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À l'Ouest ! no 7 / offert

L e m ag a

zine

GRi vAoTuUs fIaTit

qu v r ir r e d é co u ion

L a Réun

pêcheurs bordmer yes, they cannes !

xavier daniel

le kosmos à taille humaine

exposition maronages marons show

compostelle péi les petits chemins de l’aventure

pik nik en misouk

rencontres & good spots

oh, suzie q ! bébêtes tapas


Vous pensez aVoir fait le tour des expériences possibles à la réunion ? Vous pensez que les offices de tourisme ne sont pas faits pour Vous ? EXPLORE LA RÉUNION ! #explorelareunion sur la page

Explore La Réunion

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édito

Habiter le Grand Tout Selon le modèle standard de la cosmologie, c’est-à-dire le modèle le plus crédible pour expliquer les règles du Grand Tout, l’univers baigne dans le fond diffus cosmologique, un vestige du Big Bang qui permet d’obtenir quantité d’informations sur les jeunes années de l’existence de tout ce bordel. Dans chaque centimètre cube d’espace, 400 photons sont issus de ce rayonnement fossile, dans chaque lueur se cache les bribes des premiers pas expansifs de l’univers. Aussi infime soit-elle, cette présence nous propulse, fulgurante, sur la vertigineuse falaise qui domine chaque milliseconde jusqu’à la frontière des temps.

chasseurs cueilleurs du paléolithique que par les esclaves en fuite d’une Histoire encore bien récente (p.8). il se dit même qu’on n’aura d’autre choix que d’emboîter le pas des deux milliards d’humains déjà entomophages aujourd’hui.

Ces 400 photons par centimètre cube continueront de participer au dénominateur commun de toutes les existences, aussi variées soient-elles. Dans cette agitation permanente, nous ne constituons jamais que le paysage d’une course qui, si à notre échelle paraît infinie, devrait se terminer par un Big Chill, l’absence totale de différence de température, se recentrer ou par un Big Crunch, sur les instants l’effondrement de tout ce barda qui formidablement laisserait prononcer de dérisoires décourageants : « Tout ça pour ça ? ».

Certains s’attellent à nous faire prendre conscience de ces vertiges en tirant vers nous les immensités galactiques (p.34), d’autres cherchent à faire en sorte que la page d’après ne soit pas trop différente de celle qui précède en limitant leur impact de manière ludique et écologique tant qu’à faire (p.13). Enfin, le plus grand nombre se laisse aller à la contemplation de ce qui demeure. Qu’on s’installe dans sanctuaires naturels dissimulés (p.20), qu’on taquine la carangue sur les falaises déchirées (p.16) ou qu’on traverse des sentiers qui, oubliés, semblent retrouver leur virginité (p.28). Pour rompre la routine, d’autres encore testent leurs limites dans des expériences que le temps semble avoir rendu inédites. Manger des insectes par exemple (p.14), une alimentation qui, bien qu’exceptionnelle en territoire mascarin, remonte longtemps avant l’invention des premiers outils, nécessaire tant pour les

Oui, tout ça pour ça. Qu’importent les gigantesques sursauts scientifiques qui rêvent de franchir chaque frontière jusqu’à l’éternité, qu’importe l’incommensurable quand, après la fascination du vide, on s’éloigne naturellement du rebord pour retrouver cet essentiel qui dure un battement de cil. On ne peut être en conscience constante de tout ce qui nous dépasse, qu’il s’agisse des considérations interstellaires, des horreurs de la guerre ou de l’audimat insolent de Touche Pas à Mon Poste. On se recentre automatiquement sur les instants formidablement dérisoires qui façonnent nos existences. Parce que ces bribes, à la manière des 400 photons, sont des indices de ce Grand Tout.

Merci à Franceline pour sa disponibilité et sa gaïté. En plus d’être très jolie, la demoiselle est une excellente cuisinière. Vous pouvez découvrir ses bons petits plats non pas en piquenique mais à son restau-café culturel L’UniKaz à Saint-Pierre.

sommaire ALÉ VOIR ! p.4

Par ici ou par là ...

visite guidée p.8 Expo Maronages

bat in ti karé p.13 Hey, Tuk Tuk !

à table p.14 Oh, Suzie Q !

reportage p.16 Pêcheurs bordmer

good spot p.20 Pik nik en misouk

Dann Zion p.28 Compostelle péi

Domoun p.34

Xavier Daniel | Kosmos

agenda p.37 carte postale p.38

no 7 L’éditeur décline toute responsabilité quant aux erreurs éventuelles. Toute reproduction ou utilisation, intégrale ou partielle, des images et textes est interdite. Vavang est réalisé en partenariat avec l’Office de Tourisme de l’Ouest. contact@vavang.re / 0262 10 84 10

Une édition Dir. de la publication : Sandrick ROMY Mise en page : SR Rédaction : Antoine D’AUDIGIEREMPEREUR, Karine BOD, Marie WELSCH. Photographies : Mickael DALLEAU Impression : Graphica DL 6227 / N° ISSN : 2492-3575

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Houle à houppe

© Mickael Dalleau

L'océan sans haut le cœur

What SUP, doc ? © Mickael Dalleau

Yoga à la plancha On aurait pu se contenter de vous conseiller un stage lambda pour passer votre permis bateau. Vous méritez mieux que ça : une formation à La Touline par exemple. Bien sûr, apprenant que l’école fait passer ses permis côtiers et hauturiers à proximité du Port de la Pointe des Galets, vous pourriez nous suspecter de vous prendre pour des lapins de six semaines. Si tel est le cas, sachez que vous n’avez pas encore l’esprit marin, un vrai matelot n’évoque jamais ces pestes à longues oreilles ! Une fois proscrit le nom de ces bestioles diaboliques, vous apprendrez que Le Port compte le plus de jours navigables de l’île — oui, plus encore qu’à Saint-Gilles. Surtout, La Touline est la seule école maritime qui propose des vêtements Wear is my boat, dont le procédé particulier fait passer le marin d’eau douce pour un vieux briscard puisqu’ils permettent tout simplement d’éviter le mal de mer. Fini de vous coller la tehon à nourrir les poissons du fruit de vos entrailles, ces sapes bien coupées vous garantissent une chaleur et un bien-être à faire pâlir d’envie tous les Kersausons des mers du sud. De quoi vous sentir l’âme d’un capitaine ! La Touline 2, Rue Antanifotsy Z.A.C Ravine à Marquet - La Possession Tél : 02 62 44 71 07 Gsm : 06 92 65 84 43

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Jamais avares de nouvelles trouvailles pour se faire du bien, les Stand Up paddles du lagon ont dû partir du constat que se dandiner pépouze sur une planche n’apportait pas tout le sel que le spectacle peut apporter aux siroteurs de cocktails du bord de mer. Beaucoup trop stables, les planches sont radines en chutes et autres maladresses, ne nous offrant que la vision figée de bedonnants à bob qui arborent de nettes lignes de bronzage tendant vers l’écrevisse dans le calme le plus complet.

Paddle Réunion Plage de Trou d’eau ou de l’Ermitage - La Saline les bains Tarif : 35€ | Tél. : 0692307474 - www.paddle-reunion.fr

Le niveau suivant consiste à se mettre au SUP Yoga, littéralement Stand Up Paddle Yoga, qui implique de se risquer aux figures les plus tordues sur ces embarcations définitivement bien stables. Si leur vidéo de présentation pousse jusqu’au Sirsana, le nom yogique du poirier, la pratique implique des postures adaptées au niveau de chacun, ce qui a de quoi décevoir les amateurs de bons vieux gags à base de paddlistes tombeurs. Depuis février, l’Office de Tourisme de l’Ouest propose du SUP Yoga et du SUP Pilate dans un Zarlor des plus décontracté. Réservez le Zarlor paddle Yoga ou Pilate sur www.ouest-lareunion.com/zarlor ou au 0810 797 797

les plans jaunes nouveaux

zarlors

L’Office de Tourisme de l’Ouest vient d’éditer sa nouvelle brochure « Zarlor, les trésors de l’Ouest ». Circuits culturels, randonnées originales et flâneries guidées ; sorties pour les gourmands, la famille ou les amateurs de sensations fortes ; activités détente, dans les airs, sous l’eau ou à vélo, etc. Chacun y trouvera son compte ! Ce guide et concentré de bons plans est délivré gratuitement dans les 3 Offices (Le Port, SaintGilles, Saint-Leu) et un peu partout dans l’île sur les présentoirs Rézoom.


Alé Voir !

© Mickael Dalleau

Rapide comme le centrifugeur L'HEUREUX

Zartis’ en lèr

Si pour vous fast food rime automatiquement avec junk food, d’abord vous n’êtes pas très bon poète (mais vous pouvez toujours postuler auprès de Maître Gims ou Booba) et surtout vous n’avez pas encore mis les pieds au Blend. Cette toute petite échoppe qui fait face à la pharmacie de l’Océan sur l’avenue principale de Saint-Gilles les bains a importé le concept bien bobo des salades fraîcheurs et autres plats sains à manger sur le pouce. Ici, vitesse et transparence vont de pair avec des ingrédients majoritairement locaux préparés à l’avance dans une cuisine ouverte. Et si la vitesse et la santé ne suffisaient pas, les plats résultent d’une

MIX

quête de saveurs toujours remportée avec une carte en renouvellement perpétuel. Une chose prend un peu de temps : les jus de fruits frais qu’il faut éplucher, découper et passer au Blender. Mais le résultat est vraiment délicieux ! Une parade existe : l’équipe vous conseille d’appeler dix minutes avant de récupérer votre commande qui n’attendera plus que vous. Le Blend Café 106 rue du Général de Gaulle - Saint-Gilles les Bains du lundi au jeudi : 10h-18h vendredi et samedi : 10h-0h30 Tél : 0262 18 38 41 www.facebook.com/leblendcafe/

Chinant autour du monde en quête du beau et de l’original, Arno et Nadège Bernon ont amassé une collection d’objets hétéroclites dans une case à la nature luxuriante. Chez eux, végétation, art et artisanat farandolent en couleurs et en formes exotiques au point que, ayant soupé d’entendre dire que leur chez eux était un véritable musée, ils ont passé le pas d’ouvrir les portes de la bien nommée Maison Canopée où s’exposent les meubles et les luminaires, les tableaux et les sculptures. Ces pièces découvertes par ces voyageurs invétérés sont toutes remaniées par des mains expertes afin de devenir des objets uniques au monde qui porteront le sceau « Maison Canopée ». En amateurs d’art, leur maison se fait aussi la galerie d’artistes péi dans une scénographie des plus inventives et toujours élégante. La Maison Canopée Ouverture lors de journées portes ouvertes annoncées sur leur page Facebook 775 chemin Dubuisson 97436 Saint-Leu Tel : 0692 50 15 05 www.facebook.com/La.Maison.Canopee

© Mickael Dalleau

Promotion canopée

wat & wap Authenticité

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Il existe sur l’île une société secrète qui ne pense qu’à votre bien. Mieux, elle compte volontiers pourvoir à votre soif de connaissance en partageant l’authenticité créole à condition que vous montriez patte blanche. En l’occurence les quatre doigts en l’air pour former le W de Waranoo, nom de cette communauté installée sur les internets pour connecter les figures de l’authenticité créole et autres savoirs lontan avec ceux qui sont désireux de les découvrir. Pour devenir un WAT, un Waranoo Authentic Traveler, il suffit d’acheter un pass valable à vie qui vous révélera la liste de tous les WAP, Waranoo Authentic Persons. Cette liste vous ouvre les portes de boutiques traditionnelles et de lieux culturels en vous faisant bénéficier, à vous comme à ceux qui vous accompagnent, de tarifs préférentiels sur la plupart des produits. Du maloya au géranium, du tressage de vacoa aux artisanats les plus variés, Waranoo est un guide pour voyageurs indépendants amateurs d’expériences sur mesure. En faisant le choix de mettre en avant ce qui se fait de mieux, en limitant la quantité pour un max de qualité, Waranoo prouve que le virtuel peut être un formidable pont vers le réel. De quoi prendre de jolies claques avec quelques clics. www.waranoo.com

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Alé Voir !

