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Habiter 2026 | Hors-série Or Norme

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HORS SÉRIE L'HABITAT À STRASBOURG 2026

Habiter

PAYSAGE(S)


Architecture Architecture Architecture etetpaysage etpaysage paysage

Architektur Architektur Architektur und und und Landschaft Landschaft Landschaft

01 01 01 ,25.10 ,25.10 ,25.10 2026 2026 2026

Alsace Alsace Alsace – Baden-Württemberg – Baden-Württemberg – Baden-Württemberg – Basel – Basel – Basel www.m-ea.eu www.m-ea.eu www.m-ea.eu


☛ Édito

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Habitabilité Par Barbara Romero, rédactrice en chef.

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Cette phrase célèbre de Jacques Chirac a 24 ans. Et n’a jamais été autant d’actualité. L’été caniculaire et incendiaire que nous venons de vivre nous a rappelé à quel point nos ressources sont précieuses. À quel point il y a urgence à réagir. Il suffisait de traverser la très minérale place Kléber pour mesurer l’ampleur du phénomène, juste là, sous nos fenêtres. Si, comme moi, vous avez suivi l’actualité avec fébrilité, si vous craignez pour nos aînés et les générations futures, lisez ce neuvième numéro d’Habiter. Ces 96 pages d’initiatives inspirées et inspirantes devraient vous redonner un peu de baume au cœur. Réhabiliter plutôt que détruire. Réemployer plutôt que jeter. Transformer plutôt que remplacer. Considérer le paysage avant le premier geste architectural. Les architectes et designers que nous avons eu la chance de rencontrer ont tous cette conscience chevillée au corps, et cette

volonté d’agir et de réagir. Avec une même ambition : trouver les solutions les plus justes et les plus durables pour préserver ce qui assure « l’habitabilité du monde », pour reprendre les mots de la philosophe Cynthia Fleury et du designer Antoine Fenoglio. Une idée qui résonne tout particulièrement alors que le dérèglement climatique nous oblige à bâtir, produire et consommer autrement. Car cette « habitabilité » ne peut désormais se penser sans « adaptabilité » : celle de nos villes et de nos logements face à des étés toujours plus chauds, sans épuiser davantage nos ressources. Isolation en paille, ventilation naturelle, construction bois, végétalisation des toits, ciels de rue, récupération des eaux de pluie, attention portée au paysage… Une autre manière d’habiter et de bâtir le monde est déjà à l’œuvre. Une manière où cette « éthique du soin » défendue par Cynthia Fleury et Antoine Fenoglio, n’est plus un supplément d’âme, mais le préalable à tout trait de crayon.

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HABITER

2026

Sommaire ☛

Les Carnets ON

Cœurs d’archi

Urbanisme

Les événements des Journées de l’architecture. ↓

Rencontre avec l’agence DRLW.

L’agence VieW architecture à contre-courant.

Dossier

☛

30 x 30 x 30

Cultiver dans la durée

Dossier

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Architecture

L’Interview

La Maison européenne de l’architecture, avec Julie Wilhelm et Nathalie Charvet.

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Un véritable ovni architectural.

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« NOVA ère » pour Nextmed Un projet un peu fou !

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Reiulf Ramstad

La Serre de Bary

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Sous réserve de paysage. ↓

Espaces Paysagers, les jardins qui sauront durer demain.

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Avant/Après, saison 3

Des architectes inspirés.

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Une nouvelle vie.

Or Norme – Hors série Habiter 2026 est une publication éditée par Ornormedias 1 rue du Temple Neuf – 67000 Strasbourg. Dépôt légal : à parution – N°ISSN : 2272-9461 contact@ornorme.fr – www.ornorme.fr Suivez-nous sur les réseaux sociaux. Facebook, Instagram, Twitter & Linkedin Couverture Photographie par Pierre Frigeni Insta : @_isogram_ Directeur de la publication et de la rédaction Patrick Adler (patrick@adler.fr) Directrice Projet Lisa Haller

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L’architecture du bon sens

☛

Rédactrice en chef Barbara Romero (b.r.) Rédaction (redaction@ornorme.fr) Salomé Dollinger (s.d.) – Jenna Abidi (J.A.) Thibaut Hofer (t.h.) – Olivier Métral (o.m.) Photographie Alban Hefti Abdesslam Mirdass – Laetitia Piccarreta Direction artistique et mise en page Cercle Studio (cerclestudio.com) Impression Imprimé en CE Publicité Régis Pietronave (publicité@ornorme.fr)

Lyautey fait école.

