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Une seule terre

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Journal d’information de Pain pour le prochain

n° 7 - octobre 2012

Dossier

« DIALOGUE4CHANGE » : RéINVENTER ENSEMBLE UN MONDE PLUS JUSTE Portrait

Guillermo Kerber, animé par la beauté de la création

événement

Campagne œcuménique 2013 : « Sans terre, pas de pain »


En aparté

en bref PRéVOYANCE

Léguer aujourd’hui pour moissonner demain

Pain pour le prochain ose tenir la loupe sur un concept qui soulève de nombreuses questions. Quarante ans après le Club de Rome, qui avait dénoncé les travers du développement en criant « halte à la croissance », le monde est toujours obnubilé par la croissance économique. En ce sens, au Brésil, pays qui m’est cher et qui a réussi la transition de la dictature à la démocratie, la société civile dénonce cette logique desenvolvimentista. L’avenir que nous désirons. Tel était le slogan de la Conférence de Rio en juin 2012. Les réponses ne peuvent pas faire l’impasse sur la sagesse et les réservoirs d’expériences des populations autochtones. Elles savent souvent mieux que nous comment réussir un développement endogène, respectueux de la vie. Encore faudrait-il les écouter …

éVOLUTION

La Suisse change enfin sa position sur les droits des paysans

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Le terme est devenu à la mode. Développement de projets, développement économique, développement personnel, développement durable … D’ici 2015, les Objectifs du Millénaire pour le développement devaient nous aider à créer des relations humaines plus justes et à éradiquer la pauvreté. Aujourd’hui, la communauté internationale dresse un constat mitigé de cet objectif louable. Pourquoi ce beau concept du « développement durable », qui devait tenir en équilibre les intérêts économiques, sociaux et écologiques, n’arrive-il pas à devenir la règle à l’aune de laquelle serait mesurée toute évolution de la société ?

Pain pour le prochain, Semer aujourd’hui pour demain, Conseils en matière de testaments, successions et legs

Manifestation contre les spéculations foncières et l’accaparement des terres à Genève, en 2011

En mars 2012, la position suisse sur les droits des paysannes et des paysans a fait la une des journaux : c’était le seul Etat à s’être publiquement opposé, au Conseil des droits de l’homme, à l’élaboration d’une déclaration pour renforcer ces droits ! Pourtant, la protection de ceux-ci est une condition indispensable pour lutter contre la misère et la malnutrition. Mais le travail de mobilisation et d’information mené par Pain pour le prochain et ses partenaires, notamment Uniterre et le CETIM, a fini par être couronné de succès : lors de la session de juillet du Conseil, la Suisse a enfin changé sa position, en annonçant vouloir s’engager dans l’élaboration de ce nouvel instrument onusien. Nous allons veiller à ce qu’elle tienne parole. ew

PIONNIER

Un instrument pour lutter contre les pots de vin © François Mercier/PPP

Un matin, je me suis réveillée avec une étonnante nouvelle à l’oreille : l’EPFL vient de créer une chaire en « humanité digitale ». L’ère d’internet, des smartphones et réseaux sociaux semble changer notre rapport au monde et révéler des facettes inconnues de la vie en communauté. Aussi ai-je encore en tête les paroles de Leonardo Boff au récent Sommet de la Terre de Rio. Selon cette figure emblématique de la théologie de la libération, nous sommes en train d’assister à une époque de déshumanisation politique, économique et sociale. Comme après les déforestations dévastatrices de l’Amazonie la reforestation est nécessaire, une « réhumanisation » de nos relations aux autres et à l’environnement vital s’imposerait … Mais comment y arriver ? Le « développement » a-t-il échoué ?

