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Francis LATTUGA

Les oiseaux de mon jardin,

mes copains (pas tous)

A tous mes petits enfants, prĂŠsents et Ă  venir


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PREAMBULE

De ma terrasse, où je passe beaucoup de mon temps libre de retraité en sirotant des petits cafés, je vois tout mon jardin, et tous les oiseaux qui y habitent. A ma gauche, dans le troène au dessus du faux puits, il y a un nid de chardonnerets, à ma droite je peux observer la petite maison des mésanges accrochée au mur et le ballet incessants des petites boules de plumes qui y entrent sans ralentir et qui en sortent comme des balles de fusil, dans la vigne vierge il y a un nid de merles, Merlette est en train de couver, dans le sureau celui des tourterelles, en face je sais que dans ce gros buisson de buis il y a des fauvettes à tête noire, et dans l’ocuba des pinsons, sous le lierre nichent les rouges-queues et les moineaux, et dans les poutres du chalet des gobemouches. Dans le grand sapin il y a toujours au moins un représentant de mes petits copains à plumes, depuis le pigeon bizet, le plus gros, jusqu’au roitelet, le plus petit, et je vois aussi les hirondelles qui entrent et sortent de l’atelier comme des fusées.

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Enfin je peux observer tous mes locataires venir à la queue leu leu au bassin pour s’abreuver, se baigner et se doucher pour certains sous le filet d’eau de la fontaine, un héron y est venu une fois sous mon nez guigner les petits poissons, et même un martin-pêcheur ! Tout ce petit monde s’active sans répit, ça chante, ça crie, ça se dispute pour prendre la place aux bains-douches, car chez les oiseaux, c’est comme chez les humains, il y a des tricheurs. Tout ce remue-ménage fait que je n’ai vraiment pas le temps de m’ennuyer, et je ne m’en lasse pas, au point d’arriver à les reconnaître chacun et de leur donner un nom. Pendant que j’écris ces lignes, et sans lever le nez, je sais que c’est Monsieur Merle qui chante pour sa compagne tout en haut du sapin, quel régal, que c’est Turco qui fait ces roucoulades pour séduire cette jolie tourterelle, que Petit Chardon annonce à la cantonade qu’il va boire un coup à la fontaine, à son chant étonnamment puissant je repère Queue-en-l’air le minuscule troglodyte, Petite Plume la Mésange demande le bec plein si la voie est libre, Pinson saoule tout le monde en appelant désespérément une compagne qui ne vient pas, il s’y est pris trop tard, et Spitfire l’Hirondelle prévient ses petits par quelques trilles qu’il arrive avec plein de bonnes choses à manger. 4


Alors je vais vous raconter la vie vie et les aventures de quelquesquelques-uns des oiseaux de mon jardin, mes copains.

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LA MERLETTE QUI AVAIT PERDU SA QUEUE

Merlette picorait tranquillement sur la pelouse. Merlette était chez elle, elle était d’ailleurs née dans la vigne vierge qui embellit la façade de la Maison. Cette pelouse était une vraie mine de vers de terre, elle et ses frères et sœurs les extirpaient sans relâche, en s’arc-boutant sur les pattes quand les vers rechignaient à se laisser extirper, ils se régalaient et tout à leur occupation aucun n’a vu arriver à temps le vilain chat noir et blanc qui se cachait sous le charme. —Alerte ! Quand la vilaine bête bondit sur eux, un des frères cria, mais trop tard pour Merlette qui ne put s’échapper qu’en laissant les plumes de sa queue dans les griffes du félin. Merlette était vivante, mais il faut savoir que pour un merle la queue est un élément important de la qualité du vol, la queue sert de contrepoids, de balancier, de gouverne de direction, de stabilisateur et d’aérofrein. Sans queue un merle est comme un avion qui aurait perdu l’empennage arrière. 7


Merlette mit du temps à réapprendre à voler, à trouver des solutions pour compenser ce manque, elle était aidée en cela par un copain qui lui donnait des conseils, la nourrissait, l’encourageait tout en surveillant les alentours et le vilain chat. Enfin Merlette put se débrouiller toute seule, elle avait un vol un peu bizarre, et des atterrissages qui manquaient un peu d’élégance, mais elle se débrouillait si courageusement et elle était si jolie que son copain attendri et admiratif lui demanda de faire des bébés avec lui. Je ne vous dirai pas tout ce qu’ils ont fait pour avoir des bébés, sauf que d’abord ils se décidèrent à construire le nid conjugal dans la vigne vierge, précisément, sans se formaliser des allées et venues des Humains qui habitaient la Maison, eux c’étaient des amis qui repoussaient sans relâche les vilains chats qui abandonnèrent bientôt tout espoir de petit déjeuner à base de merles.

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La construction du nid ne fut pas une partie de plaisir pour Merlette, sans son balancier naturel, elle avait du mal à garder l’équilibre et plusieurs fois son copain dut la repêcher au fond du nid où elle était tombée le bec coincé et le derrière en l’air. Une autre fois c’est elle qui n’ayant pas pu s’arrêter sur le bord du nid catapulta Monsieur Merle par-dessus bord. — Ne pleure pas, la consolait Monsieur Merle en riant, ce n’est pas bien grave, je n’ai rien de cassé ! Puis il lui redonnait encore quelques leçons de pilotage. Le nid bientôt fini, bien camouflé sous les larges feuilles de la vigne, Merlette s’installa confortablement et entama la couvaison des quatre beaux œufs verts tachés de noir. Son copain la nourrissait tendrement et au bout de trois semaines les petits faisaient connaissance avec le Monde. Et ce fut comme la nature le commande, le commencement d’une longue période de va et vient continuels des deux parents entre la pelouse, les arbres et le nid.

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Et plus ça allait plus les cris des petits devenaient forts et pressants, ils n’en avaient jamais assez, ils avaient de plus en plus faim, et ils le faisaient savoir bruyamment, les parents accéléraient le rythme au fur et à mesure de l’intensité des braillements tout en pestant contre les cadences infernales de cette période de leur vie de parents. Et puis les petits étaient devenus si gros et forts qu’ils tenaient à peine tous dans le nid, il y en avait même un qui restait sur le bord, très intéressé par ce qu’il pouvait entrevoir à travers les feuilles. Merlette avait bien du mal à arriver jusqu’au nid, le plus grand servait de guetteur et avertissait ses frères : — Attention, Maman arrive, planquez vous, tous le monde aux abris, oh la la ! elle a mal négocié son virage, aie-aie-aie ! va y avoir de la casse ! Et effectivement une fois sur deux, Merlette nous faisait un atterrissage catastrophe en tombant comme un boulet sur ses petits morts de rire, quand elle ne loupait pas tout simplement le nid en s’abattant sur la vigne dans un grand fracas de feuilles et de branches. Aux premiers temps de l’aviation, les avions étaient un assemblage de bois entoilé, et quand leurs téméraires pilotes manquaient leur atterrissage, on utilisait l’expression « casser du bois ». Dans le cas de Merlette c’était tout à fait l’expression à réutiliser. 10


