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À L'OUEST ! NO 8 / OFFERT

L E M AG A

ZINE

GRI VAOTUUS FIATIT

QU V R IR R E D É CO U ION

L A RÉUN

À L’OUEST D’EDEN APÉROS VOYAGEURS

VOYAGES ON THE ROCKS

ZENIFIEZ-VOUS !-

YAKA KAYAK

À L’ÉTANG SAINT-PAUL-

ILS BATTENT LE TEMPO FOCUS FESTIVALIER

SEA, SKATE AND RUN

NEW GLISSE

RAVINE SAINT-GILLES KADER & BOTTARD

L’INDE EN HÉRITAGE

DU KALBANON À LA LUMIÈRE


ÉDITO

ON N'EST PAS BIEN LÀ QUAND MÊME ? Vivre à La Réunion est une chance. Hiver comme été, cette douce sensation d’être au paradis fait de nous des privilégiés. Il faut en être conscient : non seulement notre climat prête à vivre dehors quasi constamment, mais la nature si luxuriante, les activités si variées, la culture si vivante, les gens si ouverts, contribuent tout autant à nous tourner vers l’extérieur qu’à éprouver, et savourer, cette sensation de bien être, d’il fait bon vivre, qui ne nous quitte pas. Vavang, après une pause, revient dans vos mains pour vous faire (re) découvrir notre île, et plus particulièrement sa côte Ouest, si riche d’histoire, de lieux originaux, de gens formidables et d’activités originales ou fédératrices.

La Réunion est aussi une île qui ne cesse de se ré-inventer. Venez avec nous découvrir ses nouveaux spots et sports de glisse où plusieurs générations se partagent les mêmes terrains de jeux. Ecoutez ce que nous dit Daniel Minienpoullé d’une des cultures - l’Inde et les Tamouls - qui participe à ce melting-pot multi-confessionnel que le monde nous envie. Et, pourquoi pas, partagez vous aussi vos expériences et envies de voyages lors des nouveaux rendez-vous organisés par les Passeurs d’Aventure. Enfin, puisqu’il fait si bon vivre sur notre petit caillou, vous pouvez aussi viser le bien-être intérieur absolu. Notre reporter - Karine - vous propose, dans notre dossier spécial, une sélection à la fois subjective, originale et complète … dans laquelle chacun trouvera une idée pour atteindre le bonheur (ou du moins un moment de bonheur).

CETTE SENSATION DE BIEN-ÊTRE QUI NE NOUS QUITTE PAS !

Ces propos dithyrambiques ne sont pas galvaudés. Voyez comme dans ce seul numéro, on vous emmène un peu partout ! Sur la plage pour vous parler d’un sport - le beach tennis - relativement récent et en plein essor. Le long de sentiers - Moulin Kader et Chemin Bottard - où le passé fait écho aux panoramas somptueux. à la rencontre de ceux qui font vivre un festival - Leu Tempo - dont la renommé dépasse nos frontières. à bord d’embarcations iconoclastes - des kayak - pour s’approcher d’une flore remarquable.

Ne nous remerciez pas. Pour vous parler de tout ça, nous n’avons pas eu à chercher longtemps. Non seulement parce que nous sommes, comme vous peut-être, encore en vacances ; mais aussi parce qu’il y a encore tellement d’endroits à vous révéler, de choses à partager, que nous vous donnons déjà rendez-vous dans notre prochain numéro pour poursuivre l’aventure.

SOMMAIRE ON THE BEACH P.4

Tennis de sable

BAT IN TI KARÉ P.8

Dans la ravine dann ker saint-zil

REPORTAGE P.12

Ils battent le tempo

NEW GLISSE P.18

Sea, skate & run

RENCONTRE P.22 Voyages on the rocks

BIEN ÊTRE P.24

À l’ouest d’Eden

DOMOUN P.32

L’Inde en héritage

DAN ZION P.36 Yaka kayak

CARTE POSTALE P.38

NO 8 L’éditeur décline toute responsabilité quant aux erreurs éventuelles. Toute reproduction ou utilisation, intégrale ou partielle, des images et textes est interdite. Vavang est réalisé en partenariat avec l’Office de Tourisme de l’Ouest. contact@vavang.re / 0262 10 84 10

Une édition Dir. de la publication : Sandrick ROMY Mise en page : SR Rédaction : ADE, Karine BOD, Marie WELSCH, David RAUTUREAU. Photographies : Mickael DALLEAU Impression : Graphica DL 6227 / N° ISSN : 2492-3575

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© Karine Bod

TENNIS DE SABLE SA PRÉSENCE N’EST CERTES PAS NOUVELLE SUR L’ÎLE POURTANT NOUS CONSTATONS UN CERTAIN ENGOUEMENT POUR SA PRATIQUE DEPUIS QUELQUE TEMPS. SOUS SES ATOURS DE JEU DE PLAGE, IL FAIT MAINTENANT FIGURE DE VÉRITABLE DISCIPLINE SPORTIVE AUX MULTIPLES QUALITÉS. ET SI LE BEACH TENNIS ÉTAIT EN PASSE DE DEVENIR LA NOUVELLE SPÉCIALITÉ PÉI ?

LA RÉUNION, BERCEAU DU BEACH TENNIS Parler du beach tennis, c’est d’abord balayer les idées reçues que véhiculent généralement les sports de plage. Au sein des clubs de Boucan Canot et des Brisants, peu de joueurs le considèrent d’ailleurs comme un simple divertissement ou une sorte de «sous tennis» mais bien comme une discipline à part entière.

UN SPORT RESSEMBLANT AU NOTRE MAIS PLUS SOPHISTIQUÉ

Le sérieux qui auréole toute discussion sur le sujet vient d’abord du fait que l’histoire du beach tennis à la française

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commence ici, à Boucan Canot, au début des années 2000. Avant cela, on y pratiquait déjà un jeu similaire, le tennis volley, avec ses raquettes en bois typiques, que les Mauriciens avaient petit à petit doté de règles, d’un filet et d’une surface.

Concrètement, c’est le retour d’Italie d’un certain Bertrand Coulet, qui marque la naissance du genre. Ken Wolff, coach sportif indépendant et animateur au club ARTVBT de Boucan Canot se souvient : «Il est rentré tout excité en nous expliquant que les Italiens avaient un sport ressemblant au nôtre mais plus sophistiqué, avec des règles plus poussées encore et des raquettes carbone comme au tennis !»


ON THE BEACH

© Mickael Dalleau

A la suite de cet épisode, les choses iront très vite pour le club de tennis volley de Boucan qui voit son acronyme s’étoffer des initiales du beach tennis et surtout le nombre de ses licenciés croître rapidement jusqu’à atteindre le chiffre actuel de 360.

déplacements dans le sable.» Avec le beach tennis, Nicolas a même vu disparaître totalement des blessures chroniques qu’une longue pratique du tennis à haut niveau lui causait.

Autre raison du succès de la discipline à la Réunion : son caractère L’île est depuis devenue le cadre de deux compétitions simple et donc accessible au plus grand nombre. L’absence de internationales, à Saint-Gilles-les-Bains et à Saint-Pierre. rebonds, essentiels au tennis, ne demande pas au beacher Et, l’équipe nationale de beach tennis, discipline de déployer toute une palette de techniques. «Tout maintenant rattachée à la Fédération Française réside dans la capacité à négocier l’arrivée de la de Tennis, est tout naturellement en majorité balle sur la raquette et son renvoi, explique Ken CARDIO, AGILITÉ, composée de Réunionnais. Wolff. Nul besoin d’être tennisman.»

UN SPORT COMPLET ET SIMPLE

ACCÉLÉRATIONS, VIVACITÉ... UN SPORT COMPLET

Les beachers réguliers vous le diront : c’est un sport complet. Il est donc parfait pour ceux qui, pour une raison ou pour une autre, sont en demande d’une activité physique. Aux Brisants, haut lieu de la discipline, Nicolas Latrille est membre du club Bourbon Brisants Beach tennis mais aussi coach sportif en libéral. Ce sport est selon lui un excellent trésor de bienfaits : «Le beach tennis est un bon moyen de travailler son cardio car il offre des accélérations intenses ponctuées de courts moments de récupération. Il permet aussi de perfectionner son agilité et sa vivacité grâce aux

Lui qui fut professeur de golf au Club Med dans une vie antérieure, ose même une comparaison avec la petite balle blanche dans l’art de gérer l’impact. De son côté, Nicolas Latrille note tout de même que les tennismen deviennent facilement de très bons joueurs grâce à leur jeux de jambes et leur technique.

Ce qui est certain c’est qu’au beach tennis, vous vous dépensez sans vraiment prendre conscience de votre effort physique. Et tout cela dans un cadre exceptionnel, douze mois sur douze. C’est d’ailleurs assez rare pour le souligner ici : les conditions météo qu’offre l’hiver austral sont généralement plus favorables à la discipline que celles de l’été avec son soleil intense qui chauffe rapidement le sable et… les pieds.

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ON THE BEACH

BEACH SOCIAL CLUB Enfin, et ce n’est pas là la moindre de ses qualités, le beach tennis est un sport très social. S’il on parle d’échanges au cours d’une partie, il en est aussi question en dehors du court. Les amis d’amis qui le pratiquent déjà y viennent à leur tour. Les associations, elles, ont vite compris que le meilleur moyen de populariser leur art était de laisser les terrains le plus souvent libres aux non licenciés.

tennis, dans sa formule double, est une discipline plus humaine qui instaure des discussions permanentes avec son partenaire, des stratégies de coopération. C’est une formidable école.»

DISCUSSIONS PERMANENTES ET STRATÉGIES DE COOPÉRATION. UNE FORMIDABLE ÉCOLE

Simple d’accès, catalyseur d’énergie, jeu d’équipe (le double est la discipline reine), le sport s’est maintenant déplacé dans certains quartiers, de Saint-Paul notamment, où les autorités demandent aux clubs d’organiser des tournois réguliers à destination des jeunes. «Le tennis est réputé être un sport de solitaire où il n’est pas facile de sortir de sa bulle, note Nicolas Latrille. Le beach

La popularité du beach tennis est telle à la Réunion qu’il est désormais pourvoyeur d’emplois au sein des clubs. Les plus visionnaires ne tardent d’ailleurs pas à imaginer la création d’un troisième événement international, calé entre les deux déjà existants, afin d’attirer la clientèle étrangère férue de ce sport et la voir séjourner plus longtemps.

Tous les indices sont donc au vert : devant le boum que connaît ce sport accessible, social et ludique, la Réunion a maintenant pour défi d’accompagner une pratique de plus en plus populaire tout en formant une élite capable d’aller se frotter aux meilleurs beachers mondiaux, Italiens, Russes et Brésiliens.

