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Pierre-anthonyAllard

«Le glamour c’est surtout la pudeur» L

devait décupler la séduction. On devait suggérer, provoquer le désir… qui jamais n’était assouvi. Le glamour est une provocation, mais toujours liée à une frustration. e suis photographe parce que je n’ai pas osé être cinéaste. Mais j’ai regardé tellement de films! Ce sont les films qui m’ont enseigné la lumière. Alors, j’ai construit toutes mes images comme sur un plateau de cinéma : toujours des projecteurs fixes, une lumière continue qui permet de voir l’image finale; plusieurs sources de lumière, pour créer un faisceau dans lequel le modèle va entrer; la création d’un relief dramatique qui oblige la vedette à se placer comme pour une scène de cinéma, avec souvent une musique de fond que j’ajoute pour renforcer l’ambiance… Le glamour vient toujours d’une lumière “modelée”, dramatique. La lumière des plus belles images glamour est très directement inspirée de la lumière des grands films noirs américains. PIERRE-ANTHONY ALLARDest photographe. Il a été pendant de longues années le photographe du studio Harcourt à Paris. On lui doit peut-être les plus belles photos de stars magnifiées de cet éclairage si particulier qui a fait la réputation d’Harcourt. “Glamour is a lifestyle brought to the screen by light. It is the antechamber of legend; it lifts up, magnifies, sublimates. It is from a time when sex was corseted and camouflaged in cinema: you could show very little, barely a kiss on the lips. You had to suggest and provoke a desire that could never be satisfied, so it becomes a provocation, forever tied to frustration” — Pierre-Antony Allard, photographer and long-time official portraitist at Studio Harcourt.

J

Abraham

e glamour, c’est le nondit. Aujourd’hui, je vois bien peu de glamour. Le glamour était un mode de vie, porté à l’écran par la lumière. Car le glamour est indissociable de la lumière. Et peutêtre de la lumière d’une époque. Il y a une soixantaine d’années, à la différence d’aujourd’hui, les médias n’étaient pas toujours à l’affût de l’intime. Les personnages célèbres, ceux que tous appelaient les stars, les “divas” en Italie, étaient enveloppés de mystère. La vedette était secrète, cachée, protégée. Personne n’évoquait sa vie quotidienne, sa banalité, sa trivialité. Personne n’avait besoin d’évoquer la réalité de la vie de ces stars. Un certain silence les entourait. Le glamour, c’est la grâce, l’élégance, mais surtout la pudeur. C’est le contraire de la pipolisation, du porno chic. Le glamour, c’est l’antichambre du mythe. Le glamour élève, magnifie, sublime. Greta Garbo, un de mes mythes glamour préférés, s’est arrêtée et s’est cachée lorsque sa vie, son âge, ses rides allaient envahir l’écran… Les stars n’entraient dans la lumière que lorsqu’elles pénétraient dans un studio. Il y a aussi une idée à laquelle je tiens:le glamour appartient surtout à une époque où le sexe était corseté et camouflé au cinéma: on avait le droit de montrer très peu de choses, presque pas les corps et pas du tout les rapports sexuels, à peine les baisers sur la bouche. Donc les vedettes, les stars devaient “envoyer” d’autant plus fort. Le glamour est une retenue, une réserve: un réservoir d’autant plus intense d’émotions que le cinéma ne pouvait pas aller beaucoup plus loin. D’ailleurs, ça s’arrête souvent au buste, il n’y a pas besoin de tout le corps. Les femmes glamour hollywoodiennes envoyaient beaucoup d’énergie, elles mettaient le feu. Comme on ne voyait jamais ouvertement de sexe, le glamour

PA LACE COST ES NOVEMBRE / DECEMBRE 2014

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