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À L'OUEST ! NO 13 / OFFERT

L E M AG A

ZINE

GRI VAOTUUS FIATIT

QU V R IR R E D É CO U ION

L A RÉUN

XINNIAN KUAILE !

HOU-RAT POURLE NOUVEL AN CHINOIS-

ON A TESTÉ

VANGUÉ DANS ZISTOIRLE PADEL (TENNIS)-

FORZA ITALIA

5 PIZZAIOLI DE FOLIE-

DOMOUN

LALOU, LIGNES DE FUITE-

DU SEL À LA POINTE

MUSÉE DU SEL À SAINT-LEU-


RANDO * TRAIL * VTT ÎLE DE LA RÉUNION ...Des kilomètres d’aventure sur ses volcans

Photo : Teten Prod

0693 02 26 68 • ayapanareunion.com


ÉDITO Comme d’habitude ? Vous attaquez la nouvelle année lesté non seulement de quelques kilos superflus récoltés pendant les récentes et roboratives ripailles de réveillon. Mais aussi d’une hotte de (bonnes, il va sans dire) résolutions toutes plus intenables les unes que les autres... Dont celle, réaliste pour le coup, de découvrir et profiter davantage de cette île aux mille splendeurs et bien plus encore ? En ce cas, Vavang sera votre idéal compagnon de (rou)route et de sortie(s) !

du monde entier. Sur l’île, malgré un métissage croissant, la communauté créole chinoise – que l’on estime entre 3 et 5 % de la population totale – reste attachée à cette fête traditionnelle lors de laquelle les superstitions sont légion. Au fil du dossier (p.16-21), Vavang lève le voile sur leur signification, mais aussi sur le programme des festivités publiques organisées pour l’occasion, à Saint-Paul, à Saint-Leu et au Port, début février.

Le reste du magazine ne manquera pas (atToujours plus près de ce qui fait l’actualité, tention, jeu de mots !) de sel. Avec, d’une la beauté, le mystère et la richesse de part, la visite du site de production saline l’Ouest réunionnais, votre magazine à la Pointe-au-Sel (p.27), qui retrouve des gratuit accélère la cadence façon Dragon couleurs depuis quelques mois. D’autre Boat (p.21) pour sortir désormais tous part, les secrets d’une pâte et donc d’une les deux mois. Lieux, activités, pizza réussies (p.12-15). Depuis restaurants, personnages, plusieurs années, la pizza manifestations… Les monte en gamme à La LE TOURISTE, possibilités (d’une île) Réunion. Retrouvez sont pléthoriques, dans ce Vavang L'AVENTUREUX et nous aurons à quelques-unes des OU L'ÉPICURIEN cœur de fouiner meilleures adresses QUI SOMMEILLE pour vous proposer de l’Ouest qui nous EN VOUS des focus bimestriels ont livré leur souci du susceptibles de séduire travail bien fait et leur le touriste, l’aventureux recette phare du moment. ou l’épicurien qui sommeille en Miamma mia ! chacun de nous. Enfin, si tout ce sel vous a donné soif N’hésitez pas non plus à nous écrire à d’informations et de bons plans, vous contact@vavang.re pour nous faire part trouverez tout au long du magazine de de vos envies, de vos attentes ou de vos quoi étancher vos désirs : immersion dans coups de cœur. Vous êtes, rappelons-le, les le padel (p.10), rencontre avec l’écrivaine premiers ambassadeurs de la destinaLalou (p.24), découverte de Nature d’ici et tion Réunion ! d’ailleurs (p.23), etc. Pour ce premier numéro de 2020, Vavang célèbre... le Nouvel An. « Un peu à la bourre, les bougres, oté ! » Ou vraiment très en avance, c’est selon. Que nenni ! Il s’agit là du Nouvel An Chinois ! Le 25 janvier prochain, plusieurs dizaines de milliers de Réunionnais célébreront en effet la fin d’un cycle de douze années et le passage dans l’année du Rat. Familial et haut en couleurs, cet événement est de loin le plus important pour les Chinois

Bonne lecture, Meilleurs vœux « zot tout » pour 2020 ! ... et très bonne année 4 718 aux Chinois !

Dir. de la publication : Sandrick Romy | Rédaction : Arnaud Thomelin, Elsa Fourcade | Photos : Emeline Baloche Couverture : Claire Monpagens Impression : Graphica DL 6227 / N° ISSN : 2492-3575

Une édition

NO 13

Vavang est réalisé en partenariat avec l’Office de Tourisme de l’Ouest | contact@vavang.re / 0262 10 84 10

L’éditeur décline toute responsabilité quant aux erreurs éventuelles. Toute reproduction ou utilisation, intégrale ou partielle, des images et textes est interdite.

Mathieu, l’éclaireur de l’Ouest qui saura conquérir votre coeur lors des visites insolites organisées par l’Office de Tourisme de l’Ouest. Voir On a testé - Vangué dans Zistoir P.6

SOMMAIRE L'AGENDA

Ça se passe à l’Ouest P.4

BON PLAN

On a testé : Zarlor - Le Port Vangué Dans Zistoir P.6

ALON FAIRE

On a testé : le Padel Tennis P.10

ALON MANZÉ

Forza Pizza ! 5 Pizzaioli de folie P.12

KILTIR D'ICI

Le nouvel an chinois P.16 Dragon Boat P.21

ZISTOIRS

Trois-Bassins, oui... mais où ? P.22

ALTERNATIVE

Nature d’ici et d’ailleurs P.23

DOMOUN

Lalou : lignes de fuite P.24

ALON VOIR

Musée du Sel P.27

CARTE POSTALE Noël sous les arbres P.30

UN PEU DE PUB ? Vavang s’ouvre

à la publicité. Vous êtes un professionnel du tourisme, des loisirs, du sport, de la culture ? Vous souhaitez communiquer dans nos prochains numéros ? contactez nous sur contact@vavang.re

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ÇA SE PASSE À L'OUEST... PETITE SÉLECTA D’ÉVÉNEMENTS À VENIR DANS L’OUEST EN CE DÉBUT D’ANNÉE. CONCERTS, THÉÂTRE, DANSE, SPORT, MARMAILLES, ETC. IL Y EN A POUR TOUS LES GOÛTS. ET ENCORE, ON NE VOUS DIT PAS TOUT ! AFRO FUNK VAUDOU GAME 07/02 | LE K (ST-LEU)

Chaleur ! Vaudou Game se paye un retour aux sources du funk togolais. Savant mélange de claviers vintage, de guitares funky, de cuivres rutilants et de chants traditionnels, Vaudou Game donne dans la transe et le groove en cascade.

THÉÂTRE PETIT TRAITÉ DE

MANIPULATION À L'USAGE DES HONNÊTES GENS 13 & 14/02 | LESPAS (ST-PAUL)

Eve, Nixon, Molière, Salomé, Racine, Mitterrand, Shakespeare… Ils sont tous là, en Enfer, sous le regard du Diable. Qui ? Les plus grands manipulateurs de l’histoire ! Dans ce très select Vicious Club, le professeur Jouvois, auteur du célèbre traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens. Que fait-il donc là, lui qui pensait enseigner la manipulation pour faire le bien ? Une pièce mêlant comédie truculente, délire burlesque et satire sociale.

THÉÂTRE KAN LAMOUR EK LO AZAR I ZOUE AVEK

20/02 | STELLA MATUTINA (PITON ST-LEU)

Concerts, soirées, spectacles, festivals mais aussi loisirs, randonnées, bons plans et même séances de ciné... Pour tout savoir sur ce qu’il se passe à La Réunion, un seul site : www.azenda.re !

Après sa brillante relecture en créole de deux pièces de Tchekhov, Lolita Tergémina s’attaque au théâtre mutin de Marivaux. Relation maître-serviteur, contestation sociale et relations mercantiles… La pièce offre bien des résonances avec la réalité réunionnaise. C’est pourtant du côté de la langue que le défi est le plus évident : s’approprier un classique pour affirmer la beauté et la nécessité de la langue créole, offrir au public des émotions universelles dans sa langue maternelle.

CONCERT MARC LAVOINE

22/02 | TEAT PLEIN AIR (ST-GILLES)

Rôles marquants au théâtre et au cinéma, premier roman autobiographique plébiscité par le public… Après avoir fait quelques infidélités à ses premières amours, Marc Lavoine fait son retour à la chanson. Le superbe album Je reviens à toi et le spectacle total qui l’accompagne placent ces retrouvailles avec le public sous le signe de l’émotion et de la joie.

THÉÂTRE KAL (JE T'AIMERAI

JUSQU'À LA FIN DES TEMPS) 27/02 | LESPAS (ST-PAUL)

Arrivé sur une plage ravagée par un cyclone, Ram, un voyageur malgré lui, rencontre Kal, une étrange femme qui, sans un mot, le conduit au sommet d’une montagne enneigée... Est-ce une sorcière ? Est-ce un fantôme ? Ou simplement une femme qui se sent aussi seule que lui ? Ce moment de théâtre musical et dansé mélange les mythologies et les histoires d’esprits, venant de La Réunion ou du Japon. Au-delà d’une fable sur la difficulté de s’aimer, de se rencontrer, Kal (Je t’aimerai jusqu’à la fin des temps) ouvre un espoir, porté par la confiance en la poésie, le théâtre et la parole.

HUMOUR CAMILLE LELLOUCHE 28/02 | TEAT PLEIN AIR (ST-GILLES)

En deux ans, Ninette, Charlotte Léonie ou encore la femme de Lenny lui ont permis d’être suivie par plus de deux millions de personnes sur les réseaux sociaux. Il ne restait plus qu’à passer du virtuel à la scène ! Entre interprétations de personnages et performances musicales, Camille Lellouche passe du chant à la comédie avec une aisance irrésistible

MALOYA ANN O'ARO

ET DANYÈL WARO

29/02 | TEAT PLEIN AIR (ST-GILLES)

La légende (vivante) et l’avenir du maloya réunis en duo. A peine rentrées d’une tournée commune en Europe, les deux comètes créoles traversent le ciel saint-gillois pour célébrer les 50 ans du Teat Plein Air.


L’AGENDA

CINÉ-CONCERT MISARY SARY 05/03 | LESPAS (ST-PAUL)

Littéralement « Jouer avec l’image » en malgache, Misary Sary est la création et l’interprétation par le guitariste Hajazz de la musique de deux films muets en noir et blanc : La Maison démontable (Buster Keaton, 1920) et L’Emigrant (Charlie Chaplin, 1917). La guitare accompagne les mésaventures tragi-comiques qui se déroulent à l’écran. Hajazz colle aux images, on le voit, on l’oublie, on voit son ombre, l’ombre de sa guitare. Il apporte sa couleur musicale, très personnelle, à ces deux comédies intemporelles.