Les parents se sont un jour concertés sur la pelouse, entre deux allées et venues : « qu’est-ce qu’on fait, ça ne peut plus durer, on court à la catatrosphe, faut tenter le coup ». Les petits discutaient eux aussi sous l’égide de l’aîné, « on ne peut pas continuer comme ça, il faut absolument qu’on tente une sortie, alors entraînons-nous vite à voler, faisons marcher nos ailes ». Et quand les parents se sont présentés au nid pour leur annoncer que c’était le grand jour, ils ont eu la surprise de trouver les quatre futurs aviateurs alignés au garde-à-vous sur le bord du nid, et le plus grand dit fièrement aux parents : — Papa-Maman, on est prêts, et je passe le premier. Les parents firent les dernières recommandations : — N’oubliez pas le train d’atterrissage, ouvrez bien les volets et aérofreins de queue, visez pour commencer le tilleul en face tout droit devant, on verra après pour les virages. Le premier inspira profondément, se concentra, il ne pouvait plus reculer maintenant, et à « 3 ! » il se lança dans le vide. Instinctivement, il ouvrit ses ailes largement ainsi que les rémiges de sa queue, et presque sans battre des ailes il arriva jusqu’à l’arbre, mais il n’avait pas eu le temps de choisir une branche solide et il dégringola de branche en branche jusqu’à un appui solide. 11


Il cria victoire — J’ai réussi, c’est super, allez les frères, allez y, c’est fastoche, n’ayez pas peur, ça va aller tout seul ! Et l’un après l’autre ses frères se lancèrent et atterrirent tant bien que mal dans l’arbre, les voilà tous les quatre accrochés en tremblant aux branches, les parents soulagés s’essuyèrent le front, félicitèrent leur progéniture, et sans plus attendre, ils attaquèrent tout de suite la deuxième leçon, comment voler de branche en branche sans tomber au sol, lieu de tous les dangers. — Surtout ne tombez pas à terre, car vous n’êtes pas encore assez forts pour vous soulever du sol vers les branches, ça ne prendra que quelques jours, en attendant pas d’imprudence ! Malgré ces recommandations, l’aîné tout fier d’avoir été le premier, voulut « frimer » devant ses frères, et ce qui devait arriver arriva, il se retrouva les quatre fers en l’air dans l’herbe, bien embêté, il faisait moins le fanfaron car il se sentait bien petit sur cette immense pelouse. Ses parents ne perdirent pas de temps en gronderies, et l’accompagnèrent rapidement à couvert, le cachèrent dans les broussailles, lui intimèrent l’ordre de ne plus bouger et de rester silencieux, pour que le chat ne soit pas alerté. 12


Nous aussi, qui avions assisté au drame, étions vigilants, et nous avons tous pris un tour de garde pour surveiller les alentours et empêcher le chat de s’approcher. Merlette et son copain ne chômaient pas, plus les petits grossissaient et plus ils réclamaient, et l’on assista très vite à des scènes très amusantes, pendant que Papa Merle surveillait les alentours du haut d’un arbre, les petits suivaient Maman pas à pas, chacun essayant de resquiller en battant des ailes très rapidement avec de petits cris pour se faire remarquer, mais Merlette ne s’y laissait pas prendre et donnait à manger chacun son tour, en enfournant des quantités astronomiques de vers de terre dans des gosiers grands ouverts et insatiables. Au bout de deux semaines, l’aîné était aussi gros que sa mère, mais ce feignant continuait à réclamer comme ses frères, jusqu’au jour où Merlette lui refusa toute nourriture au profit de ses frères, l’aîné disait « c’est pas juste ! » mais quand il eut trop faim il se décida à chercher lui-même son manger, et puis tout naturellement, l’un après l’autre, ses frères devinrent autonomes, et se débrouillèrent enfin tout seuls.

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Les parents purent enfin se reposer en se désintéressant totalement de leur couvée, ils avaient accompli leur mission, terminé, c’est comme ça chez les oiseaux. Merlette et Papa Merle se sont alors posé la question d’une nouvelle couvaison, et pour ne plus avoir leurs enfants sur le dos qui restaient à proximité du nid, ils se sont éloignés petit à petit vers le fond du jardin, nous n’avons pas pu savoir ce qu’ils avaient décidé, mais nous pensons que la Nature les a poussé à refaire un nid et à refaire des bébés, parce que Dame Nature commande à tous les êtres vivants de cette planète de ne pas perdre la moindre occasion d’assurer la survie de l’espèce. C’est ça la Vie !

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TAPE DUR le PIC EPEICHE

Ainsi que vous avez pu le constater, j’adore observer les oiseaux. Et je ne me lasse pas de m’émerveiller devant l’ingéniosité de mes petits locataires emplumés, dans leur continuelle recherche de nourriture, du meilleur endroit pour nicher, nourrir et protéger leur progéniture. Mais il y a des fois où je suis obligé de me bagarrer avec certains qui me jouent de sacrées farces. Par exemple mon copain « Tape-Dur » le pic épeiche. L’année dernière il avait repéré mon buisson de noisetiers, et il avait décidé d’en récolter sans pitié tous les fruits à son profit, de façon quasiment industrielle. Au début je lui demandais poliment de m’en laisser au moins quelquesunes. Puis comme il faisait la sourde oreille, je l’ai supplié avec des accents dramatiques dans la voix, pour l’apitoyer, sans aucun effet. 15


Je l’ai menacé des pires maux, mais j’ai bien vu qu’il se moquait de mes menaces comme de sa première noisette ! J’ai tout tenté pour le dissuader de me dévaliser entièrement. J’ai mis des ballons et du papier d’alu dans les branches, mais ça ne l’a absolument pas effrayé. J’ai tenté de mettre un filet, mais il se posait dessus et attrapait les noisettes à travers en tirant sur les brindilles. J’ai fait le guet pendant des heures, un grand bâton à la main, lui attendait patiemment dans le poirier d’à coté que je me lasse, en se lissant longuement les plumes pour bien me montrer qu’il avait tout son temps. Dès que je tournais les talons, il revenait sans vergogne me chiper mes noisettes dans mon dos. Le gredin ! Pas une il ne m’a laissée ! Cette année, s’il veut recommencer son petit jeu, ce sera la guerre totale entre lui et moi, mais il n’en verra pas la couleur d’une, juré !

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LELONGBEC Junior

— Mon fils, tu es grand maintenant, et le moment est venu pour toi de nous quitter. Papa Lelongbec contemplait avec admiration son rejeton, un magnifique héron cendré, un grand jeune, pas encore adulte mais en bonne voie, car cela faisait plus d’un an que Junior avait brisé la coquille de son œuf, dans le nid au sommet de ce grand arbre dans le bois qui dominait le petit marais. Et cela faisait aussi plus d’un an qu’il rodait autour, et Papa Lelongbec trouvait qu’il devenait légèrement collant, et qu’il devait se résoudre à éloigner Junior de ses territoires afin d’y nourrir les derniers nés de l’année, en avril, car il avait constaté que Junior avait un solide coup de bec et était plus rapide et performant que les petits encore bien tremblants sur leurs longues pattes, au point de leur voler quasiment la nourriture dans le bec. Ça ne pouvait plus durer.

