro: il mio rosso cangiante, il tuo giallo smagliante. Venticello leggero turbine impetuoso silenzio piano tuono forte profumi delicati odore penetrante altalena di opposti complessità chiaroscura siamo tutto questo e anche di più: cercatori di verità, condividiamo la meta. Aurora splendida del giorno in cui da una parte e dall’altra salpiamo dal nostro ponte per chiederci scusa e ricominciare. Fino all’ultimo viaggio, fratello mio, uomo del mondo - ti aspetterò io o mi aspetterai tu? su una nave piena di eredità condivideremo come quaggiù fatica gioia sofferenza felicità ogni amore virtù e preziosa verità. © Anna Maria Moramarco

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Sharing With you I share my heart with you I set my heart upon your heart with me you share out the hopes the dreams the expectations of what is best. The best for you is the best for me and so also my best is yours even if you see only one small part of it and me another: my vivid red, your bright yellow. Light breeze striking whirl quiet silence sharp thunder soft perfumes pungent smell swing of opposites mysteries of hue we're all this and much more: truth seekers, we share the destination. Dazzling dawn of a day in which from one end and from the other we set sail from our bridge to apologize and start over again. Up till the final journey, my brother, man of the world - will I await you or will you await me? on a heritage-laden ship we will share as we do down here effort joy hardship happiness every love virtue and treasured truth.

© Anna Maria Moramarco

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Anna Maria Moramarco è nata ad Altamura (Italia) nel 1957; si trasferì con la famiglia a Tripoli (Libia), dove visse dal 1962 al 1964 e poi definitivamente a Milano. Avvocato, sposata con due figli. Partecipa agli incontri del gruppo dei “Moltinpoesia” di Milano.

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Anna Maria Moramarco was born in Altamura (Italia) in 1957; she moved to Tripoli (Lybia) with her family from 1962 to 1964 and then definitely to Milano. She’s a lawyer, married and has two children. She is involved in the group “Moltinpoesia” of Milano.

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Rodrigo Ímaz - Mexique

© Rodrigo Ímaz Alarcón Altar, 2010 Acrílico, grafito, pluamas de ave, 200x200 cm PARTAZ

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Gazelle Gazou MARINA MASSENZ (ITALIE)

Le dita di vecchio come rapide da bambino staccano il frutto dalle dita di luce nel mucchio la selezione dei non bellissimi i perfetti datteri nella cassetta

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la mano offre un sacchetto di fichi tremolante e lo sguardo già molto oltre negli anni capo coperto e pure tutto il corpo bournus marron cava cava di tasca monete e pure il viso di donna il suo canto di amore perduto o mai stato - Gazelle ma belle gazelle… - ormai sono vecchia quasi da preoccuparsi aspetto ancora un po’ forse chissà - Gazelle ma belle gazelle…diceva Gazou…bisou bisou la spina dorsale dell’uomo solo midollo arreso al Sultano scrive la donna che si sfila dalle dita l’henné da sposa. La mano di Fatima scende dal chiodo lascia solo la forma nel muro d’argilla le ginocchia stringono il tamburo e batte la danza sale al ritmo dai piedi ai fianchi e viceversa ballo un ballo che non conosco sono io sono lei siamo, la sua gola modula il richiamo più antico della lingua - Gazelle ma belle gazelle…diceva Gazou che poi lasciò Gazelle © Marina Massenz PARTAZ

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Gazelle Gazou (TRANSLATION)

The old man’s fingers quick like a child’s pluck the fruit from the fingers of light in the mound picking out what’s less than beautiful the perfect dates all in the crate his hand stretches out a bag of figs with a tremor and his gaze already far beyond in years head covered and moreover his whole body burnous marron digs digs coins out of his pocket and moreover the face of a woman her song of love lost or that never was - Gazelle ma belle gazelle… - these days I’m so old it’s almost disquieting I wait a little longer maybe who knows - Gazelle ma belle gazelle… said Gazou… bisou bisou the spine of man is only marrow yielding to the Sultan writes the woman who slips the bridal henna off her fingers. The hand of Fatima comes down from the nail leaving only its form on the clay wall the knees clench the drum and the dance beats on rises in rhythm from feet to hips and back again I dance a dance I do not know I am myself I am her we are, her throat forming that call older than language - Gazelle ma belle gazelle… said Gazou who then left Gazelle © Marina Massenz n° 1, décembre 2012

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Marina Massenz, nata nel 1955 a Milano, psicomotricista, si occupa di terapia e formazione, ed è autrice in questo ambito di tre libri e numerosi saggi. Ha pubblicato la raccolta poetica Nomadi, viandanti, filanti, Amadeus, Cittadella (Padova), 1995, con presentazione di Marosia Castaldi. Suoi versi e prose poetiche sono state pubblicate sulle riviste “Accordi”, “Inverso”, “Quiappunti dal presente”, “Il monte analogo”, “Poliscritture”, “Le voci della luna”. Sue poesie sono apparse inoltre sui siti Internet “La poesia e lo spirito” (2009 e 2010) e “X Quaderno da fare” (a cura di Biagio Cepollaro, 2007). Nel giugno 2010 alcuni suoi testi, recitati da lei stessa e coreografati e danzati da Franca Ferrari, sono stati presentati con il titolo Danza e poesia alla Casa della poesia di Milano (Palazzina Liberty). Il suo secondo libro, La ballata delle parole vane, è uscito nel 2011 per la casa editrice L’Arcolaio di Forlì. Marina Massenz was born in 1955 in Milan. She is a psychomotor specialist involved in therapy and training, and the author of three books and many articles in the field. She has published the collection of poems Nomadi, viandanti, filanti (Padova – 1995) with a foreword by Marosia Castaldi. Her poems and prose poems have been published in the reviews Accordi, Inverso, Here-Notes from the Present, Il monte analogo, Poliscritture, and Le voci della luna. Her poems have also appeared on the websites La poesia e lo spirito (2009 and 2010) and X Quaderno da fare (curated by Biagio Cepollaro, 2007). In June 2010, a selection of her works, read by herself and choreographed and performed by dancer Franca Ferrari, were presented with the title Danza e poesia at the Casa della Poesia in Milano (Palazzina Liberty). Her second poetry collection, La ballata delle parole vane, was published by Forlì-based publisher L’Arcolaio in 2011.

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Condivisione del dolore PAOLO PEZZAGLIA

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Il dolore del mondo era la coda di ogni creazione, lo sapeva bene, e lo volle fare lo stesso il mondo, pro e contra valutati; alla fine l’assemblea degli elohim assentì - corriamo il rischio la felicità dei nuovi beati sarà la ricompensa per tutti, il resto bruci e niente rimanga! Dissero all’angelo più triste: - sei la morte, stai sulla porta del mondo con la falce, mandava brividi e lampi: di lì passeranno tutti e tu, quando la misura del loro dolore sarà grande, li falcerai come erba -. L’angoscia si genera vivendo: la morte è l’unica soluzione -. Sarà capito? - si chiesero gli Elohim - non si può avere la beatitudine degli angeli senza passare dal dolore e dalla morte rispose Lui l’unico a sapere tutto la piccola sfera del cosmo nella sua benefica mano. Gli Elohim chiamarono gli Arcangeli Michele, Gabriele, Raffaele, più tardi giunsero Uriele e il gigante Metatron: pensarono a lungo in silenzio poi dissero ad una sola voce - il dolore sarà più lieve se condiviso con compassione -.

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- Gli manderò il Principe e dopo il mio stesso santo Figlio! l’assemblea disse - Amen - e Lui - Fiat Lux © Paolo Pezzaglia

Sharing the Pain the pain of the world was the tail of any creation he knew it and in spite of this he would make the world any pro and contra evaluated finally the chorus of the elohim assented - we run the risk happiness of the newly blessed souls will be the reward for all burning the rest anything else remains they told the saddest angel - you are the death stay on the door of the world holding this shivering and lightning scythe everyone will pass from it when their pain jar will be no more bearable you will mow all human grass by living the anguish is generated death is the only solution - will they understand?- the chorus was wondering – you can’t have perfect angels bliss without pain and death – was the answer of the only knowing all handing the small cosmos in its beneficent hand n° 1, décembre 2012

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the elohim called archangels michael, gabriel, raphael, later came uriel and the giant metatron for a long time they silently thought then with one voice - the pain will be mild if shared with compassion - I will send them the prince and later on my own holy son the chorus said - amen - and he said - fiat lux -

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© Paolo Pezzaglia

Ritorno agli antichi miti Rivoluzioni e reazioni: ecco in estrema sintesi, l’infelice storia del nostro appena passato Novecento Europeo. E le nostre diaboliche divisioni, in classi e schieramenti, hanno finito poi per contagiare anche il resto del mondo. Entrati nel vivo del terzo millennio le storiche reciproche intolleranze rimangono, anzi si rinnovano e diversificano. Il tanto pompato progresso sta rovinosamente sgonfiandosi. Di quali zavorre dovremo liberare la nostra sfortunata mongolfiera? Il prevalere in un’utopia di parte non è mai una soluzione definitiva: anzi nella bassa materialità non ci sono soluzioni. Questa la mia idea fissa. Mi piacerebbe poter dire che ci salverà la saggezza della tradizione e la magia degli antichi miti, ma la storia è irreversibile e non possiamo più ormai rinunciare alle tecnologie scientifiche. PARTAZ

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Nonostante tutto continuo a sperare in un nuovo armonioso sviluppo generale grazie proprio al recupero di gran parte di ciò che in nome della scienza allora trionfante si è buttato come ciarpame superstizioso. Questo mondo ignoto da esplorare è veramente pericoloso, lo so, e per iniziare parto da idee veramente semplici quasi terra-terra. Esistono dentro di noi pacifici ritmi duali: due gambe per camminare secondo l’esempio dei pellegrini di San Giacomo, le due narici per respirare così come insegnano gli Yogi. Non c’è il partito dell’inspiro e quello contrapposto dell’espiro! Quello del piede destro e quello del sinistro! Siamo pronti ad affrontare il problema base della filosofia - come dice Montaigne – “imparare a morire”? Per chi, come me, crede nell’immortalità dell’anima uno splendido simbolo è l’Oruburu egizio, il serpente che si morde la coda. Un simile significato ha il Tao dei cinesi. I due contrapposti aspetti, il bianco Yin e il nero Yang, mutano impercettibilmente l’uno nell’altro. A considerare vero uno solo dei due aspetti si commette un grave errore: il cosmo è un tutt’uno e il Tao ne è l’immagine più sublime. Gli scienziati conoscono il cosmo solo in minima parte. L’immenso 97% - dice un premio Nobel (l’italiano Giacconi) - è un insieme oscuro di energia e materia di cui, appunto, non sanno niente, salvo scoprire ogni tanto qualche miserrima particella per farsi rifinanziare. Lo sto affermando – facendomi dei nemici – in tutte le occasioni che ho parlare o di scrivere. E’ nel Settecento che è cominciata la grande rivoluzione scientifica. E subito le tradizioni del pensiero antico sono divenute spazzatura per i nuovi “dominatori della storia”: i violenti rivoluzionari francesi e i più pacifici inglesi…se così possono essere definiti gli inventori del sistematico impiego di donne e bambini nelle loro filande e della politica delle cannoniere! Comunque la rivoluzionaria macchina produttiva creò il tangibile progresso che si sviluppò in grande crescendo, fino a… ieri. n° 1, décembre 2012

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In economia le curve in salita fanno paura! Come fa paura l’enorme aumento della popolazione mondiale - mai verificato prima - fino ai mal contati otto miliardi di oggi. Il successo del progresso ha portato all’affossamento di tutte quelle conoscenze tradizionali che, con affetto (e amore del paradosso) chiamo Tolemaiche: l’alchimia è divenuta chimica, la conoscenza, solo scienza. Caduti i prefissi(al e la gn di gnosis) si è persa – le parole dicono sempre il vero (anche se pochi se ne accorgono) - la conoscenza completa, quella di Socrate che, lui sì, “sapeva di non sapere”. Si comincia a capire quale grave perdita ci hanno inflitto i trionfanti seguaci di Galileo e di Keplero?

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Per difendere il mio paradosso, la sola arma che posso con donchisciottesco coraggio impugnare… è la poesia. La più povera delle arti umane, ma l’unica in grado di sondare l’oscura materia alla ricerca della sua energica essenza, lo spirito. Il compito mi schiaccia, ma so di non essere solo e, in ogni caso, confido nella Dea nascosta che mi attende di là dal tunnel dopo questa lunga corsa. Il mio cuore lo crede, e questo mi basta. Sento dagli incombenti confini urla di disapprovazione e irrisione. Li sto provocando: loro affermano, con triste convinzione, l’inesistenza di ogni fede. Dall’altra parte disapprovano anche quelli che se ne stanno seduti sulle loro cattedre di stile integralista. Eppure i poeti potrebbero anche intuire la luminosità che si nasconde dietro l’oscurità della vita, non certo i critici pervasi del loro squadrato pensiero geometrico. Mi manca, lo ammetto la loro intelligenza, non ho la loro agilità mentale – parlo e scrivo con fatica – ma sono ben lieto di non essere uno di quei critici, che come furbi gattoni si rigirano prendendo la coda dei loro ragionamenti, mostrando denti aguzzi e unghie di vetro a difendere i loro giochi e intoccabili canoni.

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La poesia è strumento di conoscenza: a volte ti fa intravvedere l’energia, che muove il mondo e il nostro stesso cuore. Un troppo timido raggio? Troppo tardi? E’ vero: tutto ormai è contagiato. La poesia asservita al materialismo filosofico e politico è divenuta opaca e riesce a riflettere solo falsi e distorti miraggi. Gli artisti omologati come criceti impazziti dalla noia e reclusi nelle prigioni da loro stessi “razionalmente” costruite si sono dati ad assurdi giochi di parole e segni senza significato, senza speranza di durare nel tempo, oltre la loro breve stagione. L’anima madre giace in una natura incrostata di assurdi tatuaggi, è ingrigita, sta divenendo inservibile. Gli scienziati non la possono conoscere e continuano a prendersi gioco di noi: e noi, pur di torglierceli da torno, diciamo “avete ragione, non c’è proprio…” E ce la teniamo ben stretta… che non scappi anche a noi! Eppure il mondo l’antica saggezza l’aveva mandato avanti per millenni, e non andava buttata via con tanta incoscienza. L’antica saggezza rinasce - suonate le campane! – questa è la buona notizia. Il suo benefico slancio vitale non poteva essere morto. Ecco il Mitomodernismo! E’ fondato nel 1994 da Giuseppe Conte, Stefano Zecchi e Tomaso Kemeny. Una grande fiammata che illumina l’opaco mondo culturale italiano. Finalmente ancora l’uomo al centro del creato come nel ben noto simbolo di Vitruvio, l’immenso architetto dell’Impero Romano. Lo aveva capito Leonardo che lo fece suo. Andare contro questa scienza “monca”, ma potente, è ancora pericoloso. Chi lo fa è bollato come reazionario (che non vuol dire niente): - se proprio non ti bruciano - ti emarginano, ti epurano, ti boicottano. Tanto che a volte è come morire. Noi, ricercatori dell’oscuro, ignoto spirito, reagiamo alla cieca “progressiva” corsa verso il “benessere infinito”, e cerchiamo vie diverse. Altrove è la nostra sopravvivenza e, sarà forse solo spirituale, ma non vogliamo essere coinvolti con questa mala erba che non sa più fiorire e profumare. Questo è il mio pensiero, espresso in totale individuale autonomia, in onore della Tradizione e del Mitomodernismo. E’ la base della mia poesia; è la malinconia che n° 1, décembre 2012

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provo da sempre nel meditare sulle tribolazioni mie, di quelli che conosco di persona, e di quelli che vedo, magari solo sullo schermo di Lucifero. L’ho espresso soprattutto nei miei ultimi libri “Le Rughe della Luna” e “Il Malincanto”. L’intento è di cercarmi una via di fuga che forse servirà anche ad altri. Grazie all’amico e maestro Francesco Solitario ho conosciuto il Mitomodernismo, che ha in Giuseppe Conte il rappresentante più prestigioso: con il quale credo di avere in comune molti più accordi che dissonanze. Ci voleva il Mitomodernismo per ribaltare, con il suo manifesto, una situazione ormai consolidata e ridare alla poesia il suo ruolo eroico e profetico, liberandola dai vincoli soffocanti del materialismo politicizzato (a senso unico).

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In Italia gli omologati hanno messo fuori gioco gli indipendenti non impegnati. Di qui le esclusioni sistematiche da case editrici, cattedre universitarie ecc. E’ ora che torni in superficie il ruscello di acqua dell’antica Tradizione. Interrato a forza non aveva mai smesso di scorrere. Spero che il Mitomodernismo, che rispetta la Tradizione, e rivaluta, possa essere più conosciuto e diffuso anche fuori d’Italia. Per questo affido il mio messaggio a Vents Alizés che lo diffonda world wide. Spero di ricevere conferme di analoghi movimenti di pensiero e poesia, dando per scontato i biasimi cui sono abituato (e immunizzato). Riporto qui sotto il dialogo tra Giuseppe Conte e Massimo Maggiari che illustra in modo sintetico ed esauriente il Mitomodernismo, meglio di come possa farlo io, ultimo arrivato.

© Paolo Pezzaglia

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Back to the ancient myths Revolutions and reactions: here in a nutshell, the unhappy history of our just past century and how our diabolical divisions, classes and arrays, have come to infect the rest of the world. Into the core of the third millennium the mutual historical intolerances remain, and they even renew and diversify. The so pumped progress is disastrously and rapidly deflating. What ballast shall we have to free in order to save our unfortunate balloon? The prevailing of a side utopia? what does side utopia mean? – or is it partial utopia?) has never been a final solution: on the contrary, in the mean materiality no solutions are available. This is my opinion. I'd like to be able to say that we will be saved by the wisdom of the tradition and by the magic of the ancient myths, but history is irreversible and we cannot by now give up the scientific technologies anymore. Despite these considerations, I still hope for a new general and harmonious development due to the recovery of what, in the name of science, was triumphantly thrown away as superstitious rubbish. This unknown world to be explored is really dangerous, I know it, and I’ll start with really simple ideas to remain down to earth. There are within us peaceful dual rhythms: two legs to walk, according to the example of the pilgrims of St. James and the teachings of the yogis: two nostrils to breathe. There isn’t a party for inhaling and an opposition for exhaling! One of the right foot and another one of the left foot! Are we ready to face the basic problem of philosophy – as Montaigne says – “to learn how to die?”

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I believe in the immortality of the soul and, as for me, a perfect pertinent symbol is the Egyptian Oruburu, the snake biting its tail. The Tao of the Chinese has the same meaning. The two opposing features, the white Yin and the black Yang, change imperceptibly into one another. To deem true only one of the two is a serious mistake: the cosmos is a whole and the Tao is its most sublime image. Scientists know the cosmos only partially. The immense 97% - says the Italian physicist Giacconi (Nobel Prize) - is a mixed dark set of energy and matter, they don’t know anything about it, except for discovering, only occasionally, a wretched particle… to help their refinancing. I'm stating it - making enemies – in any

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occasion I can speak or write on the matter. It's in the eighteenth century that the great scientific revolution began. And immediately the traditions of the ancient were supposed to be garbage for the new “rulers of history”: the violent French revolutionaries and the more peaceful English ones, … if they could be called the inventors of the systematic use of women

and

children

in

their

mills,

and

their

gunboat

policy!

However, the revolutionary manufacturing machine created the tangible progress that widely developed, growing, until... yesterday. In economics, the rising curves frighten us! However frightening it is, the huge world population is increasing – in an extent never seen before - until the roughly estimated eight billions of today. The success of progress has led to the rejection of all my beloved traditional knowledge, that I call paradoxically Ptolemaic: alchemy became chemistry, knowledge (conoscenza) only science. Cutting the prefixed particles (al and the gn of gnosis) - the words always say the truth (very few people realize it) - we have lost the complete Socratic basic knowledge: he “knew he didn’t know anything". Do you begin to understand how serious is the loss that the triumphant followers of Galileo and Kepler have inflicted on us? PARTAZ

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To defend my paradox, the only weapon I can wield, with my quixotic courage ... is poetry. The poorest among human arts, but the only way to probe the dark matter in search of his energetic essence: the spirit. The task is crushing me, but I know that I am not alone, and in any case, I trust in the hidden Goddess that awaits for me beyond the tunnel after this long race. My heart believes it, this is enough for me. I hear disapproval howls and derisions from the overwhelming boundaries. I'm provoking them: with sad conviction, they state the absence of any faith. On the other hand, even the other guys, sitting on their official fundamentalist chairs are disapproving. Yet the poets could also sense the light that is hidden behind the darkness of life, not the critics pervaded by their squared geometric thought. I must admit that I miss their intelligence, I do not have their mental flexibility – I speak and I write with difficulty - but I am happy not to be one of those critics, who, like fat smart cats turn taking the tail of their reasoning, showing sharp teeth and glassy nails to protect their games and untouchable literary canons. Poetry is a tool for knowledge: sometimes it shows you glimpses of the energy that moves the world and our own heart. A too shy beam? Too late? It’s true: everything is already infected. Poetry enslaved by philosophic and political materialism has become

dull

and

can

reflect

only

false

and

distorted

mirages.

