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Les couloirs du temps de

RIBEAUVILLE texte, photos, maquette et mise en page de Paul-AndrĂŠ Bechler

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Cet ouvrage a été réalisé par Paul-André Bechler Les informations contenues dans cet ouvrage ne font qu’exprimer l’opinion de l’auteur, et peuvent faire l’objet de modifications sans préavis. L’auteur ne pourra être tenu responsable des erreurs contenues dans ce document, ni des dommages fortuits ou consécutifs ayant trait à la fourniture, à la qualité ou à l’usage de ce dernier. Toute reproduction, photocopie est strictement interdite sans le consentement écrit de l’auteur. Paul-André Bechler. ISBN : 2-9514363-4-3 © BECHYPSOFT 68040 INGERSHEIM -France Dépôt Légal : Première Edition, Mai 2005

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INTRODUCTION Si vous tenez ce guide entre vos mains, c’est certainement la curiosité qui vous y a poussé. Ou peut-être l’espoir de découvrir autrement la ville de Ribeauvillé. Il se veut être comme un de ces « Guides du voyageur curieux » qui apparurent en France vers la fin du 15e siècle. Ces ouvrages destinés à la découverte d’une ville ou d’une région offraient une description détaillée des lieux à visiter. Le présent ouvrage est organisé selon une boucle à travers la ville et comporte des étapes successives. Au lieu d’un découpage suivant des rubriques du genre « origine de la ville », « places », « églises » etc, comme cela est souvent le cas avec les guides modernes, j’ai adopté une démarche un peu plus ludique, la promenade. Vous y trouverez des indications précises sur les cheminements à suivre pour atteindre les lieux ou édifices cités. Non seulement vous y apercevrez des détails insolites et mystérieux, mais vous visiterez la ville en empruntant les « Couloirs du temps ». Les photos qui illustrent cet ouvrage vous permettront de retrouver facilement dans l’aspect actuel de la ville, ces traces souvent intactes qui ont traversé les siècles jusqu’à nous. Puissiez-vous éprouver autant de plaisir à suivre cet itinéraire de curiosités que celui que j’ai moi-même éprouvé en arpentant ces rues empreintes d’histoire. L’auteur

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Le « Jardin des Seigneurs » Le grand parc situé près de la Place de Gaulle, va nous servir de point de départ pour cette découverte des « couloirs du temps » à Ribeauvillé. Le nom de la ville « Ribeauvillé » s’écrit dans sa forme la plus courante avec un « e » muet bien que dans nombre d’ouvrages vous pourrez également lire « Ribauvillé » ou encore « Ribaupierre ». Maintenant vous expliquer comment on en est arrivé à cela à partir des formes primitives « Ratbaldo villare », « Ratpoldesvillare » ou encore « Rapoldestein » nous engagerait dans des discussions de spécialistes que je vous épargnerai. Sachez tout de même qu’un de ces « couloirs du temps » pourrait nous emmener jusque vers le 8e siècle, sous le règne de Pépin le Bref. Cela ne nous ramène-t-il pas sur les bancs de l’école ? En fait nous disposons d’un document, un acte daté du 25 juillet 768, par lequel un certain Sigfrid, comte de Sundgau cède à son cher fils, Altmann tout ce qu’il possède. Et justement dans la liste des ses biens figure un endroit appelé « Ratbaldovillare » situé entre le village de Bergheim (sur la 9


route du vin au nord de Ribeauvillé) et Altheim (village aujourd’hui disparu qui se trouvait au bas de la colline de Zellenberg au sud de Ribeauvillé). Un mot encore du lieu où vous vous trouvez en ce moment même. D’immenses champs entouraient alors la ville. Mais les choses devaient changer en 1617, lorsque Eberhard de Ribaupierre devint propriétaire de ces terres. Pour ses fils qu’il affectionnait particulièrement, il les transforma en aires de jeux. Le « skateboard » et le « roller » ne s’y pratiquaient pas encore. Mais un autre jeu faisait fureur à cette époque-là, le « jeu de paume ». Mais n’attendez pas de moi que je vous en explique les règles, ce n’est pas prévu dans la visite. Toujours est-il que l’endroit prendra le nom de « Blauelhof ». En 1681, les gamins se sont lassés de jouer, alors on vendra les terrains à Chrétient II, duc de Birkenfeld. Ce dernier, un héritier de la Seigneurie, les transformera en un grand parc d’où l’appelation « Herrengarten » ou « Jardin des Seigneurs ». C’est cet usage qu’il conservera à travers les siècles jusqu’à nos jours. Vous allez maintenant entreprendre la découverte de la cité des Ménétriers. A propos de « Ménétriers » avez vous remarqué le petit monument en grès rose sur lequel est assis un personnage tenant entre ses doigts une flûte ? Il s’agit d’un musicien qui symbolise bien l’attachement de la ville à la confrérie des Ménétriers. 10


