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les bruits de couloir Kristof Guez - Marc Pichelin

Éditions Ouïe/Dire


© Editions Ouïe/Dire 2012 3, rue de Varsovie - 24000 Périgueux contact@ouiedire.com www.ouiedire.com Dépôt légal : 3ème trimestre 2012 ISBN : 978-2-919196-24-1 Impression : Atelier Graphique de l’ardoisière Pressage CD : MPO France


Internés volontaires Quand il m’a été proposé de venir travailler dans l’hôpital psychiatrique de Fleury-les-Aubrais, j’ai tout de suite demandé d’être accompagné par le photographe Kristof Guez. Dans ce lieu où l’anonymat des personnes et le secret médical sont des règles sacrées, venir faire des photos peu paraître comme un non sens. Le projet a été clair dès le départ : il ne s’agissait pas de photographier les personnes, mais les lieux. Les lieux vides, désertés, abandonnés où la présence des malades comme celle du personnel soignant devaient être suggérées. J’ai pour ma part tenté d’habiter les images de ses lieux avec le son. Les bruits de couloir est un objet double mais unique. Les photographies et les phonographies s’accompagnent, se complètent et se soutiennent comme nous nous sommes tous deux soutenus pour trouver un chemin dans cet univers riche et complexe. Internés volontaires, nous avons circulé dans les couloirs. Nous avons poussé des portes pour tenter de voir ce qu’il se passait derrière. Tout a été question de distance et de limite. Entre les patients et les soignants, il y a un espace dans lequel nous nous sommes immiscés. Parfois d’un bord, parfois de l’autre, souvent à la frontière entre les deux. Nous avons navigué entre le monde du travail et la vie des personnes hospitalisées.

Il a fallu trouvé la bonne distance au sujet. Il a fallu aussi savoir rester à distance. Borderline, ne pas franchir la ligne. Tout ici est question de frontière. Certains cherchent les limites de leur corps, d’autres les limites de leur chambre, d’autres encore les limites du temps. Nous avons cherché les limites des relations possibles. Nous avons souvent observé les choses dans notre coin. Nous avons parfois réussi à pénétrer dans l’espace intime. À force de patience, nous avons pu nous fondre dans cet établissement et y découvrir une partie de ses multiples activités. Nous avons fait un voyage modeste et fascinant. Avec cette carte postale sonore, nous souhaitons le partager librement… Marc Pichelin ------------------------------------------------------------------Cette édition photo-phonographique est le résultat de la résidence d’artistes réalisée du 26 mars au 13 avril 2012 par Kristof Guez (photographie) et Marc Pichelin (phonographie) au Centre Hospitalier Départemental Georges Daumézon à Fleury-les-Aurais dans le Loiret. Cette résidence a été organisée par Culture O Centre dans le cadre du festival Excentrique 2012 avec le soutien du Conseil Régional du Centre, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles du Centre et de l’Agence Régionale d’Hospitalisation du Centre.


L’art ? Un droit commun ! Et si dans un monde en fragmentation permanente, l’art était une alternative ludique et poétique à cette lecture donnée comme complexe, donc inaccessible au plus grand nombre ? Excentrique, festival in(ter)disciplinaire intègre le contexte comme un élément fondamental de son projet artistique, il aborde la région Centre dans sa singularité et sa diversité : des monuments historiques autant que des quartiers en rénovation urbaine, le monde rural comme un centre hospitalier… En intégrant dans sa programmation des projets d’implication avec des habitants, Excentrique imagine des propositions artistiques où l’œuvre fait particulièrement sens au moment et à l’endroit où elle est donnée : ensemble composé de la proposition artistique et de son contexte. L’hôpital fait partie de la Cité, de notre culture entendue comme bien commun ; imaginer des gestes artistiques en son sein était donc une évidence… histoire d’excentrer notre regard. Christophe Blandin-Estournet Directeur de Culture O Centre

*********************************************************** Porté par le Conseil Régional du Centre, Culture O Centre met en œuvre le festival Excentrique. À la fois plate-forme de rencontres, support de réflexions et boîte à outils ouverts à tous et pour tous les acteurs de la culture en région Centre, Culture O Centre fonctionne comme un laboratoire où des intelligences d’horizons différents mettent en commun leurs savoirs afin d’interroger la mise en œuvre de projets ou de politiques culturelles. En concertation constante avec les opérateurs locaux et avec la complicité des artistes, il tend à offrir à chacun la possibilité de réfléchir, de partager, voire d’expérimenter autour de valeurs communes.


Souvenirs de l’hôpital psychiatrique Le grincement d’une porte qui se tend, s’étire jusqu’à évoquer le son du violoncelle. Les clefs qui tintent aux mains des infirmiers. Les portes qui claquent, les murs et les couloirs qui résonnent de pas, de gémissements, de mots de la souffrance et du réconfort, mais aussi de présence et d’attention bienveillante. Dans ses phonographies Marc Pichelin joue de la porte et du trousseau autant que des échanges et des respirations. Non loin, dans les mêmes lieux, Kristof Guez observe les jeux des couleurs et des lumières posées sur les objets et les espaces. Il attend pour les saisir les instants où s’éclaire le mieux la présence des personnes qui ne sont pas là momentanément mais dont on se souvient encore des voix et des mouvements. Chaque lieu, chambre, couloir, salle d’attente, retrouve une part de la chaleur et de l’humanité qui les habitent quotidiennement. De leur voyage dans les unités d’hospitalisation les deux artistes nous ramènent sonorités et images dérobées à la réalité de l’univers psychiatrique. Composées, recadrées, elles nous immergent après eux dans l’ambiance visuelle et sonore de ce monde mal connu et souvent stigmatisé.

Ainsi, en se décentrant de la représentation et de l’imaginaire attachés à la psychiatrie, sans jamais nommer, montrer, dévisager ni transgresser l’intime, ils nous placent au cœur de la quotidienneté des patients hospitalisés et des soignants qui les accompagnent. En cela ils touchent, à nos yeux, l’enjeu le plus essentiel des résidences d’artistes à l’hôpital : faire ressentir, percevoir, entendre, aux patients, aux professionnels et aux publics la richesse humaine et la complexité de la pathologie mentale. Leur présence s’inscrit dans la programmation culturelle du Festival Excentrique dont la venue au centre hospitalier Georges Daumezon symbolise la volonté d’ouverture, de rencontres et d’échanges avec la cité autour de l’art et du spectacle vivant, autre enjeu central de la culture à l’hôpital. Que Marc et Kristof ainsi que le Festival soient remerciés du voyage inédit et émouvant qu’ils nous ont permis de faire sur ces chemins-là. Jean Delaunay Directeur des soins Chargé de la culture C.H. Georges Daumezon


BRUITS DE COULOIR  

Extrait de LES BRUITS DE COULOIR. Réalisé avec la complicité du personnel et des patients du Centre Hospitalier Daumezon, dans le cadre du...

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