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Les politiques urbaines en afrique subsaharienne regard sur le bidonville de Placodji Ă Cotonou


photo de couverture Bernard Lang Manila Philippines, Overpopulation


so mmaire


Remerciements Remerciements ` Introduction Introduction

1

09 13

I. Etat des lieux général de l’habitat informel

ETAT DES LIEUX DE A) Problématique socio-économique, environnementales et urbaine mondiale L’HABITAT INFORMEL B) Problématique socio-économique, environnementales et urbaine d’Afrique subsaharienne

A) Problématique a) Essor démographique et fécondité socio-économique, et urbaine B) Problématique b) Ressources naturelles et inégalités socio-économique, et urbaine démographique fécondité a) Essor c) Développement urbainet et habitat précaire naturelles et inégalités b) Ressources d) Accès à l’eau et à l’électricité urbain et bidonvilles habitat précaire c) Développement e) Les villes africaines et leurs d) à l’eau et à l’électricité Accès C) L'approche universitaire

mondiale d’Afrique subsaharienne

e) Les villes africaines et leurs bidonvilles

19 21 21 22 22 24 25

II. Bénin, Étude du quartier Placodji à Cotonou

2 A) B) a) b) C) a) b)

BENIN, ETUDE DU QUARTIER PLACODJI A COTONOU

A) Historie de l’urbanisme à Cotonou a) Situation géographique et organisation spatiale b) L’avénement d’une politique urbaine coloniale Les B) villes pré-coloniales africaines Placodji, une potentielle vitrine Historie de l’urbanisme a) Présentation du quartier à Cotonou Situation géographique et organisation spatiale b) Morphologie sociale du quartier Urbanisme téléguidé par coloniale c) Les négociations entre l’étatl’administration et les habitants Placodji, une potentielle vitrine d) L'expulsion effective des population Présentation du quartier e) Le dédomagement des sinistrés Morphologie sociale du quartier f) Une parcelle idéale pour créé une vitrine

c) Les négociations entre l’état et les habitants d) L'expulsion effective des population III. Vers une globalisation des villes africaines e) Polémique autour du dédomagement des sinistrés f) Une parcelle idéale pour révéler le Bénin au monde A) Vague de deguerpissement en Afrique

3

31 33 33 37 42 42 46 50 52 54 56

B) La formalisation d'un secteur informel profondément ancrée C) La gentrificatuin à l'Africaine

IMPACTS DE LA MONDIALISATION SUR L’AFRIQUE DE L’OUEST Conclusion A) Les deguerpissement; une affaire africaine Bibliographie B) Villes africaines vs libéralisme & mondialisation C) Une politique inefficace & deconnecter des réalités locales

Conclusion Bibliographie

63 67 70

75 79


re mercieme n ts


J’

adresse mes remerciements aux personnes qui m’ont aidé dans la réalisation de ce mémoire. En premier lieu, je remercie M. Denis Bocquet, professeur à l’École d’Architecture de Strasbourg. En tant que Directeur de mémoire, il m’a guidé dans mon travail et m’a aidé à trouver des solutions pour avancer. Je souhaite aussi remercier toutes ma famille et les personnes qui m’ont aidé à la relecture et à la correction de mon mémoire. 09


introd uction


D

e nos jours, plus de la moitié de la population mondiale vit dans les villes; c’est un moment à la fois historique et critique. En effet, on assiste à une concentration inédite des populations et des ressources dans les villes, ce qui d’une part offre de nouvelles possibilités et d'autre part engendre un certain nombre de défis pour le développement. Ces défis sont diverses et variés et vont de la pollution intensive à la production excessive de déchets en passant par une croissance démographique incontrôlée. Les villes peuvent, si elles sont mal gérées devenir des couveuses de conflits et de souffrance humaine, favorisant la pauvreté et la dégradation environnementale. Face à ces différentes problématiques engendrées par l’urbanisation, on peut constater dans beaucoup de pays en développement, une recrudescence de politiques visant à éradiquer la pauvreté de l’espace urbain par diverses actions, très souvent traumatiques. Ce phénomène d’urbanisation intensive nous intéresse ici en Afrique généralement et en Afrique subsaharienne en particulier où la croissance globale est la plus importante au monde et entraîne une urbanisation galopante. Les problèmes sont nombreux ; notamment l’exode rural, causé par la progression de la déforestation, les difficultés de l’agriculture et surtout, l’attraction pour un niveau de vie et d’accès aux infrastructures qui est en même temps, un facteur de développement de l’urbanisation. Cet essor effréné de l’urbanisation se traduit par une consommation intensive d’espace non gérée par la politique et par l’éclosion de quartiers précaires. Il est invraisemblable de couvrir la totalité des points concernant la croissance urbaine africaine dans le cadre de ce seul mémoire. Il s'agira d’analyser cette urbanisation jusque-là considérée comme inaboutie par certains urbanistes et politiques. Ceux-ci continuent à produire une énergie colossale pour dissimuler les bidonvilles en particulier et le secteur informel en général, considérés comme nocifs pour l’image du pays. Une image que veulent améliorer les dirigeants pour favoriser l’arrivée des investisseurs

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1.Fanny G erb eau d, L' h ab i ta t s p o n t a n e c omm e u n o u ti l de d eve lo p p e m e n t u r bai n. Le c as de B an gk ok , M o u s s o n s , 2 0 11

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et entamer le développement des pays concernés. Le recours systématique à la violence prouve parfaitement l’incapacité des différents gouvernements à gérer le problème de surpopulation mais surtout leur manque de volonté d’améliorer quoi que ce soit dans ces quartiers précaires où se développe le phénomène de l'habitat spontané. Nous pouvons d'ailleurs nous interroger sur la légitimité de l’expression « habitat spontané ». D’après Fanny Gerbeaud, les bidonvilles sont aujourd’hui de véritables morceaux de ville qui dynamisent l’espace urbain, car étroitement liés à l’identité et à l’histoire de la ville (1); l’opposition entre habitat spontané et logement formel, fréquente tant dans les productions scientifiques que dans les représentations, mérite donc d’être interrogée. Nous tenterons notamment de répondre à des questions telles que le lien entre les politiques urbaines africaines et la recherche d'une ouverture sur les marchés internationaux; les conséquences de ces politiques sur l'espace urbain ainsi que sur la population qui y vit et le rapport entre ces politiques et la vision des organismes internationaux qui en sont souvent les instigateurs. En premier lieu, nous tenterons d’effectuer un rapide état des lieux à l’échelle internationale, des problématiques socio-économiques, environnementales et urbaines afin d’en dégager les différents enjeux. Plus précisément, nous nous attacherons aux mêmes problématiques à l’échelle de l’Afrique subsaharienne, surtout à la question de l’urbanisation rapide du continent et au développement anarchique de ces bidonvilles. En second lieu, nous étudierons les processus de décision qui mènent à ces expulsions au travers d’un quartier précaire de Cotonou au Bénin, le quartier Placodji. Nous mettrons en évidence l’historique de ce quartier en relation avec la ville elle-même, les différentes étapes de sa construction. Nous mettrons en parallèle ce développement avec les différentes actions de l’État et des urbanistes afin de décortiquer le rôle de ces derniers dans l’évolution de ce bidonville. Cette étude nous permettra de mieux comprendre


les conséquences de la progression de l’urbanisation et l’impact sur l’organisation de la ville et ces bidonvilles. Nous essayerons notamment de comprendre les projets que fait l’exécutif pour ces bidonvilles et comment ils sont perçus, mis en œuvre ou vécus par les différents acteurs concernés. En fin de compte, nous changerons d’échelle pour comprendre le cas des villes africaines en général au vu des politiques de « déguerpissement »(1); qui y sont appliquées avec le soutien des acteurs internationaux.

1 . Te r m e ut il ise pa r l e s autorites pour pa r l e r de s e x pul sion des populations

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ĂŠtat d es lie ux de l'habi tat in formel


A) Problématique socio-économique, environnementale et urbaine mondiale

I

l s’agit dans ce chapitre de faire un état des lieux selon trois échelles de lectures. L’échelle mondiale, afin d'engager le net déséquilibre entre les différents continents; l’échelle du continent africain pour en dégager les enjeux et pour finir l’échelle de l’Afrique urbaine et ses quartiers précaires. Selon le rapport biennal d’ONU-Habitat (1) sur « l'état des villes du monde » : • la moitié de l’humanité vit en ville depuis 2008. Selon les prévisions, il s’agira des deux tiers en 2050. • 95% de la croissance urbaine a lieu dans les villes des pays développés et selon les prévisions il s’agira en 2050 de 80% de la population urbaine de la planète en Asie et en Afrique.

1 . O N U-H a b it a t ; l 'e t a t des villes du m onde ; 2008-2009 2. Aur e l ie Le m a ir e , e m e rg ences des t e r r it oir e s ur b a ins d'Afrique, etude d'un qua r t ie r pr e ca ir e de Douala 3. ide m 2

L'explosion démographique sans précédent qui frappe actuellement les villes des pays en développement ; est une difficulté due à la croissance naturelle des zones urbaines et à l’exode rural ; à ceci vient s’ajouter le problème de l’étalement urbain exponentiel(2). Ainsi, un doublement de la population dans les pays en développement entraine une triplement de la surface bâtie. La combinaison de tous ces paramètres fait qu’une grande majorité de l’espace produit l'est de façon informelle, en générant par la même occasion nombre de quartiers précaires. D’après ONU-Habitat, on assiste à « Une urbanisation de la pauvreté ». Dans ces pays, les bidonvilles croissent plus vite que les villes. L’ONU annonce dès 2003 que « sans mesure sérieuses, les habitants des taudis seront plus de 2 milliards dans trente ans »(3). Selon ce même rapport; en Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord et en Australie, plus de 75% de la population est urbaine. L’ Amérique latine a un fort taux d’urbanisation comme la Russie, le Moyen Orient et le Maghreb. En revanche, l'Afrique

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subsaharienne, l’Égypte et l’Asie Orientale demeurent encore très rurales. Leur pourcentage d’urbanisation se situe entre 50% et moins de 25%. On estime à 1 milliard la population des bidonvilles, ce qui équivaut au tiers de la population urbaine mondiale. Les inégalités sont évidentes ; dans les pays en développement les habitants des bidonvilles représentent 41,4% de la population tandis que dans les régions développées ce chiffre descend à 6%. En Afrique subsaharienne, 62% des citadins vivent dans un bidonville tandis qu'en Asie du Sud, principalement en Inde, 35% des citadins vivent dans un bidonville et 28% en Asie de l'Est

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Sainte-Hélène

40

39,5

40,1

42,7

46,6

50,6

Sénégal

40

42,5

45,7

50,8

56,2

61,4

Sierra Leone

35

39,2

43

48,2

53,9

59,5

Togo

33

38

42,5

47,9

53,6

59,3

B) Problématique socio-économique, environnementale et urbaine en Afrique subsaharienne a) Essor démographique et fécondité 80

Bénin Burkina Faso Cap-Vert Côte d’Ivoire Gambie Ghana Guinée Guinée Bissau Libéria Mali Mauritanie Niger Nigéria Sainte-Hélène Sénégal Sierra Leone Togo

60

40

1 . L 'e t a t de s vil l e s Afr icaines: R e inve n t e r l a t r a nsit ion urbaine; O N U-H a b it a t ; 201 4 2. Divide nde de m ogr a ph ique; h ttp:/ / www. de m ogr a phicdividend.org / coun t r y _ highl ight s/r e publiquede m ocr a t ique -du-con go/ ?lang =fr Hommes

2015 Femmes

Hommes

2030 Femmes

Hommes

2050 Femmes

20

0 2000

2010

2020

2030

2040

2050

graphique 1: niveau d’urbanisation par pays de l’Afrique de l’Ouest entre 1950 et 2050 (1)

La démographie est l’un des enjeux majeurs des pays d’Afrique subsaharienne. Comme le montre le graphique 1 cette poussée démographique entraîne une urbanisation effrénée. De plus la population de ces pays est majoritairement jeune; si nous prenons l’exemple du Bénin ; 45% de sa population a moins de 15 ans, avec un taux de fécondité de 4,9 enfants par femme. Mais, «La pyramide « Bénin 2050 » montre une population en âge de travailler plus importante que celle 1 existant à l’heure actuelle par rapport au nombre d’enfants à charge et de personnes âgées» (2). La maîtrise de la natalité, généralement plus importante en ville, coïncide avec la scolarisation des filles et un accès facilité aux soins et à la contraception et encourage le développement économique en augmentant la part de la population active (3). Cette maîtrise si elle était effective, donne l’occasion d’une nouvelle chance : celle de valoriser la jeunesse.

G r a phique 2 :Py r a m ide d es ag es au Be n in 3. Pie r r e G r a s; Voy a ge en Afrique ur b a ine : ur b a nisa t ion, modernite et socie t e ; Pa r is; H a r m a t t an; 2 0 0 9 ; p.2 0 ; Col l e ct ion ca r ne t de vil les 21


1. Le p ari si en ; h ttp : //d i c t i o n n a i r e . s ens agen t.l ep ari si en .fr/Ge o g r a p h i e _ d e_l % 27A fri qu e / fr - fr / # D . C 3.A 9 m o g r a p h i e 2.Org an i sati o n d e C o o p e r a t i o n e t de Dev el op p em en t E c o n o m i q u e ; Pers p ec ti v es E c on o m i qu e e n A fr i q u e , La c h ai n e de v al eu r m o n d i a le s e t l'i ndus t r i al i sati o n d e l ' A fr i q u e ; 2 0 14

C ar t e de l ' u ti l i sati o n d es r e s s o u r c e s A fri c ai n es 3. Is ab el l e Kau ffm an , «h t t p : / / t p e p et r ole.l o .gs/2-p au v ret e - d u e - a u x i negalites-so c i al es-c ree e s - p a r - le p etro le - p 3 6 5 2 6»

La population urbaine africaine est en effet jeune, et même très jeune, avec un âge médian de 17 ans (la médiane mondiale est de 23 ans) (1). Elle est globalement mieux éduquée que celle rurale et surtout irriguée par toutes les formes de flux aussi irrésistibles que l’exode et la modernité. La jeunesse est ainsi devenue la principale force sociale du continent. b) Ressources naturelles et inégalités D'après une étude menée par l’OCDE en mars 2014 (2), L’Afrique possède 30% des réserves minérales de la planète, 40% de l’or, 60% du cobalt, 80% du coltan, 50% des diamants, 90% du platine et sans doute l’essentiel du cuivre, du zinc, du nickel, du plomb et du manganèse. Cependant, l’exploitation de ce trésor ne produit pas les effets positifs attendus car elle écarte toute recherche véritable de l’intérêt général. Elle repose en effet sur la captation du maximum de profits par les pouvoirs en place et la recherche maximum de rendement pour les entreprises chargées de les extraire. Les conséquences se déclinent en autant de drames humains : marginalisation des populations autochtones, destruction des mécanismes autonomes de développement, corruption des élites, dérive d’une jeunesse sans repères, délitement du tissu social, pollution avec ces réfugiés écologiques qui ne cessent de grossir les bidonvilles des métropoles, menace de révolte. Affligeant paradoxe, maintes fois souligné par les spécialistes, mais trop rarement perçu par les opinions occidentales : les pays africains qui disposent de ressources naturelles n’en figurent pas moins parmi ceux qui accusent le plus grand retard de développement sur le continent. Au Nigeria, auquel le pétrole rapporte plus de 80% de ses ressources, 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté (3). c) Développement urbain et habitat précaire

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Le monde agricole étant en crise, l’urbanisation prend de plus


en plus de place dans les pays d’Afrique même si ces derniers demeurent essentiellement ruraux. La population des milieux ruraux pourrait passer de 60% à 50% d’ici 2020. De plus, ONU-Habitat prévoit une explosion de la population citadine d’ici 2050 (1) (elle croîtrait de 900 millions pour un total de 1,8 milliard d’habitants). Un diallèle se met alors en place: la situation centrale des villes affaiblit la population rurale qui contribue elle-même à gonfler des villes sans emploi formel.