CIRQUE LE GROS SABORDAGE 05 & 06/03 | STELLA MATUTINA (PITON ST-LEU)

JEUNESSE ALON ZANFAN JEUNESSE ALDEBERT, ENFANTILLAGES

13 & 14/03 | TEAT PLEIN AIR

Premier album d’Aldebert composé en 2008, Enfantillages dépoussière la musique pour enfants. Sa verve canaille et sa modernité foutraque lui permettent de décrocher un disque d’or. Ici, pour la tournée des 10 ans qui s’achève, Aldebert réinvente le concert pour enfants en blockbuster rock’n’roll pour mômes électrisés ! Ses tournées triomphales ont déjà rassemblé plus de 500 000 spectateurs ravis, enfants mais aussi parents.

SCÈNE 3ÈME CONCOURS DÉPARTEMENTAL D'ÉLOQUENCE

Des bastaings, un hula-hoop géant, cinq acrobates et une bonne dose d’obstination. Quatre hommes et une femme évoluent dans un espace mouvant : les obstacles sont volontairement nombreux, le risque est calculé pour être déraisonnable. Pour traverser à plusieurs une mer imaginaire, ils n’ont que de simples blocs de bois qu’il va falloir surmonter en douceur. Dans cette fable sans catastrophe ni cynisme, les cinq circassiens font preuve d’un entêtement et d’un humour jubilatoires.

17 & 19/03 | TEAT PLEIN AIR

MUSIQUE INCONTOURNABLES ÈME

BEACH TENNIS TOURNOI INTER.

06/03 | TEAT PLEIN AIR (ST-GILLES)

17 AU 21/03 | PLAGE DES BRISANTS (ST-GILLES)

DU SEGA, 3

ÉDITION

Retour en fanfare pour le supergroupe galactique du séga réunionnais ! Qui de mieux que ces vaillants briscards de la musique (Pierrette Payet, Philippe Lapotaire...) pour ambiancer le Téat Plein Air ? Les Incontournables forment sur scène une famille survoltée et ouverte à toutes les nuances d’un genre kaléidoscopique.

En 2019, la finale nationale du concours d’éloquence HEC Paris a totalisé près de 640 000 vues sur YouTube ! Avant d’atteindre ce stade ultime, les lycéens et collégiens réunionnais sortiront leurs plus beaux atours rhétoriques pour séduire le jury de finale départementale, respectivement les 17 et 19 mars. Au menu, les thèmes de l’identité, du patrimoine et de la transmission. Quand l’art oratoire peut faire émerger le monde de demain…

DES BRISANTS

Comme chaque année, les meilleurs spécialistes mondiaux de beach tennis prendront part à ce tournoi international doté de 35 000 dollars de prix. Les paires réunionnaises tenteront de tirer leur épingle du jeu. Spectacle et bonne ambiance garantis aux Brisants !

19 AU 21/03 | LE SÉCHOIR (PITON SAINT-LEU)

Alon Zanfan, c’est un temps fort de trois jours destiné aux plus jeunes. Au menu, en partenariat avec l’association La Lanterne magique, seront proposées au Séchoir différentes projections cinéma : La Tortue Rouge le 19 mars à 16h, Pachamama le 20 mars à 14h30, Allée-Cocos le 20 mars à 16h45, La Petite Fabrique de nuages (5 courtsmétrages) le 21 mars à 14h30.

MUSIQUECONCERT HOMMAGE À JOHNNY

21/03 | TEAT PLEIN AIR (ST-GILLES)

Florian, Jérôme Payet, Emma Shaka, Pascal Manglou, Marie Payet, Pheelip Zora, Eléa, Guillaume Le Gonidec, Patrice Hoareau, Mario Solo. Entourés de musiciens de talent dont Mishko M’Ba (qui a enregistré deux albums avec Johnny) et Cyprien Munier (ex-batteur des rita Mitsouko), une dizaine de chanteurs péi rendront hommage au plus grand chanteur français des soixante dernières années. Oh Johnny, si tu savais…

DANSE CONTEMPO. ICI SOIT-IL 24/03 | LESPAS (ST-PAUL)

Danseur et chorégraphe, Yann Lheureux se retrouve confronté, à travers sa mère, à la maladie d’Alzheimer. Cette pathologie qui prend de plus en plus de place entre elle et lui… « Que reste-t-il quand le socle de l’identité disparaît ? Que restera-t-il d’elle lorsqu’elle aura oublié jusqu’à mon nom ? Longtemps, j’ai pensé qu’oublier était un atout. Aujourd’hui que c’est un peu de ma mémoire qui s’en va avec celle de ma mère, je loue cette faculté de se souvenir car elle dit qui l’on est, en rapport à soi, en rapport aux autres et au monde. » Ici soit-il.

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BON PLAN

ZARLOR VANGUÉ DANS ZISTOIR AU PORT! Tous les 2es et 4es mercredis du mois, de 9h à 11h Rendez-vous au bureau d’information touristique du Port | Public : familial, pour tous | A prévoir : baskets, casquette, crème solaire, eau | Départ de 2 à 20 inscrits | Tarif : 9€ adulte, 6€ enfant (4-11 ans)

• Photos : Emeline Baloche

ZARLOR, ZISTOIRS & PORT ON A TESTÉ

CE N’EST PAS LE QUARTIER LE PLUS PLÉBISCITÉ PAR LES TOURISTES. ET POURTANT, LE COEUR DE VILLE DU PORT RECÈLE DE NOMBREUX SECRETS HISTORIQUES. EN BON ECLAIREUR, TI MAT NOUS APPORTE SES LUMIÈRES SUR DES LIEUX ET DES HOMMES QUI ONT MARQUÉ LA VILLE, VOIRE LA RÉUNION. EMBOÎTONS-LUI LE PAS ! En ce dernier mercredi de novembre, soleil « i pouake » déjà fort à l’heure où commence la visite, et les couvre-chefs vont vite se révéler essentiels. Depuis déjà plusieurs heures, les étals du marché forain installé autour de la place des Cheminots, à l’abri des rougeoyants flamboyants en fleurs, laissent planer de douces odeurs de fruits et légumes péi. « La place des Cheminots tient son nom de l’ancienne voie de chemin de fer, qui passait à cet endroit et a été abandonnée vers 1962 », explique Ti Mat, l’Eclaireur. « D’ailleurs, les murs dans lesquels sont aujourd’hui installées les équipes du Bureau d’information touristique abritaient à l’époque

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les cadres de la CFPR, la Compagnie du chemin de fer et du Port de La Réunion. » Le maloya savamment distillé par un groupe local colle si bien à l’ambiance qu’il semble avoir été spécialement commandé par l’Office de tourisme. Venus des Charentes, Françoise et Guy sont déjà sous le charme. « Nous connaissons déjà très bien de nombreuses villes et histoires de l’île, mais Le Port reste encore mystérieux », annonce Guy. Après un rapide rappel historique sur l’histoire de la ville du Port, « née d’immenses bidonvilles peuplés d’engagés, les pionniers du désert, qui ont poussé autour du chantier du port maritime achevé en 1886 », le guide nous invite à


nous intéresser aux arbres remarquables du quartier. Dont le gigantesque banian de la glacière et ses imposantes racines, planté il y a 50 ans à proximité des premiers réfrigérateurs de La Réunion. « Il a été élu 2e plus bel arbre de France ! », souligne fièrement Ti Mat. A deux pas, devant l’église Jeanne-d’Arc, un cousin de ce banian « ficus du Bengale » présente des feuilles beaucoup plus larges. « Il s’agit d’un ficus elastica, autrement appelé un pied caoutchouc. » Erigée en pierres de lave en 1985, quand Le Port obtint le statut de commune, l’église a été récemment rénovée. « Heureusement, le carrelage créole et l’architecture en bateau retourné a été préservée », remarque Guy. « Beaucoup de touristes sont de véritables puits de connaissance sur l’histoire de La Réunion. Il n’est pas rare qu’ils complètent nos explications », se satisfait Ti Mat.

UN TRAVAIL DE TITAN En quelques pas, nous rejoignons un angle de rue. Un panneau y signale l’ancienne présence de la case, aujourd’hui disparue, de Léon de Lépervanche. « Maire du Port de 1945 à 1961, cet homme a énormément compté ter la, car il a farouchement lutté pour les droits des travailleurs de cette cité ouvrière et populaire. » Toujours rythmée par des explications et des anecdotes botaniques bienvenues (moringa, fruit à pain…), la balade se poursuit au Grand Marché, vestige des années 30, désormais galerie commerciale où s’exposent notamment les produits artisanaux du cirque éponyme Couleur Mafate. « La place devant le Grand Marché servait de lieu de rassemblement pour haranguer les foules… et les bals la poussière ! » Un peu plus loin, des gens sont installés sur la pelouse, à l’ombre d’un arbre trois-en-un orné de livres pendus par des ficelles. « Cet arbre-bibliothèque est un pié zépinard, introduit en 1920 car ses épines – d’où son nom – étaient idéales pour contribuer au respect des nouvelles parcelles. » Sur la placette, où les dockers avaient l’habitude de recevoir leur paie, un buste de Charles Renaudière de Vaux a été érigé. « Ce médecin a été en même temps maire du Port et maire de Saint-Louis au début du XXe siècle. Il a fait son maximum pour lutter contre la dévastatrice grippe espagnole de 1919, qui a fait plusieurs milliers de morts. »

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A l’approche du port maritime, de gros nuages chargés de pluie alourdissent encore l’atmosphère. Ti Mat profite d’une pause à l’ombre pour nous laisser imaginer que la rectiligne rue de Saint-Paul a, très longtemps, rejoint directement la Chaussée Royale de Saint-Paul. Difficile à se figurer aujourd’hui... L’ancien cinéma casino dépassé, « fameux non seulement pour ses films mais aussi pour d’animées réunions du Parti Communiste Réunionnais, qui a marqué l’histoire locale », nous découvrons l’imposant terminal sucrier. Nous le contournons pour découvrir la darse ouest – la darse est fut construite 100 ans plus tard, en 1986 – et donner l’occasion à Ti Mat d’évoquer le Titan. « Ce gigantesque engin de chantier a permis, lors de la construction du port, de casser une énorme dalle de basalte que les concepteurs, dont Alexandre Lavalley (qui a travaillé sur le Canal de Suez), ne s’attendaient pas à trouver. »

LE MYSTÈRE DU GALET GAMÈDE En revenant sur nos pas, notre guide nous interroge sur l’utilité d’anciennes petites portes, dont les traces subsistent au pied de certains murs du quartier. « Vous séchez ? Eh bien il s’agit de ce que l’on appelle des tinettes. Ces passages servaient aux propriétaires des demeures de la zone à déposer sur le trottoir, sans être vus, leurs seaux… d’excréments ! Que les détenus de la prison, plombés par de nombreuses corvées venaient ramasser pour les en débarrasser. » Charmant. Au moment de traverser pour rejoindre le parc de l’hôtel de ville, Ti Mat nous interpelle : sur quelques mètres seulement, des vestiges de rail n’ont pas été recouverts par le bitume. « Préserver le patrimoine est un combat de chaque instant. Heureusement que certains passionnés veillent. » Une fois dans le parc de la mairie, ouverte sur la ville et sur la rue, un bloc rocheux attire notre regard. « C’est le galet Gamède, note Ti Mat. Ce gros caillou a été rapporté par la houle cyclonique de Gamède en 2007. Sa particularité ? La date 1886 est gravée sur la pierre. Le mystère a duré douze longues années, jusqu’à ce que l’on découvre qu’il s’agissait en fait de la pierre de voûte de l’entrée du phare ! » Après plus de deux heures de marche ponctuées d’enrichissantes explications, la visite s’achève sur d’ultimes considérations botaniques de Ti Mat le passionné. « Passionné… et passionnant ! », remercie Françoise, tout en profitant d’un verre d’eau fraîche. Et mérité !