Pégase rayé

LE ZÈBRE S'ENVOIE EN L'AIR

D'Ama et d'eau fraîche Notre ouest, pour aride qu’il est, recèle d’oasis luxuriantes, autant de sanctuaires façonnés par les amours végétales. Parmi ces escales de verdure, la palmeraie de Max Galbois est le fruit d’amours multiples. Celui des plantes, évidemment, et notamment des arécacés (rien à voir avec du vandalisme d’arrêts de bus, c’est le nom scientifique des cocotiers et autres palmiers) mais également l’amour pour sa famille, sa femme Annick avec qui il a fusionné son prénom pour donner « A-ma », en référence à cette figure spirituelle du Kerala qui pourvoie des câlins aux vertus médicospirituelles à un rythme de Stakhanov.

© Mickael Dalleau

Le Jardin d’AMA 53 rue des gréviléas - Saint-Leu Visite et événements sur réservation Tél : 0692 87 78 97 | facebook.com/aujardindama

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Fontaine, sculptures exotiques et bouddhas constituent le décor de ce coin de verdure juché sur les hauteurs des colimaçons. Sa vue, elle, tabasse tous les écrans 4K 3D Ultra HD de la planète avec ses 180° de paysage qui se languit de l’Ermitage à la Pointe au Sel. Après un premier événement sous la forme du mariage de leur fille (que d’amour décidément), l’endroit accueille des réceptions diverses, des pique-niques aux soirées électro. On conseille de s’y promener le temps d’un week-end pour apprendre les caractères des oiseaux du paradis, des orchidées et des dizaines d’espèces mais aussi d’aller retrouver les plantes endémiques de la Ravine Coquâtre contre laquelle ce sanctuaire amoureux est blotti.

Cabane du Zèbre 06 92 20 12 55 / Tarifs : la semaine 250€ | la nuit : 40€ www.cabane-du-zebre.sitew.com

© Mickael Dalleau

Palme d’or, catégorie sérénité

Il y a précisément deux numéros (Vavang #5), nous vous parlions de La Cabane du Zèbre, ce bungalow rayé qui se protège de la chaleur de la savane par l’ombrage et l’humeur d’un jardin foisonnant. Construit par Thierry, multiclassé punk hippie et canis lupus des mers, le logement s’est doté depuis peu d’un petit frère sobrement intitulé le perchoir qui, par un ingénieux système de poulies, peut se hisser près de la cime des cocotiers. Voyant sa capacité d’accueil ainsi augmentée, le lieu est fin prêt à recevoir les tribus qui rêvent de cabanes dans les arbres et de mise au vert. L’endroit bénéficie toujours de la sérénité des chemins cabossés — sur leur site ils préfèrent écrire « défoncés » — et la vue du perchoir ne fait qu’ajouter au cachet de cet espace luxuriant au cœur des herbes jaunes.


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Office de Tourisme de l’Ouest www.ouest-lareunion.com


Marons show Du début du XVIII siècle à l’abolition de l’esclavage, les traitements inhumains que subissent les esclaves de l’île Bourbon conduisent une partie d’entre eux à partir maron. Ces esclaves, pour la grande majorité originaires de Madagascar, qui refusent la barbarie imposée par leurs maîtres et veulent vivre en hommes et femmes libres, ce sont les marons et marones. Reportage : Marie Welsch | Photos : Mickael Dalleau

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reportage

L’exposition Maronages – Refuser l’esclavage à l’île Bourbon au XVIIIème siècle, qui se tient à l’Espace culturel Sudel Fuma de Saint-Paul depuis la Fèt Kaf, compulse les fruits des recherches sur le maronage. Réunie par le Service Régional de l’Inventaire du patrimoine culturel de la Région Réunion, l’équipe de chercheurs composée d’un historien, d’une ethnolinguiste, d’un cartographe, d’un anthropologue et d’une archéologue part d’un constat : celui d’une méconnaissance globale du maronage.

Un maronage méconnu, au centre des interrogations Ne serait-il rien qu’un épiphénomène sans aucune incidence sur le système esclavagiste ? Cette méconnaissance serait-elle due à une insuffisance de matériel historique ou aux éventuels tabous que susciterait le sujet ? Comment redonner la parole aux marons alors même que les sources historiques les plus fournies donnent le point de vue du colon blanc ? Pour mieux comprendre le sujet, l’équipe de chercheurs a privilégié le croisement des disciplines pour une étude de la période allant de 1720 à 1765. Pour souligner l’importance et la singularité de cette réalité historique méconnue, ils ont adopté la graphie « maron », qui semble manquer d’R. Ce choix est un « acte militant » souligne le chercheur Jean-François Rebeyrotte, « pour se démarquer de toute connotation liée à la couleur de peau », d’autant plus qu’il y aurait eu une petite minorité de blancs partis marons eux aussi, « les kivis ». Altération de l’espagnol cimarrón qui désigne un animal domestique ayant trouvé refuge dans la nature, le terme est appliqué aux esclaves fugitifs pour la première fois au XVIème siècle par les colons français installés aux Antilles.

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Volontairement discrète en illustrations afin de mieux souligner la volatilité des indices historiques des marons, l’auteur de bandes dessinées Denis Vierge a accepté de prêter une poignée de ses dessins issus d’Un Marron, un diptyque retraçant les aventures d’Ulysse, un esclave en fuite qui tâche de vivre en homme libre dans les hauteurs de l’île Bourbon. Haletante et savamment référencée, Un Marron a été classée troisième meilleure BD de tous les temps sur le thème de l’esclavagisme. Les Esclaves oubliés de Tromelin, dont les illustrations ont habillé la principale exposition temporaire de Stella Matutina l’an dernier, est arrivée sixième. Denis Vierge, Un Marron (2014) Ed. Des Bulles dans l’Océan, collection Nout l’Histoir | 64 p.

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L’article XXXIX du Code Noir de 1723, qui fixe le cadre juridique du système esclavagiste pour les îles de France et de Bourbon, présente les esclaves par cette formule : « Voulons que les esclaves soient réputés meubles ». Signé de la main du tout jeune Louis XV, on y trouve la légitimation de la chasse aux marons. Exposé au-dessus du Code Noir, le fusil du terrible chasseur de noirs, François Mussard.

comptaient jusqu’à une trentaine d’ajoupas ou de cases construites en bois rond, meublées de façon rudimentaire. Les marons tentaient de mener une vie la plus proche possible des agriculteurs malgaches : à proximité des camps, ils cultivaient le songe, le maïs et la pomme de terre. Ces groupes témoignent de la première colonisation du cirque de Cilaos, de l’Ilet à Cordes, de la Rivière des Galets et de Mafate.

Mussard, le féroce chasseur de marons

La survie dans les Hauts : entre subsistance…

Selon Gilles Pignon, conservateur de l’Inventaire, Mussard était « redoutablement efficace ». L’expérience militaire de certains de ses hommes liée aux connaissances cartographiques des îliens étaient des atouts précieux pour la recherche des esclaves en fuite. Eux-mêmes primo-arrivants d’origine malgache ou mariés à des femmes de la Grande Ile, ils parlaient assez bien le malgache ancien pour comprendre le langage des marons. Dans ses rapports détaillés, le chasseur de noirs raconte que les fuyards s’établissaient dans des îlets ou camps situés dans des lieux difficiles d’accès défendus par des palissades et des pieux en bois. « Plus on montait dans les Hauts, mieux les camps étaient défendus » souligne Gilles Pignon. Les marons possédaient des chiens qui les alertaient de toute présence suspecte. Certains camps étaient faiblement peuplés, d’autres

Si la fuite était un salut, leur quotidien se constituait essentiellement de la quête de vivres : ils s’approvisionnaient en aliments sauvages, chassaient dans les bois, pêchaient à la sagaie ou à la nasse dans les cours d’eau et les étangs. Deux sites archéologiques révèlent l’existence de camps temporaires, vraisemblablement utilisés par les marons pour la chasse au pétrel de Barau : la Vallée Secrète à Cilaos, étudiée par l’archéologue Anne-Laure Dijoux et le site HBC13 à la Rivière des Remparts. La recherche archéologique dans les cirques de l’île, soutenue par la DAC OI et le Parc national de La Réunion, s’effectue depuis six ans à travers des opérations de télédétection par laser aéroporté, dans le but de découvrir les traces d’occupation humaine recouvertes par la couche végétale.


reportage

…et razzias déferlantes La survie passait également par des razzias. Les comptes-rendus et procès-verbaux conservés aux Archives départementales décrivent des raids rapides, destructeurs et sanglants, qui se déroulent de la même manière que le souvouc malgache. « Ces razzias étaient très bien organisées et conformes aux usages de la guerre malgache, avec des guerriers-coureurs qui déferlent sur les habitations. ». Celle d’avril 1742 sur l’habitation de Dutrévoux à la Rivière des Marsouins fut la plus spectaculaire avec la descente de 70 marons qui incendièrent la case et dérobèrent une quantité incroyable de nourriture, vaisselle, habits, outils de construction, volaille, cochons, armes à feu et armes blanches. Ils volaient même des bœufs, des chevaux qu’ils tuaient, débitaient en quartier à quelques lieues des habitations ravagées pour ensuite transporter la chair aux camps et la boucaner. Lors de certaines razzias, les marons enlevaient parfois des esclaves, cassaient les outils de production pour terroriser les habitants ou se venger de leurs anciens maîtres en repoussant le gouvernorat colonial vers le littoral. Mus par le désir de se mettre au même niveau que le pouvoir blanc qui les a asservis, ils ne pouvaient se permettre d’être capturés. Les coups

de fouet et la pendaison servaient d’exemples aux esclaves contraints d’assister aux châtiments. De 1739 à 1767, près d’un millier de marons seront tués dans cette guerre entre deux mondes : le littoral blanc et le Royaume de l’intérieur.