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Il savait pourtant que la vie de Junior allait devenir plus difficile, car les espaces de chasse et de pêche se rétrécissaient tous les ans un peu plus, les humains ayant la mauvaise habitude d’assécher les marais et de les remplacer par des champs de céréales remplis de cochonneries chimiques où on ne trouvait plus de grenouilles ni de mulots ni de serpents, de plus la concurrence avec les pêcheurs était rude, dès qu’ils s’approchaient d’un étang ou d’une rivière, les hérons en étaient chassés brutalement. — Mon fils, les premiers temps, ça ne va pas être facile pour toi, car il va falloir te trouver des territoires et éviter les coups de bec des premiers occupants. Mais je vais te donner un coup de pouce et te révéler un secret que je gardais pour moi en cas de disette. Alors voilà, je te donne l’adresse d’un petit coin bien caché avec des bassins pleins de bons petits poissons, c’est une propriété privée mais nous sommes une espèce protégée, et ils ne peuvent nous tirer dessus. Et papa murmura à l’oreille de Junior l’adresse en question

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Et c’est ainsi que nous eûmes la surprise de découvrir au milieu du mois de septembre un héron tranquillement perché sur le sommet de la tonnelle. Nous nous sommes précipités sur nos appareils photos et nous le mitraillâmes pensant qu’il ne faisait que passer. Ce qu’on ne savait pas, c’est que cet animal avait pris au pied de la lettre les conseils de son papa et qu’il s’installait pour de bon chez nous. Junior, du haut de la tonnelle avait une vue panoramique sur nos deux bassins, le grand et le petit, celui de mon voisin Bernard, et d’un coup d’aile il pouvait aller voir du côté de la mare du village, où il pouvait faire bombance pendant que les petits pêcheurs étaient à l’école. Mais tout ça on ne l’a compris que lorsqu’on a surpris notre héron planté devant le petit bassin. A commencé alors une guerre d’usure entre Junior et nous.

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Junior arrivait en planant sur la toile de la tonnelle, qu’il gratifiait aussitôt d’une jolie fiente, et observait la situation. Il ne fallait pas être un grand sorcier pour deviner ses pensées. — Je sais bien qu’ « Ils » sont là à m’observer de derrière leurs fenêtres, mais patience, les Humains ont toujours quelque chose à faire, moi pas, j’ai tout mon temps. Au bout de cinq minutes, on faisait semblant de disparaître, et aussitôt Junior descendait en planant sur la pelouse, qu’il traversait à pas lents et comptés pour se rapprocher du petit bassin, il avait tout de suite repéré nos huit petits poissons rouges et noirs qui se planquaient comme ils pouvaient sous les algues et les mousses mais malheureusement dans une eau peu profonde.

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Alors on sortait brusquement en lui criant dessus, Junior s’envolait tranquillement, c’était très impressionnant, car même si Junior n’était pas encore arrivé à sa taille adulte, il déployait une voilure déjà imposante de cent soixante centimètres, et du coup, notre pelouse semblait toute rétrécie, car le plus grand oiseau qu’elle avait accueilli jusqu’alors était un pic vert. Ce maudit prédateur allait se percher sur un thuya d’où de toute évidence il nous narguait ou nous injuriait copieusement. — Vous pouvez bien brailler comme des gorets, je ne suis pas plus pressé que ça, et il vous faudra bien sortir pour aller faire des courses, alors rien ne m’empêchera d’aller à la pêche, c’est la Loi de la Nature et vous n’y pourrez rien.

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Quand il se rendait compte qu’on ne cédait pas tout de suite, Junior allait voir du côté du grand bassin s’il pouvait surprendre un de ses deux occupants, une énorme grenouille qui passait tout son temps à dormir au soleil sur une feuille de nénuphar, et une grosse carpe qui faisait la même chose, mais sous la feuille. Junior savait que ces deux là ne seraient pas faciles à attraper car ils en avaient vu d’autres, et le bassin était profond avec plein de plantes aquatiques offrant le meilleur abri. Il avait beau rester immobile pendant des heures, les deux pattes dans l’eau du bord, les deux autres en faisaient autant, alors Junior se rabattait sur tout ce qui bougeait, c'est-à-dire des insectes et des escargots d’eau, il y en avait des centaines avant son intrusion dans notre vie ! Toujours est-il que Junior avait raison, on ne pouvait efficacement assurer la surveillance du petit bassin, et Junior était gagnant à tous les coups chaque fois qu’on s’absentait.

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Petit à petit, on constatait avec désespoir que la petite troupe des poissons diminuait tous les jours, jusqu’à disparition totale et définitive. Et nous étions très tristes, et très en colère contre ce vilain, très vilain oiseau de malheur qui n’avait pas compris que nous voulions être ses amis, et qu’on lui offrait de bon cœur l’hospitalité, et lui il n’a fait que nous piller sans vergogne et nous priver de ces petits êtres vivants auxquels on s’était attaché et qui avaient résisté à tout, leur bassin quasiment à sec à la suite d’une fuite, la grosse chaleur d’il y a deux ans, et la glace cet hiver ! Une chose est sûre, cet animal sait compter jusqu’à huit, parce qu’il a disparu du village dès le huitième poisson avalé ! Bel animal, mais sale bête ! Ce n’est pas notre copain !

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JOJO le ROUGEROUGE-GORGE

Jojo, Jojo c’est Notre Rouge-gorge à nous, personnellement à nous. Mais on peut dire aussi que Nous, la Maison et le Jardin, appartenons à Jojo, personnellement à lui tout seul. Jojo revient tous les ans s’installer chez nous, juste avant l’hiver. Pendant l’été, il est dans les bois de la Source, en bas du village, où nous devinons qu’il a conté fleurette à une mignonne, et qu’ils ont fait leurs devoirs de parents dans la joie et l’exubérance. Et une fois la survie de l’espèce confirmée, Jojo embrasse toute sa petite famille et leur tient ce langage : — Je suis très content de vous et de moi par la même occasion, vous êtes de beaux Rouges-gorges tout neufs, et je peux aller prendre mes quartiers d’hiver la conscience tranquille avec la satisfaction du devoir accompli. Les enfants se mettent à parler et à pleurer tous en même temps pendant que Maman Rouge-gorge se tient à l’écart sans rien dire, car elle connaît par avance les réponses que va faire le père à ses enfants.

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— Dis Papa, où tu t’en vas ? — Dis Papa, on peut venir avec toi ? — Dis Papa, que va t’on devenir sans toi ? — Dis Papa, que doit-on faire maintenant ? Jojo leur répond : — On se calme, pas tous à la fois ! Un, quand je dis que je prends mes quartiers d’hiver, il est bien entendu que c’est tout seul, car j’ai besoin de calme et de repos. Deux, je ne vous dirai pas où je vais habituellement, là où je vais est une résidence secondaire très chouette, et le premier qui essaye de me suivre, je lui en colle une. Trois, il est aussi bien évident que vous devez maintenant vous débrouiller tout seuls, cherchez-vous chacun un territoire, et je vous conseille pour l’hiver de vous rapprocher des habitations des Humains qui sont d’incorrigibles gâcheurs de nourriture, il y a toujours des miettes à ramasser aux alentours sans oublier les petits recoins bien chauds de leurs murs mal isolés. Allez, salut et GOOD LUCK ! Il embrasse tendrement Maman Rouge-gorge en lui disant à l’oreille — On a fait du bon travail tous les deux, merci pour tout et peutêtre à l’année prochaine, Inch’Allah……. 26


Et Jojo s’envole vers sa destination hivernale, sans un regard en arrière, sans un remord, c’est comme ça chez les rouges-gorges, les couples ne durent qu’une saison, contrairement à d’autres espèces d’oiseaux où les couples peuvent durer plusieurs années, voire à vie comme chez les hirondelles. Arrivé très vite chez nous, Jojo, comme tous les ans, nous fait le coup de se poser sur le banc de pierre en face des vitres du préau et de s’agiter et de faire le pitre jusqu’à ce qu’on le remarque. Quelqu’un s’exclame : — C’est Jojo ! — Jojo est revenu ! — Jojo est là ! Et c’est tout de suite l’effervescence dans la maison, chacun abandonne son occupation, on entend grands et petits dévaler les escaliers pour venir saluer Jojo notre fidèle petit compagnon qui égaille si bien la tristesse de nos hivers. Mais cette année là, après ce grand moment de joie réciproque, nous n’avons pu nous empêcher de lui faire remarquer sur le ton de la moquerie amicale que sa transhumance nous semblait quelque peu prématurée.