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Le développement sous la loupe …

Tout don compte, soyez prévoyants ! Dans notre nouvelle brochure, vous trouverez de précieux conseils en matière de testaments, successions et legs, avec des indications simples sur la façon d’y inclure Pain pour le prochain. Qu’il s’agisse de léguer un bien mobilier ou immobilier, de désigner notre fondation comme héritière ou bénéficiaire de votre assurance vie, de créer un fonds ou une fondation, ou de renoncer simplement aux fleurs et aux couronnes lors de votre enterrement, vous avez la certitude de remettre vos dernières volontés entre de bonnes mains. La fondation ZEWO, un organe de révision indépendant, garantit que les dons et legs que nous recevons sont affectés conformément aux volontés du testateur ou de la testatrice.  IA

PPP mène des actions de formation à la lutte contre la corruption, comme ici dans les écoles.

Pain pour le Prochain est l’une des premières ONG à se doter d’un code qui donne des indications claires aux collaborateurs et collaboratrices sur la définition de la corruption et la façon d’y faire face. Le fait, par exemple, de payer un montant en espèces pour passer plus rapidement un poste de douane constitue un cas de corruption. Le code indique aussi qui doit être contacté en cas de soupçon de corruption et quelles sont les sanctions à prendre s’il est violé. Nos partenaires, tant en Suisse qu’à l’étranger, sont encouragés à adopter des codes similaires et à s’engager contre la corruption. En 2011, les premiers partenaires en République démocratique du Congo ont été formés à cette thématique épineuse. En octobre 2012, trois organisations seront formées au Zimbabwe.  YMA

Secrétaire romande Pain pour le prochain

« Le secret du bonheur ne consiste pas à rechercher toujours plus, mais à développer la capacité de l’apprécier (Dan Millman) avec moins. » 

Photo de couverture : Notre nouvelle plateforme de dialogue réunit des acteurs et actrices de tous les continents pour chercher de nouveaux modèles de développement

En chiffres Selon le Global Financial Integrity Project, les pays en développement perdent 20 à 28 milliards de USD par an à cause de la corruption


Dossier

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« Dialogue4change » : réinventer ensemble un monde plus juste Qui dit développement et prospérité pour toutes et tous, dit échanges à l’échelle de la planète. en Chiffres Selon l’ONU, trois cibles importantes des Objectifs du Millénaire pour le développement ont déjà été atteints : en 2010, le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 USD par jour a diminué de moitié par rapport à 1990, y compris en Afrique, si bien que le premier objectif a été atteint avant 2015.

« Dialogue4change », la plateforme de dialogue lancée pour le jubilée de Pain pour le prochain et Action de Carême, réunit des acteurs et actrices des quatre continents pour réfléchir à un monde plus juste et durable.


L’économie verte a été rejetée par le Sommet des peuples de Rio parce qu’elle ne remet pas en question le modèle du développement basé sur la croissance

L

e paradoxe est flagrant : la Déclaration sur le droit au développement a fêté ses vingt-cinq ans en même temps que Pain pour le prochain et Action de Carême fêtaient leur cinquantenaire, mais la pauvreté n’a cessé de croître et elle touche aujourd’hui un milliard de personnes. Comment est-ce possible ?

Une nouvelle économie est nécessaire Le but de « Dialogue4change » est de créer un espace d’apprentissage mutuel, de promouvoir la conscience de la diversité des modes de développement, de remettre en question les modèles d’action des acteurs et actrices locaux et internationaux et de chercher des solutions plus efficaces aux défis globaux. Les perspectives et expériences du Sud et du Nord alimenteront la réflexion.

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Le développement d’un pays à bas revenu n’est pas seulement le fruit de ses propres efforts, soutenus par l’aide internationale, mais il est accompagné ou entravé – c’est selon – par plusieurs facteurs, tels que les crises globales, le changement climatique, la politique commerciale des pays industrialisés et les agissements des entreprises transnationales. Aussi, le développement est beaucoup plus que la croissance économique. Cette vision élargie soulève beaucoup de questions et elle agite les esprits de Pain pour le prochain et Action de Carême depuis fort longtemps.

dit autrement : un monde durable et équitable ne sera possible que si le développement a lieu, non seulement dans quelques régions privilégiées, mais partout.

