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UNE

JOURNAL D’INFORMATION DE PAIN POUR LE PROCHAIN

TERRE N°3–– 15 OCTOBRE 2011

DOSSIER

LA CONFÉRENCE DE DURBAN POURRAIT ENTERRER LE PROTOCOLE DE KYOTO PORTRAIT

Roger Nordmann, le paladin du développement durable

ÉVÉNEMENT

Du pain et de la soupe pour fêter nos cinquante ans


EN APARTÉ

EN BREF VALEURS

La nouvelle charte de Pain pour le prochain a germé sur un terrain fécond L’autre matin, je me suis réveillée avec une impressionnante nouvelle à l’oreille : durant l’été, les Japonais ont réussi à diminuer leur consommation énergétique de 15 % ! Suite au traumatisme de l’accident nucléaire de Fukushima, population et dirigeants politiques ont fait bonne équipe en mettant en pratique, dans un temps record, des mesures d’économie d’énergie. Alors que les Japonais consomment normalement plus d’électricité en été, le fait d’augmenter la température de l’air conditionné d’un degré seulement permet déjà d’économiser 10% d’énergie. Jamais l’on n’aura vu aussi peu de climatiseurs fonctionner, de lumières allumées jour et nuit, d’espaces commerciaux et bâtiments publics illuminés. Sans parler des appareils électroniques qui, avant l’accident, clignotaient en stand-by vingtquatre heures sur vingt-quatre. Parfois, quand je monte tard le soir la grande rue de mon village de cinquante habitants, je m’interroge : qui a besoin de toutes ces lumières la nuit entière, même si l’éclairage public reste modeste par rapport à celui des rues de Lausanne que je viens tout juste de laisser derrière moi? Et dans quelques semaines vont s’y ajouter partout les décorations lumineuses de l’Avent. Avons-nous besoin de toutes ces lumières pour nous rassurer ? Pour avoir moins peur de l’avenir dans un monde en permanente mutation…? Et si toute cette invasion de lumières dans nos sociétés occidentales était même proportionnelle au manque de lumière dans nos propres vies en quête de sens…? Les Japonais l’ont montré : quand l’objectif est clair, on peut réduire sa consommation énergétique. Dommage qu’il faille attendre la catastrophe pour faire des choix aux niveaux politique et personnel! Il suffirait de ne pas se voiler la face et de prendre conscience de l’urgence de la situation : aujourd’hui, ce sont les familles paysannes et de pêcheurs du Sud qui font les frais du changement climatique, demain ce sera nous et après-demain, nos enfants…

© IA/ Pain pour le prochain

We can do it…

La nouvelle charte de Pain pour le prochain s’effeuille comme un épi de blé mûr. Elle nourrit notre engagement chrétien en faveur de la sauvegarde de la Création. Elle rappelle que notre fondation récolte des fonds pour soutenir des projets de développement durable en Afrique, Asie et Amérique latine. Des fonds dont l’utilisation est optimisée par un accompagnement rigoureux sur le terrain. Pain pour le prochain informe aussi les Eglises et le public sur les enjeux de politique de développement, à savoir la promotion des conditions cadres – en Suisse et dans le Sud – qui influencent la vie des personnes défavorisées dans les pays pauvres. Nous mettons un accent particulier sur la promotion du droit à l’alimentation, en renforçant la sécurité et la souveraineté alimentaires. Nous nous engageons pour un commerce équitable et la responsabilité sociale des entreprises. Nous agissons en faveur d’une politique financière et fiscale plus juste, en luttant notamment contre l’évasion fiscale, la corruption et le blanchiment d’argent. Et nous essayons de promouvoir une justice climatique pour aider les populations du Sud à mieux s’adapter au réchauffement de la planète.