Un Royaume de l’intérieur libre et accessible aux seuls initiés Cette société marone libre fonctionnait selon une organisation sociale et politique précise : les camps étaient connectés entre eux et organisés en petites chefferies sous l’autorité d’un roi. On sait également que le Royaume de l’intérieur reposait sur une organisation militaire hiérarchisée. L’analyse ethnolinguistique du nom « Dimitile » révèle sa fonction : « Dimy » est attribué au cinquième enfant mâle d’une famille, auquel s’ajoute « tily », c’est-à-dire « le guetteur, la sentinelle ». Le capitaine Dimitile, qui a laissé son nom à une crête de l’Entre-Deux, était ainsi le responsable du réseau de renseignement des grands-marons.

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reportage

Le maronage partage avec la piraterie les volontés de société autonome et indépendante, en révolte contre le pouvoir officiel. Et si les pirates ont La Buse, les figures marones ont de quoi en imposer. Le légendaire chef Pitsana, capturé suite à une révolte, continuera de coordonner les batailles malgré l’amputation de son pied droit. Dans Bourbon Pittoresque, Eugène Dayot présente Pistana comme un roi sage, vieillard infirme transporté dans une carapace de tortue géante. On retrouve son nom désobligeamment francisé à travers des lieux comme « Camp-de-Puces » ou « Boucan de Pitre ».

Paroles de maron : le précieux héritage des noms de lieux Si ces combattants de la liberté prenaient garde d’effacer leurs traces, les noms des lieux sont des échos des paroles marones. Des termes malgaches désignent les lieux de ravitaillement, les lieux sacrés, les sites de défense ou liés à la commémoration de grands chefs. Ainsi « Bélouve », aussi gracieux soit le terme, renvoie aux « nombreux pièges » posés par les marons. Parmi ceux-ci, des pieux enterrés sous la végétation transperçaient les pieds des chasseurs lors de leurs battues forestières, les poussant à s’équiper de semelles métalliques.

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Une exposition en effet miroir « Une société doit se reconnaître pour se retrouver ». Cette exposition est une chance pour la société réunionnaise de mieux se définir collectivement par rapport à son Histoire et son territoire. En mettant l’accent sur les savoirs précieux mis en valeur par un superbe travail graphique. L’exposition plonge le public en immersion dans l’univers du maronnage à travers des modules audio qui mettent en scène des fragments de la vie dans les camps marons, des interviews d’archéologues, des transcriptions des rapports de détachements de Mussard, des cartes interactives qui permettent de retrouver la signification de toponymes malgaches…et de mieux cerner le maronage. Dans cette démarche de rendre accessible au plus grand nombre le patrimoine culturel matériel et immatériel de l’île, le Service Régional de l’Inventaire, en ayant à cœur de collecter, évaluer, analyser et diffuser ces données, regorge de thématiques qu’il mettra en avant dans une multitude d’initiatives à venir : le maloya, le moringue, les jardins, les chemins de fer… Affaire à suivre de près donc.

Exposition « Marronnages » | Jusqu’au 29 avril Espace Culturel Sudel Fuma / Longère de l’Hôtel de Ville de Saint-Paul Du mardi au samedi de 10h à 17h


bat in ti karé

© Mickael Dalleau

tuk tuk ! qui va là ? Je porte une robe rouge et blanche, ravis les petits et les grands pendant les vacances et me déplace de manière écologique. Je suis ? Je suis ? Non, pas le Père Noël qui se fait griller sur le plan écolo par les rejets de méthane de ce bon vieux Rudolf. La réponse est : les tuk-tuks d’Oté Tuk tuk ! Depuis trois ans, ces petits véhicules trimballent les touristes et un capital sympathie le long de la côte entre Saint-Leu et La Possession. Ouverts aux vents et discrets, ils se dandinent vers les sites phares du bord de mer, reliant sur réservation les points de rendez-vous et les lieux d’hébergements pour des courses à 4€. Alternative intéressante au tout voiture et aux taxis dont les tarifs sont quasiment équivalents à ceux de la Norvège et de la Suisse, les tuk-tuks péi vous dispensent de chercher des places de parking même durant les heures bondées. Mais se limiter au seul côté pratique du transport de personnes ne saurait suffire à ces pimpants trois roues. Ses chauffeurs vous concoctent de véritables échappées vers les hauts lieux du tourisme local. Hauts

en intérêt plus qu’en altitude car les moteurs de ces petites autos ne vous transporteront pas jusque dans les hauteurs du Maïdo. Cela dit, entre le tour des plages et le tour des roches, il y a lieu pour des virées pépères, tant géographiques que savoureuses puisque les joyeux drilles d’Oté Tuk Tuk proposent des formules snacks et cocktails sur une fin de circuit en forme d’apéritifs devant un lagon au crépuscule. Depuis la création de l’entreprise, ces véhicules asiatiques — d’inspiration seulement puisque ceux-ci ont été conçus au Pays Bas pour correspondre aux normes européennes — voient leur famille croître pour arriver au nombre de sept chouettes moyens de transports qui animent les mariages, les marchés de noël et tout un tas d’événements autour de l’île.

Prochainement, on pourrait les voir arborer de nouvelles couleurs pour mieux rendre compte de l’étendue de la gamme. Ils devraient également s’équiper de galeries pour les planches de surf puisque, souhaitant se s’étendre à la clientèle, une carte « Beach Pass » permettra des navettes illimitées sur un circuit fixe reliant les plages de La Saline à Boucan en passant par l’Ermitage et Les Brisants. On n’a pas fini de voir se dandiner ces mignonnes petites machines et il se peut même qu’on prenne plaisir à se laisser embarquer dans leur ronde relax. Oté Tuk tuk Stand au port de St Gilles les Bains www.ote-tuktuk.re Tél : 0692 707 710

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© Karine Bod

Bébêtes tapas ! Oh, Suzie Q!

Les crêpes bretonnes c’est bon, mais il manque un peu de sensations fortes. Erick Quelquejeu, portois de naissance, aussie(1) de coeur, a choisi de s’émanciper de la tradition familiale pour proposer de nouvelles expériences gustatives dans une ambiance de pub australien. Formé au lycée hôtelier de la Réunion puis en Australie où il a passé cinq ans, Erick fomentait son coup depuis des années. Héritier de la crêperie familiale bien connue des Possessionnais, il a conservé le concept initial le temps de mettre de l’argent de côté, jusqu’à tenter le grand saut il y a un an. Exit les crêpes, Oh Suzie Q! ouvrait officiellement ses portes. « En quelques semaines, j’ai perdu 50% de ma clientèle, mais c’était le risque à prendre si je voulais proposer quelque chose de nouveau et faire valoir mon expérience et mes voyages. Je ne regrette pas ! »

Scolopendres géantes (oui, scolopendre est toujours du genre féminin), tarentules du Brésil, scorpions noirs, vers de farine ou de Thaïlande selon l’arrivage, Erick traque le fournisseur qui lui permettra de défier sa clientèle, et ce n’est pas une mince affaire. Les dévoiler normes sanitaires européennes interdisent théoriquement la vente d’insectes à l'entomophage destination de la consommation.

qui sommeille en vous

Effectivement, les propositions du patron piquent la curiosité : insectes, viandes insolites, concerts, digestifs rares et cigares dans un cadre convivial qui fleure bon le bush, la recette séduit déjà bien au-delà du quartier et l’équipe s’est élargie à sept personnes.

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Cap ou pas cap ?

Toutefois, à condition que la traçabilité des produits soit garantie, les autorités font preuve d’une certaine tolérance. « Nous sommes les premiers à servir des insectes à la Réunion. J’ai mis longtemps à trouver le filon ! La réglementation sur les novel food(2) m’interdit toute transformation mais j’aime bien l’idée de dégustation brute, goûter l’insecte pour ce qu’il est, dans sa texture et son goût. »


à table

© Mickael Dalleau

Les bestioles arrivent donc conditionnées comme des paquets de chips et sont servies telles quelles, à la croque, sans assaisonnement ni autre fioriture qu’un filet de crème balsamique pour la déco. Drôles de tapas. Une fois sur la table, une seule alternative : goûter ou renoncer. Forcément, on ne se jette pas dessus comme sur des cacahuètes. Alors pour lever les dernières inhibitions, un seau de desperados maison ou autre cocktail dont la maison a le secret permettra de dévoiler l’entomophage qui sommeille en chacun.

Végétarien, passe ton chemin Le même esprit de découverte guide la carte des plats : plancha de kangourou, crocodile flambé, sauté d’autruche, filet de python, ici, la viande dans tout son exotisme est à l’honneur. D’ailleurs Erick a plus d’un tour dans son sac : le chameau devrait bientôt faire son apparition sur le tableau des suggestions « Mes fournisseurs savent que je recherche l’insolite, et comme les chameaux prolifèrent en Australie... » Difficile d’imaginer qu’après le kangourou, c’est l’animal le plus répandu du sixième continent. Et pourtant, importé par les anglais au XIXe siècle puis délaissé pour des véhicules motorisés et relâché dans la nature, il n’a eu de cesse de croître et de se multiplier, au point d’alerter les autorités. La gastronomie : une reconversion toute trouvée pour le pauvre camelidé. Côté cuisine donc, on s’adapte aux trouvailles du patron dans le souci d’allier qualité et générosité : la cuisson est soignée, la portion copieuse, l’accompagnement à base de produits frais et la présentation fait de l’œil aux papilles. Dans un registre plus classique, le burger de Black Angus, le fish and chips à l’aïoli maison

et les fondues de camembert ne manqueront pas de séduire les gros appétits tandis que les plus sages se rabattront sur une salade bio et une boule de sorbet maison.

Au fait Suzie c’est qui? C’est le tube rockabilly des années 50 rendu célèbre par le mythique Creedence Clearwater Revival qui donne le ton : la bande-son, c’est blues et c’est rock, comme il est de mise dans tout bar à l’anglo saxonne qui se respecte. Oh Suzie Q!, c’est un état d’esprit : du bois du sol au plafond, un cadre décontracté, des guirlandes de fête foraine, des murs qui racontent des histoires, des habitués au comptoir, une cave à pépites pour les amateurs de rhums et de whiskies rares et chaque vendredi, des groupes locaux en live, parfois sous forme de soirées apérock-tapas où la salle de restaurant passe en mode dance floor. Un lieu atypique à l’image d’Erick Quelquejeu, apte à accueillir une clientèle aussi éclectique que sa carte, avec un seul mot d’ordre : la découverte. Oh, Suzie Q ! Infos-réservation : 02.62.22.06.74 ou 06.92.55.86.74 Site internet : www.oh-suzie-q.com | Ouvert midi et soir sauf le dimanche L’addition siouplé ? 30€ en moyenne le repas. Compter10€ la portion d’insectes. La cave à digestif propose également un tarif unique de10€ pour tous ses spiritueux sans distinction de qualité, de prestige ou d’âge. Forfait apérock-tapas selon planning.

