Page 1

Résumés des interventions Colloque Des lieux pour l’éducation populaire : conceptions, architectures et usages des équipements depuis les années 1930

Revue Pas à pas édité par la Fédération française des MJC (FFMJC), n°55, 1955

Manifestation organisée par le Pôle de conservation des archives des associations de jeunesse et d’éducation populaire (PAJEP) et Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais

Mercredi 3 décembre 2014 Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais Jeudi 4 décembre 2014 Archives nationales – Site de Pierrefitte Vendredi 5 décembre 2014 Université Paris-Est Créteil


Table des matières

3-5 décembre 2014

INTRODUCTION DU COLLOQUE PAR LAURENT BESSE ET CATHERINE CLARISSE .............. 5 SEQUENCE ENTRE POLITIQUE, SOCIAL ET EDUCATION : LES HESITATIONS DE L’ENTREDEUX-GUERRES ............................................................................................................ 6  DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE DE L’ENTRE DEUX GUERRES : LA MAISON DU PEUPLE DE

BELFORT (1928-1933), LE PALAIS DU TRAVAIL DE VILLEURBANNE (1928-1934) ET LE PALAIS DES ARTS, DES SPORTS ET DU TRAVAIL DE NARBONNE (1936-1968) PAR ARIELA KATZ ..................................... 7  LES CONDITIONS D’EMERGENCE DU CAMP DE TOILE, LIEU D’APPRENTISSAGE PAR NICOLAS PALLUAU ....... 8  LES REFERENCES ARCHITECTURALES DANS L’ALSACE : LE BISTROT, LE CHATEAU ET LE CHALET PAR JEANCLAUDE RICHEZ ..................................................................................................................... 9

SEQUENCE NAISSANCE DE L’EQUIPEMENT MODERNE ................................................ 12  DU CENTRE D’ALBERT CAMUS A ORLEANVILLE AU CENTRE LARBI TEBESSI A CHLEF. HISTOIRE D’UN VESTIGE DE L’ARCHITECTURE MODERNE ALGERIENNE (1950-1960) PAR NAJET MOUAZIZ-BOUCHENTOUF

........................................................................................................................................ 13  LA MAISON DE LA CULTURE ET DE LA JEUNESSE DE FIRMINY, ENTRE EDUCATION POPULAIRE ET CHOC ELECTIF (1959-1961) PAR MICHEL KNEUBÜLHER ..................................................................... 14  LA MAISON DES JEUNES ET DE LA CULTURE (MJC) DE MARLY-LE-ROI (CONCEPTION ROBERT BENOIT, 1966-1972), UN PROJET « PEU CONFORMISTE » PAR SEVERINE BRIDOUX-MICHEL ......................... 15

SEQUENCE DE L’EQUIPEMENT INTEGRE A L’EQUIPEMENT-REFUGE PRESIDEE PAR THIBAULT TELLIER ....................................................................................................................... 17  LA MAISON POUR TOUS ET LE CENTRE DOCUMENTAIRE DES SEPT MARES : UNE UTOPIE SOCIALE EN VILLE NOUVELLE ET SON DEVENIR (1969-2014) PAR SYLVIE ZENOUDA .................................................. 18

 LES EQUIPEMENTS STRUCTURANTS AU PRISME DE LA MOBILITE. LE GLISSEMENT DES PRATIQUES URBAINES D’ANIMATION : DU CENTRE D’ANIMATION VERS LES REFUGES PERI-URBAINS (1995-2014), PAR LUC

GREFFIER ET PASCAL TOZZI .................................................................................................... 19  DEUX CONFERENCES PRESENTEES PAR ANNE DEBARRE : .............................................................. 20  LA MAISON FAMILIALE, PAR LUCIEN KROLL. .............................................................................. 20  LA MAISON DES JEUNES COMME EXPERIMENTATION A L’ARCHITECTURE PAR PATRICK BOUCHAIN. ....... 20

SEQUENCE MAISON, CENTRE, CLUB : ENJEUX DE PROXIMITE ET D’ECHELLE ................ 21  L’UNITE DE VOISINAGE (CHICAGO ANNEES 1910), UNE MATRICE DES EQUIPEMENTS SOCIOCULTURELS DES ANNEES 1960 ? PAR JEAN-MARIE BATAILLE ............................................................................. 22

 BOISSY, LA MAISON DES EQUIPES SOCIALES AU FIL DES ANNEES 1930 PAR PASCAL BOUSSEYROUX........ 23  LE CENTRE SOCIAL, UNE MAISON OU UN EQUIPEMENT ? (1903-2003), PAR JACQUES ELOY ............... 24  L’OPERATION MILLE CLUBS EN GIRONDE : APOGEE ET DECLIN DES EQUIPEMENTS POUR LES JEUNES DANS LES ANNEES 1970, PAR JEAN-PIERRE AUGUSTIN ........................................................................ 26

2

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Table des matières

3-5 décembre 2014

 UN HERITAGE EN QUESTION : LES MILLE CLUBS DU PUY-DE-DOME (1967-2014), PAR MATHILDE

LAVENU ............................................................................................................................. 27

ATELIER N°1 QUELS ESPACES POUR LE JEU .................................................................. 29  LES CENTRES AERES : DES ESPACES MECONNUS (ANNEES 1960), PAR JEROME CAMUS ET FRANCIS LEBON

........................................................................................................................................ 30  L’EXPERIENCE DES TERRAINS D’AVENTURE EN FRANCE DANS LES ANNEES 1970-1980, UNE AVENTURE SANS LENDEMAIN ?, PAR GILLES RAVENEAU .............................................................................. 31

ATELIER N°2 EDUQUER HORS DES MURS DE L’ECOLE ?................................................ 33  « ON S’ENNUIE AU VILLAGE ». LA PLACE DE L’EDUCATION POPULAIRE AU SEIN DES FOYERS MUNICIPAUX LANDAIS (1930-1940), PAR NICOLAS NAUZE

.......................................................................... 34

 LE FOYER-MODELE DE LA LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT, DE 1936 A 1958 : SPECIALISATION, URBANISATION, VOIRE DESCOLARISATION ?, PAR FREDERIC CHATEIGNER......................................... 35

ATELIER N°3 POURQUOI DES EQUIPEMENTS ? ............................................................ 37  L’EXPERIENCE ARTISTIQUE DANS LES LIEUX DE L’EDUCATION POPULAIRE. TEMOIGNAGE A PARTIR DE L’EXPERIENCE DE L’ALHAMBRA A MARSEILLE (DE 1986 A NOS JOURS).

ENTRETIEN DE JEAN-PIERRE DANIEL, CINEASTE PEDAGOGUE, AVEC DENISE BARRIOLADE, INSPECTRICE PRINCIPALE JEUNESSE ET SPORTS HONORAIRE ............................................................................................................. 38  LA MISE EN PLACE DES MAISONS DE JEUNES DANS LES COMMUNAUTES INUITS DU NUNAVIK (ARCTIQUE QUEBECOIS) DANS LES ANNEES 2000, PAR VERONIQUE ANTOMARCHI ........................................... 39

ATELIER N°4 TOURISME ET EQUIPEMENTS .................................................................. 40  L’HEBERGEMENT DES JEUNES VACANCIERS A NICE : STRATEGIES DES AUBERGES DE JEUNESSE ET DES AUTRES FORMES D’ACCUEILS (FIN DES ANNEES 1930-1990), PAR ERIC CARTON .............................. 41

 LES VILLAGES VACANCES DU CONSEIL GENERAL DU VAL-DE-MARNE, 40 ANS DE TOURISME SOCIAL A

GUEBRIANT (HAUTE- SAVOIE) ET JEAN-FRANCO (SAVOIE), COMMENTAIRES DE FILMS D’ARCHIVES PAR YANN CHILARD, DIRECTEUR DE LA JEUNESSE, DES SPORTS ET DES VILLAGES VACANCES DU VAL-DE-MARNE ET LAURENCE BLANCHARD, RESPONSABLE DE LA CENTRALE DE RESERVATION DES VILLAGES ................. 42

SEQUENCE DES MURS POUR DEPASSER LES BARRIERES DE L’ENFANCE : L’ARCHITECTURE DES COLONIES DE VACANCES........................................................... 43  LEGERETE ET MOBILITE. DE LA COLONIE SANITAIRE AU CAMP DE VACANCES : LA COLLABORATION DE

JACQUES ET MICHEL ANDRE AVEC JEAN PROUVE (1938-1939) PAR CAROLINE BAUER ..................... 44  LES CENTRES D’ENTRAINEMENT AUX METHODES D’EDUCATION ACTIVE (CEMEA) ET LA QUALITE DU LIEU DE VIE : DES LOCAUX AU SERVICE DE LA DIFFUSION DE L’EDUCATION NOUVELLE (1943-1962), PAR

GENEVIEVE VANNINI ............................................................................................................ 45  PROJET EDUCATIF ET PROJET ARCHITECTURAL DANS LES COLONIES DE VACANCES DANS L’ITALIE D’APRESGUERRE (1945-1960) PAR VALTER BALDUCCI .......................................................................... 46

SEQUENCE PLANIFIER LES EQUIPEMENTS ................................................................... 48

3

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Table des matières

3-5 décembre 2014

 QUAND L’ÉTAT CREAIT LES EQUIPEMENTS SOCIO-EDUCATIFS (ANNEES 1950-1960), PAR PIERRE

MOULINIER ........................................................................................................................ 49  LES PROGRAMMES « ALBERMARLE » (1960) ET « MY PLACE » (2008) : LES 2 SEULS EXEMPLES DE FINANCEMENT D’ÉTAT POUR LA CONSTRUCTION DE MAISONS DE JEUNES EN ANGLETERRE, PAR JOHN ORD

........................................................................................................................................ 51  L’ACTION DES PROMOTEURS DU LOGEMENT SOCIAL EN MATIERE D’EQUIPEMENT SOCIOCULTUREL (1965 A

2005) A TRAVERS L’EXEMPLE DE L’ASSOCIATION POUR LES EQUIPEMENTS SOCIAUX (APES). ENTRETIEN DE SERGE GERBAUD, ANCIEN DIRECTEUR DE L’APES, PAR ÉVELYNE COGGIOLA-TAMZALI, PRESIDENTE DE L’ADAJEP ......................................................................................................................... 51  L’EQUIPEMENT, L’ANIMATEUR ET LE SOCIOLOGUE : DE LA COLLABORATION A LA CONTESTATION, PAR GUY SAEZ ................................................................................................................................. 51  LES AUBERGES DE JEUNESSE A L’HEURE DE LA PLANIFICATION (1955-1967) : DES « CABANES A LAPINS » AUX AUBERGES STANDARD ENTRETIEN DE RENE SEDES, ANCIEN SECRETAIRE GENERAL DE LA FEDERATION UNIE DES AUBERGES DE JEUNESSE (FUAJ) PAR GAËTAN SOURICE, ARCHIVISTE, FONJEP-PAJEP ........ 53  LA REHABILITATION DES FOYERS DE JEUNES TRAVAILLEURS (FJT) AUTOUR DE L'ACCORD CADRE ETAT/CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS/UNION DES FOYERS DE JEUNES TRAVAILLEURS (UFJT) ET DU MEMENTO DES ESPACES CSTB/UFJT, EXPERIENCE DU FJT DE CANNES EN 1985. ENTRETIEN D’AUGUSTE DERRIVES, DIRECTEUR DE 1974 A 1990 ET SECRETAIRE GENERAL DE L'UFJT DE 1989 A 2002, PAR NELLY PAOLANTONACCI, RESPONSABLE COMMUNICATION, UNION NATIONALE POUR L’HABITAT DES JEUNES (UNHAJ, EX UFJT) ............................................................................... 54

SEQUENCE PROJECTION DE DOCUMENTS AUDIOVISUELS ........................................... 55  LES EQUIPEMENTS SOCIOCULTURELS DE LA BANLIEUE ROUGE DES ANNEES 1930 AUX ANNEES 1970 A TRAVERS LES ARCHIVES AUDIOVISUELLES DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS, PRESENTATION PAR MARION

BOULESTREAU, CHARGEE DE MISSION A CINE-ARCHIVES .............................................................. 55  « CONSTRUIRE AUTREMENT », FILM DE JACQUES KEBADIAN, REALISATEUR DE DOCUMENTAIRES ......... 56

4

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Introduction

Mercredi 3 décembre

Introduction du colloque par Laurent Besse et Catherine Clarisse

L’architecte Roland Simounet (1927-1996) est à l'origine de plusieurs projets de foyers ruraux dans la région d'Orléansville (aujourd'hui Chlef), en Algérie, entre 1954 et 1959, où il a également réalisé le Centre de jeunesse Albert Camus. Sont ici présentées deux vues d'un foyer type extraites de ses archives conservées aux Archives nationales du monde du travail, à Roubaix, sous la cote 1997 017 PH 24, Fonds R. Simounet (dépôt) © Y. Langrand / ANMT

5

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres

Mercredi 3 décembre

Séquence Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entre-deux-guerres

Plaquette de présentation « Le centre social » [1933-1934], Archives nationales, 20140209/256, Fédération des centres sociaux et socioculturels de France.