© Mickael Dalleau

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toutes vos randos au bout des doigts venez découvrir les nouveaux guides interactifs des randonnées de l’ouest dans nos bureaux d’accueils suivants :

SAINT-leu

SAINT-GILLES

À l’entrée Nord de Saint-Leu

En plein coeur de la station balnéaire

Bat Laleu 1, rue le Barrelier

1, place Paul Julius Bénard

Ouvert lundi de 13h30 à 17h30 Du mardi au vendredi 9h-12h et 13h30-17h30 Samedi 9h-12h et 14h-17h

Ouvert 7 jours sur 7 10h-13h et 14h-18h

• informations • réservations • conseils personnalisés • activités • promos •

www.ouest-lareunion.com

0810 797 797 (prix d’un appel local + 0,054€/min)

Office de Tourisme de l’Ouest www.ouest-lareunion.com


DANS LA RAVINE DANN KER SAINT-ZIL © Mickael Dalleau

SUR UNE ÎLE PROMPTE À SÉPARER LES HAUTS DES BAS DE MANIÈRE BINAIRE, LA RAVINE SAINT-GILLES S’AFFIRME COMME UN AXE Z QUE LES ÉLÉMENTS ONT FINI PAR PLACER EN MARGE DE L’HISTOIRE ALORS QU’ELLE ÉTAIT AU COEUR DES ACTIVITÉS DE L’OUEST JUSQU’AU MILIEU DU SIÈCLE DERNIER. TANDIS QUE SES TROIS BASSINS RESTERONT FERMÉS AU PUBLIC POUR CONTINUER L’ALIMENTATION EN EAU DE LA COMMUNE DE SAINT-PAUL, D’AUTRES SITES PERMETTENT DE SE CONFRONTER AU PASSÉ ÉCONOMIQUE, POÉTIQUE ET NATUREL DE LA ZONE.

LE MOULIN KADER Ne cherchez dans l’arbre généalogique du combattant et poète humaniste algérien Abd el-Kader une ramification qui s’étendrait jusque dans les latitudes mascarines, le kader du moulin se rattache à d’autres poids-lourds locaux : les Villèle, des types assez prospères pour que leur nom traverse l’Histoire depuis le XIXème siècle et les Commins qui ont participé à la relance économique de la première famille. Kader, c’est l’autre nom du choka, de l’aloès, bref

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de cette agavacée épineuse dont on tirait les fibres pour alimenter une industrie textile florissante jusqu’aux balbutiements du deuxième tiers du XXème siècle.

la sortie naturelle. À peine ai-je amorcé la marche que je me fais dépasser par un trailer en préparation. Il fuse dans un couloir végétal qui l’engloutit en quelques secondes, ne marquant aucune hésitation. Il faut dire qu’après quelques réclamations, le chemin est parfaitement balisé de bandes bleues et vertes, puis exclusivement bleues.

Depuis le golf du Bassin Bleu, on ne devine pas encore le chemin qui longera les arrêtes de la ravine saint-gilloise. Les sentiers dissimulés derrière la végétation semi-aride rebutent plus qu’ils n’engagent, la faute à une route des Tamarins qui semble entraver

Si le passage sous la route des Tamarins est effectivement lugubre, il n’est pas très long et permet rapidement de se retrouver en amont des trois bassins qu’on peut observer de différents points de vue. Des humains minuscules jouent à sauter de 5,


BAT IN TI KARÉ

8 ou 12 mètres. D’ici, leurs sauts de puce semblent dérisoires. En parcourant ses étendues sèches, on a du mal à se figurer que ce bout de savane bardé de chokas fut le théâtre d’intenses activités textiles. Le canal Bruniquel nous conduit jusqu’à une aire de pique-nique dont les tables et bancs en bois de choka s’imposent en rappels d’une histoire laissée pour compte à partir du cyclone de 1948 — avant 1950, nous ne donnions pas encore de nom à ces furies météorologiques — qui dévasta le moulin. Sous la canopée, après avoir passé quelques plantes épizoochores (c’est ainsi qu’on définit celles qui s’accrochent aux pelages des animaux pour se disséminer), nous pouvons découvrir une bâtisse en ruine. Le fameux moulin ? Non, la station de pompage qui permettait de capter l’eau du bassin Malheur jusqu’à l’usine de Vue Belle au cœur de la zone sucrière de la Saline et jusqu’à la sucrerie des Filaos dont on peut apercevoir la cheminée classée monument historique en passant par Bruniquel.

Le moulin en lui-même est situé 200 mètres plus loin que la station de pompage. N’ayant résisté ni aux rafales ni à la suprématie de l’industrie du sucre, il garde quelques murs ruinés et un moyeu piteusement rongé par la rouille, le dernier vestige d’une roue à aubes qui ne participera jamais plus au rouissage et grattage, les étapes nécessaires du défibrage des chokas.

Les illustrations et la majorité des références historiques de cet article proviennent de Moulins kader: sur les traces du choka, le sisal de La Réunion de Michèle Marimoutou-Oberlé. D’autres informations nous proviennent de l’entreprise Balade Créative qui organise une balade spectacle intitulée La Charrette enchantée du chemin Bottard ainsi que du site www.randopitons.re. Nous ne saurons remercier assez chaleureusement toutes ces personnes mais, quand même, merci à vous !

Le reste de la promenade du Moulin Kader peut fermer la boucle jusqu’au golf, s’étendre sur un détour ou s’enfoncer dans le verger Bottard. Incertain sur la praticabilité d’un tel sentier en savates deux doigts au soleil déclinant, je remets la visite de la partie basse de la ravine Saint-Gilles à une autre fois…

Difficulté : Facile Durée : Environ deux heures

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LE CHEMIN BOTTARD Rares sont ceux au courant qu’une promenade sans béton est possible directement depuis la station balnéaire plus connue pour sa nightlife, son port et son front de mer. Et pour cause, une baleine en dissimule l’accès. Certes, il ne s’agit que de la bonne vieille sculpture qui trône depuis des temps immémoriaux au cœur de sa placette à côté de la route du littoral mais, quand même, le chemin Bottard, au nom d’une famille que les activités médicales ont rendu illustre, qui relie le zoreil land au Téat Plein Air, commence où s’achève par un cétacé. Après une brève visite sur cette bible des randonnées réunionnaises qu’est le site www.randopitons.re, les termes « courte sortie familiale » et « Il faut donc mettre beaucoup de bonne volonté pour s’égarer. » m’incitent à proposer la balade à ma mère

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en vacances réunionnaises avec qui chaque promenade se change en parcours du combattant. On n’oubliera jamais cette boucle à bicyclette birmane où nous nous sommes retrouvés empêtrés dans la boue jusqu’à ne plus pouvoir pédaler où notre salut n’est venu que du passage d’un camion benne dans lequel on s’est fait bringuebaler à deux centimètres du précipice. Pour nous simplifier encore la tâche, on fait de la baleine notre point de départ, incertains que nous sommes à trouver le début du sentier depuis le théâtre qui domine la ville. Le chemin, assez gadouilleux par de récents déluges, longe une eau trouble qui rend caduc un panneau « Baignade interdite ». Une interdiction dont n’ont cure ces deux gramouns qui trempent leurs pieds, nonchalamment adossés au pilier de la route littoral, et qui nous saluent à notre

passage. La végétation déjà dense ne révèle les bâtisses de la station balnéaire que par à-coups. D’en bas, nous ne pouvons apercevoir que quelques terrasses qui doivent avoir une vue mer et ravine des plus enviables. Très vite, nous découvrons le balisage propre au sentier Bottard : un lendormi sur fond blanc qui paresse sur une branche. Quelques minutes plus tard, il semble que nous tombions nez à nez avec son modèle : un caméléon d’un vert éclatant surplombe un pan de rivière en toute décontraction. À une cinquantaine de mètres, un groupe de jeunes marcheurs nous devance d’un bon pas en disparaissant derrière un amas de bambous. Narquois, je souris à l’idée qu’ils ont sûrement raté le somptueux reptile, ils n’avaient qu’à être plus attentifs. Atteignant une jonction sans balise, nous commençons de nous engouffrer dans le verger plutôt que de traverser la rivière à gué. Quelques indices, des outils de jardinage, nous indiquent que nous venons de franchir une propriété privée et nous nous résolvons finalement à traverser le ruisseau. Peut-être


BAT IN TI KARÉ

les baliseurs commençaient-ils à être en rupture de peinture mais, au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans la nature, on trouve que ce caméléon, à l’image de ses pairs, n’est pas aisément visible. Cela dit, outre quelques bancs et un kiosque tout indiqués pour une flânerie garnie de barbecue, j’ai l’impression de pénétrer dans la première strophe du poème La Ravine Saint-Gilles de Leconte de Lisle plus d’un siècle après sa rédaction. « La gorge est pleine d’ombre où, sous les bambous grêles, Le soleil au zénith n’a jamais resplendi, Où les filtrations des sources naturelles S’unissent au silence enflammé de midi. » Des tunnels végétaux nous dissimulent le ciel tandis que nous traversons le cours d’eau qui nous monte aux cuisses. Par moment, le parcours se fait à l’aveuglette, certaines balises s’effacent derrière des panneaux d’interdictions de se baigner, de cueillir, de chasser et pêcher. On aurait préféré des flèches. Arrivés à un arbre qui semble se débattre dans ses lianes, nous doutons de la marche à suivre sans pouvoir nous permettre de pause, chaque halte de plus d’une seconde laisse le temps aux moustiques de nous assaillir. Et aucune trace de ceux qui nous devançaient. En plus de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, ma mère et moi nous retrouvons agrippés à des branches d’une robustesse toute relative pour éviter de nous empêtrer dans la bourbe. L’image de Leconte de Lisle ruinant ses chausses tandis qu’il sert d’appât à moustiques a quelque chose de réjouissant. Quelques vestiges de pique-nique laissent supposer qu’on n’est pas les premiers à fouler ce tronçon mais le constat est le même : nous sommes perdus. Après nous

être entêtés à remonter tant bien que mal le lit de la rivière parce que l’idée de repasser par les embûches du parcours nous rebutait, nous nous résignons à rebrousser chemin jusqu’à retrouver la trace d’un sentier qui se planquait sur l’autre rive. Les retrouvailles avec le bon chemin nous conduisent à une zone aménagée surprenante après nos péripéties. Au cœur du verger, un monolithe nous accueille avec l’intégralité du poème de Leconte de Lisle, des écriteaux indiquent le nom des plantes, des petits ponts enjambent des rigoles sinueuses et un jardin botanique se dresse en plein milieu d’une forêt plus si vierge. En une dizaine de minutes, on se retrouve au-dessus des cimes, à hauteur de pailleen-queue, sans avoir aperçu les ruines du dispensaire ou la tombe d’un esclave que le verger recèle. Par contre, les balises qui pullulent sont révélatrices du zèle premier du peinturlureur pas encore épuisé à mi-parcours. La prochaine fois, nous ferons comme lui. Maintenant qu’on sait que le sentier commence juste devant l’accueil du Téat Plein Air et que la balade se fait mieux de haut en bas que l’inverse, on est tout disposés à retrouver son cadre luxuriant

En conditions normales... Difficulté : Facile Durée : 50 minutes | Remarque : Si vous vous perdez au fin fond de la forêt, la difficulté passe en mode Man vs Wild et la durée peut varier jusqu’à trois semaines si vous décidez de vous nourrir d’insectes. À part ça, c’est un sentier marmailles.