Il convient de rappeler que les Ménétriers étaient une association de comédiens, de conteurs, d’amuseurs, de chanteurs et de musiciens qui, au Moyen Age, allaient de château en château agrémenter les festivités des seigneurs. Cette confrérie fut officiellement reconnue par Maximin Ier de Ribeaupierre lorsqu’il signa, le 22 avril 1400, une charte qui conférait à Henselin, son musicien personnel, le titre de « Roi des Ménétriers ». C’est pour cette raison que chaque année, le premier dimanche du mois de septembre, on célèbre à Ribeauvillé le « Pfifferdaj » ou « Fête des Ménétriers ». Ce jour-là toute la ville fait renaître l’ambiance que créaient ces nombreux groupes musicaux en dansant, en chantant et en défilant dans les rues et places de la ville. Pour pénétrer dans les « couloirs du temps » vous devrez vous diriger vers la première tour d’enceinte située du côté est de la ville. Pour vous y rendre, longez d’abord le « Jardin des Seigneurs » jusqu’à la rue du Cimetière puis bifurquez vers la gauche pour rejoindre la route de Bergheim.

Tour nord-est En face de vous se dresse la première tour d’enceinte parmi les sept qui subsistent encore aujourd’hui. Si l’on s’en réfère aux documents les plus anciens, leur construction aurait été entreprise au 13e siècle. C’est suite à la visite de l’empereur Rudolf de Habsbourg, que les travaux de fortification de la ville commencèrent. Déjà en 1298 on mentionnait la division en trois parties de Ribeauvillé. On les nommait « La Ville Basse », « La Vieille Ville » et « La Nouvelle Ville ». 11


Dans un écrit retrouvé en Suisse, appartenant à l’évêque de Bâle, on mentionne dès 1341 « Deux Villes Basses » et « Deux Villes Hautes ». A l’époque chacune d’elles possédait ses propres fortifications, ses tours et ses portes. Ce n’est qu’au fil du temps, après de nombreuses modifications successives, que Ribeauvillé prendra sa forme définitive.

Le « Stadtbach » Au pied de cette tour, remarquez le ruisseau qui coule nonchalamment dans un canal taillé dans la pierre. Il s’agit de la réunion de deux petits ruisseaux, le « Lutzelbach » d’une part et le « Stadtbach » d’autre part. Le premier coule le long de l’enceinte nord, quant au second, il traverse entièrement la ville d’ouest en est. Vous le rencontrerez à plusieurs reprises lors de votre visite. Une foule d’artisans de l’époque avait organisé leurs activités sur son cours.

Calvaire, route de Bergheim Quittez maintenant cette première tour et remontez la route de Bergheim en direction du sud jusqu’à hauteur de l’auberge à l’enseigne en fer forgé « Haut-Ribeaupierre ». 12


Sur votre gauche de l’autre côté de la route, vous apercevez sûrement le calvaire planté là sur le trottoir. Il n’est pas là par hasard. Mais c’est parce qu’à cet endroit précis le malheureux veilleur de la ville,nommé Leppel, eût la tête tranchée, le lundi 8 mai 1525, pour avoir colporté une fausse rumeur. Etait-ce pour se singulariser ou avait-il agit en toute inconscience, toujours est-il qu’il avait fait croire à tout le monde que le « Landvogt », c’est-à-dire le « Bailli Provincial », Guillaume de Rappolstein allait venir dans la nuit du dimanche 23 avril pour prendre d’assaut la ville et massacrer tous ses habitants. Ces évènements se déroulèrent en pleine « Guerre des paysans » alors que la tension entre vignerons révoltés et leurs seigneurs était à son apogée en ce printemps 1525. C’est donc ici que l’on pénétrait dans la ville.