6

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres

Mercredi 3 décembre

Des lieux pour l’éducation populaire de l’entre deux guerres : la Maison du peuple de Belfort (1928-1933), le Palais du travail de Villeurbanne (1928-1934) et le Palais des arts, des sports et du travail de Narbonne (1936-1968) par Ariela Katz Se limitant autrefois aux principaux centres urbains, les Maisons du peuple devinrent, après la première guerre mondiale, partie intégrante des municipalités en périphérie métropolitaine. Au long des années 1920 et 1930, l’amalgame de la centralité urbaine et de la réforme sociale est poursuivi et amplifié dans les Maisons du peuple qui prolifèrent dans des communes en pleine mutation urbaine d’après-guerre. Ces équipements sont l’ultime variation d’un type architectural et institutionnel émanant des équipements d’origine paternaliste ou associative du tournant du siècle : les Centres sociaux, les Cercles et les Coopératives ouvrières, ainsi que les Universités populaires. Polyvalents de point de vue à la fois architecturale et programmatique, les Maisons du peuple matérialisaient l’articulation entre l’architecture, l’urbanisme et les identités multiples des Paul Giroud, Maison du Peuple de Belfort, 1928-1933, fonds Hennebique, 76 IFA 2-B82, SIAF / Cité de l’architecture et du patrimoine/Archives d’architecture usagers. Intégrant activi- 107/3,ème tés sociales, politiques, du 20 siècle. culturelles, récréatives et pédagogiques, elles constituent un objet idéal pour étudier la façon dont des architectes modernistes ont navigué à travers un réseau complexe de relations entre l’esthétique, la technologie, la commande publique et l’engagement sociale. De l’œuvre d’éducation populaire de la Maison commune de Chemin Vert (1922), aux veillées communales Centre de loisirs de Suresnes (1934-1938) ; des salles d’éducation générale et professionnel du Centre de loisirs de Champigny (1932-1936) aux ceux de la Maison du peuple de Belfort (1928-1933) ; de l’université populaire du Palais du travail de Villeurbanne (19281934), au projet d’éducation physique, culturelle et politique moderne du Palais arts, des sports et du travail de Narbonne (1936-1968), les programmes des Maisons du peuple sont intimement liés avec ceux de l’éducation populaire. D’une forte présence architecturale et urbaine, les trois dernières variantes monumentales des années 1930, les Maisons du peuple et Palais de Belfort, Villeurbanne et Narbonne, se présentaient comme des symboles de l’identité ouvrière et des composantes clés des nouveaux centres municipaux. Dressés dans le cadre d’un réseau dense des échanges et des conflits professionnelles et politiques, ces équipements concrétisaient le désire de réaliser des monuments utiles et adéquats pour une population ouvrière importante. Ils comprenaient des programmes élaborés révélant une attention accrue pour l’emploi, le corps, la culture et l’éducation. Tandis que certains aspects des vieux modèles d’entraide ou de réforme sociale paternaliste disparaissent, des nouvelles installations sont introduites. La Bourse du travail, le dispensaire, le théâtre, les installations sportives, toutes donnent un sens et une forme nouvelle à la notion de progrès

7

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres

Mercredi 3 décembre

personnel. En fin de compte, ces bâtiments matérialisaient l’évolution d’un espace de sociabilité réformatrice et de solidarité ouvrière vers un équipement urbain essentiel, donnant un nouveau sens et forme à la notion de progrès personnel. Leur échelle monumentale est cohérente avec l’importance et l’étendue croissante de leur programme et de leur rôle social.

Maurice Leroux, Palais du travail de Villeurbanne, 1928-1934, Arch. mun. de Villeurbanne, fonds Sylvestre, 4Fi 187.

Ariela Katz, maître-assistante associée ENSAP Lille, chercheure associée IPRAUS (UMR AUSser)

Les conditions d’émergence du camp de toile, lieu d’apprentissage par Nicolas Palluau Dans la première moitié du XXème siècle, organiser un camp scout signifie prendre possession d’un espace pour y dresser le lieu de vie éphémère d’un groupe de garçons et de filles. Le camp de toile inscrit son projet éducatif dans un aménagement temporaire qui enseigne des normes d’aménagement de l’espace. Le camp scout répond à une exigence d’ordre des lieux. Ils sont conçu notamment selon leur spécialisation (couchage, cuisine, repas, jeux, bains, etc.) Le camp désire instituer les jeunes campeurs en une communauté ardente, incarnée symboliquement dans le cercle formée autour du feu de camp ou celui de la « palabre » édifiante autour de la figure du chef. La surface horizontale fait écho à la verticalité du mât où flottent les couleurs nationales. Les prescriptions d’aménagement du camp traduisent le but d’éducation totale des adolescents, afin de préparer leur retour dans la société réelle. Le camp scout demeure une société idéale, préfiguration de l’ordre social à venir dont les jeunes seront porteurs. Mais au moment où la pratique du camping prend son essor dans la France de l’entre-deux-guerres, on doit interroger l’autonomie du camping éducatif. A quelles conditions un camp est-il éducatif ? A quelle morale obéit l’aménagement d’un tel espace éphémère ? Les objectifs éducatifs et sociaux du camp sont-ils coupés d’une réflexion plus large sur le lien entre espace et société ?

8

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres

Mercredi 3 décembre

Nous proposons de revenir sur la place du scoutisme dans l’aménagement de l’espace à travers les exemples des Eclaireurs de France (mouvement masculin) et de la Fédération des Eclaireuses (mouvement féminin), organisations proches par leur neutralité confessionnelle. Ceci en fait les organisations scoutes les plus proches de l’Ecole publique quand celle-ci s’ouvre à l’enjeu nouveau des colonies de vacances éducatives prolongeant l’enseignement scolaire. En première partie, nous considérons la mise à distance progressive de la matrice militaire dont le camp scout est en partie issu, cédant la place aux imagi« Camp scout : les garçons acclament les visiteurs » camp franconaires indien, médiéval et colonial. La américain de Francport (Oise) été 1920. Crédit photo : Ministère deuxième partie s’intéresse aux préconi- de la Culture - Médiathèque de l'architecture et du patrimoine sations d’aménagement de l’espace en diffusion RMN camp de plein air. La troisième partie interroge, en miroir du projet socio-éducatif des Eclaireurs et des Eclaireuses, leur lien avec des bâtiments emblématiques dans deux capitales européennes. Il s’agit du Cristal Palace de Londres où se tient le premier jamboree mondial (1920), de la Maison pour Tous rue Mouffetard à Paris (1920) et de la cité du refuge ouvert par l’Armée du Salut (1932). Notre travail s’appuie sur les périodiques des Eclaireurs de France conservés au Archives départementales du val de Marne (PAJEP) et ceux de la Fédération des Eclaireuses conservés à la Société d’histoire du protestantisme français. Il intéresse une histoire sociale et culturelle du plein air dans son rapport à l’espace. Nicolas Palluau, docteur en histoire, chercheur associé Equipe Histoire de l’Europe moderne et contemporaine / Centre Norbert Elias - UMR 8562, université d’Avignon et des Pays de Vaucluse

Les références architecturales dans l’Alsace : le bistrot, le château et le chalet par Jean-Claude Richez Nous nous attacherons dans cette communication à l’étude comparative de trois types de construction réalisés en Alsace dans les années trente :  celle du Kürgarten à Strasbourg - Neudorf de la société La famille, membre de la Société d’hygiène naturelle (1934) ;  l’auberge de jeunesse Dynamo affiliée au Centre laïque des auberges de jeunesse (CLAJ) et réalisée par des instituteurs syndicalistes à la Schellimatt (1937) ;  l’auberge de jeunesse de la Huneburg à Saint-Jean-les-Saverne de l’association autonomiste l’Erwinsbund (1937).

9

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres

Mercredi 3 décembre

Ces constructions viennent prendre place dans un grand mouvement d’équipement de pleine nature qui caractérise cette période. Ces trois types sont loin d’épuiser la typologie des bâtiments dédiés à l’éducation populaire dans ces années là. Sur les trois exemples que nous avons retenus, seul l’un d’entre eux est urbain. En effet l’Alsace a été équipée antérieurement, avant la première guerre mondiale, dans les villes à travers le mouvement catholique et le mouvement ouvrier : grandes salles paroissiales pour les catholiques, surtout gymnases pour les associations ouvrières qui restent par ailleurs très attachée aux sociabilités traditionnelles organisées autour des débits de boisson et restaurants. Au delà de la guerre, l’équipement ouvrier urbain a été mis en œuvre à travers Le chalet le programme de socialisme munici- L’auberge de jeunesse Dynamo à la Schellimatt (CLAJ) construite en pal qui domine dans la plupart des 1937, Cliché contemporain provenant de « Histoires et traditions de Bourbach-le-haut », http://blhhisto.canalblog.com/archives villes de la région. Les équipements de pleine nature sont caractéristiques des années trente même si le mouvement s’esquisse dès la fin des années vingt. Nous en avons recensé soixante-dix neuf pour le milieu des années trente : quelques constructions mais surtout des aménagements de chalets, de maisons forestières, de fermes ou d’abris plus ou moins précaires. Tous les mouvements de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par les autonomistes et le mouvement catholique créent leur propre réseau d’équipement. Au delà d’affiliations idéologiques très variées et de partis pris architecturaux très différents ces constructions s’inscrivent dans une logique nouvelle « d’équipement de la nature » pour les classes populaires et les jeunes. Ces équipements sont également investis également d’un projet éducatif. L’étude des trois équipements retenus - le Kürgarten à Strasbourg, l’auberge de jeunesse du château du Huneburg, l’auberge de jeunesse Dynamo du CLAJ à la Schellimatt - permet de Le château mettre en évidence : Le château de la Huneburg, Saint Jean les Saverne (Bas-Rhin),  une typologie : le burg mé- auberge de jeunesse de l’Erwinsbund (autonomiste), source, Widiéval (la Huneburg) le bistrot kipedia, populaire type « jardin d’été » http://de.wikipedia.org/wiki/H%C3%BCneburg_%28Elsass%29 (biergarten) (le Kürgarten), le très bourgeois chalet suisse (Dynamo) ; il existe d’ailleurs d’autres modèles comme la ferme, la maison forestière, la cabane (hütte) mais qui ne font pas l’objet d’un véritable projet architectural ;

10

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres 

Mercredi 3 décembre

des commanditaires occupant des postures différentes : maître et seigneur pour la Huneburg avec Fritz Spieser, groupe de jeunes égaux formé d’instituteurs syndiqués pour Dynamo, des notables philanthrope pour le Kürgarten à travers la Société pour l’hygiène naturelle ; des chantiers organisés très différemment : un jeune et brillant architecte de l’Ecole de Stuttgart, Erich Loebel, disciple de Schmitthenner, chef de file de l’un des courants majeur de l’architecture allemande dans l’entre-deux guerres (la Huneburg), un entrepreneur au Kürgarten et un chantier quasiment en autogestion et autoconstrucLe bistro tion pour Dynamo; Le kürgarten , association La famille, Société pour l’hygiéne natudes « récits » d’architecture relle, Strasbourg-Neudorf (1934), source Archi-Strasbourg, qui au delà de formes très http://www.archi-strasbourg.org variées mobilisent des références communes (nature, traditions, régénération, voir « hütte » heidegerienne) mais en les combinant et les articulant de façon très différentes.

Au delà de programmes architecturaux très proches, notamment dans la définition des espaces, de pratiques apparemment similaires (veillées, fêtes, spectacles, activités de pleine nature), ces lieux sont l’objet d’usages également très différents. Jean-Claude Richez, ancien chargé d’études et de recherches, Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP).

11

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres

Mercredi 3 décembre

Séquence Naissance de l’équipement moderne

Prototype de la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Troyes construite en 1965 et conçue par Claude Parent, Arch. dép. du Val-de-Marne, 513J 1587

12

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres

Mercredi 3 décembre

Du centre d’Albert Camus à Orléanville au centre Larbi Tebessi à Chlef. Histoire d’un vestige de l’architecture moderne algérienne (1950-1960) par Najet MouazizBouchentouf Le 4 avril 1961 est inauguré à Orléansville le Centre Culturel Albert Camus œuvre le Louis Miquel et de Roland Simounet. Disciples de Le Corbusier et empreints des idées internationales du mouvement moderne, les deux architectes n’en sont pas moins sensibles aux réalités locales particulièrement après le congrès des CIAM d’Aix-En-Provence de 1959. Les architectes entourés de Camus et de Emery expérimentent de nouvelles manières de concevoir la scène mélangeant aussi bien « le théâtre à l’Italienne, le cirque romain, le théâtre japonais, le théâtre oriental » (J-P Benisti, 2011) pour en faire un lieu de culture dédié à la jeunesse et aux sports. Ce centre annonce dix ans plus tôt les maisons de la culture promues par Malraux ainsi que le programme des piscines destinés à combler le déficit en équipements de la jeunesse française. Réalisé dans la cadre de la reconstruction d’Orélanville suite au séisme qui l’a frappé le 9 septembre 1954, le centre résiste au séisme d’Octobre 1980 mais pas à l’usage qui en est fait. Il est rebaptisé Centre Larbi Tebessi en même temps que la ville (de Orléansville à El Asnam après 1962, puis Chlef suite au séisme de 1980). Pensé comme un lieu de culture, d’échanges et de sports pour les jeunes qu’en est-il aujourd’hui ? L’objet de cette communication est de retracer l’histoire de ce centre et de son devenir à travers les écrits mais aussi les récits recueillis auprès de personnes qui ont connu le centre aux meilleurs moments de sa gloire et qui vivent son déclin. L’objectif est de faire revivre un vestige de l’architecture moderne algérienne à un moment où pour paraphraser M. Besset « le meilleur de l’architecture française moderne s’est trouvé en Algérie » (P-A Emery, 1980). Il s’agit aussi de s’interroger sur le devenir plus général de l’architecture coloniale. Vue de la piscine du centre Larbi Tebessi, cliché pris par Najet MouazizBouchentouf, 2014.

Najet Mouaziz-Bouchentouf. architecte, maître-assistante, département d’architecture, université des Sciences et de la technologie d’Oran USTO.

.

13

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres

Mercredi 3 décembre

La Maison de la culture et de la jeunesse de Firminy, entre éducation populaire et choc électif (1959-1961) par Michel Kneubülher

Premier projet pour la Maison de la culture de Firminy (Loire), alors baptisée « Maison des jeunes ». Perspective en date du 26 septembre 1956. Crédit : Fondation Le Corbusier, Paris, 16811.

Nous devons à Gilles Ragot d’avoir retracé l’histoire complexe de l’édifice construit par Le Corbusier à Firminy (Loire) et aujourd’hui appelé « Maison de la culture »1. Or, ce bâtiment est éminemment révélateur du conflit qui, dans les toutes premières années du ministère des Affaires culturelles (1959-1961), a opposé les partisans d’une politique publique de la culture prenant en compte l’héritage de l’éducation populaire et ceux qui, réfutant le terme d’éducation, souhaitaient confier à la nouvelle administration le soin « d’organiser la rencontre de tous ceux qui aspirent à [la] culture avec ses formes les plus parfaites »2. En effet, le projet initial du maire, Eugène Claudius-Petit, consistait à doter Firminy d’une « Maison des jeunes » dédiée aux activités socioculturelles et insérée au sein de ce que Le Corbusier appellera plus tard le « Centre de recréation du corps et de l’esprit ». La création, en 1959, du ministère des Affaires culturelles allait amener l’édile à revoir le projet en vue de l’inscrire au sein du programme des « Maisons de la culture » annoncé par son ami Malraux.

