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GRAND ENTRETIEN

CATHERINE TRAUTMANN “ Trente ans après 1989 ”

Il faut se rappeler le coup de tonnerre national (et à fortiori local) qui a retenti dans le paysage politique français en mars 1989 avec l’élection tout à fait inattendue à la tête de la municipalité de Strasbourg, d’une jeune maire socialiste (38 ans) qui avait alors déjoué tous les pronostics et pris tous les risques, y compris contre l’avis des membres les plus prestigieux de son parti. Trente ans plus tard, nous avons convaincu Catherine Trautmann de dérouler ses souvenirs avec nous et, puisqu’elle est toujours très engagée en tant qu’élue, de nous parler du paysage politique contemporain. Un entretien évidemment passionnant… Or Norme. Le temps passe vite. Trente ans se sont écoulés depuis votre première élection en mars 1989. On se rappelle bien sûr de cet événement survenu à la surprise (presque) générale mais on a presque oublié les mois qui ont précédé l’élection. Être candidate au poste de maire de Strasbourg n’a pas été un long fleuve tranquille. Il vous a fallu une énergie considérable et un grand culot pour vous imposer, vous qui étiez apparue dans les radars de la vie politique locale à la fin des années 70…

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« Je suis issue du bouillonnement de la fin des années soixante. J’ai eu mon bac en 1969. C’était une époque de débats intenses et quasi permanents et je peux dire que j’ai alors fait le tour du monde avec tous les étudiant étrangers qui étaient à Strasbourg. Mon militantisme avait ce caractère-là : un engagement dans le sens de la grande tradition mondialiste de l’époque - j’avais beaucoup lu Franz Fanon et Aimé Césaire, par exemple - mais aussi pour la reconnaissance des étudiantes et au-delà, des femmes dans cette ville où il n’y avait pas de crêches, par exemple. Quand j’avais voulu mettre ma première fille en jardin d’enfants, on m’avait répondu : mais vous êtes étudiante, vous ne travaillez pas, vous pouvez donc la garder ! Ou alors vous avez sûrement une grand-mère qui peut s’en occuper… J’ai donc hésité entre militer dans des associations féministes ou m’engager dans un parti dont l’action pouvait faire bouger les choses dans ce sens. Je me suis donc retrouvée dans un groupe de femmes très mobilisées et engagées au sein du PS. Là-dessus, mon professeur de théologie protestante, Antoine

Trocmé, est candidat aux élections municipales de 1977 et je deviens alors membre du PS pour lui donner un coup de main. À peine un an plus tard, le secrétaire de ma section démissionne. Je passe quelques épisodes de querelles entre militants pour lui succéder. Bref, je me retrouve secrétaire de section par dérogation. Plus tard, je suis sur la liste PS conduite par Jean Oehler pour les élections municipales de 1983. J’y figure au titre du quota de 25 % de femmes imposé sur les listes municipales par la ministre Yvette Roudy. D’ailleurs, à l’époque, on m’a vite surnommé Miss Quota ! Je fais donc partie des huit élus de l’opposition… Or Norme. Et tout va alors s’enchaîner de façon assez vertigineuse… C’est exactement cela. Trois ans plus tard, je suis élue député lors des élections législatives de 1986, seule élection à la proportionnelle, forme de scrutin voulue et décidée par François Mitterrand. Deux ans plus tard, je deviens secrétaire d’État dans le gouvernement Rocard. Je me présente à l’élection législative de la 2ème circonscription et j’échoue d’un cheveu, à 120 voix près. Arrive alors les derniers mois de 1988, nous sommes à six mois de l’élection municipale et, forte du travail important réalisé depuis les années précédentes, je décide de partir à la municipale, comme on disait à l’époque… Or Norme. Et là va se mettre en place un scénario presque oublié aujourd’hui, beaucoup d’événements se sont produits avant que vous

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Passages | Or Norme #33  

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