Porte Basse des Rustauds C’est chose aisée aujourd’hui, ce n’était pas le cas au 16e siècle car il fallait d’abord franchir un premier fossé grâce à un pont de pierre. Celui-ci débouchait ensuite sur une première 13


porte appelée « La Porte Basse » ou « Porte des Rustauds ». Le terme « Rustauds » était simplement une autre dénomination des « paysans révoltés » de cette époque. Malheureusement vous aurez beau chercher cette porte, vous ne la trouverez pas. Il n’en subsiste plus aucune trace. Je vois, vous sourcillez déjà tout en vous disant que pour un début de visite, çà ne commence pas très bien. Vous ne devriez toutefois pas oublier qu’une promenade dans les « couloirs du temps » réserve souvent des surprises. Par contre, vous pourriez vous intéresser à ce qui a remplacé celle-ci de nos jours.

Fontaine des Vignerons Sur la partie gauche de la place se dresse la « Fontaine des Vignerons ». Certes, il ne s’agit pas d’un monument d’époque, mais ce n’est peutêtre pas une raison de l’ignorer. Erigée en 1909 par le syndicat viticole de Ribeauvillé à la gloire de cette profession, cette fontaine glorifie un vigneron lors de son activité préférée. Voyez-le brandir fièrement de sa main gauche une énorme grappe de raisin alors que de sa main droite il tient fermement sa hotte remplie du précieux fruit. A ses pieds sous un chapiteau de style corinthien, une colonne décorée de feuilles tressées et de têtes de lions avec des nœuds papillons laisse apparaître une inscription circulaire « AM BERGABHANG HOH-RAPPOLSTEIN WAECHST HIER IM LAND DER BESTE WEIN ». Ce qui en d’autres termes signifie que c’est « SUR LES COTEAUX DE RIBEAUVILLE QUE L’ON CULTIVE LE MEILLEUR VIN ». Et qui oserait après cela en douter ? 14


Ancien Octroi Le bâtiment que vous apercevez juste derrière la « Fontaine des Vignerons » est celui de l’ancien « Octroi » de la ville, remplacé de nos jours par les bureaux de l’ « Office du Tourisme ». La silhouette d’un ménéstrel vous rappelle évidemment que vous êtes toujours dans la cité des Ménétriers. Donc, cet octroi, construit à côté de la « Porte Basse », servait de poste de péage comme sur nos autoroutes actuelles. Source de revenus non négligeable pour les seigneurs de Ribeaupierre, il permettait surtout de tirer profit de tous les échanges commerciaux entre la ville et l’extérieur. Faut-il s’étonner que ces mêmes seigneurs en aient établi plusieurs dans leur fief ? On trouvait un octroi au Col du Bonhomme, à Ste-Marie-aux-Mines, à Guémar et à Illhauersern. Passez à présent virtuellement sous cette première porte pour vous trouver devant une seconde porte, la « Porte des Cigognes » ou comme on la nommait alors « Storchenthor ». Je ne surprendrai personne en affirmant qu’à cette époquelà, les cigognes avaient déjà colonisé l’Alsace et qu’elles y sont restées jusqu’à ce jour.

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Porte des Cigognes Mais encore une nouvelle déception vous attend ici, car vous ne verrez rien de cette porte, si ce n’est une inscription un peu défraîchie sur le mur de la petite ruelle qui suit immédiatement le bâtiment de l’ Office du Tourisme « Emplacement de la 1ère porte intérieure (Storchenturm démolie en 1803)». Puisque vous n’avez aucune autre raison particulière de vous attarder, poursuivez votre chemin en remontant la Grand-rue jusqu’au n° 5.