(1)Aussie : petit nom gâté des australiens pour se désigner eux-mêmes (2)Novel food : aliments ou ingrédients alimentaires non consommés dans la Communauté européenne avant 1997. Concernant les insectes, quoique présentés comme une alternative à la faim dans le monde, ils sont l’objet de toutes les attentions du fait de leur toxicité potentielle.

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Yes, they cannes ! il n'empêche...

De nuit, on ne distingue d’eux que quelques scintillements de lampes dont les reflets s’égarent sur les flots. En ombres chinoises, ils se découpent sur le haut des falaises et sur ces dangereuses jetées naturelles de basalte noir qui s’enfoncent dans l’océan. Partie intégrante du décor de l’île, ils ont accepté de se voir troubler leur partie de pêche le temps d’une rencontre. Les pêcheurs se succèdent depuis des décennies, cohabitant sur les falaises de Cap La Houssaye, les digues et autres littoraux. Depuis des années, Clain et ses amis partagent le même rocher chaque week-end. Ils se retrouvent dès 19h30, avec leur glacière et leurs cannes, préférant au rythme de la ville la douce mélodie des flots au soleil couchant. Pas de grosse pêche ni de revente au programme, ils pès la lign simplement pour leur consommation personnelle mais il est de notoriété publique que la prise peut se négocier. Quel type de

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poisson ? « Ho, surtout cardinal et carangues ». Des pêches cavales, aussi, et toute sorte de bestioles à branchies qui côtoient les murailles côtières pour se protéger des prédateurs à la nuit tombée. Ce qui importe n’est pas tant ce qu’ils remonteront des eaux, mais l’instant, ce moment de solitude partagée, privés du confort et des futilités matérielles… mais la glacière, elle, est essentielle. Ils laissent femmes et enfants dans les maisons, prêts à passer leur nuit à attendre la bonne prise, et à discuter entre copains, une Dodo à la main.


dann zion

reportage

Il est 19h45. Clain et son dalon endossent leur équipement de pêche, préparent leurs cannes et leurs appâts pour s’adonner au surf casting, une techniques de pêche littorale qui consiste à lancer la ligne jusqu’à une centaine de mètres du bord. Impliquant un moulinet, cette pratique normalement interdite dans la réserve naturelle, est tolérée tacitement sur le Cap La Houssaye, permettant ainsi de concentrer les amateurs de cale (le nom péi du surf casting) et d’éviter qu’ils ne se répandent sur toute la côte.

d’enfant lorsqu’il observe ce qui sera son poste de pêche durant les prochaines heures. Il se tourne alors vers son camarade. Papoter, c’est bien, mais il faut s’y mettre.

Comme beaucoup, ils sont installés les pieds dans l’eau, à quelques mètres à peine d’une houle impressionnante pour les non-initiés. « Sa lé pas dangereux ! » me dira Clain en riant de mon air quelque peu effrayé à l’idée de m’approcher davantage. Pas dangereux, cependant la vigilance reste de mise, les pêcheurs sont tous très attentifs aux vagues, à la météo et aux pierres glissantes que la houle engloutit jusqu’à lécher parfois leurs pieds.

Réglés sur le soleil, ils installent leurs cannes avant que la pénombre ne les enveloppe totalement. Au loin sur d’autres spots, on distingue les silhouettes de nombreux pêcheurs, solitaires ou non. Quelques éclats de rire et des exclamations en créole parviennent jusqu’à nous. La bonne humeur est une constante. Selon Clain, pas de mésentente, de jalousie ou de soucis entre eux. Il arrive même qu’ils s’échangent leurs coins de pêche.

l'instant est poétique. vagues, soleil couchant...

L’instant est poétique. Le bruit des vagues, le soleil couchant, et l’air marin. On se sent éloigné du monde, le vague à l’âme, alors que la route ne se trouve qu’à une trentaine de mètres. Clain regarde sereinement le soleil plonger dans l’océan. C’est son coin, il aime être ici et ses yeux pétillent d’un sourire

Certains font la route depuis Saint-Joseph pour profiter du cap car, comme nous le dit notre ami pêcheur avec fierté : « On a le plus beau point de vue, avec le coucher du soleil. »

Les seules personnes envers qui ils éprouvent des griefs sont « les pêcheurs malhonnêtes ». Ceux-là ont mauvaise réputation dans le coin, « ils ne connaissent pas la mer et ne respectent rien ! ». Sacs poubelle, barbecues improvisés dans des bidons de fer et autres détritus sont là, abandonnés au milieu des roches pour appuyer ses dires. Le décor parait idyllique mais quand on y regarde de plus près, c’est sale.

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dann zion reportage

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Clain m’indique la présence de nombreuses tortues marines dans le coin, et déplore le danger que représentent pour elles et pour la faune marine l’irrespect dont font preuve ces pêcheurs venus boire des bières plutôt que pour la pêche et qui laissent leurs déchets sur place. Les pêcheurs attentionnés ne veulent pas être assimilés à ces personnes. Pour eux, la mer, c’est sacré !

accidents ne sont pas inexistants, et chacun garde en tête l’histoire de ce pêcheur, tombé des falaises en février dernier, et sauvé par les sapeurs-pompiers de la brigade nautique.

Mais qu’il pleuve ou qu’il vente, nul ne saurait empêcher ces hommes de jouer les funambules, en équilibre au bord de l’eau. Même la surpêche des années précédentes, qui a presque vidé ce gardemanger géant n’a su réfréner leur ardeur à jouer les manier la canne (à défaut de la transformer funambules, en en rhum). La plupart d’entre eux parlent d’une pêche raisonnée. Le soleil se couche, équilibre au bord entre chien et loup, il est difficile parfois de de l'eau discerner le mythe de la réalité.

En remontant vers le parking, plus haut, perchés sur une corniche surplombant le vide et venant d’enfiler leurs lampes frontales, Willy et Sébastien commencent également à tâter le poisson. Ils lancent leurs lignes loin en dessous, le plus éloigné possible de la paroi, afin que la houle ramène leur appât au pied des falaises abruptes. Il faut savoir faire preuve d’une sacrée technique pour remonter un poisson d’en bas, à certains endroits la falaise s’élève à 40 mètres de haut. La dextérité de ces jeunes pêcheurs n’est donc pas à prouver, il n’est pas évident de sentir mordre à l’hameçon avec le roulis. Sans parler de ne pas coincer le fil dans les roches ou ne pas casser la canne. Des défis à relever si l’on veut rentrer avec le repas du dimanche. Willy et Sébastien évoquent leur plus grosse prise ici. Une carangue de 5 kilos qu’ils ont dû remonter sur toute la hauteur de la falaise. Il faut garder à l’esprit que le poids du poisson peut à ce moment-là devenir un danger pour le pêcheur débutant, qui risque d’être emporté vers le vide, ou de perdre son poisson…Il faut donc également du courage pour venir pêcher ici à la nuit tombée, les

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Où s’équiper, se renseigner et où pêcher ? Entre matériel, articles de pêche et conseils, le Réunion Fishing Club, sur le port de Saint-Gilles les bains, a plus d’un fil à sa canne en proposant des sorties de pêche au gros, du wakeboard, de la bouée tractée… Bien que nostalgique de l’époque où l’on pouvait pêcher dans la passe de l’Ermitage désormais protégée, on y vante les mérites de la côte ouest et sa faune qui lui est propre. Qu’il s’agisse du sec de Saint-Paul aux falaises de Trois Bassins, de la grande Ravine à l’étang Saint-Paul, ils pourront vous briefer sur les meilleures méthodes et leurs coins à poisson moins exclusifs que ceux à champignons. À vos cannes, prêts… ? Réunion Fishing Club www.reunionfishingclub.com Tél : 0262 24 36 10


la météo des plages comme si vous y étiez www.ouest-lareunion.com/meteo-des-plages boucan canot, les roches noires, l’ermitage (de l’aquaparc à la passe), la saline, saint-leu (du centre à la plage 46) toutes les infos nécessaires avant de partir faire bronzette ou se baigner couleur des drapeaux, états de la mer et du vent, état des filets, temps, températures de l’air et de l’eau

www.ouest-lareunion.com

0810 797 797 (prix d’un appel local + 0,054€/min)

Office de Tourisme de l’Ouest www.ouest-lareunion.com


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PIK NIK EN MISOUK © Mickael Dalleau

Coins isolés, dates indues, heures inhabituelles… ces pique-niqueurs ont leur stratégie pour échapper à la masse et profiter comme bon leur semble des coins les plus chouettes de l’ouest.

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UNE JOURNÉE À L'ÉTANG JUIN Habituée des ruées vers les meilleurs kiosques, la famille Barel s’est pointée dès 8h pour mettre une option sur une grosse table en pierre de l’étang Saint-Paul. « C’est tard par rapport à nos habitudes. Au Maïdo, il faut arriver à 6h du matin pour être sûr d’avoir une place. » En ce début d’hiver, les hauteurs sont délaissées vers les températures plus clémentes des bas et la famille, venue de toute l’île pour fêter comme il se doit les 80 ans de leur fringuant doyen, compte bien ne pas se laisser envahir le moindre carré d’herbe par des hordes de pique-niqueurs.