ILS BATTENT LE TEMPO

19 ANS APRÈS LA CRÉATION D’UN FESTIVAL DE MARIONNETTES QUI INVESTISSAIT SAINT-LEU, LEU TEMPO - QUI SE DÉROULAIT CETTE ANNÉE DU 10 AU 13 MAI DERNIER - CONTINUE DE SE DÉVELOPPER, INTÉGRANT DANS SA FARANDOLE QUANTITÉ D’ASSOCIATIONS QUI FONT L’ÂME DE CETTE FÊTE. PORTRAITS.

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REPORTAGE

Certaines âmes ne font que traverser le temps en ayant l’élégance de ne rien changer au cours des choses sauf à compter sur l’effet papillon. D’autres sont plus persistantes. C’est le cas de Baguèt, une créature longiligne qui dispensait les arts dans la rue jusqu’à la création d’un festival de marionnettes sur la rue principale de Saint-Leu. Pour ceux qui n’ont pas amassé de souvenirs réunionnais antérieurs à la route des Tamarins, ça signifiait à l’époque de couper net l’axe majeur qui reliait nord et sud pour laisser parler. Deux ans après la création de ce qui n’était pas encore tout à fait Leu Tempo qu’on connaît aujourd’hui, le cancer emporte le marionnettiste. Son héritage, lui, continue à se répandre. Porté par des hérauts admiratifs de son œuvre, le festival a ajouté à son arc les cordes des arts du cirque et de la rue qui changent Saint-Leu en Aurillac péi. Certes, avec moins de off, les vans des artistes métropolitains n’étant pas amphibies mais on prévoit une édition mémorable suite à la démocratisation de la téléportation en 2046.

MANIPULATION POSITIVE Ce n’est un secret pour personne, les plus grosses multinationales lorgnent sur les môme pour les garder sous leur emprise, Mc Donald’s en est un exemple flagrant avec ses Happy Meal qui, d’une babiole séduisante, happent les gamins pour les habituer à leurs burgers goût carton. Quitte à chercher à embrigader les gosses, autant qu’ils se réunissent sous le fanion de l’appétit culturel. C’est le rôle de Cécile, chargée de l’action culturelle du Séchoir qui officie dans l’ombre pour trouver les stratagèmes permettant aux marmailles de s’initier à l’art en les faisant pratiquer et assister aux spectacles. Cette année, une vingtaine de classes saint-leusiennes sont entre les mains du peintre Stéphane Kenkle, qui délaisse ses portraits aux yeux grand Photos © JNE

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ouverts pour enseigner l’art de la silhouette à partir des disciplines artistiques propres à l’événement. Nom de code : L’Arrosoir. Pour mener à bien cette opération qui consiste à arroser les jeunes pousses, on met en place des ateliers avec les artistes, des espaces d’expression, des spectacles, des librairies… L’éventail des arts locaux s’ouvre en grand pour des milliers de jeunes qui se pointent de toute l’île. Pour stimuler la matière grise des têtes blondes, il existe deux formules : le Parcours du Spectateur, qui consiste à assister à des ateliers et des animations de L’Arrosoir, et la Scène Amatéranlèr, qui propose aux jeunes de 6 à 25 ans de montrer leur savoir-faire dans une représentation de cinq minutes maximum et de bénéficier des avantages de la première formule. Pour seule contrepartie, les jeunes doivent aller voir des spectacles intégrés dans leur parcours, ce qui est un tribut un peu plus sympa que de sacrifier son premier né à Belzébuth, vous en conviendrez.

TOUT FEU, TOUT FLAMME Ne partez pas ! L’analogie infernale n’était (presque) pas gratuite, elle se justifie par le thème sulfureux de cet autre monument du festival saint-leusien : la Fet dann somin, qui fait défiler chaque année une trentaine d’associations a choisi la thématique du feu pour sa mouture 2017. Les quelques 700 personnes se trouveront en phase avec les grands invités du cortège, la compagnie basque Deabru Beltzak qui raboulera ses diables noirs et leurs tambours de feu pour un spectacle percussif d’où fusent les étincelles.

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À l’organisation de la parade se tient Nicolas Stojcic, chargé de production et d’actions culturelles du Séchoir. Nourrissant une vocation pour le spectacle vivant depuis 1986 et ses premiers stages de théâtre auprès de Baguèt himself, il faisait partie des premiers bénévoles des tous premiers Tempo alors qu’il était encore marmay. Concernant la parade 2017 et son thème chaud comme la braise, il s’enthousiasme en espérant une fête explosive avant de nuancer : « Enfin, au sens figuré. Manquerait plus qu’un taré s’éclate dans la foule. » Quand il évoque l’histoire de la parade, son timbre prend la couleur d’une nostalgie bardée d’initiatives folles, subversives ou bonne franquette que l’ampleur du festival et le florilège de mesures de sécurité contraignent à canaliser. « Si tu dis à nos camarades des forces de l’ordre : On va arriver avec une 2CV déguisée en dragon où il y aurait deux bombonnes de gaz et ça va cracher du feu et ça va être génial — ce qui a été fait sur un Tempo — t’en as deux qui vont claquer la porte, trois qui vont faire une crise cardiaque et les autres qui vont perdre le peu de cheveux qu’il leur reste. » Et s’il est vrai que Vigipirate étouffe autant les embardées enflammées dans la foule que les possibilités de mini-scènes cernées de cannisse, le festival est ouvert à toutes les associations, des marionnettes géantes du Théâtre des Alberts aux joueurs de coinche. Entre les 800 qui paradent et


REPORTAGE

Photos © JNE

les quelques 120 bénévoles qui s’activent sur le festival, la cohésion crée des liens qui, même après 18 ans au cœur de l’aventure Tempo, ne cessent d’émouvoir Nicolas : « Pendant quatre jours, on est une seule famille et t’as l’impression que t’es le centre du monde, que plus rien ne se passe autour de toi. Et au bout de quatre jours, t’es super déprimé parce que, quand tu vas chercher ton pain le dimanche matin, malheureusement, les gens de la commune ont super bien travaillé, il n’y a plus un papier par terre. Et pendant un an, tu attends que ça recommence. »

LE RISQUE DU PÉTARD MOUILLÉ Le thème du feu, pour fédérateur qu’il soit, pourrait s’affirmer comme un pied de nez à un antagoniste qui a maintes fois menacé le cortège. Si les homéopathes échouent toujours à prouver que l’eau a une mémoire, l’élément marque certains des plus intenses souvenirs du festival, Nicolas se souvient encore vivent de l’année 2004, quand le jour de la Fêt dann somin coïncidait avec le tsunami balinais. « L’eau montait, montait, montait. Le port était complètement ravagé, les pêcheurs essayaient désespérément de sauver leurs bateaux, ils montaient

sur les lampadaires, c’était apocalyptique. Les forces de l’ordre essayaient d’empêcher tous ces gens de rejoindre le front de mer mais pour la Fêt dann somin, tout le public était ralé vers ces éléments en furie. » Les déluges ont également arrosé les paradeurs, assez souvent pour que Nicolas envisage une analyse pluviométrique de l’histoire de la Fet dann somin. Les échassiers de l’association Gran Pat’ conservent un souvenir amer de la fois où ils durent se résigner à laisser faner leurs costumes végétaux qui n’auraient pu tenir sous les trombes. Pour cette même soirée, le chargé de prod en raconte une version épique : « On a perdu une partie des assos qui n’ont pas pu tenir jusqu’à 20h mais ceux qui sont restés étaient remontés à bloc. Les mecs des percus indiennes avaient leurs instrus trempés mais ils étaient quand même là, les danseurs dansaient dans vingt centimètres de flotte, c’était catastrophique… Et on s’est éclatés. » Qu’il pleuve ou vente, rien ne semble pouvoir empêcher ces héros de la déambulation de se renouveler chaque année et de proposer des spectacles toujours plus fous aux milliers de visiteurs présents pour s’en mettre plein les yeux. Cette année ne fera certainement pas exception à la règle

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REPORTAGE

PARADÈRS À LA LOUPE

Les associations de la Fet dann somin sont trop nombreuses et diverses pour toutes les référencer ici. Cela dit, il nous a paru important de vous toucher quelques mots sur certaines qui apportent aux déambulations une saveur toute particulière.

GRAN PAT’ S’il y en a bien que le thème inspire, c’est cette association d’échassiers qui, non contents de nous prendre de haut depuis 2008, ont la chouette manie d’immoler la dynastie des rois Dodo du Grand Boucan. Et encore, entre l’ouverture des jeux de l’océan Indien, Miel vert et autres manifestations pléthoriques, ces amateurs voient les choses en grand. Phil, le vice-président de Gran Pat’, décrit une association qui aime se réinventer pour proposer bien plus que des déambulations : « Dès qu’on peut associer le public, l’impliquer pour avoir des interactions, ça nous intéresse vachement. Dans le dernier Tempo, on avait deux groupes : des échassiers en méduses qui faisaient des bulles et chuchotaient des mots dans les oreilles du public avec des tubes, et des basketteurs et échassiers avec des paniers de basket accrochés dans le dos. Tout de suite, on a vu que c’était au public de marquer des buts. On récupérait les ballons et on les passait à ceux qui les demandaient et c’était mortel ! » Ayant à cœur de dispenser une éducation populaire aux jeunes, ces drôles d’oiseaux haut perchés ambitionnent d’ouvrir une filière professionnelle pour que les jeunes puissent travailler dans les domaines du cirque, du spectacle et de la danse. Soucieux de développer un pôle cirque réunionnais, les Gran Pat’ ont rejoint dix autres structures circassiennes péi pour établir une Association des arts du cirque (ARAC) qui vise à coordonner et mutualiser les moyens des amateurs de l’île pour un rayonnement à travers tout l’océan indien. On n’a pas fini de les voir déployer leurs belles et folles idées.