En décembre 2011, quelque 25 représentant-e-s de différentes disciplines et religions de tous les continents ont été invité-e-s à un premier échange. Ils sont tombé-e-s d’accord sur un point : le moment est venu de mener une réflexion de fond sur le développement. Le modèle du Nord, axé sur la croissance et l’augmentation de la consommation, a atteint ses limites. La finitude des ressources et le changement climatique font que tous les habitants de la planète ne pourront pas atteindre notre niveau de consommation. Les pays riches doivent reconnaître que le développement du Sud dépend aussi de leur façon de consommer et de produire. Ou,

L’une des principales conclusions de l’atelier est que les modèles futurs d’un développement global, équitable et durable, doivent reposer sur trois piliers : donner plus de voix aux communautés marginalisées dans les processus de prise de décision aux niveaux local, national et international (empowerment) ; prendre davantage en considération les conséquences sur le développement des décisions politiques et des agissements des entreprises transnationales (do no harm) ; utiliser plus durablement et répartir plus équitablement les ressources naturelles limitées, tant au niveau global que local (limite de la croissance et redistribution).

Le modèle de développement du Nord, axé sur la croissance et l’augmentation de la consommation, a atteint ses limites

Est-ce la fin de la recherche d’un consensus global ? Savoir ce qu’est le développement et quels sont ses buts, c’est une chose. Comment le mettre en œuvre en est une autre et elle va occuper la plateforme. La communauté internationale se pose cette question depuis au moins vingt ans. Lorsqu’en 1992, à Rio, a été lancé le concept de « développement durable », les attentes étaient très élevées. Lorsque, au tournant du millénaire, on a fixé les Objectifs du Millénaire de l’ONU, on croyait à un monde plus durable et équitable. Certes, il y a eu de nombreux progrès et les conditions de vie – accès à l’eau, à la santé, à la formation – se sont nettement améliorées dans beaucoup de pays, grâce, entre autres, à la coopération au développement.

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Mais depuis le Sommet de Rio + 20 de juin 2012, au moins, la déception est palpable. Entre les objectifs proclamés et la réalité, le fossé est béant. Dès lors, comment aller de l’avant après 2015, lorsque les Objectifs du Millénaire – non atteints Les femmes sont des acteurs clés de la plateforme de dialogue, car elles ont souvent de la peine à faire entendre leur voix.


Les organisations d’aide face à de nouveaux défis La conception du développement change et le travail des organisations d’aide aussi. A côté du projet traditionnel sur place, les relations publiques prennent de l’importance. Aujourd’hui, les œuvres d’entraide et leurs réseaux essaient d’inf luencer davantage le processus politique de formation des opinions, aussi bien au niveau national qu’international. Tous ces champs d’action sont importants pour faire en­ tendre ceux qui n’ont ni voix ni droits. La pauvreté, telle qu’elle est comprise aujourd’hui, a plusieurs dimensions et les acteurs ne peuvent répondre à ces défis qu’en étant prêts à apprendre constamment. Et l’apprentissage repose sur l’échange

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à beaucoup d’endroits – vont arriver à échéance ? Y a-t-il des alternatives à la recherche d’un consensus international ? Faut-il plutôt des solutions au niveau national ? Ou faut-il laisser aux différents acteurs du développement, comme les œuvres d’entraide, les Eglises et les entreprises privées, le soin de formuler leurs propres objectifs ? Ce sont là quelques-unes des grandes questions que la plateforme va mettre en discussion.

