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Quelque part entre Sainte-Marie-aux-Mines et Aubure, il découvre une vieille cabane qui a souffert des années. Il contacte les propriétaires et leur propose de louer le lieu. Là, dans cet ermitage au milieu de la forêt, accessible seulement à pieds et éloigné de tout, il installe son dernier camp de base. LA RENCONTRE AVEC “UN GRAND FRÈRE”

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OR NORME N°33 Passages

OR CADRE

Texte : Quentin Cogitore

Photos : DR

« C’est une amie photographe, Martine Schnoering qui nous a présentés » précise Robin Hunzinger. « Elle avait publié plusieurs articles sur les cabanes dans les Vosges, et j’ai vu les photos de ce type qui habitait près de chez moi à Sainte-Marie-aux-Mines. Je ne savais pas où exactement, mais je reconnaissais les montagnes de chez moi ». Pour le réalisateur, il n’y a pas de temps à perdre. « Le projet de film s’est tout de suite mis en place et je l’ai commencé sans producteur ». À ce stade, l’important pour Robin Hunzinger est de tourner les images et d’enregistrer les sons : « je devais trouver un dispositif simple et léger pour m’adapter au mode de vie d’Erik. Je suis monté là-haut et pendant 6 mois, j’ai filmé seul. Une caméra, un pied et pas trop de monde pour faire quelque chose de simple » Un lien intime naît alors entre le réalisateur et son personnage principal. Robin Hunzinger raconte que pour lui, « dès le départ c’était un grand frère. Celui qui savait faire des feux, qui connaissait la forêt, la montagne. Il savait tellement de choses que je ne savais pas ! Bivouaquer l’hiver, faire du feu dans la neige… j’ai retrouvé des choses que je faisais étant ado et j’en ai découvertes d’autres. » ENTRE CHIMIO ET FEU DE CAMP D’avril à septembre 2017, Robin Hunzinger raconte le journal de bord d’Erik Versantvoort. Son quotidien qui alterne entre la toilette dans le ruisseau et la chimiothérapie à l’hôpital de Colmar. Entre les journées solitaires et les visites de sa famille. Et c’est précisément ce mélange qui fait toute la beauté du Recours aux forêts. On navigue entre le bois des Vosges et le plastique blanc de l’hôpital. Jusqu’à cette scène bouleversante où les parents d’Erik, d’un âge avancé, viennent le visiter en sachant que c’est la dernière fois. Pour cet au-revoir, chacun fait face à son destin avec courage en regardant la mort droit dans les yeux. « Nous sommes heureux que tu aies trouvé la paix ici » parvient à lui dire son père.

L’APPEL DE LA FORÊT Robin Hunzinger poursuit en racontant que « ce qui [l’]a fasciné chez Erik, c’est qu’il n’avait pas peur de la mort. Il avait cette acceptation des choses. La forêt lui permettait d’être tranquille et heureux. Et de mourir en homme heureux, très tranquillement. Il emmenait tout le monde vers lui : les infirmières, ses frères, sa sœur… il appelait tout le monde à lui dans la forêt ! En ça il était très fort et je trouvais ça beau ». « Erik voulait faire faire ce film pour laisser quelque chose après sa mort et sa famille l’acceptait » conclut le réalisateur. Si bien qu’il n’a pas filmé une scène, pleine de douceur et de sens. « Le dernier jour où la famille est venue, ils sont tous repartis avec des petits arbres pour les planter aux Pays-Bas. Je n’arrivais pas à filmer tellement c’était beau. On était dans quelque chose qui me plaisait. J’étais avec lui jusqu’à sa mort. C’était un ami que j’ai porté. J’ai dépassé mon rôle et ce n’était pas facile ». On sort du Recours aux forêts bouleversé mais apaisé. En tout cas on n’en sort pas indemne. On sent grandir en nous la conviction qu’il est urgent de ralentir. Il est devenu vital de recourir aux forêts. Alors n’attendons pas d’être saisis par la maladie pour accepter de vivre pleinement, et prenons le maquis maintenant !

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Passages | Or Norme #33  

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