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MORING ANGOLA On pouvait se douter que se pencher sur les figures tutélaires du Tempo impliquait de remonter le temps. Mais que le voyage nous propulse jusqu’aux sources des danses créoles, sur le continent africain, a de quoi surprendre. Car Moring Angola, en plus d’être une association qui défile à Leu Tempo depuis la première édition, s’inscrit en puriste de la danse ancestrale, à contrecourant de la version de l’athlète Jean-René Dreinaza, bien qu’il ait participé à la popularisation du genre. « Ce qu’on appelle le moringue péi est un mélange de moringue et de boxe française, précise Eric Vincelot, président de l’association. Il y a tout un rituel au départ dans le moringue Dreinaza qui n’a jamais existé dans le moringue lontan. Il y a des techniques qui sont empruntées à la boxe française. Il a réinventé une forme qu’il a appelée moringue mais qui ne correspond pas à la réalité. »

Alors que les performances de Moring Angola puisent dans les témoignages des gramouns pour dispenser le savoir d’une danse tellurique, en harmonie avec les éléments, l’association ne rejette pas l’hybridation en bloc. Ainsi, dans les défilés, ils font cohabiter moringue et capoeira, maloya et batucadas, des percussions dont ils s’enorgueillissent d’avoir été les premiers importateurs. En tant que danseurs guerriers, les moringuèrs ne sont pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Aussi Eric Vincelot se rappelle-t-il d’une première déambulation en forme de bras de fer : « Au début, on avait fait une demande de subvention municipale et on ne nous en avait accordé aucune. On avait distribué des tracts sur lesquels étaient écrits : Subventions municipales = 0 franc. » Si la manœuvre a déplu à la municipalité et aux organisateurs, les membres de l’association continuent à en tirer une certaine fierté bravache. Cette fougue continuera encore longtemps à faire vibrer le défilé.


© Karine Bod

SEA, SKATE & RUN S’IL EST UN SPORT DE GLISSE DONT L’ENGOUEMENT INTERNATIONAL SE CONSTATE AUSSI À LA RÉUNION, C’EST BIEN LE SKATE. LIÉE HISTORIQUEMENT AU SURF, SOUVENT PRATIQUÉE PAR LES MÊMES QUI, SELON LES ENVIES ET LA MÉTÉO, PASSENT DE L’EAU AU GRIND, LA PETITE PLANCHE APPARAÎT AUJOURD’HUI COMME UNE PRATIQUE SUR LAQUELLE LES INSTANCES RÉUNIONNAISES AURAIENT TOUT INTÉRÊT À... SURFER.

COOL

DEUX TENDANCES

Comme tout fan de glisse, le skateur maîtrise et développe une Entre ce que nos darons appelaient planche à roulettes et le fascinante palette d’anglicismes qui, au premier abord, longboard, les pratiques sont variées et complémentaires. pourrait déboussoler le néophyte débarquant sur son terrain de jeu. Passé le jargon et quelques Le skate, légèrement relevé à l’arrière, permet à explications techniques, la communication l’usager de réaliser des tricks dans la rue ou en CE QUE s’établit d’autant plus facilement que skate-park. Le longboard ou longskate est une NOS DARONS l’énergie de ces passionnés de tous âges longue planche plate qui s’utilise sur la route APPELAIENT est communicative. « Être skater c’est être en free-ride (pratique libre sur routes pentues) cool, explique Anthony Mardelle, beau gosse ou en downhill (descente). « C’est la rapidité, PLANCHE À de 23 ans. C’est avoir un bon esprit, faire la maîtrise de la trajectoire qui sont recherchées ROULETTES attention aux autres, notamment quand on avec ce type de matériel » explique notre jeune ride. C’est être curieux et tester toutes sortes de rider. pratiques : street, skate-park, descente… »

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NEW GLISSE

© Mickael Dalleau

© DR

Entre ces deux hémisphères de la planète ride se déclinent toutes sortes de planches et de pratiques associées. Sur son équateur pourrait se glisser le cruiser : le plus petit des longboards qui connaît un véritable succès depuis peu. Moins technique, accessible et abordable, il constitue le partenaire idéal des premières glisses et des premières gamelles.

SURF & SKATE

De là à dire que le skate pourrait alors apparaître comme la réponse aux inquiétudes de surfeurs dont la pratique est mise à mal par la crise requins ? « C’est encore trop tôt, répond Anthony Mardelle. Ce que je sais c’est que, depuis la crise, pas mal de potes surfeurs se sont remis au skate, notamment au carver, une planche dont les sensations procurées sont les plus proches du surf. »

UNE INVENTION DE SURFEURS, UN MOYEN COOL DE SE DÉPLACER ENTRE SPOTS

A la Réunion, où l’océan est visible de pratiquement tous les skate-parks de l’ouest, la proximité du skate et du surf prend un sens particulier. Certes, si les skateurs ne sont pas tous surfeurs, beaucoup pratiquent les deux disciplines sans pour autant établir de hiérarchie entre elles : « On peut choper du plaisir des deux côtés sans aucun problème, confie Julien Douteau, Président de l’association Bourbon Longskate. Ça reste de la glisse. D’ailleurs, le longboard est une invention de surfeurs qui cherchaient un moyen cool et simple de se déplacer vers leurs spots. »

Jo Goletto, co-gérant du Zinc, bistrot et repaire de riders et surfeurs, convoque ses souvenirs d’un Saint-Leu d’il y a quarante ans : « Les premiers surfeurs qui venaient à la Réunion étant australiens et californiens, ils n’ont pas oublié de poser leur roulettes sur l’île ! Un spot comme Saint-Leu n’offrant pas 365 jours de vague par an, la pratique s’est très vite développée comme partout où la culture de la glisse est présente. Il y a donc toujours eu un esprit surf & skate ici. »

Même constat du côté de Jo qui côtoie bon nombre de surfeurs dans son bar : « C’est vrai que depuis quatre ans, la présence de requins en a poussé plus d’un sur les planches... »

BORN TO BE FREE

Avec un engouement grandissant naît le besoin d’infrastructures adaptées et d’un encadrement qualifié que peuvent apporter les associations d’initiés. Ce qu’il faut accompagner, c’est la soif de liberté des skateurs, note Stéphane Garnier, Président de l’association Asphalte. Lui qui ouvrit un magasin spécialisé dans les sports de glisse sur route trop tôt, juste avant le boom, résume bien les aspirations du skateur : « Que ce soit en ville ou sur les routes, le skateur, aspirera toujours à découvrir le monde par lui-même, en totale liberté. » Malheureusement, la liberté d’un rider s’oppose vite au quotidien des gens : « C’est un peu chaud d’aller faire du street en semaine, regrette Anthony. Les spots sont souvent devant des magasins ou des restaurants. On se fait vite virer. »

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LES SKATE-PARKS C’est donc à cette réalité que les pouvoirs publics doivent pouvoir répondre s’ils ne veulent pas voir partir en live, en ville ou sur routes, des centaines de skateurs en quête de sensations fortes.

fréquentation assurée et, derrière, une pratique en expansion, explique Stéphane Garnier d’Asphalte. C’est aussi la cohabitation de tous styles sur une seule aire : rollers, trottinette, skate, BMX… et de plusieurs générations d’usagers : parents, ados, enfants... »

Du côté des pratiques sur routes, l’association Bourbon Longskate de Saint-Leu, entretient en permanence Un bon skate-park, bien pensé, bien aménagé doit des liens avec les autorités de façon à assurer permettre au skateur de vivre des sensations l’enseignement dans un cadre parfaitement proches de celles du milieu urbain. « Pour le sécurisé : « On organise un entraînement tous LA COHABITATION moment, on manque encore de skate-parks les 15 jours au Ti spot, sur la commune de sur l’île, remarque Anthony. On attend celui DE TOUS LES STYLES Trois-Bassins, à la sortie Nord de Saint-Leu, de la Saline avec impatience. Il y en a aussi un détaille Julien Douteau. C’est une ancienne ET DE PLUSIEURS de prévu à Petite île et celui de Plateau-Caillou route communale dont la partie haute GÉNÉRATIONS est en phase de rénovation. » En attendant, est fermée au public. Pour les débutants, les skaters oscillent sans mal entre Saint-Pierre l’apprentissage se fait au spot de la Pointe au sel, et Saint-Denis pour utiliser des infrastructures sur une route totalement fermée aussi. Tout cela en correspondant à leur niveau de pratique. totale sécurité. »

LE RÔLE DES ASSOCIATIONS Au tout début du mouvement skate, les collectivités avaient tendance à répondre à côté des besoins réels en termes d’aménagements. C’est pour cela que les associations de skateurs ont petit à petit, endossé un rôle de conseils auprès des pouvoirs publics. Après tout, qui de mieux placés que les usagers pour identifier les besoins ? « Un skate-park bien conçu, c’est une

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L’association négocie aussi auprès de collectivités la fermeture de plus grands tronçons de façon à organiser des événements de grande ampleur le temps d’une journée. Parallèlement, aux bases du ride, Bourbon Longskate dispense des règles de sécurité, des notions du code de la route (le skateur étant considéré comme piéton) et des conseils pour bien entretenir son matériel. Le respect de l’environnement est aussi inculqué aux membres de l’asso. « C’est une belle école de la vie » résume Julien.


NEW GLISSE

DESTINATION RÉUNION Y aurait-il pour le skate un alignement favorable des planètes à la Réunion ? Un astre noir, (la possible et lente désaffection de la pratique d’un surf en crise) et un astre lumineux (le renouveau de la glisse sur route) feraient-ils de l’île une future destination pour les amateurs du monde entier ? Partons déjà de la géographie extraordinaire de la Réunion qui ferait saliver le moindre rider. Jo Goletto le sait bien : « On peut à moindre coût s’organiser un trip très sympa tout autour de l’île, soit dans le but de tester les différents skate-parks avec les rampes et les bowls, soit se faire plaisir en descente sur routes. Il y a aussi des tronçons sans aucune voiture pour exercer du cruising ou de la descente tranquille. » Au-delà des attraits dont dispose la Réunion, certains indices objectifs donnent à penser que le monde du skate lorgne sur la petite île depuis quelque temps. En 2015, le F.I.S.E (Festival International des Sports Extrêmes) s’est déroulé ici. La même année, se souvient Julien Douteau de l’adoubement de l’île par une idole du ride : « Nous avons reçu la visite du champion du monde de descente, James Kelly et de son camarade Liam Morgan, lui aussi bon skateur bien connu des réseaux sociaux. Ils ont bien vu que La Réunion était un formidable terrain de jeu et ils nous ont encouragés à nous battre pour que l’IDF, International Downhill Federation (Fédération Internationale de descente) se penche sur l’île pour qu’elle puisse accueillir des événements internationaux dans un proche avenir. »

PLANCHE À BILLETS ? Tous les amateurs de glisse sur routes, rollers et trottinettes compris, pratiquants et associations, plaident pour une réflexion ambitieuse menée conjointement avec les autorités de l’île. Loin d’eux l’idée de substituer de façon artificielle la pratique du skate à celle du surf, d’autant que beaucoup, nous l’avons vu, passent volontiers d’une vague à l’autre, sans jamais les opposer et jouissent de la diversité des sensations qu’elles procurent. Moyennant une réelle volonté politique et le temps de trouver des solutions à la crise requins, la petite planche pourrait bien transformer la Réunion en futur spot branché pour les skaters du monde entier.