Au Sommet des peuples de Rio, les militant-e-s ont présenté des modèles alternatifs de développement (ici une table ronde avec Leonardo Boff)

et le dialogue par-delà les frontières géographiques et culturelles. C’est ce que la plateforme veut promouvoir. Mais il ne s’agit pas de dialoguer pour dialoguer. Le but est bel et bien de remettre en question le modèle d’action que nous avons appliqué jusqu’à présent et de jeter les bases d’un travail encore plus efficace, à tous les niveaux. Il s’agit d’explorer des pistes, de faire des propositions concrètes et de chercher de nouveaux instruments. Tous les cercles intéressés sont invités à participer à la réflexion. La DDC et la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’Homme font confiance à Pain pour le prochain et ils financent ce projet pilote pour une durée de trois ans.  bs

En chiffres Selon l’ONU, la proportion de personnes ayant accès à l’eau potable est passée de 76 % en 1990 à 89 % en 2010. La proportion d’habitants des bidonvilles est tombée de 39 % en 2000 à 33 % en 2012. La vie de 200 millions d’habitants des bidonvilles s’est sensiblement améliorée, ce qui dépasse l’objectif d’améliorer le sort de 100 millions d’entre eux.

MOBILISATION

« Remettre les valeurs chrétiennes au centre du processus de développement »

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Nous voulons remettre aussi le doigt sur des valeurs éthiques dans une société occidentale imprégnée de la tradition judéo-chrétienne. Si la justice, le partage, la solidarité et le respect d’autrui sont ancrés dans nos systèmes de valeurs jusque dans la Constitution, comment est-il possible qu’ils soient sciemment oubliés ou bafoués par notre système économique, axé sur une logique de croissance à tout prix ?

Martina Schmidt, secrétaire romande de Pain pour le prochain, membre du groupe de pilotage de « Dialogue4change », revient de Rio, où elle a fait connaître la plateforme aux organisations présentes. Pourquoi Pain pour le prochain et Action de Carême lancent-elles ce projet ? Comme organisations mandatées par les Eglises chrétiennes, Pain pour le prochain et Action de Carême s’appuient sur la capacité critique contenue dans le message chrétien. Il faut pouvoir se donner du recul pour se demander si le chemin emprunté est le bon.

Quels paradigmes de développement ont émergé à Rio + 20 ? Dans le discours de la société civile, j’ai perçu un certain désenchantement. Dans le Sud, de bonnes pratiques existent – par exemple dans l’agro-écologie –, mais la volonté politique de favoriser la petite agriculture fait défaut : les intérêts économiques des pays (du Nord) priment sur tout et finissent par instrumentaliser même un concept comme celui de développement durable. Tel est le cas de « l’économie verte ». A Rio, la société civile s’est mobilisée contre toute marchandisation de la vie et des ressources de la terre. Selon le théologien Leonardo Boff, il s’agirait de redécouvrir la

notion de cuidado, « prendre soin » de la terre et de sa biodiversité, plutôt que de la presser jusqu’à la moelle. Les peuples indigènes ont inscrit ce principe dans leur culture. Il s’agirait au fond d’un changement radical de regard et de notre rapport à la terre. Dans cette recherche de modèles alternatifs, quelles sont vos premières idées ? Au nom du « développement », des erreurs sont commises. Prenons la production d’agrocarburants. Les multinationales du Nord y ont découvert un nouveau créneau lucratif. Mais les paysans du Brésil ou du Sierra Léone voient leurs terres usurpées pour alimenter les réservoirs de nos voitures, sous prétexte de rouler « écolo ». Nous devons remettre fondamentalement en question notre façon de nous comporter comme les maîtres du monde. Nous ne sommes que des locataires sur cette terre, qui pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains. Plus qu’un nouveau « paradigme » il s’agirait d’une transformation holistique au niveau culturel, spirituel, politique et économique.


Dossier

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Un petit jardin d’Eden pour préserver la savane

A l’heure où le monde court vers une nouvelle crise alimentaire, de petits paysans brésiliens prouvent qu’il est possible de lutter contre la monoculture du soja, de la canne à sucre pour la production de l’éthanol et de l’eucalyptus, qui mettent en péril l’agriculture vivrière.

C

edac do Cerrado, une organisation partenaire de l’EPER et financée par Pain pour le prochain, a obtenu du gouvernement brésilien la création de deux réserves naturelles dans le Cerrado, une région de savane arborée à la biodiversité très riche. Celles-ci ont été remises à deux cents familles de paysans chassés de leurs terres par les multinationales, de grands propriétaires fonciers ou des mégaprojets industriels.