ACTION

Le forum européen sur la souveraineté alimentaire voit le jour Fin août s’est tenu à Krems, en Autriche, le premier Forum européen sur la souveraineté alimentaire, auquel a participé une délégation suisse de dix-neuf personnes. Sous l’impulsion de La Via Campesina, des Amis de la Terre et d’Attac, paysan-ne-s, syndicalistes, environnementalistes, jeunes et ONG ont défini des lignes pour changer les modes de production, de transformation et de commercialisation de notre alimentation. Ils ont proposé un plan d’action pour reprendre le contrôle de notre alimentation, aujourd’hui accaparée par les multinationales et les grands distributeurs. La déclaration finale a rappelé la nécessité de rapprocher producteurs et consommateurs et de réaliser un commerce équitable sur le plan local et international, en s’affranchissant de tout type de subvention à l’exportation et en se protégeant de produits importés à trop bas prix. Elle a réaffirmé la nécessité d’obtenir des prix rémunérateurs pour les paysans et des salaires justes pour tous les travailleurs. Ces objectifs sont atteignables notamment par des politiques publiques courageuses qui s’ancrent dans le concept de souveraineté alimentaire. Le forum se veut comme une étape dans le processus de construction de ce mouvement. D’ores et déjà, des forums locaux se mettent en place : en Suisse, une plateforme nationale sur la souveraineté alimentaire existe depuis 2011 et elle réunit une vingtaine d’organisations, dont Pain pour le prochain, qui a contribué financièrement à la construction de ce mouvement. Valentina Hemmeler Maïga, Uniterre.

www.uniterre.ch http://nyelenieurope.net/ Martina Schmidt, secrétaire romande de Pain pour le prochain

Nous n’avons pas hérité de la Terre de nos ancêtres, nous l’avons empruntée à nos enfants St-Exupéry

EN CHIFFRES Photo de couverture : En 2009, des inondations apocalyptiques ont ravagé l’Inde. Pourtant, la communauté internationale ne semble pas prête à prendre les mesures pour éviter que ce genre de catastrophe ne se répète.

400 délégués de 34 pays représentant 120 organisations ont participé au premier forum européen sur la souveraineté alimentaire, dont 19 Suisses.


DOSSIER

LA CONFÉRENCE DE DURBAN POURRAIT ENTERRER LE PROTOCOLE DE KYOTO

Le protocole de Kyoto risque de ne pas être reconduit. Les mesures d’adaptation au changement climatique existeront encore et les pays riches pourront continuer à financer la réduction des gaz à effet de serre à l’étranger. Mais ils n’auront plus aucune obligation de le faire, ni aucun objectif contraignant. Source: Switzerland’s Fair Share in a Climate Constrained World, Zusammenfassung der Studie von Brot für Alle und Fastenopfter

EN CHIFFRES Les réductions suisses des émissions selon les GDR, en comparaison avec celles proposées par le Conseil fédéral


a dix-septième conférence des Etats parties à la Convention des Nations Unies sur le changement climatique va se tenir à Durban, en Afrique du Sud, en décembre. Si la réunion de Copenhague, fin 2009, avait suscité un immense intérêt médiatique – et une énorme déception –, celle qui se prépare est en train de passer presque inaperçue. Pourtant, elle pourrait sonner le glas du protocole de Kyoto, qui engage les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

L

En effet, celui-ci expire en 2012 et si Copenhague était la dernière occasion de lui donner une suite ininterrompue, la communauté internationale semble avoir raté le coche : le Canada, le Japon et la Russie ont déjà annoncé qu’ils n’allaient pas s’engager pour une nouvelle période. Conséquence : l’Union européenne, la Suisse, la Norvège, l’Australie et la Nouvelle Zélande seraient les seuls pays développés à être encore couverts par le protocole, ce qui ne représenterait plus que

30 % des émissions mondiales. «L’Union européenne semble tenir à Kyoto, souligne Evelyn Kamber, responsable du dossier chez Pain pour le prochain, mais il est peu probable que celui-ci soit prolongé à Durban. La Suisse a une attitude assez pragmatique, elle soutient le protocole pour ne pas jeter à l’eau tous les efforts consentis à ce jour. Si Kyoto passe à la trappe, ce serait un échec terrible, car les mitigations sont les mesures les plus importantes pour réduire le réchauffement de la planète. »

voir créditer d’une partie de la réduction des gaz à effet de serre qui leur incombe. Des barrages pour produire l’électricité en Chine, ou la fourniture de fourneaux à basse consommation de charbon ou de bois en Afrique, par exemple, peuvent être financés par ce mécanisme, qu’on appelle clean development mechanism, et compter comme mesures compensatoires. Si la loi sur le CO2 était adoptée par le parlement suisse, elle prévoirait, précisément, une réduction de 20 % à l’intérieur du pays et d’un taux non encore défini à l’extérieur.

