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d’une journée Margaux et Martin, de graphisme, de photo, de web design « french touch » qu’animera une année durant Yann, seul à ne pas rentrer, se sont multipliés avec un certain succès. Reste le coût de l’absence de la France qui étrangement ne semble même pas imaginer participer à la promotion de sa propre influence. Fier, Nagazi ne quémande rien, compte sur la seule valeur de son équipe qu’il cherche à faire évoluer en chefs de projets et porteurs d’affaire. Une mission guère aisée pour quelques juniors dont la stabilité professionnelle pourrait finalement bien dépendre de la capacité d’une ville à sortir d’un marasme économique dans lequel l’histoire politique tunisienne semble l’avoir engluée. Le bug ? Kairouan produit mais ne transforme pas. Conséquence plus ou moins directe, les cafés regorgent d’adeptes du café-clopes-rami pendant que les femmes bossent, dans l’ombre de leurs hommes. Des hommes dont la seule expression quand on leur parle d’entreprenariat se résume à se cacher derrière un « inch’allah » déculpabilisant et pas aidant...

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OR NORME N°33 Passages

OR CADRE

Texte et photos : Charles Nouar

« MILITANTS DU VIVRE ENSEMBLE »

En haut : Une heure avant le début du concert fusion. En bas : Annick le Ny dans les locaux de Sabra FM

leur ville », prônons « la consultation avec eux sur tout nouveau projet. Consultation dont l’allocation de subventions dépend désormais » dit-il. LE COÛT DE L’ABSENCE DE LA FRANCE « La culture : un autre volet essentiel », poursuit Radhouen Bouden. Parce qu’elle permet aux gens de se connaître, d’échanger, de partager dans un monde de plus en plus conflictuel. « C’est là, je crois, quelque chose de très important pour instaurer une paix entre les populations et valoriser les apports de chacun ». Cette mission, des entités locales la promeuvent également, dont l’Alliance française de Kairouan. Président d’honneur de la structure, Abdessalem Nagazi ne cache pas une certaine fierté de l’avoir ouverte sans la moindre subvention. La maison qui l’héberge lui appartient, les salaires versés – même modestes – le fruit de ses années de travail. En six mois d’existence, les cours de français, les conférences, les rencontres, les ateliers d’écriture artistique auxquels participent le temps

Dans les couloirs du conservatoire, la seconde soirée se prépare depuis quelques jours. Un concert « fusion » comme se plait à le présenter Annick. Kamel, Othman, Hela, Choucri et d’autres musiciens de l’école encore, répètent sous les piqûres d’une inhabituelle invasion de moustiques avec les chanteurs Abdi Riber, Martin Nowacki, Raji Parisot. Ils mêlent rythmes et voix occidentaux, nord-africains et indiens. Trois à quatre jours pour créer une symphonie des possibles, sur une dizaine impossible à résumer en à peine quelques lignes, teintés de scènes de vies parfois dignes d’un Flying Circus. Quatre jours pour transformer un petit chaos en magnifique harmonie avec en intro la voix de Depardieu, mise en scène par AnneClaire Cieutat, journaliste à Bande à Part. Public conquis, qui en redemande sur le moment, mais aussi pour d’autres lendemains qui chantent. « Lentement mais sûrement », relevait depuis son bureau en L Radhouen Bouden. Mais surtout avec des gens, pas politiques, pas militants – sinon du vivre ensemble. La plus belle facette visible, sans doute, à ce jour, d’un partenariat dont peu, à Strasbourg, connaissent pourtant l’existence.

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Passages | Or Norme #33  

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