1 . Ce nt r e d'a ct ua l it e de l'ONU ; «h ttp:/ / www. un. or g/a pps/ne wsFr/ storyF. a sp? N e wsID=305 21 #. WgwM0 NtXZQJ» 2. Phil ippe Bocquie r ; La ch ronique du CEPED; Juil l e t -Se pt e m bre 19 9 9 ; n°34 3. ide m 2

Cependant les avis divergent sur l’importance de ce phénomène urbain. Selon Philippe BOCQUIER, démographe à l’institut de recherche pour le développement, le mode de calcul des prévisions démographiques par l'ONU surévalue la vitesse d’urbanisation mondiale et notamment en Afrique. Il estime que l’hétérogénéité des définitions n’est pas prise en compte par les Nations unies : « tandis qu’en Europe, la notion de ville apparaîtra à partir de 10 000 habitants environ, en Afrique c’est plutôt à partir de 2000 habitants et en Chine audelà de 100 000 !» (2). L’ONU surestimerait alors l’urbanisation de 28% pour l’Afrique de l’Ouest et de 49% pour l’Afrique de l’Est à l’horizon 2030. Ces calculs sont cependant utilisés par toutes les organisations internationales, de la Banque Mondiale aux agences spécialisées, pour établir leurs critères d’intervention et ajuster leurs moyens. « La désillusion risque d’être grande si l’on persiste durablement dans l’erreur en surévaluant fortement un certain nombre de phénomènes, (...) les perspectives de réalisation d’infrastructures et de logement erronées risquent de ne pas répondre aux besoins ou de manquer leurs cibles, ce qui est déjà souvent le cas. » (3) Une chose demeure certaine, la surface occupée par les territoires urbains en Afrique est malgré tout de plus en plus importante. La densité moyenne est ainsi passée de 5 à 28 habitants au km2, restant en deçà de la moyenne mondiale de 47 habitants par km2. En 2000, 35 villes africaines, réparties dans 25 pays, dépassaient déjà le million d’habitants et 4 d’entre elles comptaient assurément plus de cinq millions :

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1. Wikip edi a; h ttp : //w w w . w i k i w a n d . c om/fr/N% 27D j am é n a#/Dém o g r a p hi e 2. Wikip edi a; h ttp : //w w w. w i k i w a n d . c o m /fr / Bi d o n v i lle

Lagos (Nigéria), Kinshasa (Congo) et Johannesburg (Afrique du Sud). Mais le phénomène touche désormais la quasitotalité des pays, du plus petit au plus grand, bien qu’avec des échelles différentes. Ainsi la population de Dakar, l’une des plus vastes d’Afrique, a été multipliée par dix en trente ans. Quant à N’Djamena, la capitale du Tchad, elle frise actuellement le million d’habitants, avec des paliers de croissance exceptionnels : 18 375 habitants en 1947, 126 500 en 1968, 529 555 en 1993, 721 000 en 2005 (1) La croissance de ces territoires connaît une accélération rapide et incontrôlée avec la naissance de bidonvilles ou de quartiers dont l’environnement est insalubre et non adapté à des conditions de vie décentes pour les populations concernées. La sensation d’environnement insalubre est omniprésente et touche la majorité des usagers de la ville africaine. 1/3 de la population urbaine mondiale vit dans des bidonvilles. Cette proportion s’élève à plus de 75% dans certains pays d’Afrique subsaharienne. A l’heure actuelle la définition des bidonvilles est basée sur 7 critères (2) : • Manque des services de base • Habitat non conforme aux normes • Surpeuplement / hautes densités • Conditions de vie malsaines et / ou dangereuses • Précarité du logement • Pauvreté et exclusion sociale • Taille minimale de 700m2/ 300 personnes /60 foyers d) Accès à l’eau et à l’électricité

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Les objectifs du millénaire formulés sous l’égide de l’ONU en 2000 et ratifiés par 191 États n’ont toujours pas pu être atteints en 2018. Pour l’Afrique subsaharienne, l’accès à l’eau potable ne pourra être atteint qu’en 2040, dans le meilleur des cas et l’accès à des services d’approvisionnement en eau « appropriés », c’est-à-dire l’eau potable disponible au robinet à la maison pour tous, restera difficile à atteindre. Quant à


l’accès à un service d’assainissement, il ne pourra être atteint au mieux, selon les prévisions, qu’en 2076!(1). Mais suite à cet échec, les objectifs de développement durable ont pris l'horizon 2030, ce qui semble aussi très optimiste. Au moment où, en Europe (notamment en France) et en Amérique du Nord, l’accès aux technologies numériques est un objectif des gouvernements et des populations, en Afrique subsaharienne, les problèmes de raccordement à l’eau et à l’électricité restent le souci majeur des habitants. D’après l'organisation mondiale de la santé, le manque d'eau concerne plus de 40% de la population mondiale(2) et 30% de la population Africaine. Concernant l’assainissement, on est très loin des objectifs envisagés. De plus, 1/5 de la population mondiale n’a pas accès à l’électricité et la majorité résident dans une douzaine de pays d'Afrique. L’Afrique subsaharienne demeure cependant un « nain énergétique»(3). 50% de la population africaine a accès à l’électricité, une amélioration comparé aux 24% dans les années 2000. Les inégalités nord-sud sont poignantes; l'Espagne produit plus d’électricité que toute l'Afrique subsaharienne à l’exception de l'Afrique du Sud, et 60% de l'énergie subsaharienne est consommé par l'Afrique du Sud. Le contraste est parfois saisissant de voir des cybercafés, assez bien équipés en ordinateurs, soudain paralysés par l’interruption du courant. Si l’Afrique est entrée dans l’ère informatique, elle l’a fait dans des conditions aberrantes !

1 . Aur e l ie Le m a ir e , É Em erg ences des t e r r it oir e s ur b a ins d'Afrique, etude d'un qua r t ie r pr e ca ir e de Douala 2. O r ga nisa t ion M ondia le de la S ante; O b je ct if a a t t e in dr e de l'ODD relatif a l 'e a u pot a b l e e t l 'a ssainissement; 201 5 3. Aur e l ie Le m a ir e , e m erg ences des t e r r it oir e s ur b a ins d'Afrique, etude d'un qua r t ie r pr e ca ir e de Douala

e) Les villes africaines et leurs bidonvilles La pérennité des quartiers précaires, malgré les tentatives timides d’intégration, constitue un problème urbain majeur des pays en développement. Considéré, dans les années 60 comme effet transitoire de croissance appelé à se résorber, cet habitat était menacé de déguerpissement. Désarmés face au déferlement de population et à l’augmentation des bidonvilles, les gouvernements se révèlent incapables

Sour ce : Afr ica Pr ogr e ss Panel, e n e r gie , popul a t ion e t planete: saisir l e s oppor t unit e s e n e r getiques et cl im a t ique s de l 'Afr ique, 2 0 15 25


car t e 1 : Wi k i p ed i a; «h t t p : / / w w w . w i k i w an d.c o m /fr/ Bi d o n v i lle» 1. A ure l i e Lem ai re, E m er g e n c e s d e s t er rit oires u rb ai n s d' A fr i q u e , e t u d e d'un qu arti er p rec ai re d e Do u a la

pas de donné 10-20% 20-30% 30-40% 40-50% 50-60% 60-70% 70-80% 80-90% 90-100%

carte 1: Pourcentage des bidonvilles par pays en Afrique

de mettre en place une planification urbaine et une politique foncière. Encouragés par les agences mondiales, ils ont longtemps tenté de brider la croissance des villes, vues comme porteuses de chaos(1). Une pensée anti-urbaine selon laquelle les gens devaient retourner dans leurs campagnes, a aggravé ce phénomène. Comme le montre la carte, la plupart des pays se retrouvent avec plus de 30% de leurs populations vivant dans un bidonville.

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Comme le souligne l’urbaniste Jean-Pierre ELONG-MBASSI, « Ce courant a été encouragé en Afrique par la Banque Mondiale mais aussi par la France, avec deux conséquences. D’une part on n’a pas pris la mesure de la croissance des villes,


que les États ont toujours tendance à sous-estimer, pour plaire à des bailleurs de fonds qui leur disent qu’ils ne peuvent pas assumer de telles métropoles. Ensuite, des frontières très strictes sont imposées aux villes dans le vain espoir de limiter leur croissance, et par conséquent créent de l’inégalité et des quartiers informels. Imaginez que moins d’un cinquième de la population urbaine habite la ville « officielle » en Afrique ! »(1). Au milieu des années 70, l'inefficacité de cette politique est indéniable et émergent alors les premières interventions significatives de la Banque mondiale, qui, dans un premier temps opposée à cette forme d’habitat, en vient à « favoriser » son intégration dans la ville. Des habitats sous-intégrés (trames assainies, lotissement à équipement minimum...) sont envisagés et suscitent un relatif intérêt des organisations internationales pour ces quartiers où règne la pauvreté. En 1980 la question du logement des pauvres, lourde d’enjeux fonciers, devient cruciale pendant un certain temps, puis on tourne la page. La décennie 1990 s’ouvre sur un autre enjeu, d’autant plus vital qu’il concerne non seulement les pauvres mais des sociétés de services urbains bénéficiaires de la vague de privatisation : les infrastructures.(2) Aujourd’hui, ces habitations en majorité auto-construites sur les terrains les plus soumis aux risques naturels, sont les premières fragilisées dans un contexte où le réchauffement climatique commence à avoir des effets (montée des eaux, séismes ou encore tsunamis). Les gouvernements de ces états choisissent pour la plupart d’éradiquer ces bidonvilles et le secteur informel en général, afin de créer un climat propice à la compétition et à l’investissement. Le secteur informel étant jugé nocif pour l’image de ces villes, on tente de le régulariser, par la force le plus souvent. Ceci accroît la fracture sociale et les inégalités. Mais ces politiques, n’ont pas toujours de succès car, l’exécutif impuissant, ne fait souvent que déplacer le problème, le jeu du chat et de la souris s’étant mis en place entre les différents acteurs. Quand l’expulsion

1 . Je a n Pie r r e El ong-M bassi; pr opos r e ce uil l is pa r G reg oire Al l ix; ht t p://www. l e m onde.fr/ pl a ne t e /a r t icl e /2009/09 / 2 1/ je a n -pie r r e -e l ong-m b assi-trop-da fr ica ins-on t -com m e -i deal-la-villecol onia l e _ 1 24 3022_ 3244.h tml 2. ide m 1

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est réussie c’est bien souvent au détriment des populations qui se retrouvent généralement à la rue et sans véritable voie de recours . Aujourd’hui, en Afrique l’informel ne doit plus faire partir de la ville : nous assistons à une nouvelle tentative d'occidentalisation des villes africaines.

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bé ni n, étude du quartier placodji à coto nou


A) Les villes pré-coloniales africaines

A

vant d’aller plus loin sur la question historique, il est important de réhabiliter les villes pré-coloniales Africaines qui sont oubliées par les spécialistes. En effet, une vision, purement occidentale de ce que doit être la ville a depuis toujours, empêché plusieurs chercheurs de comprendre que la ville africaine n’est pas la ville occidentale, qu’elle a son propre mode de fonctionnement et ce, bien avant la colonisation, qui bien qu’ayant accéléré le processus d’urbanisation a dû s’appuyer sur des systèmes urbains existants. L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch dénonce cet état de fait : « Les historiens de la ville, voire les historiens tout court continuent de faire comme si l’histoire urbaine africaine débutait avec l’intrusion européenne tardive de l’impérialisme colonial, et les réalités urbaines africaines sont, encore plus que dans les autres pays du Sud, des aberrations condamnables en soi. »(1) Elle nous montre que plusieurs grands chercheurs ont un blocage sur ces villes. Un exemple de ces préjugés est, d’après elle, la publication d’une histoire urbaine universelle éditée par "Cambridge University Press", où l’histoire des villes africaines « n'ont droit qu’à 4 pages, quant aux villes contemporaines, elles sont traitées de "cultural decay (of a) pathological and incoherent urban reality" (2)». Elle s’appuie sur la définition que Jacques Le Goff fait d'une ville dans un livre intitulé "La ville médiévale des Carolingiens à la Renaissance". Le célèbre médiéviste et historien y décrit la ville comme: «  là où il y a expression matérielle du pouvoir politique et économique ce n’est plus un simple village, ni un bourg rural, c’est un lieu de décision  » (3). C. Coquery-Vidrovitch appuie ce propos: «  Cela fait donc partie intégrante de ce qu’il est convenu d’appeler en histoire une ville, c’est-à-dire un lieu (...) où une partie longtemps minoritaire de la population ne se consacre pas à l’agriculture mais vit du prélèvement d’une partie de ses surplus. » (4) La ville pré-coloniale a existé sous différentes formes que les villes occidentales de la même époque, les villes occidentales

1 . Ca t he r ine Coque r y -Vidrovitch , " De l a vil l e e n Afr ique noir e ", Annales. H ist oir e , Scie nce s Sociales 2 0 0 6 / 5 (61 e a n ne e ) , p. 1 087 -1 1 1 9. 2. ide m . Com pr e ndr e : De clin culturel (d'un e ) r e a l it e ur b a in e path olog ique e t in cohe r e nt e 3. Ja cque s Le G of f , "La ville m e die va l e . De s Ca r ol in giens a la R e na issa n ce ", Pa r is, Le S euil, 19 80 4 . voir e n ot e 1

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1. C at her i n e C oqu ery-Vi dro v i t c h , " De la v i lle en A fri qu e n oi re " , A n n a le s . Hist oi re, S c i en c es S o c i ale s 2 0 0 6 / 5 (6 1 e an n ee) , p. 10 87 - 1119 . 2. idem 3. idem

étant plus matérielles car définies par un bâti urbain jonché par de grands édifices eux mêmes censés symboliser le pouvoir et la modernité. En Afrique, « l’essence de la ville réside moins dans sa matérialité que dans le sentiment d’appartenance des populations à un ensemble religieux et politique, sans qu’il n’y ait nécessairement continuité et densité du bâti » (1). Les africains n’ont pas été initiés à la ville avec l’arrivée des colons, les choses n’ont pas pu arriver aussi brutalement. Les changements opérés sont le résultat «  d’ajustements progressifs provoqués par l’attraction urbaine d’activités mercantiles en expansion qui font de l’histoire urbaine africaine, comme ailleurs une histoire de longue durée» (2). Une meilleure connaissance de ces villes pourrait certainement aider à mieux comprendre leur complexité qualifiée aujourd'hui à tort d'incohérence. Un retour dans l’histoire permet de considérer la ville africaine comme une typologie à part entière de ville, ayant bien évidemment son lot de difficultés, mais constituant un modèle différent des villes occidentales mais viable. Cotonou n'y déroge pas ; les urbanistes de l’administration coloniale considéraient les villes existantes avant leurs arrivées comme étant des bourgs arriérés et tentèrent d’apporter la modernité occidentale à ces villes même si ce fut un échec comme le montre C. CoqueryVidrovitch: «  la plupart (des villes coloniales) furent greffées sur des villes préexistantes, ce qui n’a rien d’étonnant puisque le site et la fonction s’y prêtaient. Les histoires sociales de ces villes ont montré la faillite du projet colonial stricto sensu. En effet, toutes ces villes voulues blanches furent peuplées aux 9/10 de Noirs qui, mis à part le petit quartier européen le plus souvent soigneusement ségrégué, élaborèrent, en marge du système colonial, des mécanismes de fonctionnement à leur usage» (3).