« On discute de 20 %, 30%, 40% de réductions. Pour nous, ce n’est pas très important, mais pour une femme au Sud, cela fait une différence énorme ! »

Cependant, ce texte ne règle pas seulement la réduction des gaz à effet de serre. Il instaure aussi un fonds d’adaptation et des mécanismes communs par lesquels les pays industrialisés peuvent aider les pays pauvres à se développer en émettant moins de CO2. Et ceux-ci vont rester. «Mais comment seront-ils financés? Estce que les pays qui ne veulent plus de Kyoto seront encore disposés à payer?» se demande Evelyn Kamber, sceptique.

Crédits à l’étranger et mesures en dehors de Kyoto En effet, si un pays en développement utilise des centrales électriques à charbon très polluantes et qu’il veut les moderniser, il peut demander à un pays industrialisé de lui fournir une technologie plus efficace et moins gourmande en CO2. En investissant au Sud, les pays du Nord peuvent se L’Inde souffre d’une chaleur extrême, due au réchauffement climatique et à la déforestation. Le gouvernement et les ONG essaient de promouvoir la plantation d’arbres, ici dans un orphelinat.

« Le clean development mechanism est intéressant, continue Evelyn Kamber, mais encore faut-il que sa mise en œuvre respecte les critères sociaux et environnementaux. La construction des barrages en Chine a entraîné le déplacement forcé de milliers de gens. Sans compter que certaines mesures très controversées, comme la production d’agrocarburants, pourraient être considérées comme mesures compensatoires, alors que leur production même menace le droit à l’alimentation et qu’ils n’émettent pas moins de CO2 que les carburants ordinaires. » Les discussions portent actuellement sur les points laissés en suspens par Kyoto. L’Action coopérative à long terme (LCA) servirait à répartir l’effort entre pays développés et en développement, à assurer le transfert de technologies et la réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts. Un fonds climatique vert pour les pays en


Certains pays industrialisés refusent de prendre – ou de prolonger – des engagements contraignants en matière de réduction des gaz à effet de serre. Pourtant, des sources alternatives d’énergie existent.

développement a aussi été créé et il est actuellement hébergé par la Banque mondiale. Durban doit décider de son opérationnalisation.

Des modèles différents pour calculer les responsabilités Pain pour le prochain ne participera pas directement à la conférence de Durban, mais il y sera représenté par APRODEV, la coalition européenne des ONG réformées, dont le rôle est de soutenir la voix du Sud dans les négociations. «On discute de 20%, 30% ou 40% de réductions. Pour nous, ce n’est pas très important, mais pour une femme au Sud, cela fait une différence énorme! », s’exclame Evelyn Kamber.

de serre nécessaires pour stabiliser le réchauffement climatique à 2°. Ce modèle se base sur les responsabilités passées et les capacités actuelles de chaque pays, en fonction notamment de sa population et de son produit intérieur brut. La Suisse devrait contribuer à hauteur de 0,37% de la facture totale, ce qui veut dire une réduction de 40 % des émissions internes d’ici à 2020 et de 90% d’ici à 2050. Concrètement, le modèle s’intéresse au nombre de personnes qui vivent en dessous d’un seuil de développement calculé à 20 USD par jour. En Inde, par exemple, la plupart des habitants vivent en dessous de ce seuil, mais certains le dépassent et

seraient à même de s’acquitter d’une taxe sur le CO2 variant en fonction du revenu. Et réciproquement : dans les pays développés, les pauvres ne paieraient pas. Mais la Suisse n’y est pas très favorable, car il prend comme point de départ le début du siècle passé et la période d’industrialisation, alors que Berne calcule ses responsabilités depuis 1990, selon le standard des Nations Unies. Sans compter que ce système novateur ne règle pas entièrement l’épineuse question de savoir où trouver l’argent. «Pourtant, le protocole de Kyoto parle de ‹responsabilité commune, mais différenciée› et le GDR en représente une mise en œuvre particulièrement fine et pointue», conclut Evelyn Kamber. IA

Le réchauffement climatique menace le droit à l’alimentation.