Aires de l'étang Saint-Paul KIOSQUE : NON FOYER : OUI TABLE ET BANC : OUI TOILETTES : NON EAU : NON POUBELLE : OUI PANORAMA : 4/5

Toutes les occasions sont bonnes pour réunir cette famille qui, peu avant midi, a encore le loisir de trouver un emplacement plus approprié loin des hauts palmiers radins en ombrage. La famille laisse à qui le souhaite les aménagements en pierre pour la fraîcheur d’arbres plus généreux. De toute façon, les Barel ne manquent de rien. Grandes tables et chaises, jeux Cette précaution peut paraître judicieuse puisque, et décorations, et des plats adaptés aux diverses vingt mètres plus loin, un couple a déjà dressé une tonnelle et attend ses convives, une aralimentations d’une famille au vaste brassage est prévue une culturel et cultuel. « Dans nos marmites, il y mée en campagne avec son équipement. On ils s'amusent replantation a des plats sans porc, sans bœuf, sans cabri. se répartit les tâches : les premiers font de l'erreur de le pied de grue, ils guettent l’arrivée des Du coup, on est presque toujours sûr d’avoir massive d'espèces débutant du poulet. Quand une personne ne mange pas seconds qui avaient pour mission de remplir endémiques d’un aliment, elle ramène un plat qu’elle peut les marmites. manger, c’est plus facile comme ça. » Mais aujourd’hui, l’habitude de jouer des coudes n’a pas lieu d’être. Passées 11h, seuls deux groupes Leurs éclats de rire résonnent jusqu’au parcours grossissent sous les immenses cocotiers qui se reflètent de santé, à l’autre bout du grand pont métallique. De l’autre côté de cette vaste étendue, d’autres familles et amis ont dans l’onde. Seul un zorey quadragénaire qui se pointe sur le tard laisse présager une troisième réunion en s’attelant à allumer un également investi le cadre agréable de l’étang. On y célèbre des feu. Les Barel s’amusent de l’erreur de débutant : « Quand on cuisine baptêmes en entamant un repas faste sur une table interminable en même temps, il faut toujours que quelqu’un s’isole pour s’occuper par un bénédicité, on trinque pour le plaisir de picoler en bonne compagnie, on graille toujours des quantités pantagruéliques de des grillades. Nous, on prépare tout le matin ou la veille. Comme samoussas avant de piocher dans des caris gargantuesques qui ça, on n’a plus qu’à réchauffer nos marmites et on peut passer du temps en famille. » L’expérience des réunions mensuelles, disent-ils. seront répartis entre les commensaux à la tombée de la nuit. D’ici là, les joies et les jeux prennent un goût d’éternité. « Quoi que… là, c’est déjà le troisième dimanche d’affilé qu’on se retrouve ! »

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L'ÉTANG LONTAN L’étang ne se limite pas au littoral saint-paulois et dispose de plusieurs sites dont le mélange de nature et d’isolement participe au charme. Derrière Savannah, à la lisière du Tour des Roches, un espace équipé de tables et de foyers profite d’un rideau de papyrus sur lit de songes. Attirés par des paniers remplis de fruits et légumes aux formes étranges, nous rejoignons un groupe qui célèbre le départ d’Aurélie, jeune professeure malbaraise qui s’envolera bientôt pour les contrées californiennes. Son amour de la culture péi lui fait choisir le thème « cuisine lontan » où sapotes, pipangayes, zattes et autres jamalacs sont à l’honneur dans des plats aux saveurs oubliées. Les habitudes de l’enseignement bien ancrées, un test de connaissances des fruits et légumes locaux a été soumis aux invités, pour remplir les caboches autant que les estomacs.

ESSAIM DE BÉBÊTES LA NUIT AU PORT jUIllet « Je mise 20€ sur le Portugal. 4-0. Qui prend ? » Dans le groupe de Giovanni, on prend les paris pour une finale de l’Euro qui se jouera dans quelques heures. Casquette New Era qui se rient de la nuit tombée, maillots du Barça et scooters à deux pas du muret sur lequel est posée une enceinte qui crache du Kalash, leur piquenique a des airs street et les conversations sont ponctuées d’une démo de freestyle autour des braises incandescentes d’un petit braséro. Sur l’esplanade du littoral portois, faire un barbecue n’est pas une erreur de débutant. Situé au centre de l’enclos, l’espace n’isole personne. D’ailleurs, tout le monde y va de sa touche pour les assaisonnements. « Tu veux manger avec nous ? Il y en a pour vingt personnes. » L’information peut surprendre, ils ne sont que six après tout, mais les marmites sont effectivement remplies à ras bord. Et pour cause, entre mayonnaise et gangsta rap, les scooters passent et se font alpaguer par de salutations sonores. La communauté est une masse fluctuante de va-et-vient joyeux où pronostics footballistiques se mêlent aux anecdotes des quartiers. Quand je leur demande de m’expliquer sur quoi ils posent leur flow, ils répondent laconiques : « C’est la réalité des cités, c’est trop violent pour figurer dans ton article. » Plus loin sur le littoral portois, Paul, ses potes et leurs marmailles ont aussi attendu la nuit pour s’installer avec leur grille, leur charbon, leur porc

Esplanade du littoral du Port

et leur bonite déjà KIOSQUE : NON assaisonnés. Ce soir, FOYER : OUI eux aussi quitteront TABLE ET BANC : OUI les lieux vers 22h TOILETTES : OUI EAU : OUI pour ne pas rater la POUBELLE : OUI finale mais ils ont PANORAMA : 2/5 l’habitude de se retrouver à la lueur des lampadaires jusqu’à minuit. « On est des bébêtes la nuit. » Ça sirote du rhum au sucre de cannes tandis que certains sportifs répandent encore la sueur sur la piste ou sur les structures dédiées aux abdos et autres activités qui nous épuisent à leur seule évocation. Les pique-niqueurs nocturnes sont indéniablement moins équipés que les autres. Quatre types se sont posés à côté d’une voiture qui crache à balle d’Exo FM. Pragmatiques, ils s’enquillent des bouteilles à dix pas des toilettes publiques. Un peu plus loin, une famille aux chapeaux pointus célèbre l’anniversaire d’un minot. Sur leur grille, c’est poulet et poisson, deux gâteaux à la crème attendent les marmailles qui tapent dans un ballon en courant dans un large rayon sur l’esplanade. « Ce soir, ils peuvent courir où ils veulent mais le samedi il y a des familles partout. Il y a des tentes, des chapiteaux, des jeux de ballons partout, c’est une autre ambiance. » Ce soir, ne sont disséminés que quelques irréductibles. Dans le lointain, des klaxons rappellent l’événement du moment, faisant de nouveau graviter les conversations autour de la planète foot.

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UN MAÏDO EN PETIT cOMITÉ ? décembre Il existe un moment précieux où les lieux passent de bondés à boudés. Pour un Maïdo réservé aux mordus, on a profité de la combinaison ciel indécis penchant vers les trombes franches + événement populaire phagocytant une majorité de Réunionnais loin du site (en l’occurrence, les fêtes du 20 desamn aux quatre coins de l’île). Ne devaient rester que les vrais, ceux pour qui le pique-nique est un engagement à honorer contre vents et marées. Néanmoins, les échos de la famille Barel instillaient un léger doute. Et si, quoi qu’il advienne, les hordes allaient se ruer sur les kiosques au petit matin ? De là, question existentielle : suis-je prêt à me lever aux aurores pour me fader la route sinueuse avec mes réflexes encore gourds du réveil ?

dans une guitoune d’où déborde une épaisse couette. Quand le soleil se couche sur une mer de nuages, je me demande si les campeurs de ce soir seront les pique-niqueurs de demain.

Le Maïdo KIOSQUE : OUI FOYER : OUI TABLE ET BANC : OUI TOILETTES : NON EAU : NON POUBELLE : OUI PANORAMA : 2/5 en forêt & 5/5 pour les kiosques offrant un panorama sur tout le littoral !

Pas tous. Les guincheurs ont levé le camp avant l’aube dans un convoi gratifiant d’une dernière un moment touche motorisée une nuit constellée de basses. Le tapage n’a pas dérangé outre précieux où les mesure ceux qui bivouaquaient en contrelieux passent bas dans un campement suréquipés. Sono, de bondés à filet de badminton, une demi-douzaine de tentes, mölky, jeux de sociétés… Dans le boudés La réponse est non. Juste avant le crépuscule, camp, deux adultes oscillent entre café et tardes volutes s’échappent déjà des marmites pour tines tandis qu’une bardée de mômes est réunie s’estomper avant de pouvoir atteindre les cimes des sous un kiosque pour jouer aux dominos. La scène cryptomerias. Des marmays emmitouflés dans de grosses a un côté calme avant la tempête à la Petit Nicolas mais doudounes sortent d’une tente pour se réchauffer près du foyer. Ici je ne verrai pas l’ombre d’une chamaillerie. Pas de catastrophes non plus ce n’est pas un impair que de s’occuper du barbecue. C’est naturelles non plus, les ondées de la veille semblent avoir rincé un un refuge accueillant autour duquel on s’agglutine pour cumuler ciel plus bleu que bleu, laissant aux autres adultes de l’équipée le les sources de chaleur, et tant pis si les corps boucanent, tant pis si loisir de profiter du site de fond en comble. les yeux démangent. « Ils sont partis courir jusqu’à Roche Plate. Ils s’entraînent déjà pour À chaque groupe son ambiance, des familles aux amis, du petit La Diagonale. » Bien contents d’être de veille plutôt que de cavaler couple aux fêtards équipés d’un gros sound system et moi, que la sur l’à-pic du rempart mafatais, ceux qui restent s’attèleront à conscience professionnelle (et la flemme) pousse à passer la nuit réchauffer le repas de la veille pour le retour des braves.

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© Mickael Dalleau

De l’importance du repas.

À La Réunion, le pique-nique familial ne s’envisage pas sans les traditionnelles marmites de carry et rougails. Le lendemain de notre reportage, nous rencontrons la famille Hoareau. Loin de nos petits comités, ils sont une quinzaine à venir du Guillaume, pas très loin. En plus d’une série de marmites bien remplies, un gigantesque four chinois installé à quelques mètres de leur tablée en impose. À l’intérieur, plusieurs poulets sarcives cuisent lentement à la vapeur. Nous faisons un peu pitié avec nos maigres sandwich. Nicolas qui, fort à propos, compte ouvrir bientôt avec sa femme un petit snack sur la route du Maïdo nous explique : « Un pique-nique, pour qu’il soit réussi, il faut de la convivialité, des proches, un beau cadre... mais aussi et surtout un bon repas ! L’ambiance s’en ressent, chacun s’éternise autour de la table, on reste à causer de tout et de rien. Quand le plat est préparé avec amour, c’est aussi ça qui se diffuse ! ». Nous avons accepté son invitation à rejoindre les convives avec grand plaisir. Et on confirme, il peut ouvrir son snack : c’est probablement les meilleurs sarcives que nous ayons jamais mangé !

Le temps est bon, au point que le groupe suivant s’est installé à une table sans abri. « On est arrivés vers 8h, assez tard pour le coin mais il y a moins de monde que d’habitude et on aurait pu sans problème choisir de se mettre sous un kiosque. On a confiance, il a assez plu hier. » Ils ont investi un large espace où se rassembleront bientôt une vingtaine d’amis, parents et touristes métropolitains. Pour le moment, ils sont cinq adultes qui papotent tandis qu’un môme joue au ballon contre le dénivelé. La pente est en train de l’emporter quand une des convives nous propose un café soluble qui se descend d’une traite malgré (ou à cause de) la sentence unanime : c’est du jus de chaussettes. L’effet ne se fait pas attendre, je regrette immédiatement l’absence de toilettes — sèches ou non — et constate dans un haut le cœur que deux pas hors des camps et sentiers mènent généralement à un tapis de déjections nappées

de PQ. « Ah ça, c’est sûr qu’il manque des commodités. » pourrait-on imaginer comme réponse en chorale tant la remarque fait l’unanimité. Concentrer notre compost pondu avec amour dans des lieux précis serait un atout de taille pour les amateurs de hors-piste. Les dernières familles que je rencontre s’attaquent au problème à la source en remplaçant le café matinal par des tord-boyaux. « C’est bon, m’assure-t-on. Un bon rhum tisane, ça soigne de tout. » Parmi ces adeptes de la médecine alternative à 70 degrés, une fratrie d’anciens prend soin de se réunir chaque week-end dans un coin différent. Leur doyenne de sœur a les rides qui la sillonnent jusqu’aux tympans. Plongée dans le monde du silence, elle lit les douces attentions sur les lèvres d’une famille aimante. Eux ne sont pas venus équipés beaucoup plus que de ce qui compose leur amour fraternel, cet essentiel.