Désormais, les paysans et leurs familles apprennent à gérer les réserves de façon écologique et à pratiquer l’agriculture biologique. Des fruits, barres aux noix, biscuits, plantes médicinales, huile végétale et miel, certifiés bio et « commerce équitable », sont vendus sur le marché local. Deux institutions étatiques d’envergure, le Programme d’acquisition d’aliments et le Programme national pour l’alimentation scolaire, assurent à ces produits des débouchés

stables, et aux paysans des revenus prévisibles. Le réseau de commercialisation solidaire, fort aujourd’hui de 1500 membres, essaie de conscientiser les consommateurs sur les marchés locaux à l’importance d’acheter bio et de préserver un écosystème menacé par la destruction. Les paysans ont aussi été formés au tourisme équitable. Car ces réserves sont de véritables paradis naturels et les premiers touristes ont pu s’initier à des activités variées : pêche traditionnelle, canoëkayak, escalade de rochers, randonnées, visite de grottes et de cavernes, évènements culturels et culinaires … il y en a pour tous les goûts ! Certes, les possibilités d’hébergement sont rares, mais une ancienne hacienda abandonnée pourrait être bientôt transformée en hôtel. Ces succès ont été arrachés de haute lutte dans un contexte politique particulière-

Paysan formé à gérer la réserve de façon écologique

ment hostile. Au Brésil, la mise en œuvre de la réforme agraire et la régularisation des terres avancent à une lenteur exaspérante, alors même que l’accès aux titres fonciers est une condition fondamentale pour le processus de production et de commercialisation. La politique fédérale environnementale et le nouveau code forestier peuvent provoquer des effets négatifs sur le développement de nouvelles réserves et la régularisation des terres. La déforestation a repris et elle a même augmenté de 27 % en un an. La Commission Pastorale de la Terre (CPT) relève que 23 leaders d’organisations rurales ont été assassinés en 2011 et que 172 personnes ont reçu des menaces de mort. La plupart étaient engagées dans la protection des forêts (Amazonie et Cerrado) et de l’environnement. Et ce alors que le Brésil vient d’accueillir le sommet sur le développement durable Rio + 20. IA


Portrait

A découvrir MONDIALISATION

Guillermo Kerber, animé par la beauté de la création Pour le coordinateur du projet sur l’éco-justice et la diaconie au Conseil œcuménique des Eglises (COE), les paroisses et les organisations de développement ont un rôle clé à jouer dans la préservation de l’environnement.

«

 Les Eglises doivent reconnaître que la sauvegarde de la création et le sort des populations les plus pauvres font partie intégrante de leur mission. Elles doivent mettre en lumière la dimension éthique et spirituelle de l’‹éco-justice›, par laquelle nous entendons la justice économique et écologique et la justice de l’eau », affirme Guillermo Kerber, nous recevant dans son bureau genevois, l’Eco-Bible bien en évidence. Ajoutant que si quelques Eglises sont très actives dans la lutte contre le changement climatique, par exemple dans le Pacifique et en Afrique, d’autres, notamment au MoyenOrient et en Amérique du Sud, sont encore très en retard. Pour ce théologien uruguayen, qui dit puiser sa motivation dans la beauté de la nature, le monde est une création de Dieu. Et dans la Genèse, celui-ci appelle l’homme à prendre soin du jardin d’Eden – mais il lui ordonne aussi de dominer la création. Une contradiction qui rend le christianisme responsable de la destruction de la nature, aux yeux de certains, car il est à l’origine du développement de la science et de la technologie occidentales. « Les deux approches existent, reconnaît-il, mais les œuvres d’entraide peuvent amener une critique aux valeurs prétendument chrétiennes qui placent l’être humain au-dessus de la création. Si la théologie traditionnelle a surtout mis l’accent sur l’action du Père comme créateur, une nouvelle doctrine insiste plutôt sur le rôle du Saint-Esprit pour voir dans la création, non pas la transcendance, mais la transparence et la présence de Dieu. » Et le développement dans tout ça ? Guillermo Kerber hésite : peut-on continuer à parler de développement ? Ce

