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là on a des faits ». Si les hypothèses prennent le pas sur les faits, si en dehors des aveux on laisse toujours la place au doute, « dans ce cas on acquitte tout le monde », ironise le Professeur Raul… Les faits, rien que les faits. Ce sont eux qui valident ou éliminent les hypothèses, non l’inverse. Ce sont eux que vont chercher les médecins légistes. 8 HEURES. FACULTÉ DE MÉDECINE DE STRASBOURG. SALLE DE COURS. « Vous êtes appelés à 5h du matin par les policiers pour la découverte du corps d’un jeune homme inconnu. Il est découvert dans un sous-bois dans une flaque de sang, en décubitus dorsal, avec une vaste tache de sang sur le tee-shirt au niveau du torse centrée en précordial gauche par un orifice à pourtours noirâtres, bouton et zip du jean ouverts, un pistolet est retrouvé à trois mètres du corps », énonce le Docteur Audrey Farrugia. Devant elle, une soixantaine d’étudiants de 5ème année. « Quelle sont les hypothèses : homicide, suicide, mort naturelle, accidentelle… Dans ce cas précis qu’allez-vous éliminer ? ». Un étudiant lève la main : « le suicide ». Le Docteur Farrugia demande des précisions : « Pourquoi le suicide ? ». Car le pistolet est à trois mètres du corps selon l’étudiant. La réponse est incorrecte, l’homme s’est effectivement suicidé, mais c’est l’occasion d’une bonne leçon de médecine légale : « Comment pouvez-vous prouver qu’en tirant dans votre cœur, vous ne pouvez pas jeter le pistolet ?  » Elle ajoute : « Ne vous fiez jamais à vos premières impressions ou à des trucs que vous avez vu à la télé ». Car il n’y a qu’à la télé que les victimes s’effondrent après avoir reçu une balle dans le cœur…

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Une à une, le Docteur Farrugia va déconstruire les certitudes de ces étudiants imprégnés des images qu’ils ont vues dans les séries policières : « Pour évaluer le délai post mortem, rien de mieux que la température corporelle intra rectale et non dans le foie, qu’il faut ensuite comparer avec la température extérieure (…) Le prélèvement de larves et d’insectes est très rare et très coûteux (…) La seule situation où cela ressemble à la télé, c’est en cas d’homicide. On met une combinaison blanche, une charlotte sur la tête, des surchaussures... ». Mais la plus importante leçon de la matinée sera sans aucun doute celle-ci : « Au moment où vous arrivez sur une scène, vous devez pouvoir dire : je ne sais pas ». « Il faut être humble dans notre métier. Il ne faut pas s’imaginer qu’on est tout puissant » insiste le Docteur Farrugia. L’humilité mais aussi la curiosité, l’ouverture d’esprit, l’imagination, la patience, la concentration, la rigueur, le savoir, la technique, l’expérience, telles sont les qualités d’un bon médecin légiste, sans oublier… la passion.

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Passages | Or Norme #33  

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