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Il sera utile de revenir plus précisément sur la ville de Cotonou et la contribution de son administration coloniale au paysage urbain actuel.


B) Histoire de l’urbanisme à Cotonou a) Situation géographique et organisation spatiale

Ca r t e 2: fon d de ca r t e o btenu sur «ht t p://www. hist ge o .ac-aixm a r se il l e . fr /we b php/ca rte.ph p?num_ ca r =24 5 0&l a ng=fr»

Cotonou

carte 2: Situation du Bénin en Afrique

D

ans la région ouest-africaine, Cotonou était un petit maillon de la chaîne de ville s’étalant de Cape-Coast (actuel Ghana) à Lagos au Nigeria. Débouché maritime d’un couloir de terres peu contrasté et disposé en plan légèrement incliné du fleuve Niger au nord à l’océan Atlantique au sud, Cotonou est distant seulement d’environ 90 km à vol d’oiseau du Togo, 30 km du Nigeria, 610 km du Niger et se trouve dans un rayon

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1 . S eb asti en D oss a S o t i n d j o , C ot onou : L' ex p l o si ti o n d ' u n e c a p i t a le economi qu e ( 1 945 -1 98 5 ); C o lle c t i f dirigee p ar D en i s Pryen e t Fr a n c o i s Manga Akoa 2. idem 3. "L ' en droi t o u v i en t m o u r r i r la mer" dan s l a l an gu e l oc al e q u i e s t le " fo n g b e "

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de 1600 km des villes sahélo-soudanaises enclavées comme Fada N’Gourma (810 km), Niamey (1058 km) et Gao (1516 km). Elle est érigée sur un cordon littoral de 4 à 6 km de large, jeté comme un radeau de sable entre deux plans d’eau : le lac Nokoué au nord et l’océan Atlantique au sud. Cette bande de terre, qui est en réalité une plaine côtière basse et sablonneuse, est traversée par la lagune de Kouto, une sorte de cordon ombilical de 4,7 km de long et 250 m de large reliant le lac à la mer» (1). C'est ainsi que Sébastien Dossa Sotindjo, un historien béninois, situe Cotonou par rapport à des villes voisines africaines. Le territoire est marqué par des éléments naturels tel que, le lac, la lagune et la houle océanique. Cette morphologie de plaine située à 0,5 m au-dessus du niveau de la mer, rend fragile le site qui nécessite une urbanisation contrôlée de l’espace pour la sauvegarde de l'équilibre précaire entre la terre ferme, les eaux et les marécages. Toute urbanisation « sauvage »(2) selon les dires de l’historien impliquerait de faire un urbanisme coûteux ou déboucherait sur un délabrement irréversible du milieu naturel. Néanmoins, c’est exactement ce qui se produit à Cotonou qui était en 1945, une ville juvénile âgée d'une quarantaine d'années. Avec une population d’environ 18000 habitants, la capitale du Dahomey se plaçait déjà au deuxième rang de la hiérarchie urbaine après PortoNovo, la capitale de la colonie. Elle s'étendait sur le cordon littoral de part et d'autre de la lagune de Kouto(3) avec un réel déséquilibre de la zone urbaine : la quasi-totalité de la cité nouvelle se situait alors sur la rive occidentale de la lagune, le reste étant un ensemble de maraîchages et de palmeraies (voir la carte 3). L'essentiel de la ville tenait dans un triangle dont la lagune à l'est et la mer au sud forment les deux côtés, la base du triangle étant symbolisé par la ligne de marécages délimitant au nord. Dans le même temps, l’urbaniste Henri Jean Calsat qui fut l’auteur du premier plan directeur de la ville de Cotonou; écrit lors d’une de ces visites d’études dans la ville en 1948: «  L'architecture n'a aucun caractère et on ne peut citer que trois verticales tranchant sur le calme du site : * l'église Notre-Dame avec son clocher de 28 mètres,


* le phare qui ne dépasse pas 20 mètres, * le château d’eau du R.B.N. (Réseau Bénin-Niger). Les monuments publics sont pratiquement inexistants, le monument aux Morts, l’hôtel de la chambre de commerce, n’ont aucune valeur artistique ou historique » (1). L'organisation spatiale de la ville s’inscrivait dans les principes de base de l'administration coloniale, qui sont la ségrégation raciale dans la répartition des habitats pour préserver la sécurité et la santé des Blancs(2). De même, l'hygiène et le zonage des quartiers était régis par les fonctions précises que sont commercer, administrer, résider. L'administration coloniale affectée à l’époque au Bénin, en raison de cette topographie en plaine, choisit de s'installer sur le cordon littoral le plus proche de l'océan Atlantique, la partie la plus élevée (environ 6m d’altitude) et la plus saine du site cotonois. En 1945, la zone résidentielle au sud est peuplée de 883 Européens dont 665 Français et était mise à distance des habitations autochtones au nord par la partie occidentale du chemin de fer.

1 . AN SO M , TP, 2e se r ie , carton175: pl a n dir e ct e ur de Cot onou expose par M . Ca l sa t , ur b a nist e , a u cours de la se a nce du 26 juin 1 95 0 du comite de l 'ur b a n ism e e t de l 'ha b itation dans l e s t e r r it oir e s de l a Fr ance d'Outremer. 2. Du Vivie r de STR EEL , dans "l 'in t r oduct ion a u t om e I de l 'Ur b a nism e a ux col on ie" citee par les M a r che s col on ia ux du monde n32 8 du 23 fe vr ie r 1 95 2. 3: Se b a st ie n Dossa Sot i ndjo, Cotonou: L 'e x pl ot ion d'un e ca pit ale economique ( 1 94 5 -1 985 ) ; Col l e ct if dirig e par De n is Pr y e n e t Fr a n cois Mang a Ak oa

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1 . R e side n ce 2. Com m e r ce 3. Wha rf 4 . Pe che 5 . Indust r ie N O6.K O U AeEr odr om e Cocot ie r s Pa l m e r a is M a r e ca ge s

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carte 3: Le site de cotonou en 1952 par M.P. Brasseur (3)

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1. Ap p on tem en t si tu e d a n s la zo n e p or tu ai re d e l a v i l l e d e C o t o n o u d est i ne a ac eu i l l i r d es b atea u x d e p a r t et d'aut re, Les trav au x c o m m e n c e n t en 18 92 et son t m en e p ar la s o c i e t e fran c ai se "l es b a t i g n o lle s " 2. A bri m i l i tai re d efen s i f m o d e s t e et de p et i te tai l l e en b eto n r e n fo r c e , constru i t de so rte a r e s i s t e r a u x assau ts des arm ees e n n e m i e s .

3 . D u Vi v i er d e S T R E E L , d a n s l ' i n tro du c ti o n a u t o m e I d e "l'Urbani sm e au x c o l o n i e s " c i t e e p a r Mar c hes c ol on i au x d u m ond e n 3 2 8 d u 23 fe v r i e r 19 5 2 .

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Le zonage du site quant à lui fut étudié par les urbanistes français qui favorisent l’implantation du quartier commercial par la construction d'un wharf(1), point de départ du chemin de fer qui traverse la ville d'ouest en est, de la lagune vers l'intérieur du pays. Juxtaposés à cet ouvrage économique, furent érigés le campement militaire (le blockhaus)(2), quelques infrastructures de base tels que l'ambulance, la prison, le service météorologique et de nombreux magasins et maisons de commerce. Cette zone commerciale, initialement située au sud de la voie ferrée, déborda vers le nord de celleci tout au long de la lagune où se trouvaient quelques autres services dont une usine électrique construite en 1926, une école professionnelle et un dispensaire municipal. À l'ouest du wharf, la zone administrative était implantée avec notamment la chambre de commerce, la mairie, le service des travaux Publics, les douanes, le trésor, le palais de justice, la gare de chemin de fer, le marché quotidien ou municipal qui deviendra de nos jours le marché Ganhi. La zone résidentielle quant à elle fut convenablement aménagée selon les prescriptions de Du Vivier de Streel (directeur des congrès de l'exposition coloniale internationale de 1931) pour encourager l’arrivée de nouveaux citoyen s européens dans les colonies d'Outre-mer. Il demandait aux architectes et urbanistes, artisans européens des villes coloniales africaines d'offrir « le maximum d'avantages aux Citadins de race blanche dans les cités qu'ils organisent. Il faut pour leur plaire, créer des quartiers bien aérés, ornés de tous les attraits que la nature ou l'art mettent à la disposition des architectes et des administrateurs (...) tout doit concourir à assurer le bien-être européen et à attirer les immigrants»(3) ces mêmes urbanistes avaient fait un plan en damier au nord des chemins de fer, dans la ville réservée aux Autochtones avec des voies beaucoup moins larges et des cabanes en guise de logement.


b) Urbanisme téléguidé par l'administration coloniale Les recherches sur l’histoire de l’urbanisme au Bénin sont très rares mais Sébastien Dossa Sotindjo (1) dans ses travaux de recherche a fait un travail remarquable sur l’histoire de l’urbanisme de la ville. Selon lui, un tournant non négligeable s'opère en 1945, à la fin de la guerre mondiale : l’histoire des relations entre métropoles et colonies en général va être bouleversée et particulièrement celle de la gestion des villes appartenant à l’Empire français . C’est le point de départ ou d’accélération du processus de la décolonisation dans les pays d’Asie et d’Afrique. Les relations entre la France et ces territoires d’outre-mer se trouvent ainsi réorganisées. En effet, la loi de Finances du 13 avril 1900 qui orientait jusque-là le fonctionnement des colonies sur la base d’un financement autonome soutenu par leurs propres ressources fut remplacée par la loi de Finances du 30 avril 1946. Cette dernière organisait autour de trois plans quadriennaux l’intervention franche des capitaux de la métropole pour le développement économique et social des territoires d’Outres mer. Une place de choix fut attribuée à l’aménagement des agglomérations principales des colonies désignées désormais comme indicateur du progrès social ou facteur de développement économique en ce sens que des citadins seraient des consommateurs capables de booster la production. L’auteur nous montre dans sa thèse que la ville de Cotonou, suite à ce changement va subir une série de planifications visant à doter d'un statut de métropoles les villes les plus importantes des anciennes colonies. Par une ordonnance du 28 juin 1945, les nouvelles bases d’une ville sont installées. D’après ses recherches, le nouveau mécanisme de financement issu de la loi du 30 avril 1946, centré sur deux organismes de financement, le FIDES (2) et la CCFOM (3), mettait à la disposition des colonies les fonds nécessaires à l’achat des biens d’équipement, à l’installation et à la rémunération des entreprises privées et autres spécialistes de la ville.

1 . H ist or ie n e t pr ofe sseur a l 'Unive r sit e d'Ab om e y - Calavi au Be n in 2. Fonds d'In ve st isse m ent et de De ve l oppe m e nt e con omique et social 3. Ca isse ce nt r a l e de l a France d'O ut r e -m e r

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1 . Sebast i en D o ssa S o ti n d j o , C o t o n o u : L'exp los i on d’ u n e c ap i tal e e c o n o m i q u e ( 19 4 5 -1 98 5 ) ; C o l l ec ti f d i r i g e p a r Denis Pryen et Fran c oi s M a n g a A k o a , page 51 2. Sebas ti en D o ssa S o ti n d j o , C o t o n o u : L'exp os i o n d ' u n e c ap i tal e e c o n o m i q u e ( 19 4 5 -1 98 5 ) ; C o l l ec ti f d i r i g e p a r Denis Pryen et Fran c oi s M a n g a A k o a , page 53

Le Fides étant « un simple compte de la CCFOM chargée de l'exécution matérielle des opérations d'équipement et de modernisation des TOM. La loi du 30 avril 1946 qui l'institua classa ses ressources selon deux types de provenance, une dotation du budget métropolitain fixée chaque année par la loi de Finances et des contributions des territoires intéressés (ressources ordinaires ou extraordinaires provenant de la fiscalité ou des caisses de réserve ou d'avance à long terme consenties par la CCFOM)  » (1) et le CCFOM «  assurait la participation de l’État français aux sociétés publiques ou d'économie mixte, facilitait financièrement l'action des collectivités territoriales ou locales (communes) en leur consentant, sur ses propres ressources, des prêts à long terme (25 ans) au taux d’intérêt de 2,2 % pour leur permettre d'apporter leur contribution. L’expression, les “ propres ressources ” de la CCFOM désigne les opérations propres à la caisse, exécutées sous sa responsabilité (hors du FIDES) au moyen de son capital en tant qu'institution de crédit ou banque de développement.»

(2)

Cela va entrainer une modification poignante du rapport métropole/colonie et favoriser une plus grande visibilité de la culture française dans l’Empire coloniale à travers les infrastructures, l’architecture et les combats politiques.