concept, tel qu’il a été conçu au cours des cinquante dernières années, repose sur l’idée de croissance illimitée et contient une contradiction intrinsèque entre durabilité et développement. Le COE, qui a toujours préféré parler de « communautés durables », est en train de concevoir un « seuil d’avidité » (greed line) – une ligne au-dessus de laquelle notre comportement n’est pas responsable – pour critiquer la surconsommation des gens du Nord et des élites du Sud. « Pain pour le prochain a un rôle capital à jouer pour faire connaître à la population suisse les expériences de solidarité, la joie et la résilience des communautés pauvres du Sud. L’action ‹A Voice in Rio› a permis de découvrir les réalisations de femmes dans des situations très difficiles, non pour susciter la compassion, mais pour essayer de construire une communauté mondialisée. » Justement, que retient-il de Rio + 20, où il a coordonné la délégation du COE qui a participé au Sommet des peuples et à la Conférence de l’ONU ? « On a été très frustré par le document final, avoue-t-il. La communauté internationale a une nouvelle fois manqué de répondre aux besoins urgents des communautés les plus pauvres. Mais bien que nous soyons très critiques vis-à-vis de l’ONU, pour l’instant c’est la seule instance multilatérale que nous avons. Il est très important de maintenir cette envie de multilatéralisme, de renforcer le rôle de la société civile et de surmonter la tentation de quelques Etats puissants de prendre des décisions tous seuls. » IA

Des paysans africains qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts à cause de la politique agricole de leurs gouvernements, à la solde des multinationales. Des producteurs suisses de lait contraints de mettre la clé sous le paillasson à cause de la déréglementation et la concentration du marché entre les mains de quelques grands producteurs et distributeurs. Des gens obligés de quitter leur terre pour aller faire fortune ailleurs comme déjà, dans la Bible, les fils de Jacob au pays d’Egypte. Une brochure pour appréhender la mondialisation avec un œil biblique car, au départ, nous sommes tous des « Araméens errants ». CPRSI, Migrants et paysans dans la tourmente. Les effets pervers de la mondialisation, janvier 2012

PRATIQUE Les paroisses à l’heure du développement durable

Pain pour le prochain, Action de Carême et Oeku viennent de réaliser un flyer à l’attention des paroisses, qui donne des pistes pratiques pour réduire l’empreinte écologique. Ce document intitulé Promouvoir le développement durable, pas à pas est le premier d’une série de trois qui seront diffusés dans les deux ans à venir.

FESTIVAL DE LOCARNO Le Prix œcuménique récompense un film sur les difficultés de communication Le Jury œcuménique, qui fêtait cette année ses quarante ans, a décerné le prix au réalisateur Ilmar Raag pour son film Une Estonienne à Paris. A travers l’histoire de deux femmes estoniennes à Paris, le réalisateur montre les difficultés de vie et de communication entre des personnes de même culture, mais de niveaux sociaux différents. Il aborde avec sensibilité les thèmes de l’abandon, de la vieillesse, de l’amour, du deuil, du don et de la rencontre avec les autres. Le prix, doté de 20’000 francs, est mis à disposition par les Eglises protestantes et catholiques de Suisse. Depuis 1998, Pain pour le prochain et Action de Carême offrent le prix du Jury œcuménique lors du Festival international du film de Fribourg, doté de 5000 francs.

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« Sors de la terre et va où je te montrerai »


VARIA

éVéNEMENTS CAMPAGNE ŒCUMéNIQUE 2013

Agenda

16 octobre 2012 Journée mondiale de l’alimentation. Conférence publique au Palais Eynard à Genève suivi d’un apéro : Lancement de la version française du livre «Holdup sur l’alimentation. Comment les sociétés transnationales contrôlent la nourriture, accaparent les terres et nuisent au climat.», Coédition GRAIN et CETIM. Organisé par CETIM, Pain pour le prochain et Swissaid. Contact : Ester Wolf (wolf@bfa-ppp.ch).