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Go pour Émergence.

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HABITER

2026

☛

Immobilier Décryptage

Une façade, une histoire

Une reprise timide.

Explorer l’histoire des bâtiments de Strasbourg.

Le groupe Seltz fête ses 100 ans

GCC s’installe en Alsace

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Une success story à l’alsacienne.

EcoCocon se lance dans la région

Un tout premier chantier en Alsace.

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Développer l’activité du groupe dans le Grand Est.

☛

Portfolio

Pierre Frigeni ↓

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☛

Mutations et design

Le design strasbourgeois

« Retrouver l’expérience strasbourgeoise »

Contre vents et marées... ↓

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La revanche du geste

Redynamiser le centre-ville.

Augmentés, pas remplacés L’IA s’invite dans l’architecture.

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Nouvelles destinations

La renaissance du Clos Saint-Vincent et de l’Hôtel du Parc.

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À Strasbourg, les cafés céramiques fleurissent.

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Adresses

Les adresses des lieux cités.

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Les Carnets Or Norme

☛ Les Carnets

Textes par Thibaut Hofer

ARCHIFOTO Depuis 2010, le concours international Archifoto – European Awards of Architectural Photography récompense les professionnels et amateurs qui, à travers leur objectif, distillent leur sensibilité au monde dans la cornue de l’architecture. À l’invitation conjointe de la Maison européenne de l’architecture – Rhin Supérieur et de La Chambre, espace d’exposition photographique strasbourgeois, les participants peuvent soumettre leurs œuvres en lien avec le thème des Journées de l’architecture : Architecture et paysage. À l’issue de la compétition autour de ce sujet aussi pragmatique qu’idéal, cinq lauréats verront leurs séries produites et exposées à La Chambre, pour le lancement de saison, et cinq photos extraites des séries seront par ailleurs affichées sur les murs du Parking Centre historique Petite France. Ne manquez pas la visite ludique ou le workshop parent-enfant ! t.h. → Vernissage : vendredi 25/09 à 18h Exposition du 29/09 au 31/10 La Chambre. 4 place d’Austerlitz, Strasbourg

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POUR DE NOUVELLES RURALITÉS – PRATIQUES COLLABORATIVES EN MILIEU RURAL

(c) Pour de nouvelles ruralités

Exposition Spotlight Storie, Dias Tras Dias, Cholula, Mexique 2024 (c) Thibault Belouis

Exposition

Le réseau des six Parcs Naturels Régionaux de la Région Grand Est a lancé, en 2021, un programme de résidences triennales donnant l’opportunité à de jeunes agences d’architecture et du paysage de se familiariser avec les enjeux liés à la ruralité. Cette exposition met en lumière les projets réalisés à cette occasion, co-construits avec les habitants. t.h. → Vernissage — 6/10 à — 18h Exposition du 6/10 au 14/10 ENSA Strasbourg 6-8 boulevard du Président-Wilson, Strasbourg


☛ Les Carnets

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Les Journées de l’architecture vous donnent rendez-vous du 1er au 25 octobre autour de la thématique Architecture et paysage. La sélection Or Norme à ne pas manquer !

Marquée par une conscience aiguë du territoire et un vif intérêt pour la rencontre, l’approche sincère et rigoureuse de Reiulf Ramstad a donné naissance à de remarquables projets à l’élégance humble, que leur singulière silhouette ancre avec subtilité dans leur environnement. Le 9 octobre prochain, au Maillon de Strasbourg, l’architecte norvégien reviendra sur un parcours débuté en 1995, fuselé par les analyses de contextes et étayé par une indéfectible sensibilité pour le lieu, qu’il soit agora ou paysage. Deux de ses réalisations notables s’admirent en Alsace : Portes Bonheur, le chemin des carrières, reconversion d’une ancienne voie ferrée en promenade paysagère entre Rosheim et Saint-Nabor ; et 48° Nord Landscape Høtel, complexe hôtelier composé de cabanes contemporaines à Breitenbach. Toutes deux révèlent la brillante observation in situ qui caractérise l’ensemble des projets de l’agence. t.h.

Chasse aux paysages Le collectif der.die.das, à l’initiative de plusieurs bureaux d’architecture, invite les enthousiastes de la chasse aux trésors à stimuler leur sens de l’orientation et à combler leur appétit pour l’architecture. Suivez les indices pour dénicher le totem vert, et composez votre paysage avec les différents tampons qu’il dissimule tout au long de son itinérance !