1

Notamment Le Corbusier à Firminy-Vert. Manifeste pour un urbanisme moderne.- Paris, Éditions du patrimoine (Centre des monuments nationaux), 2011 [coll. « Monographies d’édifices »] et La Maison de la culture de Firminy.- Genouilleux, Éditions La passe du vent, 2013 [coll. « Patrimoines pour demain »]. 2 Émile-Joseph Biasini, in : Action culturelle. An I : 1961-1962.- Paris, ministère d’État chargé des Affaires culturelles, octobre 1962 [rapport dactylographié].

14

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres

Mercredi 3 décembre

Toutefois, comme l’a montré Philippe Urfalino3, la définition même de ces « Maisons de la culture » devait fortement évoluer au cours des premières années du ministère. L’analyse de ces évolutions permet de mieux comprendre les « hésitations programmatiques » (Gilles Ragot) observées à Firminy... d’autant que c’est Claudius-Petit lui-même qui présidait, à la demande de Malraux, la sous-commission « Action culturelle » mise en place dans le cadre de la préparation du IVe Plan (1962-1965). À la conception initialement formulée par Pierre-Aimé Touchard – « Qu’est-ce qu’une Maison de la culture ? C’est avant tout un foyer où doivent se rassembler toutes les activités créatrices d’une petite ville ou d’un quartier de grande ville, dans le domaine de la culture »4 – succédera, deux ans plus tard, sous l’influence de Gaëtan Picon, la doctrine du « choc électif » défendue par Émile-Joseph Biasini : « [La Maison de la culture] trouvera donc sa caractéristique fondamentale dans la notion du niveau culturel le plus élevé et de la qualité la meilleure, en proscrivant la condescendance tout autant que le paternalisme »5. Ce conflit et ses conséquences sur le projet architectural lui-même n’ont pas échappé à Claudius-Petit, comme il l’a lui-même relevé : « La Maison de Firminy fait partie du programme des Maisons de la culture mais, à l’origine, elle n’a pas été conçue tout à fait dans le même esprit [...] On peut se demander si la distinction entre le domaine de la pédagogie et celui de la culture au niveau le plus élevé (Herzog – Malraux) serait justifiée par les faits, notamment par une distinction entre les endroits où l’on apprend à faire par soi-même et ceux où l’on découvre et où l’on confronte »6. À partir – notamment – des travaux du Comité d’histoire du ministère de la Culture, la communication proposée tentera de montrer en quoi l’édifice de Le Corbusier rend témoignage de l’opposition qui, depuis Malraux, traverse dans notre pays les politiques publiques en matière d’éducation populaire et de culture. Michel Kneubühler, chargé d’enseignement sur les politiques culturelles, université Lumière-Lyon 2

La Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Marly-le-Roi (conception Robert Benoît, 1966-1972), un projet « peu conformiste » par Séverine Bridoux-Michel7 Certains édifices architecturaux restent parfois loin de toute forme de médiatisation, à l’écart de la critique architecturale. Difficilement classables, ces architectures discrètes, singulières ou éclectiques, toutefois vivantes et habitées, peuvent pour des raisons parfois obscures demeurer dans l’oubli, en marge des études monographiques conservées dans les bibliothèques. Le travail réalisé par l’architecte Robert Benoît pour la Maison des jeunes et de la cul3

. In : L’Invention de la politique culturelle.- Paris, Éditions Hachette Littératures, 2004 [coll. « Pluriel » ; 1re éd. Paris, La Documentation française, 1996]. 4 In : revue Signe des temps, 9 septembre 1959. 5 In : Action culturelle. An I : 1961-1962, op. cit. 6

In : Éléments de réflexion sur la Maison de Firminy [non daté, fin 1961-début 1962]. Publié par Gilles Ragot in : Le Corbusier à Firminy-Vert. Manifeste pour un urbanisme moderne, op. cit. et reprise in : La Maison de la culture de Firminy, op. cit. 7 Cette communication fait suite à la publication d’un article présentant le travail de Robert Benoît à travers le projet de Maison des Jeunes et de la Culture de Marly-leRoi : Séverine Bridoux-Michel, « Le Modulor n'est pas une "formule magique" », in Ch. Kayser dir., Le Corbusier à Chandigarh : entre ombre et lumière, publié à l'occasion de l'exposition "Le Corbusier à Chandigarh, entre ombre et lumière", Musée-Promenade de Marly-le-Roi du 27 sept. 2013 au 02 fév. 2014, éd. Musée- Promenade, 2013, pp. 75-95.

15

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Entre politique, social et éducation : les hésitations de l’entredeux-guerres

Mercredi 3 décembre

ture « Jean Vilar » de Marly s’inscrit dans la lignée de ces projets singuliers réalisés en France au cours des années 1960 et du début des années 1970, laissés dans le silence de toute forme de critique architecturale, la vitalité du fonctionnement de l’édifice aux obliques de bois « peu conformistes » (selon les mots-même de l’architecte Robert Benoît) constituant finalement la condition suffisante d’une architecture pensée pour le développement d’un humanisme social. Cette communication mettra en évidence les indices d’une filiation possible avec les projets tardifs de Le Corbusier ainsi qu’avec les principes théoriques et formels imaginés à la fin des années 1950 par Iannis Xenakis, des indices symptomatiques de la complexité plastique d’un bâtiment perméable aux qualités paysagères du lieu et ouvert à la flexibilité des usages.

MJC Jean Vilar de Marly-le-Roi, cliché Séverine Bridoux-Michel.

Séverine BRIDOUX-MICHEL, architecte dplg, docteure en esthétique et sciences de l’art, membre du LACTH-université Lille-Nord de France, enseignante à l’ENSAP de Lille.

16

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


De l’équipement intégré à l’équipement-refuge

Séquence De l’équipement intégré refuge présidée par Thibault Tellier

Jeudi 4 décembre

à

l’équipement-

Equipement intégré appelé Centre éducatif et culturel de Yerres (Essonne), photographie de la fin des années 1960, Archives nationales, 19870474/12. L’équipement intégré est centré sur la salle de sports, véritable poumon de l’ensemble (au centre de la photo). En plus des installations sportives, le CEC comprend une bibliothèque, discothèque, centre culturel et théâtre, installations, piscines, classes d’enseignement pratique, Maison des jeunes et de la culture, centre de formation professionnelle et de promotion sociale, centre social.

17

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


De l’équipement intégré à l’équipement-refuge

Jeudi 4 décembre

La Maison pour tous et le centre documentaire des Sept Mares : une utopie sociale en ville nouvelle et son devenir (1969-2014) par Sylvie Zenouda Sous l’emblème d’une belle grenouille souriante, une maison pour tous et un centre documentaire sont inaugurés à Élancourt, en 1975, au cœur du centre des Sept Mares, aboutissement de longues années de complexes réflexions. Ces deux sites socioculturels font partie d’un grand projet d’équipements intégrés de l’unité urbaine d’Élancourt-Maurepas, ébauché à la fin des années 1960 par la mission d’aménagement de la ville nouvelle de Trappes, future Saint-Quentin-en-Yvelines. Maison pour tous, centre documentaire, maison sociale, centre œcuménique, centre de santé, commissariat de police et centre sportif doivent constituer le programme des équipements publics auquel est rattaché un lycée public polyvalent, projet complété par des locaux commerciaux. Le plan de masse retenu tient compte du parti d’intégration choisi, une juxtaposition de tous ces équipements le long d’une rue piétonne ouverte sur un parc et le lycée. Les fonds des Archives nationales, départementales et communautaires, ainsi que des enquêtes et des témoignages constituent le socle de cette étude qui croise en particulier l’éducation populaire, la culture, l’éducation, l’aménagement du territoire et l’architecture. Conçue comme un véritable lieu de rencontres et d’échanges, la maison pour tous est le pivot du centre des Sept Mares. Le brassage des publics les plus divers est central et y détermine la localisation de lieux aussi différents qu’une salle de théâtre, un auditorium, un restaurant mixte pour élèves et étudiants, professionnels et habitants, un foyer de jour pour personnes âgées, des studios de répétition, d’impression-sérigraphie et de pratique artistique. À quelques pas, le centre documentaire remplit une double fonction grâce à sa bibliothèque-discothèque, avec un accès réservé à un bibliobus, et à son studio de télévision, ses bancs de montage et sa chaîne de distribution. Le projet d’ensemble architectural doit laisser la place à des volumes où le monumental et les références au passé ne sont pas autorisés.

Plan en élévation du centre documentaire des 7 Mares, avant-projet des équipements intégrés des Sept Mares, 1972, Arch. dép. des Yvelines, 1701 W 1391.

Architecture expressionniste, recours à la brique, au béton et au verre, décrochements des lignes et des formes, tels sont, en 1972, les éléments essentiels de l’avant-projet qui privilégie l’échelle à taille humaine et le passage facile d’un site à l’autre, en complémentarité, où l’action sociale aura autant de place que le culturel. Au cœur des réalisations sont posées les questions vitales de maîtrise d’ouvrage, d’attribution de crédits interministériels, de pré-animation, puis d’animation, d’appropriation collective des usagers et de gestion quotidienne. Dans un contexte

18

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


De l’équipement intégré à l’équipement-refuge

Jeudi 4 décembre

national de décentralisation, du passage des villes nouvelles au régime de droit commun et d’intercommunalité, les monographies proposées s’ouvrent sur l’évolution fonctionnelle de ces deux équipements dans le courant des années 1990-2000, leur recentrage sur des activités culturelles et éducatives, le réaménagement substantiel de leurs locaux et la revitalisation en cours du quartier. Sylvie Zenouda, proviseure, docteure en histoire contemporaine (université Paris-Sorbonne)

Les équipements structurants au prisme de la mobilité. Le glissement des pratiques urbaines d’animation : du centre d’animation vers les refuges péri-urbains (19952014), par Luc Greffier et Pascal Tozzi L’animation socioculturelle s’est principalement développée au cours de la seconde partie du XXème siècle dans un environnement citadin en prenant appui sur des équipements, des locaux de jeunesse et d’éducation populaire. Ceux-ci présentent aujourd’hui une double caractéristique paradoxale : ils constituent un élément récurent du paysage urbain tout en présentant des formes architecturales et des modes d’intervention extrêmement diversifiés rendant leur catégorisation difficile. Cependant, nombre d’entre eux partagent un invariant : l’animation des territoires sur lesquels ils sont implantés et ce, dans une perspective participative, de promotion des personnes, de brassage social et culturel. A ce titre, l’idéologie qui anime les promoteurs de ces équipements est fondée sur le principe d’une maitrise du patrimoine comme levier essentiel dans la mise en œuvre du projet d’intervention sociale ; la « structure » contenant la « fonction », l’architecture devenant « forme silencieuse d’animation ». Partant de ce constat, le travail de recherche que nous proposons de développer dans cet article, étudiera les mises en œuvre récentes sur le territoire bordelais de nouveaux équipements : les deux centres d’animation des quartiers Ginko et Queyris, qui s’inscrivent dans l’héritage des équipements de l’éducation populaire, et les six « refuges périurbains », équipements émergeants et symboliques du projet d’animation territoriale d’été piloté par la Communauté Urbaine de Bordeaux. Une partie de ceux-ci présente notamment l’éphémère comme vecteur d’intervention pour une animation qui se définit aussi comme une forme d’existentialisme urbain. L’éphémère et ses occupations urbaines deviendraient des déclencheurs d’usages qui « provoquent » de l’animation. Ils seront ici considérés comme une modalité complémentaire aux équipements socioculturels historiques, mais aussi un biais de ré-interrogation des pratiques. En effet cette modalité émergente d’animation de la ville, plurielle, mobile et réputée attractive, pose la question de l’adaptation, de la régénération et de la réinvention socioculturelle de l’espace public. A la croisée des terrains étudiés seront ainsi convoqués les concepts de territoire, d’itinérance, d’interstices, d’animation globale, afin de construire une analyse raisonnée des nouvelles formes d’animation portée par ces équipements. Luc Greffier, maître de conférences en géographie, IUT – université Bordeaux Montaigne (UMR ADES/CNRS) Pascal Tozzi, maître de conférences HDR en sciences politiques, IUT - université Bordeaux Montaigne (UMR ADES/CNRS)

19

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


De l’équipement intégré à l’équipement-refuge

Jeudi 4 décembre

Deux conférences présentées par Anne Debarre : La Maison familiale, par Lucien Kroll. La Maison des jeunes comme expérimentation à l’architecture par Patrick Bouchain.

Couverture de l’ouvrage Equiper et animer la vie sociale dirigé par Henri Théry et Madeleine Garrigou-Lagrange, 1966 et édité par l’Institut culture et promotion et par les éditions du Centurion, Arch. dép. du Val-de-Marne, 579J 10.

20

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Maison, centre, club : enjeux de proximité et d’échelle

Jeudi 4 décembre

Séquence Maison, centre, club : enjeux de proximité et d’échelle

Centre social de Créteil (aujourd’hui appelé Maison de la Solidarité, 1rue Albert Doyen) construit par l’Association animation, loisirs familiaux, action sociale (ALFA), 1963, Archives nationales, 20140209/546, Fédération des centres sociaux et socioculturels.

