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réputation culturelle de Strasbourg qui vient de si loin. Cet héritage culturel de notre ville a été au cœur de ma stratégie de conquête des mois précédant l’élection de 1989. Aucune

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OR NORME N°33 Passages

LE GRAND ENTRETIEN

Entretien : Jean-Luc Fournier

Photos : Nicolas Roses - Documents remis

‘‘ Aucune autre ville française, hors Paris, n’aligne autant de noms dont l’action a été déterminante dans le théâtre, la musique... ’’ autre ville française, hors Paris, n’aligne autant de noms dont l’action a été déterminante dans le théâtre, la musique mais aussi les sciences sociales, les sciences humaines, la vie intellectuelle en général. Dès ma vie d’étudiante, j’étais imprégnée de cet héritage. Il y a donc eu une grande ambition, comme l’a montré ce défi de créer ici un musée d’art contemporain, ce combat contre Jack Lang qui ne le jugeait pas nécessaire à Strasbourg. Ce fut un sacré combat qu’on a rappelé récemment lors du vingtième anniversaire. À cette époque, je tranche aussi dans le débat que menaient entre eux les spécialistes sur l’avenir des salles historiques de l’Aubette pour préserver les couleurs qui existaient encore depuis la période de Jean Arp et Sophie Taeuber. Le développement de l’Odyssée, le Forum du cinéma européen avec le concours de Wim Wenders et Robert Enrico au niveau du cinéma ont été des moments majeurs aussi. Et je n’oublie pas la transformation du Maillon, la montée en première division de l’Opéra et de l’Orchestre, la transformation des Arts Déco, La Laiterie… On a été une des premières villes à soutenir le hip-hop, je ne peux pas tout citer bien sûr... Aujourd’hui, je continue à être en lien avec pas mal de gens connus lors de ces décennies-là… Or Norme. En 1995, donc, après la brillante réélection et au premier tour, cette fois-ci, on imagine que le climat est redevenu plus serein, moins conflictuel… Oui, bien sûr, mais en même temps, c’est devenu presque trop confortable. Je me souviens bien avoir dit à mes collègues que le premier risque était de se penser alors comme des fonctionnaires. J’ai insisté sur le fait qu’une responsabilité élective n’est qu’un contrat à durée déterminée dont on ne connaît pas l’issue. Et certains ne l’ont pas compris : il y avait chez eux plus d’arrogance, plus de laisser-aller pour résumer, et ils glissaient vers cette sorte de notabilité que leur conférait leur mandat… Or Norme. Est-ce qu’à ce moment-là, vous commencez à percevoir les germes de ce qui allait provoquer votre

défaite de 2001, ces baronnies qui s’installaient peu à peu, ces appétits qui soudain commençaient à s’aiguiser ? Oui, nettement. Je savais avant la réélection qu’il me fallait penser à mettre en place un groupe d’élus autour de moi capable de porter plus collectivement les responsabilités. J’ai ouvert ce chantier-là, en nommant des adjoints responsables par pôles. Ce qui a aussi permis à certains de s’imaginer encore plus importants. Là-dessus, il y a la mobilisation contre le Front national que j’initie en mars 1997 (plus de 60 000 manifestants protestent alors contre le parti d’extrême-droite qui tient son congrés au PMC, à Strasbourg. Deux ans plus tôt, Jean-Marie Le Pen avait obtenu plus de 25 % des voix lors de la présidentielle, dont 20 % à Strasbourg. Deux mois après la manifestation, lors des élections législatives, onze candidats frontistes étaient en capacité de se maintenir au second tour dans les seize circonscriptions d’alors. Aucun ne sera élu – ndlr). Je prends là un risque majeur non seulement au plan politique mais aussi au plan personnel puisqu’il faut quand même se rappeler que Le Pen m’avait désignée comme cible. Mais dans mon camp, tant au niveau local qu’au niveau national, on n’avait pas toujours tout compris de cet événement-là… Or Norme. Peu de temps après, Lionel Jospin vous propose d’entrer à son gouvernement. Il avait édicté une règle contre le cumul des mandats… J’avais fait campagne pour cette règle et je me la suis donc immédiatement appliquée en abandonnant mon mandat de maire. Sans état d’âme et malgré l’avis de beaucoup qui auraient souhaité que je reste au moins premier adjoint. Ce partage des responsabilités dans l’équipe majoritaire au conseil municipal a alors pris tout son sens… Or Norme. Et c’est là, manifestement, où les divisions internes se sont cristallisées… Oui, très clairement. La nécessité absolue de l’unité a été perdue de vue. Et j’ai sans doute alors commis une erreur que je n’ai comprise que plus tard : celle de vouloir absolument travailler sur la rumeur qui a couru alors, celle de l’amant turc qui est devenue vite terrible parce que comme j’avais des officiers de sécurité, ils étaient tous supposés être celui-là… À ce stade-là, il était évident que c’était une officine qui travaillait ça et je sais aussi que des politiques la répandaient volontairement. Par ailleurs, les gens ont pensé que je les avais trahis, abandonnés. C’est en cela aussi que cette rumeur a prospéré : c’est la thématique de l’infidélité. Elle a quitté son mari, elle a un amant turc, elle a quitté Strasbourg, elle nous a quittés aussi… Or Norme. Des regrets d’avoir accepté ce poste de ministre ? Non. J’étais une responsable politique nationale, j’avais apporté plus que ma part dans la victoire des législatives de

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Passages | Or Norme #33  

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