Cour des Pflixbourg Arrêtez-vous mainenant devant ce grand porche de grès rose. Vous pouvez jeter un coup d’œil au fond de la cour. La maison qui s’y trouve et dont la façade à subi un rajeunissement , constituait l’ancienne résidence des nobles de Hattstatt au 16e siècle. C’est aussi dans ce lieu que les partisans des « Rustauds », les paysans insurgés, se réunirent pour décider de la stratégie à adopter afin de permettre l’ouverture des portes de la ville aux assiégeants en 1525. Quelques années plus tard, en 1544, pour d’obscures raisons, Guillaume II y établira un « Guillaume de Pflixbourg », d’où le nom de cette propriété. 16


Au-dessus de la porte de droite, sur le linteau se trouve gravée dans la pierre rose une date, « 1568 » ainsi qu’une inscription « Ancienne cour des Nobles de Pf lixbourg Pflixburgerhof 1512-1757 ». Engagez-vous maintenant sur la place Gouraud située en face de cette propriété. Poursuivez ensuite votre chemin sur une dizaine de mètres dans la rue Neuve et vous apercevrez sans difficulté cet autre lieu chargé d’histoire, l’Abbaye de Pairis.

Abbaye de Pairis C’est ici que se trouvait une métaierie appartenant à l’Abbaye cistercienne d’OrbeyPairis. Celle-ci possédait des vignes tout autour de Ribeauvillé. C’est pour cette raison qu’elle y avait établi un religieux chargé d’administrer le domaine. Ses caves étaient remplies d’excellents vins car elle touchait des cens (un impôt) sur les vignes des bans de Mittelwihr, de Beblenheim et de Riquewihr.

Portail MullerBeck Revenez vers la Grand-rue et allez jusqu’au n° 7, pour y découvrir une belle porte de style renaissance. C’est celle d’une ancienne maison de tanneur. En vous approchant encore un peu, 17


vous verrez juste au-dessus de cette porte, un cartouche avec des inscriptions un peu étranges. Si vous observez attentivement le contenu de ce cartouche ovale, vous y lirez le texte gravé suivant « Reno Viert durch Heinrich Miller und Anamaria Beck in sein ehelichehaus fiaw ano 1694 damal ein gulte das fitl weitzenz 22R. das viertel kor n 18 R. das fuder kellerwein ist 132 R.» Son propriétaire du moment, le tanneur Henri Muller et son épouse Anne-Marie Beck y avaient fait inscrire sous une forme originale la date de la restauration de leur maison. En effet, ils avaient pris soin d’y noter le prix du vin de l’époque « un foudre de vin valait 132 florins » ainsi que le prix du blé soit « 22 florins pour le prix d’un quartaut et de 18 florins pour le prix de l’orge » . Vous vous demandez pourquoi ? Mystère ! La seule chose que l’on puisse savoir d’après les renseignements de l’époque, c’est qu’un quartaut de blé correspondait environ à 90 kg de cette céréale et un foudre de vin équivalait environ 1072 litres du précieux liquide. Mais ne vous attendez pas à ce que je vous indique le cours du florin en 1694, nous ne sommes pas à la Bourse ici. Tout de suite après cet immeuble, faites quelques pas dans la rue du Pflixbourg pour y observer un autre détail intéressant.

Rue du Pflixbourg Au n° 1 de cette rue, sur le linteau de la porte de cette maison à la façade rouge vif, on découvre des inscriptions intéressantes : 18


d’abord une date « 1727 » ainsi que des initiales « H.K - A.C.S. » qui sont celles du propriétaire de l’époque. Mais ce qui rend ce linteau original, c’est la poterie à deux anses qui y apparait sculptée en relief. Les potiers étaient nombreux en Alsace à cette époque-là. Ils fabriquaient toutes sortes d’objets utilisés dans la vie quotidienne. Ils vendaient ensuite leur fabrication sur les marchés ou de porte en porte. Leur puissante confrérie s’étendait sur toute l’Alsace.