21

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Maison, centre, club : enjeux de proximité et d’échelle

Jeudi 4 décembre

L’Unité de voisinage (Chicago années 1910), une matrice des équipements socioculturels des années 1960 ? par Jean-Marie Bataille Les équipements socioculturels apparaissent comme catégorie de l'action publique au cours des années 1950 mais se développent principalement à partir des années 1960. Ils seront au cœur de nombreuses réflexions dans les années 1970-1980 soit en les assimilant à des dispositifs du pouvoir (Fourquet & Murard, 1976; Gilbert, Saez, & Arcy, 1982), soit en les raccrochant à d'hypothétiques besoins (Diem, 1978), soit plus récemment en les concevant comme des produits de la séquence singulière du capitalisme de la fin du XIXème siècle (Freitag, 1992). L'idée générale qui se dégage est celle d'un bâtiment au centre d'un quartier qui permet de construire la vie sociale de ce territoire singulier. Si on se réfère à des choses plus récentes encore, on trouve, par exemple, un document de la Caisse d'allocations familiales qui indique comment construire une analyse de la vie sociale d'un centre social pour déterminer son « aire d'attraction » (Réseau Perspicaf, 2011). Cependant, une question se pose : comment l'idée qu'un équipement socioculturel puisse favoriser la vie d'un quartier s'est-elle construite ? L'idée est à rattacher à l'histoire des centres sociaux en général et à celui de Toynbee Hall, appelé alors settlement, dans le quartier de Whitechapel, en particulier, puisque le principe d'une action ciblée sur l'aire à proximité de cet équipement y prend naissance (sur l'idée de proximité : Durand, 1996). À partir de ce point, il serait possible de remonter aux idées des socialistes utopistes d'abord John Ruskin et Morris qui inspirent cette expérience (Davis, 1991), mais aussi à Owen et ses disciples, qui développèrent les Halls of sciences comme première forme d'universités populaires, principe repris dans les settlements (Cacérès, 1964). En allant aux États-unis où le principe des settlement sera repris directement de l'expérience londonienne, et plus particulièrement à Chicago, on comprend mieux que l'enjeu est plus vaste : agir dans un Schéma de l’Unité de voisinage en 1923 par Clarence Arthur Perry environnement en pleine muta- (publié dans « The Neighbourhood Unit », Regional Survey of New York tion par l'industrialisation et l'ur- and its Environs, New York, vol. VII, 1929). banisation. À la fin du XIXème, cette ville augmente de 1,3 million d'habitants en une trentaine d'année. Dans ce cadre, des expériences émergent portant sur des modes d'action, le settlement de Hull house. Mais aussi, des savoirs nouveaux sont produits : création de l'École de Chicago, travaux portant sur l'organisation sociale (Cooley, discuté par Mead). Un concours d'urbanisme, premier du genre aux États-unis, prend place dans la suite, au cours des années 1910. Il donne l'occasion à Drummond de ramasser dans une proposition ces évolutions au travers de ce qu'il appelle : une « unité de voisinage ». Cette entité comprend un centre social en son cœur, soit une organisation qui permet de

22

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Maison, centre, club : enjeux de proximité et d’échelle

Jeudi 4 décembre

créer des liens primaires. Cette idée reprise dans les années 1920 par Clarence Perry, qui participe à la constitution du City planning, à New-York, apparaît clairement pouvoir jouer le rôle de matrice de cette autre idée, l'équipement socioculturel. Jean-Marie Bataille, chargé de recherches, université Bordeaux Montaigne (UMR ADES/CNRS)

.

Boissy, la maison des équipes sociales au fil des années 1930 par Pascal Bousseyroux Mouvement de jeunesse fondé en 1921 par Robert Garric (1896-1967), les Équipes Sociales demeurent encore plus aperçues que véritablement connues dans le vaste champ de l'éducation populaire catholique. Elles cherchent à éduquer non seulement par les cours et cercles d'études de culture générale et technique, mais aussi par l'organisation des loisirs des Équipiers « enseignés » et « enseignants.» A l'instar d'autres organisations, et malgré la modestie de leurs moyens, elles achètent en 1927 et aménagent à Boissy Saint Léger, une cité du Val-de-Marne située à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Paris un ancienne et vaste demeure bourgeoise. Celle-ci représente l'archétype du « château du social », invitant à la réflexion, comme à la détente sportive. Boissy fait ainsi à la fois figure de centre social et d'espace initiatique pour Équipiers en mal de colonies de vacances. Ce centre social n’est pas le seul géré par les Equipes, qui ont en charge certains foyers de patronage, en région parisienne, ainsi que les « Abris du Marin » sur la côte bretonne. Mais Boissy fait figure de symbole particulier dans la vie des Equipes. Tout en étant proche de la capitale, il est situé dans sa banlieue populaire, en signe d’ouverture à une nouvelle réalité urbaine, et Bulletin des Equipes sociales L'Equipier, juin 1930, n°24, p. 3. dans un cadre champêtre, synonyme de retour à une certaine ruralité parée de toutes les vertus. Et si la géographie en fait un lieu privilégié des Equipes parisiennes, il n’en demeure pas moins ouvert à l’ensemble des groupes, d’où qu’ils viennent.

23

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Maison, centre, club : enjeux de proximité et d’échelle

Jeudi 4 décembre

De fait, le site de Boissy intéresse les Equipes pour son intérieur comme pour son extérieur : intérieur semblable à bien des centres d’hébergement, disponible pour les groupes, et extérieur propice aux activités sportives mais aussi amicales culturelles, lorsque le soleil est au rendez-vous. Cette dualité illustre la diversité de la vie des Equipes, qui s’adaptent aux attentes de leurs membres. Boissy incarne la conception équipière en actes de « l'amitié sociale» et de «l'interclasse fraternelle » chères à Garric. Le cadre « bourgeois » du site casse les codes du discours de la lutte des classes, au risque de fleurer bon un paternalisme un peu désuet. La fréquentation du site fait partie intégrante des rites équipiers tout au long des années 1930. Elle donne lieu à de nombreuses activités destinées à accentuer la cohésion des groupes, tout en illustrant la vision équipière du social qui n'est pas sans faire contrepoint au « Bierville » de Marc Sangnier et autres Auberges de Jeunesse. Un positionnement tout en pointillé dans la sociabilité d'un groupe comptant parmi ses responsables de futurs architectes de renom, tels Henri Enguehard ou Bernard Lafaille.... Boissy résume d’une certaine manière le projet équipier et devient le terrain d’une autonomie des Equipes dans l’animation et la prise en charge. A chacun, en quelque sorte, d’investir le lieu, et d’en faire le point d’ancrage d’une démarche sociale où le spirituel n’est cependant pas absent. Pascal Bousseyroux, agrégé et docteur en Histoire, Laboratoire de rattachement : ICT (Identités, Cultures, Territoires) de l’université Pais VII-Denis Diderot

Le centre social, une maison ou un équipement ? (1903-2003), par Jacques Eloy La diversité physique des bâtiments occupés par les Centres sociaux au fil de leur longue histoire est impressionnante. Par contre, beaucoup moins nombreuses sont les appellations utilisées pour désigner ces bâtiments. Deux d'entre-elles apparaissent ou réapparaissent avec insistance : la « Maison » et l' « Equipement ». Souvent, ces deux appellations architecturales sont utilisées comme synonymes et cela d'autant plus facilement que les qualificatifs qui leur sont associés sont quasi-identiques : social, socioculturel, de quartier, de proximité, pour tous... Notre propos est, au contraire, de souligner les différences sémantiques qui ont été/sont attachées à ces deux appellations, tout en examinant comment les bâtis et leurs insertions spatiales soutiennent ou non les sens valorisés. Mais en même temps, l'analyse évitera de substantialiser le centre social comme « maison » ou comme « équipement », en cherchant à le comprendre comme lieu de structurations de rapLa maison sociale de Saint-Denis créée en 1928, illustration extraite du compte ports sociaux en deverendu de l’assemblée générale de la Résidence sociale de Levallois Perret du nir. Ainsi, le plus sou4 février 1929, Arch. dép. des Hauts de Seine, 80J 64. vent, ce qui est donné à l'observation historique et contemporaine, c'est le centre social singulier qui trouve à exister, architecturalement, spatialement, discursivement et pratiquement, non pas sous une forme

24

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Maison, centre, club : enjeux de proximité et d’échelle

Jeudi 4 décembre

pure, mais en tension entre les deux formes idéales que seraient la « maison » ou « l'équipement ». Un ancien pensionnat de l'avenue d'Orléans à Paris en 1903, une ancienne boulangerie de la rue Connoy à Saint-Denis en 1928, une maison de quatre pièces agrandie dans le quartier de Cyprian la Brosse à Villeurbanne en 1945, deviennent « Maisons sociales ». Pour que cette transmutation puisse advenir, le bâtiment doit être choisi, par des initiateurs privés, au cœur d'un quartier populaire, être habité par des « résidentes » ayant quitté leur milieu favorisé, être ouvert en permanence à tous quelque soit les appartenances sociales, religieuses et politiques, être un lieu accueillant, convivial, familial, capable « de faire jaillir des amitiés là où les gens s'ignorent ou même se méconnaissent », être un foyer commun pour le quartier où on en vient à s'entraider face aux difficultés de la vie. De cette manière, la « maison sociale », « la résidence sociale » ou le « centre social » pourra transformer localement les rapports sociaux et la vie quotidienne de la population. Un centre social devient « Equipement » lorsqu'une Caisse d'Allocations familiales y assure, à ses ayants-droits, un ensemble de services sanitaires et sociaux. Tel, celui de Pontlieue, ouvert en 1955 au Mans : consultation de nourrissons, séances de vaccination, centre de lavage, salle de tricotage, permanences sociales, enseignement ménager, salle de cuisine. Les espaces y sont tous fonctionnalisés. Un centre social devient aussi « Equipement » lorsque ses murs et ses activités sont issus d'une programmation urbaine et architecturale soumise à des normes administratives se voulant répondre à des besoins universels communs aux habitants des grands ensembles d'habitation. Tel le centre social de Grande Synthe près de Dunkerque, ouvert en 1965 dans la nouvelle ZUP créée pour Usinor, qui cumule les secteurs d'activités sans que spatialement ceux-ci puissent communiquer entre eux. Les relations dominantes y sont de type administratif et consumériste.

Le centre social de Grande-Synthe (près de Dunkerque) ouvert en 1965 au milieu d'une ZUP encore en construction, page de couverture de la revue Centres sociaux, n°84, mars 1966, Archives nationales, 2014209/546, Fédération des centres sociaux et socioculturels de France.

De fait, ce qui est donné à observer ce sont le plus souvent des centres sociaux qui mixent, plus ou moins volontairement, les deux formes idéalisées de la « maison » et de l' « équipement ». En effet, il n'est pas rare qu'un centre social ayant les attributs d'un « équipement » cherche à devenir davantage « maison », ne serait-ce que par l'organisation d'un

25

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Maison, centre, club : enjeux de proximité et d’échelle

Jeudi 4 décembre

accueil plus personnalisé ou par un encouragement à la participation des usagers. Inversement, un centre social « maison » peut très bien se consumériser. De plus, certains centres sociaux cherchent à dépasser ces modèles en se voulant simples supports aux initiatives des habitants, de l'action de groupements ou d'associations du quartier, favorisant ainsi un développement social hors les murs. Jacques Eloy, sociologue, président de Mémoires vives – Centres sociaux

L’opération Mille clubs en Gironde : apogée et déclin des équipements pour les jeunes dans les années 1970, par Jean-Pierre Augustin La programmation « d’équipements » socio-éducatifs et sportifs est inscrite dans la planification française de 1961 à 1980 et reste pendant une vingtaine d’années la pierre de touche de l’intérêt de la puissance publique envers les jeunes. Pas une municipalité qui ne réclame son équipement spécialisé dès que quelques adolescents commencent à se manifester publiquement. L’équipement est inscrit dans la logique de la croissance urbaine : à chaque nouveau problème un nouvel équipement !

Le 1000 club de Bouliac, actuellement accueil de loisir sans hébergement (ALSH) pour les 6-14 ans, cliché actuel de Jean-Pierre Augustin (Gironde).

Le financement par l’Etat et les collectivités locales a ainsi favorisé l’édification de milliers d’équipements qui ont très vite posé de sérieux problèmes de fonctionnement en raison notamment de leur appropriation par certaines catégories de jeunes qui, de fait, entraînent la non-fréquentation d’autres groupes sociaux ; les jeunes sont peu enclins à coexister avec

26

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Maison, centre, club : enjeux de proximité et d’échelle

Jeudi 4 décembre

les enfants, les adultes ou les personnes âgées, lorsque ce ne sont pas ces populations qui se plaignent du voisinage des jeunes ; la fragmentation des activités proposées par ateliers conduit aussi à un écrémage de la population jeune, quand ce n’est pas à une désorganisation des bandes qui se recréent alors sur la base d’une pratique non exempte de violence. C’est en partie sur ces constats que, dans la suite du Livre Blanc de la Jeunesse de 1967, est lancée l’opération dite « Mille clubs de jeunes » non sans arrière-pensées dans la mesure où 1’État espère aussi par ce moyen, moins onéreux et plus souple, se débarrasser de la main-mise des fédérations d’éducation populaire et en particulier de la Fédération française des Maisons de jeunes et de la culture (FFMJC). Livrer en peu de temps des équipements de dimensions réduites en « kits » à destination des jeunes « inorganisés » de plus de quinze ans, tel est l’objectif. Si l’opération connaît un certain succès, au point d’être renouvelée en 1972 et 1977, notamment sous la pression des municipalités, elle atteint également très vite ses limites. Très peu de clubs sont pris en charge par les jeunes eux-mêmes ; la plupart sont vite fermés, rouverts, puis fermés à nouveau, transformés et repris pour d’autres activités quand ils ne sont pas laissés définitivement à l’abandon. L’opération « mille clubs » marque à la fois l’apogée et donc le début du déclin d’une politique presque exclusivement orientée vers la construction d’espaces spécifiques pour les jeunes. Ce qu’elle révèle en même temps, c’est l’impossibilité de continuer à penser la question sous la fiction d’une jeunesse appréhendable seulement en termes démographiques. L’étude de ces « mille clubs » en Gironde vise à analyser leur conception fonctionnaliste, leur mode d’attribution, leur localisation et leur gestion dans le département, puis leur évolution et disparition progressive. Sources : archives des DDJS en Aquitaine, enquête qualitative des opérateurs et acteurs de ces équipements, interviews des inspecteurs et fonctionnaires DDJS, sources dans les services jeunesse et associations des municipalités concernées, archives de la presse locale. Jean-Pierre Augustin, professeur émérite en géographie, université Bordeaux-Montaigne, UMR ADES/CNRS