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BON PLAN

TOUT AU LONG DE L’ANNÉE, EN COMPAGNIE DE CLOVIS OU MATHIEU, LES CHALEUREUX ÉCLAIREURS DE L’OUEST, LAISSEZ-VOUS CONTER L’HISTOIRE DE LA RÉUNION ET DE SES HABITANTS AVEC PASSION ! VISITEZ DES LIEUX CÉLÈBRES MAIS AUSSI D’AUTRES BIEN MOINS CONNUS. RENCONTREZ DES PERSONNES AUTHENTIQUES. DÉCOUVREZ LA GRANDE ET LA PETITE HISTOIRE DE L’ÎLE EN ANECDOTES, CONFIDENCES ET ÉCHANGES. LES ZARLORS VANGUÉ DANS ZISTOIR SONT DE VÉRITABLES PARENTHÈSES AUSSI INSTRUCTIVES, ENCHANTERESSES QUE CONVIVIALES.

LE PORT

SUR LES TRACES DES PIONNIERS DU DÉSERT

VANGUÉ DAN ZIRTOIR DE L'OUEST • 9 € ADULTE / 6 € ENFANT (DE 4 À 11 ANS) • BALADE GUIDÉE + RAFRAÎCHISSEMENT • DURÉE 2H

• TOUS LES 2ÈMES ET 4ÈMES MERCREDIS DU MOIS • DE 9H À 11H

Ville emblématique de la conquête de l’Ouest, le Port s’est construite sur une plaine de galets. Fruit du labeur de véritables «pionniers du désert», comme Léon de Lépervanche, le docteur Renaudière de Vaux, elle regorge de repères historiques trop souvent ignorés... et que nous vous ferons découvrir !

SAINT LEU SAINT PAUL

SUR LES TRACES DES PREMIERS HABITANTS • TOUS LES VENDREDIS MATINS • DE 9H À 11H

Saint-Paul est le berceau du peuplement et la baie du meilleur ancrage. Abritée des Alizés, la côte Ouest a toujours été la plus hospitalière. Notre éclaireur vous fera traverser trois siècles d’histoires. Vous découvrirez Saint-Paul, à travers son centre historique, son cimetière marin, ses vestiges de la gare du chemin de fer, etc.

TROIS-BASSINS NATURE ET TERROIR • TOUS LES 2ÈMES ET 4ÈMES SAMEDIS DU MOIS • DE 9H À 11H

Ce circuit culturel urbain vous permettra de découvrir ce village souvent méconnu à travers mille et une anecdotes dont notre éclaireur a le secret. Vous arpenterez la partie haute de Trois-Bassins, là où bat son cœur et où se plongent ses racines et vous rencontrerez ses habitants et ses artisans.

LA POSSESSION

DE BOUCAN LALEU À KARTIER 3 LETTRES

SUR LES TRACES DES TRAVAILLEURS ENGAGÉS

Vous découvrirez le centre-ville de Saint-Leu à travers différents thèmes : les monuments historiques, la révolution des esclaves, les mystères religieux, l’invasion anglaise, le café... Notre éclaireur vous emmènera sur les traces de la compagnie des Indes ou encore celles de l’ancienne gare de chemin de fer et du port, qui contribuèrent chacune à leur manière au développement de la ville.

En 1860, l’administration coloniale décide de mettre en place un dispositif pour éviter que les maladies des «engagés» - comme la peste, le choléra ou la variole - ne déciment la population. Les Lazarets de la Grande Chaloupe sont donc créés. A travers ce circuit, découvrez l’histoire incroyable de ce lieu de quarantaine. Mais aussi celle de ces infortunés via leurs us et coutumes.

• TOUS LES MERCREDIS APRÈSMIDI • DE 14H30 À 16H30

• TOUS LES 1ERS ET 3ÈMES MERCREDIS DU MOIS • DE 9H À 11H

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ALON FAIRE

• Photos : Emeline Baloche

ON A TESTÉ

LE PADEL TENNIS « TU VAS FAIRE DU PADDLE ? NON… DU PADEL ! » ENCORE SOUVENT CONFONDU AVEC SON QUASI HOMOPHONE, LE PADEL N’EN EST QU’À SES BALBUTIEMENTS À LA RÉUNION. ARRIVÉ CHEZ NOUS EN 2017, CE SPORT DE RAQUETTE, MÉLANGE DE TENNIS ET SQUASH, NE COMPTE QUE 3 TERRAINS DANS L’OUEST. MAIS, AVEC DES PRATIQUANTS DE PLUS EN PLUS NOMBREUX, L’OFFRE EST AMENÉE À GONFLER... NOUS, ON A ESSAYÉ ET ON EST DÉJÀ À FOND ! Acapulco, Mexique. 1969. Enrique Corcuera est bien ennuyé. Cet homme d’affaires, passionné de tennis, aimerait faire construire un court sur sa propriété. Mais il n’en a pas la place. Lui vient alors l’idée d’une surface de jeu réduite, entourée de hauts murs, pour ne pas perdre les balles dans la nature environnante. Autre nécessité : celle d’adapter la raquette, qui ne sera pas cordée mais pleine et percée de petits trous. C’est ainsi que naquit le padel, dont les premières compétitions internationales furent organisées en 1982. En tout cas, telle est la version reprise par le site de la

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Fédération française de tennis (FFT), dont dépend aujourd’hui la discipline. Bien difficile de dénouer le vrai du faux parmi les différentes hypothèses. « Pour moi, l’idée de ce Mexicain viendrait du fait que sa femme ne renvoyait pas ses balles ! Il a donc monté des murs et décidé de jouer avec eux », rapporte Mickaël Grenier, professeur de padel, qu’il a implanté et développé à Ekwalis, à La Possession, depuis fin 2017. « Nos deux terrains sont sortis de terre en octobre, soit quelques mois seulement après le premier terrain de La Réunion, situé dans l’hôtel Akoya à la Saline-les-Bains. »

BIENTÔT DU NOUVEAU Diplômé d’Etat de tennis, « Mika » est le seul à donner des cours de padel à La Réunion et à organiser régulièrement des tournois homologués. « En deux ans, le nombre de pratiquants est passé pour ainsi dire de zéro à plusieurs centaines, détaille-til. Plus de 400 personnes ont joué au moins une fois à Ekwalis, dont environ 100 jouent chaque semaine et 50 prennent des cours collectifs. » Parmi eux, de nombreux joueurs de tennis et de beach tennis. Joueurs… et joueuses ? « Etonnamment, non ! On compte


© Emeline

1 joueuse pour 9 joueurs. Et presque aucun marmaille. Je ne me l’explique pas, car ce jeu est fun, convivial et accessible à tous ! » A La Réunion, la marge de progression est encore grande pour le padel, qui connaît son essor depuis les années 2010 seulement en métropole. D’ailleurs, certains ont senti le (bon) filon et l’apparition de nouveaux terrains est évoquée dans l’ouest : deux à l’Hermitage Académie Tennis en 2020 et probablement quatre dans un complexe Five flambant neuf, à l’horizon 2021. En attendant donc, rien ne vous empêche de saisir la balle au bond et expérimenter dès maintenant ce sport. Pour faire cet article, j’ai bien entendu essayé d’y jouer...

Et je confirme les propos de «Mika» : pas besoin d’être grand sportif ou un expert en raquettes pour être celui - ou celle, car oui, en plus on peut jouer en mixte - qui fera basculer le point. Chacun peut faire valoir ses atouts : réactivité ou stratégie du positionnement, force brute ou finesse de l’amorti, adresse ou vivacité, etc. S’il faut jouer plusieurs parties avant de tout maitriser, les premiers matchs - avec toutes les balles dans le filet ou en l’air qui vont bien - restent quand même super funs.

OÙ PRATIQUER EKWALIS (2 TERRAINS)

4, rue Jean-Robert à La Possession Du lundi au vendredi de 9h à 21h, samedi de 8h à 20h, dimanche de 8h à 13h Tarifs : 32€/h pour le terrain, carte de 10 accès de 2h à 100€, location raquette 2€ Tél. : 0262 91 09 16 | www.ekwalis.re

HÔTEL AKOYA (1 TERRAIN)

6, impasse des Goélands à la Saline-les-Bains Tous les jours de 8h à 20h Tarifs : 35 €/h pour le terrain, 45 €/1h30, 55€/2h (raquettes et balles incluses) Tél. : 0262 61 61 62 | www.akoya-hotel.com

Alors certes, la location du terrain n’est pas à la portée de toutes les bourses (il faut compter 8-10€/personne) mais ça en vaut le coup. Le padel tennis est un sport ultra ludique à pratiquer, même en étant débutant.

PETIT(E) AIR(E) DE TENNIS Le score au padel se compte comme au tennis. Il se pratique en double, avec service à la cuillère et balles à la pression légèrement inférieure. Surtout, le court est plus petit et entouré de murs et de grillages avec lesquels il est permis de jouer après rebond, en attaque comme en défense (un peu comme au squash). Le terrain mesure 10 sur 20 m, avec deux zones de service et sans couloirs. Au-delà des grillages et des vitres, la hauteur libre doit être de 7 m minimum sur toute la surface. Qui est en gazon synthétique sablé ou semi-sablé.