Homologated artists, as hamsters made mad by boredom and inmates in the prisons by themselves "rationally" constructed, devote themselves to absurd puns and signs without meaning and without a long life span, beyond their short season. The mother-soul lies in a nature encrusted with an absurdly tattoo, she is graying, she is becoming useless. Scientists do not know her and can continue to make fun of us: to get rid of them, we can say "you're right, it doesn’t exist ..." And there we keep it tight ... that does not escape us too! Yet the ancient wisdom had sent the world forward for millennia, and had not to be thrown away so unconsciously. n° 1, décembre 2012

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The ancient wisdom has reborn - the banns! - this is the good news. Its beneficial ĂŠlan vital could not be dead. Here's the Mitomodernismo! It 'was founded in 1994 by Giuseppe Conte, Stefano Zecchi, Tomaso Kemeny. A great light clearing up the opaque world of Italian culture. At last, again the man at the center of creation as in the well-known symbol of Vitruvius, the immense architect of the Roman Empire. Leonardo understood it and he made it his own. Going against this "incomplete" but powerful science is yet dangerous. Who does it is denounced as a reactionary (which means nothing) - if they do not burn you - but they marginalize, purging and boycotting you so much that sometimes it's like

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dying. We, the researchers of the obscure, unknown spirit, we react to the blind "progressive" race to the "infinite welfare", and we try different routes. Our survival is elsewhere and, it may be only spiritual, but we do not want to be involved

with

this

weeds

that

can

no

longer

bloom

and

perfume.

This is my thought, expressed in total individual autonomy, in honor of Tradition and the Mitomodernismo. It is the basis of my poetry: it is the melancholy that I feel always meditating on my troubles, of the other ones I know personally, and of those I see, maybe just on the screen of Lucifer. I mainly expressed it in my recent books "The Wrinkles of the Moon" and "Malincanto". The intention is to look for an escape for me that may serve to other ones. Thanks to my friend and teacher Francesco Solitario, I met Mitomodernismo, of which Giuseppe Conte is the most relevant figure: with whom I share many more chords than dissonances. The manifesto of Mitomodernismo overturned a too much consolidated situation, giving back to poetry its traditional heroic and prophetic role, freeing poetry from the stifling constraints of the one-way politicized materialism. In Italy, the “homologated� artists have sidelined the non-committed independent ones.

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Hence the systematic exclusions from publishing houses, university professors etc... It’s time for the water stream of ancient tradition to come back to the surface. Forced underground never stopped flowing. I hope that Mitomodernismo, that respects the tradition, and re-evaluates it, can be more widely known outside Italy. For this I commend my message to Vents Alizés that spread it worldwide. I hope to receive confirmation of similar movements of thought and poetry, assuming the blame which I am accustomed to (and immunized). I quote here below a dialogue between Giuseppe Conte and Massimo Maggiari explaining concisely and comprehensively Mitomodernismo, better than me, the last newcomer mitomodernista.

© Paolo Pezzaglia

GIUSEPPE CONTE AND MASSIMO MAGGIARI: a dialogue on Mitomodernismo, freely assembled by Paolo Pezzaglia.

Giuseppe Conte (1): …Mitomodernismo is a literary group that opens a new direction toward the place where myth and soul, soul and language, language and cosmos are connected. In this way, anyone of you… can be mitomodernista! …In my opinion, both in the field of poetry and narrative, Mitomodernismo means each of the following: 1) to bring the metamorphic and primordial energy of myth into our language and our work; 2) to rediscover the living presence of ancient gods in nature and in our language, in our soul and in everyday life; 3) to overcome the typical idea of the crisis in Western civilization, to overcome materialism and nihilism; 4)to find the new springs of spirituality, connecting our culture with other civilizations, making spiritual energies meet, exploring the universe of different cultures, such as the native American culture, the Sufi and Hindu philosophies, etc.; n° 1, décembre 2012

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5) to connect poetry again with prophecy; 6) to reconnect poetry and the dream of the future; 7) to rediscover, through our literary work, the power of eroticism as manifested in soul, heroism, nature, cosmos and myth. Thus, Mitomodernismo is something that we must reinvent and create in every moment. M.Maggiari: How different is your way of dealing with myth in this new literary approach? G.Conte: For Mitomodernismo, myth is not an archeological recreation. It is a form of knowledge. In our century, many writers, the most relevant in the literary field, have written just to demonstrate that the glorious myth of the gods is not dead, and

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that it is possible now to create new myths. Mitomodernismo challenges the thesis of the death of myth and of the impossibility of its re-creation. Mitomodernismo believes − just as the poets in the Romantic Age did, and before that, the poets of the Italian Renaissance – that the role of the poet is that of a shaman, of a traveler, and of a warrior of the spirit. Mitomodernismo has its roots in the Romantic age, when poets dreamed of renewing the world and creating new visions of the soul. M.Maggiari: What is the role of Hermes in this new approach to literature and myth? G.Conte: Hermes is a minor god in the Greek pantheon, but we find him also, under different names, in the Egyptian pantheon as Anubis and Thot, in the Hindu pantheon as Pushan, in the German pantheon as Odin, and in the Celtic pantheon as Lug. Hermes was a newborn baby when he killed a tortoise, stripped it of its carapace, and applying seven strings to it, began to play and sing. Hermes is a trickster, the god of thieves and liars, the protector of markets; but first of all, he is a messenger, an intermediary between gods and men, a very special guide for the souls going to the Underworld. Therefore, I think that poetry has a continuous relationship with PARTAZ

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Hermes, because poetry invites us to speak with the shadows and brings us closer to their land, allowing us to see what is otherwise invisible and to fly around the world of the shadows. Hermes is the god of quickness and lightness… only Hermes can help us bring perspective to light and darkness, and to recapture in our language the enchantment of everyday life.

(1)Giuseppe Conte (1945, living in San Remo - Italy) is the main writer and poet of Mitomodernismo

Paolo Pezzaglia was born in Milan in 1938, and graduated in Economics at Bocconi University (Milan). His keen humanistic sensibility has found expression in poetry since 1955. His other love is sport, which he has practiced competitively: he was an Italian junior icehockey champion in 1954. Compelled by health reason to give up sport, he devoted himself increasingly to poetry, and in 1960 – together with Grillandi, Jacobbi, Alberto Bevilacqua and Alda Merini – was finalist for the ”Lerici-Pea” prize. In 1961, he met Eugenio Montale (Italian Nobel Prize laureate) at the latter’s home in Milan (Via Bigli) – a lively and useful meeting. He graduated and in 1965 married Fiorella Pincione, whom he had known since their schooldays. Throughout their marriage, Fiorella has been a sensitive and discreet companion in life battles and has shared actively with her husband’s cultural pursuits. Pezzaglia’s commitment as an industrialist in the family firm conflicted somewhat with his devotion to poetry. However, whilst he has always met these commitments seriously and competently, he has never allowed them to prevent him from cultivating – in secret - the humanistic side of his character. Not only has he never abandoned poetry and literature in general, but he is also a student, among other things, of yoga, oriental philosophy and esoterics. In 1964, G. Titta Rosa (Corriere della Sera), reading some of Pezzaglia’s unpublished poems wrote: “There’s a poet all right in these things”. Paolo Pezzaglia’s first collection of poetry was L’imbuto rovesciato (The upended funnel), (Prometheus, Milan, 1990), followed by Le rughe della luna (The wrinkles of the moon) winner n° 1, décembre 2012

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of the International Prize of Sicily in 1997, and contemporarily finalist of the Firenze Prize. This second book has been awarded also the ”Milano - Borgo degli Artisti”, the “Cesare Pavese”, the “ Savona”, and the ”Lerici” prizes. The last book, published again by Prometheus, is Il malincanto (The evil-enchantment), winner of the “Triuggio” International prize (2006), and finalist of the Pinerolo prize (2008). That same year Pezzaglia came back - unbelievably - to take part, with honor, in the ice speed world championship – master category. The description of this event is the beginning of the novel Pezzaglia is writing now, titled “Salamandrò”… far from being accomplished.

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Vorrei riscrivere la tua morte GIUSEPPE PROVENZALE (ITALIE)

Il mio figlio voluto s’è addormentato piano sdraiato al sole di un aprile sfiorito sotto i petali di un pesco.

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Vorrei condividere la tua morte guardando il mare. © Giuseppe Provenzale

I would like to rewrite your death My beloved son has fallen asleep slow lying in the sun of an April faded under petals of peach I would like to share your death looking at the sea

© Giuseppe Provenzale

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Occupation: architect Born: Messina, Italy Education I.U.A.V. (College of Architecture), Venice and BA at College of Architecture, Palermo. Career Executive at the Territory and Environment Sicilian Region; teacher of Urban Geography at the College of Architecture of the University of Palermo; researcher at the National Research Council; executive of Tao-Kao Fabrics, Milan; visiting Professor at the College of Architecture and Landascape Architecture of Tucson, AZ, USA. Awards J. Prevert 2005; J. Prevert 2006; International Literary Award, Bethlehem 2010; XIX International Literary Award, Venice 2012; International Literary Award City of London, 2012. Creative Works Professional (public and private buildings, international competitions of architecture and urban planning, interiors); writer (Provenzal: :nv:s:b:l:, novel); historian and scholar (An unknown architect’s revenge: Calamech in Messina); essayist (Fatebenefratelli, Montorsoli etc.); journalist Il Sole24ore (Italian Financial Times); Moleschin, Paleokastro, FBF Milan, Città & Territorio, Messina; lecturer in Italy, Great Britain and USA; designer (pottery, fabrics and furniture for TK Fabrics and others); poet (Tarme :nv:s:bili (poem) and poetry in 35 anthologies).

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Luce per tutti LUCIANO ROGHI (ITALIE)

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Appartengo al sole, ai suoi raggi che mi sfiorano, al cielo che sempre m’inonda di quella luce che credo soltanto mia, ma che invece bagna le anime di ogni latitudine. Appartengo al silenzio delle stelle, mentre aspetto che l’umanità strappi il velo delle sue follie, spezzi i suoi ghetti e riprenda a brillare. © Luciano Roghi (Settembre 2012)

Lumierès pour tous J’appartiens aux rayons du soleil qui me touchent, au ciel qui toujours m’inonde de sa lumière, qui baigne mon âme et les âmes de toutes latitudes. J’appartiens au silence des étoiles, en attendant que l’humanité aille briser le voile de ses folies, rompant ses ghettos, pour reprendre à briller. © Luciano Roghi

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Luciano Roghi (Arezzo 1956) lavora presso i Servizi Sociali Territoriali in qualità di Assistente Sociale. La sua formazione è umanistica: ha ottenuto la Laurea in Servizio Sociale presso l’Università di Trieste con una tesi di carattere socio-letterario e la Laurea in Pedagogia presso l’Università di Genova con una tesi incentrata sulla filosofia leopardiana nelle “Operette Morali”. In passato ha lavorato in qualità di infermiere professionale presso Strutture Sanitarie e Centri Territoriali. Ama la musica, il cinema, il teatro, la lettura. Tra i suoi interessi vi è altresì la pittura: dipinge su tela, ceramica, legno. Scrive poesie, racconti, prose. Ha scritto due libri di carattere autobiografico “Memorie vive “e “Ogni giudizio è inutile”. E’ una persona riservata , dal temperamento sensibile e introspettivo, qualità queste ultime che rappresentano il suo principale punto di forza e di debolezza.

Luciano Roghi (Arezzo 1956) travaille aux services sociaux territoriaux. Sa formation est humaniste : il a obtenu un diplôme en Service Social à l’Université de Trieste avec une thèse socio-littéraire et un diplôme en Pédagogie à l’Université de Gênes avec une thèse consacrée à la philosophie de Giacomo Leopardi dans son œuvre Petites œuvres morales. Il a travaillé comme infirmier aux hôpitaux et centres territoriaux de santé. Il aime la musique, le cinéma, le théâtre, la lecture. Il peint sur toile, céramique et bois. Il écrit des poèmes, des nouvelles et de la prose : il a publié deux livres d’inspiration autobiographique Mémoires vives et Chaque jugement est inutile. Luciano Roghi a un caractère réservé, sensible et réfléchissant, qualités qui représentent selon lui-même sa force et ses faiblesses.

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Démarche et laboratoire MARIE JULIE

Marie Julie – Démarche et laboratoire

(RÉUNION)

Marie Julie aka M.J travaille à des expériences transdisciplinaires, interdisciplinaires, collaboratives: Ces expériences questionnent la notion de rencontre dans la relation des corps à un espace-temps. Tantôt de manière collective, tantôt de manière solitaire, elle interroge cette moisson dans un espace de travail collectif: une situation de rencontre plastique. Elle œuvre à faire émerger un espace-temps de partage par delà « des frontières mentales » qui nous traversent dans une relation à l’autre. Ses dispositifs plastiques sont accouchés d’expériences de performances, d’actions, d’hybridation entre les rapports plastiques que génèrent divers médiums : textes, mises en situation, happening, protocole de travail collectif, objets scéniques, dessins, vidéos, photographies, matières et traces visuelle, matières sonores, schémas de pensée et répertoire de geste. Cette expérience plastique toujours menée à la lisière entre arts scéniques et arts visuels est un laboratoire pratique et de réflexion sur la question « Comment vivons-nous cet « être ensemble, comment nos corps se rencontreraient-ils dans un moment actif plastique? » Diplômée de l’École supérieure d’ Art de La Réunion, cette jeune artiste croqueuse d images, de sons et de mots tisse, file, reconstruit des espaces poétiques en partage où la vie et la rencontre avec l’autre font émerger de nouvelles zones autonomes temporaires et des visions communes en partage. « Plasticienne voyageuse » : dans ses errances quotidiennes, elle devient disponible à la rencontre. L'art est une zone de rencontre et d'espaces utopiques à rêver ensemble. La définition de l'art qui me touche le plus apparaît dans une citation de John Cage : « Il faut accepter que les autres soient différents. Le but est d’élargir la conscience de soi pour mieux comprendre les autres (…) » Je travaille à des expériences transdisciplinaires, interdisciplinaires, collaboratives: elles questionnent la notion de rencontre dans la relation des êtres dans un espacetemps. Tantôt de manière collective, tantôt de manière solitaire, j’interroge cette moisson dans un espace de travail collectif: une situation de rencontre plastique. PARTAZ

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Dans le cadre de ma démarche, j’œuvre à faire émerger des espaces-temps de partage. Mes situations de rencontre plastiques sont accouchées de l’expérience de la vie et de dispositifs plastiques (corpus d’expériences de performances, d’actions, d’hybridation entre les rapports que génèrent divers médiums: textes, mises en situation, happening, protocole de travail collectif, objets scéniques, dessins, vidéos, photographies, matières et traces visuelle, matières sonores, schémas de pensée et répertoire de geste) Cette expérience menée à son origine à la lisière entre arts scéniques et arts visuels m’ont amené à réfléchir sur comment vivons-nous cet « être ensemble » dans le quotidien: Comment se rencontrer dans un moment actif plastique? Au moment où je vous écris cela se traduit par des situations de rencontre, des modalités de travail collectif et des textes à performer .Je suis une voyageuse : dans mes errances quotidiennes, je deviens disponible à la rencontre. Cette disponibilité active se révèle dans une intersubjectivité. Cette intersubjectivité crée « l’espace vide » nécessaire pour partager ensemble un instant de la vie. M.J PORTRAIT, extrait du mémoire accompagnant Punctum 4’’33,2010 Je suis « une plasticienne voyageuse » : dans mes errances quotidiennes, je deviens disponible à la rencontre .Je suis une amoureuse languissante dont les mouvements tendent vers « un instant plastique » avec un autre; « (…)On dit toujours qu’ il y a un instant à saisir, ou l’ être le plus banal, ou le plus masqué donne à voir son identité secrète. Mais ce qui est intéressant, c’est son altérité secrète (…) », J Baudrillard. Cette posture de l’attente active mon désir de l’autre dans une intersubjectivité. Cette intersubjectivité crée « l’espace vide » nécessaire pour sculpter ensemble cet instant plastique en partage. Je suis « une plasticienne voyageuse » : dans mes errances quotidiennes, je deviens disponible à la rencontre .Je suis une amoureuse languissante dont les mouvements tendent vers « un instant plastique » avec un autre. Dans cette intersubjectivité se crée « l’espace vide » nécessaire pour sculpter ensemble cet instant plastique en partage. LABORATOIRE DE RECHERCHES EN CONSTANTE ÉVOLUTION Deux notions: les corps dans des espaces-temps de travail collectif et l’hétéronymie traversent ma démarche. J’interroge la notion d’un espace à 360° dans ces limites entre arts visuels (dessins, photographies, vidéo) et arts vivants (théâtre, danse, performance et actions). Les codes, les signes, les procédés, les processus de travail interrogent la dimension fictionnelle du réel. J’explore dans ma démarche divers types de collaborations et de coopérations qui, au sein de mes terrains d’études et de réponses contextuelles, tentent de faire émerger un espace-temps de partage possible au-delà des frontières mentales que nous pouvons tous avoir les uns vis-à-vis des autres. n° 1, décembre 2012

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Je sonde ces zones poreuses de la dimension fictionnelle du réel par des expériences de performances, d’actions, de modalités de travail collectif, d’hybridation entre les rapports plastiques que génèrent divers médiums et la capacité d’influer sur une réalité à partir d’artifices fictionnels (situations, déplacements de signe) ainsi que sa réciproque. Le questionnement interroge comment vivons-nous cet « être ensemble » avec un axe ancré entre deux points : le mythe de l’amour inconditionnel et celui de l’amour contact. Au moment où je vous écris cela se traduit par des formes hybrides: courts objets scéniques non identifiés, des textes et une banque visuelle.

DOCUMENTATION ARTISTIQUE AUTOPORTRAIT 2012 À partir d’une série de questions autoportrait 2012, cinquième de cette série présente à la fois mes domaines d’intérêt artistiques et mon positionnement actuel d’artiste. L’autoportrait 2008 a ouvert cette série.