Un héritage en question : les Mille clubs du Puy-de-Dôme (1967-2014), par Mathilde Lavenu Se démarquant volontairement de la politique conduite par son prédécesseur Maurice Herzog, François Missoffe, ministre de la Jeunesse et des Sports de 1966 à 1968, initiait en 1967 un programme national de construction d’équipements publics à destination des jeunes. Cette action en faveur de la jeunesse avait pour objectif de conjuguer une politique d’équipement et une politique de la jeunesse afin de répondre aux déficits d’équipements socio-éducatifs dans la France d’après-guerre. Définie par la circulaire du 20 juillet 1967, cette politique publique intitulée « mille clubs de jeunes » avait vocation à : «créer un équipement léger destiné à un nombre limité de jeunes et donner aux jeunes un sentiment de communauté et d’appropriation en leur faisant monter eux-mêmes leur local ». Équipement public d’une surface de 150 m2 calibré pour un effectif de 200 personnes maximum, ce programme avait vocation à répondre à des besoins locaux en offrant une structure de proximité et à des usages variés nécessitant une polyvalence de l’espace mis à disposition. Dans le département du Puy-de-Dôme, cette action s'est déclinée tant en milieu rural qu'en zone urbaine sur une dizaine de communes. Plusieurs mille clubs ont ainsi été édifiés dans les années soixante-dix et la plupart d'entre eux subsiste aujourd'hui tout en étant encore en usage et conforme à leur vocation première. Toutefois si les usagers de ces lieux sont très attachés à ces architectures, leurs besoins actuels évoluent et les propriétaires de ces équipements, en l’occurrence les communes, s'interrogent quant à l'adéquation et au devenir des mille clubs. Accueilli sous de bons auspices comme une aubaine en son temps

27

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Maison, centre, club : enjeux de proximité et d’échelle

Jeudi 4 décembre

par les collectivités, le mille club semble désormais devenir plus une source d'embarras pour ses propriétaires, les conduisant pour certains d'entre eux à envisager de faire le choix difficile de l'oubli en optant pour la démolition de ces édifices. Pourtant ces édifices forment aujourd'hui un ensemble identifiable qui ponctue le territoire et constitue le témoignage d'une politique publique, d'un processus social d'appropriation collective et d'un mode de conception relevant de la préfabrication et de la série. Issu de l'industrialisation du bâtiment, le mille club, équipement socio-éducatif conçu initialement en tant qu'objet architectural et technique se transforme désormais en édifice singulier et identitaire. Équipement sériel de proximité, chaque mille club interroge dès lors à l'échelle de son propre territoire la mémoire et l'héritage, révélant ainsi des enjeux sociétaux qui dépassent sa vocation initiale pour poser la question du patrimoine et interroger le champ du monument. Édifiées depuis plus de quarante années, ces architectures publiques quelques soient leurs valeurs intrinsèques permettent néanmoins à l'homme de s'inscrire dans l'espace et dans le temps en constituant des témoins de l'habiter et de l'édifier.

1000 club à Aurière (Puy-de-Dôme), cliché actuel de Mathilde Lavenu.

Mathilde Lavenu, enseignante-architecte TPCAU, ENSA de Clermont-Ferrand, master METAPHAUR

28

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°1 Quels espaces pour le jeu

Jeudi 4 décembre

Atelier n°1 Quels espaces pour le jeu

Plaquette de présentation de jeux et de mobiliers de plein air créés par le bureau d'étude de la Fédération nationale des Francas, 1974, Arch. dép. du Val-de-Marne, 547J1234.

29

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°1 Quels espaces pour le jeu

Jeudi 4 décembre

Les centres aérés : des espaces méconnus (années 1960), par Jérome Camus et Francis Lebon Lorsque l’on cherche, en 2014, « centres aérés » sur Internet, on est d’abord dirigé vers le site Service-Public.fr, le site officiel de l’administration française, qui propose une rubrique « Accueil d’enfants et adolescents (garderie, centre de loisirs, centre aéré) » avec la définition suivante : « Les structures d’animation sans hébergement accueillent vos enfants et adolescents hors temps scolaire. Elles leur permettent de pratiquer des activités de loisirs, de détente, culturelles, sportives, notamment ». Ces « structures », qui sont communément appelées garderies, centres de loisirs ou centres aérés, sont à présent, officiellement, des accueils de loisirs sans hébergement (ALSH). Mais qu’en est-il alors précisément des centres aérés ? Ils n’ont existé légalement qu’entre 1960 et 1970, date à laquelle ils sont remplacés par les centres de loisirs sans hébergement (CLSH). Ces centres aérés, qui accueillent un grand nombre d’enfants dans un même lieu, sont reconnus par l’arrêté du 19 mai 1960 comme des « centres de loisirs organisés, à la périphérie des agglomérations, par des institutions publiques ou privées et destinés à accueillir en demi-pension, dans des installations permanentes les enfants de moins de seize ans pendant les périodes de congés scolaires » (art. 1er). Nous revenons sur ces « lieux pour l’éducation populaire » qui, à partir de la deuxième moitié des années 1950, deviennent une préoccupation croissante des associations de jeunesse et d’éducation populaire, en particulier aux Francs et franches camarades. Intégrés progressivement au processus de planification des équipements, les centres aérés sont imprégnés de conceptions architecturales issues des colonies de vacances dont ils se veulent un complément. Jérôme Camus, maître de conférences, université de Tours, CITERES-CoST Francis Lebon, maître de conférences, université Paris Est Créteil, LIRTES

Ouvrage Le moniteur des travaux public et du bâtiment, « Les équipements sportifs et socio-éducatifs », numéro horssérie, juin 1966, p. 191.

30

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°1 Quels espaces pour le jeu

Jeudi 4 décembre

L’expérience des terrains d’aventure en France dans les années 1970-1980, une aventure sans lendemain ?, par Gilles Raveneau La conception du terrain d’aventure est née au Danemark à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec la reconstruction des villes et le manque d’équipement pour la jeunesse dans les quartiers les plus éprouvés par la guerre. C’est un équipement réduit à sa plus simple expression. Il est très économique, nécessite peu de frais de première installation et de maintenance et peu de personnel pour s’en occuper. Ces qualités et le franc succès qu’ils rencontrèrent auprès des enfants firent se multiplier les expériences dans différents pays européens. Ils apparaissent en France dans les années 1970 sous le nom de « terrain d’aventure » ou « terrain pour l’aventure ». Le premier est ouvert à Paris en 1971. Ils se développent dans les années 1970 et le début des années 1980, puis disparaissent progressivement à la fin des années 1980 et dans les années 1990.

Photographie extraite de l’ouvrage de M. Rouard et J. Simon, Espaces de jeux : de la boîte à sable au terrain d’aventure, Paris, éd. D. Vincent, 1976.

La courte expérience des terrains d’aventure en France est à mettre en relation avec les mouvements de Jeunesse et d’Éducation populaire, les luttes pour l’encadrement de l’enfance et les bouleversements culturels et sociaux introduits par le mouvement de révolte de mai 1968. A cela il faut ajouter la volonté politique de l’Etat, aidée en cela par les collectivités locales, de construire des équipements socio-éducatifs et sportifs pour la jeunesse. Cette préoccupation est inscrite clairement dans la planification des années 1960-80 et dans la logique de la croissance urbaine. Pour autant ne doit-on voir dans la brève expérience des terrains d’aventure en France que le déclin d’une politique orientée vers la construction d’équipements pour la jeunesse et le retour d’une éducation plus autoritaire sous le contrôle des adultes ?

31

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°1 Quels espaces pour le jeu

Jeudi 4 décembre

Si les terrains d’aventure peuvent apparaitre comme une parenthèse qui n’aurait pas eu de suite, nous essaierons de montrer au contraire que cette expérience prend un sens plus vaste si on la relie à deux objets et aux pratiques qu’ils médiatisent : les abris de loisirs (Raveneau et Sirost, 2011) et les jardins urbains (Dubost, 1997 ; Cabedoce et Pierson, 1996). En effet, les terrains d’aventure peuvent s’interpréter dans une continuité avec les usages des friches urbaines, des abris de loisirs et des jardins (jardins ouvriers, familiaux, partagés). À travers l’analyse et la comparaison de trois terrains d’aventure de la région parisienne dans les années 1970, cette communication montrera, d’une part, comment cette expérience s’inscrit dans ce cadre élargi où le terrain garantit un libre usage de l'espace aux enfants en apportant les instruments nécessaires à son exploration comme aux échanges entre les jeunes, et d’autre part tout l’intérêt qu’il y a à réintroduire l’espace comme dimension centrale de l’éducation populaire. L’analyse localisée des usages, des stratégies sociales de construction, d’appropriation et de réappropriation de l’espace permet de comprendre l’inscription de l’action collective et de l’action éducative dans son environnement physique. En définitive, le terrain d’aventure révèle la place faite aux enfants dans la cité par les adultes. Il marque le terme d’un conflit entre intérêts des enfants et privilèges des adultes, une tension entre autonomisation des jeunes et domination des adultes.

Terrain d'aventure à Paris, cliché actuel de Gilles Raveneau.

Gilles Raveneau, ethnologue, maître de conférences, université de Paris ouest Nanterre La Défense, LESC/UMR 7535 du CNRS

32

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°2 Eduquer hors des murs de l’école ?

Jeudi 4 décembre

Atelier n°2 Eduquer hors des murs de l’école ?

Claude Bellanger, « Le Foyer communal d'éducation et de loisirs », L'Action laïque, n°56bis, 1938, Archives nationales, 20140057/665, Ligue de l’enseignement.

33

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°2 Eduquer hors des murs de l’école ?

Jeudi 4 décembre

« On s’ennuie au village ». La place de l’éducation populaire au sein des foyers municipaux landais (1930-1940), par Nicolas Nauze A l’occasion d’une de ses visites aux paysans du Centre effectuées entre 1907 et 1934, Daniel Halévy remarque que, dans les campagnes du Bourbonnais, « les anciennes mairies […] ne suffisent plus. Une vie commune s’est instituée, qui veut une maison commune ». Au cours des mêmes années, le département des Landes semble connaître une effervescence analogue, avec, pour conséquence, une éclosion généralisée de maisons communes rurales. L’intensité croissante des activités associatives, syndicales et politiques incite nombre de municipalités à dédier un lieu à ces divers rassemblements. Les élus ont à cœur de favoriser le plein exercice des libertés publiques récemment conquises, et les salles dévolues aux réunions sont conçues comme une pièce essentielle du nouvel « écosystème républicain ». Par ailleurs, ces équipements satisfont une autre attente, plus récréative. En effet, les diverses formes de la sociabilité rurale, des plus traditionnelles (fêtes, noces) au plus modernes (banquets, fanfares, bals, « loisirs Projet de foyer populaire pour le village de Bascons (1937), architecte de masse »), sont également en Franck Bonnefous). Arch. dép. Landes, 70 J 123. quête d’un espace d’accueil échappant au circuit marchand des salles privées. En réponse à tous ces besoins, plus d’une centaine d’édifices publics polyvalents sont donc élevés dans le département, entre 1900 et 1940. Cette génération spontanée, repérable dans d’autres régions, a été peu étudiée jusqu’ici. La variété des appellations employées pour désigner ces constructions (salle des fêtes, salle de réunion, foyer municipal, foyer populaire, maison du peuple…) a sans soute empêché de percevoir leur réelle unité typologique et fonctionnelle. Or, ces édifices forment indéniablement une catégorie autonome, propre à l’architecture publique de la IIIème République. Les années 1930 apparaissent comme le point culminant de cette floraison. Cette décennie marque toutefois une inflexion significative – au moins dans les intentions formulées par les élus landais – vers un projet plus ouvertement éducatif. Par la construction de « foyers », il s’agit désormais de seconder l’école de la République dans ses missions, et, surtout, d’offrir aux sociétés d’éducation populaire les moyens de poursuivre leur œuvre dans des conditions plus favorables. Cette nouvelle orientation, qui participe à l’engouement suscité alors par l’éducation populaire, réaffirme la vocation civique et émancipatrice de ces salles, où se fait le nécessaire et permanent « apprentissage de la démocratie » réclamé par le régime. Peut-être pense-t-on aussi, par cette action volontariste, susciter la création d’un plus grand nombre sociétés d’éducation populaire. Si l’on en croit les rapports officiels, ces dernières sont très rares dans le département (exception faite des sociétés sportives qui, par contraste, semblent pléthoriques). Enfin et surtout, cette préoccupation éducative porte la marque d’une obsession collective, aux accents fortement agrariens : la lutte contre l’exode rural. En proie aux crises et, dit-on, à l’ennui, les campagnes landaises se dépeuplent brutalement. Eduquer, pour redonner espoir aux ruraux et les mener sur le chemin de la prospérité : tel paraît être le remède à l’hémorragie démographique.

34

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°2 Eduquer hors des murs de l’école ?

