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INTerview spécial libre-échange

«Les effets ne sont pas toujours visibles dans l’immédiat» Négociateur en chef aux accords commerciaux de la Confédération, Christian Etter a piloté bon nombre d’accords de libre-échange, y compris le dernier en date, celui avec la Chine. Il est persuadé de leur bien-fondé pour l’économie suisse. Interview Michael Flückiger

Que recherche la Suisse en signant des accords de libre-échange (ALE)? L’objectif est d’améliorer l’accès au marché pour les biens et les services et d’éviter des discriminations à l’étranger. Les accords les plus anciens portent essentiellement sur les biens via l’octroi d’avantages douaniers réciproques et un meilleur respect de la propriété intellectuelle. Les nouveaux accords, eux, intègrent les services, mais aussi – en partie – les investissements, les marchés publics et des dispositions relatives au développement durable.

Des ALE sont entrés en vigueur en 2012 avec l’Ukraine, Hongkong et le Monténégro, et des accords ont été signés en 2013 avec la Chine, la Bosnie-Herzégovine, le Panama et le Costa Rica. Pourquoi un tel engouement? Les 159 membres de l’Organi-

sation mondiale du commerce (OMC) tentent depuis 2001 à l’occasion du Cycle de Doha de libérer plus avant le commerce mondial, jusqu’ici sans succès. De plus en plus de pays négocient donc des ALE avec des partenaires ciblés. Et la Suisse ne fait pas exception, notamment avec les pays d’Asie et d’Amérique latine.

Photo: photopress

A 60 ans, l’ambassadeur Christian Etter, docteur en sciences économiques et délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux, est membre de la Direction du SECO depuis 2006. Négociateur en chef, il a piloté bon nombre des accords de libre-échange récemment signés par la Suisse.

Christian Etter, ambassadeur et négociateur en chef

Les calculs faits par le SECO en 2010 indiquent que les échanges commerciaux avec les pays signataires progressaient en moyenne deux fois plus vite qu’avec les autres pays. Est-ce toujours le cas? Grâce aux ALE que la Suisse a signés avec des pays situés hors de l’UE, les entreprises helvétiques économisent chaque année des centaines de millions de francs en droits de douane (les calculs font état de 420 millions en 2008). Les flux commerciaux dépendant toutefois aussi de la conjoncture et d’autres facteurs, les effets des accords de libreéchange ne sont pas toujours immédiatement visibles. Mais l’exemple du Japon, où nous avons exporté l’année passée pour près de 7 milliards de marchandises, reste très parlant quant à l’intérêt des ALE puisque les exportations helvétiques y ont progressé de 4,5 % sur la même période alors que la croissance de l’Archipel était inférieure à 2 %.

Quelles sont les entreprises suisses qui profitent le plus des ALE? Toutes! Les

PORTRAIT

«Un accord entre l’UE et les Etats-Unis nous obligerait à trouver le moyen de franchir les barrières au commerce.»

branches exportatrices que sont la pharmacie, la chimie, les machines et l’horlogerie bénéficient directement de droits de douane très bas entre autres allègements. Idem pour les entreprises de services. Et les exportations suscitent une demande de prestations intermédiaires dans l’industrie, le commerce et les services, générant des emplois et des revenus qui profitent à toute l’économie.

Quelles seraient les conséquences pour notre pays d’un ALE entre l’UE et les EtatsUnis? S’agissant des produits industriels, les Etats-Unis appliquent des droits de douane

déjà faibles – moins de 4 % en moyenne – et il n’y a plus de droits de douane entre l’UE et la Suisse depuis l’accord de 1972. Les éventuelles discriminations tarifaires sont donc limitées. Les discussions entre l’UE et les Etats-Unis portent sur des secteurs réglementés. Or, au travers des accords bilatéraux et de sa propre législation, la Suisse a déjà rapproché sa réglementation de celle de l’UE dans bien des domaines. Un accord entre cette dernière et les Etats-Unis nous obligerait donc à trouver le moyen de franchir les barrières au commerce qui en découleraient.

A vos yeux, quels ont été les moments forts de la politique de libre-échange menée par la Suisse? Du point de vue économique, l’élément clé demeure l’accord de 1972 avec l’UE, qui couvre 56 % de nos exportations. Puis, après avoir signé des accords avec nombre de pays d’Europe de l’Est dans les années 1990, nous avons négocié en 2000 avec le Mexique le premier accord intégrant les services. Et celui de 2002 avec Singapour est allé plus loin en couvrant aussi les investissements. Puis des accords similaires ont suivi avec le Japon, la Corée du Sud, la Colombie et le Chili. De son côté, l’accord entré en vigueur avec Hongkong comporte pour la première fois un volet développement durable. Enfin, en 2013, nous avons signé un accord avec la Chine, notre troisième partenaire commercial après l’UE et les Etats-Unis.

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GO ! Le magazine du commerce extérieur de S-GE  

Les accords de libre-échange apportent des avantages, en particulier un meilleur accès aux marchés: voyez comment les PME suisses en tirent...

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