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ALON MANZÉ

FORZA PIZZA ! 5 PIZZAIOLI DE FOLIE

• Al Gusto | Photos : Emeline Baloche

ELLES NE SONT PAS ENCORE LÉGION DANS L’OUEST DE LA RÉUNION, NI MÊME À LA RÉUNION TOUT COURT D’AILLEURS. POURTANT, DOUCEMENT MAIS SÛREMENT, LES PIZZERIAS QUI TRAVAILLENT UNE PÂTE ET DES RECETTES PRÉPARÉES DANS LES RÈGLES DE L’ART GAGNENT DU TERRAIN. QUELQUES-UNS DE CES PIZZAIOLI PRÉCURSEURS ONT SORTI LEURS SECRETS DU FOUR POUR RÉGALER UN VAVANG AUSSI GOURMET QUE GOURMAND. Gaspacho de citrouille maison, mozzarella, saumon façon gravlax aux baies roses, citron caviar, radis et pousses d’épinards. Plutôt sympathique, cette composition d’assiette inscrite à l’ardoise. D’un restaurant bistronomique de la place ? Que nenni ! Cet assemblage est en fait celui que proposait récemment Adrien Nativel sur… sa pizza du mois ! La 102e du nom. « Depuis l’ouverture, Robin Ricordel – triple champion de France de pizza – puis moi-même (depuis février 2019) avons eu à cœur de mettre à la carte des pizzas particulièrement travaillées, originales, à vocation gastronomique », explique le pizzaiolo de La Casa Pizza, située sur le front de mer de Saint-Paul.

rizo en l’occurrence) ont même intégré définitivement la carte fixe », se satisfait le jeune professionnel de 29 ans, formé chez ceux qui, depuis un petit bout de temps désormais, portent haut les couleurs de la pizza réunionnaise, Valérie et Thierry Gourreau.

Des intitulés qui ont surpris et, immédiatement, plu à une clientèle peu habituée à de telles escapades gustatives à la mode pizza. « Sur les 40 à 50 pizzas que mon compère Wilman et moi envoyons chaque soir, la pizza du mois en représente 20 à 30 % des commandes. Devant une telle demande, certaines (l’italienne et la signature cho• L’équipe de la Casa Pizza. Au centre, Adrien Nativel

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Souvent médiatisés pour leurs multiples titres et places d’honneur en compétitions internationales, les propriétaires de la franchise Mam’zelle Pizza, très présente dans le sud de l’île (Le Tampon, Saint-Pierre, Saint-Joseph), ouvrent en ce début d’année 2020 une nouvelle adresse à la Saline-les-Bains cette fois. « Depuis une dizaine d’années, nous faisons en sorte d’améliorer la qualité des pizzas à l’échelon local, détaille Thierry Gourreau. Et notamment depuis 2014, avec La formation by Mam’Zelle pizza [ex Ecole de pizza Réunion océan Indien, ndlr]. Préparer une pizza, c’est un vrai savoir-faire artisanal qui ne s’improvise pas ! Il fallait en finir avec l’assimilation entre pizza et malbouffe. »

obtenir au final, après cuisson, une pâte de bonne tenue, moelleuse sur les bordures (les « trottoirs » pour certains), croustillante en son centre et la plus digeste possible pour le client. Autre règle d’or : l’étalage de la pâte se fait à la main, forcément !

Dans l’ouest, Chez Fostin (Saint-Gilles-les-Bains) a posé les bases, voilà trois ans, d’une pizza bien réalisée, parfois agrémentée de produits nobles : burrata fraîche, gorgonzola, charcuterie italienne, huile de truffe... Depuis, quelques restaurateurs de la zone lui ont emboîté le pas. • Arthur Meyer, l’artisan culinaire

100 % MOZZA Aux côtés de Thierry Gourreau et de Robin Ricordel, Adrien Nativel a vite compris que le petit garçon qui aimait tant préparer des pizzas à ses proches restait en réalité bien éloigné des standards qu’exige une pizza de qualité. « Pour préparer une bonne pâte à pizza, il est fondamental de se montrer rigoureux et de respecter l’hydrométrie, ainsi que des dosages précis. Le choix des farines de base est important, et surtout la maturation des pâtons est essentielle. » Selon les professionnels, le temps de « pousse » de ces pâtes oscille entre 36 et 72 heures. Mais il se révèle absolument indispensable pour

C’est le cas de La Casa Pizza depuis juin 2018 (à emporter uniquement) et d’Al Gusto, qui a ouvert à la Saline-les-Bains en février 2019. « Sauce tomate, tomates confites, crème de truffe… Toutes les préparations utiles aux assemblages sont maison. Il s’agit d’un vrai travail de cuisinier », précise Mickaël Veragten, pizzaiolo en chef qui bénéficie d’une solide expérience de pâtissier et de cuisinier en métropole. « Et bien évidemment, c’est du 100 % mozzarella ! Hors de question d’utiliser de l’emmental, qui apporte du gras à outrance avant d’assécher la pizza en refroidissant. »

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• Al Gusto : Mickaël Veragten

Jambon truffé à cœur, pastrami, burrata fraîche… Chez Al Gusto, une grande importance est accordée au choix des produits dégustés par le client. « Nous voulions avant tout un restaurant convivial, familial et accessible à tous sur le plan des tarifs, rappelle Mika. Ce qui n’interdit pas de proposer des pizzas de qualité, préparées avec des ingrédients premium et un service qui monte en gamme, lui aussi, au dîner. » L’expérience client, c’est également ce qui a motivé l’Iloha, l’hôtel 3 étoiles de la Pointe-des-Châteaux (Saint-Leu), à placer le curseur beaucoup plus haut lors de la récente réouverture de sa Trattoria. « Depuis 2011, une restauration différente, typée italienne, était proposée à la clientèle de l’hôtel. Mais les assiettes ne correspondaient plus ni aux envies du personnel ni aux attentes du client. La rénovation a donc été l’occasion de revoir de fond en comble la carte, dont les pizzas bien évidemment », se félicite Joseph Joséphine, le responsable.

cette recette populaire un plat à part entière au cours d’un dîner gastronomique », estime-t-il. Jusqu’à avoir imaginé pour sa Trattoria des pizzas gourmets à la langouste et au caviar… « Les clients sont surpris, mais ils goûtent à toutes les pizzas, même les plus chères ! Et, en cuisine, la motivation est au maximum pour sortir de belles assiettes. C’est gagnant-gagnant ! »

A PART… ET À LA PART A La Casa Pizza, ce travail d’orfèvre fait rêver Adrien. Qui attend avec impatience le service sur place. « D’ici peu, nos clients devraient profiter de pizzas bien chaudes, pas dégradées par la condensation dans le carton. J’aimerais tendre encore davantage à sortir des pizzas semi-gastronomiques, confectionnées à partir d’un maximum de produits frais pays. » Ce virage des produits frais et locaux, Arthur Meyer l’a pris en 2017 dans son container installé à Bellemène. A la suite d’un virage mal maîtrisé, à moto celui-ci… « J’ai décidé d’en finir avec les pizzas (classiques donc médiocres) que je sortais depuis 2001, et de concrétiser une envie de longue date : celle de faire connaître à ma clientèle les pizzas à la pala, que j’avais découvertes à Rome », narret-il, tout en enfournant, à l’aide d’une longue pelle en tamarin

• La Trattoria : Joseph Joséphine

Primo : fini le mélange mozza-emmental d’avant. Secundo : formé à la préparation de la pâte, entouré d’une brigade renforcée, le jeune cuisinier de formation puise dans son bagage technique et culinaire pour peaufiner les nouvelles créations. « Aujourd’hui, la pizza n’a plus rien de péjoratif. En y mettant l’esprit et les connaissances des saveurs propres à un cuisinier, il est aisé de faire de

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• Arthur, l’artisan culinaire


faite main, de longues pâtes rectangulaires qu’il fait précuire. « Je travaille seul, et cette précuisson me permet de tenir le rythme des commandes. Mais ce procédé m’a obligé à monter en gamme sur la qualité de la pâte et des ingrédients. » Son credo ? S’appuyer sur une solide base de produits frais, de saison et de qualité pour réaliser les pizzas vendues à la part sur ses trois jours de service. « En fonction des légumes disponibles et de mes envies, les combinaisons peuvent changer. Par conséquent, chez moi, pas de carte fixe ni de commande

AL GUSTO

ALON MANZÉ

par téléphone ! » Sur place uniquement, les clients – « 100% de fidèles, car il faut connaître ! » – hésitent donc entre la « fromage de chèvre, brie, aubergines grillées, miel », la « brèdes, oignons, marlin fumé » et la « poulet à l’oriental mariné, courgettes, bringelles ». « Ils n’hésitent pas longtemps, car ils peuvent goûter à toutes grâce à la vente à la part ! » Et se régaler de suite, en profitant depuis le promontoire aménagé du coucher de soleil sur la baie de Saint-Paul… Buon appetito tutti !

LA TRATTORIA (HÔTEL ILOHA)

4, route du Trou d’eau à la Saline-les-Bains Tél. : 0262 61 85 88

44, rue Georges-Pompidou à Saint-Leu (Pointe des Châteaux) Tél. : 0262 34 89 89

Horaires : fermé le mercredi, ouvert tous les soirs + le midi les lundi, mardi et samedi | Tarifs : de 8€ à 20€ la pizza | Sur place ou à emporter

Horaires : tous les jours, de 14h30 à 21h45 (à partir de 12h le dimanche) | Tarifs : de 13€ à 36€ la pizza | A consommer sur place

Notre coup de coeur : Pizza burrata : base tomate maison, mozzarella, roquette, tomates cerise confites, burrata entière (250 g), crème de vinaigre balsamique, olives noires

MAM'ZELLE PIZZA

10, route du Trou d’eau à la Saline-les-Bain | Tél. : 0692 00 18 17 Horaires : du mardi au dimanche, midi et soir | Tarifs : de 13€ à 24€ la pizza, menu dégustation autour de la pizza (nouveau !) entre 35 et 39€ | Sur place ou à emporter Notre coup de coeur : Pizza focaccia du moment : base tomate maison, mozzarella, canard, figues fraîches, vinaigre balsamique traditionnel de Modène

Notre coup de coeur : Pizza caviar : base crème aux épinards maison, noix de Saint-Jacques, caviar d’Aquitaine, crème montée au citron, tomates cerise, pousses d’épinards

LA CASA PIZZA

Boulevard du front de mer de Saint-Paul, en face du boulodrome Tél. : 0693 04 58 59 Horaires : du mardi au dimanche, de 17h à 21h30 | Tarifs : de 8€ à 19€ selon la taille, 14 à 16€ pour la pizza du mois | A emporter ou en livraison (prochainement, ouverture le midi avec service sur place) Notre coup de coeur : Pizza du mois : base gaspacho de citrouille maison, mozzarella, saumon façon gravlax aux baies roses, citron caviar, radis, pousses d’épinards

ARTHUR, L'ARTISAN CULINAIRE 147, rue Montrouge à Bellemène Saint-Paul | Tél. : 0692 67 43 97

Horaires : du jeudi au samedi (hors vacances scolaires) de 17h à 21h. Pas de commande ! | Tarifs : de 3,50€ à 4,50€ la part de pizza | A emporter ou à déguster sur place en terrasse Notre coup de coeur : Pizza végétarienne, avec possibilité d’ajouter de la coppa : base tomate maison, mozzarella, pleurotes de la Chaloupe St-Leu, trois poivrons, brocolis

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DANN ZION KILTIR D’ICI

• Photos : Henan Arts Troupe of China ; Jhonny Thiaw-Woaye ; IRT - Emmanuel Virin, Jérome Martino

HOU-RAT POUR LE NOUVEL AN CHINOIS ! XINNIAN KUAILE !