Jeudi 4 décembre

Fait majeur, cette ambition reçoit désormais le soutien financier d’un Etat conscient des enjeux soulevés par l’exode rural. Entre 1928 et 1940, on assiste donc à un accroissement sensible du nombre et, surtout, de la taille des projets. Délaissant la polyvalence contrainte des petites salles des fêtes, les « complexes municipaux » édifiés dans ce contexte se présentent comme de véritables équipements intégrés, où les espaces sont articulés de manière complémentaire et cohérente. L’appellation de « foyer municipal » manifeste cette unité nouvelle du programme, qui transforme les salles des fêtes en machine à régénérer « l’esprit de collectivité qui doit animer un village » (Léandre Vaillat). Mais, dans cette course pour retenir les paysans à la terre, la vocation éducative des foyers entre souvent en tension avec leur destination première, festive et récréative. Ne fautil pas plutôt lutter contre l’ennui profond des campagnes et proposer de véritables « loisirs » ? Peut-on offrir des distractions qui soient « saines » et « pédagogiques » ? Le débat sur le rôle de l’éducation populaire éclaire donc d’un jour nouveau la forme et la fonction de ces équipements, entre affirmation des idéaux républicains et gestion embarrassée de la crise traversée par le monde rural. Nicolas Nauze, professeur agrégé d’Arts plastiques

Le foyer-modèle de la Ligue de l'enseignement, de 1936 à 1958 : spécialisation, urbanisation, voire déscolarisation ?, par Frédéric Chateigner La Ligue de l'enseignement semble moins associée aux enjeux d'équipement et d'architecture que les fédérations d'éducation populaire liées, par leur objet même, à un équipement particulier : maisons, centres, foyers... La question des lieux s'est posée de manière moins urgente pour une organisation qui disposait des locaux de l'Ecole primaire comme elle s'appuyait massivement sur son personnel, les instituteurs et institutrices. Toutefois, l'écriture en cours d'une histoire générale de la Ligue (avec Jean-Paul Martin, à paraître en 2016 pour les 150 ans de la Ligue) permet de faire réémerger des modèles architecturaux spécifiques aux activités extrascolaires de la Ligue. On peut notamment identifier le « foyer communal d'éducation et de loisirs » que la Ligue recommande à partir de 1936, et qui est notamment édifié lors de l'exposition internationale de 1937 puis décrit en détails dans une brochure de 1938. Ce foyer est très polyvalent : il permet spectacles et projections, mais aussi gymnastiques et festivités. Il est aussi fortement ancré dans l'espace scolaire primaire : on invite à le bâtir à côté de l'école. Il s'insère, enfin, dans le monde rural : c'est d'ailleurs dans le cadre du « Centre rural » qu'il est édifié en 1937. Une série de plans, dus à Roland Schweitzer et publiés en 1958 donne à voir l'évolution, en vingt ans, des modèles architecturaux promus par la Ligue. Prise en compte du cadre urbain : plusieurs plans, de plus en plus complexes, sont proposés pour s'adapter à la taille des villes et des quartiers. Spécialisation croissante, avec l'autonomisation des équipements sportifs (les modestes agrès de gymnastiques encore présents en 1937-1938 ont disparu et le plan du foyer n'est plus accompagné de celui du terrain de sports), l'accroissement des exigences techniques pour les spectacles et, corrélativement, les réticences à laisser leur place aux activités festives. Dans le même temps (1957), l'UFOLEA, branche artistique de la Ligue, publie d'ailleurs une description très précise de la salle de spectacle de l'Amicale laïque, publication qui pousse la logique de spécialisation encore un peu plus loin. Enfin, l'exigence d'arrimer le foyer aux bâtiments scolaires s'amenuise un peu : s'il est toujours recommandé de construire le « foyer culturel » à proximité de l'école, c'est surtout dans le cadre de la construction de nouveaux établissements, dont la polyvalence doit refléter la mobilisation naissante autour de l'« éducation permanente ». Après avoir comparé ces deux modèles, on montrera que les évolutions de la Ligue à partir des années 1960 (autonomisation croissante à l'égard de l'Ecole, spécialisation accrue, urbanisation assumée...) ont probablement rendu plus difficile pour la Ligue - d'après l'état actuel des recherches du moins - la formulation d'un modèle architectural d'équipement.

35

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°2 Eduquer hors des murs de l’école ?

Jeudi 4 décembre

Références Claude Bellanger, « Le Foyer communal d'éducation et de loisirs », L'Action laïque, n°56 bis, 1938. « Comment construire un foyer culturel ? », supplément à l'Action laïque, n°192, mars 1958. Fernand Delaroche, « La Salle de spectacles de l'amicale laïque », L'Ufoléa, n°111112, novembre 1957. Frédéric Chateigner, maître de conférences en sciences politiques, IUT Carrières sociales de Tours

Claude Bellanger, « Le Foyer communal d'éducation et de loisirs », L'Action laïque, n°56bis, 1938, Archives nationales, 20140057/665, Ligue de l’enseignement .

36

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°3 Pourquoi des équipements ?

Jeudi 4 décembre

Atelier n°3 Pourquoi des équipements ?

MJC-Centre social CLub de Créteil, [1980-1990], Arch. dép. du Val-deMarne, 121J 28

37

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°3 Pourquoi des équipements ?

Jeudi 4 décembre

L’expérience artistique dans les lieux de l’éducation populaire. Témoignage à partir de l’expérience de l’Alhambra à Marseille (de 1986 à nos jours). Entretien de Jean-Pierre Daniel, cinéaste pédagogue, avec Denise Barriolade, inspectrice principale Jeunesse et Sports honoraire L’Alhambra, du côté de l’Estaque, est le plus vieux cinéma de la périphérie de Marseille, doté d’une façade originale des années 1930 ; son exploitation commerciale cesse en 1980. La ville le rachète en 1981. Mais que faire de ce lieu ? La ville, qui n’a pas à cette époque de direction de la culture, a confié à l’association Léo Lagrange la gestion de l’office de la culture qui « hérite » du dossier de l’Alhambra. Plusieurs pistes sont envisagées : lieu pour l’enfance, l’éducation musicale, pour les activités du 3ème âge… En 1983, Gaston Defferre, contraint de s’allier, à la mairie, au parti communiste, va aussi être contraint d’agir dans les quartiers Nords, et à ce titre, d’y créer un centre culturel. Faute de grands moyens pour construire, l’idée émerge de convertir l’Alhambra et, après trois ans d’études et de débats, de lui redonner sa vocation de cinéma considérant qu’une telle salle pourrait tenir le rôle de centre culturel, dont la gestion serait confiée à Vue de la façade de l'Alhambra à Marseille, 1981, prêt Jean-Pierre Daniel. une équipe indépendante et dans une perspective non marchande. Un pari assez radical proposé et mis en œuvre par Jean-Pierre Daniel en 1986, dans le cadre de sa mission de Conseiller d’éducation populaire ! Suivent deux années de travail sur le projet scénographique et technique avec une petite équipe puis une année pour la reconstruction suivie par la direction de l’architecture, maître d’ouvrage, qui agit selon le projet scénographique proposé. Entre temps la ville dispose d’une direction des affaires culturelles confiée à Dominique Wallon qui deviendra ensuite directeur du CNC. Un contexte favorable à la liberté d’invention pour mettre ce projet en route avec les partenaires locaux. Le choix est fait d’une gestion associative symbolique, contrôlée par la mairie centrale, et une totale autonomie administrative et artistique de l’équipe choisie pour diriger l’équipement. « Après avoir défini la scénographie du lieu et de son équipement, j’ai pu élaborer librement un projet d’action, qui a reçu l’aval des partenaires et que j’ai pu mettre en œuvre pendant 20 ans dans un cadre budgétaire contraint mais suffisant. Cette expérience d’élaboration et de mise en œuvre d’un lieu voulu comme un espace singulier de rencontre quotidiennes entre l’art du cinéma et la population d’un vaste territoire populaire est pour moi une source permanente de réflexion sur les enjeux des espaces nécessaire à cette action très, peut-être trop, globale que l’on appelle "éducation populaire".

38

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°3 Pourquoi des équipements ?

Jeudi 4 décembre

Je rêve d’un nouveau lieu de cinéma public qui tiendrait compte de cette expérience en reprenant le projet scénographique de l’Alhambra. La scénographie, comme la science de la création de la situation pédagogique nécessitée par l’expérience artistique ! Ce qui m’a interpellé tout au long de mon chemin, c’est la place de l’expérience artistique et ses multiples manifestations (de la rencontre des œuvres à la découverte des gestes de la création) dans les lieux actuels de l’éducation populaire (lieux publics, lieux de formation…). On pourrait reformuler aujourd’hui la question en pensant aux nouveaux objectifs d’éducation artistique affichés par l’État et chercher la place de cette expérience dans les actions et les lieux mis en œuvre par l’éducation populaire. […] Tout au long de ma carrière, je me suis déplacé dans d’innombrables lieux, dits socioculturels, pour toujours constater leurs inadaptations à toutes pratiques demandant de l’espace, de la plasticité, de la créativité. La question de la salle polyvalente est à elle seule un sujet révélateur de cette difficulté. […] Je dis inadaptation mais en fait je pense plutôt dévalorisation de l’expérience artistique dans ces lieux. »

La mise en place des maisons de jeunes dans les communautés inuits du Nunavik (Arctique québécois) dans les années 2000, par Véronique Antomarchi La mise en place de maisons pour jeunes dans la région du Nunavik (Arctique québécois) à la fin des années 1990 répond à une démarche propre à l’éducation populaire au Québec. L’objectif premier consiste à accompagner les jeunes pour les aider à surmonter des difficultés majeures. Rappelons que les taux de suicides sont très élevés en particulier chez les jeunes hommes. L’objet de cette communication repose sur la présentation de l’aménagement spécifique des maisons des jeunes en insistant sur les choix de décoration extérieure. Bon nombre de maisons de Cliché actuel de Véronique Antomarchi. jeunes, en particulier celle de Kangiqsujuaq, sur laquelle nous travaillons, ont été réalisées sur la base d’un projet artistique, proche de la culture hip hop. Sur les façades extérieures, des images représentent les valeurs inuit. Nous nous proposons à travers cette communication de comprendre les enjeux de la scénographie du lieu ainsi que la perception que les habitants de cette communauté inuit en ont. Véronique Antomarchi, docteure en histoire, IUT Carrières sociales Paris Descartes, chercheure associée au CERLOM-INALCO

39

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°4 Tourisme et équipements

Jeudi 4 décembre

Atelier n°4 Tourisme et équipements

Ouvrage Le moniteur des travaux public et du bâtiment, « Les équipements sportifs et socioéducatifs », numéro hors-série, juin 1966, p. 212.

40

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°4 Tourisme et équipements

Jeudi 4 décembre

L’hébergement des jeunes vacanciers à Nice : stratégies des auberges de jeunesse et des autres formes d’accueils (fin des années 1930-1990), par Eric Carton Lorsque l'on étudie les différentes associations ayant organisé l'accueil des jeunes vacanciers à Nice et plus généralement dans les Alpes-Maritimes, on constate que trois types d'organismes se sont développés. Chacun a eu sa propre stratégie et les choix réalisés, il y a plus de soixante ans, ont encore des incidences aujourd'hui. Ces stratégies ont été : - des mises à disposition de locaux créés spécifiquement pour l'accueil des jeunes (MJC) ; - des mises à disposition puis achats par les organismes gestionnaires de locaux existants et adaptation (Fédération unie des auberges de jeunesse, FUAJ) ; - des achats de locaux spécifiques par les organismes gestionnaires (Club de loisirs et d'actions de la jeunesse, CLAJ). Un photo (carte postale éditée par les CLAJ) du relais internaLes auberges de jeunesse se sont tional de la Jeunesse Clair Vallon implanté sur la colline de Cimiez à Nice. On voit la maison d'origine (à gauche) qui com- implantées dans plusieurs villes des prend notamment la cuisine, la salle à manger, quelques Alpes-Maritimes. Parfois loin des centres chambres et les bureaux ; un bâtiment plus récent construit par villes, elles ont bénéficié de locaux prêle CLAJ avec salles de réunion, hébergement et piscine. tés par les communes. Elles ont ensuite souffert du retrait de ces locaux qui ont été réutilisés pour l'accueil d'autres publics ou qui ont été fermés suite aux trop nombreux travaux à réaliser. L'acquisition tardive d'un hôtel, transformé en auberge, montre un changement dans l'approche gestionnaire. En 1948, des jeunes niçois se regroupent et créent le CLAJ. L'objectif est de permettre aux jeunes d'aller en vacances dans des lieux où ils ne sont pas admis. Le premier relais international de la jeunesse ouvre à Nice sur la colline de Cimiez. Très vite, l'association ouvre d'autres centres à Antibes, Cap d'Ail, Calvi en bord de mer puis Valberg et Allos à la montagne. Propriétaire des locaux, l'association a aujourd'hui un patrimoine important. Au début des années 1970, la ville La maison peu après l'achat (carte postale des CLAJ), prêt de Nice a construit deux MJC (Magnan et Eric Carton. Gorbella). Elles sont, toutes les deux, équipées d'une structure d'hébergement (chambres et restauration) afin d'accueillir des groupes. Face au manque de structures d'accueil des jeunes vacanciers, la MJC Magnan décide d'ouvrir une auberge de jeunesse l'été et transforme ses salles de danses en dortoir. Lassée, l'équipe décide d'arrêter cette activité après l'été 1999. Après de forts manques dans les années 80, la demande d'accueil des jeunes touristes semble diminuer, même en été. Il ne reste plus qu'une auberge de jeunesse (une deuxième ouvre uniquement l'été) dans les Alpes-Maritimes. Les MJC n'accueillent plus les jeunes touristes et les CLAJ reçoivent maintenant des séjours de vacances pour compléter le remplissage des structures. L'accueil des jeunes en vacances devient plus rare sur la Côte d'Azur, ce sont pourtant les touristes de demain. Eric Carton, docteur en Sciences de l'Information et de la Communication, enseignant à l'IUT de Nice (département Carrières Sociales de Menton), chercheur associé I3M

41

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Atelier n°4 Tourisme et équipements

Jeudi 4 décembre

Les villages vacances du conseil général du Val-de-Marne, 40 ans de tourisme social à Guébriant (Haute- Savoie) et Jean-Franco (Savoie), commentaires de films d’archives par Yann Chilard, directeur de la Jeunesse, des Sports et des villages vacances du Val-de-Marne et Laurence Blanchard, responsable de la centrale de réservation des villages Elu en 1967, le premier conseil général du Val-de-Marne, département tout jeune issu de la réorganisation administrative de la région parisienne, se mobilise dès sa mise en place pour privilégier l’accès pour tous au sport, à la culture, aux loisirs. C’est ainsi qu’il fait l’acquisition en 1969 de deux sites montagnards, un sanatorium à Passy en Haute-Savoie pour le premier, un domaine foncier de 5 ha à Longefoy-sur-Aime en Savoie pour le second, afin d’y aménager deux centres de vacances à vocation sociale. Le sanatorium de Guébriant, construit dans la commune de Passy (Haute-Savoie) au début des années 1930 par les architectes Pol Abraham et Henry Le Même est situé sur un plateau d’altitude (1400m) où il bénéficie de conditions d’ensoleillement optimales. Dédié à l’origine à l’accueil de femmes tuberculeuses, il reste affecté à l’usage de sanatorium jusqu’à la fin des années 1960, date à laquelle l’association philanthropique propriétaire cherche à s’en dessaisir. Le conseil général du Val-de-Marne, à la recherche de sites propices à l’ouverture de centres de vacances, en vote l’acquisition en 1970. Après des travaux de reconversion et surtout de protection contre les avalanches, le village de Guébriant ouvre au public en 1973. Le village Jean Franco est, quant à lui, une construction neuve sur un terrain de 5 ha, situé dans la haute vallée de l’Isère à 1600 m d’altitude au-dessus du village savoyard de Longefoy-sur-Aime. Le département acquiert le foncier en 1969, le maître d’œuvre choisi, Michel Besançon, architecte de la station de La Plagne, mène les travaux en 14 mois. Le centre ouvre ses portes en 1971. Il reçoit le nom de Jean Franco, grand alpiniste accidentellement décédé à la Plaquette de promotion des centres de vacances du CG 94, 1977, veille de l’inauguration. Arch. dép. du Val-de-Marne, 2096W 1. Depuis 40 ans, les villages accueillent chaque année 10.000 vacanciers ou scolaires. Destinés prioritairement aux Val-deMarnais, ils sont néanmoins ouverts à d’autres publics selon les possibilités. Leur vocation initiale, qui était de permettre au plus grand nombre de partir en vacances et de découvrir la montagne tout en bénéficiant d’un hébergement de qualité (les villages sont classés 3 étoiles) n’a pas varié dans le temps.

