Page 64

ALEX LUTZ ET TOM DINGLER

L’Art de l’amitié

064

065

OR NORME N°33 Passages

OR CADRE

Texte : Gilles Chavanel

Photos : Franck Disegni - Bertrand Gay/AFP - DR

Il aura fallu quinze jours pour trouver une date de rendez-vous avec Alex Lutz et Tom Dingler. Entre deux tournages pour la télévision (la série Cadres Noirs pour Arte et Baron Noir pour Canal+), la quotidienne de Catherine et Liliane, son spectacle éponyme et deux films en préparation pour Alex Lutz. Tom Dingler, lui, tourne la 2e saison de la série Plan Cœur pour Netflix et, pour TF1, la série Pour Sarah. Et pourtant ce soir-là nous sommes restés plus de deux heures ensemble, autour d’une choucroute bien sûr, pour évoquer vingt-cinq ans d’amitié. Une blague — ils ne se souviennent plus de l’histoire — a suffi. Ils avaient seize ans. C’était au lycée Jean-Monnet à Strasbourg. Depuis son enfance Tom Dingler baignait dans une ambiance de saltimbanque (entre une mère comédienne et un père chanteur) ; Alex Lutz, lui, évoluait dans un contexte plus « strict ». Une mère enseignante et un « faux » père — c’est comme ça qu’il appelait son beau-père — chef d’entreprise… Ils étaient plutôt du style « Passe ton bac d’abord ! » Ce qu’il a fait. Mais le gamin adorait dessiner, « avec un réel talent » précise Francine, sa mère ! Et figurez-vous que Tom Dingler était adepte du graffiti ! Il y avait déjà là matière à regroupement. La jonction artistique a eu lieu un jour de 1996 dans l’appartement que Cookie et Cathy occupaient à la Krutenau. Alex avait 18 ans et il côtoyait pour la première fois une famille d’artistes. Celle de Tom. Depuis leur rencontre ils ne se quittaient plus et là, c’est leur aventure créatrice commune future qui a commencé. Mais en étaient-ils conscients ? Si le premier savait où il voulait aller, le second pas du tout. En 3e, Alex avait candidaté pour une filière bac dessin. « Mais comme le reste de mon dossier scolaire était pourri » ça n’a pas marché. Son prof de français lui suggère alors de choisir une option théâtre et l’incite à faire un stage au TJP (Théâtre Jeune Public). La scène sera son nouveau dess(e)in ! Dans la foulée, il monte sa première compagnie et réalise sa première mise en scène. Il a dix-sept ans. Tom, toujours à ses côtés, crée une association pour mettre sur pied un festival

de hip-hop et de breakdance. Mais il ne sait toujours pas vraiment ce qu’il veut faire. « J’hésitais entre le tennis (son père était prof de tennis avant de “ libérer la femme”) et le Festival de Cannes ! » Au-delà du dessin, ils avaient aussi une deuxième entrée artistique en commun : le Théâtre de la Choucrouterie et la famille Siffer (Erwin, le fils devenu musicien depuis, faisait partie de la bande). Les tournées d’été de la Chouc’, à l’origine avec carrioles et chevaux — tiens, tiens les chevaux ! — ont soudé un peu plus encore leur amitié. « Une amitié fraternelle, malgré des options artistiques différentes », souligne Alex. UNE VRAIE TENDRESSE « On se parle beaucoup, tout le temps, sur tout, pour le boulot, l’achat d’un appartement… Tom me rassure ». Tom confirme : « Je le tranquillise quand il a des doutes. Alex est un chef de troupe, mais beaucoup de troupes sont fermées. Nous on reste ouverts ». De fait, ils se sont entourés d’une bande de copains. Certains entrent, d’autres sortent et tous ensemble ils s’enrichissent. Le Talent de mes amis

‘‘ On a trop de respect l’un pour l’autre pour que la réussite altère notre amitié. ’’

Profile for Or Norme

Passages | Or Norme #33  

Passages | Or Norme #33  

Advertisement