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— On ne voudrait pas te contrarier Jojo, mais tu n’es pas sans apprécier comme nous la chaleur estivale de cette fin d’octobre, tu vieillis mon ami et sans vouloir te faire de la peine, il nous semble que cette fois-ci tu te plantes en beauté ! Il faut vous expliquer que les précédentes années, le retour de Jojo annonçait immanquablement l’arrivée de l’hiver, du moins la fin des beaux jours au profit de journées d’automne, froides, ventées et pluvieuses. Cette année là, l’été indien n’en finissait pas de nous faire profiter du jardin, des baignades et des soupers aux chandelles sur la terrasse, et l’hiver nous paraissait bien loin, voire improbable. Jojo s’amusait de nos condescendantes moqueries, et nous répondait avec un petit sourire narquois : — Rigolez les amis, rigolez tout votre saoul, profitez-en bien, car vous n’allez pas rigoler longtemps ! Et en effet, à peine deux jours après, les températures chutaient vertigineusement, le ciel s’assombrissait jusqu’au noir d’encre, on rallumait les chauffages en toute hâte, et on mettait à l’abri tout ce qui traînait dans le jardin. Et nous regardions à travers les vitres Jojo plié de rire qui se gaussait ouvertement et sans aucune retenue de notre air déconfit.

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Il n’y a pas de doute, quand ce petit paquet de plumes revient s’installer chez nous, c’est que l’hiver n’est pas loin, et chaque année, on reste sans voix devant cette merveille de la nature d’à peine cinquante grammes capable de prédire les saisons des mois à l’avance, alors que nous les Humains, avec toute notre technologie extrêmement sophistiquée, nos satellites, nos avions météo, nos ordinateurs, sommes incapables d’espérer prévoir le temps à plus de trois jours d’avance, et avec une probabilité de réussite d’à peine 50% ! Et tout en contemplant notre beau jardin d’été transformé si vite en marécage, je me remémorais une observation que j’avais faite un beau jour d’été, alors que j’étais en arrêt devant la vigne vierge qui couvre la façade Sud de la maison, laquelle vigne était en fleurs et littéralement envahie par de milliers d’abeilles, ce qui m’inquiétait car on ne pouvait entrer ni sortir de la maison qu’au travers d’un nuage de ces industrieux insectes. Et ce jour là, subitement, en plein après-midi, les dits insectes ont quitté les lieux comme un seul homme, sans prévenir, et le bourdonnement assourdissant fit place à un silence surprenant, presque oppressant.

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J’en profitais pour goûter la douceur de cette fin d’après midi sur le banc qui en temps normal était inaccessible, et je compris très vite pourquoi les abeilles avaient quitté aussi précipitamment les lieux, car un orage extrêmement violent surgi de nulle part éclata brutalement avec de gros éclairs et des trombes d’eau dévastatrices. Les bestioles ailées l’avaient décelé bien avant nous et s’étaient empressées de se mettre à l’abri dans leurs ruches respectives, d’où elles devaient être mortes de rire en contemplant ces pauvres Humains débiles qui n’avaient rien vu venir et qui courraient en tous sens sous la pluie battante, trempés jusqu’aux os en essayant de trouver un abri. Revenons à notre Jojo. Sa première occupation fut de décourager les envahisseurs potentiels de son territoire, en « tacquetactant* » tant et plus aux quatre coins du jardin pour prévenir qu’il n’accepterait aucun intrus, et, s’il le fallait, de voler dans les plumes d’un confrère téméraire ou étourdi qui ferait l’erreur d’y pénétrer, et en général qui ne la faisait qu’une fois. * écoutez bien le rouge-gorge quand il n’est pas content, on dirait une vraie mitrailleuse, tacatacatacatac ! 30


Puis il repéra les cantines que nous organisons chaque hiver pour aider tous nos petits amis emplumés à bien passer l’hiver. Il y a des mangeoires chargées de miettes de pain, d’autres remplies de graines, et des accrochoirs de boules à Mésanges. Jojo disputait inlassablement aux autres petits oiseaux l’accès à ces soupes populaires, Jojo a toujours été très bagarreur et peu partageur. A force d’observer les mésanges, ces incroyables acrobates capables de manger la tête en bas accrochées par une patte à la boule, Jojo avait réussi une fois à faire de même pour goûter le délicieux mélange de graisse et de graines de tournesol, mais les mésanges qui sont aussi teigneuses que lui l’ont vite dissuadé à coups de bec de recommencer, et il dut se contenter des miettes qui tombaient de la boule. Tout le long de l’hiver, Jojo nous tint compagnie, en colorant comme d’habitude la grisaille, et la neige aussi, avec sa poitrine orangée, et venant en toute confiance nous observer à travers la baie vitrée, on avait l’impression d’être des poissons dans l’aquarium personnel de Jojo, notre Rouge-gorge préféré.

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A la fin de l’hiver une jolie petite rouge-gorge apparut, avec qui manifestement Jojo faisait des projets, et aux premiers beaux jours Jojo et sa compagne sont venus nous dire au revoir avant de filer dans les bois pour un nouveau cycle de la Vie.

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LE CULOT

Dans le dictionnaire, vous trouverez « fond de bouteille », « foyer d’une pipe », mais quand il s’agit d’oiseaux on nomme « culot » celui qui reste au « fond » parce qu’il est né en retard et que c’est pas gagné pour lui, loin de là, ça arrive quelques fois. Il y a quelques années nous avions laissé traîner négligemment une petite cruche style amphore posée à l’horizontale sur une margelle, parce qu’elle avait le goulot ébréché, sans imaginer qu’un couple de mésanges charbonnières allait l’investir en la transformant en une demeure royale pour y nicher, ni trop, ni trop peu au soleil, la partie non cassée du goulot reconvertie en une bien pratique piste d’atterrissage et d’envol pour les incessantes rotations de ravitaillement, j’en ai compté jusqu’à soixante-deux en une heure, imaginez la fatigue au bout de quinze heures par jour à ravitailler une nichée qui réclame toujours plus !