42

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Des murs pour dépasser les barrières de l’enfance : l’architecture des colonies de vacances

Jeudi 4 décembre

Séquence Des murs pour dépasser les barrières de l’enfance : l’architecture des colonies de vacances

Brochure des CEMEA, 1965, Arch. dép. du Val-de-Marne, 561J 63.

43

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Des murs pour dépasser les barrières de l’enfance : l’architecture des colonies de vacances

Jeudi 4 décembre

Légèreté et mobilité. De la colonie sanitaire au camp de vacances : la collaboration de Jacques et Michel André avec Jean Prouvé (1938-1939) par Caroline Bauer Sous la gouvernance de Léon Blum, d’importants crédits étatiques sont débloqués en 1937 pour encourager le « séjour d’enfants dans les colonies, camps de vacances ou œuvres de plein air8 ». Confirmant son rôle précurseur dans l’action sanitaire et sociale, la Meurtheet-Moselle s’engage dans la réalisation de programmes de loisir à destination du jeune public, en étroite relation avec les préoccupations hygiénistes de l’époque. Bien qu’en France, la majorité des installations de camps et de colonies de vacances soit logée dans des bâtiments préexistants, je propose d'aborder le sujet à travers deux constructions neuves, réalisées par l’agence d’architecture nancéienne de Jacques et Michel André, en collaboration avec Jean Prouvé : la colonie sanitaire de vacances de SaintBrévin l’Océan (1938-1939) et le camp de vacances d’Onville (1939). L’objectif est d’étudier et de comparer ces deux réalisations, de comprendre les modèles mis en œuvre, de dégager l’apport des différents protagonistes, et d’analyser les dispositifs architecturaux employés pour répondre aux spécificités programmatiques (jeune public, préoccupations hygiénistes, climat maritime ou montagnard, mobilité, économie Colonie sanitaire de vacances de Saint-Brévin-l'Océan, Jacques et Michel Ande la construction). En s’appuyant sur une dré, 1938-1939 (archives privées). composition aérée et une structure ventilée, les architectes s’approprient le programme d'une colonie sanitaire à SaintBrévin l'Océan pour en proposer leur définition, inspirée des modèles de la classe de plein air et du pavillon temporaire d’exposition. Leur réflexion s'articule autour des notions de légèreté, de standardisation et d’économie de la construction, à travers l’utilisation d’un matériau alors en quête d’une légitimité moderne, le fibrociment. Parmi la série complète de mobilier élaboré pour la colonie, Jean Prouvé réalise avec Jacques André les tables de réfectoire, dont le plateau en fibrociment souligne l’unité de conception. Pour le camp de vacances d’Onville (1939), les protagonistes étudient des tentes démontables en structure tubulaire, des baraquements et des roulottes, plaçant la mobilité au centre de leur réflexion. Cette étude est à mettre en parallèle avec les recherches de Jean Prouvé liées à l’émergence d’une industrie du loisir (maison B.L.P.S., 1938), mais également avec celles relatives aux programmes mis en place en temps de guerre. Le même système de structure à ossature extérieure métallique est ainsi indistinctement employé pour la réalisation du réfectoire du camp de vacances, et pour la construction de baraques militaires dès la fin de l'année 1939. L'architecture des camps et colonies de vacances est un sujet jusqu'ici peu traité 9 ; cette contribution vise ainsi à enrichir le domaine de connaissances par deux réalisations aux inSELLIER Henri, « Ministère de la Santé Publique. Frais de séjour des enfants dans les colonies de vacances et œuvres de plein air », Journal Officiel, 19 mai 1937, p. 5419. 8

Voir le texte de Bernard Toulier, « Les colonies de vacances en France, quelle architecture ? », dans In Situ, revue des patrimoines [en ligne], 2008, n°9 [consulté le 14/10/2013]. http://www.insitu.culture.fr/article.xsp?numero=9&id_article=toulier2-526 9

44

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Des murs pour dépasser les barrières de l’enfance : l’architecture des colonies de vacances

Jeudi 4 décembre

novations structurelles et formelles. Elle s’inscrit plus largement dans une recherche menée sur l'agence d'architecture André et sur la nature des collaborations entre Jean Prouvé et Jacques André, tous deux originaire de Nancy.

Caroline Bauer, doctorante, université Panthéon-Sorbonne, UFR03, chercheuse associée au LHAC, ENSA Nancy

Les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CEMEA) et la qualité du lieu de vie : des locaux au service de la diffusion de l’éducation nouvelle (19431962), par Geneviève Vannini

Programme de la journée d'étude sur les colonies de vacances organisée par les CEMEA en 1948. La majeure partie des travaux porte sur le rôle des locaux et du matériel dans la valeur éducative de la colonie. Arch. dép. du Val-deMarne, 512J 551

À l’origine destinées à améliorer la santé des petits citadins menacés par la tuberculose en les envoyant respirer le bon air à la campagne, à la mer ou à la montagne, les colonies de vacances connaissent un fort développement dans les années 1930. Leur vocation sanitaire se double d’un projet éducatif visant à la formation de citoyens libres et responsables par la mise en œuvre de méthodes issues des idées de l’éducation nouvelle. Les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CEMEA) participent activement à la transformation des colonies de vacances, en formant des moniteurs capables d’appliquer les nouvelles méthodes pédagogiques, mais aussi en accordant une importance particulière à la qualité des lieux de vie. Très tôt, les CEMEA prennent conscience de l’interaction entre la pédagogie et les conditions matérielles dans lesquelles s’exerce l’action

45

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Des murs pour dépasser les barrières de l’enfance : l’architecture des colonies de vacances

Jeudi 4 décembre

des éducateurs. Dès 1948, des journées d’études consacrées au thème de l’aménagement des colonies de vacances témoignent de l’intérêt des CEMEA pour cette question. Gisèle de Failly, fondatrice des CEMEA, défend l’idée que l’aménagement des locaux en fonction des besoins de l’enfant permet l’acquisition naturelle de bonnes habitudes, le développement harmonieux de ses facultés et favorise une éducation complète de l’individu. La réflexion des militants des CEMEA, associée aux compétences techniques d’architectes conscients des enjeux éducatifs des centres de vacances, aboutit à la définition de ce que devrait être la colonie idéale, conçue en fonction du projet éducatif de ses promoteurs. Des constructions ne rompant pas l’équilibre naturel des sites choisis, une disposition harmonieuse des bâtiments, un aménagement judicieux des locaux sont censés favoriser leurs objectifs. Fidèle à leurs idées, les CEMEA proposent ainsi des solutions mettant la technique au service des besoins de l’enfant, tout en laissant aux architectes la liberté d’imaginer des constructions esthétiques et fonctionnelles. Geneviève Vannini, docteure en histoire, université Paris-Sorbonne

Projet éducatif et projet architectural dans les colonies de vacances dans l’Italie d’après-guerre (1945-1960) par Valter Balducci Apres avoir été une affaire d’état pendant les années du fascisme, les colonies de vacances italiennes reprennent leurs activités dans les mois immédiatement suivant la deuxième guerre mondiale. Mais les conditions de leur réouverture ont changé. Des éléments de continuité avec la période de l’avant-guerre sont bien présents - continuité d’hommes et de méthodes éducatives mais aussi continuité architecturale due à la réutilisation des anciens édifices. Mais l’après-guerre voit un renouvellement des principes pédagogiques et des pratiques éducatives scolaires et extrascolaires, et le passage d’une conception du savoir comme transmission et possession, à une conception du savoir comme processus, comme conquête et implication de l’enfant. Ce renouvellement est dû d’un côté au retour en Italie d’intellectuels émigrés principalement aux Etats Unis comme Lamberto Borghi, qui diffusent les principes de la pédagogie américaine. De l’autre côté, à des évènements précis, comme l’ouverture en 1945 de l’« école-ville Pestalozzi » à Florence par Ernesto Codignola ; l’ouverture en 1946 du « Centro Educativo Italo Svizzero » à Rimini par Margherita Zöbeli ; et aussi l’attention du Service Social de la société Olivetti portée aux principes pédagogiques issus des CEMEA. Après la guerre, l’approche pédagogique des CEMEA, dont les bureaux italiens sont ouverts dès les années Cinquante, sera adoptée par plusieurs mairies et provinces, et aussi par les services sociaux de sociétés industrielles actives dans le champ des projets sociaux, comme l’Olivetti déjà citée, l’ENI, et l’Italsider, et sera à la base de la réalisation d’édifices nouveaux. L’idée que l’enfant puisse bénéficier d’horizons physiques plus ouverts vers la société et la ville, interroge les espaces architecturaux d’écoles comme de colonies de vacances. Bien plus que la scène sur laquelle se joue le processus éducatif, ces édifices en sont l’un des acteurs. Une convergence se joue entre l’interaction de la communauté enfantine avec le contexte réel environnant souhaité par les pédagogistes, et l’interrogation des architectes sur l’identité spécifique des colonies de vacances. Déjà en 1938 Gino Levi Montalcini soulignait que les qualités figuratives et spatiales des colonies de vacance sont dues à la composition de leurs volumes et à leur rencontre avec le paysage naturel, l’horizontalité des plages ou les vues des montagnes. Si la colonie Olivetti de Annibale Fiocchi à Marina di Massa en 1948-58 rend explicite l’ouverture visuelle et physique vers le contexte naturel environnant, c’est à la moitié des années 50 que des projets de colonies de vacance laissent apparaitre la notion de communauté, notion issue du débat architectural international. Le concours pour la colonie de vacances Olivetti à Brusson en 1955 constitue un polygone d’essai sur l’articulation de celle-ci comme communauté. Les projets issus du concours montrent un vaste panel de possibilités, où les réflexions sur les modalités d’agrégation des unités architecturales et sociales se superposent aux recherches plus radicales, comme celle de Marcello D’Olivo, de dispersion des unités architecturales dans le cadre naturel environ-

46

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Des murs pour dépasser les barrières de l’enfance : l’architecture des colonies de vacances

Jeudi 4 décembre

nant. En 1955-58, la colonie ENI de Edoardo Gellner à Borca di Cadore associe à l’analogie entre colonie de vacances et village, une organisation en réseau des espaces publics qui sont élevés au rang de lieux structurant l’ensemble bâti. Si la colonie de Paola Coppola D’Anna Pignatelli pour l’Ente Zolfi au Bois de Bulala à Gela en 1960 traduit dans son organisation le concept d’unité de voisinage, dans celle de Terrasini de 1965 la composition des pavillons se réfère au principe de « l’ambiente italiano », objet de débat au tournant des années 1950 et 1960 en référence à la redécouverte des centres historiques. Mais la colonie de vacances dont la composition manifeste le plus la convergence avec l’instance de participation des enfants dans les procès éducatifs est la Sip-Enel de Giancarlo De Carlo à Riccione (1961-63). Ici les espaces de la colonie sont repensés en fonction de l’échelle de perception des enfants, et aussi en faveur d’un rapport au contexte de la ville et du territoire qui sont objets du processus éducatif comme du projet architectural. Valter Balducci, professeur dans le champ disciplinaire Villes et territoires, ENSA Rouen

Vue de la colonie « Olivetti » à Marina di Massa, 1949-1958, carte postale d’époque, prêt Valter Balducci.

.

47

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Planifier les équipements

Vendredi 5 décembre

Séquence Planifier les équipements

Revue Equipement pour la jeunesse et les sports, n° 4, Paris, mai-juin 1963, Arch. dép. du Val-deMarne, 568J 44.

48

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Planifier les équipements

Vendredi 5 décembre

Quand l’État créait les équipements socio-éducatifs (années 1950-1960), par Pierre Moulinier Au début des années 1960, l’État adopte le terme d’ « équipements socio-éducatifs » (ESE) pour caractériser une nébuleuse de locaux et d’installations relevant de l’enfance, de la jeunesse, des loisirs et de l’éducation populaire. Du fait de la création en 1958 d’un « Hautcommissariat à la Jeunesse et aux Sports », ce domaine d’action est couplé aux activités sportives dans un dispositif dénommé « équipements sportifs et socio-éducatifs ». Dans le gouvernement du Front Populaire, le secrétariat d’Etat dédié avait en charge les sports et les « loisirs ». En 1946, est créé un sous-secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports mais, sous la IVe République, c’est plutôt de la jeunesse et du sport que s’occupe l’Etat. Le Haut comité de la jeunesse de France et d’Outremer est créé en 1955. On remarque toutefois que le Plan Langevin-Wallon de 1947 consacre son chapitre 7 à l’ « éducation populaire ». En 1956, deux circulaires du ministère de l’Education nationale sont consacrées à l’équipement sportif des établissements scolaires. De fait, les trois premiers plans quinquennaux (1947-1961) ne consacrent aucun crédit aux ESE. Au tournant des années 1960, le Haut-commissariat, à la suite d’une enquête nationale, publie un document mettant en évidence la grande misère de l’équipement sportif et socioéducatif du pays. Les IVe et Ve Plans se saisissent de la question. S’ensuit le vote à l’unanimité de la première loi de programme des ESE (1962-1965) le 28 juillet 1961 qui fait entrer le terme dans la politique publique de l’Etat et des collectivités locales. Une seconde loi de programme 1966-1970 précédé encore une fois d’une consultation nationale sera votée le 2 juillet 1965. On y quantifie les objectifs : 2655 terrains de sport, 532 piscines, 1345 gymnases, 707 maisons et foyers de jeunes, 286 locaux d’accueil, 577 colonies de vacances. Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment (mai 1969) divise les ESE en deux catégories : les « équipements résidentiels » et les « équipements pour les vacances et les congés professionnels ». Ces plans d’équipement s’intègrent dans les deux politiques de relance du pays de l’après-guerre : la reconstruction et le développement régional, politiques qui sont lancées dans les années 1950. La politique des grands ensembles est lancée en 1955, année où le décret Pflimlin du 30 juin 1955 instaure les « programmes d'action régionale » en vue de « promouvoir l'expansion économique et sociale des différentes régions ». Par ailleurs, le IVe Plan entraîne la création de 20 circonscriptions d'action régionale et à l'aménagement du territoire. En 1963 est créée la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR), à vocation interministérielle, qui prépare, impulse et coordonne les politiques d’aménagement du territoire menées par l’Etat. Par delà la politique de construction ou de reconstruction, le IVe Plan 1962-1965 met l'accent sur les aspects qualitatifs du développement, sur les conditions de vie plus que sur le niveau de vie, comme le dit Pierre Massé (Le Plan ou l'anti-hasard, Hermann, 1991). Les années 1960 sont ainsi celles où naissent les politiques que l’on baptisera plus tard du terme de « qualité de la vie », et, en ce qui concerne l’éducation populaire, les politiques de l’ « animation socioculturelle » et des loisirs, même si le Front populaire peut en revendiquer l’antériorité. Ce n’est pas une surprise de constater qu’a lieu en décembre 1959 à Marly-leRoi (Yvelines) un colloque sur le rôle du Haut Commissariat à la Jeunesse et aux Sports dans l’équipement et l’animation des centres socioculturels des grands ensembles immobiliers. Je me propose, à travers l’évocation de ces années 1950-1960 et par l’analyse des documents administratifs et des réactions des acteurs, notamment des organisations d’éducation populaire, de montrer comment s’est construite la politique des ESE, leur place dans les activités des organisations et dans l’urbanisme, les exigences imposées aux architectes et la vision qui a pu en résulter des objectifs de l’éducation populaire. Pierre Moulinier, ancien chargé d’études et de recherches, ministère de la Culture et de la Communication

49

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Planifier les équipements

Vendredi 5 décembre

Enquête photographique nationale sur les réalisations de 100 clubs en 1971. Le 1000 club de Saint-Sylvain d’Anjou (Main-et-Loire), Archives nationales, 19780387/13.