Zone du four à chaux Les babos saint-leusiens s’amoncellent à deux pas des rondas avant les concerts dominicaux. Bonne stratégie, ils peuvent ainsi s’adonner librement à leurs slacklines, jongleries et autres activités plus ou moins hippies. Et ensuite se diriger joyeusement jusqu’à la foule agglutinée devant les stands surpeuplés du front de mer. Plutôt rendez-vous de potes, cette plage de sable gris se prête aussi au plan plan familial avec ses installations en pierre et ses stades de hand. C’est probablement la sortie la plus zorey possible. La plus aménagée, aussi. Kiosque : Oui Foyer : OUI TABLE/BANC : OUI TOILETTE : OUI EAU : OUI PANORAMA 3/5

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Aire du Tabac

Le plus coté des spots de pique-nique. Est-il besoin de vous en parler ? De l’Ermitage à Trou d’eau, le lagon barbotable fourmille de poissons et coraux colorés, et les filaos servent autant à faire de l’ombre qu’à équiper les marmailles de munitions. Parsemé de douches et de sanitaires, le plus grand espace de pique-nique de l’île reste un coin bonne franquette sans kiosque ni foyer pour marmites. C’est mieux ainsi, les établissements balnéaires peuvent vous permettre d’arriver les mains vides. Bref, un endroit agréable si vous n’êtes pas, comme nous, des misanthropes finis amateurs de calme et de nature.

A deux pas la route des tamarins, l’aire du tabac présente l’avantage d’être un sympathique coin de promenade avec une vue imprenable sur la pointe de Trois Bassins. KIOSQUE : OUI FOYERS : NON TABLE/BANC : OUI TOILETTE : OUI EAU : OUI PANORAMA : 4/5

KIOSQUE : NON FOYERS : NON TABLE/BANC : NON TOILETTES : OUI EAU : OUI POUBELLES : OUI PANORAMA : 4/5

Pas d’équipement mais à voir !

Pointe au Sel A deux pas du musée du sel, les falaises basaltiques déchirées sur lesquelles s’abattent la fureur de l’océan. La pointe au sel, c’est ça, un dénuement nécessaire à l’expression poétique des pique-niqueurs qui se retrouvent autour d’un bassin d’eau de mer accroché aux plaines blondes balayées par le vent. C’est aussi beau qu’austère, on aime tout simplement.

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© Mickael Dalleau

Zone balnéaire

PIQUE-NIQUE lunaire Janvier Plage de Trou d'eau Quand les sites diurnes se vident, KIOSQUE : NON FOYER : NON d’autres prennent le relais pour se TABLE ET BANC : NON voir investis par un tout autre genre TOILETTES : NON de drôles d’oiseaux de nuits : des EAU : NON POUBELLE : NON fêtards qui privilégient les espaces PANORAMA : 4/5 isolés où les enceintes pourront cracher du gros son sans déranger personne. Ceux que je retrouve ont opté pour le décor d’une zone en ruine qui jouxte le Choka Bleu, la véritable fin de la plage de Trou d’eau, dénuée de tout équipement. Depuis le parking, deux briques servent de marchepied pour enjamber un muret, il faut encore traverser des ruines peu engageantes mais le spot est à deux pas. Autres heures, autres enjeux. Les tonnelles et les toiles laissent la place aux spots et au groupe électrogène. Le feu devient indispensable durant les nuits d’hiver et le DJ n’a pas besoin de mixer du bon son pour que les fesses remuent. On n’est pas exactement dans l’ambiance feu de camp où les reprises de Tryo couvrent tout juste les murmures des vagues et les familles ont laissé la place libre pour les fêtards de tout poil. L’endroit prend des airs de sound system sauvage qui hurle ses tubes électro pop de qualité variable, une table en plastique ploie sous les bouteilles mais quelques marmites de cari poulet font de la résistance tandis que les grillades prennent de suite un avantage chaleur non négligeable.


good spot Pas d’équipement mais à voir !

Ravine Divon

L’un des secrets les mieux gardés de Saint-Paul. Au coeur du Tours des roches, un panneau indique « Bassin Long » et un sentier s’enfonce dans une vallée verdoyante le long d’un cours d’eau où cabris et lendormis batifolent dans un décor serein. Certains espaces plats permettent d’installer une douzaine de personnes et même d’y camper. Quelques pierres viennent constituer des foyers mais on est ici encore dans un coin où la nature prime et l’impact humain est minime.

autres heures, autres enjeux. pas exactement l'ambiance feu de camp

La compagnie s’égrène au fur et à mesure et, vers trois heures du matin, ne restent que les jusqu’au-boutistes. Deux tentes sont déjà dressées, d’autres ont laissé des couettes ou des sacs de couchage dans les voitures, histoire de repartir lorsqu’ils seront plus en forme. Un néophyte tâche de trouver le sommeil en grelotant sous un arbre, un couche-tard le recouvre d’une couette en rab pour le cas où avant d’expliquer sa BA : « Entre fêtards, on est un peu une famille. Faut bien se serrer les coudes. » Autre acte familial, des lève-tôt rejoignent la poignée de ceux pour qui la nuit fut blanche avec le petit déjeuner. Certains ont la gueule ensablée, tous ont l’œil rougi et baignent dans une certaine hébétude, la voix rocailleuse et le regard dans les vagues. Dès 9h, un voisinage de pique-niqueurs prend le relai. Eux aussi ont choisi la crique isolée pour poser du gros son. Leur gros dancehall martèle encore nos crânes mais les jeunes s’éclatent beaucoup trop pour que quiconque ne pense à leur demander de baisser la musique. Laisser s’enjailler ceux avec qui on est liés par le goût des coins secrets, c’est aussi ça l’esprit des piqueniques en misouk.

Grotte des premiers français Tout juste réaménagée après quatorze années de jachère post-cyclone Dina, la Grotte des premiers Français retrouve son statut d’aire de pique-nique ombragée, équipée de tables et bancs de pierre et peinarde malgré la proximité de la route. La grotte, sa cascade et les flancs de falaises sont désormais enclavés pour éviter le méchoui de famille sous son coulis d’éboulis mais le lieu se prête particulièrement à la promenade digestive et culturelle depuis l’installation de plaques explicatives sur les premiers colons réunionnais. KIOSQUE : non FOYER : non TABLE/BANC : OUI TOILETTES : OUI EAU : OUI POUBELLES : OUI PANORAMA : 3/5

Verger Rosthon On n’allait pas passer à côté de ce coin propice aux pique-niques possessionnais qui ne pousse pas à monter vers Dos d’Âne. Quelques installations de béton peuvent vous accueillir et, en été, les manguiers alentours peuvent vous fournir le dessert. Son côté carrefour de balades natures favoriseront la digestion. KIOSQUE : NON FOYERS : OUI TABLE/BANC : NON TOILETTE : NON EAU : NON PANORAMA : 5/5

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Compostelle péi Chaque année, plus centaines de milliers de pèlerins récupèrent à Saint-Jacques leur Compostela, un certificat attestant qu’ils ont parcouru au moins les 100 derniers kilomètres jusqu’à la ville galicienne. Camille et Armande, têtes pensantes d’une asso de pèlerins réunionnais, ont avalé des milliers de bornes. Et ont dressé le parcours d’un Compostelle péi.

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Pourquoi marchent-ils ?

Je rejoins Camille et Armande en plein conseil de guerre. Penchée sur une carte, la présidente de l’ARCC, l’Association Réunionnaise du Chemin de Compostelle, laisse pendre un médaillon doré en forme de coquille Saint-Jacques. Elle planifie une énième excursion avec Camille, vaillant octogénaire qui se permet l’affront de faire vingt ans moins que son âge et de traîner chaque année ses origines vietnamiennes sur des tronçons compostellans en tant que pèlerin, guide ou hospitalier.

© Jean-Pierre Mickael Dalleau Begue

Pour l’heure, il s’agit d’une escapade cilaosienne pour une quarantaine de leurs membres qui s’annonce intense mais ne doit pas décourager les pèlerins potentiels, ceux qui arpenteront les routes de France et de Navarre (littéralement, le chemin de Compostelle passe par cette portion pyrénéenne que fut la Navarre et englobait le sud du Pays Basques et les environs de Pampelune) et les routes espagnoles. Telle est l’ambition première de l’ARCC depuis sa création en 2005 : permettre de préparer les volontés pérégrines en organisant des randonnées mensuelles à travers l’île et en invitant les pèlerins à assouvir leur besoin irrépressible de partager leurs anecdotes et de prodiguer leurs conseils à ceux qui aspirent au voyage.

Une volonté payante et saluée par sa centaine de marcheurs de toutes origines et de toutes confessions. Car, à la manière de ce que le chemin de Compostelle est devenu, l’association réunionnaise n’a pas vocation à filtrer ses adhérents pour rester entre grenouilles de bénitier. Ici, le goût de la marche, le goût de la curiosité géographique et le goût de la rencontre animent leurs retrouvailles mensuelles sur les différents chemins de l’île. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner que les voies qu’ils ont tracées le long des côtes de l’île, en passe de devenir le GRR4, ne se focalisent pas sur les bondieuseries. « À la préfecture, c’est le reproche qu’on m’a fait parce que, pour eux, le chemin de Compostelle passe par des abbayes, des monastères, des couvents... J’ai répondu qu’ici c’était très différent, on voit plus de temples indiens que de petits bons dieux créoles et que notre Compostelle Péi s’affranchit de la connotation religieuse. »

Compostelle, dont l’étymologie supposée Campus Stellae — « champ d’étoiles » — viendrait du fait qu’un ermite s’est laissé guider par une pluie d’étoiles filantes pour trouver le tombeau de Jacques, l’un des apôtres qui s’est tapé l’aller-retour Palestine-Atlantique pour prêcher la bonne parole avant, selon le cinquième livre de l’Ancien Testament, de se faire décapiter par Hérode, peu jouasse à l’idée de voir s’amplifier le fan club chrétien. Si c’est en Palestine que l’apôtre a subi le glaive, sa dépouille aurait miraculeusement vogué jusqu’aux berges ibériques et sa découverte en a fait la référence en terme de lieu de pèlerinage catholique. À pieds, en vélo, à cheval — le mythe raconte que les plus fervents l’ont fait à genoux tandis que le rédacteur de cet article s’est contenté de pérégriner pieds nus — les pèlerins sont plus nombreux chaque année à arpenter tout ou partie des différentes voies qui mènent à Compostelle et ils sont chaque année près de 300 000 à s’enregistrer dans la ville sainte, sans compter les plus de trois millions de tricheurs qui viennent motorisés pour admirer l’architecture romane et ses agrégats d’influences. Si les ouvrages des différents pèlerins sont légion, nous avons une nette préférence pour En avant, route ! d’Alix de Saint-André, un bijou d’humour dont des citations parsèment les haltes françaises du pèlerinage.

