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POUR TOUTES LES VICTIMES DU NAZISME

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OR NORME N°33 Passages

OR BORD

Texte : Eleina Angelowski

Photos : Abdesslam Mirdass - DR

Les pavés de la mémoire

Sous l’égide de l’association Stolpersteine 67, ce sont vingt pavés de la mémoire qui ont été scellés le mois dernier sur les trottoirs de Strasbourg, là où ont été arrêtés puis déportés autant de Juifs strasbourgeois durant les années de plomb de la quatrième décennie du siècle dernier. Stolperstein est un « concept » qui a vu le jour en Allemagne il y a dix-sept ans, initié par le sculpteur allemand Gunter Demnig, en mémoire de déportés roms de Cologne. Il s’est étendu ensuite à toutes les victimes du nazisme : Juifs, Tziganes, malades mentaux, handicapés, homosexuels, résistants… Le terme vient du verbe allemand stolpern (trébucher) et Stein (la pierre). Un stolperstein est un petit pavé de 10 cm X 10 cm, recouvert d’une fine plaque de laiton sur laquelle ont été gravés le nom, les dates de naissance, de déportation et de mort des victimes du nazisme. Il est apposé devant le dernier domicile connu du déporté. Très connues en Allemagne et dans le reste de l’Europe puisque près de 80 000 pierres parsèment le continent, les « pierres à trébucher » font même l’objet d’une tradition, chaque mois de novembre, lors de la commémoration de la sinistre Nuit de Cristal, ce dramatique pogrom contre les Juifs allemands (au total, le pogrom et les déportations qui le suivirent causèrent la mort de 2 000 à 2 500 personnes). Chaque nuit du 9 au 10 novembre, les Allemands polissent consciencieusement à la main la surface en laiton des Stolpersteine, l’alliage ayant naturellement tendance à noircir à l’air libre.

La pose des vingt premières pierres à Strasbourg a été initiée par l’association Stolpersteine 67 sous la coordination de l’historienne Fabienne Regard avec le soutien du lycée Ort, mobilisé par le plasticien Richard Aboaf qui est directeur des études de l’établissement. Ces vingt premiers pavés de la mémoire ne représentent que le début d’un long processus, puisque plus de 850 Juifs strasbourgeois ont été assassinés par les nazis. Leurs descendants ont été contactés via notamment les réseaux sociaux. Même 75 ans après, l’Histoire demeure douloureuse parmi la communauté juive. René Gutman, l’ancien grand rabbin de Strasbourg, était opposé à la réalisation de ce projet, estimant que les piétons fouleraient la mémoire des déportés. Son successeur, Harold Abraham Weill, a lui estimé que les « pierres n’ont rien de religieux et renvoient d’abord à des histoires et des vies qui ont été anéanties ». En même temps qu’à Strasbourg, 27 Stolpersteine ont été posés à Muttersholtz (petit village du Ried, près de Sélestat) et 24 à Herrlisheim-près-Colmar, dans le Haut-Rhin. Jean-Luc Fournier

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Passages | Or Norme #33  

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