En Suisse et au niveau international, Pain pour le prochain pousse pour l’application des Greenhouse development rights (GDR), un modèle élaboré par le Stockholm Environment Institute et le think tank Ecoequity pour calculer les réductions de gaz à effet

EN CHIFFRES Pain pour le prochain exhorte la Suisse à réduire ses émissions internes de 40% d’ici 2020 et de 90% d’ici 2050

SOLIDARITE NORD-SUD

Economiser de l’énergie ici pour aider le Sud à faire face au changement climatique

En Suisse, Pain pour le prochain et Action de Carême ont lancé le Fonds spécial climat et développement, qui contient un volet Nord et un volet Sud. Ce fonds permet de compenser l’énergie économisée ici en aidant les populations défavorisées du Sud à s’adapter à un

Au Kenya, le fonds a permis de financer des projets de reboisement pour stabiliser les pentes des montagnes et payer des techniciens qui construisent des fours fermés, moins gourmands en énergie et en bois. Au Bangladesh, il a financé la conservation et le reboisement de mangroves le long des côtes, une protection

Pour soutenir ce fonds : Fondation Pain pour le prochain Fonds spécial climat et développement 3011 Berne – CCP 30-763778-3

© Felix Wertli, Action de Carême

naturelle contre les raz de marée. Lorsque ces plantes aquatiques sont coupées pour faire place à l’élevage de crevettes, les terres deviennent trop salées et inadaptées à l’agriculture.

Au Burkina Faso, le fonds aide les paysans à comprendre les raisons des modifications des précipitations.

environnement qui change. C’est ainsi, par exemple, que lorsque les paroisses – ou les particuliers – décident de changer les vitres pour faire des économies de chauffage, elles peuvent mettre la différence dans ce fonds. Celui-ci sert à financer des projets qui, avec des budgets très modestes – 10’000 fr. en moyenne –, permettent, si ce n’est de faire des miracles, tout au moins d’aider les populations rurales à s’adapter à une donne peu prise en compte par les gouvernements au niveau local. Et à sauvegarder le travail effectué par Pain pour le prochain au Sud qui, avec le changement climatique, risque d’être perdu…

En Ethiopie, le fonds a soutenu une ONG locale qui lutte contre le déboisement en replantant des arbres. Les racines des arbres permettent d’atténuer l’érosion des sols et l’oxygène émis dans l’atmosphère aide à lutter contre le réchauffement. Au Cameroun, il permet la construction de fours écologiques pour l’incinération des déchets toxiques dans les hôpitaux, préservant ainsi la santé des populations avoisinantes.

Vos dons sont essentiels pour la poursuite de notre travail. Merci. IA


DOSSIER

© Katharina Morello

DES ATELIERS DE RÉFLEXION POUR S’ADAPTER AUX EXTRÊMES CLIMATIQUES Le groupe des hommes à Tapera dessine une carte des risques encourus par la commune.

epuis 2009, Pain pour le prochain mène, dans les pays du Sud, des analyses de projets et des ateliers de formation pour aider la population locale à s’adapter au changement climatique et aux risques de catastrophes naturelles. Au Brésil, Pain pour le prochain, l’EPER et leurs partenaires locaux ont organisé, en mars 2011, une analyse de projet et un atelier de trois jours avec les paysans. Celui-ci a permis de dégager des stratégies pour aider la population à mieux se protéger contre les risques climatiques tels que la sécheresse et les précipitations irrégulières.

D

«Dans la région du Cerrado, les paysans ont analysé l’impact des extrêmes climatiques, des dangers naturels et des plantations d’eucalyptus sur leur mode de vie, nous explique Marion Künzler, responsable du dossier chez Pain pour le prochain. Nous avons organisé des ateliers séparés par sexe, car les perceptions des hommes et des femmes sont souvent très différentes et nous voulions entendre le point de vue de tout le monde.» Il en est ressorti que les organisations locales travaillent depuis vingt ans avec les paysans – surtout contre l’accaparement et la concentration des terres – et qu’ils font déjà beaucoup: ils pratiquent l’agriculture