© Mickael Dalleau

VOYAGES ON THE ROCKS RÉGULIÈREMENT, UNE COMMUNAUTÉ HÉTÉROCLITE SE RÉUNIT POUR PARTAGER LEUR PASSION DU VOYAGE. QU’ILS FOMENTENT LES PROCHAINES PÉRÉGRINATIONS OU QU’ILS EXHUMENT DE VIBRANTS SOUVENIRS, LES VOYAGEURS ONT LEUR RENDEZ-VOUS OÙ FUSENT LES CONSEILS ET AUTRES ANECDOTES. Lorsque j’arrive au Coco Beach, fameux bar balnéaire devenu le QG où bouillonnent les esprits voyageurs, la conversation semble déjà avoir été traînée par les quatre horizons. Une infirmière d’à peine vingt ans recueille les témoignages birmans d’un duo de potes, un couple de trentenaires disent économiser pour devenir tourdumondistes et veulent s’assurer du réalisme de leur budget. « Le budget, c’est une blague, clame un chevelu qui porte un badge mappemonde où tous les continents sont coloriés pour signaler que, pour lui, ils ne sont plus terra incognita.

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Seul l’Antarctique reste vierge, les cargos sont trop chers. Moi, je voyage sans argent depuis des années, avec un peu de débrouille et beaucoup de temps, on peut aller où on veut. » S’ils suscitent l’admiration, les arguments du bourlingueur sont poliment écartés par les tourtereaux qui envisagent une migration sans privation, ponctuée d’auberges de jeunesse le long d’un parcours dessiné par un billet tour du monde. Un mode de voyage qui, sitôt envisagé, génère lui aussi une contestation bienveillante.


RENCONTRE

Il faut dire, avec un sujet aussi consensuel que le voyage, l’heure n’est pas aux prises de becs, tout le monde est bien trop affairé à se projeter dans des destinations passées ou futures qui effacent leur sédentarité. D’autres, au contraire, viennent trouver des tuyaux locaux sur une île où ils ont encore tout à découvrir, que ce soit pour des vacances ou pour un séjour à durée indéterminée. Pour la majorité, l’objectif reste avant tout de passer du bon temps dans un endroit propice aux rêves, histoire d’en profiter pour soi et de faire baver les confrères parisiens. Car oui, le premier apéro voyageurs fut initié à Paris par un collectif de blogueurs voyage intitulé Les Passeurs d’Aventures. L’idée, joindre l’agréable à l’agréable en ajoutant au sirotage de cocktail les nombreuses histoires et ambitions voyageuses. Très potes avec l’équipe des « Pass dav » et blogueurs voyage de leur état, Florence et Yohan Mauve ont lancé une déclinaison du concept de ces rencontres d’âmes vagabondes sur la fin 2016 et visent à en faire un événement récurrent. Les baroudeurs tenant difficilement en place, des communautés se sont déjà créées aux quatre coins de la métropole et des apéros voyageurs se sont organisés dans les destinations les plus prisées. Ce n’était qu’une question de temps avant que La Réunion et son turnover constant ne se dote du sien.

Pour vous tenir informés des prochaines soirées et jeter un coup d’œil aux précédentes, consultez le groupe Facebook Pass dav Île de La Réunion. Tous deux soignants, Flo et Yo partagent sur leur blog des récits de voyages, des conseils et des témoignages d’acteurs du médical et paramédical disséminés aux quatre coins du globe. www.floetyo.com

TOUTE PREMIÈRE FOIS, TOUTE TOUTE PREMIÈRE FOIS Étonnamment, la première édition péi fut également la toute première fois pour ses organisateurs. La province s’étant mise en travers de leur volonté de rencontrer ces joyeux lurons pour qui la planète est un terrain d’exploration constant, Flo et Yo découvrent en l’initiant sur les rives de l’Ermitage l’émulsion que génère ce type d’événement. À côté de ceux qui arborent les pays comme des pin’s, euxmêmes ne sont pas les nomades les plus aguerris. Après quelques mois de traversée de Guyane et du Brésil en van Volkswagen qui devait entamer un tour sud-américain, le couple conçoit Julia, petite dernière du clan Mauve venue au monde à La Réunion. À même pas un an, elle est la seule future aventurière à osciller entre tétine et biberon. Si la famille Mauve rattrape toutes les occasions parisiennes manquées en étant présent à chacune de ces soirées réunionnaises, les habitués ne sont qu’une poignée face à une cinquantaine de noceurs voyageurs en perpétuel renouvellement. Parmi ceux-ci, les blogueurs ont eu la joie de rencontrer des lecteurs de la première heure qui, après plus de quatre années de lecture assidue de leurs conseils et anecdotes en ligne, ont aménagé un Berlingot pour découvrir l’île. Si aux gens de passage pouvaient s’ajouter quelques piliers aptes à participer à l’organisation d’un événement grandissant qui souhaiterait s’étoffer de formations photographiques et de partages visuels, il est délicat d’épingler ceux chez qui l’ailleurs a pris demeure. On ne saurait les blâmer.

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À L'OUEST D'EDEN PETITE SÉLECTION SUBJECTIVE DE BONS PLANS BIEN-ÊTRE DANS L’OUEST

Reportage : Karine Bod | Photos © Karine Bod, Mickael Dalleau, Lodge Roche Tamarin, Maison Kailash, DR

La tendance actuelle est résolument au naturel, à la relaxation, au cocooning, au développement personnel. Si l’on avait bien compris dès l’Antiquité gréco-romaine et dans le monde arabe que se prélasser dans des bains parfumés agrémentait le quotidien au moins aussi bien qu’une folle orgie, ce genre d’activité restait réservé à une élite. Aujourd’hui, la recherche du bien-être, aux confins de la santé, du plaisir, de la détente et de la beauté, dépasse les classes sociales. La littérature abonde en guides et méthodes, l’offre rivalise d’activités, des plus anciennes comme la méditation aux plus insolites comme la câlino ou la rigolothérapie et force est de constater que le marché du bien-être explose, porté aux nues

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par nos sociétés marchandes. La faute à la conjoncture maussade? N’allons pas bouder notre plaisir... En nos contrées tropicales encore relativement épargnées par la morosité, nous bénéficions d’un large panel d’activités au diapason avec l’environnement naturel. Outre la traditionnelle proposition des grands hôtels, l’île foisonne d’initiatives originales, pour toutes les bourses. Alors, afin de ne jamais avoir à définir le bien-être, tel Ambrose Bierce dans son Dictionnaire du diable, comme un «état d’esprit produit par la contemplation des ennuis d’autrui», pourquoi ne pas apprendre à prendre soin de soi... autrement ? C’est la question qui a guidé cette petite sélection tout à fait subjective.


BIEN ÊTRE

VIBRER AU SON DES BOLS TIBÉTAINS Colonisé de jour par les bikinis, marmites à caris et jeux de plage, le lagon en fin de journée attire des rendez-vous plus confidentiels. On a tous, croisant au détour d’un filao l’étrange chorégraphie des amateurs de tai chi, yoga et autres pratiques venues d’ailleurs, baissé le regard curieux, ironique ou gêné du non initié. C’est justement ce que cherche à dépasser Stéphane Faurie en proposant le lundi soir une méditation guidée accessible à tous. Selon lui, notre mode de vie moderne n’intègre pas suffisamment de ces moments de déconnexion indispensables à la régénération du psychisme. N’exigeant ni préparation physique ni matériel sophistiqué, cette pratique millénaire venue d’Orient vient au secours de l’Occident tumultueux, lui rappelant la nécessité de s’accorder des pauses pour échapper au stress, à la fatigue et aux émotions pathogènes, ce que viennent d’ailleurs souligner les récents progrès des neurosciences.

maître m’invite à me faire une place. La méditation, j’en ai entendu parler comme tout le monde et je m’y suis même essayée il y a des années sous sa forme japonaise, le zazen. L’expérience fut peu concluante: imaginez, il faut fixer un point au mur. Longuement. Rien d’autre. Fixer le point sans penser à quoi que ce soit. Précisons que la méditation, au sens spirituel, c’est le contraire de la réflexion, l’idée étant de calmer le flot des pensées en se focalisant sur les ressentis. D’accord sur le principe, mais fixer un mur, il y a de quoi devenir dingue! Bilan: mon petit vélo mental avait redoublé d’ardeur et moi de frustration contenue, jurant mais un peu tard qu’on ne m’y reprendrait plus... Autres temps, autres moeurs, il n’y a pas de hasard me lance Stéphane Faurie citant Einstein: «le hasard c’est Dieu qui passe incognito». Soit. Le ciel s’embrase, je m’abandonne à la fatalité, guidée par ses paroles hypnotiques et le son envoûtant des bols tibétains. Une heure plus tard, j’ai l’impression de me réveiller d’un rêve étrange, détendue comme au premier matin de vacances longtemps espérées.

Stéphane explique que les vibrations émises par les bols entrent en résonance avec les ondes que génère le cerveau au repos, décuplant l’effet apaisant de la méditation. J’ai la confirmation que l’on peut atteindre des états modifiés de conscience par le seul pouvoir du psychisme. Et sans gueule de bois au réveil ! Le champ des possibles s’élargit, exaltant, non ? Précisons qu’outre les rendez-vous du lundi soir, Stéphane propose un choix de soins en réflexo et massothérapie dans son cabinet ouvert depuis début 2016 en bordure de plage à Trois Bassins. Riche de nombreux voyages et formations, il s’est forgé une technique composite où l’on croise les traditions chinoises, indiennes et amérindiennes alliées à des méthodes plus récentes comme le Niromathé, proche de l’ostéopathie. A tenter ? Le massage sonore aux 16 bols tibétains. Evasion garantie.