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Après douze jours de gavage, on voyait de temps en temps un petit se présenter sur le goulot, inspectant attentivement le Monde qui l’attendait, et ce n’était pas fait pour l’encourager, car en cette fin mai, le temps s’était remis au maussade, froid et venteux. Malgré tout, les parents manifestaient une grande fébrilité, car ils avaient décidé qu’il était temps d’organiser la Grande Sortie, malgré les mauvaises conditions météo. Et effectivement un matin, nous avons vu les parents surexcités faisant du « sur place » devant l’entrée, plus exactement la sortie de la potiche, en poussant des petits cris incitatifs. L’un après l’autre, les petits aviateurs en herbe se sont présentés timidement sur la piste d’envol, et après bien des hésitations et des revirements du style « j’y vas-t’y, j’y vas-t’y pas ? », se sont lancé dans le vide en visant l’arbuste en face dans lequel ils atterrirent sans trop d’élégance, il faut bien le reconnaître. Et bientôt il y a eu cinq petites boules de plumes ébouriffées serrées frileusement les unes contre les autres, et nous pensions, nous spectateurs attendris, que l’affaire était finie. 34


Et bien, pas du tout, il y en avait un sixième encore à l’intérieur que les parents exhortaient de la voix et du geste à suivre l’exemple de ses frères et sœurs. — Allez, le petit dernier, du courage, tout le monde t’attend ! Le petit se décida enfin à montrer le bout du bec, huma l’air, inspecta le panorama, analysa les conditions météo et déclara : — Non, mais ça va pas, vous avez vu ce temps de cochon, très peu pour moi, je rentre me mettre au chaud, y a rien qui presse ! Les parents étaient visiblement déçus, les cinq autres tout ragaillardis se moquaient de lui, ne se privant pas de quolibets. — Hou, le peureux, Hou le dégonflé ! Pauvre Culot ! Il était né avec presque 24 heures de retard, et il n’a pu que rester au fond du nid, relégué et piétiné sans pitié par les premiers nés déjà plus costauds que lui, et se démenant mieux. A l’intérieur de la cruche l’ambiance n’était pas triste, dès que Maman ou Papa se présentait à l’ouverture le bec chargé de bonnes choses à manger, c’était la grande pagaille !

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— A moi, à moi ! Cette fois c’est mon tour ! — Non, c’est à moi maintenant ! — Pas du tout, j’étais là le premier ! — C’est pas vrai, c’était moi le premier, mais tu m’as bousculé, grande brute ! A chaque fois tu nous fais le coup ! — Eh, les frères, soyez sympa, laissez- moi aller devant, implorait le Culot de dessous le tas agité et grouillant de ses frères et sœurs. Mais personne ne l’écoutait, et la bagarre continuait de plus belle ! — Toi, arrête de me marcher dessus et pousse-toi de là ! — Si on ne me laisse pas passer, je vous préviens gentiment les zozos, je vais cogner ! — Dégagez devant ! Cette fois ci, on ne va pas se laisser faire, on a faim nous aussi ! — Poussez pas derrière ! On n’a pas fini ! — Aïe ! Mais faites donc attention, ma tête c’est pas un marchepied, bandes de sauvages, pleurait le Culot, vous me faites mal ! Le pauvre avait bien du mal à intercepter un peu de la becquée administrée sans trop de discernement par des parents pressés au premier gosier avide qui se présentait, et plus ça allait, moins il y arrivait, et on comprend mieux pourquoi il ne se sentait pas vraiment prêt pour la grande Aventure. 36


Et bien lui en a pris, car les parents, tout en nourrissant les autres à l’extérieur, étaient aux petits soins avec lui, le gavant de délicieux insectes et larves, rien que pour lui tout seul ! A ce régime il rattrapa en quelques jours son retard et commença à envisager plus sereinement une sortie. Il allait souvent regarder dehors et en voyant ses frères frigorifiés et moroses, il leur faisait des pieds de nez : — Nananère ! Qui c’est qui se gèle le croupion pendant que moi je suis bien au chaud et au sec ? — Ce n’est pas très gentil de te moquer ainsi, intervinrent au bout d’un moment les parents en fronçant les sourcils, d’ailleurs c’est la dernière fois, car nous avons décidé que c’est le Moment, donc tu sors tout de suite ! — Mais…… — Il n’y a pas de « mais » qui tienne, allez ouste, dehors feignant ! Les frères étaient tout réjouis de la mine déconfite du Culot qui ne s’attendait pas à autant de précipitation, et ils attendirent de patte ferme le retardataire, bien alignés sur une branche de l’arbuste qui devait réceptionner le Culot, avec ces commentaires perfides : 37


— Chiche que ce gros lard ne va pas oser y aller ! — Dix contre un qu’il va louper la branche ! — Tu veux dire l’arbre ! — Eh les frères ! Vous croyez qu’il a compris à quoi ça servait les ailes ? Les parents intervinrent de nouveau — Allez, poussez-vous, et faites lui un peu de place, encouragez-le au lieu de débiter des âneries ! Tout était prêt, les frères se calmèrent, un peu inquiets malgré tout. — Allez, petit frère, lance-toi ! — Agite bien les ailes, ça va aller tout seul ! — T’inquiète pas, on est là… Alors le Culot prit de l’élan, se lança bravement, agita ses ailes aussi vite que celles d’un moustique et arriva sans encombre au milieu des autres qui l’applaudirent et le portèrent en triomphe.

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— Bravo le Culot, t’es un champion, viens avec nous maintenant, on va te faire visiter le domaine, il faut simplement faire attention au chat, sinon tout baigne ! Et le petit, remis de ses émotions partit à la découverte du Monde à la suite de ses frères et sœurs qui par souci de ne pas lui rappeler son premier handicap, ne l’appelèrent plus jamais « Le Culot ».

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CHAPARDEURS

J’ai un très beau cerisier, très grand et très haut, si haut que mes plus grandes échelles n’arrivent pas au faîte de ce bel arbre. J’ai donc passé un accord avec mes merles en ces termes : — Il y en a pour tout le monde, donc vous les merles qui pouvez voler, vous prenez les cerises du haut et vous me laissez celles des branches basses, car je me fais vieux et je n’ose plus grimper si haut. — Pas de problème, l’Ancêtre, on fait comme ça et on te remercie, toi au moins tu nous en offre de tes bonnes cerises, il y a par ici des vilainspas-beaux qui mettent des épouvantails, des filets, des pétards que sais-je, ils ne savent pas quoi inventer pour nous empêcher d’y goûter, quels égoïstes ! Ça a marché pendant plusieurs années, mes merles faisaient la police quand une escouade d’étourneaux, ces vilains chapardeurs, faisait mine de ne pas respecter le contrat.

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Mais il y a eu une année sans, disons sans trop de cerises, alors des bandes d’étourneaux affamés se sont attaqué en force et sans vergogne aux cerises des branches basses, et mes merles, débordés, ne maîtrisant plus rien, s’y sont mis aussi et en moins de deux jours tous avec un bel ensemble m’ont nettoyé mon cerisier en ne me laissant que les queues et les noyaux. J’avais beau les supplier d’en bas, ça les faisait beaucoup rire, et je n’avais pour toute réponse que les noyaux qui me tombaient dessus. Alors j’ai sorti mes échelles. La bataille fut rude, mais j’ai réussi à sauver un fond de panier de ces fruits délicieux que ma famille et moi nous sommes partagés tristement pendant que les hordes de barbares à plumes festoyaient bruyamment sous notre nez.