Maison de boulanger Après être revenu dans la Grand-rue, vous remarquerez sur le linteau du n° 11, une date « 1792 » et un emblème que vous retrouverez fréquemment sur certaines habitations de Ribeauvillé, la « Bretzel » . Et qui fabriquait des « bretzels » sinon les boulangers ? Comme les meuniers, ils s’étaient également organisés en confrérie sous le patronage de SaintHonoré. Les boulangers se multipliaient à mesure que les villes grandissaient. L’explication est simple, à la campagne les paysans disposaient de fours à pain. En ville, la plupart des citadins n’avaient comme seule ressource pour faire cuire leur pain, de faire appel au boulanger. Je ne vous raconte pas l’odeur tiède de pain chaud qui flottait dans la rue à l’heure de la cuisson. 19


Maison des Ménétriers Un peu plus haut toujours dans la Grand-rue, mais sur la droite, au n°14, une autre maison retiendra votre attention, la « Maison des Ménétriers » ou encore appelée « Pfifferhüs ». Elle ne ressemble à aucune autre avec son oriel en bois sculpté. De quoi s’agit-il ? Sans l’ombre d’un doute il s’agit d’une Annonciation. Pour vous en convaincre, il vous suffira de lire l’inscription en latin « Ave Maria Gratia Plena » (Salut Marie pleine de grâce). De plus, vous noterez que de part et d’autre de ce texte apparaissent une statue de Marie et une autre représentant l’ange Gabriel. Juste en dessous de ce cartouche on distingue, gravées dans le bois, les initiales « H.A.R.I.» au milieu d’un ensemble très décoratif de fruits sculptés. Ce sigle correspond bien sûr à son propriétaire Hans Adam Ringeisen (1641-1691), lui-aussi boulanger. Et la lettre « I », vous demandez-vous ? C’est tout bonnement la référence faite au « Junior », c’est-à-dire à son fils. C’est lui qui avait demandé en 1663 l’autorisation de construire cet oriel sur la voie publique. Il avait enfin obtenu le droit de l’installer moyennant une taxe annuelle de « 10 Reichsthaler » ou « 10 talents d’Empire ». Notez aussi dans le triangle formé 20


par le pignon de l’oriel, l’étrange peinture d’un homme portant barbe et capuche. Bizarre... Et puis, sous la fenêtre située sur la droite, un curieux personnage accroupi est sculpté dans l’appui de celle-ci. Mais il reste toujours une énigme quant à sa signification. Quelques années plus tard la boulangerie sera convertie en auberge. Et ce sera dans celle-ci que, suivant la tradition, la Corporation des Ménétriers tiendra des années durant ses réunions. Cette confrérie réunissait tous les musiciens d’Alsace sous l’autorité des seigneurs de Ribeaupierre. Suivant les statuts définis le 16 mars 1606 par le seigneur Eberhard de Ribeaupierre, chaque membre de cette corporation était tenu de porter, lorsqu’il exerçait son art, une médaille frappée à l’effigie de Notredame de Dusenbach. En outre, il se devait aussi d’assister fidèlement le 8 septembre de chaque année au pèlerinage organisé à la chapelle de Dusenbach située au fond de la vallée du « Strengbach ». Avancez à présent de quelques pas dans la rue du pont de la Couronne qui se trouve à gauche, pour y examiner un autre emblème.

Rue de la Couronne Sur le porche d’entrée de cette maison située au n°5, se trouve également gravé un symbole digne d’intérêt avec une date « 1580 ». Il s’agit-là de l’emblème d’une autre corporation très florissante dans cette région vinicole, celle des tonneliers. 21


Ce blason est formé des principaux outils utilisés par cette profession dans l’exercice de son activité : un maillet et deux crochets. Cette corporation était également très bien organisée, car elle incluait même les cuveliers. Ces derniers s’étaient spécialisés dans la fabrication de toutes sortes de récipients en bois et bien sûr de cuves à vin. Ils avaient choisi pour patron, Saint-Jean.