PUNCTUM 4’33 2010 / Fragment extrait du mémoire accompagnant Punctum 4’’33 « Après un certain nombre de RENCONTRES en « zone d’activités plastiques » et « zones d’activités publiques », « notre groupe de travail à géométrie variable » dans « l’exploration de sa forme scénique » s’est réduit à trois participants. Cette forme scénique se transforme dans « notre studium » par une exploration de nos aptitudes corporelles autour de la notion de RENCONTRE. Nos duos, nos trios, nos quatuors, nos quintets construisent « ce groupe à géométrie variable » autour « d’un geste amoureux plastique ». Nous élaborons dans cette exploration des répertoires de formes: nous nous appuyons sur mes expérimentations, « dance with me ». J’ai modifié un paramètre de cette modalité de rencontre: l’ensemble des corps à corps ont lieu en studio photo, à l’école, devant un fond noir et nous sommes toujours habillés de noir. L’ensemble de ces rendez-vous est capté en auto-filmage. Ces rushs ont été montés en multi-cadre dans une vidéo de 60 secondes. J’ai nommé cette vidéo « théâtre silencieux des corps » : Le champ est un triptyque où des corps en mouvement s’entrecroisent, se touchent, se palpent. Les choix de cadrage et de vitesse accentuent la sensualité que dégagent les images captées de ces contacts en binôme. L’utilisation de surimpressions de séquence dont la vitesse est modifiée donne une touche tactile et picturale à l’ensemble. Cette composition est divisée en trois tableaux. PARTAZ

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Dans le tableau central sont présentés des séquences réalisées avec l’ensemble des Actants de la situation d‘exploration collective de la forme. Les séquences réalisées avec les Actants présents physiquement lors de la projection du « théâtre silencieux des corps » dans l’environnement poétique sensoriel jouxtent cette partie à droite et gauche dans deux autres tableaux. Dans ces deux parties est absente l’utilisation de la surimposition d’images. Dans cette vidéo apparaissent et disparaissent des figures anonymes qui se rencontrent dans un lieu qui ne situerait nulle part. Ces figures jouent parfois avec des accessoires qui évoquent l’enfance : un bulleur et une balle contact. Le 12 mai 2010 au studio photo, de l’école, dans un espace divisé en deux: d’ une part un écran où est projeté notre « théâtre silencieux des corps » et de l’autre un espace vide où attendent trois figures: deux femmes et l’amoureux. Sur la trame d’un scénario de gestes nous nous rencontrons dans un environnement, où les appareillages techniques de diffusion et de captation sont visibles (vidéoprojecteurs, enceintes, ordinateurs, caméra en fonctionnement), nos corps se touchent et s’évitent autour d’une chaise dans une intention « d’une rencontre poétique » à partager avec un public invité. Cette rencontre qui se déploie dans des espaces et des temps est une forme qui, par un « dispositif poétique sensoriel », devient « le lieu d’activation possible d’un moment actif plastique: « Punctum: 4’33 ». Nous avons travaillé sur cette forme dans une « zone d’activité plastique » qui s’étend d’avril 2009 à mai 2010: une série de lieux: le studio photo, les couloirs de l’atelier son de l’école et le jardin intérieur du centre culturel du village Titan, le patio intérieur de Château Morange, la terrasse de l’appartement de mon amie montpelliéraine, la terrasse d’un café du Port. Je définis l’ensemble de ces temps et de ces lieux comme « notre Studium » http://creative.arte.tv/en/space/PUNCTUM_4_33/messages/ THÉÂTRE SILENCIEUX DE CORPS 2010 Le théâtre silencieux de corps est une vidéo témoin d’une série de performance d’atelier d’un groupe à géométrie variable ayant répondu à une de mes invitations : « Dance with me ». La modalité d’écriture de ce projet, fragment d’une de mes œuvres titrée « Punctum 4’’33 » est une invitation à se rencontrer pour des corps, des figures, des êtres. La rencontre est filmée par une caméra fixe et j’ai choisi le cadre de captation. Nos corps sculptent ces données en des figures. Nous activons ces figures devenant les actants d’un espace textuel à performer. Cette proposition est à partager avec des invités dans un environnement poétique sensoriel lors d’une zone d’activité publique. Mais nos interactions la transforment: nos relations modifient les espaces et le temps partagés. Elles sculptent la proposition collective et elle nous sculptent en tant qu‘être singulier. Le Théâtre silencieux de corps est visible sur http://youtu.be/ex2pKUQMUo n° 1, décembre 2012

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© Marie Julie – Théâtre silencieux de corps – 2010

DANSER LE PAYSAGE 2009

© Marie Julie – Danser le paysage - 2009 PARTAZ

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Les modalités de travail, de choix des territoires et des partenaires questionnent la notion d’invitation comme tentative d’abolition des frontières mentales que génèrent nos représentations de l’autre. Danser le paysage est une micro-vidéo dont la modalité d'écriture est de danser avec un territoire en mutation.

LE MONDE EST UN POINT DE VUE 2008

© Marie Julie – Le monde est un point de vue - 2008

Le monde est un point de vue est un dispositif à performer l’espace et le corps à travers différentes expériences : les modalités de travail, de choix des territoires et des partenaires questionnent la notion d’invitation n° 1, décembre 2012

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ZONE D’ACTIVITÉS ARTISTIQUES AUTONOMES TEMPORAIRES (Z.A.A.A.A.T#1) 2008 L’objet hybride scénique titré Z.A.A.A.T #1, ouverture 5 mètres carrés est un fragment d’une expérience à vivre des usages de l’art, Zone d’Activités Autonomes Temporaires en milieu contraint. Cette expérience a commencé en septembre 2004. De septembre 2004 à juin 2008, cette expérience questionnait la capacité d’influer sur une réalité à partir d’artifices fictionnels (performances, actions, hybridation entre les rapports plastiques que génèrent divers médiums de déplacements de signes, des situations construites). Des expérimentations de cette période, j‘ai nourri un point de vue (non-définitif) sur l’identité, le statut, les rôles de l’artiste et les territoires qu‘il habite. J’ai consigné les expérimentations de septembre 2004 à juin 2008 dans un texte, Z.A.A.T.

© Marie Julie – Z. A. A. A. A. T. op. 1 - 2007

L’écriture de ce texte, le point de vue (non-définitif) et la rencontre de deux jeunes comédiennes dans un conservatoire où nous étudions toutes les 3, l’art dramatique a favorisé l’élaboration d’une situation de travail collective : Performer la partition textuelle Z.A.A.A.T #1, ouverture 5 mètres carrés rédigée sous un protocole d’écriture est le point de départ de cette situation. PARTAZ

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Cette situation est une invitation à explorer « les franchissements des frontières mentales » dans différents types de collaborations ou de coopérations par des expériences de travail collectif. De cette situation construite collective, un objet hybride scénique a été présenté titré Z.A.A.A.AT#1, ouverture 5 mètres carrés présenté trois fois en 2008.

DÉMARCHE 2007 Démarche est une vidéo-écran fragment d’une œuvre titrée de la zone d’activités artistiques autonomes temporaires #1 dans laquelle j’ai nourri un questionnement autour de l’identité, le statut, les rôles de l’artiste et les territoires qu’il habite par « un franchissement de ces frontières » dans une collaboration autour d’un objet hybride scénique, « Z.A.A.A.T » 4 avec deux apprenties comédiennes. Démarche vidéo-écran intervenait dans cet objet hybride scénique comme une métaphore de « l’artiste démiurge ».

© Marie Julie – Démarche - 2007

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L'ANTRE D'EUX 2007

Marie Julie – Démarche et laboratoire

L'Antre d'Eux est une expérience à vivre pour deux : elle questionne le quotidien de la relation amoureuse à la fois comme matériau, vecteur de l'art et réceptacle de celui-ci. Le projet puise son origine dans cette question générique qui traversait ma démarche en 2007 : Qu'est-ce qui se joue dans le quotidien dans ce que j'ai défini comme les zones poreuses de la Fiction et de la Réalité? Mes recherches questionnent la dimension fictionnelle du Réel par un tissage de réalités collectives et individuelles.

© Marie Julie – L’antre d’eux – 2007

Dans les phases préparatoires de l'expérience, l'intention artistique est celle d'un explorateur. Les phases préparatoires ont commencé en septembre 2007 et se sont clôturées en juin 2009. De ces deux années de recherches où j'ai œuvré de manière empirique avec trois principes de co-production: la collaboration intégrée, la collaboration conditionnée et la coopération subtile, j'ai élaboré un corpus de modes d'emplois "Et toi, dis comment on s'aime". http://lescontesexquis.overblog.com/tag/experience%20a%20vivre

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LE CYCLE DES CADAVÉRISATIONS 2004 Le Cycle des Cadavérisations est un texte à performer pour 17 actants, présenté sous la forme de 9 planches graphiques numériques dans cet espace. Elles sont disponibles en édition, uniquement sur demande à l'auteur. Cette édition est soumise à un protocole d' impression. Les 9 planches du Cycle des Cadavérisations sont des collages numériques. Ces collages sont composés de matériaux textuels et graphiques : ces matériaux sont conçus dans des situations de la vie quotidienne, respectivement de manière collective et solitaire Les matériaux textuels sont œuvrés collectivement lors de jeux collectifs hérités des surréalistes, le Cadavre exquis. Le Cadavre exquis selon Le Dictionnaire abrégé du surréalisme est « jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes ».

© Marie Julie – Le cycle des cadavérisations – 2004

Le texte est un assemblage élaboré à partir de plusieurs matières textuelles écrites lors de jeux collectifs. Ces jeux collectifs ont lieu dans des voitures, dans les transports en communs, dans des lieux familiers ou insolites durant des périodes de vacances, de travail ou de voyages. Ils sont partagés avec de la famille, des amis, des connaissances, des relations professionnelles, des inconnus. n° 1, décembre 2012

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Le Cycle des Cadavérisations est un texte à performer pour 17 actants: dans un premier temps, constituer un groupe de travail de 17 êtres autour du texte; dans un second temps, vivre une expérience collective; dans un troisième temps, partager cette expérience avec d'autres, sous la forme que l'on désire. http://lescontesexquis.overblog.com/le-cycle-des-cadaverisations-mj2004

Marie Julie – Démarche et laboratoire

TÊTES D’AFFICHES D’ANONYMES DU NOUVEAU SIÈCLE FRAGMENT UN/ AU COMMENCEMENT Fragments-2; 3-espace-temps gémellaires, la quête des mythes. « Léger, futile, insouciant, frivole L‘amant de ma sœur, une vielle icône Aurait-elle compris, cette fille Dont la mère me servait de nourrice Ce désir de meurtrir ce qu’elle me refusait À d‘ autres dans les antres du passé. Ses doux papillons virevoltaient Dans ses cheveux blonds cendrés Lorsque le désir éclata ce soir-là Du plaisir elle n‘en eut pas Je venais de lui ravir Ce que de précieux les femmes luisent Alors lorsque son regard se fit tremblant D‘un coup sec, je brisais sa nuque tendre Ma tendre sœur s‘écroula, raide morte - Temps parallèles, combinatoire aléatoire Cruel, vif, sir des atrocités Celui qui fit de moi une castrée Dans le crépuscule qui étend Les limbes sur les chaires de Pachama Je n‘ai pas renoncé au prince charmant Je revois ses mains serrer mon cou Je parviens à lui échapper, l‘abominable fou Le subterfuge des petites sorcières face à l horreur d‘un solitaire cavalier Je l’ai vu errer dans les foules anonymes PARTAZ

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Payant son châtiment d‘ une bien triste mine » La lumière révèle l‘ essentiel et si tu parviens à y saisir les nuances, apparaissent les formes, se dévoilent les textures dans une ronde de couleurs apparentes. Apesanteur, et il lui dit : « Tu sais, je suis une voyelle moi aussi » «Tu mimétismes, petite fourmi mais tes chants de grillons jamais n‘égalent la cigale. Tu sais petite citadine, tu ne contempleras pas la moisson. Ici dans tes châteaux d‘acier, pas de vent, ni de bourrasque » © Marie Julie (2000)

© Marie Julie - Terra

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Partages SOPHIE LARTAUD BRASSART

Sophie Lartaud Brassart - Partages

(FRANCE)

« Voici des expériences poétiques, qui se déploient sous forme numérique ; elles me permettent de tisser le fil entre un geste peint et l'acte poétique . L'expérience des possibles sera vécue comme l'élément fondateur de chacune de nos traces. Au cœur des langages, de l'écriture, de la forme-même, il s'agit de mettre à jour le principe germinatif de la transformation. Le temps de l'apparition, de la publication est court, qui articule au gré de ses propres métamorphoses les heurts et la continuité, la rencontre et l'oubli, la mort fertile : nos vies choisies. » Je tiens un blog intitulé Toile poétique à cette adresse : http://graindeble.blogspot.fr/ À propos de l’auteur : Documentaliste aux heures ouvrées. Quelques travaux :  revue Le Cahier du Baratin, n°6, décembre 2012  Poésiemuziketc, décembre 2012  revue FPDV, n°33, novembre 2012  revue Landes, n°1, novembre 2012  revue LPpdm, n°2, automne 2012  revue Neiges, n°1, octobre 2012  revue Mille et un Poètes, n°3, été 2012,  revue La Porte des Poètes, printemps 2012   Printemps des Poètes 2011  Exposition collective Espace Cardin 2012  Empreintes 2012  Exposition Ateliers de Ménilmontant 2011

À propos du blog: Déméter en témoin, je noue un dialogue de lettres vives (poèmes et peintures), singulières ou bien mêlées. Les figures sont tissées de mêmes toiles, celles du temps numérique, pour des messages inscrits dans une vie courte; celles de la profondeur du mythe, sans quoi rien ne saurait advenir; celles du mystère féminin, qui invite à la transformation, la résistance, l'intensité. Autant de libres propos, libres propositions, réalisées avec de l'encre, de l'acrylique, et des suites de 0 et de 1. PARTAZ

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D’une voix sera le jour, encore Un jour ancien.

Jaillir : « Nous sommes surgis Depuis le temps » n° 1, décembre 2012

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Sophie Lartaud Brassart - Partages

Un jour de sort !

À la tombée « Nous ne sommes plus les mêmes Ses yeux doux mon enfant »

Un jour facile !

L’âme vendue PARTAZ

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Démultipliés, les échos se morcellent qui se conforment s’arrachent, se renouent

Protée

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Le masque

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Tue-tête

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Épousant l’infiniment renouvelé. Alors nous serons ensemble,

Sophie Lartaud Brassart - Partages

Séparés.

L’allure

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« Celui-là s’en va, et son sourire fleurit » Et nos masques de joie, et nos masques de peur. Que divisons-nous ? Quand ressurgit l’éclat

L’étincelle

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Sophie Lartaud Brassart - Partages

Pour, enfin, partager :

« Où le verbe est mouvement Et puis qui s’en doute ? Fort bien, vous y êtes. »

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Sophie Lartaud Brassart - France

Š Sophie Lartaud Brassart La porte, 2013

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KOLEKSYON

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RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN Migritude et quête des origines dans le roman policier postcolonial : Pour une autoscopie identitaire

David Mbouopda & Guilioh Merlain Vokeng Ngnintedem

p. 389-404.

Paul Balagué

p. 405-412.

Anderson Dovilas

p. 413-418.

Károly Sándor Pallai

p. 419-439.

FRANCE L’espace dramaturgique chez Kossi Efoui : Une dramaturgie de la fracture HAÏTI Néocolonialisme et littérature dans les pays du Sud : Regard sur la Francophonie et les rapports AfriqueCaraïbe HONGRIE Writing Oceania : Paradigms of identity and insularity in contemporary poetry

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David Mbouopda & Guilioh Vokeng – Migritude et quête des origines

Migritude et quête des origines dans le roman policier postcolonial Pour une autoscopie identitaire DAVID MBOUOPDA & GUILIOH MERLAIN VOKENG NGNINTEDEM (CAMEROUN)

S’il est indéniable qu’aventure, voyage et quête ont des points communs, il est également certain que toute aventure ou tout voyage ne peut être qualifié de quête. Comme l’a constaté Simone Vierne, le voyage comme une quête a un but qui va au-delà du dépaysement, même si le voyageur n’en est pas du tout conscient. En ce début du XXIe siècle, la littérature de l’immigration africaine a déjà des auteurs qui jouissent d’un fort capital symbolique et d’une tradition inaugurée par les premiers intellectuels et écrivains africains. Dans la continuité de cette génération, nous assistons depuis une décennie à la prolifération de la littérature dite de la migritude pour reprendre une expression chère à Jacques Chevrier que l’on résume très souvent, à tort ou à raison, par littérature exilée, littérature de l’exil, littérature « beure », littérature de l’émigration, littérature migrante ou plus couramment littérature de l’immigration. À la vérité, le point commun à ces différentes littératures est qu’elles mettent toutes en scène « une rupture avec l’espace d’origine » en même temps qu’elles matérialisent « une confrontation avec la

société

d’accueil

dans

laquelle

l’immigré

doit

vivre »1. Les

écrivains

francophones traitent selon le point de vue de Christiane Albert « de l’immigration « par procuration » à travers des récits de fiction loin de leur expérience personnelle »2. La « littérature migrante » « comprend les auteurs et les thèmes qui traduisent les vastes mouvements de population encouragés par le développement du capitalisme international » et « développe une interrogation identitaire

Albert, Christiane, L’immigration dans le roman francophone contemporain, Paris, Karthala, 2005, p.12. Ibid. Lire également à ce sujet Fonkoua, Romuald, « Écrire la banlieue : la littérature des « invisibles » in Cultures Sud, n°165 (retours sur la question coloniale), avril-juin 2007, pp. 99-106. 1 2

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spécifique produite par les migrants eux-mêmes, mais également par ceux de la deuxième ou troisième génération de leurs descendants »3. Les romans de ces auteurs mettent souvent en scène des personnages partagés entre deux cultures, aux prises avec des questionnements identitaires profonds. Ces auteurs se trouvent eux-mêmes dans une position particulièrement intéressante pour parler de « l’entre-deux » puisqu’ils ont un vécu interculturel. Ils ont souvent théorisé la situation des migrants en distinguant deux pôles qui entrent en conflit : celui de la culture d’origine traditionnelle et celui de la culture du pays d’accueil. On parle de « double socialisation ». Dans ce cas, il est commun d’affirmer que cette dissonance produite dans la construction identitaire du migrant le confrontera au choix impossible entre adaptation sociale et rejet de ses origines, entre respect des valeurs parentales et échec de l’intégration dans la société d’accueil. En tout cas, « le développement de cette « culture immigrée » procède du constat d’une triple impossibilité : celle de prolonger ailleurs et sans altération la culture du pays d’origine, celle de s’intégrer sans douleurs dans la société d’accueil et celle de retourner, comme si rien ne s’était passé, dans le pays des parents »4. La notion d’identité a été entre autres élaborée par David Praile dans le cadre de son étude sociologique sur les représentations identitaires. Ce dernier définit l’identité comme suit : « la constitution progressive, par le biais de différents processus intégrateurs (ou de socialisation) qui jalonnent l’expérience individuelle, d’un système relativement cohérent de représentation de soi et de son inscription sociale (rôles, statuts ou positions) »5. L’immigration est pour les auteurs francophones une expérience existentielle doublée d’une expérience littéraire où l’imaginaire producteur d’un sens du monde donne à lire les silences, les peurs refoulées, les préjugés ravageurs mais également les espoirs d’individus souvent restés anonymes.. Ainsi, les auteurs africains se positionnent désormais par rapport à Aron, Paul, « Littérature migrante », Aron Paul et al. (eds), Le Dictionnaire du littéraire, Paris, PUF, 2004, p. 372. 4 Joubert, Jean-Louis, « Littérature immigrée ? » in Diagonales n°7, juillet 1988, p. 20. Supplément au n°218 de Le français dans le monde. 5 Praile, David, L’honneur du naufragé. Des représentations identitaires chez des jeunes hommes issus de l’immigration maghrébine, Louvain-la-Neuve, UCL, 1996, p. 23. 3

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une double tradition littéraire, mettant en relief une thématique typique de la littérature africaine de ces dernières décennies. Odile Cazenave écrit fort à propos :

David Mbouopda & Guilioh Vokeng – Migritude et quête des origines

« Les années 80 ont vu apparaître une nouvelle génération d’écrivains africains vivant en France. Contrairement à leurs prédécesseurs, ils offrent un regard de nature et de portées différentes. C’est un regard non plus nécessairement tourné vers l’Afrique, mais plutôt sur soi. Ces écrivains hommes et femmes contribuent à la formation d’une nouvelle littérature. S’éloignant du roman africain canonique de langue française, leur écriture prend des tours plus personnels. Souvent peu préoccupées par l’Afrique elle-même, leurs œuvres découvrent un intérêt pour tout ce qui est déplacement, migration, et posent à cet égard de nouvelles questions sur les notions de cultures et d’identités postcoloniales, telles qu’elles sont perçues et vécues depuis la France »6. En ce sens, l’expérience du roman policier postcolonial apparaît désormais nécessaire à l’appréhension d’un imaginaire de l’immigration spécifiquement africain. La Polyandre de Bolya Baenga s’inscrit dans ce registre. La Polyandre et Les Cocus posthumes de Bolya Baenga donnent à voir un tableau comparatif global des relations entre Blancs et Noirs en France, de l’identité des Noirs dans deux points géographiques de référence (la France et l’Afrique prises comme une seule entité), de l’importance des racines culturelles. À travers une série de touches successives qui vont de l’utilisation de personnages africains-français, à leurs échanges avec des personnages africains sur les relations Blancs-Noirs en France, Bolya décentre son roman en même temps qu’il introduit une rupture dans les formes de représentations. Le polar africain postcolonial est, de ce fait, une forme d’écriture qui amène à poser les questions d’immigration autrement. L’auteur de polars serait celui qui pratique une sorte d’autoscopie sociale de l’identité. Notre étude tentera de montrer comment l’afropolar apparaît comme un lieu privilégié de l’affirmation d’une identité postcoloniale déterritorialisée et Cazenave, Odile, Afrique sur Seine. Une nouvelle génération de romanciers africains à Paris, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 7-8. 6

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fragmentée pour l’exploration de l’ipséité africaine. Il conviendrait aussi de voir comment l’exotisation de « l’anthropolar » contribue à l’approfondissement du même, du soi et de l’altérité dans la logique d’une anthropologie inversée.