50

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Planifier les équipements

Vendredi 5 décembre

Les programmes « Albermarle » (1960) et « My Place » (2008) : les 2 seuls exemples de financement d’État pour la construction de maisons de jeunes en Angleterre, par John Ord

L’action des promoteurs du logement social en matière d’équipement socioculturel (1965 à 2005) à travers l’exemple de l’Association pour les équipements sociaux (APES). Entretien de Serge Gerbaud, ancien directeur de l’APES, par Évelyne Coggiola-Tamzali, présidente de l’ADAJEP « Témoignage d’un acteur de terrain chez un promoteur social, constructeur et gestionnaire d’équipements et de locaux socioculturels. 40 ans d’une Association, adossée à un bailleur social, et à un collecteur du 1% logement. Une démarche volontariste prenant au sérieux le « pouvoir d’agir des habitants » et leur pleine « compétence » à prendre en charge ce qui les concerne ! Investit pendant 30 ans sur ce chantier, je viens témoigner de l’alliance, riche et productive, de celles et ceux qui ont réalisé, animé et engendré un vrai vivre ensemble. » (Serge Gerbaud)

Centre social de Pontault-Combault construit en 1976 par l’APES, cliché d’Yves Sérailler à l’occasion d’une projection colorisée sur la façade du centre social en 2014.

L’équipement, l’animateur et le sociologue : de la collaboration à la contestation, par Guy Saez Dans la construction des équipements culturels, socioculturels, socioéducatifs, quelque soient à ce stade les définitions choisies, on trouve un système d’acteurs qui est mobilisé par la production de matérialités, les équipements précisément, et par la définition,

51

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Planifier les équipements

Vendredi 5 décembre

l’expression et le contrôle de besoins, auxquels les équipements sont censés répondent. Cette communication souhaite faire entrer la recherche et les chercheurs comme acteur à part entière d’un système de relations (où figurent déjà les segments administratifs de l’Etat, les autorités locales et les élites associatives), c’est -à-dire comme co-responsables de la matérialité des équipements et de la logique symbolique (ici les « besoins ») qui les soustend. Cette co-responsabilité évolue avec le temps, de même qu’évoluent les formes (instruments, méthodes, techniques) et le statut de la recherche (impliquée, appliquée, concernée). L’existence des équipements a suscité une littérature considérable qui est à la fois une tentative pour répondre à la question « à quoi servent els équipements ? » et une sorte de terrain d’exercice théorique pour les grands modèles des années 60 et 70. On considérera donc ici les équipements comme l’objet de pratiques réflexives plutôt que comme l’objet désirable sur lequel décideurs publics nationaux et locaux et associations ont bâti un champ nouveau d’action publique. Dans un premier temps, on reviendra sur la sorte d’esprit scientifique que certains acteurs de l‘éducation populaire ont voulu donner à ce mouvement après la guerre. Cet esprit scientifique (qu’illustrent par exemple l’entraînement mental et les enquêtes de milieu des anciens uriagistes comme Joffre Dumazedier et Paul-Henry Chombart de Lauwe) est pleinement en phase avec l’approche scientifique en honneur dans les Commissions de planification et bientôt dans les agences d’urbanisme « opérationnel ». Ce sont donc des intellectuels appartenant pleinement à l’Education populaire, en Edition originale, 1962, Archives nationales, 20130584/7, Joffre Dumazedier. charge de produire un savoir spécifique qui ont contribué à forger l’idée de la nécessité d’une politique d’équipements. Et l’effort politique que cela représente doit être fondé sur « les résultats de nouvelles recherches relevant des sciences sociales (dont) dépendent les progrès du développement culturel, et partant de l’éducation populaire dans notre pays » (Joseph Rovan). Voilà qui légitime la coopération entre l’animateur (militant), le planificateur et le sociologue. Cette structure de coopération entre ces différents rôles est la forme idéal-typique que J. Dumazedier avait énoncée dans les années 1960. A mesure que le nombre des équipements à construire croît, s’installe un second type de réflexivité propre aux techniciens de la production des équipements. Il est ainsi nécessaire dans un deuxième temps, de s’interroger sur l’apport des urbanistes et programmateurs à un moment où ils doivent proposer des solutions aux premières critiques et doutes formulés à l’égard des équipements. Le troisième temps enregistre, bien entendu, les craquements et remises en cause dues à l’esprit de 68. Si l’équipement reste le médiateur d’une connaissance de la société, ce n’est plus parce qu’il explore les promesses humanistes et/ou technicistes de la modernité mais parce qu’il révèle le projet disciplinaire et l’ordre de la domination qui étouffe toute la société. En « dévoilant » cet ordre, les chercheurs contribuent au discrédit des équipements, et de ce qui reste de l’éducation populaire.

52

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Planifier les équipements

Vendredi 5 décembre

En parcourant ces trois temps, on verra à quel point l’histoire des équipements est inséparable des heurs et malheurs (de quelques bonheurs peut-être aussi) de la sociologie française. Guy Saez, directeur de recherche au CNRS, UMR Pacte, Grenoble

Les auberges de jeunesse à l’heure de la planification (1955-1967) : Des « cabanes à lapins » aux auberges standard entretien de René Sedes, ancien secrétaire général de la Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ) par Gaëtan Sourice, archiviste, FONJEP-PAJEP Né à Paris en 1932, René Sedes a exercé des responsabilités nationales au sein des auberges de jeunesse de 1954 à 1967, notamment en tant que secrétaire général de la Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ). René Sedes va nous raconter la grande mutation qu’ont connue les auberges de jeunesse du milieu des années 1950 à la fin des années 1960. Avec la création de la FUAJ en 1956, qui regroupe presque toutes les associations d’auberges de jeunesse, le réseau va complètement se transformer. On assiste alors à une quasi-disparition des « cabanes à lapins » (pour reprendre le terme d’autodérision trouvé par les militants des auberges), c’est-à-dire des bâtiments les plus divers (fermes, refuges, châteaux, casernes etc.) qui, depuis les années 1930 et surtout depuis 1945, avaient été aménagés et restaurés pour servir d’auberges. Ces équipements étaient gérés directement par des comités de gestion issus des groupes locaux d’usagers, aussi appelés ajistes, pour Auberge de jeunesse à Poitiers, sans date, vers 1950, prêt qui autogestion et émancipation sociale René Sedes. allaient de pair. Ces « cabanes à lapins » sont remplacées à partir de la deuxième moitié des années 1950, par un nombre plus restreints d’équipements neufs, construits ex-nihilo et dotés de plus grandes capacités d’accueil. Ces nouveaux bâtiments se distinguent aussi par leur plan : cuisines, dortoirs, place de la salle commune, etc. La FUAJ va d’ailleurs travailler avec un jeune architecte, Roland Schweitzer, qui créée un style d’auberge de jeunesse alliant fonctionnalité et vie collective à dimension humaine, qui va marquer ce type de construction pendant de longues années.

53

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Planifier les équipements

Vendredi 5 décembre

Cette amélioration du réseau est facilitée par l’Etat à travers des plans quinquennaux qui poussent à une extension coordonnée des implantations d’auberges. A partir de la fin des années soixante, ces équipements seront de moins en moins gérés par les comités de gestion issus des ajistes mais par des « parents aubergistes » qui sont souvent d’anciens usagers rémunérés et formés par la FUAJ. Dans cette nouvelle organisation, les usagers voyant leur place diminuer progressivement, désertent la FUAJ. Nouvelle auberge de jeunesse de Poitiers construite en 1965, prêt René Sedes. Durant cette période, la FUAJ a pu se constituer un réseau cohérent et moderne, la fréquentation des auberges a explosé… Mais elle a perdu ce qui faisait son originalité : les ajistes, un mouvement d’usagers autogestionnaire très minoritaire certes (moins de 15 000 personnes) mais très militant, généreux, anticonformiste et émancipateur…

La réhabilitation des foyers de jeunes travailleurs (FJT) autour de l'accord Cadre Etat/Caisse des dépôts et consignations/Union des foyers de jeunes travailleurs (UFJT) et du mémento des espaces CSTB/UFJT, expérience du FJT de Cannes en 1985. Entretien d’Auguste Derrives, directeur de 1974 à 1990 et secrétaire Général de l'UFJT de 1989 à 2002, par Nelly Paolantonacci, responsable communication, Union nationale pour l’habitat des jeunes (UNHAJ, ex UFJT)

54

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Projection de documents audiovisuels

Vendredi 5 décembre

Séquence Projection de documents audiovisuels Les équipements socioculturels de la banlieue rouge des années 1930 aux années 1970 à travers les archives audiovisuelles du Parti communiste français, présentation par Marion Boulestreau, chargée de mission à Ciné-archives L'association Ciné-Archives collecte, conserve et valorise le patrimoine audiovisuel du PCF et du mouvement ouvrier et démocratique. Le fonds est composé de films réalisés, produits et/ou distribués par le PCF, la CGT, les municipalités communistes, et par des organisations de masses proches du PCF (la FSGT, le journal L'Humanité, le MRAP, le Secours populaire, l'Union des femmes françaises, le MJCF, le Mouvement de la Paix) depuis les années 1920. Ciné-Archives a aussi engagé une collecte de films amateurs auprès de militants et sympathisants communistes ayant filmé leur vie militante. Environ 1.200 titres sont disponibles à la consultation. Ce patrimoine cinématographique permet une exploration du XXème siècle par le prisme communiste : Front Populaire, Guerre d'Espagne, Libération et reconstruction de la France au lendemain de la seconde guerre mondiale, Guerre Froide, anticolonialisme, Mai 68, Communisme Municipal, Guerre du Vietnam, Programme Commun... Le site internet de Ciné-Archives (www.cinearchives.org) propose en consultation gratuite 500 films numérisés. On y trouve également des parcours thématiques mettant en valeur un sujet (Front Populaire, Guerre d'Espagne, Guerre Froide, Banlieue rouge), ainsi que des ressources documentaires. Les films présentés lors du colloque sont majoritairement issus du fonds sur la banlieue rouge. Pour la plupart commandités par les municipalités, ces films mettent en avant les réalisations des villes communistes en termes d'urbanisme et d'équipements (écoles, colonies de vacances, MJC, théâtre, foyer de jeunes travailleurs, bibliothèque, centre culturel et social...) des années 1930 aux années 1970. Ces documents parlent d'architecture, mais encore plus de l'usage – et parfois du non-usage – de ces équipements. De haut en bas :    

55

Cour de récréation, Groupe Scolaire Octobre, Réalisations de la municipalité d’Alfortville (1935) © CinéArchives Plan de la future salle polyvalente de Malakoff, Malakoff votre ville (1971), © Ciné-Archives Atelier couture au Centre culturel et social de Bagnolet, Mieux vivre à Bagnolet (1971) © Ciné-Archives Salle de jeux du foyer, Bobigny, Foyer de jeunes travailleurs (1973) © Ciné-Archives

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930


Séquence Projection de documents audiovisuels

Vendredi 5 décembre

« Construire autrement », film de Jacques Kébadian, réalisateur de documentaires

Suivi d’un débat avec le réalisateur

Pendant les travaux, le chantier est ouvert au public", tel est une des particularités qui apparaît comme un manifeste du chantier du Channel. C'est celle que le réalisateur Jacques Kébadian va suivre pendant toute la durée du chantier. En toile de fond : la métamorphose des anciens abattoirs de la ville de Calais en Scène nationale. Passage d'un lieu de mort à un lieu de vie. Visiteurs, curieux, écoliers, étudiants, architectes, ouvriers, artistes, vont se croiser, échanger, discuter, apprendre, découvrir et, pour beaucoup, s'ouvrir à un monde qui d'habitude lui est strictement interdit : la vie d'un chantier. Écoute, paroles, démonstration, participation, métiers, savoir faire, construction, travail, voilà des mots clés que ce documentaire met en scène avec parfois de l'humour et toujours de la poésie.

56

COLLOQUE DES LIEUX POUR L’EDUCATION POPULAIRE : CONCEPTIONS, ARCHITECTURE ET USAGE DES EQUIPEMENTS DEPUIS LES ANNEES 1930

Résumé interventions  

Résumés des interventions du colloque "Des lieux pour l'éducation populaire" renfermant de nombreuses illustrations d'équipements sociocultu...

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you