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Le Bénin, est dirigé par un régime militaro-marxisant à partir de 1972 et se retrouve pris à la gorge par sa gestion chaotique des ressources nationales et entame un changement de cap en 1982 d'après la thèse de Sébastien Dossa Sotindjo. Des mesures draconiennes de restructuration des entreprises et sociétés d’État, prises entre 1982 et 1988, mirent fin au dirigisme de l’État-providence qui avait prévalu jusqu'alors. Sur le plan de l'urbanisme le constat est déplorable. La nouvelle politique de l'État vise à rechercher des investisseurs pour financer les nombreux chantiers alors laisser de côté. « Le début de la décennie 80 marqua un regain d’intérêt pour la ville de Cotonou tout comme au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Le 26 octobre 1981, un accord de financement des


travaux d’assainissement de Cotonou par l’Association Internationale de Développement (AID) fut signé entre le Bénin et la Banque mondiale. D’un montant global de cinq millions de dollars US soit 2 500 millions de francs CFA à libérer par les deux parties contractantes (1,3 million de dollars US soit 650 millions de francs CFA pour la partie béninoise), le projet chargea un consortium de bureaux d’études allemands, le Groupement IGIP, GKW et GRAS (GIGG) de doter la ville de Cotonou d’un Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU). D’une durée de 18 mois, ce projet arrivé à échéance laissa une structure permanente (IGIP) d’étude urbaine à Cotonou, pour poursuivre les réflexions sur la ville. Parallèlement fut signée entre le gouvernement béninois et le Fonds d’Aide et de Coopération (FAC), le 30 juillet 1982, une convention de projet appelé Projet plan d’Urbanisme en République Populaire de Bénin (PUB). Ce projet qui démarra ses activités par l’organisation d’un séminaire national sur l’habitat et le logement, le 15 décembre 1982 à Cotonou, avait pour objectif de doter en 36 mois huit villes du Bénin (dont Cotonou) de documents d’urbanisme (photos aériennes, cartographie, plan directeur). D’un coût global de 5.85 millions de francs français soit 292.5 millions de francs CFA dont 118 millions de francs CFA pour la cartographie, le projet entièrement financé par le FAC avait aussi laissé à Cotonou à son expiration en 1985, une cellule nationale permanente de relais, le SERHAU pour l’urbanisme.» (1) De nombreux plans d'urbanisme vont donc voir le jour à Cotonou qui est clairement la priorité pour les investisseurs de par son port entre 1945 et 1982. Mais ces plans successifs ne sont que des plans de détail visant des lotissements malgré la forte croissance démographique et spatiale de la ville. Dans les années 70, un consortium de bureaux d'études allemand, fut chargé d'établir un schéma directeur d'urbanisme de la ville. Mais ce plan ne fut pas appliqué du fait du lancement du "Plan d'Urbanisme en République Populaire du Bénin". En réalité les anciennes puissances coloniales concentrent leurs capitaux sur les villes principales de chaque territoire au détriment du secteur rural.

1 . Se b a st ie n Dossa Sot i ndjo, Cot on ou: L 'e x pl osit ion d’une capitale e conom ique ( 1 94 5 -1 985 ); Collectif dir ige pa r De nis Pr y e n et Francois M a nga Akoa , pa ge 85

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1 . Sebast i en D o ssa S o ti n d j o , C o t o n o u : L'exp os i o n d ' u n e c ap i tal e e c o n o m i q u e ( 19 4 5 -1 98 5 ) ; C o l l ec ti f d i r i g e p a r Denis Pryen et Fran c oi s M a n g a A k o a , p a g e 10 5 2. S eb asti en D oss a S o t i n d j o , C ot onou : L' ex p o si ti o n ’ d ' u n e c a p i t a le economi qu e ( 1 945 -1 98 5 ); C o lle c t i f di rige p ar D en i s Pryen e t Fr a n c o i s Man ga A k o a , p a g e 84 3. S eb asti en D o ss a S o t i n d j o , C ot onou : L' ex p o si ti o n ’ d ' u n e c a p i t a le economi qu e ( 1 945 -1 98 5 ); C o lle c t i f di rige p ar D en i s Pryen e t Fr a n c o i s Man ga A k o a , p a g e 2 7 0

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«Au Dahomey, les deux premiers plans du FIDES réservèrent 28 % des crédits à la production agricole contre 52 % à l’infrastructure et 20 % à l’équipement social. Cotonou, à elle seule, reçut plus de 20 % des capitaux investis en raison de sa position névralgique dans l’économie de traite dahoméenne. Depuis le premier plan du FIDES, l’habitude est prise de soutenir le développement par des plans indicatifs et de repartir les investissements publics proportionnellement au degré de concentration des équipements de base. Cotonou devient le pôle d’attraction des capitaux.» (1) L'écart se creuse donc considérablement entre Cotonou et les autres villes du pays ce qui entraine un flux migratoire humain colossal pour une si petite ville. La ville se retrouve à exercer les fonctions de Métropole nationale. «Représentant seulement 1,1% de la population totale du Dahomey en 1945, Cotonou abritait 12,6% de celle du Bénin en 1985» (2) L'état propriétaire des terres avait établi un accord tacite avec les anciens propriétaires coutumiers habitant les villages suburbains, afin de résoudre le conflit opposant le droit foncier écrit adopté de la métropole et le droit foncier coutumier. Cependant, cet accord fut rompu après l’indépendance où l’extension de la ville déborda sur les villages et terres suburbaines. Le jeu des alliances clientélistes et la crise d’autorité de l'État; lié à la division de la classe politique firent tourner le face à face entre les deux régimes fonciers en faveur des propriétaires coutumiers. D’après Sébastien Dossa Sotindjo, « La pression démographique sur les terrains à bâtir dans les années 1970 en liaison avec la conjoncture économique favorable (boom pétrolier nigérian et cours en hausse de l’uranium nigérien) provoquait une flambée du prix des parcelles à habitation. L’accaparement des terres par des revendeurs professionnels et la vente en “ go and stop ” des propriétaires terriens alimentèrent la spéculation au cours des années 1970 et début 1980 » (3) La démocratisation des revendeurs professionnels de parcelles et la tendances chez les citadins à avoir une maison


individuelle serait à l’origine de l’extension spatiale et de la multiplication des quartiers spontanés par le squatting. Placé à la remorque de cette dynamique, l’État réagit a posteriori par un urbanisme “ curatif ” à moindre coût pour régulariser les occupations illégales du sol urbain. L’État et la métropole n'ont pas cessé de concentrer les investissements sur des lourdes infrastructures de transport en délaissant le secteur social. «À p e ine 1 % de s b e s oins e n l o g e m e nt , env i r on 3 % des dé place me nts e t 1 5 % d e l ’ a i re ur b ai ne dot ée de sys tè me de canalis a tion. Q ua nt à l a di st r i but i on de l ’ eau p ota ble e t de l’é ne rg ie é l e c t ri q ue , b esoi ns p our t ant incompre s s ible s , l’offre p u b l i q ue ne sat i sf ai sai t en 1 983 que 1 8,1 % de s m é na g e s c ot onoi s p our l a pr e miè re e t 41 ,1 % p our la s e c o nd e » (1). Ces nombreuses insuffisances et le centralisme de l'État sont la cause selon Sébastien Dossa Sotindjo de la croissance du secteur privé et de la débrouillardise des populations dans le secteur de l'habitat et des transports en commun avec la création du système de Zémidjan(2) par exemple.

1 . Se b a st ie n Dossa Sot indjo, Cotonou: L 'e x posion d'une ca pit a le economique ( 1 94 5 -1 985 ) ; Col l e ct if dirig e par De n is Pr y e n e t Fr a n cois Mang a Ak oa, pa ge 27 6 2. Ta x i m ot o e n l a n gue locale

C'est cette mauvaise gestion de l'organisation urbaine qui entraîne tous les problèmes qui nous préoccupent aujourd'hui dans cette étude. Cette histoire permet de mieux imaginer le processus de production de Placodji, il s'agit d'un quartier qui résulte de la mauvaise gestion et de l'impuissance de l’État face à l'attraction générée par la ville. Mais qu'est ce bidonville en réalité? Et quel est le problème qu'il pose à ces mêmes organismes d’État qui ont permis son avènement?

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1.Sebasti en D ossa S oti n j o ; C o t o n o u : L'exp os i o n d ' u n e c ap i tal e e c o n o m i q u e ( 19 4 5 -1 98 5 ) ; C o l l ec ti f d i r i g e p a r Deni s Pryen et Fran c oi s M a n g a A k o a ; page 25 2. A ncien n om du B en i n m o d i fi e p a r le p resi d en t Mathi e u Ke r e k o u 3. Le roi B eh an z i n est l e 11e m e r o i d u Dahome y, « L' H i sto i re d u Be n i n » , s u r h tt p : / / g o u v . b j 4 . « C o m m an dan t su p e r i e u r d e s et abli ssem en ts fran c ai s d u Be n i n : A lfred A m edee D o dd s, c o lo n e l p u i s genera l de b ri gade (m ai 189 2 - a v r i l 1 8 93 ) » , su r c u l t u r e . g o u v . fr

C) Placodji, une potentielle vitrine pour Cotonou a) Présentation du quartier Placodji, qui signifie en langue mina, «sur le sol des Plah» est le premier quartier de Cotonou. Il a été créé au 19ème siècle par les Plah, aussi appelés les Popos, un peuple de pêcheurs originaire de l’ouest du Bénin. « La prise de possession du site cotonois débuta par l'implantation du quartier commercial avec la construction d'un wharf d'où part le chemin de fer traversant la ville d'ouest en est de la lagune Kouto vers l'intérieur du pays. A côté de cet ouvrage économique, furent érigés le campement militaire puis quelques services. » (1)

Wharf de Cotonou vers 1910,wikipedia

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Cours du wharf vers 1910,wikipedia

Suite à la première guerre du Dahomey (2) en 1890; la construction du wharf fut entamé . Ce dernier facilitera le débarquement des troupes du général Alfred Dodds lorsque la France déclare la guerre au roi Behanzin (3). Le général Dodds fut nommé au commandement supérieur des établissements français du golfe du Bénin situé sur la côte des esclaves (4). À l'ouest du wharf, se situait la zone administrative avec la chambre de commerce, la mairie, le service des travaux publics, les douanes, le trésor, le palais de justice, la gare de chemin de fer, le marché quotidien ou municipal (l'actuel marché Ganhi). En réalité, placodji est le lieu choisi par les colons pour s'établir. Sa proximité avec le wharf et ces nombreux atouts stratégiques en font le premier quartier de


la ville de Cotonou. Ce quartier de 10 hectares abritant 18 000 habitants à l'époque(1), situé en bordure de mer fût construits cité administrative de l’administration coloniale française qui à l’époque avait établie un comptoir commercial. Les populations venues habiter ce quartier étaient des travailleurs acheminés de Grand Popo et de Ouidah (2). Ceux-ci sont issus de peuples de pêcheurs Plah et Pedah (3). « Les colons ont choisi ces populations pour leurs connaissances de la mer, leurs fonctions étant de charger et décharger les navires en mer, mais aussi de construire le wharf pour la société de construction des Batignolles (4) (Gouin et Cie), le chemin de fer, des bâtiments administratifs et commerciaux, et les entrepôts servant à stocker les marchandises d’importations ou d’exportations. Une ville duale est née mettant en relation deux quartiers juxtaposés, l’un habité par les colons, l’autre par des travailleurs "indigènes". Depuis l’indépendance, le wharf, préfiguration des futures installations portuaires cotonoises, a été abandonné. De nouveaux ports de pêche et commercial ont été construis à moins d’un kilomètre du quartier « campement ». Les baraques de Placodji ont survécu aux nouvelles installations confirmant sa vocation de vaste dortoir pour les travailleurs (...) Le modelage du nouveau visage de la capitale économique demandait une maind’œuvre nombreuse. Un grand nombre de nouveaux citadins se sont dirigés vers des quartiers tels que Placodji, proches des chantiers de la ville. De plus les rapatriements successifs des populations béninoises d'autres États ouest-africains ont amplifié le phénomène de croissance urbaine.» (5) La production de logement ne suivant pas la croissance économique de la ville entraîne une densification rapide du quartier de Placodji. Cette densification, face à la situation d'enclavement du quartier; par l’emprise au sol d’une ceinture d’entrepôts et de ministères au nord et à l'ouest et par la lagune et la mer au sud et à l'est(6); ne va faire que s’amplifier. En 2002, Les 10 hectares de superficie du quartier se répartissent dans trois sous-quartiers : « Placodji-Plage », « Placodji-kpodji », et « Yenawa ».

1 . Est im a t ion de l a M a irie du 5eme a r r on disse m e nt . 2. O uida h e t G r a n d Popo sont des pe t it e s vil l e s a 30 e t 60 k ilometre a l 'O ue st de Cot on ou e n direction du Togo. 3. Le s Pl a h e t l e s Pe da h sont deux sous gr oupe s e t hnique s derives du gr oupe e t hnique Popo e t/ ou Mina. 4 . La socie t e de const r uction de s Ba t ign ol l e s e st une ancienne e n t r e pr ise fr a nca ise de construction fe r r ovia ir e e t de t r a va u x publics au nive a u na t iona l e t int e r national. E lle fa it pa r t ie de l 'hist oir e de la societe spie b a t ignol l e s 5 . Da vid Loic; R e nouve l l ement urbain a u ce n t r e de Cot on ou; Memoire de M a st e r 1 de scie nce sociale a l 'un ive r sit e de Pa r is 1

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1. David Lo i c ; Ren o u v el l em e n t u r b a i n au c en tre de C o to n o u ; M e m o i r e de Master 1 de sc i en c e s o c i a le à l ' u n i v ersi t e d e Pa r i s 1 2. Idem 3. Le p erm i s d ' h ab i ter e s t u n d r o i t p e rson n el ( n on tran s m i s s i b le ) , p reca i re et rev oc ab l e, p e r m e t t a n t au bene fi c i ai re d ' o c c u p er u n t e r r a i n en z o n e u rb ai n e et a p p a r t e n a n t a l' E tat. C o n trai rem e n t a u t i t r e fonc i er, l e p erm i s d ' h ab i t e r s u p p o s e une occ u p ati on p erm an e n t e e t u n e p ar c elle i n oc c u p ee p en da n t s i x m o i s peut - et r e rep ri se san s i n d e m n i s a t i o n p ar l ' adm i n i s t r a t i o n 4 . C o n fe r e 1

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C’est un quartier très hétérogène avec une population même si majoritairement Plah et Pedah accueille de nombreux migrants venus des pays voisins en crise politique ou économiques. Cette densification couplée à la très faible implication de l’État dans la gestion du quartier en fait un quartier emblématique de la pauvreté au Bénin(1) . « En 2009, l’ex-Président de la République Boni Yayi, a effectué deux visites du quartier; a la suite de ces visites dix lampadaires ont été installés, des sacs de riz ont été distribués (2)» D’après David Loïc dans son mémoire de master qui écrira plus loin : «Il est permis d’habiter le quartier appartenant au "domaine privé de l’État " depuis la loi n°60-20 du 13 juillet 1960 et le décret n°64-276 du 2 décembre 1964(3) . Ceci implique une immatriculation préalable auprès des services d’État. Selon la direction de l’Urbanisme et de l’Aménagement (DUA) du ministère de l'Environnement, de l’Habitat et de l’Urbanisme (MEHU), à peine 10% des terrains urbains disposeraient actuellement d’un titre foncier. Les permis d’habiter délivrés par délégation de l’État ont rendu le titre foncier très marginal; ce qui donne une base légale aux réappropriation de terre urbaine sans indemnisation. Même si le facteur financier reste le plus important, cette situation foncière est l’un des facteurs déterminants qui poussent les habitants à ne pas construire des logements durables sachant que le permis d’habiter est révocable à tout moment. Pourtant ce quartier dit « taudis », « non sécurisé », stigmatisé, attire tous les jours de nouveaux habitants. » (4) . Ce qui montre bien la complicité de l’État dans l’existence de ce quartier et son désintérêt de ces populations, à part pour des raisons strictement politiques. Placodji est l'un des quartiers les plus insalubres de la ville; l'absence du système de récupération des déchets et l'ignorance des services de l'État font que les habitants mettent leurs déchets dans la mer et l'utilisent même comme toilette publique


LES BERGES INSALUBRES Comme le montrent ces deux images, les berges de la lagune à proximité du bidonville sont devenues de véritable dépotoirs complètement insalubres. Les populations n'ayant pas accès aux infrastructures de bases s'en remettent alors à la mer pour toutes sortes de besoins. Cet état des choses met en danger les populations vivant à proximité mais aussi l'environnement.