1- L’afropolar entre marginalité et dépossession identitaire

La quête identitaire apparaît rattachée à l’ailleurs et à l’altérité dans le polar africain. La démarche mise en scène dans le roman policier africain est une question de salut, une question de foi, mais aussi quête d’identité : « Le détective participe de la crise d’identité et, par delà, de la détention d’un secret […] Il est celui […] qui pour savoir et pour comprendre, n’a pas d’autre recours, si ce n’est de pauvres indices, que de s’identifier à l’Autre - victime, suspect ou bien coupable. Changer de peau, en esprit, pour reconstituer un itinéraire, une biographie. Voué à un rôle récurrent de substitution, il est sans trêve dans la perte de soi »7. Dans cette perspective, ce qu’il faut retenir du roman policier, c’est que cette quête de foi ou quête des origines ne renvoie pas uniquement aux images fortes mais à un interdiscours social, qui déploie des savoirs historiques, sociologiques, politiques voire anthropologiques. C’est le cas de La Polyandre et de Les Cocus posthumes de Bolya Baenga. C’est à bien regarder le rapprochement de l’imaginaire avec la marge, le commencement d’un dialogue avec l’exclu et le clandestin qui fait la singularité de ce genre. Ce qu’il questionne, c’est le rapport que les populations immigrées entretiennent avec les institutions du pays d’accueil, avec la société. Il interroge leur marginalité, leur instabilité, la question de leur intégration dans le tissu social. Christiane Albert, dans une analyse, résume ce double rôle structurant de la marginalité sociale dans l’écriture contemporaine en ces termes : « La marginalité sociale est […] un des traits constituants du personnage de l’immigré dans la littérature francophone depuis ses origines, et sa banalisation, après les années quatre-vingt en fait un des topoï majeurs de cette littérature »8.

7 8

Dubois, Jacques, Le roman policier ou la modernité, Paris, Nathan, 1992, p. 151-152. Albert, Christiane, op. cit., p.99.

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Dans cette logique, La Polyandre et dans une moindre mesure Les Cocus posthumes de Bolya présentent la marginalité selon une double modalité sociale et

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idéologique. De ce point de vue, on aurait tort de croire que le thème de l’immigration ne serait dans le polar africain francophone qu’une simple reprise d’un thème littéraire classique. L’accent nous paraît différent et il est surtout évident que le propos des auteurs reflète assez bien une réalité de la société contemporaine. Le roman La Polyandre de Bolya Baenga est centré sur une mise en scène d’une perte de soi et des origines. La lettre émouvante de Makwa, un des personnages de ce roman permet de saisir cette dépossession identitaire. Sur un ton empreint de désenchantement et d’amertume, il présente une situation qui peut être symptomatique au personnage romanesque de cette dernière décennie : « Pour ma part, la vie n’est qu’une course d’obstacles, pire que ceux que rencontre un alpiniste qui tente de grimper le Kilimandjaro. Ici, tout ne s’achète qu’en devises étrangères, pour être plus exact qu’en dollars américains. La monnaie locale change de valeur toutes les demi-heures. C’est une monnaie de singe ! Pour des singes ! […] Le sida a décimé la plupart des hommes et des femmes que tu as connus naguère lors de tes séjours au village. Presque tous les enfants filles et garçons avec lesquels nous jouions, sont morts. […] On n’est pas loin de l’apocalypse. Je n’ai donc plus de choix que de quitter dans les meilleurs délais cet enfer tropical. Au bord du gouffre, de l’irrémédiable, tu comprends que j’ai un urgent besoin de 15000 francs français afin de pouvoir acheter mon ticket Air France pour Paris. Les cinq mille francs que ton père m’a remis de ta part ne correspondaient pas à ma première requête. Je pense qu’il n’est pas besoin d’insister auprès de toi pour obtenir satisfaction par retour de courrier. À moins que ta mémoire des drames passés se soit effilochée »9.

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Bolya, Baenga, La Polyandre, Paris, Le serpent à plumes, 1998, p. 86.

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À califourchon entre l’ubuesque et le tragique, le texte de Bolya donne à lire l’honneur d’une Afrique naufragée et déliquescente. Makwa, dont la vie semble un éternel pourquoi et aux lendemains flous, cherche, on l’aura compris, par tous les moyens à quitter cet espace malsain. Il s’agirait probablement de l’expression d’une nausée postcoloniale pour reprendre cette formule de Lydie Moudileno. Pour Moudileno d’ailleurs, « Le détour par la nausée/La nausée [permet] d’exposer la manière dont un nouveau rapport du sujet à l’Afrique se pose, dépassant les problématiques de races ou d’identité nationale pour se recentrer sur l’existence même. Une des caractéristiques du roman après 1980 est l’attention portée à des personnages jusque-là confinés aux marges de l’économie – et de l’imaginaire – postcoloniale »10. Cette nausée postcoloniale dont le leitmotiv est le « vomissement », exprime la réalité la plus implacable, la désillusion et surtout le pessimisme de toute une génération en quête d’identité et de repères. Dans cet « anthropolar »11, il se pose justement la question de savoir s’il ne s’agit pas pour Makwa et pour bien d’autres candidats à la migrance d’un simple passage d’un enfer à un autre. C’est d’autant plus vrai que, dans Les Cocus posthumes, Bolya présente le cas d’une adolescente, qui convaincue d’avoir échappé aux affres de la misère africaine, sera victime d’un réseau maffieux : « Kokumbo se gara devant le Relais d’Aligre. Il était accompagné d’une adolescente âgée de moins de quinze ans. Cette dernière semblait ébahie par son épopée personnelle, qui venait de la mener d’Afrique à Paris. Elle regardait tout le temps le ciel comme si elle voulait avoir la certitude de sa bonne étoile. Kokumbo l’invita à la suivre dans sa nouvelle habitation de la rue de Charenton […] L’idée que cet homme, qui n’était pas un membre de sa famille, allait la nourrir et la blanchir, sans oublier qu’il lui obtiendrait rapidement une carte de séjour, l’envoûtait. Les murs lézardés et encrassés de la cave ne l’effrayaient pas. De toute façon, se disaitMoudileno, Lydie, « Le droit d’exister », Cahiers d'études africaines, 165, 2002, [En ligne]. Voir notamment le 5e Festival International du Roman Noir de Frontignan, 5-7 juillet 2002 sur le thème Anthropologie et polar. Le terme d’anthropolar fut proposé pour signifier l’internationalisation du genre. Les auteurs investissent de plus en plus, par le biais de leurs écrits, des continents qui n’ont pas vu naître ce genre de littérature, comme l’Afrique et l’Asie, et deviennent ainsi anthropologues et ethnologues. Le parallèle sera fait également pendant ce festival avec l’approche anthropologique des écrivains dits « régionaux ». 10 11

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elle, ils seront toujours plus beaux que ceux en terre battue de sa case au village.»

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(Bolya, 2001 :88). Dans un tel contexte, et comme l’illustre cette immigrée de Les Cocus posthumes en rupture avec le pays et en quête d’un Paris édenique, « l’identité diasporique devient idéale pour tout être en rupture d’origine »12. Il montre la jeune fille retenue dans la cave d’un immeuble délabré de la banlieue parisienne, réduite aux confins de l’animalité, pour servir d’objet sexuel aux membres d’une secte. Pour Kokumbo, elle est une « vache qui devrait engendrer les nourrissons dont il avait besoin lors des cérémonies au bois de vincennes »13. De ce point de vue, le roman policier postcolonial semble insister sur les effets négatifs de l’immigration. Il dévoile un univers social suspect, nuisible, indésirable, marginalisé et perturbateur de l’ordre public. De la sorte, les scènes s’articulent autour des marginaux. Ainsi, dans le pays d’accueil, l’univers du migrant s’assimile à un lieu de dépossession identitaire et de perte existentielle. À en croire Sylvère Mbondobari, « tout se passe comme si la déchéance était quasi fatale pour le clandestin ; le chemin des marges et de la prison comme lieu ultime de la marginalité paraît tracé, car le personnage, devenu par la force des choses « sanspapiers », y a rompu le pacte républicain. Pour ce dernier, il s’agit d’un déracinement au sens plein du terme (rupture sociale, rupture morale, rupture culturelle) qui se traduit par une insécurité existentielle et psychologique ; le plus souvent il devient soit acteur soit victime des réseaux mafieux comme le montrent les différentes victimes des crimes en séries de La Polyandre »14. Les propos de Mbondobari sont fort pertinents car comme le remarque Bolya, « tous les Africains assassinés étaient inconnus des ordinateurs de la police. Ils étaient tous des clandestins : des sans-papiers »15. Ainsi, « dans le déni de l’authenticité suggérée

Moudileno, Lydie, Parades postcoloniales. La fabrication des identités dans le roman congolais, Paris, Lettres du Sud, 2006, p.55., 101. 13 Bolya, Baenga, Les Cocus posthumes, Paris, Serpent Noir, 2001, p. 90. 14 Mbondobari, Sylvère, « Immigration et écriture. Radioscopie d’un itinéraire dans le roman policier postcolonial », [En ligne]. 15 Bolya, Baenga, La Polyandre, Paris, Le serpent à plumes, 1998, p. 87. 12

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par la thématique du trafic d’identités, se pose toute la question de la manipulation délibérée des identités pour le sujet africain contemporain déterminé à inventer des issues »16. Dès lors, le Paris de l’immigré clandestin est un cloaque, un enfer, lieu de mort à chaque instant présent : « […] La jeune femme se gara et descendit en courant vers le foyer. Oulématou s’arrêta devant une porte chancelante qui devait tenir encore grâce à la bonté d’Allah. Aussi n’osa-t-elle pas frapper trop fort sur les panneaux de bois ravagés par l’humidité. Derrière la porte, le silence des journées de deuil régnait. […] Oulématou déposa son sac Vuitton sur le parquet, si gluant qu’on aurait dit le pavement d’un égout »17. Ce pays d’accueil idéalisé fait office pour l’immigré de « paradis perdu » aux sources de son identité. Cette cristallisation identitaire, perte de soi, ce désillusionnement, au mieux ce désenchantement nous permettent de comprendre que « si les littératures africaines en général se sont constituées autour du projet de légitimation identitaire et civilisationnnelle mais aussi d’appropriation des savoirs et des discours savants sur le Continent (comme en témoigne la création de Présence africaine en 1945), le roman policier africain n’exploite-t-il pas cette veine, au point que certains parlent d’ethnopolar, voire même (sic) d’anthropolar, où l’Homme est appréhendé dans sa complexité sociale, culturelle, ethnographique et historique. Le roman policier ne serait-il pas la mise en scène d’une redoutable efficacité médiatique de cette quête des origines, de cette quête des savoirs ? »18. Cela revient à dire que les différentes sphères culturelles dans La Polyandre et Les Cocus posthumes sont à la fois pour l’immigré un outil de « navigation sociale » dont il use pour s’adapter et un outil de construction identitaire qui détermine en partie ses réactions. À cette frontière floue, l’identité est masquée et trafiquée. Souvent, l’immigré a une identité qui varie selon les lieux et les circonstances, comme on peut le constater dans cet aveu d’un clandestin : « Non, les copains m’ont dit qu’il fallait protéger mon vrai nom, ma vraie identité. Cela pourrait servir au cas où le gouvernement déciderait d’une régularisation des sans-papiers.

Moudileno, Lydie, « Le droit d’exister », Cahiers d'études africaines, 165, 2002, [En ligne]. Bolya, Baenga, La Polyandre, Paris, Le serpent à plumes, 1998, p. 82. 18 Naudillon, Françoise, « Poésie du roman policier francophone », [En ligne]. 16 17

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C’est pour cela que j’ai pris une photo de mon frère »19. Pour ces migrants, l’identité est donc dynamique, jamais acquise une fois pour toutes mais au

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contraire remise en jeu dans les interactions. Lydie Moudileno ne pense pas le contraire : « La manipulation/altération de l’identité qui est à l’œuvre vise à refuser la fixité du sujet dans une origine ethnique ou nationale, et dans des frontières surprotégées contre l’immigration »20. La Polyandre est ainsi un théâtre d’ombres, un lieu nécrophile et coprophage qui inspire frayeur et spleen. On peut le voir dans cette description-hypotypose de la pièce où s’organise le trafic des cartes de séjour et traduit en temps une réalité sociale : « Dans la minuscule pièce s’entassaient une dizaine d’Africains. La vitre du toit était brisée et avait été remplacée par des cartons de Peter Stuyvesant. La pluie comme la neige pénétraient par ces ouvertures pour arroser la moquette dont, du reste, on ne pouvait même plus se souvenir la couleur d’origine (sic) […] Au fond de la pièce s’étaient agglutinés un groupe d’Africains qui, le moment de panique passé, la frayeur apaisée sortirent comme des souris de leur recoin »21. À bien y regarder, ces immigrés se sentent rejetés. Dans cette posture, l’immigré se trouve dans un entredeux. Ce dédoublement de la figure de l’immigré nous semble particulièrement intéressant, notamment par son lien avec la mémoire de la migration car il permet de comprendre le passé, de donner du sens au présent, et de construire un futur possible. Cette plongée dans l’univers des migrants nous a permis de mieux comprendre leurs références culturelles et les difficultés vécues à ce niveau. Cette étape était nécessaire puisqu’elle nous a donné la possibilité de voir que le migrant refuse d’assumer son

identité fragmentée en la réduisant à l’une où l’autre de ses

appartenances multiples. En tout cas, « ce qui revient, c’est l’omniprésence de la morbidité et de l’abject qui rayonne à partir des foyers d’immigrés. Sur ce fond de

Bolya, Baenga, La Polyandre, Paris, Le serpent à plumes, 1998, p. 84. Moudileno, Lydie, « Le droit d’exister », Cahiers d'études africaines, 165, 2002, [En ligne]. 21 Bolya, Baenga, La Polyandre, Paris, Le serpent à plumes, 1998, p. 82-83. 19 20

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misérabilisme social, le roman policier donne à voir un espace en marge des descriptions officielles, un vaste lieu de décadence morale et de putréfaction qui existe en lui-même et pour lui-même dans lequel règnent le chaos et la mort. Chez Baenga […] dominent ainsi l’image de la décomposition sociale et du mal, de la corruption physique et morale de l’immigré »22. On le voit bien, le roman policier veut ici créer les possibilités d’un nouveau rapport aux migrants et invite à une « cohabitation renégociée des identités qui sont porteuses d’histoires douloureuses et complexes »23.

2-Une ethnicisation de soi et de l’autre ou une anthropologie « inversée »

Pour reprendre la formule de Manchette, chef de file de la génération du néopolar en France qui considère le polar comme « roman d’intervention sociale très violent »24 le polar africain postcolonial passe aux aveux. De l’avis de Françoise Naudillon, « si roman policier rime avec roman social, il est aussi roman politique, le roman de la cité qui dresse le miroir hideux de sa propre re-connaissance, qui initie aux savoirs cachés sous ses jupes malodorantes »25. Le roman La Polyandre de Bolya Baenga est centré sur une mise en scène de l’altérité que constitue le rite de la polyandrie et sur le mystère autour de ce rite. Tout autour de cette thématique, qui s’articule autour de longs développements anthropologiques, historiques et sociologiques, donne l’occasion d’analyser l’enquête policière de l’inspecteur Robert Nègre. Parallèlement à cette enquête, riche en rebondissements, progresse une sorte d’autoscopie sociale française dans ses rapports avec l’émigré. Trois questions fortement liées sont abordées : les préjugés Mbondobari, Sylvère, « Immigration et écriture. Radioscopie d’un itinéraire dans le roman policier postcolonial », [En ligne]. 23 Rachédie, Lyliane, « Les littératures maghrébines issues de l’immigration en France : Espace d’expression, de combat et de forces identitaires », in Gohard A. (éd.) Altérité et identités dans les littératures de langue française. Le français dans le monde. Recherches et application, numéro spécial, 2004, p. 85. 24 Manchette, Jean-Pierre, Chroniques, Paris, Rivages/Écrits noirs, 1996, p. 12. 25 Naudillon, Françoise, « Poésie du roman policier francophone », [En ligne]. 22

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raciaux, la question de l’immigration clandestine et enfin les relations historiques et politiques entre la France et l’Afrique. La Polyandre offre ainsi l’occasion de cerner

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véritablement la question de la (ré)ouverture et de la (re)découverte de l’autre et de soi26. Cette réouverture qui se lit à travers le contact avec l’autre par « des phénomènes fondamentaux engageant les notions d’identité et d’altérité, d’images de soi et de l’autre »27 permet le métissage réel ou fictif entre l’Occident et l’Afrique noire qui dévoile in fine la personnalité des uns et des autres. Les Cocus posthumes du même auteur abordent les mêmes questions. Le polar postcolonial interroge donc les enjeux politiques, sociaux, culturels et épistémologiques de l’ethnicisation de l’autre quand il a pour cadre les banlieues et les populations migrantes en décrivant les trajectoires spatiales, sociales, les expressions communautaires, les processus identitaires et les formes d’hybridation. Le roman policier affirme son origine, son lieu de fabrication. Qu’il se passe dans les banlieues de l’Occident comme La Polyandre et Les Cocus posthumes de Bolya, ou qu’il se déroule dans une capitale africaine comme dans Kouty mémoire de sang d’Aida Mady Diallo ou dans Trop de soleil tue l’amour de Mongo Beti, la dimension africaine et le savoir révélé sur l’Afrique y sont soulignés. Dans cette logique, alors même que Bolya dispense un cours sur l’importance de la sorcellerie dans le quotidien des Africains, il ajoute ce commentaire cynique mais d’une logique imparable : « Tu connais l’Afrique. Ici, on ne maîtrise pas son temps. Vous faites un programme, il est tout de suite chamboulé par la mort d’un parent, une réunion de famille pour rechercher l’esprit maléfique qui assassine les membres du clan, etc, etc. Chez nous, tu le sais mieux que moi, il n’y a pas de morts naturelles. Dieu merci, ici, il n’y a pas de police de brigade criminelle. Tout le monde fait son enquête. C’est pourquoi on a supprimé ce corps de police et même l’Etat. Parce que cela ne servait à rien de tout »28. Cette connaissance de terrain mise en scène par Pour plus d’informations à ce sujet, voir Le voyage Afrique noire – Occident – Afrique noire : (re)découverte de l’autre et de soi, Éthiopiques n°83, 2009. 27 Moura, Jean-Marc, L’image du tiers-monde dans le roman français contemporain, Paris, PUF, 1992, p. 20. 28 Bolya, Baenga, Les Cocus posthumes, Paris, Serpent Noir, 2001, p. 136. 26

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Bolya lui permet de déplacer son regard et de confronter l’identité de l’Autre (la France) avec cet autre. C’est d’autant plus intéressant que c’est à la bibliothèque du Musée de l’homme à Paris que l’inspecteur Nègre commence son enquête : « une fois à la bibliothèque, il remplit la fiche d’inscription qu’il remis à l’appariteur. Quelques minutes plus tard, on lui apporta le livre qu’il avait commandé : Le mythe des jumeaux dans l’imaginaire africain. L’auteur écrivait que c’était en Afrique que l’on rencontrait le plus grand nombre de vrais jumelles et jumeaux. Il ajoutait que dans certaines régions d’Afrique occidentale, le nombre des jumeaux par rapport au total des naissances atteignait 5% »29. Cette hypertrophie du détail scientifique est fondatrice même de la thématique du roman basée sur le symbolisme de la gémellité. La plupart des informations livrées par l’auteur de Cannibale sont vérifiables, il va même jusqu’à donner des références bibliographiques comme un vrai universitaire. De ce point de vue, le texte de Bolya souligne avec une énergie débordante la diversité et la hiérarchisation des identités africaines. Une autre méthode employée par les auteurs consiste à ancrer l’action dans un contexte d’actualité. Bolya cite à profusion des articles de presse, des nouvelles diffusées sur France info. L’actualité du roman prend toute son importance avec l’annonce de la nomination dans la vie réelle de Carla del Ponte au tribunal pénal international : « Puis le policier mit la radio. « Madame Carla del Ponte a été nommée procureur général du Tribunal pénal international. Les auteurs présumés de crimes de guerre, de crimes contre l’Humanité et autres actes de sauvagerie et de barbarie seront désormais jugés, quelles que soient les fonctions officielles qu’ils ont occupées ou qu’ils occupent », Jacta France info »30. La demande de création d’un TPIA « Tribunal pénal international pour l’Afrique » est formulée afin que tous les cocus posthumes soient convoqués à comparaître devant cette cour de justice internationale pour un jugement post-mortem : « Mais il faudrait quand même créer un Tribunal pénal international pour l’Afrique, le TPIA! Qui exhumera toutes les excellences décédées. Tous les cocus posthumes seront convoqués à comparaître devant cette 29 30

Ibid., p. 33. Ibid., p. 210.

