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Or Norme. Cette Coupe de la Ligue est bien sûr venue récompenser le travail de tout un club. Mais personnellement, c’est votre second trophée en deux ans, avec le titre de champion de France de Ligue 2 en mai 2017. Pas mal, non ? Oui, d’autant qu’en tant qu’entraîneur et même en tant que joueur, mon compteur était à zéro. Certains prétendent que cette coupe de la ligue est un trophée en bois. Moi, je veux bien, mais je voudrais rappeler quand même que pour l’emporter on a battu Lille, le deuxième du championnat, Lyon le troisième et Marseille, le sixième. Ces matches n’étaient pas en bois, il a fallu les jouer à fond. Pour nous, ce succès final est très valorisant…

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OR NORME N°33 Passages

OR D’ŒUVRE

Texte : Jean-Luc Fournier

Photos : Nicolas Roses - RCSA

Or Norme. C’est bien sûr tout le groupe qui a gagné cette coupe de la Ligue mais juste un mot sur cette séance de tirs au but et plus particulièrement sur la « Panenka » réussie par Dimitri Liénard. Quel geste ! Et quelle audace, quel culot surtout… L’avez-vous pressenti ce geste ? Non, parce que ce n’est pas un geste qu’il fait régulièrement à l’entrainement. Mais je dois reconnaître que c’était bien joué de sa part. Je m’explique : quand j’étais joueur et qu’on se retrouvait dans une série de tirs au but, je ne tirais jamais le premier. Toujours 3 ou 4. Comme ça, j’observais le gardien. Mon truc, c’était de frapper fort et au milieu. Pour que ça marche, il faut bien sûr que le gardien parte sur un côté, systématiquement. Si lors des deux premiers tirs au but le gardien partait sur un côté, je n’avais plus qu’à sécuriser mon geste et c’était au fond. Quand Dimitri s’est présenté pour le tir, j’avais un doute car nous savions tous que Caillard, le gardien guingampais, était un très bon gardien et qu’il avait particulièrement brillé dans cet exercice lors des précédents matches de son équipe. D’ailleurs, sur le tir de Dim, il part fort sur le côté. Seulement voilà, Dim réussit parfaitement ce geste exceptionnel et la met au fond… Or Norme. Tout comme il y a presque un an après son coupfranc décisif à la Meinau contre Lyon, ce geste de folie qui signe le maintien du Racing en Ligue 1. Dimitri Lienard n’a pas suivi la filière classique des centres de formations, il n’avait joué que dans des clubs amateurs avant de devenir professionnel au Racing. Ça veut dire que le football moderne permet encore à des joueurs de grimper seuls les échelons et de se faire eux-mêmes leur place au soleil ? Oui, s’ils sont à l’écoute. S’ils ne se persuadent pas que seule leur vision du football est la bonne et qu’ils ne doivent pas en changer. Oui, s’ils travaillent dur et ne se laissent pas détourner de leur but par tout ce qui environne le football de haut niveau. Nous, on est là pour leur éviter ça, pour qu’ils gardent leur fraîcheur et qu’ils conservent toutes leurs qualités naturelles et le sel de leur jeu en évitant de se laisser embarquer par l’environnement magique et nouveau que le foot de haut niveau leur offre. Ca vaut pour toute l’équipe. La saison dernière, notre premier match est à l’extérieur, à Lyon. En arrivant au stade une heure avant le coup d’envoi, mes gars faisaient des coucous dans les tribunes, des selfies à qui mieux mieux et j’en passe... Deux

heures et demi plus tard, on repartait avec quatre buts dans nos valises. Moi, au fond, ça m’allait très bien. On leur a dit : « Bon, maintenant c’est bon, vous avez compris pourquoi on vous avait mis en garde ? ». Du coup, ils sont revenus sur le bon rail. Il faut prendre des belles claques comme ça pour comprendre que là où on joue désormais, ce sont des tueurs qu’on rencontre. En championnat national on peut souvent être dans le loisir et la rigolade quand on a le vrai talent qu’il faut, en Ligue 2 faut déjà commencer à faire gaffe. En Ligue 1, les mecs ne font de cadeaux à personne et s’ils peuvent même te ridiculiser, ils n’hésitent pas. Cette saison, Paris en met neuf à Guingamp. La saison passée, Dijon en avait pris huit… Or Norme. Le maintien a donc cette saison été acquis assez tôt pour que le club puisse préparer au mieux la saison à venir. Le succès final en coupe de la Ligue a été formidable et le trophée va passer l’année qui vient en Alsace. Qu’est-ce qui a été primordial pour en arriver là ? Le recrutement, je crois. On a vendu un joueur assez cher pour pouvoir en recruter neuf autres dont on avait besoin. Du coup, évidemment, on a construit un groupe performant car on avait pris le temps de tous bien les profiler ces neuf joueurs-là. Il y a eu une très bonne préparation suffisamment longue et de qualité pour bien démarrer le championnat. On l’a démarré à Bordeaux, cette équipe dont les joueurs sortaient des qualifications de la coupe d’Europe et qui, pour ce match d’ouverture, étaient un peu carbonisés. Notre succès là-bas a permis de lancer l’équipe d’entrée sur la bonne voie… Et ensuite, le sérieux et le travail de nos joueurs, sans oublier nos jeunes qui nous ont fait l’agréable surprise de se révéler être au niveau de la Ligue 1. Tout cela a permis de réaliser tout ce qui a été fait ensuite… Or Norme. Et là dedans, quelle est la réelle part de l’entraineur au niveau psychologique ? Ce sont les joueurs que les spectateurs du stade et les téléspectateurs ne perdent jamais des yeux mais l’homme le plus exposé est sur le banc, non ?

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Passages | Or Norme #33  

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