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1997 qui ont amené Lionel Jospin au pouvoir et donc, mon entrée au gouvernement était une partie de cet engagement-là. Je pensais alors que l’équipe municipale était plus solide et surtout plus respectueuse des engagements pris en commun avant la réélection. Il m’a bien fallu alors constater qu’il y avait un manque de vision totale des conséquences potentielles de cette division dans nos rangs… Or Norme. La campagne de 2001, où vous vous représentiez pour un troisième mandat consécutif, a été très compliquée, manifestement… C’est une évidence, oui. J’ai dû tout d’abord dissuader Roland Ries de conduire une liste puis il m’a fallu faire face aux conséquences d’une autre liste venue de nos rangs et conduite par Jean-Claude Petitdemange. La gestion de cette crise m’a fait me démener pour mobiliser sur des aspects positifs en luttant contre tout ce qui était négatif. Mais, comme ce n’était pas la première campagne que je menais, j’ai compris à l’issue du premier tour que l’écart était insurmontable. À vrai dire, je savais déjà que ce serait extrêmement difficile dès avoir repris la tête de la communauté urbaine en janvier 2000. En fait, mon erreur a été de vouloir remettre la machine en route et de beaucoup travailler sur certains dossiers qui avaient été délaissés. J’aurais dû en fait retrouver le contact avec les strasbourgeois, les voir, les revoir, sans cesse, absolument renouer avec eux. Provoquer les retrouvailles, en quelque sorte. En fait, j’ai voulu rebâtir l’équipe, remettre tout d’aplomb, remettre de l’ordre dans la maison… L’erreur a été là. Or Norme. On imagine que vous avez toujours su que le monde politique est un univers sans pitié, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Cet échec-là et d’autres épisodes qui se sont déroulés depuis, comment les avez-vous intégrés, digérés peut-être… J’ai toujours eu coutume de dire qu’en politique, il fallait savoir réussir une victoire mais aussi réussir un échec. Car ça fait partie du jeu démocratique. À mes successeurs, j’ai tout remis, j’ai été très loyale, ils ont bénéficié d’un état des lieux conforme à la situation réelle. En 2008, je me suis rendu compte que cette partie de notre histoire était restée comme suspendue après notre défaite de 2001 et j’ai annoncé alors que je soutiendrais Roland Ries. Dans mon esprit, c’était pour clore un chapitre interrompu trop tôt… Norme. Pour terminer, comment analysez-vous ce que 15Or nous connaissons aujourd’hui et dont les germes étaient pourtant parfaitement visibles depuis bien longtemps, au fond ? Vous avez tout à fait raison sur ce point. Les conséquences du bouleversement financier systématique de 2008 sont ravageuses. Ce séisme s’est traduit en chômage, en difficultés et en une vague d’injustice considérable. Les inégalités sont

devenues insupportables et ce virus-là atteint en profondeur le moral des gens et détruit la confiance envers les élus et les élites du pays et même envers la société telle qu’elle est organisée. Je me souviens qu’aux environs de 2004, j’avais pris connaissance d’une étude qui pressentait cela : cette étude d’opinion avait constaté que les gens étaient prêts à aller jusqu’à prôner leur propre débrouillardise même en étant hors-la-loi. Cette étude m’avait bien sûr fortement interpellée car je me rendais bien compte qu’il y avait là une forme de violence venant en réaction contre une autre violence, économique et sociale. D’ailleurs, en 2014, pour les élections européennes, j’ai bien vu que les gens que nous rencontrions étaient très nombreux à nous expliquer qu’ils ne déplaceraient pas pour voter, je savais alors que la campagne que nous menions serait perdue. Je passe sur les aspects particulièrement humiliants sur la façon dont ça s’est passé, dont on ne m’a pas informée correctement, volontairement, du choix de la tête de liste alors que j’avais toujours été ouverte à toute discussion politique… Or Norme. Et de cette politique, de ce monde politique où vous avez été plongée depuis le début des années 80, vous en pensez quoi aujourd’hui ? Sincèrement… Beaucoup de choses ne sont plus les mêmes. Les relations entre la politique et les citoyens ont été profondément altérées par les effets des injustices et des inégalités comme je l’ai dit tout à l’heure et tout cela est amplifié par les réseaux sociaux qui sont omniprésents. Ils ne m’impactent pas moi-même car j’ai délibérément fermé ma page Facebook au lendemain du scrutin européen de 2014 où c’était devenu

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Passages | Or Norme #33  

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