FÊTE EN FAMILLE, REPAS GARGANTUESQUE, DANSES DU LION ET DU DRAGON, PÉTARDS À GOGO… DANS LE RESPECT DE LA TRADITION ANCESTRALE, LA COMMUNAUTÉ CHINOISE DE LA RÉUNION CÉLÈBRE SON NOUVEL AN LE SAMEDI 25 JANVIER PROCHAIN. EN FÉVRIER, À SAINT-PAUL ET À SAINT-LEU, UNE TROUPE VENUE DE CHINE PROPOSERA UN SPECTACLE GRATUIT POUR MARQUER LE COUP À L’OCCASION DE CE PASSAGE DANS L’ANNÉE DU RAT DE MÉTAL. 16

Ambitieux, prompt à s’emporter et passionné. Avec ce Rat, de métal qui plus est, l’année qui commence s’annonce mouvementée pour les Chinois en général, et pour la communauté chinoise de La Réunion en particulier. « C’est sûr que le Rat est un signe fort », confirme Michel You-Seen, le président de l’Amicale de l’école franco-chinoise (AEFC) de Saint-Paul. Le 25 janvier, l’année du Cochon, ainsi qu’un cycle de douze années, seront bouclés. Et le premier signe du zodiaque chinois, à savoir le Rat, fera son grand retour. Avant de laisser sa place au buffle dans un an.


Selon la légende, Bouddha aurait invité les animaux de son royaume pour la nouvelle année. Mais douze seulement vinrent, et il décida en remerciement de leur attribuer à chacun une année pendant laquelle ils seraient célébrés. Par cycles de douze années donc. C’était il y a fort longtemps, puisque l’année à venir est la 4 718e année du calendrier chinois... « Nous nous basons sur le calendrier lunaire, explique Michel You-Seen. Le Nouvel An Chinois, que nous appelons également Fête du Printemps, est fêté le premier jour de l’année lunaire. »  En fonction du calendrier lunaire chinois, la date du Nouvel An varie d’une année à l’autre. Mais elle se situe toujours entre le 21 janvier et le 20 février du calendrier occidental.

UN FESTIN SINON RIEN En 2020, ce sera donc le samedi 25 janvier ! « C’est de loin la fête la plus importante pour nous, Chinois ! Que nous soyons en Chine ou que nous fassions partie de la diaspora disséminée tout autour de la planète. » La genèse de cette tradition est à chercher du côté des récits légendaires. Un notamment. Celui de Nian Shou (ou Nien), terrible démon qui attaquait et dévorait la population la nuit du premier jour de l’année. Mais il craignait particulièrement la lumière, le bruit et la couleur rouge.

RAT-VISSANT Le Rat (ou Souris) constitue le premier animal du zodiaque chinois. Il en existe douze au total : Rat, Bœuf (ou Buffle), Lapin, Tigre, Serpent, Dragon, Singe, Chèvre, Cheval, Chien, Coq et Cochon. Contrairement à l’astrologie classique occidentale, le zodiaque chinois se décompose en année, et non en mois. C’est l’année de naissance qui détermine par conséquent le signe de chacun. Un signe/ animal auquel est associé un des cinq éléments, qui dépend aussi de l’année : bois, feu, eau, terre ou métal. En 2020, le Rat sera de métal. Les caractéristiques du Rat ? Il est ambitieux, prompt à s’emporter, égoïste, mais également passionné, charmeur, sociable, curieux, inventif et astucieux. C’est un signe de chance et de prospérité, protecteur et généreux envers ceux qui lui sont fidèles. Entier, il ne manque jamais une occasion pour polémiquer et peut être jugé agaçant, voire excessif verbalement.

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DES SPECTACLES GRATUITS Si le Nouvel An Chinois intervient le 25 janvier, cette date est principalement dédiée aux festivités familiales, comme l’entend la coutume. Le grand public devra, lui, attendre jusqu’au week-end des 8 et 9 février pour profiter de célébrations toujours hautes en couleurs. Le samedi 8 février, à 20 h 30, le front de mer de Saint-Paul sera le théâtre d’un impressionnant spectacle – gratuit – mené par une troupe de 25 artistes venue spécialement de la ville de Huizhou (province du Guangdong). Durant une heure, s’enchaîneront acrobaties, tours de magie, danses et flûtes traditionnelles. « Les troupes locales profiteront de cette journée de fête pour effectuer les incontournables danses du Dragon et du Lion dans les rues de Saint-Paul », annonce Michel You-Seen, le président de l’Amicale de l’école franco-chinoise de la commune. « Les danseurs dissimulés sous les marionnettes géantes pénétreront à l’intérieur des commerces, chinois ou non, qui en auront fait la demande (environ 30 % chaque année). Ils en feront le tour pour chasser le mauvais esprit et apporter prospérité, santé et bienveillance. » Le lendemain, dimanche 9 février, ce sera au tour de Saint-Leu d’accueillir le spectacle de la troupe de Huizhou. « Toujours gratuit, il se déroulera à 11 h, au parc du Vingt-Décembre, mais dans un format réduit à 45 minutes.  » Comme à Saint-Paul, les troupes locales parcourront les rues et les commerces pour chasser le mauvais esprit, à grand renfort de pétards cela va de soi ! • Samedi 08/02 à 20 h 30 sur le front de mer de Saint-Paul • Dimanche 09/02 à 11 h au Parc du Vingt-Décembre à Saint-Leu

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Par conséquent, pour le tenir à distance, les habitants allumaient des torches et faisaient exploser des feux d’artifice. La légende a fait la tradition, qui est encore respectée de nos jours sous la forme de pétards (pour effrayer les mauvais esprits) et de papiers rouges disposés de chaque côté des portes des cases.

FESTIN FESTIF En Chine, les festivités s’étalent sur environ trois semaines, jusqu’à la Fête des Lanternes, organisée quinze jours après le Nouvel An (lire par ailleurs). « De fait, tous les congés annuels sont concentrés sur cette période, et 300 millions de Chinois migrent vers leurs familles ! A La Réunion et dans les pays occidentaux, la vie professionnelle ne peut pas s’interrompre de la sorte, par conséquent l’ensemble des festivités sont rassemblées autour du Nouvel An à proprement parler. » Le 24 janvier au soir, les Chinois réunionnais seront donc réunis, en famille et si possible chez les plus anciens, pour franchir un nouveau cap. Au dîner, un festin chargé en symboliques attend l’ensemble des convives : des légumes pour l’intelligence, de la ciboulette aillée pour l’éternité, du navet pour le bon présage, du poulet et de l’arachide pour la santé, des boulettes de poisson et de viande pour la réunion, des aliments ronds pour l’alimentation de la famille, des nouilles pour la longévité, un gâteau de riz pour la carrière réussie… « Au total, de 13 à 15 plats peuvent être servis, précise le président de l’AEFC. Si cela peut être moins, faute d’argent, il s’agira toujours d’un nombre de plats impairs pour ne pas porter malheur à la famille. Et jamais de bœuf ! » A la fin du dîner, place aux étrennes : des « papiers rouges », remplis d’argent ou autre, sont distribués par les aïeuls aux plus jeunes.


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ZEN ET POLI Globalement, la superstition est omniprésente lors des festivités du Nouvel An Chinois. Si les pétards font fuir les mauvais esprits, saviezvous que le balai est proscrit le jour J ? Il ferait fuir la chance, le grand ménage est donc effectué en amont. Quant aux enfants, de crainte d’être réincarnés en bœufs, ils auront fait une toilette scrupuleuse et revêtu des habits neufs. « Neufs, je ne sais pas… Mais on se fait beau, c’est certain. C’est un soir de fête tout de même ! », sourit Michel You-Seen. En outre, selon la Fédération des associations chinoises (FAC) de La Réunion, « les Chinois ont longtemps cru que rester éveillés jusqu’au matin aidait les parents à vivre plus longtemps. Alors, on n’éteint pas les lampes, non pas pour faire fuir Nien, mais pour permettre à tous de rester ensemble, en famille ». Le soir du réveillon comme le jour du Nouvel An, adopter une attitude zen et bienveillante envers son entourage apparaît essentiel. Les jurons et les propos sur la mort sont proscrits. Si une assiette ou un plat est cassé, la formule « Paix pendant toute l’année » est prononcée au plus vite pour conjurer le mauvais sort. Chez d’autres, l’usage de couteaux ou de ciseaux est prohibé, de crainte de ne couper le fil de la bonne fortune...

FÊTE DES LANTERNES FIN DE PARTY ! Quinze jours après le Nouvel An, la Fête des Lanternes marque la fin des festivités. A La Réunion, elle se tient à Saint-André, d’où seront a priori lancées des centaines de «  lanternes chinoises  ». « Si la Préfecture l’autorise cette année, du fait des conséquences environnementales et du danger que cela représente pour les avions », s’inquiète Michel You-Seen. Au pire, des lanternes multicolores seront accrochées, en ce soir de pleine lune, pour rendre hommage au ciel, aux astres, aux étoiles et à... l’unité suprême. Confectionnées en papier fin, ces lanternes représentent parfois des animaux de l’horoscope chinois, du signe de l’année, des évènements historiques ou des caractères symbolisant des vœux.

« L’apaisement doit être extérieur comme intérieur, résume Michel YouSeen. Le jour du Nouvel An proprement dit, le 25 janvier, nous passerons une journée calme, ensemble, à discuter, jouer, manger (si on a encore de la place !) et évoquer les bonnes résolutions que chacun s’engage à prendre envers autrui pour cette nouvelle année qui commence. » C’est peut-être encore un peu tôt pour le dire, mais Xinnian Kuaile  aux Chinois de La Réunion… et (soyons bienveillants) à tous les Chinois de la planète !