Méditation aux bols tibétains, 18h-19h, plage de l’ermitage nord. Participation libre. Espace Zazen, lieu-dit La Souris Blanche, Trois Bassins. Sur RDV 6j/7. Massages de 50 à 120€ Info/résa: Stéphane Faurie - 0692 476 975

Le rendez-vous est donc donné entre chien et loup, à l’heure feutrée où la plage se repose de l’effervescence de la journée et s’apprête à accueillir les oiseaux de nuit. Face au soleil déclinant, à deux pas des boîtes de nuit encore endormies, un carré de sable s’habille de tapis et de coussins, l’air se parfume d’encens. Libre à chacun de venir s’installer, simplement muni d’un tapis ou d’une serviette de plage, pour une parenthèse contemplative à l’écart des préoccupations quotidiennes. D’abord intimidée, je me cache derrière mon objectif, en lutte contre l’éclatante luminosité de fin de journée. Mais le

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S'OFFRIR UN MASSAGE FACE AU LAGON C’est la proposition séduisante de Didier Venerosy, installé tous les weekends depuis quelques mois en bout de la terrasse du restaurant la Bobine. Entre deux bouchées, entre deux baignades, du sable entre les orteils et le lycra encore humide, ici, la tenue de plage est autorisée, on joue la carte de la simplicité. Pour un massage express de la nuque et des épaules ou un soin plus complet du corps, tout est prévu: habillé ou en maillot, simplement couvert d’un paréo, il suffit de se laisser aller aux mains expertes de Didier, qui pratique le massage Amma de tradition japonaise, à la fois dynamique et relaxant. La formule me semble a priori antinomique, mais à observer la personne passée avant moi, arrivée les traits tirés et repartie en pleine forme, j’ai hâte d’essayer à mon tour. Il me faudra encore patienter: un client de la Bobine surgi à l’improviste se plaint de douleurs aux cervicales allant jusqu’à l’empêcher de tenir ses couverts. Dix minutes plus tard, il rejoint sa table, visiblement apaisé. Dans l’intervalle, j’observe l’espace à ciel ouvert aménagé par Didier, tout de bois, de sable et de verdure. Dans un coin, un livre d’or. Dans un autre,

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l’atelier du peintre que Didier rejoint entre deux massages. Une vraie bulle de détente au coeur de l’agitation. C’est à moi! Allongée sur le ventre, je m’envole en quelques instants loin des rumeurs de la plage et des bruits de fourchette. Une heure plus tard, exit la nuque raide et les tensions musculaires héritées d’une nuit trop courte, j’émerge de ma rêverie avec un corps tout neuf, reposée comme après un long sommeil. La technique de Didier est surprenante, à la fois douce et ferme. Il explique qu’à l’instar de la réflexologie et du shiatsu, l’objectif est d’éliminer les blocages énergétiques par le biais d’une série de pressions sur des points spécifiques situés le long des méridiens, des muscles et des articulations.

Son parcours est atypique et, comme nombre de ses confrères, c’est un long cheminement qui l’a amené à se spécialiser dans le bien-être. Ancien photographe devenu coach de vie, il s’est forgé une expérience éclectique et met désormais ses talents de massothérapeute mais également de magnétiseur au service de l’accompagnement individuel aux changements de vie et du mieux-être en entreprise. A tenter ? Le stage de gestion du stress aéronautique. Avis aux claustrophobes et aux flippés du décollage. Massage assis 10€/min - 20€/20min Massage allongé 40€/40min - 60€/65min Info/résa: Didier Venerosy 0692 491 554 FB Coach de vie-la Réunion


BIEN ÊTRE

TENTER UN COURS DE PADDLE YOGA Tenir en équilibre sur une planche en flottaison dans une posture contraire à l’ergonomie naturelle du corps humain: voilà un double défi que je relèverai la fleur au fusil, ne serait-ce que pour contredire mon petit taquin de rédac’ chef qui envoie ses pigistes ramer pendant que lui trainaille sur les réseaux sociaux. A l’heure où l’ombre des filaos s’allonge sur le sable encore frais, je me présente donc au rendez-vous derrière l’hôtel le LUX, à la Saline. Le sourire de Mélissa brise naturellement la glace et le groupe rejoint le rivage pour apprivoiser sa monture flottante. A l’eau, les planches de SUP(1) forment un bel arc de cercle sur fond bleu lagon. Je me rappelle la chance que j’ai de vivre dans une carte postale. Je me dis que j’aimerais bien avoir un drône pour prendre des photos d’en haut. Qu’au fond l’équilibre sur élément liquide, c’est fastoche. Et… plouf! Touchée coulée...

Leçon n°1 : sur terre comme sur mer, au yoga concentre-toi. C’est la condition sine qua non pour tenir les postures ou asanas, et espérer quitter le cycle des réincarnations. Tout au moins, dans un objectif plus immédiat, tenter de ressentir la paix du corps et de l’esprit libéré pour un temps des réflexions parasites. Soit. Je refoule mes pensées brouillonnes et me focalise sur les explications de Mélissa en tâchant de respirer avec régularité. Au fur et à mesure, l’agitation du petit matin semble se dissoudre, il n’y a plus que l’horizon, le mouvement de l’eau et la voix de la maestra. Tout devient fluide. Je commence à comprendre l’engouement pour cette pratique millénaire. Au rythme de l’onde, nous enchaînons des postures animales, le chien, le cobra, la grenouille, le chat, le requin… Quoi ? le requin ? Des requins ?! Où ça des requins ? Ce sont les MNS de Boucan qui relayent l’info dans un rugissement de jet-ski. Deux juvéniles auraient été aperçus dans le lagon. Info ? Mytho ?

Dans le doute, tout le monde dehors, baignade interdite jusqu’à nouvel ordre. De quoi relancer une énième fois le débat sur la Réserve marine... Notre initiation écourtée, nous avons néanmoins le plaisir d’apercevoir l’une des célébrités du lagon de l’ermitage: la fameuse tortue verte championne d’apnée. Un vrai festival animalier que cette matinée. Quand au paddle yoga, activité alliant l’équilibre à la respiration, le mouvement de l’eau à la concentration, la maîtrise du corps à la détente, j’en garde un goût de reviens-y... (1) Rappellons que l’abréviation SUP correspond à Stand Up Paddle, stand up signifiant se mettre debout et paddle: pagaie. «Faire du paddle» pourrait donc aussi bien désigner la pratique du kayak que de l’aviron. Or le sigle anglais SUP caractérise cette tradition hawaienne bien précise, ancêtre du surf, dont l’essor dans le reste du monde a moins de dix ans.

A tenter ? Sur terre: un cours de hatha yoga aux Yourtes en scène. En l’air: une initiation à l’accroyoga sur la plage du 46 à Saint Leu. Une pratique décidément tout-terrain que Mélissa se fera un plaisir de vous faire découvrir. 35€ le cours de SUP yoga Info/résa: Mélissa - 0692070541 association.airsport974@gmail.com FB: Mélissa Airsport Yoga974

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SAVOURER UN PETIT DÉJEUNER AU VERT La rondavelle l’UniVert, ouverte il y a un an sur la plage du petit Trou d’eau, est un secret de polichinelle pour les amateurs de kitesurf et de farniente en famille. Surfant sur le succès de l’ancienne «Petite Vague», les lieux ont résolument viré au vert, tant au niveau de la carte à base de produits frais, de préférence locaux et bio, que des valeurs véhiculées. Ainsi, chaque semaine sont proposés des activités sportives (paddle, yoga...), des rendez-vous musicaux et culturels ainsi qu’un marché bio. Un fois par

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mois une conférence gratuite aborde les thèmes de la santé, la nutrition, l’environnement, les énergies. Pour ma part, je m’étais déjà laissée tenter par le concept sunset-DJ-smoothie du dimanche soir, troquant mon habituelle Dodo contre une boisson à base de spiruline et le coin du comptoir contre un pouf de plage parfaitement décadent. J’en retiens la preuve que sociabilité nocturne, musique et santé ne sont finalement pas incompatibles. Cette fois, c’est le petit déj qui me fait de l’oeil. Je choisis un lundi, histoire de profiter au passage du cours de yoga et de chiner deux-trois légumes au marché bio. Je m’installe les pieds dans le sable, dans l’un des petits salons aménagés sur la plage

envahie par le raisin de mer. Au menu? Smoothy détox à base de lait d’amandes, fruits de saison et chou vert (oui, le légume, c’est bien ça), yaourt au lait de coco, graines de chia et baies de gogi, salade de fruit gingembre combava, confiture maison et miel péi... mmmm, que ça change du vilain thé jaune qui accompagne souvent le croissant du café du coin! Du zen et des embruns... voilà à quoi devraient ressembler tous les matins. Rondavelle l’UniVert

Plage du petit Trou d’eau, la Saline Les Bains Ouvert tous les jours de 8h à 20h, le weekend jusqu’à 23h. Info/résa: 0262 61 54 36 - contact@l-univert.re FB Rondavelle l’UniVert


BIEN ÊTRE

DÉCOUVRIR LA MAISON KAILASH Une guirlande de fanions multicolores flotte dans la lumière orangée de la fin d’après midi : c’est bien là. Parmi les constructions bétonnées qui défigurent l’Eperon depuis quelques années, subsistent quelques cases traditionnelles en bois sous tôle où, il y a encore peu, la vie s’écoulait entre la cuisine extérieure, la cour et le carreau de jardin. La Maison Kailash est de celles-là. Du nom de la montagne sacrée de l’Himalaya tibétain au confluent des traditions spirituelles, elle nous raconte que tout n’est que tradition et renouvellement. Rien en effet ne prédestinait les membres fondateurs, Sébastien, Eric et Guillaume à s’orienter dans le domaine de la santé et du bienêtre. Initialement formés dans de tout autres domaines, ils ont pourtant fini par opérer

un virage commun. Devenus respectivement maître de méditation, masseur ayurvédique et naturopathe, les trois trentenaires proposent un concept simple: un lieu fédérateur et un tarif unique pour une pluralité d’approches pouvant se combiner afin de prendre en compte la personne dans sa globalité. Alors que le système de santé occidental tend à compartimenter son action et s’axe sur la guérison plutôt que sur la prévention, la démarche holistique, considérant l’être humain dans ses dimensions physique, psychique, émotionnelle, familiale, socioculturelle et spirituelle, va chercher à rétablir un équilibre durable. Forte de ce principe, nul dogme, nul grigri, nul gourou à la Maison Kaïlash: l’équipe se veut dynamique et accessible, avec le souci de transmettre des outils et des soins efficaces au quotidien dans un langage dépouillé de tout jargon. Allez jeter un oeil sur facebook, de quoi reléguer aux oubliettes l’image du maître ascétique à mille lieues des réalités contemporaines. Après un an d’existence, le bilan est plutôt positif: la Maison Kailash offre désormais

une jolie gamme de massages et de nouvelles activités, du yoga au taï-chi. L’équipe s’est élargie à une dizaine d’intervenants et les projets se bousculent, entre autres, aménager une nouvelle salle de massage, développer les séjours bien-être (déjà programmés: un weekend à Grand Coude en avril et une semaine à Nosy Komba en juin). Et puis, accueillir le grand maître tibétain Chögyal Namkhai Norbu. Alors, on opte pour quoi ? Un massage balinais ? Une séance de reiki ? Une initiation au taï-chi ? Un soin énergétique ? A vous de voir… De mon côté, je m’en suis remise au hasard, laissant une pièce de 100 roupies décider à ma place. Sachant déjà que j’y retournerai avant peu. Maison Kailash

route de l’Eperon, Saint Gilles les Hauts. Massages, soins, nathuropathie: 60€ la séance. Yoga/Taï-chi: 12/10€ le cours Méditation: donation 5€ Info/résa: Sébastien - 0693 02 45 55 - info@ maisonkailash.com FB Maison Kailash, santé et bien-être