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LA BUSE FATIGUEE

— Manger, toujours manger, ils ne pensent qu’à ça ces sales mômes ! songeait Papa Buse, un splendide rapace qui planait tout là-haut au dessus de mon village. Maman Buse, elle, se reposait un peu sur une branche d’arbre tout en surveillant les alentours, et c’était son tour à lui d’alimenter ses insatiables rejetons, il n’y en avait que deux, Tim et Tom, mais il lui semblait, maintenant qu’ils avaient plus d’un mois d’existence qu’ils mangeaient comme quatre ! — Encore quinze jours à tenir, pensait-il, avant que les petits ne se débrouillent par eux mêmes, et on pourra souffler. L’aventure de la Vie avait commencé il y a déjà plus de deux mois. Après avoir bien nettoyé et consolidé avec des branches feuillues le nid construit l’année d’avant tout en haut d’un grand hêtre du Bois de La Source, Maman Buse y avait déposé deux beaux œufs qu’ils avaient couvé à tour de rôle pendant trente cinq jours. 43


Et depuis un mois ils se relayaient aussi pour nourrir la nichée qui réclamait toujours plus chaque jour. — J’en ai vraiment ma claque de ce travail de forçat, marmonnait Papa Buse en amorçant un virage vers le Bois des Rochottes. C’était la fin de l’après-midi, la lumière baissait et virait à l’orange doré, et Papa Buse se sentait bien las, il ne comptait plus les sorties de la journée depuis les aurores qu’il était en chasse, qu’il répétait la même procédure, d’abord trouver un courant d’air chaud ascendant, grimper en spirale jusqu’à la bonne altitude, environ cent mètres, puis planer en faisant de larges cercles pour pouvoir déceler le moindre mouvement dans les herbes ou les champs cultivés, toujours observer le sol, ne pas rater le mulot inconscient qui se faufile le long de sa coulée, toujours la même, et si possible repérer le lapin, le petit lièvre ou la perdrix, ce qui lui éviterait plusieurs voyages, et puis une fois une proie dans les serres ou le bec, selon la taille, rentrer à tire d’aile au nid pour déposer le repas des petits et sans prendre le temps d’y assister, repartir au travail.

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Il commençait à ne plus s’amuser du tout des reproches perfides de ses fils quand il revenait piteusement avec seulement une souris pour deux : — C’est tout ? hurlaient Tim et Tom, mais Papa, il y a à peine de quoi se boucher une dent creuse, si c’est une façon de parler, tu n’as pas l’air de te rendre compte, mais on a faim, nous ! Et le père et la mère repartaient. — Toi tu prends maintenant le secteur Nord, moi le Sud, il n’y plus rien pour l’instant sur le plateau Est. Papa Buse planait très haut, et toutes ces réflexions ne l’empêchaient pas de scruter attentivement son secteur malgré la fatigue. Il savait qu’à cette heure de la journée, les animaux commençaient à sortir des sous-bois où ils se cachaient toute la journée, justement pour échapper aux prédateurs et aux dangers de la journée, et il savait que des petits lapins imprudents et impatients n’allaient pas tarder à investir les champs de luzerne et même les potagers remplis de bonnes carottes et de jeunes choux bien tendres. Tout allait se jouer en quelques minutes, car il avait repéré aussi une jeune poule qui avait fugué et qui essayait de retrouver son poulailler pour le coucher du soir, et il se disait que s’il n’arrivait pas à attraper un lapin, il se rabattrait sur la poule avant qu’elle n’arrive à destination, tant pis pour elle. 45


La poulette a eu de la chance ce soir là, son heure n’était pas venue, car pendant qu’elle repassait précipitamment sous le grillage se mettre à l’abri, Papa Buse s’abattait comme un missile sur un lapereau qui n’avait pas écouté les conseils de ses parents, et qui gambadait sur un talus, tout heureux de goûter la fraîcheur du soir en se régalant à l’avance des bonnes plantes qui y poussaient, sans se douter que c’était fini pour lui, et qu’il allait malgré lui contribuer au cycle cruel de la Vie, comme quoi Vous, les petits Enfants qui lisez ce récit, on ne vous répètera jamais assez de bien écouter vos parents quand ils vous donnent des conseils de prudence, il suffit d’une fois ! Ce lapereau était déjà assez gros, et bien trop lourd à emmener dans les airs, Papa Buse est certes un beau rapace de presque un mètre d’envergure, ce qui est très honorable pour une buse variable, mais Papa Buse n’est pas un Aigle de deux mètres trente d’envergure qui peut soulever sans peine dans ses serres puissantes un lièvre adulte de six livres, et voler avec pendant des kilomètres. Pourquoi « variable » ? Tout simplement parce que son plumage est variable dans ses couleurs et ses motifs allant du marron jusqu’au gris beige en passant par tous les dégradés de fauve.

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Pour en revenir au pauvre lapereau, Papa Buse décida de le dépecer sur place d’autant qu’il avait une petite faim à cette heure tardive, et une fois restauré il ramena les restes en guise de dernier repas de la journée. Maman Buse était déjà revenue avec une couleuvre qu’elle avait repéré du haut de sa branche et s’installait pour la nuit tandis que les petits se régalaient avec ce met de choix. Puis ils se jetèrent sur les restes du lapin comme s’ils n’avaient rien eu à se mettre dans le bec de la journée, et à peine les derniers os craqués eurent cette réflexion bien décourageante pour un papa qui vient d’avoir une journée exténuante : — Et après ce petit hors-d’œuvre, qu’est-ce qu’on mange ? — Rien du tout, petits monstres, gronda le père excédé, c’est fini pour aujourd’hui, et pas de rouspétances, il est temps d’aller dormir, allez aux toilettes et dodo ! Si, en vous promenant dans les bois, avec cet œil curieux qui caractérise les amoureux de la nature, vous repérez de grandes traces blanches sur un tronc d’arbre, levez le nez et regardez tout en haut de l’arbre, vous découvrirez certainement un nid de rapaces, car ces traces blanches sont le résultat des déjections de ces oiseaux très propres qui, pour ce faire, se mettent sur le bord du nid, le croupion vers l’extérieur et ainsi le nid n’est jamais souillé. 47


Quinze jours après cet épisode, sous le coup de dix heures du matin, j’ai entendu au-dessus de moi le long cri caractéristique de la buse, et en levant le nez, j’en ai aperçu quatre qui tournoyaient lentement dans un ciel pur et tiède en s’appelant l’une l’autre. J’en conclus que Tim et Tom, petites buses devenues grandes recevaient leur première leçon de vol ascendant, où comment s’élever sans le moindre effort en se laissant porter, toutes ailes déployées par l’air brûlant qui monte des champs chauffés par ce beau soleil d’été, maximum de rendement pour minimum d’efforts ! Tim et Tom sont restés avec leurs parents jusqu’à la fin de l’été, tous les jours on avait droit à leur ballet aérien, et je les enviais, j’aurai bien voulu être une buse et planer moi aussi nonchalamment tout là haut pendant des heures. Mais la vie de la buse n’est pas toujours si facile, il y a encore des gens qui n’ont toujours pas compris que les buses sont des animaux protégés parce qu’utiles, et qui leur tirent dessus soi-disant pour protéger leur poulailler, il y a à la fin de l’été les corbeaux freux et les corneilles qui

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essaient de les chasser de leur territoire et j’ai assisté à des combats aériens assez violents, une buse toute seule ne peut se défendre face à une horde d’envahisseurs plus rapides qu’elle, et surtout, les petits rongeurs qu’ils attrapent dans les champs sont gorgés de pesticides qui fragilisent les coquilles d’œufs, deux couvées sur trois n’aboutissent pas dans les régions de culture intensive, les œufs s’écrasant pendant la couvaison sous le poids des parents. Au prochain été, si le dieu des rapaces prête vie à Tim et Tom, ce seront eux qui apprendront les techniques de vol et de chasse à leurs enfants respectifs, après avoir émigré tranquillement vers d’autres territoires. Bon voyage, et bonne chance, mes amies les buses !