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• Michel You-Seen, président de l’Amicale de l’école franco-chinoise de Saint-Paul

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ANCRE DE CHINE Selon Edith Wong-Hee-Kam, qui a publié en 1996 (L’Harmattan) La diaspora chinoise aux Mascareignes : le cas de La Réunion, les premiers Chinois – 54 exactement – à poser le pied à La Réunion le font le 13 avril 1844, à peine débarqués du Suffren. Ils viennent remplacer la main d’œuvre des engagés indiens. Rapidement, ils dénoncent leurs conditions de travail, et la plupart repartent au pays. Parmi ceux qui restent, certains se lancent dans le colportage et le commerce de produits alimentaires, inaugurant ainsi la tradition du Chinois réunionnais commerçant. A partir de 1860, quittant l’île Maurice et le marché de Port-Louis saturé, des commerçants Hakka de Meixian (Cantonnais) viennent s’établir à La Réunion. Se met alors en place la communauté chinoise, avec des Namsum (du Guangdong), des Cantonnais et des Hakka (de Meixian). Ils s’implantent sur toute l’ile et s’insèrent rapidement dans le secteur commercial. Arrivés à la Réunion, les immigrés d’origine chinoise ont dû se convertir au catholicisme pour obtenir une place dans la société locale et compenser un manque de moyens financiers. « Si le mélange des genres et des croyances est possible, il n’est pas exagéré de penser que 90 à 95 % des Sino-Réunionnais sont aujourd’hui catholiques », résume Michel You-Seen.

UNE LENTE DILUTION CULTU(R)ELLE Pour la Fédération des associations chinoises (FAC) de La Réunion, « on observe un original syncrétisme local, dans lequel trois religions et des pratiques différentes s’entremêlent. Confucianisme, taoïsme et bouddhisme sont les trois piliers, sur lesquels se greffent des cultes différents. La pratique la plus courante reste le culte des ancêtres qui a été conservé quasiment intégralement, traduisant l’importance de ce culte dans la conscience chinoise réunionnaise ». Difficile d’estimer le nombre actuel d’habitants d’origine chinoise. « D’autant que la loi interdit le recensement sur des critères ethniques,  note le président de l’AEFC. On parle souvent de 3 à 5 % des 850 000 Réunionnais. Mais le métissage est si important qu’il est périlleux de livrer des chiffres avec certitude. » De génération en génération, les traditions culturelles n’ont été conservées que par bribes. L’usage des dialectes, la pratique des religions et des coutumes ne cessent de décliner. «  La nouvelle génération se considère avant tout française ou réunionnaise d’origine chinoise, avant de se dire hakka ou cantonnais », assure la FAC. Toutefois, il apparaît essentiel de ne pas voir disparaître une histoire et des traditions qui sont partie prenante de l’histoire réunionnaise. « En ce sens, le centre culturel chinois qui devrait être inauguré à Saint-André en 2020 constitue une belle avancée, se félicite Michel You-Seen. Et puis, s’il est une tradition que les jeunes perpétuent avec ferveur, c’est bien celle du Nouvel An ! ».

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DRAGON BOAT

• Photos : Thiaw-Woaye Jhonny

LES BATEAUX DU CŒUR

DEPUIS 2007, L’ON VOIT FILER DANS LA DARSE DU PORT OUEST DES EMBARCATIONS UNIQUES EN LEUR GENRE : LES DRAGON BOATS. CES BATEAUX TRADITIONNELS CHINOIS, DONT LA PAGAIE EST CADENCÉE AU SON DU TAMBOUR, SERONT À L’HONNEUR LE DIMANCHE 2 FÉVRIER. A L’OCCASION DU NOUVEL AN CHINOIS, L’ASSOCIATION RÉUNIONNAISE DE DRAGON BOAT (ARDB) ORGANISE EN EFFET UNE RÉGATE, DONT BON NOMBRE DE PARTICIPANTS SERONT DES FEMMES… CONFRONTÉES AU CANCER DU SEIN. Il y a fort longtemps, environ trois siècles avant Jésus-Christ, le poète et homme d’Etat Qu Yuan dénonça la corruption qui gangrénait alors le royaume Chu. Chassé par le roi, il se donna alors la mort en signe de protestation, en se jetant dans la rivière Miluo. Afin de le secourir, au pire de récupérer sa dépouille, les pêcheurs embarquèrent sur leurs barques des tambours dont les vibrations feraient fuir les poissons. Dans le même temps, les villageois jetèrent des gâteaux de riz gluant pour rassasier les poissons. C’est de cette légende qu’est née la pratique du Dragon Boat. Sur des bateaux de 12 ou 24 places, sculptés avec force tête et queue de dragon, les pagayeurs (mixtes ou non) s’affrontent sur 200 m, 500 m ou 2 km. A l’arrière, le barreur fixe le cap. A l’avant, la cadence est donnée par un tambour. « Ce dernier donne le rythme et rappelle les battements du cœur du dragon », mime Jean-Claude Kwong, le président de l’Association Réunionnaise de Dragon Boat (ARDB), qu’il a créée au Port en 2007.

« Chaque année, nous célébrons cette légende lors de la Fête du Double 5, pour le 5e jour de la 5e lune du calendrier chinois, en mettant en place le Festival du Dragon Boat. En 2020, il se tiendra les 23 et 24 mai. Mais le grand public ne sera pas obligé d’attendre cette, puisqu’une régate marquera le Nouvel An chinois le dimanche 2 février prochain. »

UN SPORT SEIN En Chine, la pratique de ce sport est devenue massive au fil des siècles, principalement dans toutes les communautés de pêcheurs. « Ce n’est qu’à partir de 1976 que la discipline a véritablement pris son essor, lorsque l’Office de tourisme de Hong-Kong (« La Mecque » du Dragon Boat) a décidé de monter le premier Festival de Dragon Boat. » Aujourd’hui, les compétitions internationales majeures rassemblent plusieurs milliers de pratiquants. « Et le prochain championnat du monde aura lieu en France, en août, à Aix-les-Bains ! », s’enthousiasme Jean-Claude Kwong. Mais son objectif à lui, président et entraîneur de l’ARDB, c’est de qualifier une embarcation réunionnaise pour le championnat de France. Une mission pas impossible malgré le peu de licenciés recensés par le club. « Nous comptons une soixantaine de pratiquants, âgés de 30 à 70 ans, dont une majorité de femmes. La raison ? Nous avons développé un partenariat avec Odyssea, qui a permis de financer un bateau emmené par des Réunionnaises qui luttent contre le cancer du sein ou sont en rémission. » Pratique sportive, renforcement du haut du corps, solidarité, esprit d’équipe, combativité, etc. Les bénéfices sont nombreux. « Sans oublier que symboliquement, et ce n’est pas le plus négligeable, ces femmes – et leurs aidants – avancent contre les éléments, dans la même direction et au même rythme », sourit Jean-Claude Kwong. Elles portent décidément bien leur nom, ces Ramatou’vent…

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ZISTOIRS

• Photos : www.ilyeutunmatin.com | Pascal Ponchon

HISTOIRE(S) DE NOM(S) TROIS-BASSINS, OUI... MAIS OÙ ?

PARFOIS EXPLICITES, PARFOIS DRÔLES, SOUVENT IMAGÉES, LES APPELLATIONS DES SITES GÉOGRAPHIQUES POSSÈDENT SOUVENT UNE ORIGINE MÉCONNUE. VAVANG ET CLOVIS, GUIDE-ACCOMPAGNATEUR DE L’OFFICE DE TOURISME DE L’OUEST, ONT DÉCIDÉ DE CREUSER UN PEU CES HISTOIRES DE TOPONYMIE. POUR CE PREMIER ÉPISODE, LEVONS LE VOILE SUR LA COMMUNE DE TROIS-BASSINS ET SON FAMEUX LIEU-DIT SOURIS CHAUDE. Bon courage et bonne chance si vous vous lancez à la recherche des trois bassins de la commune éponyme… « Avec le travail de l’érosion et une végétation abondante, la mission s’annonce ardue », estime en effet Clovis. « En tout cas, rien à voir avec les trois bassins de la ravine Saint-Gilles ! Ceux de Trois Bassins n’ont jamais reçu de noms spécifiques. » Selon la documentation, la commune de TroisBassins tirerait son nom de sa ravine, connue depuis l’époque de la première tentative de colonisation de Madagascar par la France. En 1646, une douzaine de fortes têtes sont ainsi exilées sur l’île Bourbon par le gouverneur du Fort Dauphin, Jacques de Pronis. Lorsque, en 1649, Etienne de Flacourt, son successeur, les fait rapatrier, les mutins lui décrivent l’Eden et mentionnent une ravine située dans l’ouest de l’île, dont le lit comporte trois larges bassins dans sa

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partie littorale. Flacourt fait alors figurer ce cours d’eau sur une carte datant de 1661. Apparaît officiellement la « Ravine des trois bassins ». « Aux premiers temps du peuplement, la ravine des TroisBassins marquait la limite sud de la colonisation, souligne Clovis. Il était interdit de s’y aventurer. Lorsque la Compagnie des Indes a interdit aux premiers Bourbonnais de commercer autrement que dans ses propres magasins, ceux-ci ont alors commencé à franchir, de nuit, la ravine interdite. Pour troquer fruits, légumes et viande fraîche contre fusils, poudres et pièces d’or apportés par les forbans mouillant à quelques encablures de la Petite Ravine. » Une anecdote qui, à coup sûr, taquinera l’imagination des plus jeunes. .

VRAIMENT CHAUDE, CETTE SOURIS ? « La Souris Chaude ? Rien à voir sa sulfureuse réputation ! », s’esclaffe Clovis. Pour le guide, « deux versions s’opposent. » La première prétend que ce site littoral a été baptisé ainsi du fait de la présence de l’herbe souris-chaude ou chourichaude. « Il s’agit d’une sorte de gui péï, prisé par les tisaneurs pour ses vertus anti-rhumatismes. Il ressemblerait aux regroupements de chauves-souris roussettes qui formaient des boules dans les arbres. » La seconde version affirme que le nom proviendrait justement des… chauves-souris. Selon Auguste Billard, qui avait reconnu les lieux en juin 1818, Trois-Bassins et les versants ombragés de sa ravine étaient un lieu de halte idéal pour les voyageurs et les esclaves, notamment malgaches. Pour se sustenter, ces derniers y préparaient des grillades de roussettes, qu’eux appelaient « souris chaudes ». Au final, pas si contradictoires, ces versions. Plutôt complémentaires même.


