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D’AUTRES CENTRES-VILLE

Strasbourg, centre pluriel

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OR NORME N°33 Passages

OR SUJET

Texte : Aurélien Montinari

Photos : Alban Hefti

Boutiques, bars, restaurants, les commerces de la ville, en réinvestissant certains quartiers, inoculent de la vie dans les rues, créant sans cesse de nouveaux pôles d’attraction. « On se retrouve au centre ! ». Si cette formule toute faite a longtemps désigné un potentiel rendez-vous devant la mythique Maison Rouge, il est désormais difficile de considérer un seul et unique point névralgique à Strasbourg, tant, depuis trois décennies, la ville a évolué.

d’art, a su réenchanter la jusqu’alors très discrète rue des Aveugles, attenante à la rue du XXII novembre. Dans le quartier, Aedaen a été rejoint rapidement par le Street Butcher, l’hôtel BOMA alors que l’ouverture de la brasserie Meteor sera effective pour l’été.

Jusqu’en 1960, la place Kléber était le cœur du réseau de l’ancien tram. Réaménagée en 1994 par l’architecte Guy Clapot, elle connut alors de profonds changements. Disparus le parking et la voie routière ! Avec l’avènement du tram, la politique de piétonnisation, rapidement couplée à celle des pistes cyclables, a révélé de nouveaux potentiels urbanistiques.

À quelques encablures, c’est la rue du Faubourg National et le quartier Gare qui connaissent un nouveau souffle. Initié par l’hôtel Le Graffalgar, un changement subtil s’opère, soutenu notamment par l’ouverture de la brasserie Le Tigre et du bar Le Garde Fou.

Pour le philosophe Henri Lefebvre, l’imaginaire de la ville s’articule autour de deux concepts. D’un côté l’espace conçu, la ville rationalisée, agencée par les organes du pouvoir et, de l’autre, l’espace vécu, soit notre propre expérience de la ville issue de nos habitudes. On pourrait ainsi imaginer les commerçants et leurs entreprises, comme des acteurs agissant à la frontière de ces deux représentations. MULTICENTRISME Loin des politiques cadastrées, l’ouverture d’une boutique, d’un bar ou d’un restaurant peut, en effet, littéralement transformer une rue, une place ou un quartier, inventant de nouveaux usages pour les citadins. Les exemples de revitalisation ne manquent pas à Strasbourg. La Grand’Rue, encore peu fréquentée il y a vingt ans, est désormais semée de belles échoppes et de lieux conviviaux. Non loin de là, l’ouverture en 2016 de l’établissement l’AEDAEN, avec ses deux restaurants, son bar et sa galerie

Le phénomène se répète ailleurs ; du quartier du Tribunal à la Presqu’île André Malraux en passant par la place Saint Nicolas Aux Ondes. L’exemple de la place d’Austerlitz est, là encore, probant, son centre et ses alentours étant presque devenus une sorte de village, après un réaménagement fort réussi. Ce multicentrisme sain et dynamique diffuse de la vie dans toute la ville, donnant à Strasbourg le visage d’une vraie capitale européenne. Ces nouveaux espaces-mosaïques viennent se joindre aux plus traditionnels, multipliant le potentiel d’attraction de la ville de Strasbourg, pour ses habitants comme pour ses nombreux visiteurs. D’aucuns diront, hélas, que ces commerces sont également source de nuisances. C’est oublier un peu vite qu’une nouvelle enseigne, c’est avant tout de la lumière et de la sécurité dans une ruelle autrefois bien sombre... « Le bar a trois fonctions essentielles : le refuge, la maison bis, la maison communale » écrivait le psychanalyste Donald Winnicott. Trois raisons de plus pour sortir à Strasbourg !

Ci-contre : Place d’Austerlitz

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Passages | Or Norme #33  

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