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cour de justice pour un jugement post-mortem par la blonde de La Haye »31. De ce fait, la fiction policière, explique Jacques Dubois, « porte un regard méthodique et

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morcelant sur l’univers qu’elle entend maîtriser […]. Dans ce procès, le crime est surtout prétexte à une rupture du pacte de discrétion, de la règle de censure qui protège la vie privée »32. On le voit bien, chez Bolya, la quête identitaire apparaît rattachée à l’Ailleurs et à l’altérité, la fiction s’enracine dans le contexte socio-culturel dont-il est issue. Dans La Polyandre et Les Cocus posthumes, on trouve le souci de remonter à l’archéologie du savoir, à la source des événements qui sont menés au présent, avec la mise en valeur du fonctionnement intime du pouvoir, le tout fondé sur les faits reconnus dans certains textes d’analyse politique. Ces observations et schèmes sociologiques sont au cœur de la poétique du polar africain. À ce titre, le roman policier se veut une réponse aux discours (et un discours parmi les autres). Dans une telle perspective, le polar africain postcolonial balaie, à partir d’une intrigue criminelle, un ensemble d’interrogations aussi complexe que les causes sociales et politiques de l’immigration et ses conséquences éthiques et existentielles. On assiste ainsi à une savante insertion de plusieurs discours et à un aller et retour entre des analyses justes et profondes et des scènes de violence. En ce sens, l’enquête n’occupe qu’une place médiane entre un discours sur le crime et un discours sociologique, anthropologique et politique sur l’immigration.

3-En manière de bilan Dans son article intitulé « Violences postcoloniales et polar d’Afrique », Ambroise Kom note que « c’est la rencontre entre l’Europe et l’Afrique qui semble

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Ibid., p. 217. Dubois, Jacques, op. cit., p.29.

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nourrir l’imaginaire des auteurs du roman policier africain »33. En effet, une telle conception nous pousse à penser au concept de « parisianisme » que Jules-Rosette définit comme « a cosmopolitan Franco-african style of writing »34 (‘un style cosmopolite d’écriture franco-africaine’). Ainsi, la représentation faite de l’autre donne à apprécier l’expérience identitaire de l’immigré aboutissant à la dissolution de l’identité dans la mesure où la fluidité des frontières, les espaces atopiques, anonymes, atomisés, le cryptage des identités semblent répondre aux critères de la dissolution. La présente réflexion, qui s’est pour l’essentiel appuyée sur les romans La Polyandre et Les Cocus posthumes de Bolya, mène le lecteur au cœur du Paris postcolonial et multiculturel. On voit dans ces « représentations littéraires de papiers d’identité en Afrique »35, une « identité à la carte »36. Toutefois, si la responsabilité de la France reste posée, la question n’est plus de retrouver une identité perdue, ni de proclamer l’authenticité d’une forme par rapport à une autre. Pour Jean Bessière, « la littérature ne donne plus comme un pouvoir de modélisation et d’établissement de l’identité : elle se donne comme le reflet du jeu des identités […], dans ces nouvelles conditions,

toute

représentation

littéraire

engage

une

représentation

multiculturelle »37. La réflexion sur l’identité, l’authenticité et le travestissement est en effet au cœur du roman policier africain francophone postcolonial. Le roman policier postcolonial tente donc, question de genre peut-être, à « sortir l’Africain de l’être »38

comme le dirait Lydie Moudileno, c’est-à-dire à nier toute idée

d’authenticité africaine au profit d’identités multiples et, surtout, toutes manipulées. Il s’agirait probablement d’une « parade [identitaire] postcoloniale »39.

Kom, Ambroise, « Violences postcoloniales et polar d’Afrique », in Notre Librairie n°148, juilletseptembre 2002, p. 38. 34 Bennetta, Jules-Rosette, Black Paris: The African Writers Landscape, Chicago, University of Illinois Press, 1998, p.148. 35 Voir Janos, Riesz, op. cit. 36 Ibid. 37 Bessière, Jean, « Notes, pour une typologie des littératures occidentales suivant le jeu de l’identité et de la différence avec un coda sur Édouard Glissant », in Bessière J. et André S. (éds), Multiculturalisme en littérature et en art, Paris, l’Harmattan, 2002, p. 454. 38 Moudileno, Lydie, « Le droit d’exister », Cahiers d’études africaines, 165, 2002, [En ligne]. 39 Moudileno, Lydie, Parades postcoloniales. La fabrication des identités dans le roman congolais, Paris, Lettres du Sud, 2006, p. 60. 33

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L’espace dramaturgique chez Kossi Efoui Une dramaturgie de la fracture

Paul Balagué – L’espace dramaturgique chez Kossi Efoui

PAUL BALAGUÉ (FRANCE)

« Ce qui m’a fasciné au théâtre, c’est comment tout se transforme, et je parle d’un théâtre qui se passe sur une place, dans l’arrière-cour d’un bar ou d’une maison. Tout d’un coup il se passe quelque chose et la place n’est plus une place, et l’homme devient une femme, et la femme devient un homme, et la parole devient autre chose… J’ai fait cette découverte-là avant même de lire du théâtre »1. Étrange pouvoir, empreint de sacré qu’est le Théâtre dans la bouche de Kossi Efoui. Pour ce dramaturge aussi auteur de romans, le théâtre marche par ce qui lui est propre : l’espace et la parole. Supports transformables qui constituent à la fois l’essence même de l’art théâtral, et sa limite : dans un espace et un temps clos et délimités se construisent des dramaturgies dans lesquelles le temps et l’espace se transforment, s’étirent, se contractent. C’est autour de cette image de l’espace-prison que le théâtre essaye toujours d’éclater, de déchirer, que se construisent les pièces de Kossi Efoui. Mettant en scène des personnages bloqués sur scène et rêvant d’ailleurs, il axe sa dramaturgie autour d’espaces dépouillés, vides ou en ruines dans lesquels la parole des personnages va convoquer une multitude d’espaces en fondus enchaînés, illustrant la parole d’Antonin Artaud qui déclarait qu’il y avait une « notion nouvelle de l’espace qu’on multiplie en le déchirant ».

Mais pour déchirer un espace il faut d’abord que celui-ci pose sa contrainte. La plupart des pièces de Kossi Efoui présentent toutes la particularité de se dérouler dans un seul espace scénique : un chantier sur les ruines d’un studio de cinéma

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L’Afrique noire et son théâtre au tournant du XXème siècle, PUR, Rennes, 2001, pp 81-87.

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dans Le Petit frère du Rameur, un plateau de télévision avec un décor de bidonville dans Récupérations, un carrefour dans Le Carrefour et La Malaventure. On ne quittera pas physiquement cet espace-là. Ici l’auteur semble y jouer avec la limite du Théâtre, c’est-à-dire l’impossibilité de voyager physiquement durant la représentation. Tout autant que le spectateur est bloqué dans la salle, les personnages sont bloqués sur la scène. Espaces-prisons, associés au gris, au silence et au froid de la tombe ; les espaces scéniques de Kossi Efoui sont autant une affirmation de la possibilité du théâtre à investir n’importe quel espace par leur simplicité et le peu de moyens qu’ils requièrent pour être montés sur scène qu’une revendication d’un espace et d’un temps complètement autre. Dans Le Carrefour, le cycle du temps jour/nuit est remplacé par le rythme du réverbère qui s’allume et s’éteint. Il n’y a ni fleurs, ni soleil, ni saisons mais un Souffleur qui crée l’espace en allumant le réverbère, délimitant un espace par un geste millénaire. Un espace où le temps humain n’a plus raison d’être, un temps qui n’avance plus sur une ligne droite mais un temps de la répétition, de la courbe et de la distorsion. L’espace scénique se construit entre un passé dont il reste les traces physiques (le chantier du Petit frère du Rameur, qui n’est plus un studio et pas encore un nouveau bâtiment, c’est un endroit de transition) et un avenir qui définit les espaces où les personnages veulent se rendre. Ce point de bascule est aussi géographique. La pièce Récupérations n’est ni dans le vrai bidonville, ni dans l’émission de télé finalisée, on est sur le plateau, point de bascule entre réalité du bidonville et écran de la télévision, là où le réel est recomposé et transformé. Le Petit frère du Rameur n’est ni vraiment dans un espace d’arrivée (les journaux ne parlent pas de Kari, montrant la déconnexion de ces immigrés avec l’information quotidienne du pays) ni dans le pays d’origine (dont ils sont coupés, où il faut un bateau pour se rendre et dont il ne reste

que

des

souvenirs

épars).

Tous

les

deux

impossibles

à

localiser

géographiquement (dans l’enfance de Marcus, lorsque sa famille lui demandait de désigner l’endroit où ils étaient, il pointait un faux endroit sur la carte). Ainsi nous sommes dans l’entre-deux. Autant temporellement que spatialement, le théâtre de n° 1, décembre 2012

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Kossi Efoui se place en équilibre entre passé et futur, entre espace d’où l’on vient et espace où l’on va. Les forces du passé, les fantômes des anciennes histoires et la frontière (incarnée par le flic par exemple) contrebalancent les envies de mouvement vers l’avenir et un autre lieu. Le théâtre de Kossi Efoui est un théâtre

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suspendu, toujours sur le fil, comme un arrêt avant le saut dans l’abîme. Les personnages y sont à la croisée des chemins, au carrefour qui est un endroit d’arrêt, de choix, de croisement, de confrontation. Et de cet arrêt naît le déploiement des images.

Car il ne faut pas oublier que Kossi Efoui place sa démarche artistique dans une problématique sacrée : « Pour moi le sacré est très important. Je crois que nous vivons un moment où le sens de la vie et le sens du sacré sont complètement perdus. Or la culture est justement, pour moi, de l’ordre du sacré. La culture est un moyen de magnifier la vie contre l’angoisse de la mort que nous vivons quotidiennement »2. Le Théâtre prend sa source dans l’espace mortuaire et dans la présence de la mort. Car il y a une magie de la représentation et un rituel de la parole qui convoque ce qui n’est plus pour passer dans l’espace de l’imaginaire. Lorsque la personne meurt, dans certaines traditions on convoque les anecdotes de son passé, on commémore la mort en invoquant ce qui a marqué la vie. Dans Le Petit frère du Rameur, les personnages dans le chantier-sarcophage invoquent le passé de Kari, et dans cette boîte noire qui est autant une tombe qu’une caméra, ils projettent des images qui envahissent l’espace scénique et le transforment. Entrer dans cet espace, c’est entrer dans l’espace du film, de la fiction : « Marcus : {…} Un studio de cinéma, c’était. Grand comme un quartier dehors, jusqu’à la grande avenue. Et quand tu entres dans un film grand comme une ville… »3

Kossi Efoui, Table ronde « Africanité et création contemporaine », animée par Sylvie Chalaye, Université de Rennes 2, 13 janvier 1999. 3 Kossi Efoui, Le Petit Frère du rameur, Lansman, Théâtre à vif, p. 25. 2

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Et le passé devient présent, se rejoue devant nous, comme Maguy conversant à nouveau avec Kari. Cependant ce jeu marque d’autant plus l’absence et la mort de Kari, le manque de son corps qui n’est pas là mais entre les mains du Rameur, l’impossibilité d’accomplir le deuil. Une logique qui nous fait voir le théâtre de Kossi Efoui comme une dramaturgie de l’absence. Que ce soit dans Récupérations avec le décor de bidonville ou dans Le Petit frère du Rameur avec l’absence du corps de Kari, les espaces sont des leurres, des répliques qui marquent le vide plus qu’ils ne permettent de se raccrocher à quelque chose, obéissant à la volonté de Kossi Efoui de « ne plus être présent là où on est attendu, mais systématiquement donner rendezvous ailleurs, déplacer les questions ailleurs »4. Nous sommes dans l’à-côté. À côté du bidonville que l’on rase, à côté de la véritable veillée funèbre. Si ces espaces de l’àcôté semblent à l’abri du monde extérieur, cette illusion d’abri empêche une action sur l’extérieur qu’on ne peut ni bien voir ni modifier. Ces lieux ne pointent que la cruelle absence d’un corps ou d’un lieu concret. Tout échappe. Les habitants du bidonville sont impuissants à empêcher la destruction du bidonville, et Marcus, Maguy et le Kid impuissants à empêcher que la camionnette du Rameur emporte le corps de Kari. Dans cette scène, l’extérieur nous est raconté par le Kid. Il se place en observateur qui rend compte sans pouvoir agir sur ce qu’on ne voit pas. Cependant Maguy, en créant l’image de la camionnette en flammes par sa parole, crée une image qui remplit l’espace scénique et remplace l’extérieur. Kari est enterrée dans la fiction, créée par la parole et qui permet de garder le mouvement des corps. Car si Kari est morte, elle danse sur son cercueil, et son passage dans la fiction des mots lui assure un mouvement éternellement au présent qui fait de la mort une simple recréation du corps et du théâtre une énergie en éternel mouvement.

La parole possède alors un statut particulier. Elle n’est pas action au sens aristotélicien mais répétition et réminiscence. Elle est espace et temps. Elle est manifestation d’une tension corporelle, elle est chair. Lorsque les personnages Kossi Efoui, Table ronde « Africanité et création contemporaine », animée par Sylvie Chalaye, Université de Rennes 2, 13 janvier 1999. 4

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parlent, ils semblent générer des monologues intérieurs ou des anecdotes du passé qui dessinent des instants et des lieux. À chaque fois qu’un personnage prend la parole, il dessine sur la scène-écran une image qui n’a de consistance que par sa

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parole et qui sera remplacée par une autre. Ces espaces vides favorisent l’introspection et l’anecdote, ne font au fond que confronter les personnages à leur vide. Tel Dieu criant face à la caméra dans Récupérations ou Marcus tentant de parler de son film, la parole est fragmentée, répétée, malmenée, dessinant des espaces par touches. Comme Emile Lansman parlant de Kossi Efoui disant que son écriture rend compte de la fracture de l’espace géographique et mental, on remarque que les espaces ne sont jamais appréhendés dans une vision totalisante mais toujours par bouts. La plupart des pièces n’ont pas de didascalies introductives mais c’est la parole des personnages qui décrit l’espace petit à petit. Dans Récupérations au début de la pièce, l’attention est portée sur des objets, des détails qui constituent le décor et non sur une vision d’ensemble, on s’attarde sur le clou, les casseroles, le caillou, le sachet, la baraque, la banderole. Il n’y a pas de didascalie de départ qui décrit l’espace mais la journaliste en accueillant les habitants signale que c’est un décor. La parole et la perception des personnages abordent l’espace par morceaux, par petits bouts et non pas par une vision. Ce procédé pointe le caractère de dépotoir et d’accumulation de cet espace de décor de bidonville. Dans sa constitution même de lieu d’habitation construit sur des déchets et de la récupération, le bidonville empêche d’être vu de manière cohérente et ordonnée. La vision fragmentée des personnages correspond au caractère fragmenté de l’espace, cependant la somme de ces regards et de ces perceptions ne crée pas une cohérence construite mais plutôt une accumulation dénuée de sens.

L’espace est changeant, modelable par la parole et les supports médiatiques. Dans cette accumulation de perceptions qui créent l’espace scénique par la parole autant

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que l’espace du hors scène, Kossi Efoui semble mettre en place une dramaturgie des apparitions qui nous place dans une dimension mentale de l’espace. On apprend à la fin de la pièce Le Carrefour que nous sommes en fait dans la tête et les souvenirs du poète enfermé dans la prison. Le caractère hors du temps et du monde s’explique dans cet espace mental qui se rejoue à jamais. Si on élargit cette idée aux autres pièces, on remarque qu’en effet les espaces scéniques de Kossi Efoui sont envisagés comme des supports pour le développement d’espaces mentaux projetés par les personnages. La scène ne représente pas alors un support concret dans le sens où elle serait un lieu réel dans lequel l’action se déroule. Que ce soit ces ruines, ce plateau de télévision ou ce carrefour inconnu, nous sommes toujours dans des espaces symboliques et sans lien concret avec le monde réel. L’espace n’est pas à conquérir, j’avance ici l’idée que le mouvement des personnages est même inverse. Dans un espace qui est vide en lui-même et qui retient les personnages, le mouvement dramaturgique de ces derniers est de sortir de ces espaces ou de les transformer. En y projetant des histoires, des réalités, Kossi Efoui nous montre d’une certaine manière le pouvoir transformateur du théâtre dont il parle. Tout comme les personnages qui essayent de transformer les espaces morts, vides dans lesquels ils sont en convoquant des histoires et des attitudes de jeu, le dramaturge opère la même action. Les espaces de Kossi Efoui sont les espaces dont le Théâtre s’empare à chaque fois que l’acteur entre en scène : de rien, c’est-à-dire donc, d’un espace qui peut accepter toutes les constructions, le théâtre crée et délimite un espace de la représentation qui va donner à voir et à entendre d’autres lieux et d’autres temps. Et ainsi essayer de dépasser par la transformation du geste et de la parole, le lieu physique dans lequel l’acteur se trouve.

Les personnages de Kossi Efoui sont hauts en couleur, possèdent une vitalité incroyable et un verbe fleuri. Les imprécations de Dieu dans Récupérations ou l’éternelle envie de fuite du Poète sont autant de signes d’une vitalité et d’une énergie corporelle qui sont motivées par la nécessité de sortir de cet espace fermé. Au final, il crée une logique d’espace qui obéit à son axe de marronnage entendu dans le n° 1, décembre 2012

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sens d’exultation de liberté dans un espace contraignant. Si référence au nègre marron il y a, c’est bien dans ce combat pour la liberté à travers l’art dans un espace social posant sa contrainte. L’espace théâtral, scénique comme dramatique, est un

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espace contre lequel on se bat, qui n’est jamais acquis, qu’on essaye de s’approprier par la transformation. C’est cette logique, qui fonctionne autant au niveau de la représentation qu’au niveau dramaturgique, qui nous fait entrevoir qu’avec ces espaces de l’à-côté, Kossi Efoui dessine une dramaturgie spatiale qui essaye d’emmener le spectateur là où il ne s’y attend pas.

Face à la perte de la mémoire et à travers les corps mutilés convoqués encore et encore, le poète/dramaturge essaye de garder la trace et de se frayer un chemin. Le Poète déclare à la fin du Carrefour : « je suis la mémoire désormais ». C’est dans l’espace-texte que réside l’espoir d’une issue poétique. Dans l’entre-deux d’une dramaturgie africaine francophone luttant pour s’extirper des clichés et des problématiques d’origine, Kossi Efoui dessine des espaces universels de la perte et de la contrainte dans lequel l’humain fragile se débat pour transformer un monde qui ne lui convient jamais. Et c’est dans ce combat mi-religieux, mi-artistique qu’il convoque la magie et les images pour revitaliser le monde mort et déchiré.

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Bibliographie Kossi Efoui, Le Petit Frère du rameur, Lansman, Théâtre à vif. Kossi Efoui, « Le théâtre de ceux qui vont venir demain », Créateurs africains à Limoges, Notre librairie, 1993. Kossi Efoui, Table ronde « Africanité et création contemporaine », animée par Sylvie Chalaye, Université de Rennes 2, 13 janvier 1999. Sylvie Chalaye, L’Afrique noire et son théâtre au tournant du XXème siècle, PUR, Rennes, 2001. Sylvie Chalaye, « Nouvelles dramaturgies d’afrique noire francophone ou le miroir inattendu des violences modernes », in Revue d’Études Théâtrales, novembre 1999, Presses de la Sorbonne Nouvelle, Institut d’Études Théâtrales, Paris, pp 56-67.