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SAVOURER L'HÉRITAGE DU MAROC Hanane Maleck, exilée à la Réunion pour suivre son mari, rêvait d’importer les parfums de son enfance au coeur de l’océan indien. Un voeu exaucé depuis l’ouverture du hammam and SPA «Héritages du Maroc» en plein centre de Saint Leu. De la rue, l’établissement ne fait pas spécialement envie. Mais contre toute attente, l’aménagement intérieur est un ravissement. Sur deux étages, quoique n’offrant aucune ouverture sur l’extérieur, les lieux procurent une impression de fraîcheur et de raffinement. L’ambiance y est feutrée, le personnel discret, les odeurs envoûtantes. De part et d’autre du SPA habillé de mosaïque se répartissent des cabines évoquant l’atmosphère chaleureuse de la medina. Partout la lumière est tamisée, se faufilant dans la flamme des bougies

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et dans la dentelle des luminaires. J’en garde le délicieux souvenir d’un récent cadeau de Noël: un modelage traditionnel à l’huile d’argan conclu par la dégustation de cornes de gazelles et de thé à la menthe au hammam. Hélas je n’ai pu renouveler l’expérience, mes sollicitations auprès de la direction dans le cadre de ce dossier étant restées sans suite. La rançon d’un succès mérité, sans doute... Héritages du Maroc

hammam et SPA, rue du Général Lambert à Saint Leu Ouvert non stop du lundi au samedi de 9h à 19h Accès au SPA 3h (hamac, jacuzzi, bassin musical): 40€. Soins du corps de 40 à 65€ en solo, de 115 à 340€ en duo. Soins esthétiques, onglerie, épilation, maquillage: tarifs selon prestation Info/résa: 0262 34 20 00


BIEN ÊTRE

BULLER DANS UN FÛT DE BOIS Plongée dans un fût de bois, je savoure les bulles tièdes qui me chatouillent le dos. Un régal pour les sens. Une assiette de fruits frais dans une main, un thé au géranium péi dans l’autre, la narine flattée par les effluves d’huiles essentielles, je m’absorbe dans la contemplation des lieux. «Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté». Ami poète, tu m’ôtes les mots de la bouche. Quel bonheur d’avoir oublié mon appareil photo, je n’ai qu’à profiter longuement des largesses de mes hôtes, et je n’en suis qu’aux amuse-bouches. J’hésite encore à enchaîner sur un modelage aux pierres de lave ou un Lomi Lomi, massage inspiré de la tradition chamanique hawaïenne. Que les choix sont

déchirants, parfois… S’il est un endroit qui se distingue de la proposition hôtelière du littoral, c’est bien le Lodge Roche Tamarin, caché dans les hauteurs luxuriantes de la Possession. Havre de paix tout de pierre, de bois et de verdure, son architecture étagée inspirée d’un lodge sud-africain s’articule autour d’espaces de restauration, d’une piscine et d’une quinzaine de bungalows reliés par des passerelles. De simple gîte doté d’une chambre, il évolue depuis 1995 vers ce «lieu dédié au bien-être, à l’amour et à la nature» que la direction souhaite voir classer écolodge d’ici deux ans. Effectivement, tout semble fait pour préserver le bien-être au naturel, à commencer par le SPA, ouvert en 2008. Outre une généreuse carte de massages et de soins, il propose un sauna chauffé au feu de bois, un hammam ouvert sur le ciel ainsi que différents espaces de repos en bord de bassin ou de ravine. Pour l’heure, il est temps pour moi de quitter le yin pour plonger dans

le yang, à savoir les eaux glaciales du fût voisin. Celui à 5°. Oserai-je le grand frisson ? Après une autre tranche de papaye, peut-être… A tenter ? Une échappée belle à deux, nouvelle formule à la journée dédiée aux amoureux les mardis, mercredis et jeudis. Bungalow avec bain à remous privatif et déjeuner servi en chambre, 220 euros l’escapade coquine.

SPA Body harmony, ouvert tous les jours sauf le mardi Restaurant sur réservation 34/49€ Compter entre 200 et 600€ la nuit, selon formule avec ou sans SPA/demi-pension Info/résa: Lodge Roche Tamarin and SPA**** 0262 44 66 88 infos@villagenature.com Site internet - www.lodgetamarin.com

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© Mickael Dalleau

L'INDE EN HERITAGE

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DOMOUN

LE 14 AVRIL DERNIER, LA COMMUNAUTÉ TAMOULE DE LA RÉUNION CÉLÉBRAIT SON NOUVEL AN. L’OCCASION DE REVENIR SUR L’HISTOIRE DE L’HINDOUISME ET DE LA CULTURE TAMOULE DANS L’ÎLE GRÂCE AU CONCOURS DE DEUX EXPERTS EN LA MATIÈRE. CAR CET ÉVÉNEMENT, COMME D’AUTRES D’AILLEURS, N’EST QU’UN ÉLÉMENT D’UNE CULTURE RICHE ET COMPLEXE, QUI N’A CESSÉ CES DERNIÈRES ANNÉES DE S’ANCRER DANS LA SOCIÉTÉ RÉUNIONNAISE...

PETITE HISTOIRE DE L'HINDOUISME À LA RÉUNION Devant ce petit espace dédié à Mouni, sauvegardé malgré l’aménagement de la zone commerciale du Portail, Soubaya Luçay Permalnaïck a déjà l’esprit tourné vers la journée du 30 avril. Ce jour-là, avec l’association Tré d’union qu’il préside, l’Office du tourisme de l’Ouest organise une visite commentée des sites premiers de l’hindouisme.

généralement situés dans les grandes villes du littoral. On trouve aussi de nombreux petits temples familiaux, sur des parcelles privées. Celui du Portail, trônant à la deuxième catégorie, est le berceau de la famille Permalnaïck : « Ce lieu est tellement important pour moi. Mes parents l’ont construit petit à petit, à partir de rien et dans un contexte difficile. J’aime à m’y retrouver régulièrement et me connecter au souvenir des êtres chers qui ne sont plus là. C’est gratifiant, c’est vivifiant ! »

Il faut dire qu’ici, l’hindouisme est la deuxième religion après le catholicisme. « C’est le plus ancien culte au monde encore vivant, précise Soubaya Luçay Permalnaïck. Mais en place de religion, on TOUS LES pourrait tout autant parler DESCENDANTS de philosophie. »

PHILOSOPHIE

S’il existe d’innombrables déités dans l’hindouisme, seule une dizaine sont véritablement vénérées. Les trois principales, Brahma, Vishnu et Shiva, symbolisent le cycle de la vie : Brahma est le créateur, Vishnu le protecteur et Shiva est un infatigable danseur entre destruction et création. « Tout dans l’hindouisme célèbre le cycle de la vie, de la naissance à la mort. Tout nous incite, dans cette quête du cosmos, à chercher un équilibre à nos existences. »

D'ENGAGÉS INDIENS NE SONT PAS DES TAMOULS, C'EST PLUS COMPLEXE QUE ÇA»

On estime jusqu’à 120 000 le nombre d’engagés indiens venus en main d’œuvre après l’abolition de l’esclavage. Des hommes pour la plupart, arrivés sur l’île entre 1860 et 1885. S’ils venaient majoritairement du Tamil Nadu, région du Sud-est de l’Inde, Soubaya met en garde contre les amalgames paresseux : « A la Réunion, on a tendance à qualifier de Tamouls tous les descendants d’engagés indiens. C’est plus complexe : certaines populations venaient de la Côte de Malabar, d’autres encore venaient de régions plus au Nord. Et tous les Tamouls n’étaient pas hindous, certains étaient chrétiens, d’autres musulmans. »   Très tôt, des temples hindous apparaissent à proximité des habitations. Aux autels austères succèdent l’érection des grands temples, parfois sur les bases d’édifices plus anciens. On compte ainsi huit grands temples hindous à la Réunion,

Et de conclure par une phrase qui pourrait apparaître comme le combat de toute une vie : « C’est une religion ouverte sur l’autre et qu’il faut maintenir éloignée de toute tentation obscurantiste et sectaire. Nul besoin d’ailleurs d’être d’origine indienne pour la pratiquer : on peut être Kaf, Yab, Zorey et être hindou. Inversement, on peut tout à fait être d’origine indienne et chrétien, musulman, juif ou athée. »

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DU KALBANON À LA LUMIERE

© B.Bouton

Pour comprendre la présence actuelle de l’hindouisme à la Réunion, Daniel MinienpouIlé apparaît alors comme une source d’informations incontournable. Il est l’actuel président du kôvil (temple) de Saint-Denis et l’ex Président de la Fédération des Associations et Groupements Religieux Hindous et Culturels Tamouls de la Réunion, organisation très active et influente depuis sa création en 1971.   Après 1946 et la départementalisation de l’île, la population réunionnaise s’émancipe. Parmi elle, la communauté tamoule (aujourd’hui estimée à plus de 200 000 habitants) commence à vivre plus ouvertement sa culture et sa religion : « Nous étions jusqu’alors complètement coupés de nos racines, se souvient Daniel MinienpouIlé. Nous pratiquions notre religion dans le fénoir. Petit à petit, nous avons pu retisser des liens directs avec l’Inde. Fort heureusement nos pousaris (officiants locaux) ont été des passeurs de mémoire et petit à petit cette reconnexion s’est opérée par le fait religieux. »   Après une vague de rénovations de kôvils à partir des années 50, naît en 1968 la première association culturelle tamoule non associée à un temple, le Club Tamoul de la Réunion, suivie du Centre Culturel Franco-Tamoul.   Au milieu des années 70, des gouroukkal (officiants venus du Tamil Nâdou) obtiennent des visas longue durée afin d’enseigner les rites âgamiques basés sur les textes sacrés de l’Inde. « Nous avions hérité oralement des traditions de l’Inde et nous calquions nos rites tamouls sur le calendrier

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catholique. Nous faisions fausse route. Les astrologues d’origine indienne et les Gouroukkal nous ont apporté cette Inde de connaissances et nous ont permis d’adopter le calendrier lunisolaire, le Pandjângam, qui fixe de manière plus cohérente nos cérémonies. »   Parallèlement, des swamis (moines de l’école de théologie de la Chinmaya Mission) viennent apporter les enseignements philosophiques à la communauté tamoule. Les ashrams se multiplient sur l’île. La rénovation des temples se poursuit, installant une plus grande cohérence entre les pratiques religieuses et les lieux de culte.  