bio ; ils ont construit des bassins pour recueillir l’eau de pluie et améliorer son infiltration dans les sols ; ils exploitent la forêt du Cerrado, une source précieuse de revenus car particulièrement résistante à la sécheresse où, à côté de la traditionnelle vente de fruits, ils cueillent les plantes médicinales et cosmétiques pour en extraire des huiles essentielles. Mais avec le changement climatique – notamment des précipitations plus courtes et intenses –, ils doivent améliorer ces techniques et trouver de nouvelles activités génératrices de revenus. « Le problème, c’est aussi l’impact des cultures extensives d’eucalyptus, qui demandent beaucoup d’eau, et l’intention du gouvernement de faire de la prospection minière et de construire des barrages, continue Marion Künzler. Les paysans ont décidé de faire davantage de lobbying car la forêt du Cerrado, aux arbustes relativement bas, est un conservateur précieux de CO2 grâce aux racines des arbres solidement implantées dans le sol.» La deuxième semaine, les collaborateurs de l’EPER et d’Action de Carême ont été formés à l’utilisation d’un outil participatif sur les changements climatiques et les risques

de catastrophes, mis au point par Pain pour le prochain. Ils ont fait des exercices et assisté à des présentations par Marion Künzler et des experts nationaux sur des thèmes pointus: les changements climatiques aux niveaux mondial et national, ainsi que leurs conséquences; les mesures d’adaptation et la protection contre les catastrophes naturelles; les mesures de mitigation; la politique climatique aux niveaux national et international ; l’analyse d’un projet de développement local avec l’outil mis au point par Pain pour le prochain. Pour Augusto Santiago Caju, participant à l’atelier, le groupe a réussi à aller au-delà de la prise de conscience du changement climatique. «Nous avons eu accès à un aperçu complet du sujet et serons plus à même d’y sensibiliser les communautés, malgré sa complexité, affirme-t-il avec enthousiasme. L’outil de Pain pour le prochain peut aider les communautés à mieux planifier leurs activités et à mieux utiliser leur territoire, en tenant compte des effets et des risques liés au changement climatique». A ce jour, d’autres analyses de projets ont eu lieu au Honduras, en Ethiopie, au Niger, en Haïti, aux Philippines, au Zimbabwe, en Indonésie et au Kenya. IA


PORTRAIT

A DÉCOUVRIR

© Senn und Stahl

A DÉCOUVRIR Nicolas Berdiaeff, le devoir de la liberté

Roger Nordmann, le paladin du développement durable Roger Nordmann, véritable paladin des temps modernes, a fait des énergies renouvelables son cheval de bataille. Cet infatigable conseiller national, auteur de Libérer la Suisse des énergies fossiles, nous parle avec passion de son combat en faveur d’une politique climatique favorable à la Suisse – et aux pays du Sud. La question énergétique est emblématique de beaucoup d’autres, car nous consommons plus d’énergie que nous n’en produisons durablement», nous explique Roger Nordmann en nous recevant dans son bureau lausannois qui bourdonne comme une ruche au printemps. «Cela a deux effets majeurs : notre prospérité risque de s’effondrer et de provoquer un réchauffement climatique aux conséquences dramatiques pour les personnes dont la base existentielle est détruite par les inondations et la désertification. Surtout au Sud.»

«

Certes, il est légitime que les pays en développement aspirent à un niveau de vie comme le nôtre. Mais si tout le monde se met à consommer autant que nous, on va dans le mur. D’où la nécessité de trouver un modèle qui économise les ressources naturelles, tout en assurant une bonne qualité de vie. «La Suisse doit trouver un équilibre énergétique durable, affirme-t-il. Si on y arrive, les pays du Sud pourraient nous suivre, car ils sautent les étapes : la Chine continue à miser sur le charbon, tout en développant des énergies renouvelables, comme l’éolien et le solaire, que nous avons produites un siècle plus tard.» A moins de quarante ans, ce dynamique père de famille est engagé sur tous les fronts : du développement durable aux droits humains, en passant par la justice sociale et la réforme de la place financière suisse. D’où vient cette flamme ? « J’ai toujours été engagé, répond-il modestement, c’est difficile de dire d’où ça vient. Je milite pour une politique sociale