ALTERNATIVE

NATURE D'ICI ET D'AILLEURS

DES SIROPS À FROID QUI RÉCHAUFFENT LES PAPILLES CURCUMA, CANNELLE, CITRON-GINGEMBRE, PIMENT OISEAU… DEPUIS 2013, DANS LEUR LABORATOIRE DE LA POSSESSION, GWENN ET FRÉDÉRIC ATHEAUX ONT IMAGINÉ POUR CES SAVEURS LOCALES UN PROCÉDÉ ET UNE DÉGUSTATION INÉDITS. GRÂCE À UNE EXTRACTION À FROID, LES 18 SIROPS NATURE D’ICI ET D’AILLEURS PRÉSERVENT TOUTES LES SAVEURS ET VERTUS DES PRODUITS NATURELS UTILISÉS. Une pointe de sirop de vanille sur vos crêpes, une lichée de sirop de cannelle pour un café façon spéculos, du sirop de curcuma pour relever une sauce sur une viande, une dose de gingembre pour une vinaigrette exotique… Bios, fruitées, épicées ou fleuries, les 18 saveurs de la gamme Nature d’ici et d’ailleurs offrent des possibilités culinaires (et gourmandes !) illimitées. Les plus téméraires se risqueront même à tenter le sirop de piment oiseau, qui sur une salade de mangues, qui sur un pavé de saumon grillé. Saveur caliente assurée ! Innovants, qualitatifs et artisanaux, les sirops séduisent autant les barmaids que les chefs. Une petite quantité de ce sirop épais suffit à un résultat surprenant. Pour ne citer qu’eux, Vincent Lagrange et Marie-France Grain-Galet, chefs à domicile, ou encore Marc Chappot, chef du Blue Margouillat (5 étoiles à Saint-Leu) les ont déjà adoptés dans leurs recettes. Et certains professionnels reconnus de l’Hexagone, notamment Noémie Honiat, candidate de Top chef, ou Michel Roth, chef étoilé et meilleur ouvrier de France, ont également trouvé comment « mettre en lèr » leurs plats avec ces sirops made in Réunion.

MOINS DE SUCRE, PLUS DE GOÛT Faciles d’utilisation, les sirops Nature d’ici et d’ailleurs sont pourtant le résultat d’un procédé innovant qui nécessite de solides bases scientifiques. « Ils sont extraits à froid », précise leur créatrice, la Réunionnaise Gwenn Atheaux, ingénieure en agro-alimentaire de formation. Avec son compagnon Frédéric, ils élaborent savamment, et secrètement – dans leur labo dont on sait juste qu’il est implanté à La Possession – ces sirops 100 % naturels. « Les matières premières, plantes comme fruits, sont soumises à une micro-pression permettant de faire éclater les cellules pour en libérer leur contenu à des températures proches de 0 degré. » Sans ajout de conservateurs, d’additifs ou de colorants, ce procédé permet de conserver toutes les vitamines, les antioxydants et les saveurs d’origine. Nature d’ici et d’ailleurs, ce sont 97 % de plantes et fruits réunionnais. Pour quelques parfums (la rose par exemple), la marque importe en privilégiant toujours la labellisation bio et la proximité géographique.

Autre bon point pour ce sirop à froid : à dose égale, il est deux fois moins sucré qu’un sirop classique ! Un atout diététique qu’il doit à un sucre de betterave spécifique, « à l’indice glycémique sept fois moins élevé que celui du sucre de canne ». Un petit plus qui pèse, mais pas (trop) sur la balance ! En résumé, un taux de sucre plus bas pour une concentration de parfums optimisée par un procédé sans chaleur. « Nos produits échappent aux étapes de cuisson et de pasteurisation indispensables à la conservation des sirops classiques », souligne Frédéric Atheaux, qui laisse enfin entendre que quelques nouveautés devraient sortir de leur atelier pour cette nouvelle année 2020… Mais, chut, c’est encore secret… OÙ TROUVER LES SIROPS NATURE D’ICI ET D’AILLEURS ? A La Possession Mon Petit Comptoir, 3 ter chemin Bœuf Mort Bioflore, 10 A chemin Bœuf Mort A Saint-Gilles Wake Up, 12 rue de la Cheminée A Saint-Leu Naturalia, 110 Chemin Tamarin Conserv. botanique des Mascareignes, 2 rue du Père-Georges Comptez autour de 19€ la grande bouteille, 12€ la moyenne et 8€ la petite. Craquez aussi pour les tisanes La diagonale des fous, Silhouette créole ou Bonne humeur créole . En vrac ou en dosettes, entre 5 et 9€.

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DOMOUN

LALOU

LIGNES DE FUITE RÉDACTRICE À SES HEURES POUR L’AZENDA, LALOU SORT EN CE DÉBUT D’ANNÉE SON DEUXIÈME LIVRE, PIEDS DE BOIS. UN ROMAN D’AVENTURE, POUR ADULTES ET JEUNES ADULTES, QUI FAIT ACCOSTER SON HÉROS DANS UN UNIVERS QUI N’EST PAS SANS RAPPELER L’ÎLE DE LA RÉUNION ET SES VOISINES. ET ANCRE DÉFINITIVEMENT LA RÉUNIONNAISE, INSTALLÉE À LA SALINE-LES-BAINS, DANS L’ÉCRITURE. A GROSSES GOUTTES, SA (COURTE) OEUVRE TRANSPIRE UNE ENVIE DE LIBERTÉ ET UNE QUÊTE ABSOLUE D’HUMANISME. SÛREMENT PAS UN HASARD POUR CETTE TRENTENAIRE AU PARCOURS CHAOTIQUE.

Solitaire. Sauvage(onne), oseront certains. A la Plaine des Cafres, qui élève qu’elle était se rappelle à la femme qu’elle est devenue. Elle la voit grandir au mitan des années 80 dans une modeste famille décroche en 2010 le concours pour devenir éducatrice spécialisée, créole yab, la petite Valérie – de son nom de famille Sery – a pour et s’oriente dans la foulée vers le social au sens large. « Demandeurs principal passe-temps la lecture. « J’ai appris à lire à l’âge de 3 ans, d’asile, SDF, femmes battues et j’en passe. J’ai tâté de tout, y apprenant et je peux affirmer que mes seuls amis ne se sont longtemps trouvés chaque jour un peu plus sur l’humain. Et sur moi-même a fortiori. que dans les livres », se remémore celle qui signe aujourd’hui Lalou. L’être humain est complexe, merveilleux, et flippant ! L’Homme est le Excellente élève au demeurant, la jeune fille a la tête dans les meilleur et le pire à la fois. » livres… et dans les étoiles. « J’étais, je suis, passionnée d’astronomie et d’astrophysique. Rapport de cause à effet (ou pas), j’ai longtemps eu d’excellentes "LORSQUE notes en mathématiques », sourit-elle. Et idem En 2011, Lalou pose ses maigres bagages et en philo, en langues, etc. « J’obtenais de très J'AI ATTEINT 100 le couffin de la petite Calie, née fin 2010, bons résultats dans toutes les matières où PAGES, J'AI RÉALISÉ à La Réunion. Malgré son retour au pays j’éprouvais de l’intérêt. Ce qui a compliqué QUE J'ÉCRIVAIS natal, sa situation reste bancale. « J’ai alterné mes choix. Ou ceux que l’on m’a imposés. » éducatrice spécialisée, mais ça s’est mal passé, UN LIVRE" et périodes de chômage. J’ai dû parfois chanter Le bac S en poche, Lalou intègre une prépa (mal) dans les bars pour joindre les deux bouts. maths à Toulouse. « Mais là, dégringolade ! Mais la corde était si tendue qu’elle a fini par rompre Mes notes étaient aussi basses que mon moral. » en 2016, date à laquelle j’ai plongé et tout abandonné. » Cherchant à rebondir, elle s’inscrit en fac de sciences. Au fond du seau, l’envie lui vient un jour d’envoyer une lettre Où, malgré rigueur et persévérance dans l’absentéisme, la manuscrite à un ami. Quand il lui dit habiter rue de l’Albatros, à la Réunionnaise décroche tout de même un Deug. « J’ai été tellement Saline, ce proche (à tous les sens du terme) lui lance le défi d’écrire déçue du manque de prise de hauteur et d’émerveillement du monde une histoire à partir de cet intitulé postal. Chiche ! scientifique universitaire, déplore-t-elle. J’ai décidé alors de tout arrêter et de commencer à trifouiller l’âme humaine. » De fil en aiguille, de page en page, Lalou développe un plaisir Loin des siens, sans perspectives et sans revenus, Lalou doit affronter quasiment obsessionnel à imaginer son récit et à écrire. « Lorsque j’ai atteint 100 pages, j’ai réalisé que j’écrivais un livre. Par accident. Je me une précarité extrême. De problèmes de logement en petits boulots suis dit que ce n’était pas possible, pas pour moi. J’ai tant de respect divers (« la plupart dans les bars et les restaurants »), elle vivote pour ceux qui créent… J’ai stoppé net. » Quelques mois plus tard, le dans le sud-ouest de l’Hexagone, entre Pays basque et Pyrénées. temps d’une violente somatisation, elle se remet à l’ouvrage. Coûte « A cette période, j’ai découvert les galères, mais aussi commencé à que coûte. « J’ai eu le sentiment qu’il fallait absolument que je le fasse. comprendre qui j’étais et la volonté de m’engager », estime-t-elle. Au détour d’une formation en économie sociale et familiale, la bonne Au risque de passer à côté de moi-même, de mourir. » Rien que ça.

SALUTAIRE ACCIDENT

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PIEDS DE BOIS

DOMOUN

Lalou, deuxième ! Cette fois, l’autrice (« Je préfère auteure ! » sic) a imaginé, non pas un conte, mais un roman d’aventure qui ravira adultes et jeunes adultes. Des herbiers aux vrais arbres, l’étudiant en sciences naturelles Jansen réalise son rêve en embarquant sur le Batavia pour une aventure hors du temps et des sentiers battus, sur une île qui ressemble sous bien des aspects à La Réunion et à Madagascar. Mais aussi, plus largement, au monde actuel. Passionnant. • Pieds de bois – publié en janvier 2020 – 13 € • Et aussi, Où le vent te mène – publié en octobre 2017 – 13 € Zebulo Editions | Disponibles dans toutes les librairies de l’île et en commande sur www.zebuloeditionscom

Son conte philosophique (« certains l’appellent ainsi, mais loin de moi cette prétention ») achevé, elle le fait lire à Bruno Gaba, un ami rencontré par la musique et accessoirement à la tête des éditions Zebulo, installées à L’Eperon. « J’attendais de lui qu’il me donne quelques conseils et éventuellement des contacts d’éditeurs. J’ai failli tomber à la renverse quand il m’a répondu qu’il voulait, lui, l’éditer ! » Les illustrations de Claire Ruiz validées, et Où le vent te mène est publié en octobre 2017. Le Sujet ? « L’histoire de deux losers. » Sol, un petit garçon un peu rêveur, et Diomède, un oiseau qui ne sait pas voler. Avec la sensation qu’ils n’ont rien à faire là où ils grandissent, ils partent à l’aventure, en quête de terres plus hospitalières et d’horizons dégagés.

Montreuil. « C’est là que j’ai pris une résolution : écrire, et seulement écrire. Quoi qu’il m’en coûte. » Résultat, un deuxième roman : Pieds de bois. Prémédité cette fois. « Calée face au lagon de Trou d’eau, j’ai laissé mon imagination créer, pas à pas, les (més)aventures de Jansen. » Un héros fortement inspiré par Alexandre Janssen, son compagnon, avec lequel Lalou a « joué au ping-pong mental pour faire avancer l’histoire ». Cette fois, la Réunionnaise a laissé davantage de place à ses origines. « Je me suis servie des paysages de La Réunion et de Madagascar, et les titres (du livre comme des chapitres) en particulier font référence au parler créole. Mais je ne veux pas être cloisonnée Réunionnaise, ma créolité est dans mon identité et mon imagination est, elle, sans limite », insiste-t-elle.