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LE COUCHER DES PIAFS

Depuis toujours j’ai des problèmes avec les moineaux qui tous les soirs squattent mes lauriers de la haie de devant, et le coucher de ces voyous ne se fait pas sans une bonne heure de disputes bruyantes pour l’attribution des meilleures places pour la nuit, sans parler de déjections du plus mauvais effet sur ma boite aux lettres. Tout ce bruit en fin de journée m’énerve, moi qui voudrais profiter tranquillement des couleurs du coucher de soleil, alors je prends un grand manche à balai et je cogne sur les feuilles pour faire arrêter le vacarme, et tous les piafs se carapatent chez mon voisin, dans un arbre touffu où les disputes reprennent de plus belle. Ça a marché un certain temps, tous les soirs je déplaçais le chahut chez mon voisin, jusqu’au jour où le dit voisin a fait de même, et m’a renvoyé les zozios chez moi pendant que j’avais le dos tourné ! On ne peut pas gagner à tous les coups !

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MES COPINES LES HIRONDELLES

Dans notre famille, vous l’avez compris, on aime bien les oiseaux, et ils nous le rendent bien. On en est à la quatrième ou cinquième génération de merles qui vivent chez nous, avec nous, familiers jusqu’à venir picorer entre nos pieds sous la table du jardin. On a nos pinsons, notre rouge-gorge, nos gobe-mouches, nos mésanges, nos tourterelles, nos fauvettes, nos troglodytes, nos accenteurs, nos chardonnerets, nos serins cini, nos pouillots, nos linottes, nos rouges-queues, nos pigeons, tous nichent chez nous, mais nous avons aussi les loriots et les grives des voisins, les visites des pics verts, épeiches et épeichettes, et celle des bouvreuils et des sitelles, sans oublier évidemment les moineaux, les étourneaux et les corbeaux. Et dans le garage nous avons nos hirondelles !

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Les premières nous ont fait il y a quelques années un beau nid entre deux poutres, et six petits, on a vite pris le réflexe quand ces dames rouspétaient le matin qu’on ne leur ouvrait pas assez vite la porte, de se lever et de foncer pour faire taire le vacarme. L’année d’après, au printemps comme il se doit, avant le retour d’Afrique du gros des troupes, j’ai eu la surprise un matin, en ouvrant la porte du garage, de voir deux hirondelles attendant sagement sur le fil du téléphone en face, j’ai en un dixième de seconde cru revenir six ou sept mois en arrière, et j’ai pensé tout de suite « on dirait nos hirondelles ». C’étaient bien elles, car déjà elles plongeaient vers moi comme des fusées et pénétraient dans le garage sans aucune hésitation en me frôlant les oreilles comme pour me dire bonjour, et réinvestissaient le nid à grands renforts d’exclamations, de gloussements et de cris surexcités se terminant par des mamours de contentement. Tout éberlué par tant de fidélité, je traduisais cette excitation. — Tu vois mon amour, je te l’avais dit, je ne me trompe jamais, on a retrouvé la maison et ses gentils Humains ! Mais regarde donc le nid ! Il n’a pas bougé, un petit coup de balai et il est comme neuf ! —Tu es le meilleur, mon gentil mari, on a bien fait de revenir avant les autres, j’ai hâte qu’on refasse des bébés, ne perdons pas de temps, allez hop, au travail ! 54


Et effectivement, ces petites boules de plume ont remis fébrilement le nid en état, lui ont rajouté un petit balcon, ont vérifié les accès et les perchoirs, des fils électriques pendouillants que je n’avais pas encore eu le temps d’accrocher, nous on a recouvert tout ce qui craignait sous les différents endroits d’où elles cacataient sans vergogne, par exemple les vélos hollandais amoureusement briqués par notre fils aîné et qui n’avait pas vraiment apprécié l’année d’avant de les retrouver couvert de guano ! Et j’imaginais sans vraiment comprendre leur p��riple depuis septembre dernier, les petits de la dernière couvée, à peine leur permis en poche après quelques leçons de pilotage vite fait partant vers l’inconnu, vers l’Afrique à trois mille kilomètres d’ici, et le moment venu il y a un mois ou plus, Monsieur qui dit à Madame, ou l’inverse,— bon, c’est pas tout ça, fini les vacances au soleil, on rentre à la maison, direction Sognolles en Montois, et plus précisément le garage du 23 rue de Thénisy ! Comment font-elles ? Nous, si par malheur on se retrouve sans cartes, sans boussole, sans GPS, sans panneaux indicateurs, on est bien incapables d’arriver du premier coup à dix kilomètres de là ! Les bras m’en tombaient Et ainsi plusieurs années de suite

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Cette année ce n’étaient plus nos copines du début, mais je pense que c’étaient des enfants du pays car le monsieur a réinvesti sans hésitation le garage, a présenté le nid familial à la jeune épousée en lui en vantant le confort, la situation et les avantages, avec force trilles, gloussements et cris divers. La petite s’est facilement laissée convaincre et s’est installée avec soulagement, après ce long voyage trouver un appartement tout prêt, quelle aubaine, et c’est ainsi qu’on a eu quatre petites hirondelles de plus ! Après cette première couvée ça s’est compliqué. Deux autres couples attendaient impatiemment leur départ pour emménager, mais ils se sont bagarrés pour la place comme des chiffonniers, les mâles se livrant des combats aériens effrénés dans le style Spitfire contre Messerschmitt, mais à la vitesse des fusées. Il faut savoir que ces as du pilotage ne se touchent jamais mais qu’ils s’impressionnent mutuellement avec des acrobaties à couper le souffle, des virages sur l’aile à « 5 G », des piqués et des décrochages à dégoûter les pilotes de la Patrouille de France, et que théoriquement au bout de dix minutes de voltige intense un des deux pilotes s’incline respectueusement devant le talent de l’autre et la cause est entendue. 56