qui donne à chacun la possibilité de saisir sa chance. Ce qui m’anime, c’est la quête de la dignité, le respect de l’être humain dans ses droits fondamentaux et son autonomie. Mais pour exercer sa liberté – l’émancipation, pas la liberté du renard dans le poulailler –, il faut avoir une formation et une situation économique suffisante. » Ce battant se déclare agnostique. Son engagement se base sur une conviction rationnelle et de nature philosophique, non religieuse – même s’il affirme n’avoir aucun problème à coopérer avec les forces proches des Eglises, « à condition qu’elles ne soient pas sectaires.» Malgré sa laïcité, Roger Nordmann juge central le rôle de Pain pour le prochain. «Surtout dans un pays comme le nôtre, qui a une forte tendance à l’autosatisfaction, il est particulièrement utile d’avoir des œuvres d’entraide qui rappellent que le monde n’est pas à l’image de la Suisse. Une bonne partie de la population humaine vit dans des conditions difficiles et notre pays, bien que petit, a sa part de responsabilité, d’autant plus importante que son poids financier est considérable. » Le socialiste vaudois l’affirme sans ambages: les institutions suisses sont très sclérosées et le système est favorable aux lobbies et au populisme. « Notre gouvernement doit être plus proactif et défendre l’intérêt général. Sinon la Suisse va continuer à subir de l’extérieur des changements qui lui sont imposés, comme le secret bancaire. Aujourd’hui le secret bancaire est affaibli et le pays ne s’en porte pas plus mal», conclut-il sans arriver à cacher une pointe de satisfaction. IA

«La liberté n’est pas un droit, c’est un devoir», affirmait le philosophe russe Nicolas Berdiaef. «Ce n’est pas l’homme qui exige de Dieu sa liberté, mais Dieu qui exige de l’homme qu’il soit libre, car cette liberté est le signe de la dignité de l’homme, créé à l’image de Dieu», clamait encore cet orthodoxe convaincu. C’est le parcours emblématique de ce penseur chrétien confronté à l’athéisme que Pierre Aubert, aumônier-pasteur aux Hôpitaux universitaires genevois, relate dans Nicolas Berdiaeff. Le penseur russe revalorise le concept biblique de l’homme créé à l’image de Dieu et il décrit l’être humain dans sa complexité et son désir d’unité. Des concepts que Pierre Aubert s’emploie à utiliser dans son ministère de visite aux malades. Pierre Aubert, Nicolas Berdiaeff, Editions du Cerf, 2011

Libérer la Suisse des énergies fossiles: mode d’emploi Dans Libérer la Suisse des énergies fossiles, Roger Nordmann donne des pistes pour passer de la dépendance excessive de notre pays du pétrole et du gaz à des énergies renouvelables. Il montre qu’investir dans les énergies renouvelables est économiquement rentable. Il préconise de modérer la consommation de mobilité et de passer à des modes de transport moins polluants; de construire des bâtiments qui consomment moins d’énergie et de produire de l’électricité entièrement renouvelable grâce à l’éolien, le photovoltaïque, le solaire et la biomasse. Roger Nordmann, Libérer la Suisse des énergies fossiles, Editions Favre, 2010

EXPO Un kaléidoscope pour aller de l’autre côté du monde

«L’autre côté du monde» est une exposition itinérante qui retrace l’histoire humanitaire de la Suisse depuis 1945. Des Suisses qui se sont engagés dans la coopération au développement racontent leurs succès et échecs dans Kaléidoscope. Il s’agit d’un assemblage de treize films interactifs que le public peut choisir à sa guise et qui abordent différents sujets. En Romandie, une étape est prévue du 27 novembre au 2 décembre à Lausanne et une autre du 17 février au 2 avril à Genève. www.humem.ch


AGENDA

ÉVÉNEMENTS ANNIVERSAIRE

Lancement de la campagne Swiss Coalition on Corporate Justice Jeudi 3 novembre 2011 à Berne au Käfigturm

Fête œcuménique de la solidarité Fête œcuménique de la solidarité autour de la «soupe et du pain». Remise du livre de la solidarité, 11 novembre, Berne, Waisenhausplatz. Une compilation des moments forts vécus pendant les cinquante dernières années que vous êtes appelés à co-rédiger.