Étudiant en Doctorat à La Sorbonne Nouvelle en Études Théâtrales, Paul Balagué est un jeune chercheur issu des classes préparatoires toulousaines. Ses études et ses champs de recherches portent sur la dramaturgie des espaces et des lieux en particulier chez l’auteur John Millington Synge qui est son sujet de thèse. En parallèle, il participe au laboratoire SeFeA (Scènes Francophones et Écritures de l’Altérité), sous la direction de Sylvie Chalaye, avec lequel il participe à des colloques et publie des articles. C’est aussi un jeune metteur en scène issu d’une formation de conte, qui, après avoir expérimenté la scène toulousaine, a créé sa compagnie : La Compagnie en Eaux Troubles, avec laquelle il explore les dramaturgies anglo-saxonnes. Cette dernière tourne dans les salles parisiennes et dans les festivals à travers la France.

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Néocolonialisme et littérature dans les pays du Sud Regard sur la Francophonie et les rapports Afrique-Caraïbe ANDERSON DOVILAS

Anderson Dovilas – Néocolonialisme et littérature

(HAÏTI – ÉTATS-UNIS)

Dans les perspectives sociétales, les faits restent déterminants et visibles, ils ont aussi leurs rôles à jouer en tant qu’entités indissociables aux concepts. FranceAfrique, Francophonie, littérature-monde, tout cela pour dire que les barons de l’histoire qui sont toujours intervenus sur la pensée et le devenir des autres ne veulent pas perdre la main-mise à l’heure de l’accélération technologique. On s’en souvient très bien du Commonwealth. Aujourd’hui Haïti est placé au cœur d’une Francophonie qui représente ce que la France aurait pu laisser à ses colonies, en termes d’institution (en parlant de la langue). Tandis que bien au contraire, cette première redevance historique montre de préférence, l’échec des rapports existant entre colonisants et colonisés. On se demande, est-ce juste de faire référence à l’histoire quand il faut analyser les relations France-Haïti et France-Afrique. Il est évident et même plausible de remonter le passé pour comprendre qu’aujourd’hui ces beaux mots ne sont que des falsifications

d’une

réalité

à

laquelle

l’hégémonie

apparaît

invisible

et

déterminante. Et comprendre tout cela, revient à questionner l’essence même de la Francophonie. En ce sens, ne serait-il pas mieux de parler de deux types de Francophonie : La Francophonie littéraire et la Francophonie politique. La Francophonie littéraire La Francophonie littéraire donne l’opportunité à des pays non francophones d’intégrer cette communauté, en passant par leurs écrivains et par certaines œuvres majeurs écrites, traduites en français. Dans ces pays-là, la littérature est beaucoup

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plus francophone que le peuple, parce que si l’on veut parler d’une population francophone, on aura à citer en général le nom de quelques grands auteurs pour justifier la Francophonie de ces nations. Et nous pouvons même prendre à titre d’exemple les pays du Maghreb (Rachid Boudejra, Tahar Benjelloun, Abdelatif Laâbi). Aussi le protectorat de l’État français qui existe au Maroc depuis 1912 a suffi pour justifier la présence de cette zone au sein de cette famille. Dans ce cas, peut-on parler de l’existence d’une littérature sur commande ? Ou du moins d’une littérature avec une double visée, les élites du terroir et les relations avec l’extérieur. Parce que la Francophonie n’a rien apporté au peuple en termes d’agir sur les effets immédiats de langage. Elle a permis aux intellectuels engagés de critiquer ouvertement le néocolonialisme et de conscientiser les gens en même temps par un message indirect sur la crise identitaire. Un problème que l’Afrique doit résoudre ainsi que la Caraïbes. Le seul fait que leurs œuvres ont été acceptées, permet aux colons de reconquérir ce lieu d’influence et de les contrôler à tout jamais. Et les grandes maisons d’édition et les prix littéraires sont deux grandes machines à contrôle en ce sens. Dans un premier temps, ils ont le pouvoir de censurer les œuvres et d’offrir d’autres opportunités à ces écrivains. Nous pouvons citer l’exil, devenir des personnalités influentes, opportunités économiques. Parfois les réflexions de ces auteurs sont tournées contre eux-mêmes en termes d’application des idées contraires dans leurs propres pays. Les approches anticolonialistes donnent d’autres approches anticolonialistes beaucoup plus madrées d’où la Francophonie littéraire permet à la Francophonie politique d’atterrir. La Francophonie politique La Francophonie politique est très complexe et voilée en même temps, on ne peut l’aborder de n’importe quelle manière. D’abord, il faut distinguer celle de l’Afrique et celle de la Caraïbe pour ne pas plonger dans la fausseté. Ensuite, il faut essayer de rapprocher les réalités de la Francophonie de cette zone en tenant compte de l’approche socio-historico-politique. Sur le plan historique, on va revenir sur les considérations coloniales, parce que les Antilles font partie de ce nouveau monde n° 1, décembre 2012

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envahi par les Européens au XV siècle. La colonisation de ces territoires a été faite à l’unanimité. Donc les Antilles ont été colonisées et n'ont pas été décolonisées, malgré les différents mouvements de protestation qui ont lieu dans cette zone. Ceci dit que la révolution haïtienne de 1804 a eu des conséquences directes sur les

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colonies avoisinantes et sur les colons qui devraient mettre en place une politique de contrôle. Les stratégies comprenaient le blocage et le dénigrement contre les rebelles, ainsi que l’augmentation de leurs effectifs pour empêcher les nouvelles pertes. Et c’est ce qui va justifier les interdictions d’échanger entre Haïti et l’extérieur pendant de nombreuses années, pour empêcher cette première république nègre, qui a posé, avant l’Afrique mère, le problème de la colonisation : de rester debout devant les autres. Donc, il a fallu à ce peuple après avoir gagné sa liberté de déclarer la guerre inconsciemment avec le reste du monde, tout simplement parce qu'on aurait dû éviter cette tragédie dans l'histoire de l’humanité, et aujourd’hui encore cette lutte est beaucoup plus acharnée avec la communauté internationale. En ce sens, nous comprenons que la Francophonie d’Haïti est une Francophonie précaire, physique, qui apparaît comme le sauveur de la création littéraire de la métropole sans pour autant épargner la Francophonie de ses contraintes d’être perdurées. Je dis précaire, parce qu’au principe de l’influence économique cette langue sera catégoriquement mise en utilisation restreinte ou spécifique. Si nous regardons les subventions et l’implémentation des projets de la France, ils flottent sur la tête d’une couche et meurent dans le cachet d’une autre et cette couche est à la fois rebelle et minoritaire, difficile à convaincre. L’intérêt d’un jeune lettré se penchera plus vers l’anglais à cause de l’invasion des ONG américaines. La France ne subventionne que les mêmes têtes. Les journaux, la correspondance administrative et la production des œuvres littéraires sont considérées des hauts lieux de la Francophonie d'aujourd’hui. On ne peut pas compter sur l’éducation unilingue, puisque des réflexions montrent que ce n’est possible en Haïti. Ceci dit, elle est en faiblesse, parce que sa mission n’est ni

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d’apprendre à lire au gens, ni de les alphabétiser, mais de préférence, de resserrer les liens de la nouvelle métropole et du nouveau colonisé (ce qui, jusqu'à présent, apparaît très claire pour la majorité des intellectuels du sud). Maintenant, regardons la Francophonie dans les DOM-TOM. Sur le plan politique, c’est une Francophonie de parenté, génétique, puisque ces catégories d’Antillais n’ont pas une identité francophone qu'à partir de l’adjectif d’outre-mer. Et s’ils voulaient se révolter en se lançant vers une quête identitaire, ils auraient le cauchemar d’Haïti comme preuve d’indépendance qui n’a pas servi à grande chose (sans oublier la communauté espagnole où la Francophonie apparaît comme l’Europhonie ou le moyen de réconcilier ces terres à l’histoire de la conquête européenne. En regardant l’Afrique, on dirait que les mêmes causes qui conduiront à l’échec de la Francophonie dans certains endroits de la Caraïbe, aboutiront presque au même résultat en Afrique. D’ailleurs, en termes de contradiction elle ne fait que les renforcer, en facilitant une distinction foncière entre les classes. Dans ce cas, on le voit comme un déjà-là qui, aujourd’hui, a été renforcé par d’autres stratégies d’emprise. En effet, mise à part des colloques et quelques rares récupérations en milieu littéraire, elle a servi à quoi ? On pourrait même affirmer que cette Francophonie devrait passer par la Créolophonie, de telle sorte que cette relation de nature historico-linguistique ne serait pas une relation de résistance et d’affrontement, mais une relation de croisière qui déboucherait sur la mise en place du bilinguisme en tant que politique de fonctionnement et de gestion d’insécurité linguistique. Vue la pertinence de la diglossie, la Francophonie ne fera jamais chaire dans certains pays de cette zone qui projette la langue seconde comme un danger pour le corps physique sociétal. D’ailleurs, il n’y a pas de Caraïbe avec des vecteurs politiques intacts et unifiés qui ne soit téléguidée par des mains invisibles, on aurait trop d’exemple à éclairer cet argument. Donc, on pourrait déjà avancer l’idée que cette contradiction est encore pire en Afrique d’où la Francophonie est allée chercher une Afrique à création francophone, au lieu de contribuer à une Afrique à vocation francophone.

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Néocolonialisme et littérature dans les pays du Sud Pourrait-on voir le livre aujourd’hui comme un vecteur culturel

hors de

l’exploitation du néocolonialisme ? Ou du moins extraire la Francophonie d’un espace politique qui lui est déterminant ? À cet effet, il faut opposer production et

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consommation. Ainsi, on aura l’impression que dans les pays du Sud, les auteurs se renouvellent beaucoup plus que les lecteurs. Par exemple les fins lecteurs de poésie sont devenus plus tard des poètes, les lecteurs de roman des romanciers. Ceci dit qu’en termes de consommation, la survie de la littérature du Sud semble dépendre en grande majorité de l’extérieur. D’ailleurs, le système des notes de bas de page, et celui du glossaire permettent à un étranger d’entrer dans le texte par le biais d'une proposition de définition mise en contexte. Outre ces préoccupations, il y a aussi la langue qui ouvre le champ à un public au-delà des frontières culturelles. En effet, si la littérature ne peut nourrir les auteurs du Sud, elle est en quelque sorte source de déverrouillage culturel et d’inspiration conceptuelle pour raffiner le dialogue Nord-Sud en termes d'ouverture et de contrôle de l'espace géolitteraire. Pour s’énoncer clairement, tous les moyens d’assujettissements d’un peuple se trouvent dans ses vérités littéraires et ceci est incontournable. Tel est le destin de cette zone qui pense à s’ouvrir sur le monde malgré ses nombreuses déchirures et faiblesses et elle bénéfice de l'autre. Il n’y a de littérature possible sans les perspectives des siècles, sans penser à l’articulation des rapports de proximité qui existe au sein de la population elle-même. Et cette littérature est aussi vraie que le chant du coq dans les mornes, que l’odeur de la tisane contre le froid, et ce message est codé, indéchiffrable, et connu par tous en même temps comme elle émane d’un langage vivant mais inconscient. Voilà toute une richesse, inexploitée par ses ayants-droits, qui fait toute la beauté de la littérature universelle, sans pour autant servir à grandchose là où elle a été exhumée. Si nous prenons l’exemple de la Négritude, de la littérature anticoloniale, de la Negro Renaissance, le dualisme exploiteur/exploité a toujours fait surface (c’est ce qui a

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ouvert la voie au néocolonialisme pour puiser d’une nouvelle méthode de domination. Et ces méthodes ont été rendues chaires dans le vide qui s’impose aux problèmes d’institutionnalisation littéraire de ces hauts lieux de réflexion critique et de remise en question de tout un système de partenariat truqué. Donc, les luttes menées par ces analystes n’ont servi qu’à renforcer la machine coloniale. À tel point qu’aujourd’hui la métropole historique est encore la métropole culturelle. Ces démarches montrent clairement qu’en lieu et place de la Francophonie, ce serait mieux de l’appeler Culturophonie car on ne peut en aucun cas mettre à l’écart les éléments extralinguistiques qui sont des véritables entités sur lesquelles le tourisme fait ses valises. Nul doute que les politiques culturelles qui se propagent un peu partout dans les pays du Sud à travers des colloques internationaux, traitant des thèmes come l’universalisme culturel, nouvel ordre mondial, multilinguisme, ne sont que des recherches d’opportunités et de métamorphoses de concept. Puisqu’on tente toujours à projeter un patrimoine, un dénominateur commun dans ce que l’on dit universel, si la culture permet de s’identifier à un groupe, de se sentir différent d’un autre, le pluralisme culturel rend la vision du monde opérationnelle avec le connu qui cherche son inconnu.

Pour les notes bio-bibliographiques voir p. 57.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Writing Oceania Paradigms of identity and insularity in contemporary poetry KÁROLY SÁNDOR PALLAI (HONGRIE)

Abstract

Károly Sándor Pallai – Writing Oceania

In the present paper, I propose a reflection on the complex structures and dynamics of identity in the Pacific region based on psycho-philosophical microreadings of poetical texts from the second half of the 20th century and from the 21st century. The article aims at underlining the poly-dimensionality of subjectivity, the possible points of transgression and defamiliarization of dominant ontological structures and interpretations in order to circumscribe the need for the reconceptualization and remapping of identity hermeneutics, for the expansion of the spectrum of query concerning the possible morphologies of identity. Literary research serves as a framework for the analysis of the resignification of the self, of systematizations of the architecture of consciousness, for the dehabituation of mental fixpoints and the delocalization of our egological representations and perceptions. The complexity of archipelagic regions, the interconnectedness of open-boundary geographies and imaginaries make Oceania a region of ontophenomenological reshaping, of a fundamental philosophical repolarization, a physical and philosophical space of expanding epistemologies.

Keywords

Oceania; analysis of identity; insularity in poetry; defamiliarizing ontology; microreadings of the Pacific

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AN ANALYSIS OF UNCONCEALMENT

In the present paper, I will analyze the characteristics and the inner dynamics of literary texts of Oceania1. I’d like to reveal the inner processes constructing, structuring and organizing the intra-textual complexity often seen and interpreted as inherent and constitutively a priori. I aim at describing the objectification of textual elements (Pallai, 2010), the emergence, happening and becoming of texts. The phenomenological approach can mediate between the pre-given state of textuality and the completion or saturation of the initial openness, which is an essential characteristic and accessibility that prepares the birth of a text and enables its presentification2 and reorganization by readers. I use the words “presentification” – “presence” in a different sense or at least on a different plane of signification than Hans Ulrich Gumbrecht (2004). The truth in the sense of Entbergung (revealing), or Unverborgenheit (unconcealment) inevitably needs our understanding (or accepting by active examination) of the pre-ontological state of presence (Heidegger, 1933/2001). The embodiment can easily be read in terms of performativity (Gumbrecht, 2004). My thesis is that a denormalization (critical destabilization) and decomposition of our onto-phenomenological and epistemic spectrum is triggered by the literature of the Pacific and the epistemic dimension of poly-structurality (White and Ralkowski, 2005). The pre-given state of textuality is read here as prototextuality or substance of content, which precedes the actualization of the text in form of textual objects3 (characters, events, points of crystallization of intertextual relations, etc.). Gumbrecht describes the typology of relations between the signified and its form by using the notions of “substance and form of content”, “substance and form of expression” (Gumbrecht, 2004). I tend to apply substance of content to speak about the pre-noematic, and in some cases about the meta-interpretative level of perception, cognition and onto-phenomenological experience. By examining the dimensions and (micro-)realities of texts, we can describe their nature as multi-potential and similar to dynamic fractal systems. Texts are n° 1, décembre 2012

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constructed temporarily in our mental horizon and seem to work with reiteration and/or modification of their elements. Each sentence, paragraph, page and chapter appears to the mind as manifestations of an intention of presentification. Each textual object is produced by the sedimentation and complexification of the text. When focusing on this aspect of interpretation, we need to complete our text-based analysis with a self-reflexive and epistemological side. We also need to be aware

Károly Sándor Pallai – Writing Oceania

not to focus our attention exclusively on the structures of meaning, but also on the structures of presence (and spatio-temporality). When I say presence, I need the support of literary texts of regions with an undoubtedly different culture of reflection and a much more non-hermeneutically and non-ontologically oriented tendency of the interpretation of being and reflexivity: cultures and societies of essentially different chronotopes (Gumbrecht, 2009). I use these texts in order not to fall prey to the allure and temptation of occidental (and especially Eurocentric) philosophical thought. I would underline (among others) the substantiation, typologization and subject-centered culture of epistemological practice.

SURFACE OF ACTIVATION: DELOCALIZATIONS TOWARDS THE MARGINS

Presence is constituted by effects of form taking shape in our mental horizon. To renew our philosophical and literary praxis, we need to see presence in a preconceptual, but still phenomenological aspect (in the process of taking shape in our mind). Gumbrecht speaks about presence as a “coming forth effacing itself and bringing itself back” (Gumbrecht, 2004). The being-in-front and the tangibility of ‘prae-esse’ need to have various layers of relationality and intentionality. A transmission and a productive permeation can exist between perception and

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meaning attribution. The vibration and fluctuation, generated by the movements of circular displacement between the surface of impression and the surface of meaning attribution constitute the complexity of being. The ceremony of ‘sua’ (presentation of an animal or ‘tapa’ cloth to an important person) generates and structures a perceptual and mental space of presence and epiphany. The performative character of presentation belongs to a transformed referentiality, to an intrinsically and extrinsically differentiated dimension of presence (Gumbrecht, 2006; Forrai, 1997). Presence is a possibility of forms, an infinity of contentual recombinations, an instability, a gravitation towards manifestation (Derrida, 1972). Presence is beingrelated, and thus it can be seen as limit-phenomena available in limit-situations to our interpretive consciousness. Presence is the availability of a transgressive mental practice, of a spatio-temporal change, a shift in our awareness. In My Urohs, Emelihter Kihleng presents us a scene of presence, of unstructured immediacy of pre-intentional dynamics: “my urohs is an isimwas feast / with over a hundred urohs hanging / from the rafters of the nahs / swaying in the breeze”4 (Kihleng, 2008: 49). We can locate the manifestation and the dynamic process of presence in the collection My Urohs. The water pounding the cement (‘Writer’s Block’), the karer tree and the pink Bougainvillea (‘ABC Ohmine’)5, the banana on the side of fish and rice (‘Pwihk O’) – even though they may seem static to the perception – offer mental spaces of intrinsic movement and pre-noetic experimentation. In the experience of visualizing the ‘urohs’ swaying in the breeze, we can seize a pre-morphologic status in the constitution of our horizon of experiences. This involvement in the generating of the basis of our phenomenological (and later ontological) understanding works nevertheless on a pre-apprehensive level (Boi et al., 2007). The poetry of Kihleng brings us closer to the self-reflexivity and the examination of the inner connectedness of our perceptions and noematic schematizations, closer to a tangible presence. This is the deictic potentiality of epiphany. In the case of the Pacific, the traces of the multiplicity and simultaneity of fragmanted domains of possibilities can be traced in poetry (and other narratives of identity). The Pohnpeian Nan Madol (meaning spaces n° 1, décembre 2012

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inbetween) symbolizes the articulation of openness as the fundamental world horizon. The immanent subjectivity of poly-dimensionality is meta-thematic as for the conceptualized (mostly western) networks of shapes of meaning. I would however refrain from using the notion of “presence culture” (Gumbrecht, 2004). The immediacy of manifestations in the pre-noematic state of poly-structurality cannot be temporalized in the word “epiphany” as Gumbrecht uses it. Vertical and

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horizontal epistemic structures present themselves simultaneously, and presence (read in poetry from authors of the Pacific Ocean) does not sedimentate in a way to create layers of thematized (western) existence. This does not exist in deep structures

of

immediacy

(‘Lost

in

focused

intensity’).