Dans le cas qui nous intéresse, aucun des deux as ne voulait céder, certainement poussés par leurs Madames qui ne voulaient pas laisser filer un si bel appartement « 4 étoiles ». Les deux couples s’épuisant, et le temps commençant à manquer, ils sont alors arrivés à un compromis diplomatique, ils s’installaient tous dans le garage mais chacun construisait son nid, il y a eu encore un peu de bagarre pour le choix des emplacements, un couple exigeant un endroit à priori plus pratique, juste en face de la porte, l’autre couple choisissant en fin de compte de s’installer et de construire sur, tenez vous bien, un projecteur halogène suspendu au plafond par deux bouts de fil de fer, le détail a son importance, et qui éclairait verticalement mon établi lors de mes petits bricolages. Une fois les bâtisseurs enfin au travail, je m’adaptais à cette nouvelle situation, protéger mon établi, changer des étagères de place pour qu’elles ne soient pas transformées en tinettes municipales, mettre des cartons par terre avec signalement visuel pour éviter d’y mette les chaussons, protéger mieux ma chaudière toute neuve et toute propre et qui ne l’était plus après la première couvée, changer les balais de place parce que comme par hasard ils se trouvaient juste en dessous d’un perchoir nocturne, attendre patiemment en regardant la télé que tout le monde soit rentré au bercail à la tombée de la nuit pour fermer la porte, en songeant immanquablement et 57


en tombant de sommeil— je vais y faire un trou à cette « foutue » porte— car au mois de juin et à l’heure Giscard, la nuit ne tombe qu’à 23 heures, et ces petits travailleurs ne s’arrêtent que quand ils n’y voient plus assez . Il y eut plusieurs péripéties amusantes. Ceux qui construisaient sur le projecteur n’avaient pas prévu un effet de balancier qui faisait basculer le dit projecteur au fur et à mesure qu’ils l’alourdissaient avec leur mortier, et plus ils contrebalançaient le dévers plus l’assise improvisée penchait au point que le projo à la fin n’éclairait plus mon établi mais le mur d’en face ! Les deux maçons étaient perplexes et comme toujours dans un cas comme celui-là ils ont commencé à se disputer. — Tu pourrais faire attention à ce que tu fais, regardez-moi ce travail, qui c’est qui m’a foutu un maçon à la manque qui n’est pas capable de monter un mur droit ! — Ben ma vieille, puisque tu as l’air de t’y connaître mieux que moi, je te laisse le chantier et je vais faire un petit tour pour me changer les idées. — C’est ça, casse-toi maladroit !

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A l’autre bout, le deuxième couple érigeait une sorte de blockhaus qui faisait bien trois fois la taille d’un nid normal, au moins « 3-pièces-cuisines.d.b. »avec terrasse somptueuse, tout en surveillant d’un œil goguenard les efforts de leurs collègues pour rétablir l’assiette de leur construction. Mais finalement les deux nids furent prêts en même temps et les deux couples passèrent à la suite du programme dont vous vous doutez je suppose. Oui mais, ce que personne n’avait prévu, c’est qu’après une période de canicule qui nous a laissé penser que pour une fois le réchauffement de la planète était tangible et palpable, s’en est ensuivi début juillet une période morose, froide pluvieuse, ventée, un début de méchant automne, et ce vent ! Ceux du blockhaus l’avaient en pleine poire, il leur ébouriffait les plumes et franchement ils ne devaient avoir bien chaud. Et du coup les deux autres bien abrités au fond du garage, se gaussaient à gorge déployée de leurs malheureux confrères, d’autant que pour y voir un peu plus clair avec ce sombre temps j’étais bien obligé d’allumer le projecteur et qu’ils avaient le chauffage central sous les pattes. Ce n’était qu’un juste retour des choses et tout en bricolant, j’imaginais le contenu des messes basses du premier couple. 59


— Toi avec ta folie des grandeurs, ces pièces immenses impossibles à chauffer ! et cette terrasse en plein vent, les petits vont attraper la crève ! —Tu n’es jamais contente, et d’une mauvaise foi incommensurable, c’est bien toi qui voulais un « appart » plus grand que le leur pour leur en mettre plein la vue ! Et l’autre couple —Tu as vu, ils font moins les fiers maintenant, —Oui, ça c’est sûr, mais si ça continue ce sont des œufs durs que je vais couver ! Toutes ces petites chamailleries qui agrémentent joyeusement la vie quotidienne disparaissaient en cas de danger. Un jour les trilles qui remplissaient l’espace se sont muées en cris d’alerte et les quatre parents ont giclé ensemble par la porte du jardin, et moi derrière, car je pressentais une situation anormale. En effet des dizaines d’hirondelles rappliquaient de tous les coins de l’horizon et se rassemblaient pour chasser manu militari l’intrus et ennemi héréditaire, à savoir un épervier qui passait dans le coin et qui n’a eu d’autre alternative que de fuir à tire d’ailes tout droit devant lui, poursuivi par une centaine d’hirondelles furieuses et déterminées à lui rendre la vie impossible. 60


C’était très impressionnant et j’admirais la solidarité, le courage et le travail d’équipe de ces petites hirondelles, qui en plus d’assurer la sécurité de leurs petits, protégeaient tout le secteur et les passereaux qui y nichaient, et qui, absorbés par la couvaison et nettement moins vigilants, payaient un lourd tribut au rapace affamé. Tout rentra vite dans l’ordre, et à la fin de l’été le garage était plein de petits qui voletaient partout dans une grande pagaille à nos yeux et oreilles d’humains, car les parents eux s’y retrouvaient fort bien et ne nourrissaient que leur progéniture, pas celle du voisin de lotissement, et puis tout le monde est parti, pas bien loin, car tous les soirs tout le monde se réunissait sur le fil du téléphone en face pour nous faire un petit bonjour ou un petit bonsoir comme vous voulez, et après de grandes discussions en langage d’hirondelles que je ne pouvais traduire car elles parlaient toutes en même temps, tout ce joli petit monde emplumé s’engouffrait dans le garage, en se chamaillant à qui mieux mieux pour les meilleures places, et je peux vous dire que quatorze hirondelles qui se chamaillent, ça fait du bruit, en plus pour rien, car ça se terminait immanquablement par la même situation, une famille sur un fil pendouillant, toujours le même, et l’autre sur l’autre fil pendouillant, toujours le même ! Et puis un soir, personne n’est venu dormir chez moi. 61


Je m’y attendais un peu, cela faisait quelques jours que je constatais de grandes réunions sur les fils électriques derrière chez moi, ça sentait le Grand Départ. Et un matin elles sont toutes venues me faire une démonstration de voltiges bruyantes devant la maison, manifestement pour me dire au revoir, et me prouver qu’elles avaient toutes leur brevet de pilote en poche et que je n’avais pas de souci à me faire, et puis aussi me remercier de mon hospitalité bienveillante, et me dire

« À l’année prochaine l’ami ! Inch’Allah ! »

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Les oiseaux de mon jardin, mes copains A vrai dire, pas tous, vous avez pu le constater dans ces récits, car les Lois immuables de Mère Nature qui régissent La Survie des Espèces et donc la Lutte pour la Vie sont incontournables, et l’Homme n’est pas toujours gagnant. Si le Grand Ordonnateur de l’Univers me laisse encore un peu de temps, je vous raconterai plein d’autres histoires vraies qui ont toutes pour cadre mon jardin. Je vous raconterai comment mes amis les loriots ont été terriblement déçus cet été de ne plus trouver mes sureaux et leurs délicieuses baies, je les avais coupé pendant l’hiver, comment mes gobe-mouches ont du cohabiter avec une petite caméra qui espionnait tous leurs faits et gestes, et comment j’ai du laisser tout l’été une fenêtre ouverte dans le haut de la grange pour que mes rouge-queue puissent aller à leur nid dans un trou du mur sous la charpente, et bien d’autres observations instructives et réjouissantes. A bientôt 63


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Ce recueil a été imprimé et relié à 10 exemplaires par mes soins en octobre 2008 Si le lecteur veut me faire parvenir ses observations, ses critiques, ses encouragements ou s’il désire passer commande, une seule adresse lattugapaco77@aol.com Francis Lattuga

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Les oiseaux de mon jardin, mes copains