En plus de sa laïcité, ce qu’Armande appelle affectueusement « le brouillon », l’échauffement avant les 1600 kilomètres du trajet officiel, sera surtout le seul sentier de grande randonnée réunionnais dont le dénivelé ne brisera personne. « On l’a tracé pour préparer les gens à marcher tous les jours, avec le même sac et les mêmes vêtements. Après s’être entraînés plusieurs fois sur ses étapes, on s’est lancés pour toutes les faire d’une traite. La Réunion en dix jours, c’est très faisable et c’est très beau. »

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Pierre Aristide Faron, que nous appellerons PA par commodité et parce que la guigne qui l’a hanté nous pousse à une certaine forme de familiarité, a dû passer tout son mandat de gouverneur à La Réunion à regretter d’avoir quitté son Finistère natal. Imaginez, six jours après son accession au poste, le Gros Morne s’effondre pour ensevelir l’îlet du Grand Sable et tous ses habitants. Exit l’ilet, bonjour loi de Murphy. Des cyclones dévastateurs, une crise politique marquée par l’absentéisme (eh oui, déjà au XIXème siècle) et la révélation du scandale des mauvais traitements des engagés indiens — des sévices ayant entraîné la mort de ces travailleurs ont été punis de deux semaines de prison et 200 francs d’amende alors que l’esclavage est aboli depuis trente ans — pousseront PA à démissionner. Quand ça veut pas…

Compostelle Péi - Guide du Chemin du littoral Ce topoguide réunit en détails les étapes, les lieux d’hébergement ainsi que des éléments d’Histoire et de culture réunionnaises. Fait avec le cœur, ce document est précis et bien écrit. Paradoxalement, les jacquets n’y ont glissé que très peu de coquilles. Disponible en librairies mais ça leur fait plus de sous si vous les contactez directement : • arcc-compostelle.re • Armande Lucas (ouest) : 0692 70 48 53 • Jean-Paul Rivière (nord) 0692 04 82 71

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Avec le soutien du comité de randonnée pédestre, ils balisent et empruntent les sentiers des pêcheurs, réhabilitent des sentes oubliées et d’autres qu’il a fallu ouvrir au sabre. Ou au pouvoir municipal. « Certains riverains ont construits leurs propriétés jusqu’en bord de mer alors qu’ils n’ont pas le droit, explique le pèlerin aux yeux bridés. Il faut respecter le Pas du Roy. »

Un pèlerinage tout autour de sa zone de confort

Ce Compostelle péi pourrait rappeler La Pièce du scirocco, œuvre dramatique de Camille fait référence à la loi des cinquante Jean-Loup Rivière qui raconte l’histoire pas géométriques qui impose de laisser d’un prince sicilien qui promet de faire une distance minimale de passage le pèlerinage de Jérusalem s’il littoral des départements échappe à une épidémie d’outre-mer. Distance de peste. Effectivement qui a été fixée le 4 épargné, il réalise qu’il "Quand on a mars 1876 par Pierre n’a aucune envie fait Compostelle, Aristide Faron, prede faire le voyage mier gouverneur de mais, prenant on a le besoin la Troisième Répusa promesse au irrépressible blique à La Réunion sérieux, il entreprend d'en parler"» (voir ci contre). Ils ont de faire l’équivalent donc poussé les murs du trajet qui le sépare de certaines propriétés, de Jérusalem en marchant rompu les toiles d’araignées essentiellement dans les qui sont les hymens des chemins peu jardins de son palais. Est-ce là ce qui fréquentés et attendent la décision de La anime ceux qui arpentent le Compostelle Région pour baliser le Compostelle péi de Péi sans aspirer à fouler un jour ni la la coquille légendaire dont la première voie du Puy en Velay ni celle d’Arles, ni le chemin tourangeau ni le camino francés ou a déjà été collée sur la façade de l’église quelque autre tracé officiel ? Se satisfont-ils Saint-Jacques à Saint-Denis.. donc d’aplanir le terroir de leur zone de Parce que les membres de l’ARCC sont confort sans jamais se confronter aux paysages qui changent de jour en jour ni du genre à prendre les devants, ils ont aux « buen camino » et autres « ultreïa » réalisé un topoguide détaillé semblable à d’encouragements autochtones ? N’est-ce celui qu’on trouve pour les contrescarpes métropolitaines et espagnoles. Si le trajet pas raboter au voyage tout ce qui en fait le sel ? Une ablation de l’aventure ? est simple et qu’il se contente en théorie de suivre la côte, l’urbanisation le modifie Si Armande affiche un dépit amusé quand et amène les pèlerins à composer avec les elle pense aux adhérents casaniers qui ne nouvelles configurations. « Si vous n’avez verront jamais l’ombre d’une Compostela, jamais marché sur le littoral réunionnais, elle affirme que la mouture réunionnaise appelez-nous ». Armande ne manque pas est quand même un voyage en soi. et, d’exemples de wannabe pèlerins briefés comme tous les voyages, il apporte son lot des heures durant pour une expérience aux d’aventures et de rencontres. petits oignons.

© Jean-Pierre Begue

Une brève histoire d'un gouverneur poissard


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« Une fois, une femme de Saint-Joseph nous a invité chez elle, dans un boui-boui où on doit mettre un seau pour recueillir l’eau quand il pleut. Mais elle nous a ouvert sa porte, nous a offert le couvert et le café du lendemain. Il n’y avait pas de quoi poser les sacs par terre mais elle avait un cœur d’or. » Nul besoin d’aller au cœur de l’Himalaya ou dans la Creuse pour entendre parler de la générosité des démunis. Toutefois, l’anec-

dote soulève la question de l’hébergement, ce club du troisième âge dynamique a-t-il encore les os adaptés au bivouac ? Tout à fait, il leur arrive de camper en attendant de trouver des hospitaliers tout autour de l’île. « Il y a des chambres d’hôtes sur le littoral mais moins de trois jours ça ne les intéresse pas. Un pèlerin, ça circule. ». Alors ils démarchent les auberges, les paroisses et

les particuliers pour résoudre les questions d’hébergement. Si jamais vous, lecteurs et lectrices, disposez de charité, chrétienne ou autre, pour permettre l’accueil de ces vaillants pèlerins, eux sont déjà en train de changer le statut de leur association pour s’ouvrir au plus grand nombre, personnes handicapées, jeunes en difficulté et curieux de tout poil. Il ne nous reste qu’à leur souhaiter un « buen camino ». Ultreïa.

Deux autres tronçons appréciés des jacquets péi De l'Étang Salé à la Pointe au sel par les hauts

De Cap La Houssaye jusqu'au Port

Si l’ouvrage Compostelle Péi est sous-titré « Guide du chemin littoral », les pèlerins du 974 ont eu la bonne idée de s’écarter de la route nationale quand elle s’étendait trop longuement sous un soleil de plomb. En adeptes du chemin de croix, ils cassent la routine balnéaire en abandonnant les vagues furibondes vers l’ancienne route qui monte vers le Piton Bois de Nèfles jusqu’à atteindre Piton Saint-Leu et la route des Tamarins. De chemins non entretenus en passages étroits, si la moyenne d’âge des pèlerins est haute, leur intrépidité n’est pas moindre et leur tracé ravive davantage la mémoire oubliée de l’île que les sentiers foulés par les quelques 90 000 randonneurs de Mafate.

Si la savane Cap La Houssaye est l’invitée habituelle de nos magazines, c’est qu’elle a les atouts pour séduire les jacquets qui se frayent un chemin jusqu’aux environs du tunnel de la Marianne. Après le front de mer saint-paulois, ils peuvent profiter des premiers ombrages du parcours de santé. Ici, les pèlerins aux sacs de randos jurent un peu parmi les coureurs à camelbak et autres victimes des fêtes en rédemption. À travers la forêt domaniale qui longe les plages de sable noir derrière la zone de Cambaie, on échappe à la chaleur environnante sous les feuillages cuit d’une végétation persistante. Le trajet se corse après le Port Est puisque, du propre aveu d’Armande, il y a trente minutes de route passante avant d’atteindre La Possession. Mais récupérer vers le chemin des anglais est un autre plaisir de ces marcheurs zélés.

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La partie OUEST DU CHEMIN Camille m’emmène au sud de la pointe de Trois Bassins pour me donner un avant-goût de pèlerinage réunionnais. Sac sur le dos orné d’une coquille bringuebalée par le doux cahot du senior aidé de ses cannes, il marche le long de la route nationale en quête d’une percée qui le rapprocherait de la mer. Ce n’est pas évident, des chokas ont poussé là où demeurent les fantômes de tels chemins. En Europe aussi des pans entiers du chemin ont été dévorés par le bitume et le goudron. Derrière les herbes hautes qui cachent l’horizon, des joggueurs nous narguent en attendant que nous trouvions les moyens de les rejoindre. Nous y voilà. Nous retrouvons l’aridité des savanes qui composent souvent nos lignes, son sol basaltique aussi, dans tout ce qu’il a de cabossé. « Je suis déjà tombé par ici. Je me suis ouvert la main » m’apprend le grand-père, nous intimant lui et moi à redoubler de vigilance. Après les herbes jaunes pâles, c’est le fumet d’une nature calcinée qui nous accueille. En un rien, le paysage arbore le noir d’un

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incendie récent qui se constelle déjà de touches végétales vertes comme au premier jour. Le feu n’a pas tout pris, ni tout espoir de vie ni le dessin du sentier remarquablement net au milieu du brasier.

Nous n’avons pas fait 500 pas que nous sommes déjà en lisière d’une forêt d’arbustes presque nus dont les quelques feuilles orange témoignent des fortes chaleurs. Sous sa casquette brodée de la croix de Santiago, Camille avance, imperturbable, libre de choisir son chemin parmi les voies disséminées le long de la côte. Dans le voyage, la destination ne compte pour ainsi dire pas une cacahuète dit-on. Pourtant, la route des Tamarins posée sur les versants montagneux qui constituent notre décor est traversée de voyageurs pressés. Engloutis par le but, ils ne prennent pas le temps de constater les changements subtils du paysage. Même en plein cagnard, il me semble que c’est aux marcheurs qu’appartient la notion de luxe. Si nous continuons, nous aurons le choix de laisser nos empreintes dans le sable de la Saline ou d’opter pour la terre ferme, de se cantonner aux bords de route ou d’avancer dans la savane. Le champ des possibles paraît illimité.