© Action de Carême

16-17 novembre, Crêt-Bérard Séminaire de formation pour les animateurs-trices des groupes de jeûne en carême. Contact : beatrice.vaucher@cath-vd.ch, tél. 021 613 23 66

Sans terre, pas de pain

Paysannes au Népal

5 décembre, à l’EPER Journée de formation Terre nouvelle des stagiaires pasteurs et diacre, organisée par l’Office protestant de formation en collaboration avec EPER, EM-échange et mission et Pain pour le prochain

« Sans terre, pas de pain », la campagne œcuménique 2013 de Pain pour le prochain et Action de Carême, s’érige contre l’accaparement des terres. Comme les cultures vivrières cèdent de plus en plus le pas au maïs et au soja, voués à la production de viande et d’agrocarburants, la campagne s’intéresse aussi aux rapports entre l’accaparement des terres et les modes d’alimentation et de vie en Suisse. Pratiquant la monoculture, l’agro-industrie mène la vie dure aux petits paysans et les plantations n’engagent guère de main-d’œuvre. Et même lorsqu’un fermage ou un prix d’achat sont versés, ce sont trop souvent des politiciens véreux ou de gros propriétaires terriens qui l’empochent. En outre, les monocultures et les plantations polluent l’environnement et font flamber les prix des aliments. Les communautés indigènes, où les droits fonciers sont collectifs, sont particulièrement menacées par la perte de leurs terres. Dans les questions foncières, les femmes sont souvent laissées pour compte, car elles ne sont presque jamais propriétaires des terres. DT Pour toutes informations : www.droitalimentation.ch

RESPONSABILITé SOCIALE DE L’ENTREPRISE

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Marikana: un massacre annoncé – et qui pouvait être évité Le 12 août 2012, quatre jours avant les violents affrontements entre mineurs et policiers qui ont coûté la vie à 34 personnes à Marikana, en Afrique du Sud, la Bench Mark Foundation, soutenue par Pain pour le prochain, publiait un rapport où elle dénonçait les conditions de travail et de vie déplorables dans cette mine de platine de la multinationale anglaise Lonmin. Depuis les événements, la fondation et son président, l’évêque Jo Seoka, s’engagent activement auprès des victimes et des travailleurs pour essayer de faire entendre leur voix et contribuer à une médiation qui permette de sortir de la tension extrême qui règne dans la région. IA

Une université faite par les seniors, mais ouverte à toutes et tous ! Avenue du Grammont 9 – 1007 Lausanne Tél. 021 614 77 17 – Fax 021 617 51 75 ppp@bfa-ppp.ch – www.ppp.ch CCP 10-26487-1 Editeur : Pain pour le prochain Rédaction : Martina Schmidt, Isolda Agazzi,

Bruno Stoeckli, Yvan Maillard Ardenti,

Ester Wolf, Daniel Tillmanns

Corrections : Françoise Caroff Graphisme : Corrado Luvisotto, Grafix, Fribourg Impression : Imprimerie St-Paul, Fribourg Prix de l’abonnement : 10 francs suisses Tirage : 14 700 exemplaires ISSN 2235-0780

« Connaissance 3 » propose chaque année environ 200 activités dans tout le Canton de Vaud, avec des conférences, cours et visites culturelles dans onze régions. Le programme de cet automne réserve de belles surprises : le 30 octobre, André Borschberg sera à Payerne pour narrer son aventure sous le titre « Solar Impulse, un voyage autour du monde » ; le 8 novembre, aux Diablerets, Daniel Cherix partagera sa passion zoologique avec « Les mouches au service de la justice » et le 17 décembre, à Lausanne, Serge Molla s’interrogera sur « Dieu, otage de la pub ? ».

www.connaissance3.ch

Une seule terre N°7 - Octobre 2012  

"Dialogue4Change" réinventer ensemble un monde plus juste. Journal d'information de Pain pour le prochain

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