LE NOUVEL AN TAMOUL

A partir des années fin 70-80, les activités culturelles tamoules (danse, musique, théâtre) se développent sur l’île, complétant dans le calendrier réunionnais les manifestations cultuelles comme Pongal, le nouvel an tamoul ou encore le Dipavali. « Autrefois, nos Anciens, qui venaient d’Inde, ne fêtaient pas le Nouvel an comme nous le faisons aujourd’hui. Ils célébraient plutôt Pongal, à la mi-janvier, explique M. Minienpoullé. Ça correspondait à la fois à la fin de la récolte de la canne et aux moments de pénitence et de sacrifices. » Le jour de l’an se fêtait alors le 14 janvier. Depuis plus de 50 ans, c’est le calendrier hindou qui fixe le nouvel an selon l’entrée de Souryan (la planète Soleil) dans le signe zodiacal.


DOMOUN

UN MOMENT DE FÊTE ET DE PARTAGE

le Pandjângam de la Fédération Tamoule est une référence incontournable notamment par son approche régionale et ses enseignements prodigués. 

« Entre les préparatifs et les diverses animations proposées, le temps du Nouvel an dure environ trois semaines. Il faut Le jour du Nouvel an, tout commence dans le cercle bien distinguer la dimension familiale, la dimension cultuelle familial avec les préparatifs, le grand nettoyage du foyer et, au temple, et le développement culturel de l’événement. » vêtus d’habits neufs, on loue Daïvam (Dieu) pour l’année   écoulée. On prie pour la bénédiction de celle qui s’annonce, Cette extension culturelle est d’autant plus importante qu’elle soit meilleure encore. pour la communauté tamoule qu’elle a longtemps   souffert, en d’autres temps, de caricatures Puis les gens quittent les maisons pour se liées à la méconnaissance de ses rites. La diriger vers le temple où se déroule Fédération Tamoule de la Réunion a une cérémonie suivie de la lecture du "DES ÉLÉMENTS beaucoup œuvré pour que ses 200 fameux Pandjângam qui donne les VISIBLES OU associations continuent à s’ouvrir grandes tendances de l’année à venir, INVISIBLES POUR à toute la société réunionnaise comme le ferait un horoscope :  FAIRE AVANCER en communiquant sur leurs activités. « Il est à noter, souligne Daniel Minienpoullé, qu’au fil des décennies  le Pandjângam s’adapte à nos sociétés. Autrefois il s’adressait à des populations indiennes majoritairement rurales. Maintenant il aborde l’économie, la politique, des sujets contemporains. »

LE PARADIGME DES GENS"»

On partage des plats spécialement confectionnés pour l’occasion et qui proposent différentes saveurs : sucrées, salées, aigres-douces, amères, qui symbolisent les bons comme les mauvais moments de l’existence. C’est aussi le Pândjangam qui fixe les différentes cérémonies hindoues à venir. D’ailleurs sur ces bases-là, la plupart des temples éditent leur propre calendrier des rites religieux à venir et des événements associés. Depuis 1986

Le nouvel an convoque ainsi les acteurs politiques, économiques, associatif et les représentants des autres communautés religieuses. « Ce moment est un ensemble de temps forts où sont mises en exergue les valeurs fondamentales : l’importance des liens familiaux, amicaux et le refus de l’individualisme. » S’il est désormais bien mis en lumière par les collectivités et les médias, il reste à la communauté tamoule un ultime combat à mener sur le sujet : obtenir un jour férié et chômé pour que ce nouvel an puisse être célébré en toute sérénité.

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YAKA KAYAK SITUÉ SUR LES PRINCIPALES ROUTES DE L’OUEST, L’ÉTANG DE SAINT-PAUL EST LE PAYSAGE D’ARRIÈRE-PLAN QUE LES CONDUCTEURS REGARDENT BRIÈVEMENT ENTRE DEUX DÉPASSEMENTS ET QUE LES HABITUÉS, ADEPTES DU JOGGING ET DES PIQUE-NIQUES DOMINICAUX, SE PLAISENT À ADMIRER PLUS LONGUEMENT, PROFITANT DE SA FRAÎCHEUR EN CETTE PÉRIODE DE CHALEUR TROPICALE. Véritable oasis au cœur de la zone la plus sèche et aride de l’Ile, l’Étang de Saint-Paul demeure pourtant assez méconnu. C’est pour mieux le découvrir que je retrouve les deux écogardes de la Réserve Naturelle de l’Étang de Saint-Paul, Alexandre et Frédérique, à l’entrée du Parc Amazone. Après avoir rappelé à l’ensemble du groupe de se badigeonner de crème solaire et de lotion anti-moustiques, les écogardes nous font enfiler des gilets de sauvetage puis nous montrent comment monter dans nos kayak en toute sécurité. Il faut d’abord poser les deux mains à l’avant du kayak puis s’assoir doucement. « Si zot i assise d’un coup zot i sa tomber dan’ l’eau…et après missa rire ! »

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À mon grand soulagement, elle rassure ensuite une dame du groupe - « Pas besoin d’être sportif pour faire cette balade ! » - et nous montre ensuite comment bien tenir sa pagaie et orienter le kayak à coup de rame. Equipée de mon chapeau et de mes chaussons d’eau, je me lance à l’assaut de l’Étang. Après seulement quelques coups de rame notre groupe croise des ouettes d’Egypte qui dérivent tranquillement sans faire attention à nous. Dernières survivantes du genre des alopochens — leurs cousines réunionnaises et mauriciennes ayant été victimes de la surchasse — les ouettes d’Egypte ont connu un meilleur accueil dans les bras du Nil dans lesquels elles se réfugient chaque année. « Si vous regardez

bien, ils ressemblent à des petits canards mais ont des pattes plus hautes ». On le voit nettement en s’approchant d’eux : leur plumage, avec ses teintes de brun, n’est propre qu’à eux. Ces oiseaux exotiques sont un prélude au décor qui se met en place : peu à peu, j’aperçois des nénuphars et je me retrouve encerclée de papyrus. J’ai tout à coup le sentiment d’être ailleurs et de dériver sur un affluent du Croissant Fertile. Les écogardes, investis de leur rôle de transmetteur de savoir, nous apprennent que nous traversons un espace unique, la zone humide la plus vaste et la mieux préservée de l’archipel des Mascareignes, où se côtoient des espèces exotiques, indigènes et endémiques. Ils nous rappellent que l’Étang est un espace fragile, sensible aux

© RNNESP


DANN ZION

Le cours d’eau s’élargit et les écogardes proposent un temps d’arrêt. Derrière nous, on distingue le pont sur lequel quelques voitures défilent ; face à nous, le versant du Grand Bénare, sur lequel on aperçoit distinctement, même au loin, les couleurs écarlates des flamboyants. Réceptacle d’onze ravines, cette zone humide est une ancienne lagune formée par les apports de sable, de graviers et de galets provenant de la Rivière des Galets qui ont comblé l’ancienne baie de Saint-Paul par l’action des courants maritimes. Comme le souligne Alexandre, « à la base, Saint-Paul est une ville d’eau, et les premiers habitants de l’île l’avaient bien compris ». Arrivés en 1663 sur la baie de ce qui n’était pas encore SaintPaul, le meilleur ancrage pour les bateaux,

les premiers colons sont passés des grottes littorales avant de s’établir à Laperrière, à Grande Fontaine. Aux premiers temps du peuplement, l’Étang, avec ses nombreuses sources environnantes, était au cœur de ce premier bassin de vie : il permettait à nos ancêtres d’y pêcher des poissons, d’établir leurs cultures vivrières, qui cédèrent peu à peu la place à une culture diversifiée (riz, maïs, verger, café, canne à sucre, épices). « Les premiers colons ont même tracés tout autour de l’Étang la première route de La Réunion, celle du Tour des Roches, bien connue pour son moulin à eau » rappelle Alexandre. Des siècles plus tard, l’Étang se retrouvait au cœur de la vie économique de l’industrie sucrière puisque les cannes à sucre transitaient sur des radeaux jusqu’à l’usine de Savannah. À prévoir : Casquette, chapeau ; Short de bain, maillot ; Chaussons d’eau ou tongs ; Serviette de bain ; Crème solaire, lotion anti-moustique ; Bouteille d’eau Bon à savoir : nos amies les bêtes ne sont pas acceptées pendant la balade en kayak.

© RNNESP

pressions de l’urbanisation croissante et de la pollution. La création de la Réserve Naturelle en 2008 par décret ministériel répond justement à ce besoin de préserver cet espace. L’Étang est également rendu vulnérable du fait des espèces envahissantes, tels que les papyrus, qui sont régulièrement arrachés, ou les laitues d’eau, qui poussent jusqu’à cinq centimètres par jour, ce qui peut asphyxier les poissons, et qui sont régulièrement enlevées par une machine. S’étendant sur 447 hectares, la Réserve Naturelle recèle de précieux trésors de biodiversité. Les plantes qui nous environnent contiennent des propriétés incroyables. « Les phragmites, ces roseaux des marais qui nous viennent de Madagascar, jouent le rôle de filtre et de purificateur de l’eau : elles sont même capables de dissoudre l’ammoniac » explique Alexandre. Au loin, j’entends distinctement les cris d’un papangue, qu’on voit surgir au-dessus des papyrus. Ce n’est pas la seule espèce endémique qu’on croise lors de la descente, puisque l’ensemble de groupe aperçoit sur les berges un endormi, des « zoizo blancs » - mal nommés au vu de leurs robes grises - voler au loin et des libellules « demoiselles » se promener à la surface de l’eau.

La balade en kayak se termine, et on refait le même trajet en sens inverse, mais j’ai envie d’en savoir plus. Tout au long de l’année des programmes spéciaux sont organisés tels que des journées de sensibilisation, des ateliers photos, des chasses au trésor pour les enfants, des parcours pédestres ou en kayak centrés sur la faune, la flore ou l’Histoire, ou encore des distributions de broyat de coco à la population locale. Arpenter l’étang, c’est remonter le temps pour découvrir les caractéristiques du berceau du peuplement réunionnais. C’est se sensibiliser à la fragilité des espaces naturels et au patrimoine qui, contrairement à nos embarcations sur le fil de l’eau, ne devraient pas glisser mais plutôt imprégner nos cerveaux perméables qu’il n’est pas besoin d’écoper.

Pour plus d’informations, consultez la page Facebook de la Réserve naturelle de l’Etang Saint-Paul, qui informe des programmes spéciaux (journées internationales, parcours variés sur l’Etang, ateliers, balades centrées sur des thématiques précises (faune, flore, chasses au trésor pour les enfants). Standard de la Réserve Naturelle : 02 62 70 28 88

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CARTE POSTALE DIMANCHE 30 AVRIL 2017 ZARLOR NOUVEL AN TAMOUL

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© Mickael Dalleau

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