Ayo Dele; https://missayodele. wordpress.com/2013/03/01/ placodji/

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1. Mi nistere de l ' en v i ro n n e m e n t , d e l'Habitat et de l ' U rb an i s m e ( M E H U ) e t Mi ssi on d' am ena g e m e n t e t d'eq ui p em en t d es terra i n s u r b a i n s ( MA E T U R) an al yse d i a g n o s t i q u e du c adre de v i e, des c o n d i t i o n s s oc i o- ec on o m i qu es, so c i o lo g i q u e s de la pop u l ati on et stat u t j u r i d i q u e d ' o c c u p ati on d u s o l,2 0 0 3 . 2. David Lo i c ; Ren o u v el l em e n t u r b a i n au c en tre de C o to n o u ; M e m o i r e de Master 1 d e sc i e n c e s o c i a le l ' u n i v ersi t e d e Pa r i s 1

b) Morphologie sociale du quartier «Les populations de Placodji vivent pour la plupart dans la pauvreté, voire l’extrême pauvreté, selon l’étude « Document de stratégie de lutte contre la pauvreté » (DSRP) présenté aux institutions de Brettons Woods en 2000. Le revenu des ménages est souvent compris entre 25 000 FCFA par mois et 50 000 FCFA par mois. Soit entre 35 euros et 78 euros. 55% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté et 17% n’avaient pas les ressources nécessaires pour se nourrir en 1999 (1). Placodji par sa position géographique au centre de Cotonou et surtout près des activités économiques procure une véritable rente de situation.» (2)

3. Soc i ete B en i n o i se de Br a s s e r i e 4 . S o c i ete B en i n oi s e d ' E n e r g i e E le c t r i q u e 5 . S oc i ete N a t i o n a le d e C om m erc i al i sati on d e s Pr o d u i t s Pe t r o li e r s

Marché Ganhi

Aéroport de Cotonou

Stockage de contenaire

SOBEBRA3 SBEE4

SONACOP5 Placodji

Port autonome de Cotonou

Carte du centre de Cotonou avec les principaux points d'intérêts économiques

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Les grand marché Ganhi et Tokpa, le port de pêche et le port commerciales sont les principales employeurs de ces populations. Leur proximité avec le bidonville permet de réduire les coût de transport des diverses travailleurs. Comme dans plusieurs autres bidonville, le quartier lui même est pourvoyeur d’emploi, en majorité informels mais les opportunités sont nombreuses. S’ajoutent aux pêcheurs, dockers et chauffeurs de multiples travaux de proximité, comme ceux de menuisier, revendeur, forgeron, coiffeur, couturier, tailleurs... En réalité ces activités ce concentrent autour du commerce et de l'artisanat. Placodji attire aussi des coût dérisoire du logement; la proximité


des activités et le faible coût du logement en font une étape crucial dans le processus d’adaptation des populations défavorisées à la ville. D’après David Loïc; l’opportunité d’une relative ascension sociale est un mirage urbain qui s'observe dans les stratégies résidentielles des habitants du quartier. DENSITÉ & CONGESTION Les rues extrêmement étroites desservent le quartier. Elles sont exploitées par les population pour mettre en place un certain nombre de commerces informels. Le front de mer est quasiment inexploitable et continue à être grignoté par l'érosion côtière.

Source vidéo: David Loïc, 4 hommes & 1 jour à Placodji

Il établi 3 catégorie d'habitants pour décrire le phénomène. Les propriétaires parcellaires ou « habitants immatriculés », très peu nombreux serait en réalité issue de l’ethnie Plah ou Pedah. Leurs familles ayant pu bénéficier la de régularisation de leur parcelle ou ayant eu recours au droit coutumiers. Leurs logements sont construites dans des matériaux durable, «constitués d’une petite cour intérieure et de plusieurs chambres qui ont des fonctions locatives ou d’hébergement de la famille venant de Grand Popo ou de Ouidah pour travailler où étudier à Cotonou, lieu de plus grandes opportunités.» C'est la catégorie la plus aisé du quartier. Les propriétaires eux louent une parti de leur habitations à la catégorie des locataires que David Loïc divise en deux sous groupes : Les locataires de longue durée et les locataires saisonniers. Pour les locataires de « longue durée  », l'objectif serait de faire une sorte de stage d'urbanité, ils apprennent

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1. David Loi c ; Ren ou v el l em e n t u r b a i n au c en tre de C o to n o u ; M e m o i r e de M aster 1 d e sc i enc e s o c i a le a l ' u n i v ersi t e d e Pa r i s 1 2.idem La carte ci-dessous montre que le quartier Placodji n'est qu'une partie d'un bidonville plus grand. Sur la berge Est se situe le quartier Akpakpa Dodomé. Qui subit à son tour des opérations d'expulsion actuellement pour le projet d'aménagement des berges. Mais nous nous concentrerons sur le quartier de Placodji pour cette étude.

Source: Google Earth

F4D35E

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à Placodji à devenir des « citadin »(1), Pour cela, ils vont donc travailler afin de pourvoir, plus tard aller s'installer en périphérie. Les quartiers de Godomey ou encore Sémé-Kpodji ou AbomeyCalavi sont les quartiers où cette catégorie s'installent par la suite. Concernant les « Les locataires saisonniers », ils seraient pour une majorité des ruraux, venu en ville travailler sur une courte durée allant de 2 à 6 mois. Ensuite ils retourne dans leurs village pour investir dans l'agriculture ou pour subvenir aux besoin de leur familles. « Ils vivent pour la plupart dans les conditions les plus précaires (sans compter les sans abris) en périphérie du quartier, où les logements sont construits en matériaux de récupération souvent mis à l’épreuve par l’érosion marine.» (2) . Les migrants font aussi partie de cette catégorie; ils viennent vivre dans le bidonville quelques temps et font des rotations avec les nouveaux arrivants d’après David Loïc. Le quartier est donc en majorité habité par une population défavorisé avec une grande diversité de situation.


6 F4D35E

5 3 4

LES SOURCES D’ACTIVITÉS La carte ci-contre montre la proximité directe du bidonville avec plusieurs industries pourvoyeuses d'emplois. Le port de Cotonou est le premier employeur des habitants de Placodji. Il bénéficie donc d'une proximité directe avec ces activités qui leur permettent ainsi de réduire considérablement tout frais de transport.

2 1

LÉGENDE 1

Port autonome de Cotonou

2

Port de pêche

3

Oryx energie

4

Cimenterie Bouclier

6

SONACOP

LIMITE ENTRE VILLE & BIDONVILLE F4D35E

Ici, nous pouvons voir qu'entre la ville et le bidonville, il y a une zone qui est en réalité industrielle avec quelques immeubles de bureaux dont l'exministère du travail qui a été conçu à la suite de l'indépendance. Cette zone constitue une limite entre la ville et le bidonville en offrant à quelques endroits un accès à Placodji. Cette zone constitue la concrétisation spatiale de l'exclusion du bidonville

Mais la position du quartier précaire est très convoitée de par sa situation par rapport à la mer et à la lagune, Ce site pourrait être une vitrine de la ville un peu à la Californienne avec des grands hôtels de luxe et sites touristiques. Ce serait l'une des raisons pour laquelle le bidonville aurait été en partie rasé en 2012 après des négociations interminables entre l’État et les habitants qui ne veulent pas partir. 49


1 . Monaliz a Hou n n ou , b l o g a C o t o n o u ; La fi l i ere c rev ette a u Be n i n , u n s ec t eur e n p l ei n d ec l i n ; 20 13 ; h t t p : / / news .ac oton o u .c o m /h / 5 6 5 0 . h t m l 2. Le HA C C P c on si ste p ar e x e m p le à analys er l es d an gers et à m a i t r i s e r les p oi n ts c ri ti qu es d e la c ha i n e d e p ro du c ti o n d an s l es e n t r e p r i s e s ex p o r t a t r i c e s 3. C he f S erv i c e C o n trol e q u a li t e e t Sui v i des p ro du i ts de l a pe c h e e t d e s fi l i eres h a li e u t i q u e s 4. Monaliz a H ou n n ou , b l o g a C o t o n o u ; La fi l i ere c rev ette a u Be n i n , u n s ec t eur e n p l ei n d ec l i n ; 20 13 ; h t t p : / / news .ac oton o u .c o m /h / 5 6 5 0 . h t m l

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c) Les négociations entre l’État et les habitants Le non-respect des bonnes pratiques en matière d’hygiène et les insuffisances notables par rapport à la réglementation ainsi que l’élaboration des contrôles de la filière pêche en général et crevette en particulier ; ont entraîné l’Office alimentaire et vétérinaire de l’Union européenne à donné un avertissement au Bénin en 2002 (1). En effet, des méthodes inacceptables comme l’emploi de chlore et d’additifs tel que le sulfite « sans que leur dosage, la cadence de bains et les moyens de contrôle ne soient maîtrisés  », la non-application du plan Hazard Analysis Critical Control (HACCP) (2) avaient été révélées. À ces défaillances, on peut ajouter, le manque de ressources humaines en qualité et en quantité, l’absence d’autorité compétente et de laboratoire accrédité par l’Union européenne pour appliquer les règles de sécurité. Enfin, les pratiques des petits producteurs et marchands en matière d’hygiène et de protection de l’environnement sont insuffisantes Suite à la diffusion du rapport de l’Office alimentaire et vétérinaire, qui définissait les crevettes béninoises comme non adéquates aux règles internationales; la menace d’une sanction de non-exportabilité vers l’Ue vit le jour. Le 11 juillet 2003, l'exécutif béninois décide d’une suspension de ces exportations vers l’union Européenne dans l’optique d’éviter l’embargo d’après M. Benoît Adéké (3). Dans le même temps, maintes dispositions correctives ont été amorcées pour sortir la filière de la crise et retourner sur le marché européen. Il est ici question des formations conduites à tour de rôle par la Communauté européenne pour le perfectionnement de l’état sanitaire (PFSP) de 2005 à 2007 (4); le programme belge d’appui à la filière halieutique (ADEFIH), le projet d’appui au secteur privé, simultanément mené par l’Union européenne et la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (CCIB), le projet Adex lancé par la banque mondiale et mené par la CCIB et diverses formations organisées par la direction des


pêches. Le choix d’assainir les berges lagunaires fait partie de ces multiples dispositions censées réhabiliter les marchés des ressources halieutiques béninoises en général. Cette insalubrité est reprochée en partie à la population de Placodji qui habite sur ces mêmes berges et qui utilise la mer comme dépotoirs à ciel ouvert. Ainsi, le Ministère de l’Environnement, de l’Habitat et de l’Urbanisme convoque en 2002 les populations du bidonville pour une première réunion (1) . Il s’agit dans cette réunion, de négocier avec ses habitants leur départ du site. Suite à cette réunion c’est le statu quo jusqu’en 2006. Les citoyens arguent, alors que c’est la saison des pluies et la saison des examens, de l'impossibilité de déménager sans solution de relogement ou de dédommagement proposée par l’État. Lors de ces pourparlers un sujet en particulier passionne les débats, il s’agit de la distance réglementaire entre les logements et les berges lagunaires. Tout ce qui se trouve dans un rayon de 25m de la lagune serait rasé et les habitants expulsés. C’est l’accord signé par les deux parties lors de ces réunions d’après M. Séverin Agbaholou (2), qui fera aussi partie des futurs expulsés. Suite à plusieurs remplacements au sein du gouvernement, des pressions sociales et électorales, de nombreuses réunions entre les deux parties sur les zones à « déguerpir » et le dédommagement des populations, le gouvernement décide de mener l’opération de déguerpissement en février 2012 et il est demandé aux populations de ne plus être sur les lieux aux 29 février (3). En Avril, les premiers marquages commencent et contrairement au résultat des négociations avec l’État, ces marquages s’enfoncent jusqu’à 200m après les berges lagunaires. Le 4 mai 2012, des policiers et des militaires envahissent le secteur à 6h du matin pour démarrer l’opération musclée visant à expulser les habitants. Selon M. Imorou Ouro-Djeri, Secrétaire général du ministère de l'environnement : «Les berges lagunaires, c’est 25 mètres à