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UN ARTISTE DE tAILLE(S) © Mickael Dalleau

XAVIER DANIEL 34


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Depuis l’éclipse annulaire de septembre 2016, le système solaire s’est miniaturisé sur l’ouest et le sud de l’île. En respectant les échelles de tailles et de distances, l’exposition s’étend de Saint-Leu à Bourg Murat. C’est à l’artiste plasticien Xavier Daniel qu’on doit l’arrivée de ces astres de verre qui mettent les humains à leur place.

Quand je le rencontre dans sa maison entre-deusienne, je me rends compte que celui qui a coordonné de nombreux élèves pour donner à La Réunion des airs de galaxie a moins le physique du nerd féru de sciences que celui du prof de sport. Une caractéristique physique qui pourrait le rendre comparable aux astres dont il a longtemps voulu se rapprocher : son crâne lisse comme le deviennent les planètes après des milliards d’années de soumissions aux forces gravitationnelles. Comme des milliers de gosses, Xavier Daniel rêvait d’être astronaute. Un rêve dont les limites avaient la gueule de la myopie. « Alors j’ai voulu devenir astrophysicien mais mes études menaient plutôt vers l’aéronautique. Il aurait fallu que je fasse encore sept ans d’études pour avoir 5% de chances de faire la recherche fondamentale comme Hubert Reeves. »

« En général, le devoir de ces lycéens [ Lycée Professionnel, section Gros œuvre ] est de construire un mur en béton qu’ils vont devoir abattre à coups de masse à la fin de l’année. Là, ils ont des stèles en béton ciré qu’ils ont eux-mêmes moulées et démoulées, on a pu tester les quantités de colorimétrie des pigments dans le béton. Puis les stèles seront là dans treize endroits de La Réunion. »

En plus des interactions interscolaires, une exposition à destination des collégiens visera à les éclairer sur les processus de fabrication et la réalité du lycée professionnel. Il est comme ça, "des éléments Xavier. Il lie les gens, les travaux mais visibles ou aussi les idées et concepts qui nous invisibles pour dépassent, invoquant pour expliquer faire avancer son rôle un vocabulaire qui frise la métaphysique. le paradigme

des gens"»

Il finit par sécher ses examens pour animer les nuits d’une île de la côte d’Azur puis abandonne la vie universitaire pour les atours d’une vahiné. Mais Xavier, ayant plus d’un rêve dans son sac, se décide à épouser la carrière artistique en faisant fi des « mais c’est pas un vrai métier » chroniques. L’art lui permet de garder le ciel en ligne de mire, et il conserve une rigueur scientifique doublée d’une pédagogie qui s’est affinée durant de longs week-ends à donner des cours particuliers. De toute façon, selon Xavier Daniel, en tant qu’artiste, « on n’invente pas grand-chose, on transmet, on transforme. » Au-delà de la seule transmission, il apporte aux gamins qu’il a fait travailler une certaine postérité. Avec Kosmos, une exposition à l’air libre qui met le système solaire à l’échelle, leurs ouvrages dureront plus longtemps que d’habitude.

« Je me sens médiateur. Je prends des éléments visibles ou invisibles, ou des concepts que je transmets aux spectateurs pour faire avancer le paradigme des gens et la façon dont ils se considèrent sur Terre et dans l’univers. » Si l’on pouvait ne percevoir de Kosmos que le caractère informatif en mettant l’accent uniquement sur la configuration du système solaire, l’artiste nous aiguille naturellement vers les sphères spirituelles, qu’il juge indissociable de la matière. Il ne s’agit pas seulement de constater que si Uranus tenait dans la paume de la main, comme sa réplique située sur l’esplanade de Stella Matutina, il faudrait encore parcourir près de 14 km jusqu’à Kélonia où se trouve Hauméa, planète naine qui a, dans la ceinture de Kuiper, la forme d’un grain de riz et, dans la ferme des tortues, les dimensions dudit grain. L’exposition permet surtout de se représenter des dimensions quasiment inconcevables pour l’esprit humain.

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« On ne sait plus si on est dans la science, dans la philosophie ou dans le mystique. Une fois qu’on s’est rendu compte de ces dimensions et qu’on voit que la Terre fait deux centimètres dans ce grand vide, intuitivement on se dit qu’on est sur pas grand-chose. » Une telle réalisation permet aussi de calmer les ardeurs de ceux qui scrutent le ciel en quête d’exoplanètes habitables en fantasmant la conquête spatiale. « On se rend compte que La Terre est un vaisseau, que c’est ici qu’est la vie et qu’on ne va pas pouvoir partir ailleurs. Sur une configuration du système solaire à l’échelle de l’exposition, l’étoile la plus proche de nous, serait à mi-chemin entre la Terre et notre lune. Un vaisseau spatial ne ferait même pas un millième de micron. Imaginer un microbe aller d’ici vers la lune, non, ce n’est pas possible ou ça prendrait des millénaires. »

« La Réunion est pareille, isolée géographiquement mais en interaction totale avec l’air, les températures, les courants marins… Kosmos montre que l’humain est en interaction avec l’univers même s’il n’en a pas une conscience aiguë. » Sa prochaine exposition, intitulée Nanocosme, jouera avec d’autres types de distances inconcevables. L’infiniment petit à l’aune de nos dimensions à la fois dérisoires et immenses. Il envisage pour se faire des installations monumentales représentant des structures de la matière à l’échelle du nanomètre. Une chose est sûre, Xavier Daniel n’a pas fini d’user de pédagogie pour nous remettre en perspective. Comme quoi, en sciences fondamentales, il arrive que ce soit effectivement la taille qui compte. Plus d’informations : www.xavierdaniel.fr

L’isolement ne signifie pas pour autant absence d’interaction. Loin des astres, la Terre est toujours soumise à l’effet de la lune sur les marées, à la gravitation des planêtes voisines.

où se trouvent les planètes ? Les Avirons • Soleil, Mercure, Vénus, Terre, Mars (centre-ville) • Cérès (D11, chemin Merlot), Jupiter (Ch. N°1)

L’étang-Salé • Saturne (D17, entrée de la forêt, Blue Bayou) Saint-Leu • Uranus (Stella Matutina) • Hauméa (Kélonia) Saint-Louis - Les Makes • Neptune (D20, devant la Mairie) Saint-Pierre - Pierrefonds • Makémaké (Aéroport) Entre-Deux • Pluton (devant Office de Tourisme)

© B.Bouton

Le Tamon - Bourg Murat • Eris (Cité du Volcan)

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AGENDA

ROVER

© DR

Rover, c’est une voix aux accent d’un Bowie qui viendrait nous dire que l’âge d’or du rock est éternel et que ses icones peuvent vivre, c’est une chose, mais évoluer et créer de nouveaux titres toujours plus puissants et inspirés, et cela, Timothée Régnier y parvient à la perfection. Les étoiles du Téat Plein Air seront le décor idéal pour les hauteurs prodigieuses que ce colosse parvient à atteindre. 3 mars | Saint-Gilles les bains | Téat Plein Air

Et de dix albums pour Thomas Fersen, l’artiste qui, dans la catégorie « il y a plus d’animaux que d’humains dans mes histoires » arrive bon second derrière La Fontaine. Comme son titre l’indique, Un coup de queue de vache, tout juste dans les bacs depuis le 27 janvier, étoffe le bestiaire avec des créatures de la ferme. Veaux, vaches, cochons mais aussi quartette de cordes s’ajoutent aux fables de ce quinqua amoureux des mots au flegme des plus charmants. Entre musiques enjouées, passages contés et monologues, ce spectacle s’annonce joyeux et diablement varié.

© Mickael Dalleau

25 FÉVRIER | LE PORT | KABARDOCK

© Julien Mignont | © DR

Thomas Fersen

A-WA Ces trois sœurs israéliennes, qui arborent fièrement le combo djellaba + Converses, cartonnent dans les clubs européens et US avec leur pop empruntant aux chants traditionnels yéménites de leur grand-mère. Leurs couleurs sont flashy, leur musique solaire est une boule à facettes reggae, pop, electro qui soutient des paroles arabes entraînantes à souhait. En arabe, « a-wa » signifie « oui », la réponse à apporter si on vous propose de les voir en live. 23 mars | Le Port | Le Kabardock

Avant d’être niaiseries markétées par Disney, les contes étaient l’occasion de dépeindre les fourberies du monde et leurs monstres se faisaient les incarnations des vices humains. Moins connu que Perrault et Grimm, c’est pourtant à Giambattista Basile, conteur italien de La Renaissance, qu’on doit Peau d’Âne, Cendrillon et Le Chat Botté mais dans des versions crues, sulfureuses, érotiques. Compilées dans Le Conte des contes, ces histoires sont tombées dans les mains de la compagnie Lépok Epik et deux d’entre elles sont jouées en français et en créole, dont le langage fleuri convient particulièrement à ces farces jubilatoires. Rangez donc vos petits joufflus et découvrez entre adultes ces remakes non censurés qui nous dépeignent les créatures horribles que nous sommes. Truculents sans être vulgaires, ces contes-là sauront attiser vos folles ardeurs. 27 février | Piton Saint-Leu | Le Séchoir 3, 7 & 10 mars | Le Port | Théâtre sous les arbres

© DR

Le Conte des contes

10ème nuit des virtuoses Voilà dix ans qu’Eric Juret, le directeur du théâtre Luc Donat scrute chaque recoin des internets en quête des meilleurs musiciens de la planète et les convie en terre mascarine avec leurs instruments extraterrestres. Cette édition 2017 voyage de l’Autriche à La Colombie et se compose du jazz prodigieux, que Jacob Collier effectue en un one man band insolemment délicat, de la harpe imprévisible d’Edmar Castaneda et des verres à vin musicaux de Petr Spatina qui nous embarquent dans de nouvelles dimensions. 31 mars | Saint-Gilles les bains | Téat Plein Air

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carte postale Samedi 3 décembre 2016 1ère édition du festival gourmand à st-leu 50 artisans, restaurateurs, producteurs et agriculteurs ; 7 ateliers culinaires ; 2 concours de cuisine ; 1 marché ... et plus de 2 500 petits et grands gourmands ! Rendez-vous cette année pour la prochaine édition afin de déguster, acheter, regarder, sentir, observer, cuisiner, « pâtisser » ...

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© Mickael Dalleau

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à venir

Réunion

8 17 JUIN

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côte Ouest 3ÈME ÉDITION

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1er prix photo Festival de l’Image Sous-Mainre 2016 © Cédric Peneau

La

concours photos & vidéos Projections, villages d’animations promos sur les activités nautiques Un rendez-vous à ne pas manquer

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