C’est logiquement par une exposition sur le thème du pain que Pain pour le prochain va fêter ses cinquante ans, main dans la main avec une autre auguste quinquagénaire: notre consœur catholique Action de Carême. Le 11 novembre 2011, sur la Waisenhausplatz à Berne, le photographe Stephan Mauer présentera ses images sur la culture du pain autour du monde – du Kirghizstan à l’Iran, en passant par le Maroc et la Moldavie, sans oublier la Suisse, bien entendu.

© P. Kummer

Journée de Swiss Fair Trade sur le thème des textiles équitables «En 2011 tout tourne autour du coton» 17 novembre 2011 à Berne de 9h30 à 17h, à l’Union postale universelle www.swissfairtrade.ch

Du pain et de la soupe pour fêter nos 50 ans

1re action du pain du partage, 2008, avec l’actuel Conseiller d’État vaudois, Pierre-Yves Maillard à Lausanne

Plus de détails: www.ppp.ch/fr/francais/portrait/jubile/ Retraite de la commission œcuménique de campagne (ÖKK) Les 2-3 novembre 2011 à la communauté Don Camillo, Montmirail (Neuchâtel, Thielle)

Cette journée de jubilé va se poursuivre par une bonne soupe fumante, préparée par Anton Mosimann, l’un des cuisiniers les plus réputés de Suisse. Les paroissiens et bénévoles qui s’activent chaque année pour que les soupes de carême soient les lieux de rencontre et partage que nous connaissons recevront une petite attention en échange du bon qui figure sur la coiffe de ce numéro d’Une seule terre. Venez nombreux ! Finalement, la journée se terminera par la remise d’un livre au Conseiller fédéral Didier Burkhalter. Une compilation des moments forts vécus pendant les cinquante dernières années que vous êtes appelés à co-rédiger. Racontez-nous les moments des campagnes œcuméniques, les actions de solidarité, les histoires drôles qui vous ont marqués. Apportez-nous des témoignages d’engagements en faveur d’un monde plus juste. Daniel Tillmanns, tillmanns@bfa-ppp.ch se réjouit de recevoir vos textes et vos photos et d’en faire un ouvrage qui vient du cœur et profondément vécu.

Campagne œcuménique 2012 22 février – 8 avril 2012 Action roses, 17 mars 2012 Hôte de campagne : Pauline Marie-Hélène Ndiaye du Sénégal, collaboratrice de l’ONG Enda (partenaire de l’EPER). En Suisse du 25 février au 18 mars 2012.

DOUBLE ANNIVERSAIRE

La plateforme de dialogue sur le droit au développement voit le jour

Avenue du Grammont 9 – 1007 Lausanne Tél. 021 614 77 17 – Fax 021 617 51 75 ppp@bfa-ppp.ch – www.ppp.ch

Plus de renseignements : Bruno Stöckli (stoeckli@bfa-ppp.ch), Franziska Surber (surber@bfa-ppp.ch)

A l’heure où tout le monde cherche un «nouveau modèle de développement», Pain pour le prochain lance, en collaboration avec Action de Carême, une plateforme de dialogue internationale qui réunit les œuvres partenaires en Suisse et au Sud, les experts en matière de développement et les représentants de la DDC. Le but de la plateforme est de favoriser l’échange d’expériences , de promouvoir l’apprentissage mutuel et de renforcer la capacité des organisations partenaires du Sud. Un évènement inaugural sera organisé les 2 et 3 décembre à Genève, en présence de la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, et avec deux personnalités : Johan Galtung et Raúl Fornet-Betancourt.

CCP 10-26487-1 Editeur : Pain pour le prochain Rédaction : Martina Schmidt, Isolda Agazzi, Corrections : Françoise Caroff Graphisme : Corrado Luvisotto, Grafix, Fribourg Impression : Imprimerie St-Paul, Fribourg Prix de l’abonnement: 10 francs suisses Tirage : 15 500 exemplaires ISSN 2235-0780

Pain pour le prochain saisit l’occasion d’un double anniversaire pour lancer cette plateforme: le 25e anniversaire de la Déclaration des Nations Unies sur le droit au développement et les 50 ans de Pain pour le prochain. Pour maintenir la dynamique, après chaque rencontre les échanges se poursuivront sous forme d’une plateforme virtuelle sur notre site. MS


Une seule terre N°3 Octobre 2011