1 . De l phin e Bousque t , Benin: la colere de s « squa t t e ur s» de l a l ag une de Cot on ou r e foul e s ve r s l'ocean, 2 0 12 , ht t p://www. sl a t e a fr ique.com/ 8782 9 / b e r ge s-l a gun e -col e r e -pollutione x pr opr ia t ions-r e l oge ment 2. Che f du 5 e m e Ar r ondissement, Pr opos r e ce uil l is pa r Delph ine Bousque t , Be nin : l a col ere des squa t t e ur s de l a l a gune de Cotonou r e foul e s ve r s l 'oce a n, 2 0 12 , h ttp:/ / www. sl a t e a fr ique . com /8782 9 / b e r ge s-l a gun e -col e r e -pollutione x pr opr ia t ions-r e l oge ment 3. Le s O b se r va t e ur s, Des milliers de pe che ur s sa ns a b r i apres le "de gue r pisse m e n t " de l a lag une de Cot onou, 201 2, Fr a nce 2 4, ht t p://ob se r ve r s. fr a nce2 4.com/ fr /201 20604 -b e n in-co tonoupl a codji-t r a va ux -l a gunea ssa inisse m e n t -de constructionb e r ge s-e n vir on ne m e n t 4 . Ce t t e r e gl e s'a ppa r e nte a celle de s 5 0 pa s ge om e t r iques appliquer e n R e union qui sont , e n droit fr a nca is, un st a t ut jur id ique pouvant s'a ppl ique r a de s pa r celles de t e r r a in sit ue e s sur l e l i ttoral des de pa r t e m e nt s d'out r e -mer et qui, a ujourd'hui, de finisse nt les conditions pa r t icul ie r e s d'a ppa r t e nance de ces pa r ce l l e s a u dom a ine pu blic maritime na t ur e l 51


1 . Seule une p arti e d e P l ac o d j i , la p lu s an c i en n e , e s t lo t i e 2. Pro p os rec eu i l l i s pa r De lp hi n e Bou squ et, B en i n : l a c o le r e d e s "sq uat t eu rs" d e l a l agu n e d e C o t o n o u r efoules v ers l ' oc ean , 20 12 , h t t p : / / www .sl ateafri qu e.co m / 87 82 9 / berg es-l agu n e-c o l ere- p o llu t i o n ex p rop ri ati o n s-r e lo g e m e n t

partir du niveau de l’eau. Il y a ensuite les cents pas du roi (4) où il n’est pas conseillé de construire. Et les cent pas du douanier. Nous avons choisi d’aller jusque-là car si on s’était arrêté aux 25 mètres, on n’aurait rien fait. On aurait laissé une bonne partie des déchets, des dépotoirs et autres. Nous avons tenu compte des limites des lotissements(1). Tous ceux qui sont au-delà ont été dégagés» (2) Pour Séverin Agbaholou, il s’agit d’un complot car le site bien positionné entre lagunes et océans, est convoité. Si les bulldozers ont vu large c’est qu’il y a un projet pour cette zone; des infrastructures économiques et touristiques, une zone de pêche, un port de plaisance, des restaurants, des bars, des espaces boisés. d) L'expulsion effective des populations Le 4 mai 2012, les autorités sont arrivées sur les lieux et ont expulsé une partie des habitants de Placodji. Ce recueil de photos et de propos nous permet de constater la confusion et la violence du "déguerpissement".

Seri e d e p h o to s p r i s e p a r Le s Obs erv ateu rs, Fran c e 2 4 , h t t p : / / o b serv ers.fran c e 2 4 . c o m / fr /201 206 04-b en in - c o t o n o u p l ac o dj i -trav a u x - la g u n e ass ai n i ssem en t-d ec o n s t r u c t i o n b erges-en v i r o n n e m e n t

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Depuis la fin de février, les différents chefs d’arrondissement de Cotonou étaient invités à participer à des séances de travail autour du projet d’assainissement des berges. Mais nous n’avions jamais été informés de la date de début des travaux. Nous étions en train de négocier pour qu’ils commencent après la saison des pluies et la fin de l’année scolaire Severin Agbaholou, chef du 5eme Arrondissement de Cotonou propos receuillis par Ahouangansi Mauriac pour Observateur

Quelques jours avant l’arrivée des bulldozers, les autorités ont tracé un marquage qui m’avait déjà mis en alerte. En fait, ce marquage ne respectait pas les 25 mètres à partir du niveau de l’eau que le ministère avait prévu de ne pas dépasser pour la zone de déconstruction. La délimitation allait, en fait, jusqu’à 200 mètres, ce qui fait que beaucoup plus d’habitations ont été détruites Severin Agbaholou, chef du 5eme Arrondissement de Cotonou propos receuillis par Ahouangansi Mauriac pour Observateur

Le vendredi 4 mai dernier au matin, des gens sont venus me voir chez moi pour m’apprendre la nouvelle. Des policiers et des militaires avaient envahi le quartier. Ils sont arrivés à 6h du matin sans prévenir. Les habitants étaient en colère, je me suis interposé pour discuter mais je voyais bien que les choses pouvaient dégénérer. Alors je leur ai demandé de ne pas résister. Ils ont récupéré le plus d’affaires possible et les bulldozers ont commencé à détruire les maisons une à une Severin Agbaholou, chef du 5eme Arrondissement de Cotonou propos receuillis par Ahouangansi Mauriac pour Observateur

On dirait un champ de ruines après un bombardement. Des bulldozers ramassent les gravas et les entassent dans des camions-bennes. Des familles vivent encore là, dans des abris de fortune qui ne protègent pas de la pluie de saison. Certains, qui ont quitté le quartier, fouillent à la recherche d’affaires Delphine Bousquet Journalise pour Slate Africa

Il y a une prolifération de dépotoirs sauvages qui crée une insalubrité indescriptible. La défécation sur les berges et dans la lagune à cause des toilettes sur pilotis entraîne un péril fécal. Il y a les animaux domestiques qui divaguent. Les teinturiers déversent leurs produits dans la lagune Imorou Ouro-Djeri, Directeur général adjoint du Ministére de l’environnement, propos receuillis par Delphine Bousquet pour Slate Africa

Le quartier est enclavé entre la ville et l’eau. Il a gardé son originalité, une vie communautaire et une grande solidarité. Même les jeunes qui veulent en sortir y reviennent toujours Sebastien Dossa-Sotindjo, habitants à Placodji Propos receuillis par Delphine Bousquet pour Slate Africa

On est ici depuis 200 ans, nous sommes les autochtones, c’est nous qui avons fait Cotonou. Ils veulent nous faire déguerpir. Mais on ne veut pas quitter Placodji, c’est notre héritage! Isaac Adossou, habitants à Placodji Propos receuillis par Delphine Bousquet pour Slate Africa

Pour le moment, les familles dorment au milieu des débris, dans la rue, ou chez des voisins. Mais cette situation ne peut pas durer : je demande aux autorités qu’elles soient relogées sur un site adapté à la pêche et aux autres activités portuaires. » Severin Agbaholou, chef du 5eme Arrondissement de Cotonou propos receuillis par Ahouangansi Mauriac pour Observateur

Je ne veux plus voir personne sur les berges, je veux que ce soit propre Blaise Ahanhanzo Glélé, Ministre de l’environnement, propos receuillis par Delphine Bousquet pour Slate Africa

Le s p r o p o s on t e t e r e ceuillis d a ns d e d eux a rticles d e "Les O bs e rv ate u rs " e t de "S late Afri c a" htt p : / / w w w . s l a t e a fr i q ue.co m/ 87 82 9/ b erg es- la g une- co lere- p ollu ti on-e xpropri ati ons -re loge me n t htt p : / / o b s e r v e r s . fr a n c e2 4.co m/ fr/ 2 012 0604- b enin- co to no u-plac odji -trav au x-lagu n e -as s ai ni s s e me n t-de c ons tru c ti on-be rge s -e nv i ron ne me nt

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1. Le s Ob serv ateu rs, D e s m i lli e r s de p ec h eu rs san s ab r i a p r e s le "de gu erp i ssem en t" d e la la g u n e d e C oton o u , 201 2, Fr a n c e 2 4 , ht t p : //ob serv ers.fran c e 2 4 . c o m / fr /201 206 04-b en in - c o t o n o u p l ac o dj i -trav a u x - la g u n e ass ai n i ssem en t-d ec o n s t r u c t i o n b erges-en v i r o n n e m e n t 2. Do n ati en G b agu i d i , l' e v e n e m e n t p r ec i s, C asse a l a b erge l a g u n a i r e d e C ot ono u : L' en fer des d e g u e r p i s d e P l ac o d j i , 2 0 12 , h ttp : //l ev en em e n t p r e c i s . com /201 2/06 /08 /c a s s e s - a - la berge- lagu n ai re-de-c oto n o u l’e n fe r d es-d egu erp i s-d e - p la c o d j i /

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e) Polémique autour du dédommagement des sinistrés Suite à cette intervention, force est de constater qu’aucune solution de relogement n’est proposé aux « squatteurs » dont le nombre s’élève à 7000 (1) environs d’après Séverin Agbaholou. La majorité des déguerpis se retrouvent à la rue, ou hébergés par des voisins ou encore dans des abris de fortune. Le problème du dédommagement des populations a été posé par Donation Gbaguidi, journaliste de « L’événement Précis » un célèbre journal local. Dans un article publié dans la tribune nommé « Casses à la berge lagunaire de Cotonou: L’enfer des déguerpis de Placodji » (2), il fait la lumière sur les conditions de ces familles expulsées et dépossédées de leurs seuls biens. Bavon Affi Dédé par exemple, qui porteuse d’une grossesse de 7 mois lors de l’expulsion trouva refuge à l’école primaire publique du quartier avec son compagnon, Fidèle Comlan. Le 4 juin 2012, elle accouche d’une fille au Centre de Santé publique de Placodji mais dans l'incapacité de dénicher un nouveau lieu de refuge, elle prolonge son séjour dans l’enceinte du centre de santé. Quant à son époux, pêcheur de profession, il se retrouve au chômage car son activité se faisait le long de ces berges même si les conditions n’étaient pas optimales. Les histoires de Houéha Cécile une sexagénaire et Hounsinou Bibiane sont aussi éclairantes. Toutes les deux commerçantes dans les artères de Placodji, elles se retrouvent aussi sans abri suite à l’opération et s’abritent aussi à l’école primaire de Placodji. Néanmoins, le directeur de cet établissement menace d’expulser à son tour ces populations qui nuisent à l’image de son établissement. D’après Donatien Gbaguidi, le ministre de l’Environnement, de l’Habitat et de l’Urbanisme de l’époque, M Blaise Ahanhanzo Glélé, a justifié le déguerpissement opéré sur les berges lagunaires de Placodji par l'existence d’un projet d’aménagement du site. Le site n’est donc pas problématique uniquement pour l’assainissement et la question d’exportation


des crevettes. Dans un document datant de 2001, étudiant la faisabilité du projet, il est question d’un « Programme spéciale de Placodji»(1). L’intention de faire de Placodji un site d’attraction touristique afin d’attirer les actionnaires dans le pays serait confronté à l’enjeu bidonville. Deux solutions sont alors étudiées dans le même document concernant l’attitude vis-à-vis des habitants de Placodji. La première, la réhabilitation, consisterait en la légitimation de l’occupation dite  «  barbare » des populations de Placodji. Grosso modo, il est question de laisser les populations sur les lieux tout en établissant une espèce de lotissement pour fluidifier l’accès au lieu. Cependant les concepteurs relèvent de nombreuses difficultés dans la réalisation de cette approche. La deuxième, qui fut celle adoptée par l’exécutif béninois, préconise une restauration complète du quartier. En bref, il s’agit pour l’État de récupérer « son patrimoine foncier, ouvrant la voie à une mise en valeur planifiée et maîtrisable du site »(2). Toutefois les experts proposent «  le dédommagement social en termes de terrain, de réinstallation ou de logement d’accueil des sinistrés»(3). Ce dernier point tel qu’on l’a vu n’est pas devenu une réalité car le gouvernement estime avoir déjà dédommagé les sinistrés dans les années 80 suite à un incendie. Les populations auraient été relogé mais sont revenue sur le site après quelques mois.

Un habitant de Placodji après le déguerpissement Fabrice Monteiro

1 . Dona t ie n G b a guidi, l 'evenement pr e cis, Ca sse a l a b e r ge lag unaire de Cot on ou: L 'e n fe r de s deg uerpis de Pl a codji, 201 2, ht t p://l e ve n e m e nt pr e cis. com /201 2/06/08/ca sse s-a-lab e r ge -l a gun a ir e -de -co tonoul’enferde s-de gue r pis-de -pl a codji/ 2. ide m 3. Ide m

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1. David Lo i c ; Ren o u v el l em e n t u r b a i n au c en tre de C o to n o u ; M e m o i r e de Master 1 de sc i en c e s o c i a le à l ' u n i v ersi t e d e Pa r i s 1 2. Ganhi La l u m i n eu se, H o r i zo n 2 0 15

3. David Loi c ; Ren ou v el l em e n t u r b a i n au c en tre de C o to n o u ; M e m o i r e de Master 1 de sc i en c e s o c i a le à l ' u n i v ersi t e d e Pa r i s 1 4 . Don ati en G b agu i d i , l' e v e n e m e n t p r ec i s, C asse a l a b erge l a g u n a i r e d e C ot ono u : L' en fer des d e g u e r p i s d e P l ac o d j i , 2 0 12 , h ttp : //l ev en em e n t p r e c i s . com /201 2/06 /08 /c a s s e s - a - la berge- lagu n ai re-de-c oto n o u l’ e n fe r d es-d egu erp i s-d e - p la c o d j i /

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f) Une parcelle idéale pour révéler le Bénin au monde Après plus d’un siècle d’installation progressive des habitants, tolérée par les autorités publiques, les années 70 sont marquées par la régularisation du parcellaire de « Placodji Plage » à la suite d’incendies. S’ensuit une longue période d’hésitation concernant le déplacement des populations depuis 1984. Finalement, c’est en juin 2001 que le plan d’aménagement de la zone commerciale de Ganhi est validé par le gouvernement(1). Ce projet d’État est appelé « Ganhi la lumineuse » ; il prévoit notamment le départ des populations attachées à cette terre sur laquelle elles ont construit leur identité. Le coût financier de ce projet est estimé à 320 milliards de Fcfa soit 490 millions d’euros. La participation de l’État serait à hauteur de 25% et 75% viendraient du secteur privé. Cela permettra la récupération du patrimoine foncier de l’État favorisant la promotion immobilière du quartier et des aménagements touristiques. À terme, une entrée importante de revenus due à des impôts et taxes est attendue lors du développement du quartier d’affaires. Les objectifs du projet sont d’après le prospectus de l'opération : le renforcement de la vocation commerciale du centre, la création d'une image urbaine digne d'un centre d'affaires, la promotion des fonctions touristiques, hôtelières et de loisirs, l'intégration d'une fonction résidentielle d'accompagnement et la rationalisation du patrimoine foncier de la zone(4). En 2016, un nouveau gouvernement voit le jour mais la volonté de transformer les berges de la ville quitte à déplacer les populations y habitant déjà est toujours d'actualité. M Patrice Talon, qui pour sa campagne électorale est allé voir ces populations pour leur faire des promesses, prévoit dans son programme l'aménagement des berges de la lagune de Cotonou ainsi qu'un ensemble de mesures visant à rendre le Bénin attractif, et à le "révéler" au reste du monde. Ce nouveau gouvernement placé sous le signe de la rupture avec l'ancien gouvernement va donc étudier en profondeur les mesures à prendre pour que le Bénin se développe. En effet, dans un


document intitulé «Projet phare du Programme d'Action du Gouvernement (PAG) pour un Bénin révélé », on peut trouver la page au verso qui prévoit bien la «libération des berges» pour l'aménagement de promenade et la construction d'hôtel financé en grande partie par le secteur privé. LES BERGES INSALUBRES Si nous prenons quelques instants pour analyser les quelques images existantes du projet; la première remarque est que le bidonville est effectivement remplacé par une station balnéaire. Une promenade longue de 4 km et des espaces de loisirs et de détentes sont prévu pour remplacer le bidonville gênant. Le bidonville a donc été détruit et le projet est en marche à l'heure actuelle. À l’échelle de la ville, on observe qu'une opération va être menée dans la zone du quartier Jacques, l'ancien quartier de l'administration coloniale, le reste de la ville semble ne pas faire partie des opérations. Ce quartier, même s'il n'est plus un lieu de ségrégation est quand même le quartier le plus riche de la ville. Sur l'extrait du programme du gouvernement présenté sur la page au verso on peut aussi constater que le projet est en majorité financé par le secteur privé et le projet est censé engendrer 3800 emplois sur 5 ans et entrainer une hausse de 19 milliards de FCFA du PIB. Il est intéressant aussi de noter les similitudes de ses plans et des projets de "Waterfront Urbanism" en Californie ou plus récemment en France à Marseille. Les hôtels et un cadre paradisiaque pensé en priorité pour les touristes et les classes aisées Étude pour un projet de réaménagement des berges lagunaires Source: Agence Be&First, Bénin, vers un meilleur cadre de vie; https://www.youtube.com/ watch?v=DZCtpfj7zCA