Pluri-dimensional

thematizations and the composition of a unified perspective out of geographical, somatic and mental insularity can be seen in the Pe’a (traditional male tattoo – Samoa) (Schwendtner, 2000). In the poetry of Kauraka Kauraka, we find the genesis of semantic fields of inter-subjectivation and unity. The mentioning of Manihiki and Maui-Potiki6 (Kauraka, 1985: 9-13) activate the synchronic compositional function of language establishing attached regions of referentiality to an ontological unity of the Pacific. Havaiki (ancestral homeland of the Polynesians) inscribes into the poem relations constituting meaning. These operators of identity description work in order to establish an active associative and collective horizontality of vertical segments (to create unity in difference and oneness in differenciated extensions of the present moment). These textual elements contribute to a unified reading of selftemporalization (Selbstzeitigung) and the omni- or all-temporality (Allzeitlichkeit). Fragrances, weeds and ‘tihiti’7 are instances of the self-organizing map of the world of objects. The spatial morphology of the notions and the mental factors involved in the opening of the textual architecture create interrelations between personal experiences of being and regionally isomorphic (yet still radically heterogeneous) readings of the world experience. The Pacific, in this reading, is

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conceived of as a conceptual establishment operating from the exterior, but having internal epistemic unity as well. The poetic work of Kauraka offers us transgressive points of our understanding of the construction of the world, of our presence, being and of our self-organization as systems of formal iteration and modification (Ireland and Derix, 2003: 1). Being in these poems is a “place of epiphany” without explicit manifestation of a reflexion on subjectivity (‘A negative anthropology’). The enclosed conceptual space of self-objectivation is organically attached to the dynamic space of the perceptual. This enables us to look at the genetic morphology of being as given, to gain access to the analytical and critical experience of its processuality, of its becoming. Objects of the perceptual dimension serve in Kauraka’s work as elastic pointing indexicals8 towards domains of ontological intensity. Indexicals have fixpoint9 origins in texts, but they are detached and they gain flexibility as operators of ontological aspects. These texts lend themselves easily to a dynamic interpretation of phenomenology. In this aspect, I do not focus on textual objects in their finalized or saturated status (as they take their final semantic, structural place and their position in the network of meta-, inter- and intra-textual relations) but on the process of their becoming and complexification. In this process, segments of overlapping occur. We need however, to circumscribe this phenomenon and distinguish it from the notion of ubiquity as Gumbrecht uses it. In present moment (existential) presence as in textual presence, this is not an infinite availability, not a manuscript of omnipresence or all-time availability. This applies to textual objects in their interrelatedness, segments of meta-textuality and personal being (as a conjunction of somatic and mental components)(Gumbrecht, 2010: 6-9). In this sense, each literary passage and text is a site of mental (and ontological) delocalization and potentiality, of fluctuation in our tendentiously static discourse of noematic contents (Lasserre et al., 2005: 1-5). Another way of illustrating what I would call the horizontification of textual and ontological experience and interpretation, is the example of elementary monomials. (When reading the Pacific, both in the literary and the abstract way, n° 1, décembre 2012

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instead of conceiving of the text as a set of variables structured and read in a reflexive and temporal way, we need to think of it as elements, subsets and sets of polynomials projected on what becomes an identity map). Writing (and being as an onto-phenomenological experience) is thus a mapping (and iteration, alteration, movement) of variables or sequences of variables from infinite virtual sets to ordered compositions (Ebrahimi et al., 2007: 1-7).

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What I propose here is a combinatorial identity concept10, having the features of fractal dynamics. Our tendency of operating structurations of definite summations over infinite arrays of indefinite elements can be replaced or reconceptualized by the unlearning of our habituations and by the delocalizations of our representations. As for the expression of the internal epistemic unity of Polynesia, we have the word ‘feuna’ signifying both homeland territory and placenta (Gannier, 2005). In Hingano, Konai Helu Thaman describes some symptoms of an identity epidemic (‘My Blood’), mentions the turning of the pages of foreign text books (“Island Fire”), but also the silence and the hidden secrets of the past (‘Tiare’). The longing for a fast canoe and the images of the mirrored sky function as ontophenomenological operators (Thaman, 1987: 6, 14, 30): “Pray, give me now a fast canoe / That I may join the fish of the ocean / And together we will weep / For the works of the night”. We can pose questions concerning the hermeneutics of facticity. The destabilization of our ratiocinatively oriented presence works by the shift structures of physical scripting (Pirastu, 1996: 18-36). The scenes and imagery of presence subvert our categories and taxonomic determinations inscribed in the western philosophical tradition. We witness the liberation of the sign, the disclosure and unconcealment of opaque and dense conceptual complexifications. Texts operate as destabilizing components in order to outline the basic dynamics of the disclosure of our mental

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fixations: “we weave intricate patterns / around each other / making a tapestry of silent songs / we listen to each other’s dreams / pause then listen again” (Thaman, 1987: 58). Facticity and the characteristic (interpretative) operations of being are disrupted in their phenomenologically and noematically oriented flow. Silence, as a form of extension of discourse, or rather the interrogation (differentiated polarity) of the pause creates a space of particular temporality, a temporal singularity. Identity is constructed by temporal and non-temporal instances. When we refer to the conceptual sequences of the mind, to the formal and contentual mental processes opposed to the post- and/or pre-structural moments of discontinuity, silence signifies an architectural hiatus, or a different tissue of temporality in the paradigm where we conceive of time assigning visual units to the processuality of contentual phases. When taking the concept of “chronotope” in Gumbrecht’s reading, we need to underline that it exists only in terms of continuity and transgression between continuities. Chronotopes are constructed by spectrums of units of complexity (second, minute, hour) related between their boundaries and limitations. Units of silence and the interplay of segments of non-temporality do not fit into this paradigm. There is a need of decategorization and reconsideration of modality concerning the performative time of mental production to be able to attribute a place to other kinds of temporalities. Do domains of non-productive sequential form make time invisible of inexistent? Can we think of time between units of production of signification as generating an absence, or do we only have to let go of our noematically expropriated understanding of presence, time and chronotopes? Can the ‘dramatische Stagnation’ phrased by Gumbrecht be the signal of the inadequateness of our chronotope which can’t reflect on other kinds of temporal experiences or its own conceptual restrictions and deficiencies? (Gumbrecht, 2007: 35; 2010c: 60-64). What we see is a dissolution of dyadic oppositions (conscious-unconscious, intentional‒non-intentional components of consciousness). The efforts of n° 1, décembre 2012

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philosophical thought to render contents visible and seizable to the mind fail at the onto-phenomenologically unstable structures of signification that we find in the poetry of the Pacific. There is a subversion of intentionality, mental spatiality and temporality. Identity is not instituted, but installed through presence, saturated by implicating differentiations and possibilities (Butler, 1993: 7-10). Literature becomes the framework of the resignification of the self, of the de-/re-

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materialization of the experience. The systematizations and the architecture of our consciousness (and of our concepts about being) are contested and destabilized by the discursive excess of presence and individual singularity appearing in a resignified temporality. The immediacy of our relation to our exteriority (previously absorbed by abstractions) is restored by the action of being present and attached to multiple facets and manifestations of reality: “you and i like waves will be / free to join the sky at sea” (‘Like Waves Will Be’) (Descombes, 1979: 29-36). The dehabituation of our gnoseologically (related to the philosophy of knowledge) and metaphysically oriented being leads us to a critical understanding of our theoretic worldacquisition, of our apperception and comprehension of the tangible dimensions of the world. Texts can lead us back to the differentiable nature of the matrix of our perception of objecthood and subjectivity. Certain textual places are capable of disorganizing our semantic horizon as well as of redefining the axis and metric of our conceptualizing activity by interpretative displacements. Texts, in this reading, are emerging membranes, or spatial densifications of transgression, restructuring fluctuations deregularizing and transforming mental fixpoints. Fixpoints denote monic domains and singular points of confinable forms of intelligible structure. The emergence and becoming of the text can be interpreted as the dynamization of textual elements by the formulations, approximations and processes of the mind. The text appears to the consciousness by its mental and corporeal genesis (effects of sound having a physical dimension) (Montero, 1987: 154-56).

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Trough and in this poetry, we are inscribed in the horizon of the intelligible structures of objects and objectivity. Our relation to the world of objects and presence works on a pre-reflexive and supra-temporal level. A phase transition operates by textuality, which interrupts the noetic flow and installs a transformed relationality to hyletic contents (sensuous contents of the determination of an object). We need to reexamine our cognitive and epistemological orientation in relation to textuality (Toronyai, 2001: 1-10). The world of objects and of presence (exempt from mental over-determination) is presented to us as a set of complex and structured entities present in our intentive processes preexisting formal ontological expressions and categorizations and not admitting volitional and conceptual reductions.

Entropy and anisotropy as fields of phenomenological rescaling: an ontology of immediacy

The analyzed poetic works sketch a multi-positional approach, where we experience a friction in the noematic substrate performed in order to renew our ways of objectivation and the opacity of our presence-oriented being. Scenes and objects presented in these poems appear to be non-contingent. The singular points of their presence suggest that their being is optative, but their temporal career posits them as being of non-changing character. Scenes, descriptions and objects are super-textually interconnected and stratified in their relationality positing themselves in the form of objectivated objects with intentional but intuitive-natural presence. They establish the meta-phenomenological continuum functioning as a contextual instrument and a thematic field to create moments of digression and entropy. Thereby, the ontological structure of entities is re-presented, and the immanent dynamics and fluctuations of literary texts outline a continuum-based approach of metaphysics and ontophenomenology. Makiuti Tongia evokes the Avatiu stream and the guava trees (‘I Remember’) and Avaiki11 (‘Outcast’). ’Ora’, meaning living time, is more closely related to the processual composition of the internal architecture of phenomenology than to the n° 1, décembre 2012

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noematic contents of consciousness. Scenes of description generate sequences of operators occurring at successive instants in the text (Omnès and Sangalli, 1999: 163-79). The changes that redefine relations to the ‘marae’, ‘kikau houses’, ‘umu’ and ‘kai’12 belong to the epistemologically and intentionally conditioned and formalized temporality, but certain components of the ‘ora’ generate stationary and movable states of a proto-temporality and intuitive topology.

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In Ruperake Petaia’s poetry, a department store (‘Blue Rain’), a market place, an ‘oso’ or a ‘tiapula’ (‘Change’) can take this function (Petaia, 1980: 1, 5)13. The textual body is instrumental in installing a mereological bridge between the spatiality of the perceptual (phenomena of simple mental construction) and the eidetic (in the sense of plastic givenness in thought) (Fazekas, 2004). The presence factor of being, fixed in literary texts, contributes to a remapping of our ontological morphology. These poems allow us to redefine the continuity and characteristics of our phenomenological interpretation, and enable us to perceive a representation of the state space of possibilities in the substantially multi-dimensional reality of the Pacific taking shape. The substrate of our epistemological schemes and the gnoseologic components of our ontological consciousness operate by perceptual-genetic dimensions of the objectual immediacy, immanent in this poetry. Instead of an interpretative stress on volitional structures, transformative textual components function as attractors in a proprioceptive discourse of a redefined ontology.

EXTEROCEPTION AND TRANSPARENCY IN A PHENOMENOLOGY OF IMMEDIATE GIVENNESS

We see in this writing the contours of the contingent superstructure of a protoepistemic reality. Descriptions define a space of instability, where monic tendencies

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of formalization and metaphysical meaning attribution are delocalized from their regulatory discursive center: “Most of the world’s space is mine / Living creatures live and enjoy / They hide within my immense belly / Their home for the better / and for the worse.” (Kolia, 1988: 55). The egological structure in this passage of Fepai Kolia is part of the semantics of the extension of interoception by an ostensible definition of an inter-subjective social space. This is the realization of a transgression of limitative sets of ontologies and the emergence of poly-perspective possibilities of thematization and conceptual sedimentation. The switch to macro-phenomena (compared to the intrinsic components) entails entities that are articulated as domains of potentiality (on a conceptual level) and take part in the creation of spaces of self-expropriation and praxiological

analysis

(examining

mental-psychological

and

kinesiological

components of action). The synergy of spatial, temporal and mental factors seems to result from an inherent superpositional (overlap of entities) matrix and it explicitates the need of a reactualization and formal description of an onto-phenomenological and existential hermeneutics (Leonzi, 2009: 79-84). The epistemic instruments serve the explicitation of conceptual structures and of the derivational mechanisms of the formalization of ontologies. If we do not generalize and homogenize, but we take the instances of singular representations of entities (in the present case be it ontological) separately, we can speak of a phenomenological history/histories of formal systems. In this sense, I use the plural form of the word: “Dreaming of a bright tomorrow for tomorrow / My tomorrow for tomorrow still / shaping up” (‘Tomorrow for Tomorrow’). The multi-dimensional and poly-structural Oceania dynamizes theoretical state spaces, instituting thereby new possible states of knowledge and onto-epistemic rescaling (Bokulich and Jaeger, 2010: 189-204). In ‘Lost Reality’, the ‘sua’ ceremony appears as an axiological (study of value-oriented contents) factor of actuality. Its central position endures a considerable loss of importance. The telos seems contingent and the complexity of the traditional mental space is enfeebled: “My sua was presented. / … / One percent native culture. / Ninetynine percent n° 1, décembre 2012

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alterations / … / A symbol only / A mingle of cultures / A mess of ideologies / A lost reality”(‘Lost Reality’).

RECENTERING THE LIMINAL: POLARISATIONS OF ONTOLOGY AND

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PATTERNS OF INSTABILITY

Instability is read here as a multiplicity-state of differentiable notional nuclei, susceptible of generating transformational shifts reshaping our ontoepistemic configurations. There is a spectrum of query in the becoming of the structures of the self in the episteme of Oceania. We need to see that the externally rhetoricized designation of Pacific Rim is merely a pseudo-reality, a confining designation creating a surface of passivation to cover (among others) considerable parts of South-East Asia and Oceania (Dirlik, 1998: 15-20, 53-65). This inhomogeneous gnoseological vacuum renders more difficult the definition of an open-ended, dynamic mental space (Spinelli, 2005: 92-113). The naming of the self is an ontic realization, an auto-poiesis, an establishment or conscientization of a spectrum of coherence in self-definition: “the tale i tell is my own / theirsyours / a way of seeking some more / of Sāmoa / of my sacred centre / … / timeless mysteries / … / spaces of silence / telling lives” (Marsh, 2004). The flexibility, residing in the space of appearance and emergence of (owned) self-constructs, affects the scope of the potential space of selfapproximation by hybridization and overlaps. Textual onto-genesis can be located in textual instances that hypostasize moments of self-definition and executes processes of mental entities and dispositions defining identity: “She wants answers / what-whom-where” (AustraiKailo, 2004), “Everyone eats up to their elbows / … / Bring us a bowl of water / a cloth / to wash our hands.” (Avia, 2002), “Where is the Ni-Vanuatu girl? / … /

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listening to dekudekuni / weaving baskets and mats / … / Playing the kurukuru duele / singing tutu tutu gwao / sitting quietly on a mat”14 (Aru, 2004). In my reading, the reconsideration of self-constructs is a textual event in its written manifestation, and singular points (in this onto-processual approach) are textual objects. Their emergence creates sub-sets and sets of ontic manifestation, and by means of this mereological system15 (relations of parts and wholes) a transubstantiation (onto-textuality: text – being) operates and attributes existential corpus and meaning to the indexical devices (textual objects) of the text. The narrative protocols are thereby by-passed by the very (onto-epistemo-genetical) nature of textuality (Hereniko and Wilson, 1999: 1-9, 381-85).

TRANSITIONS, TEXTUAL RETENTIVITY OF IDENTITY PATTERNS

When we try to get to a conclusion, we need to see, that the structural and process-based analysis of our lives (and its manifestations in/through literary texts) can take the shape of a doxastic, epistemological approach. These approximations, however, are not coextensive with the inherent, existentially oriented textual domains. Textual objects function as parameters of binding, creating the attachment between textual operators and the spectrum of existentially-based manifestations of being (Rahman, 2009: 274-281). Thereby, the text is read as a set of possible projectors serving as generating points of a continuum of singular instances of instantiation. The text is the indexical subset of possible existential values16, shaped by manifestation, pointed to by textual objects: “By your own seeds unknown, / … / Lifeless, helpless, cruelly defaced. / … / The sands of Point Cruz trembled, / The palms of Nukapu blooded” (Habu, 1975). In the poetry of Konai Helu Thaman, we can seize the nature of the orientation of focal objects (textual indexicals) and the field of manifestation (evolution of ontophenomenological possibilities): “So come with me sister / Let’s take a chance and make the break / After all, we cannot all go back / To the land.” (Thaman, 2000: 6). n° 1, décembre 2012

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In literary texts of the oceanic imaginary, we find multiplicatives and recombinations, delinearizations of confining conceptuality and the emergence of extending epistemologies (Subramani, 2006: 1-9; 1999: 1-3): “perhaps the ground / made it possible to live / among the trees / … / lives lived under / clear skies defy / the flavor of storms” (‘Living Among the Trees’), “today it rained and rained / as if it’s never rained before / as if the rain / was leaving its cage / opening to the

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world / through the tears / of the sky” (‘Tango-I-Onehoko’) (Thaman, 1993: 9, 13). We also need to reflect on the conditioning of space as a mental construction and the vectors of our hermeneutical interpretation of the substance of the episteme of the ocean. Fracturing models of linear, discrete understanding cannot preserve and integrate the complexity and intrinsic mobility of the oceanic epistemological continuum17 (Meyer, 2001: 1-3). In ‘Ōlelo Hawai’I’ ‘ho’omaopopo’ means to understand, recognize, comprehend, but also to identify and conceive. In the gnoseology and entelechy present in (or invoked by) literary texts of oceanic regions18, we can see actualizations of dynamical ontological dispositions (Cannavo, 2009: 9-14). The literary field (or spectrum of multitudes) of Oceania comprehends an immanent variable actuating an open-ended entelechy and a facilitative modulation in the structure of our perception and mental operation (Bell, 2004: 1-4). The mental spatiality of Oceania is an affirmative peculiarity of archipelagic regions in the Pacific (e.g. Melanesia): the textual instances of identity function as operative pointers saturating possible loops of interconnection between scripts of reality (phase of textuality) and onto-epistemic/corporeal manifestations of flexible (conceptual dimension) or tangible form (physical dimension) (phase of instantiation). The instantiating movements of textual state vectors create open-boundary conditions of an epoche of hermeneutical resignification: “half-flown moons / and circling half planets / deep in the concentric circles / of my tormented conscience /

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… / the fiji times lies crumpled / … / and there is an uneasy / feeling of uncertainty” (Mati, 1980), “foraging the common refuse / for a canefield and a wooden house / … / you clear the clog of camphor / from your nasal passages / breathing gently from memory to memory.” (Mishra, 1995), “Samoans had taken the sea’s friendship for granted / … / Free phone calls to Samoa (But only one Samoa)/ … / Solomon says / Viti says / Niue says” (Teaiwa, 2010). We can read the hypostasis of a spatio-temporal delocalization of our legibility of onto-phenomenological processes of transfer and translation (Tymieniecka, 2009: 312-17): “Vanuatu / our land / in perpetuity / our people re-born / for eternity. / … / Vanaaku Vanuatu.” (Molisa, 1983: 7). The episteme of Oceania does not only have a regional unity in terms of identity and narrative discourse, but also represents a productive phase space19 of gnoseological, existential and onto-phenomenological reshaping, of a fundamental philosophical repolarization (Subramani, 1992: 83-90; Hau’ofa, 2008: 41-44): “Oceania is vast, Oceania is expanding, Oceania is hospitable and generous, Oceania is humanity rising from the depths of brine and regions of fire deeper still, Oceania is us. We are the sea, we are the ocean” (Hau’ofa, 2008: 39).

ACKNOWLEDGEMENTS I would like to express my gratitude to my dissertation supervisor, Dr. Réka Tóth (ELTE BTK) for her advice and help. I have also benefited from discussing this work with Prof. Dr. János Polónyi (University of Strasbourg), Prof. Dr. Géza Kállay (ELTE BTK) and Dr. Viktor Malárics. I’m also thankful for the observations of Dr. Elizabeth DeLoughrey (UCLA). This article could not have been written without the financial support of the research grant TÁMOP-4.2.2/B-10/1-2010-0030/1.4 (Tendencies of changes of linguistic and cultural identities).