Halle aux Blés Revenez sur la place de la 1ere Armée pour vous intéresser au grand bâtiment qui vous fait maintenant face. Il s’agit de la « Halle aux Blés » ou encore « Kornlaube» avec ses deux porches de style gothique flamboyant. Cet édifice date de 1431. C’est ici que toutes les semaines se déroulait un marché aux grains. On y stockait toutes les céréales provenant des taxes seigneuriales. Et bien sûr, chaque meunier de Ribeauvillé était tenu de fournir à la seigneurie quatre quartauts de méteil - un mélange de céréales composé d’un tiers de blé, d’un tiers de seigle et d’un tiers d’orge - par moulin tournant sur le « Stadbach », le fameux ruisseau qui traversait toute la ville. Sous le pignon de la halle on aperçoit encore l’ouverture par laquelle les sacs de céréales étaient autrefois hissés au moyen d’une poulie. La porte de droite fermait l’entrée de 22


l’écurie de l’ancien restaurant « A l’Eléphant ». Une petite fontaine en forme de masque grotesque permettait d’en abreuver les chevaux. La date gravée en chiffre romains « ANNO MDLIX » indique que sa construction remonte à l’année 1559. Passez ensuite devant cette fontaine et dirigez-vous vers la droite dans la rue des Tanneurs

Rue des Tanneurs Cette rue longeait dans le passé, cet ancien canal appelé le « Stadtbach » ou « Ruisseau de la cité ». Nous le retrouverons à proximité de la Tour des Bouchers, ainsi que le long de la Place du bouc dans la «Ville Haute». C’est ce même ruisseau que vous aviez déjà aperçu au pied de la première tour située à l’est de la ville, sur la route de Bergheim. Dans cette rue vous vous demanderez certainement la signification de la tête de pierre qui surgit au-dessus de la porte de garage du n°3. Comme aucune information sérieuse n’est disponible pour le moment vous devrez vous contenter de l’examiner. Ensuite dirigez-vous un peu plus loin jusqu’au n°9. 23


Maison de tonnelier Sur le linteau de la grande porte de cette maison on trouve un écusson daté de « 1600 » avec un symbole tout à fait caractéristique dans une région vinicole, un tire-bouchon. Qui d’autre qu’un profession-

nel du tonneau aurait pu choisir un tel emblème ? Mais il n’y avait pas que des tonneliers dans cette rue, sinon pourquoi l’aurait-on appelée « rue des Tanneurs » ?

Ancienne Tannerie Dans le passé on reconnaissait tout de suite ce quartier par l’odeur caractéristique qui flottait en permanence dans l’air. Elle provenait à n’en pas douter des innombrables peaux que les tanneurs y faisaient sécher. En arrivant à la hauteur du n° 12 vous trouverez une des ces anciennes tanneries. Remarquez les sculptures incrustées sur le poteau cornier de la maison. Elles avaient certainement pour rôle d’éloigner toutes sortes de malédictions de celle-ci. 24


Les tanneurs au Moyen Age étaient souvent installés dans un même quartier à proximité d’un cours d’eau. Pour le traitement des peaux, il était indispensable de pouvoir les tremper longuement dans l’eau courante. On appelait cette opération le « reverdissage ». Puis elles étaient nettoyées. On les débarrassait des cornes, sabots, ongles et impuretés diverses. Ensuite elles étaient épilées et préparées pour l’absorption du tanin. On faisait ce qu’on appelait en terme technique, le « pelanage ». Dans de grandes cuves contenant un bain de chaux éteinte, « le pelain », on les raclait avant de les mettre à dégorger dans l’eau d’un bassin. D’où le symbole du racloir à peaux utilisé pour représenter la profession. Puis elles étaient à nouveau grattées et relavées jusqu’à ce qu’elles soient prêtes à recevoir le tanin. Le tanin était fabriqué à partir d’écorces de chêne. Ces écorces étaient ensuite séchées puis assemblées en bottes d’une vingtaine de kilos. Elles étaient ensuite brisées en « écorçons » avec une serpette ou une hachette pour être finalement réduites en poudre dans les moulins à tan. Les familles de tanneurs appartenaient en général à la petite bourgeoisie marchande. Une entreprise familiale comptait en général de un à quatre ouvriers en plus du patron. Le travail était rude, aussi bien à la rivière que dans les ateliers mal fermés et non chauffés. Les peaux chargées de chaux étaient manipulées en partie à pleines mains. Bonjour les gerçures ! Les fosses étaient dans la cour, à ciel ouvert. 25

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Les couloirs du temps de RIBEAUVILLE  

Guide touristique - circuit commenté de la ville de RIBEAUVILLE

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