Ce projet s'inscrit aussi dans une vaste opération de protection des berges lagunaires contre l'érosion côtière qui ne cesse de gagner du terrain. L'objectif est clairement de profiter de cette nécessité pour installer des stations balnéaires

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Programme d'action du gouvernement pour les berges de la lagune Source: Présidence de la république du Bénin; Programme d’actions du gouvernement 20162021 Projets Phares

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rentables (1). A l'heure où nous parlons, le bidonville à été complètement rasé. D’après M. Modeste Toboula; « Le déguerpissement des populations est indispensable. On récupère le domaine de l’État car du fait de l’incivisme d’une partie de la population, on endommage l’ensemble de la collectivité nationale. Ce n’est pas possible. Nous avons désormais convenu de faire les choses dans les normes »(2). Cependant le gouvernement, pour accompagner les populations, a décidé de donner 100 000 FCFA (150 €) pour ceux dont les maisons sont construites en matériaux précaires et 200 000 (300 €) pour ceux qui sont dans des maisons en briques. Mais pour certains habitants ces enveloppes sont jugées dérisoires; on peut citer M. Victor Coffi Goudjo, président du Comité de défense et de soutien des propriétaires de parcelles dans les zones maritimes et lagunaires et habitants de Placodji : « On ne peut pas nous dire qu’on veut casser nos habitations, mettre nos bagages sur la tête et partir, alors qu’on ne nous dit pas où on devrait aller; les opérations de déguerpissement proposées, élaborées et conçues par le ministère du cadre de vie occasionneront trop de problèmes tant scolaire, sanitaire, matériel, social, financier qu'humain »(3). Mais cette volonté de faire disparaître la misère de la ville, va de plus en plus loin avec, en décembre 2017, ce même préfet, qui a ordonner le rapatriement dans leur pays d'origine des mendiants et aliénés mentaux qui occupent les trottoirs de la ville. La lutte contre la pauvreté commence de plus en plus à avoir des airs de lutte contre les pauvres et les miséreux. Ces nombreuses vagues de déguerpissement qui ne tiennent pas vraiment compte de l'aspect social se multiplient en Afrique depuis quelques années; les politiques arguant qu'il est nécessaire d'embellir les villes pour ouvrir les marchés sur le commerce international. Rappelons qu'à Placodji tout à commencé par une histoire de crevette devant être exportée vers l'Europe.

1 . Se l on l e M in ist r e du cadre de vie e t du de ve l oppe m e nt durable; l 'ope r a t ion e st un e justification e conom ique de l 'ope r a tion de pr ot e ct ion de s b e r ge s lag unaires. 2. M ode st e Tob oul a ; Pr efet de Cot on ou, pr opos r e ce uillis par Be n inIn fo, Am e na ge m e nt du littoral a Cot onou : l e s r ive r a ins vident les l ie ux de va nt l a fur ie de s bulldozers, 201 7 ; ht t p://www. b e ninto. info/201 7 /08/1 4 /a m e nag ement-dul it t or a l -a -cot on ou-l e s- riverainsvide nt -l e s-l ie ux -de va nt-la-furiede s-b ul l doz e r s/ 3. Vict or Cof fi G oudjo; propos r e ce uil l i pa r b e nin info, Amenag ement du l it t or a l a Cot on ou : les riverains vide nt l e s l ie ux de va nt la furie de s b ul l doz e r s, 201 7 , h ttp:/ / www. b e nin t o. in fo/201 7 /0 8/ 14/ a m e na ge m e n t -du-l it t oral-acot on ou-l e s-r ive r a in s- videntl e s-l ie ux-de va nt -l a -furie-desb ul l doz e r s/

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impacts de la g lobalisation e n a fr ique de l'oue st


A)Les déguerpissements, une affaire africaine Mali En juin, les autorités ont lancé une série d'opérations à Bamako, notamment en vue du sommet Afrique-France de mi-janvier.

Niger Au Niger, le gouverneur de Niamey a ordonné le lancement d'une opération en septembre, provoquant la colère des commerçants.

Kenya

Rwanda

En 2008, un projet de modernisation du quartier des affaires de Nairobi (le CBD) porté par la ville et par une agence de régénération urbaine privée, la NCBDA (Nairobi Central Business District Association), a entraîné le déguerpissement des commerçants de la zone.

Kigali, considérée comme l’un des centres urbains les plus propres en Afrique, est souvent citée en exemple par les pays souhaitant mettre en place des politiques de déguerpissement. Les autorités rwandaises continuent d'y mettre la pression sur les marchands ambulants.

Cameroun Douala et Yaoundé ont été les principales villes frappées par ces mesures au cours des dernières années.

Togo Une operation de déguerpissement financée par la banque mondiale a été lancée pour reloger les commerces informels dans un marché aménagé pour l’occasion.

Côte d’Ivoire

Bénin

À Abidjan, le « déguerpissement » est entré dans le quotidien depuis quelques années. Plusieurs quartiers de Port-Bouët ont notamment été détruits dans le cadre de la construction de l'autoroute de Bassam et l’embellissement du littoral.

Les opérations dans la capitale économique, Cotonou et les grandes villes du pays ont débuté le 4 janvier. les

commerces informels ont été deguerpis et des expulsions ont eu lieu sur la berge lagunaire

Gabon

Congo

Libreville est le théâtre d'opérations de déguerpissement depuis les années 1970. Elles ont eu lieu récemment, avant la CAN 2010.

À Brazzaville, des opérations ont lieu régulièrement depuis plusieurs années. Certaines ont concerné la voie ferrée du chemin de fer Congo océan (CFCO), d'autres visaient à assainir la voie publique en vue de travaux d'aménagement.

Ca r t e 1 : Vince n t Duhe m ; Cot on ou, Ab idja n , Ba m ak o Apres l 'ur b a n isa t ion incont r olee, place au de gue r pisse m e n t , 201 7 , h ttp:/ / www. je une a fr ique . com /3896 0 5/ politique/ pol it ique s-de -de gue r pi ssementa fr ique / 1 . Am a n dine Spir e e t Ju lie Blot, de gue r pisse m e n t , hy pe rg eo, ht t p://www. hy pe r ge o. eu/ spip. php? a r t icl e 5 67 2. C. Coque r y -Vidr ovit ch ., 2 0 0 6 , " De l a vil l e e n Afr ique noir e ", Annales. H ist oir e , Scie nce s Sociales, 61e annee

Carte 1: Recensement des opérations de déguerpissement ayant eu lieu dans les 5 derniéres années en Afrique

S

ur le continent africain, les expulsions de population ne datent pas d’aujourd’hui et se perpétuent. L’autorité administrative coloniale française fut la première à employer une telle méthode, relancée de nos jours par une multitude de structure territoriale du tiers monde(1). Pour Catherine Coquery-Vidrovitch, le déguerpissement est : « l’expulsion autoritaire et brutale des quartiers précaires et non légalisés » (2) en expliquant combien ce genre de manœuvre a contribué d’une entreprise de dépossession des citadins africains de leurs droits sur le sol urbain, à l’époque coloniale pour leur couleur de peau et après les indépendances pour leur classe

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1. Eli sab eth D o rri er A pp r i ll, 2 0 0 1, Voc ab u l ai re de l a v i l l e, n o t i o n s e t referen c es, edi ti on s d u Te m p s . 2. G ab ri el Wac k erm a n n , 2 0 0 5 , Dic t ionn ai re d e geo grap h i e , Br o c he 3. R an o -Mi c h el Ngu em a , « Po li t i q u e de de gu erp i ssem en t et p r o c e s s u s de r estru c tu rati o n d es t e r r i t o i r e s de Li b rev i l l e [G ab on ] », L ' E s p a c e Poli ti qu e,   201 4, h ttp : / / j o u r n a ls . op enedi t io n .org/esp ac ep o li t i q u e / 3 0 14

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sociale. Ce terme de « déguerpissement » est régulièrement utilisé dans les travaux de géographie urbaine, sociale ou politique qui l’assimile habituellement à une « expulsion massive d’occupants de lieux informels ou de bidonville  »(1) Une autre définition insiste, au contraire, d’après Amandine Spire et Julie Blot , sur le caractère illicite (du point de vue de la puissance publique) de l’occupation du sol: « ce terme est l’opposé de l’invasion. Il désigne l’expulsion par les pouvoirs publics de tous les habitants d’un quartier occupé illégalement (quartier informel, bidonville). Les expulsés peuvent bénéficier d’un recasement, une réinstallation en un autre lieu, moins central et bien souvent nu » (2) «Le déguerpissement» sert à se débarrasser des foyers d’épidémies comme à Dakar, pour anticiper les risques d’inondations dans les secteurs marécageux où se sont installé les administrés comme ce fut le cas à Douala, ou encore pour réhabiliter des quartiers sous-intégrés comme à Bamako ou Libreville (3). Le point commun entre ces éjections est la résistance que les populations opposent à cette politique qu’elles estiment être une attaque. Elles expriment leur opposition soit par la brutalité, l’installation de barricades sur les voies publiques, ou encore par des poursuites judiciaires, à moins qu’il ne s’agisse à dessein de revendiquer un secteur de relogement, auquel cas les négociations avec le gouvernement sont privilégiées. On peut citer plusieurs exemples comme en Côte d’Ivoire, à Abidjan, le déguerpissement du quartier «  le plateau  », ou encore à Ouagadougou au Burkina Faso, où le projet «  Ouagadougou 2000 » est actuellement en cours de réalisation suite à de nombreuses expulsions. Au Niger, le gouverneur de Niamey a organisé une manœuvre de ce type au mois de Septembre, entraînant le mécontentement des commerçants. L’objectif affiché était clairement de faire de la ville « une ville coquette » débarrassée de tout les commerces informels enquiquinants qui s’installent sur les stationnements et les trottoirs. Ainsi les logements et commerces informels laissent la place à de nouvelles routes, des infrastructures


d’assainissement, des trottoirs libérés, des éclairages publics etc (1). Ces investissements dans les infrastructures ayant pour objectif de valoriser un centre régional qui souhaite améliorer sa visibilité à l’échelle internationale, cela ressemble à l'investissement dans les infrastructures que Sébastien Dossa Sotindjo nous décrit dans sa thèse sur l'histoire de Cotonou. Ici, les investissements dans les programmes sociaux, sont laissés à l'initiative du secteur privé. La première tentative d'investir dans la construction de 10 000 logements sociaux initiée par le gouvernement précédent s'est soldé par un échec avec seulement 800 (2) logements construits et difficiles à mettre sur le marché car trop loin du centre ville et de très mauvaise qualité. Le nouveau gouvernement, promet d'investir dans la construction de 20 000 logements sociaux financés à 90% par le secteur privé (3). Cependant aucun garde fou concernant l'encadrement des loyers n'existe et on peut se poser la question des prix de location de ces nouveaux logements. La néo-libéralisation fait de l’hypercentre des capitales africaines une cible de l’action aménagiste et les mutations urbaines de ces centres entendent faire des capitales une nouvelle « vitrine  » mondialisée et favorisant le développement des nations (4). Ces changements urbains, qui tendent à offrir une dimension nouvelle aux centres urbains, adviennent sur toute l’étendue du continent et leur acteurs entendent affirmer leurs villes comme métropoles globales et compétitives (5). Le gouvernement béninois, quant à lui, est sans nul doute entrain de mener cette politique de libéralisation. L’originalité ici est que l'aménagement des berges s’inscrit dans un contexte régional particulier: de par sa situation géographique, le Bénin est en effet un corridor vers l’hinterland (6). Ce rang permet d’ouvrir le pays au système de globalisation des échanges économiques, par son port commercial, lui donnant mandat de plaque tournante. Cette position tactique et économique est renforcée par le caractère instable du système économique sous régional, où les Etats de la côte ouest-africaine, sont mis en concurrence. En effet, la crise politico-militaire en

1 . N a t a cha G our l a nd, 2017, « Ve n dr e ou cour ir , il fa ut ch oisir : de gue r pisse m e n t s e t r einstallations de s com m e r ca n t s de r ue a Lome ,  G e ocon f l ue nce s, ja n vier 2 0 17 2. Loic Am ou, Loge m e nts sociaux a u Be nin : Pl us de 33 milliards de Fcfa pa r t is e n fum e e , 2017, h ttps:/ / l a nouve l l e t r ib un e . info/2 0 17/ 0 7/ l oge m e nt s-socia ux -b e nin-plus-de33-m il l ia rds-de -fcfa -partis-fumee/ 3. Pr ogr a m m e d'a ct ion du gouve r n e m e nt , Pr e side nce de la r e pub l ique du Be n in 4 . Be nit -G b a f fou, G e r vais-Lambony, La m ondia l isa t ion com me instrument pol it ique l oca l da n s l e s métropoles sud-a fr ica ine s (Joha nn esburg et Ekhur ul e n i) , 2003 5 . Pie t e r se , E. (201 0) Counter cur r e nt s: e xpe r im e n t s in sust a in a b il it y in t he Ca pe Town r e gion. Ca pe Town a nd Joh annesburg : Ja ca na a n d Afr ica n Ce ntre for Cities 6. Da vid Loic; R e nouve l l ement urbain a u ce n t r e de Cot on ou; Memoire de M a st e r 1 de scie nce sociale à l 'un ive r sit e de Pa r is 1

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1. N ati o n s U n i es, E x a m e n d e la p oli t iqu e d' i n v esti ssem en t d u Be n i n , 2005

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Côte d’Ivoire entre 2002 et 2007, a par exemple favorisé un dynamisme économique nouveau au Bénin. Les actionnaires étrangers ont fuit la Côte d’Ivoire pour s’installer dans les pays riverains tel que le Bénin, le Togo, et le Ghana. Le Nigéria voisin connait également à l’époque des soucis de congestion de ses ports, et fait transiter les marchandises par le Bénin. Dans un rapport intitulé « Examen de la politique d’investissement du Bénin  »(1) de la CNUCED, présenté à Genève en 2005; La banque mondiale encourage le Bénin a se montrer compétitif face à la concurrence internationale, vis-a-vis des investisseurs étrangers. C'est de cette volonté d'ouvertures sur le marché international qu'est né l'objectif d'embellissement des villes et les habitants de Placodji ont fait les frais d'un libéralisme galopant sur le contient africain.