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Károly Sándor Pallai is a PhD student at Eötvös Loránd University - Budapest. He consecrates his research to the contemporary francophone literatures of the Caribbean, the Indian Ocean and the Pacific. Focusing on the intercultural and interdisciplinary, he publishes articles on the literature of the Seychelles, Martinique, Mauritius, on the enriching relations between system theory, natural sciences (quantum physics), philosophy, psychology and literature. He’s a member of AIEFCOI (International Association of French and Comparative Studies on the Indian Ocean – University of Mauritius), of ISISA (International Small Island Studies Association – University of Hawaii) and of SICRI (Small Island Cultures Research Initiative – Southern Cross University, Australia). He’s the conceptor, founder and editor in chief of the international electronic review of literary creation and theory Vents Alizés, created to assure an open access diffusion of the literatures of the aforementioned regions. The primary aim of the review is to establish and nourish lively contacts between the oceanic regions of the French language, between the literatures of the oceans. He’s also the creator and founding director of the electronic publishing house Edisyon Losean Endyen. Engaged for the diversity of imaginaries, heritages and for innovation, Edisyon Losean Endyen was created to improve the accessibility of the literary production of the Indian Ocean, the Caribbean and the Pacific. He’s a member of the editorial board of the Seychellois literary review Sipay. He writes and publishes poetry in French, English, Creole, Hungarian and Spanish. His collection of poems "Soleils invincibles" was published in 2012 and his play "Mangeurs d'anémones" has just come out (Éditions Arthée). website: http://pallaikaroly.com

NOTES 1

I use the term to underline the intrinsic epistemic unity.

The word is used here to refer to the substantially indicative, open-ended process of textual unconcealment outlining gradually more and more complex and formally concretized ontological manifestations. 2

textual elements objectified and phenomenalized in the processuality of textual becoming (the structuration and mental complexification of the text and its appearance as a finalized written entity) 3

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meaning of words (Pohnpeian - Micronesia): isimwas (new nice house), nah (hut with a U-shaped platform hosting the ceremonies) 4

karer (Pohnpeian word for lime), Bougainvillea (flowering plant native to South America, named after French Navy explorer Louis Antoine de Bougainville) 5

Polynesian character of narratives, also known as Maui-tikitiki-o-Taranga “kia rongo akahou te ao nei / i na fakahiti o te Ika-a-Maui-Potiki / no Havaiki mai!” – “so the world will once again hear / tales of the Fish-of-Maui-Potiki / from Havaiki” 6

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butterfly fish (Zanclus canescens)

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a deictic element pointing towards textual objects, onto-phenomenological or mental entities

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invariant point, mapped to itself by a function

with special regard to the combinatorial aspects of identity as a dynamic system, having characteristics that can be modelled approximately by group theory, fractal dynamics and chaos theory 10

the entity referred to as the legendary homeland of Polynesians – Savaii (Samoa), Raiatea (French Polynesia), Hawaii (USA), Avaiki (Cook Islands), Niue, Hawaiki (New Zealand) 11

meaning of words (Cook Islands) – marae (sacred meeting ground), kikau houses (coconut leaf thatching), umu (earth oven), kai (food) 12

meaning of words (Samoa) – oso (planting stick), tiapula (stem of the taro plant [Colocasia esculenta]) “schools now / teaching us living / with pens and papers / no more with the ‘oso’ and ‘tiapula’” (“Change”) This concept of time as an agent of change is similar to the paradigm of chronotopes used by Gumbrecht. 13

meaning of words (Vanuatu) – dekudekuni (custom stories), kurukuru duele, tutu-tutu gwao (traditional games) 14

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with emphasis on meronomic relations in set theory and its adaptations to the study of identity

16

set of possible existential values of ‘hors-texte’ manifestation and instantiation {Ev}

The discrete geographical and mental pattern of archipelagos has continuum-like domains manifesting through structures of divergence. This enables a differentiation and conceptual recombination, while creating a spiritual and epistemological continuity. 17

I refer especially to the Caribbean, the Indian Ocean and the Pacific Ocean as spacially polystructured, receptive literary fields that contribute to the reparametrization of our theory-laden ontoepistemic and hermeneutic phase space. 18

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in mathematics and physics: a space in which all possible states of a system are represented

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Károly Sándor Pallai – Writing Oceania

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Károly Sándor Pallai – Writing Oceania

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Sophie Lartaud Brassart - France

© Sophie Lartaud Brassart À détacher, 2013

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Lectures VENTS ALIZÉS A REÇU ET RECOMMANDE LES ŒVRES ET OUVRAGES SUIVANTS

Lectures

Julia Kristeva : Kezdetben volt a szerelem Pszichoanalízis és hit Traduction hongroise de « Au commencement était l’amour : Psychanalyse et foi » Traduction par Réka Tóth (Beszéd és szubjektum a pszichoanalízisben, Hit-hitetlenség, Credo in unum Deum, Az analitikus elengedése: van, aki analizálhatatlan?, Nihilizmushoz vezet-e a pszichoanalízis?) et János Róbert Kun (Felszámolhatatlan illúzió, Credo, A szexualizálódás, Gyermekek és felnőttek) Ouvrage soutenu par l’Institut français de Budapest Éditeur : Napkút Kiadó Lieu et année de parution : Budapest − 2012 ISBN : 978-963-263-286-5 Nombre de pages : 95 Magie Faure-Vidot : Rêves créoles Née à Victoria, aux Seychelles, Magie Faure-Vidot a découvert la diversité et les richesses du monde lors de ses séjours : Italie, Liban, France, Gande-Bretagne. Elle est lauréate de plusieurs prix locaux et internationaux dont la Coupe de la Ville de Paris, la Lyre d’honneur, plusieurs médailles d’argent et de bronze avec mention. Elle est la directrice de publication de la revue seychelloise Sipay, co-directrice et co-fondatrice de la revue littéraire électronique Vents Alizés, de la maison d’édition électronique Edisyon Losean Endyen et présidente du Club Maupassant. Le présent recueil reprend, dans l’ordre chronologique, des poèmes choisis qui correspondent aux thèmes principaux de l’œuvre et présentent la production poétique de trente ans. Éditeur : Edisyon Losean Endyen Lieu et année de parution : Victoria − 2012 ISBN : 978-999-31-846-0-7 Nombre de pages : 73 PARTAZ

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Chamoiseau : Valamikor hajdanában Mesék Martinique szigetéről Traduction hongroise de « Au temps de l’antan » Traduction sous la direction de Réka Tóth et János Róbert Kun (par Réka Tóth, János Róbert Kun, Anna Jeges, Balázs Tárczy, Róbert Nagy, Károly Sándor Pallai, Tímea Ocskai, Gáspár Gödölle, Lilla Horányi) Ouvrage soutenu par l’Institut français de Budapest et par l’union des étudiants de l’Université Eötvös Loránd de Budapest Éditeur : Napkút Kiadó Lieu et année de parution : Budapest − 2012 ISBN : 978-963-263-273-5 Nombre de pages : 90

Éric Borgniet : Ulysse, errant dans l’ébloui Troisième volet d’un ensemble commencé avec Autoportrait au suaire (2001) puis poursuivi avec Ce fragile aujourd’hui (2007), Ulysse, errant dans l’ébloui est une figure de la confrontation à l’ « inguérissable » : Ulysse n’est plus ici l’individu enfermé dans une situation de guerre, de conflit, ou d’exil, il est l’homme des « grands cataclysmes intérieurs ». C’est de ses propres déchirures qu’il souffre, de son incapacité à adhérer à sa vie, et la violence qu’il évoque est l’expression d’un mal-être d’autant plus impossible à surmonter qu’il n’offre aucune prise. Échoué et sans repères dans une existence dont il ne comprend guère le sens, il est le survivant d’un naufrage intérieur. De même que le Minotaure des contemporains est devenu le monstre que Thésée porte en lui-même, la guerre à laquelle se confronte l’Ulysse d’aujourd’hui est celle de cet exil intérieur. Cet Ulysselà ne peut lutter contre l’irrémédiable. Il n’a d’autre vis-à-vis que lui-même et l’incompréhensible vacuité de l’existence. Pas plus qu’aucun de ses prédécesseurs dans le siècle, il ne tire de gloire de son parcours dans la débâcle, mais il est au cœur même de ce qui les rassemble tous : la fragilité de l’humain. Myriam Watthee-Delmotte Éric Brogniet est directeur de la Maison de la Poésie et de la Langue française et du Festival international de poésie Wallonie-Bruxelles à Namur (Belgique). Il a publié plus d’une vingtaine de livres salués par de nombreux prix littéraires. Éditeur : Le Taillis Pré Lieu et année de parution : Châtelineau − 2009 ISBN : 978-2-87450-037-4 Nombre de pages : 140 n° 1, décembre 2012

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Lectures

Éric Borgniet : À la table de Sade Éric Brogniet a écrit, entre 2000 et 2010, un certain nombre de grands poèmes, dont plusieurs furent portés à la scène ou donnèrent lieu à des performances publiques, comme les Géométries de la fièvre. D’autres encore furent publiés sous forme de livres d’artiste ou d’édition de luxe à tirage limité. La présente édition en reprend le texte complet assorti d’une importante partie d’inédits récents. Dans ce nouveau territoire d’une œuvre par ailleurs toute empreinte du questionnement de la condition humaine, Brogniet met en scène le désir comme processus infini de rencontre, de dépassement de soi, de maîtrise et de liberté. Éric Brogniet est l’auteur d’une importante œuvre poétique comptant une vingtaine de livres publiés à ce jour et saluée par de nombreux prix littéraires. Il est également un critique respecté et dirige à Namur la Maison de la Poésie et de la Langue française Wallonie-Bruxelles. En 2010, il a été choisi pour succéder à Fernand Verhesen, au sein de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Éditeur : Le Taillis Pré Lieu et année de parution : Châtelineau − 2012 ISBN : 978-2-87450-061-9 Nombre de pages : 177

Amedeo Anelli : Contrapunctus Amedeo Anelli è nato a Santo Stefano Lodigiano nel 1956, ma dallo stesso anno residente a Codogno, si occupa di poesia, filosofia e critica d’arte collaborando con artisti, centri culturali, organizzando numerosi cicli di mostre ed altre manifestazioni. Ha pubblicato numerosi cataloghi, libri d’arte con artisti di fama internazionale, libri d’artista ed opere di divulgazione. Più volte invitato da istituzioni pubbliche e private per convegni ed incontri. In campo letterario ha numerose pubblicazioni in periodici e volumi, sia poetiche sia di critica letteraria (Annino, Bacchini, Cagnone, Marcheschi, Neri, Oldani, Boccardi, Giuseppe Pontiggia...); fra le riviste ha pubblicato in: “Schema”, “L’incantiere”, “Concertino”, “Il rosso e il nero”, “Iduna”, “El Indio del Jarama”, “Poiesis”, “ClanDestino”,“Testuale”, “Qui” “Gradiva”, “Incroci”... Ha pubblicato le raccolte poetiche: Quaderno per Marynka (Polena, Milano 1987), 12 poesie da Acolouthia nell’Annuario di Poesia 1997 di Crocetti, Acolouthia (I). Omaggio ad PARTAZ

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Edgardo Abbozzo (Vicolo del Pavone, Piacenza. 2006). Ha curato la raccolta Poesie diverse del poeta lodigiano del Seicento Francesco De Lemene (Polena, Milano, 1987 e nell’Annuario di Poesia 2002 di Crocetti. Ha pubblicato per l’editore C.R.T di Pistoia il volume di critica e teoria delle arti visive Novanta. Verso un’arte di pensiero (Pistoia, 1999). È presente nel volume di critica su Giampiero Neri a cura di Silvio Aman, Memoria, Mimetismo e informazione in “Teatro Naturale” di Giampiero Neri, Milano Edizioni Otto/Novecento, 1999 e in quello su e di Guido Oldani, Indispensabile poesia, Melegnano, Torpedo Edizioni 2006. Inoltre nelle antologie di poesia a cura di Daniela Marcheschi, Terra gentile aria azzurrina, poesia italiana, Trieste, Einaudi Ragazzi, 2002 (rist. 2007), Tutto l’amore che c’è, poesia italiana, Trieste, Einaudi Ragazzi, 2003. Ha tradotto l’opera dei poeti russi Arsenij Tarkovskij (Via del Vento 1998, Poeti e Poesia 2004, Incroci 2009), Osip Mandel’štam (Via del Vento 2005) e Boris Pasternak (I luoghi dell’Infinito 2008), e curato i volumi L’urgenza della luce. Cristina Campo traduce Christine Koschel (Le Lettere 2004), e gli Scritti sull’Arte di Remo Pagnanelli (Vicolo del Pavone 2007). Nel 2008 ha scritto: Alla rovescia del mondo. Introduzione alla poesia di Guido Oldani, LietoColle. È presente in numerose antologie fra le recenti: 70 poesie per Don Mazzi a cura di Ivano Malcotti e Giovanni Bandi, Luca Pensa Ed. 2004, Pace e Libertà la battaglia delle idee, AIASP 2005. È membro dal 2000 del Corpo Accademico dell’Accademia di Belle Arti “Pietro Vannucci” di Perugia. Ha fondato e dirige dal 1991 la rivista internazionale di poesia e filosofia “Kamen’” e dal 2009 fa parte del comitato scientifico internazionale della rivista slovena Poetikon. È recensore del “Cittadino” quotidiano del Lodigiano e del sud Milano. Suoi scritti sono tradotti in russo, francese, svedese, tedesco, inglese e portoghese. Éditeur : LietoColle Lieu et année de parution : Faloppio − 2011 ISBN : 978-88-7848-637-9 Nombre de pages : 37 Amedeo Anelli : Alla rovescia del mondo (Introduzione alla poesia di Guido Oldani) « Amedeo Anelli, nel saggio Alla rovescia del mondo Lietocolle, 2009, prende in esame, in modo molto accurato le tre principali raccolte di Guido Oldani Stilnostro, Cens, 1985, Sapone - in Kamen n 17, 2001, Il cielo di Lardo - Mursia, 2008 e la plaquette La betoniera Lietocolle, 2005. Il volume è corredato da un bibliografia critica. » Poiein Éditeur : LietoColle Lieu et année de parution : Faloppio − 2010 ISBN : 978-88-7848-453-5 Nombre de pages : 83

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Lectures

Amedeo Anelli : Qui sto e tu ? (Interrogazioni sulla poesia di Roberto Rebora) Amadeo Anelli e’ nato a Santo Stefano Lodigiano nel 1956, ma risiede a Codogno (Lodi) fin dall’infanzia. Si occupa di poesia, filosofia e critica d’arte collaborando con artisti, centri culturali, organizzando numerosi cicli di mostre ed altre manifestazioni. Ha curato, oltre a numerosi cataloghi di artisti internazionali, i volumi L’urgenza della luce. Cristina Campo traduce Christine Koschel (Le Lettere, 2004), e gli Scritti sull’Arte di Remo Pagnanelli (Vicolo del Pavone, 2007) e, sempre di Christine Koschel, Nel sogno in bilico (Mursia, 2011). Nel 2008 ha pubblicato presso LietoColle Alla rovescia del mondo. Introduzione alla poesia di Guido Oldani. Ha fondato e dirige dal 1991 la rivista internazionale di poesia e filosofia « Kamen’ » e dal 2009 fa parte del Comitato Scientifico internazionale della rivista slovena « Poetikon ». È recensore del « Cittadino », quotidiano del Lodigiano e del sud Milano. Nel 2012 ha assunto la direzione artistica del Primo Internazionale « Giuseppe Novello » per la satira e il disegno umoristico. I suoi testi sono tradotti in diverse lingue. Éditeur : ZonaFranca Lieu et année de parution : Lucca − 2012 ISBN : 978-88-97025-05-4 Nombre de pages : 54

Margherita Rimi : Era farsi (Autoantologia 1974-2011) Bambini i protagonisti della raccolta di poesie Era farsi della siciliana Margherita Rimi, fra l’altro neuropsichiatra infantile, appassionatamente impegnata nella tutela dell’infanzia e nella cura dei bambini offesi. In questi versi trentennali della Rimi, in un linguaggio poetico che colpisce con la sua agile semplicità e verità disarmante, per la prima volta risuonano non solo gli echi rassicuranti di ogni infanzia serena ma anche la voce dolente e inquietante dei bambini che hanno subito abusi e violenze sessuali. L’autrice guarda e vede il mondo dagli occhi stessi dei bambini, un mondo a volte feroce e cinico, di maltrattamenti e di paure, di ferite et malattie. Eppure dei bambini violati l’autrice sa cogliere anche tutta la purezza e l’innocenza : la bellezza. PARTAZ

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Nel costruire la sua Autoantologia, Margherita Rimi consegna anche in viaggio attraverso la propria infanzia e giovenezza, per poi approdare ai testi della maturità dove emergono gli affetti e la forza dei legami familiari, la tensione di alcuni temi etico-sociali, ma anche di una visione ironica della realtà. Une poesia a tutto tondo, che propone pure testi in una lingua siciliana scabra, e versi di omaggio a Pirandello, messi a conclusione del volume, quasi a riaffermare la continuità tra passato e presente della letteratura negli interrogativi che il male non cessa di sollevare. MARGHERITA RIMI è nata a Prizzi (PA) e risiede in provincia di Agrigento. Poetessa, medico e neuropsichiatra infantile, svolge da anni una intensa attività di prima linea per la cura e la tutela dell’infanzia e dell’adolescenza, lavorando in particolare contro le violenze e gli abusi sui minori e a favore dei bambini portatori di handicap. Tra le sue raccolte di versi, sono da segnalare : Per non inventarmi, prefazione di Marilena Renda (Castelvetrano-Palermo, Kepos, 2002), La cura degli assenti, prefazione di Maurizio Cucchi (Faloppio, LietoColle, 2007). Éditeur : Marsilio Lieu et année de parution : Venise − 2012 ISBN : 978-88-317-1233 Nombre de pages : 192

Philippe Boullé : The Raison d’Etre « SEYCHELLES – In this microcosm, my islands, the Greater World crystallizes as would the seasons into an eternal summer, and the fog and mist of the big cities into a clear, blue and transparent sea » Éditeur : Craft Print International Ltd. Lieu et année de parution : Singapour − 2010 ISBN : 978-999-31-9-002-8 Nombre de pages : 103

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Philippe Boullé : Meditations Philippe J. R. Boullé was born in the Seychelles in 1950, was educated at the Seychelles College and lived in Port Launay, Mahé where he spent his youth before leaving for further studies abroad. Throughout his life, despite living in several parts of the world at various intervals, he has always returned to his beloved Seychelles where, as a young lawyer, he set up his law firm through which, to this day, he’s been thriving to bring justice and democratic values in the life of the nation. Éditeur : Limburgsche Post Lieu et année de parution : Beegden − 2007 Nombre de pages : 84

Kamen’ – Rivista di poesia e filosofia n°35 – June 2009 Directeur responsable : Amedeo Anelli Éditeur : Vicolo del Pavone Lieu et année de parution : Codogno − 2009 ISBN : 978-88-7503-105-3 Nombre de pages : 116

Kamen’ – Rivista di poesia e filosofia n°36 – January 2010 Directeur responsable : Amedeo Anelli Éditeur : Vicolo del Pavone Lieu et année de parution : Codogno − 2010 ISBN : 978-88-7503-114-5 Nombre de pages : 132

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Kamen’ – Rivista di poesia e filosofia n°37 – June 2010 Directeur responsable : Amedeo Anelli Éditeur : Vicolo del Pavone Lieu et année de parution : Codogno − 2010 ISBN : 978-88-7503-122-0 Nombre de pages : 140

Kamen’ – Rivista di poesia e filosofia n°39 – June 2011 Directeur responsable : Amedeo Anelli Éditeur : Vicolo del Pavone Lieu et année de parution : Codogno − 2011 ISBN : 978-88-7503-142-8 Nombre de pages : 120

Kamen’ – Rivista di poesia e filosofia n°40 – January 2012 Directeur responsable : Amedeo Anelli Éditeur : Vicolo del Pavone Lieu et année de parution : Codogno - 2012 ISBN : 978-88-7503-157-2 Nombre de pages : 128

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Kamen’ – Rivista di poesia e filosofia n°41 – June 2012 Directeur responsable : Amedeo Anelli Éditeur : Vicolo del Pavone Lieu et année de parution : Codogno − 2012 ISBN : 978-88-7503-168-8 Nombre de pages : 115

Lectures

Kamen’ – Rivista di poesia e filosofia n°42 – January 2013 Directeur responsable : Amedeo Anelli Éditeur : Vicolo del Pavone Lieu et année de parution : Codogno - 2013 ISBN : 978-88-7503-180-0 Nombre de pages : 95

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© Vents Alizés – 2013 ISSN 1659-732x - © m350

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Partaz - n°1 of the international electronic review of creative writing and literary theory, Vents Alizés with the texts and artistic works...

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