MAGIE ET FLUIDITÉ

Si ce deuxième ouvrage « parle » moins d’elle, la vraie Lalou s’y est pourtant pleinement épanouie. « Je retrouve dans l’écriture les sensations que j’éprouvais en dansant », livre l’ancienne danseuse, qui s’est essayée pendant plus de vingt ans à toutes les danses possibles. « En littérature aussi bien qu’en danse, tu sors de toi pour ETRE ce que tu fais. Et atteindre, par cette fuite de soi, l’état de fluidité cher à Freud. »

« J’ai réalisé après coup que je parlais de moi, de manière allégorique, par la fusion de deux aspects paradoxaux de ma personnalité. » Le fruit d’une introspection ? Pas vraiment. « C’est surtout au contact des autres, en particulier des enfants que je croise lors d’ateliers scolaires (ateliers qui me permettent de vivre, car les ventes ne suffisent pas, avouons-le), que j’ai compris tout cela. Et même plus encore ! C’est tout de même dément et magique de penser que des personnages sortis de mon cerveau torturé prennent vie avec les lecteurs. » Ce contact avec son public, Lalou l’a éprouvé dès fin 2017 et sa première participation au Salon du livre et de la presse jeunesse, à

De la fluidité, voilà ce à quoi tend Lalou, à 34 ans, pour adoucir un parcours tortueux et accidenté. En bonne écrivaine qu’elle est désormais, elle n’a d’ailleurs pas tardé à s’atteler, avec envie, à la rédaction d’un troisième roman. Dont les interrogations de sa fille Calie ont fait germer l’idée. Tel un pied de bois. Nous sommes déjà impatients d’en découvrir les fruits.

EMERGENCE(S) Du 27 novembre au 2 décembre 2019, Lalou était à Paris. Plus exactement à Montreuil (Seine-Saint-

Denis), au Salon du livre et de la presse jeunesse. Pour cette 35e édition, La Réunion a été mise à l’honneur, avec la présence de 8 maisons d’édition et de 8 auteurs et illustrateurs. Dont Lalou. « C’était incroyable d’être là, alors que je n’ai écrit que deux livres ! Les rencontres ont été nombreuses et riches en émotions. » Voire constructives pour certaines. « J’ai eu la chance d’établir des contacts avec différents fameux éditeurs, raconte Lalou. Sigrid Baffert, ma marraine pour Emergences, m’a bien mis le pied à l’étrier. » Emergences ? Initié en 2018 par la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, ce concours entend faire bénéficier à 12 lauréats (sur 60 candidats) d’un accompagnement pour consolider leur parcours professionnel. Ouvert pour la première fois aux DOM-TOM en 2019, la nouvelle écrite pour l’occasion par Lalou – qui devait commencer par « Longtemps, Fatou s’est couchée de bonne heure » – lui a permis d’être retenue pour deux jours intenses de formation et un speed-editing, qui s’est avéré des plus prometteurs.

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ALON VOIR

LE SAVIEZ-VOUS ? SUR LE SITE DE LA POINTE AU SEL, L’EAU DE L’OCÉAN A LA DEUXIÈME PLUS FORTE TENEUR EN SEL AU MONDE, APRÈS LA MER MORTE… SOIT 42G DE SEL PAR LITRE !

SAINT-LEU

• Photos : Emeline Baloche

DU SEL À LA POINTE UN TEMPS AU POINT MORT, LA PRODUCTION SALINE DE LA POINTE AU SEL, À SAINT-LEU, EST REPARTIE DE PLUS BELLE DEPUIS UN AN ENVIRON. ALORS, ON DÉGAINE CHAPEAU, CRÈME SOLAIRE ET BOUTEILLE D’EAU, ET DIRECTION LE MUSÉE DU SEL POUR UNE VISITE GUIDÉE – ET GRATUITE ! – DES PLUS INSTRUCTIVES. Et les sauniers pompèrent, pompèrent… « Fin 2018, de nouvelles pompes ont été installées, permettant d’acheminer l’eau de l’océan jusqu’au bassin de tête, dénivelé oblige. En effet, contrairement à l’Hexagone, on ne peut pas parler de marais salants ! Grâce à ces investissements, initiés par le Conseil Départemental qui est propriétaire du site, la production a pu reprendre de façon massive, et notamment la récolte de fleur de sel, qui avait disparu », explique Jean-Luc Rangama-Petchy, médiateur culturel au Musée du Sel, à Saint-Leu. Une reprise de

plus pour ces salines, dont l’histoire ne cesse de bégayer depuis la construction du premier bassin en 1942. « Confrontée au blocus anglais durant la Seconde Guerre mondiale, La Réunion a dû faire face à une pénurie de sel, qui était importé de Madagascar et de Maurice. Or ce sel était essentiel pour la conservation de la viande et des denrées périssables. » Propriétaire de l’usine sucrière de Stella Matutina, Etienne Dussac décide alors d’industrialiser le processus et de faire

construire des salines à la Pointe de Bretagne, qui deviendra de fait la fameuse Pointe au Sel. « Ce sont les ouvriers de Stella qui s’en chargèrent, allant d’un site à l’autre par la savane. D’où un chemin, toujours existant, appelé sentier sucré-salé. » Dès 1944, la production devient importante, avec environ 250 tonnes par an. Mais avec la fin du conflit et la reprise des importations les années suivantes, le sel péï devient trop coûteux, peu concurrentiel, condamnant la production à s’arrêter.

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ALON VOIR

UNE ADDITION SALÉE • 19 ha au total, dont 2 ha de bassins • 6 sauniers • 42 g de sel par litre d’eau pompée • De 270 à 350 g de sel par litre pour une eau saturée en sel • 1 bassin de tête, 1 bassin de réserve, 23 bassins de décantation, 1 nourrice • 2 à 3 récoltes par semaine en moyenne • 24 jours pour obtenir la fleur de sel • 30 jours pour récolter le gros sel • 45 jours minimum pour avoir du sel pilon • 80 tonnes maximum produites par an

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A la Pointe au Sel, le climat s’avère de reprise de la production se sont succédé. pourtant idéal pour récolter le sel : un fort En vain. Les débouchés commerciaux ensoleillement, une faible pluviométrie étant à chaque fois trop maigres. « Depuis et une brise permanente. « Sans oublier 2005, les salines étaient consacrées à une une eau pure et extrêmement salée, ajoute production pédagogique. Les six sauniers le médiateur culturel. Ici, l’eau de l’océan étaient avant tout chargés de préserver et de offre la deuxième plus forte teneur en sel au transmettre un savoir-faire qui fait partie de monde, après la Mer Morte… Soit 42 g de l’histoire locale. » sel par litre ! » Ce qui n’avait pas échappé aux premiers occupants de l’île. « A la fin du XVIIe siècle déjà, les habitants de Saint-Leu et des Hauts s’y rendaient pour récolter manuellement les UNE FLEUR précieux cristaux Avec l’installation DE SEL JUGÉE blancs, directement des nouveaux EXCEPTIONNELLE dans les bassins ou équipements, la à l’aide de grandes donne a toutefois PAR LES PALUDIERS feuilles de palmiers », changé. Désormais, HEXAGONAUX raconte Jean-Luc la production est Rangama-Petchy. massive, et les récoltes s’effectuent en moyenne A partir de 1980 et le rachat du deux à trois fois par semaine. site par le Conservatoire du littoral, pour « Sachant que nos possibilités de stockage en faire un musée installé dans l’ancien actuelles nous contraignent à limiter la hangar de stockage, différentes tentatives récolte à 80 tonnes par an maximum. »

80 TONNES PAR AN


Qu’elle émane des visiteurs ou des professionnels (artisans, hôteliers, restaurateurs…), la demande est très forte en fleur de sel, gros sel et sel pilon. Mais un éventuel accroissement ne fait pas peur à Jean-Luc Rangama-Petchy : « Les bassins salins occupent 2 ha des 19 ha que compte le site, et moins de 20 % des bassins sont exploités pour l’heure. Les possibilités de développement semblent donc illimitées. » Considérée comme exceptionnelle par de nombreux paludiers hexagonaux, la qualité de la fleur de sel – cette fine pellicule de sel récoltée en surface après 24 jours de décantation et d’évaporation – pourrait constituer un atout majeur dans un possible développement futur du sel réunionnais. « Le fort taux en magnésium et en calcium du sel de Saint-Leu lui confère un goût spécifique, recherché, empreint d’amertume, détaille le médiateur culturel. Ajoutez à cela que nous obtenons un sel naturellement blanc, contrairement aux sels de métropole, qui se colorent au contact de l’argile. »

En attendant de nouvelles pistes de croissance et de commercialisation, le sel de Saint-Leu songe dans un premier temps à soigner son image. A compter du mois d’avril prochain, le musée fermera par conséquent ses portes pour travaux, mais les visites du site de production se poursuivront en extérieur. Objectif ? Accueillir les visiteurs dans un espace flambant neuf, avec une exposition permanente totalement repensée et une mise en valeur accrue des produits finis. Réouverture annoncée pour septembre 2019.

MUSÉE DU SEL ET SALINES DE SAINT-LEU 25, Pointe au Sel les Bas, Piton Saint-Leu Du mardi au dimanche, de 9 h à 17 h Possibilités de visites guidées gratuites, sur réservation (musée + salines) Tarifs à l’achat (250 g) : fleur de sel 4 €, gros sel et sel pilon 2 € Tél. : 0262 34 67 00 www.cg974.fr/culture (rubrique Equipements culturels, Musée du Sel)

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CARTE POSTALE SAMEDI 7 DÉCEMBRE 2019 NOËL SOUS LES ARBRES 11 spectacles de cirque, de marionnettes, de racontaz, 3 compagnies ; une vingtaine d’exposants, plein d’ateliers créatifs et animations pour petits et grands... Le tout gratuitement ! Avec plus de 6000 personnes accueillies tout au long de la journée, ce «Noël sous les arbres» au parc de la Grotte du Peuplement à Saint-Paul était un beau cadeau. Si vous ne voulez pas rater les événements organisés en 2020 par l’Office de Tourisme de l’Ouest (Festival de l’image sousmarine, festival de la rando, etc.), consultez régulièrement le site www.ouest-lareunion.com


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VAVANG13  

Le magazine touristique qui présente plein de pépites, proposées par l'Office de Tourisme, à découvrir dans l'Ouest de La Réunion. Date de...

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