B)Les villes africaines confrontées à la mondialisation

L

e libéralisme et la mondialisation jouent un rôle considérable dans le processus de production de la cité africaine contemporaine. Ces agglomérations font à présent leur arrivée brutale et profonde dans le système concurrentiel qui régit le monde contemporain et en deviennent peu à peu des protagonistes. L'entrée dans l’ère de la globalisation des échanges se traduit aussi par la libéralisation des économies et par l'ouverture des espaces urbains aux placements privés qui n'ont jamais connu autant d'importance qu'à présent. Le désir de modernisation et de développement en est aussi une conséquence directe. À l'heure où la majorité de la production des biens et des services se fait dans l'Afrique urbaine, la cité est dorénavant perçue et aménagée par les acteurs publics et privés comme l'essentiel, voir l'unique vecteur de développement économique et humain des nations. Simultanément à la mise en valeur des espaces urbains, de nombreux programmes d'éradication de bidonville refont surface comme à Placodji. De même l'aménagement éclair de logements et la régularisation du secteur informel encore plébiscité par les différents commerçants, artisans, et entrepreneurs, sont considérés comme des solutions aux nombreuses insuffisances que présentent les agglomérations. Le renforcement des marchés fonciers et immobiliers sont les principaux outils de mise en œuvre de ces programmes, mais ces marchés accentuent souvent plus qu'ils ne résorbent les inégalités d’accession à la ville. Ces politiques sont gravement déconnectés du fait que la réalité urbaine reste toujours grandement dominée par la conjonction des problèmes de la pauvreté, des inégalités et des taudis, dont l'articulation se fait autour de la complexité d’accès au foncier urbain, à une habitation convenable et aux infrastructures de bases. Expulser les pauvres de la ville en opérant des déguerpissements à tout va ne sert en réalité qu’à déplacer le problème. La pauvreté étant difficile à combattre, ces différentes opérations visent

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1. B artol i , S arah . " E li m i n e r le s bidonvil l es = E l i m i n er l a p a u v r e t e " , ou les c h arm es p erv ers d ' u n e fa u s s e evidence , L' ec on o m i e p o li t i q u e , v o l. 49, n o . 1 , 201 1 , p p . 4 4 - 6 0 . 2. M i k e D a v i s , Le p i re d es m on d e s p o s s i b le s De l'expl osi o n u rb ai n e a u b i d o n v i lle global, l a dec ou v erte p o c h e , 2 0 0 7 . 3. J o n as Lu m , Le b i d o n v i lle e s t i l l'av en i r d e l a v i l l e, 20 16 , ht t p s : / / r ep ort erre.n et/Le-b i d on vi lle - e s t - i ll -av en i r- d e - la - v i lle

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tout simplement à cacher les pauvres afin de pouvoir afficher les villes comme métropoles compétitives et ouvertes au marché international. Dans le cas de Placodji, il est clair que ce déguerpissement a engendré la fragilisation d'une partie des citadins déjà exclus de la ville, car les habitants n’ont pas été relogés. Et même si c’était le cas, il se retrouveraient loin de leur métiers donc avec des frais de transport et un loyer à payer. Ce qui constitue des frais supplémentaires à imputer à leur revenus qui eux, ne changent pas. C’est ce que nous montre Sarah Bartoli dans une étude sur la ville de Salé au Maroc. Selon elle : «Les programmes (de résorption des bidonvilles ) induisent des conséquences néfastes pour les ménages bénéficiaires, conséquences qui ne sont généralement pas pressenties par les hypothèses théoriques qui sous-tendent les affichages en faveur de la résorption. Au premier rang de celles-ci, la dégradation du niveau de vie monétaire des ménages, qui doivent faire face à des dépenses nouvelles»(1). Mais en plus de la dégradation du niveau de vie on peut aussi parler de la dégradation sociale. Mike Davis, l'exprime en ces termes « Les habitants se plaignent d’une perte de solidarité et de sens de la communauté. Quand on les interroge, les résidents font part d’un déclin spectaculaire des interactions sociales, dans les rapports entre voisins et dans la fréquence avec laquelle les enfants jouent entre eux, ainsi que d’un accroissement de l’isolement et de la solitude des personnes âgées  »(2). Même si, au niveau de la salubrité et de la connexion aux réseaux, il y a une amélioration, de nombreux autres aspects de leur vie en pâtissent. De plus ces expulsions ont déjà prouvé leur inefficacité à décourager les «  squatters  », «  Les habitants délogés ne disparaissent pas et doivent trouver dans l’urgence un nouvel endroit pour construire leur logis, souvent dans des conditions bien pires : logement plus vétustes, moins grands, plus loin des centres-villes, plus dangereux et insalubres.»(3) Face à l'échec des politiques habituelles, il apparait nécessaire d'apporter des solutions innovantes en abordant la question


sous un angle original. Éradiquer les bidonvilles pour réduire la pauvreté ou réfléchir avec les habitants de ces bidonvilles pour favoriser une intégration de ce dernier à la ville? L'intégration ne voudrait pas dire ici adaptation au reste de la ville mais signifierait plutôt une réponse aux insuffisances infra-structurelles et sociales posées.

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1. Fon d Mon etai re I n t e r n a t i o n a l; Pers p ec t iv es ec o n om i qu es r e g i o n a le s ; A fri qu e su b saha r i e n n e : U n c hangem en t d e c ap s' i m p o s e , 2 0 16 2. Gi t a D ew a Verm a, S l u m m i n g i n d i a ,, B ro c h e , 2 0 0 3

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C)Une politique inefficace et déconnectée des réalités locales

L

es regards des gouvernements africains sont en décalage avec une évolution des opinions portées sur les bidonvilles et le secteur de l’informel en général. En effet, face à la part du secteur informel dans les économies africaines, certains organismes internationaux commencent à percevoir le secteur comme une planche de salut qui pourrait éviter de tomber dans une paupérisation encore plus poussée des populations. «La part de l'économie informelle décroît quand le niveau de développement augmente, la plupart des pays subsahariens devraient conserver des secteurs informels importants pendant encore de nombreuses années, ce qui est à la fois une chance et un défi pour les responsables de la politique économique»(1) ; ce sont les mots des rédacteurs de la dernière édition des Perspectives régionales pour l’Afrique subsaharienne édité par le Fond monétaire internationale (FMI). Il faut dire que par définition ce secteur échappe à toute statistique. S'il reste difficile à maîtriser, sa dimension est indéniable. Il représenterait prés de 55% du Produit Intérieur Brut cumulé de l'afrique de l'ouest d’après la Banque Africaine de développement. Concernant l'habitat spontané, prés de 60% des citadins africains vivent dans des bidonvilles.

Bon nombre de chercheurs et de spécialistes commencent à étudier les bidonvilles sous divers angles, et à étudier les points positifs de cette forme urbaine particulière. Gita Dewan Verma, pensent qu'il faudrait « remplacer l’étiquette “problème” par l’étiquette “solution” » (2). En effet, dans le processus de fabrication des bidonvilles et dans le mode de vie de ces habitants, de nombreuses leçons sont à tirer pour améliorer les autres typologie urbaines. Le recyclage, l’esprit de communauté, la solidarité, l’agriculture urbaine ou encore la mixité programmatiques sont des nombreux point positifs que l'on retrouve dans les bidonvilles. Il ne s'agit pas de nier l'aspect insalubre de cette typologie mais si elle est insalubre


c'est parce qu'elle manque d'infrastructures publiques et de la considération des aménagistes. La complexité de cette typologie implique que toute opération d'aménagement ou d'amélioration des conditions de vie des populations implique leurs participation. Il faudrait les reconnaître comme faisant partie intégrante de la ville en les rajoutant sur les cartes, en les incluant dans les programmes de collecte des déchets qui quadrillent tout le reste de la ville etc. La politique visant à déguerpire les commerces informels et les bidonvilles est incohérente car elle est complètement déconnectée des réalités des populations qu'elle est censée servir. Elle génère des atmosphères de tension sociale pouvant éclater à tout moment et pour finir elle tend à ce débarrasser des pauvres (voire à favoriser une accentuation de la paupérisation) plutôt que de la pauvreté. Si l'objectif est de supprimer la totalité des bidonvilles, cela reviendrait à chasser 200 millions de personnes des villes africaines; 400 millions si on attend 2030. Nous devons trouver des moyens pour intégrer ces bidonvilles au reste de la ville, cela devrait être une question prioritaire dans les politiques urbaines. Pour y arriver il faut non seulement légitimer les bidonvilles qui existent déjà et les sortir de la précarité, mais dans le même temps il faut créer d’autre pôles de développement. Il est irréaliste de tout miser sur les capitales économiques qui ne tiendront certainement pas le choc de la pression démographique et du réchauffement climatique.

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concl usion


En définitive, les villes africaines sont bel et bien confrontées à des défis sans précédent dans l'histoire de l'urbanisme. La pression démographique mêlée à des politiques de gestion arbitraires de l'espace urbain entraîne des phénomènes de densification ultra-rapide. Cette urbanisation incontrôlée est à la fois la cause et la conséquence d'une mise en valeur excessive des centres urbains qui sont censés générer par leurs seuls statuts le développement de tout un pays. Les états misent tout sur ces villes ce qui entraînent une plus grande attractivité de ces agglomérations par rapport aux espaces ruraux situés dans le reste du pays. Les déguerpissements sont considérés comme un outil efficace pour évincer les pauvres de la ville et faire de ces villes des métropoles-vitrines, mondialisées et compétitives à l'image des villes occidentales. La mondialisation est la principale matrice de tel choix urbains. Dans un monde où les villes africaines sont perçues comme le « déclin culturel d’une réalité urbaine pathologique et incohérente » (1), les aménagistes ont tendance à vouloir appliquer le modèle de la ville occidentale. Il se produit la même chose avec les bidonvilles, mais à une échelle plus petite : les bidonvilles sont considérés comme informels bien qu’ayant une forme et faisant partie intégrante de la ville. Ils sont considérés comme principal symptôme de l’« incohérence » et de la pauvreté urbaine et doivent donc être éradiqués de la même manière que les activités informelles . Les méthodes des acteurs publics pour favoriser le développement de leur pays peut être comparé au phénomène de dépigmentation volontaire de la peau qu’on observe si souvent en Afrique subsaharienne. On cache ses pauvres pour ressembler à une ville « coquette » et « cohérente » pour stimuler l’intérêt d’investisseur étranger et locaux censés aider à réduire la pauvreté et favoriser le développement. Ces investisseurs sont en réalité le vrai visage du nouveau rapport public/privé qui s’établit dans une société jetée en pâture à un ultra-libéralisme où l’état se désengage de ses devoirs au nom de la liberté du marché.

1 . Voir not e 2, pa ge 31

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Cependant ces politiques ont déjà prouvé leur inefficacité car appliquées depuis toujours dans divers pays. Des études ont été menées pour prouver leurs nombreuses insuffisances. Les familles expulsées sont, quand le processus fonctionne, relogées dans des logements sociaux ; leurs conditions de vie sont alors améliorées mais sur l'aspect économique et social on observe plutôt une dégradation. Mais bien souvent, les expulsés se réinstallent aussitôt soit sur place ou sur un nouveau lieu. De plus, ces politiques ont tendance à éveiller un sentiment d’injustice auprès de ces habitants et entraînent des tensions sociales au sein de la société. Les déguerpissements génèrent effectivement des villes plus fluides, plus aérées et plus propres mais les inégalités et la paupérisation de la population déjà pauvres en sont le prix à payer. L’avenir de ces ensembles ségrégués voués à se multiplier est fortement attaché au pouvoir gouvernemental qui devra, lui, rattraper son retard idéologique et adopter des politiques adaptées.

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Placodji nous a permis de comprendre les mécanismes de tels processus qui sont en réalité en décalage avec plusieurs productions scientifiques sur le sujet et aussi avec la réalité des populations. Il faudrait face aux problèmes des cités africaines, innover, pour répondre à des problèmes complètement nouveaux qui ne peuvent pas être réglés par des solutions calquées sur celles appliquées dans des contextes complètement différents. La participation des populations à la fabrication de leur ville est essentielle de même que la diversification des centres urbains. Ainsi, l'expulsion des populations de Placodji n'a ; à l'heure actuelle, rien amélioré aux problématiques urbaines. Au contraire le sort de ces populations est encore plus incertain que jamais. Soit la ville est un lieu appartenant à tout le monde et il faut trouver des solutions pour tout un chacun, ou au moins essayer de prendre en compte la diversité de ces occupants; soit la ville appartient à une tranche de la population et dans ce cas on peut procéder à déguerpissement qui permettent


de repousser les citadins illégitimes, c'est-à-dire les pauvres. Par ailleurs un vaste travail mériterait d’être mené sur l’application de solutions visant l’intégration des bidonvilles au paysage et à la politique urbaine. Il semblerait également pertinent de s’interroger sur le rôle des architectes et des urbanistes locaux et sur leurs imaginaires de la ville africaine idéale, les idéaux aidant bien souvent à clarifier et mettre en évidence des réalités très souvent oubliées.

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bi bl io graph ie


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Aéroport de Cotonou

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Port autono de Cotonou

Carte du centre de Cotonou avec les principaux points d'intérêts économiques


MarchĂŠ Ganhi

SONACOP5 SOBEBRA3

Stockage de contenaire

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Placodji

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Les politiques urbaines en afrique de l'ouest: Regard sur le bidonville de Placodji à Cotonou  

Ce mémoire d’architecture propose de mieux comprendre les mécanismes de production de la ville africaine contemporaine. En effet, dans un co...

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