→ Du 1er au 25 octobre Présentation conviviale — 1/10 — 18h 21 boulevard de Nancy, Strasbourg

(c) DR

(c) Reiulf Ramstad Arkitekter

Reiulf Ramstad

Exposition

(c) der.die.das

Parcours urbain

Conférence + Temps fort

Architectures en Transition — Cities Connection Project

CCP provoque des liaisons architecturales à travers toute l’Europe. Pour cette édition, le projet a invité Barcelone, la Région Wallonie-Bruxelles, et le territoire Luxembourg– Grand-Est à soumettre 20 réalisations contemporaines autour du thème Architectures en transition. L’exposition itinérante se conclura à l’INSA de Strasbourg, du 1er au 16 octobre, avec table ronde lors de l’inauguration. → Vernissage : Jeudi 1/10 — 18h Exposition du 1/10 au 16/10 INSA de Strasbourg. 24 boulevard de la Victoire, Strasbourg

→ Vendredi 9/10 — 18h30 — Le Maillon 1 boulevard de Dresde, Strasbourg

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☛ Les Carnets

Programmation Off

Atelier famille

Atelier de concertation, Plan Paysage (c) Omnibus

(c) Hélène Thiennot

CYANOTYPE : PAYSAGES ARCHITECTURAUX IMAGINAIRES

☛ Sur les traces d’Anna Atkins, autrice du premier recueil botanique en cyanotypes, l’artiste Hélène Thiennot emmène le public dans une balade architecturale et paysagère arrangée en formes naturelles et géométriques. Utilisant un procédé photographique sans appareil imaginé au XIXe siècle, cet atelier entre lumière et bleu de Prusse, révélera les formes tout autant que les talents ! t.h. → Samedi 17/10 – 11h + 14h – 5e Lieu 5 place du Château, Strasbourg

Les rendez-vous de la Fédération Française du Paysage (FFP)

→ Infos et lieux de rendez-vous sur m-ea.fr

Atelier photo

(c) CEA – Visit Alsace

S’enraciner dans le paysage

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Accompagnez l’association La Pierre Large et documentez par la photo une décennie d’intégration du Making Hof, projet d’habitat groupé en auto-promotion de l’agence LAMA. t.h. → Samedi 10.10 — 10h Le Making Hof 15 rue des Ducs, Strasbourg

Cinéma

... ET PIERRE JEANNERET

(c) Image de ville

Repenser l’habitat, c’est aussi y intégrer le paysage comme liant entre nos repères et témoin de notre capacité à coexister avec notre environnement. À travers une conférence itinérante menée par Anne-Cécile Jacquot et une kyrielle de manifestations, la Fédération Française du Paysage propose de revitaliser notre connexion au territoire, et de retendre les liens entre l’architecture et le vivant. Retournons d’abord à l’école, récemment replacée au centre des débats comme une priorité face aux bouleversements climatiques : quel rôle peut-on confier à la célèbre cour, pour accompagner l’indispensable adaptation de nos collectivités ? Puis attendons la pluie, dont on redécouvre le potentiel de s’intégrer à l’infrastructure publique. t.h.

☛ C’est à l’humble et tenace Pierre Jeanneret, cousin du retentissant Le Corbusier et collaborateur des immanquables frères Perret, que l’on doit notamment le parachèvement du projet urbain de Chandigarh, abandonné par son illustre initiateur. Il fallait la finesse de Christian Barani, documentariste poète, pour arpenter les rues de la ville indienne, et y trouver cet hommage pudique et sensible. t.h. → Lundi 19/10 – 18h – BNU 6 place de la République, Strasbourg


☛ Les Carnets

Expositions + Visites

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Parcours vélo

(c) Escapadeur

Perspective des entrées, 18 rue du 22 novembre (c) drlw Architectes

AU CAMPING PARADIS À VÉL’EAU

☛ En quelques coups de pédale entre Montagne Verte et Elsau, découvrez le paysage en transition traversé par l’Ill avant qu’elle n’atteigne les abords strasbourgeois. t.h. → Dimanche 4.10 + 11.10 + 18.10 – 10h Rowing Club (Parc du Heyritz) 9 allée Colette-Besson, Strasbourg

Atelier famille

Gorgée d’histoire et impliquée dans les enjeux actuels et à venir, Strasbourg tire sa vigueur des flux qui n’ont jamais cessé de la façonner : démographiques, culturels, politiques... Des circulations qui se traversent, s’habitent, se nourrissent mutuellement, et dessinent un paysage aux liaisons parfois ténues, mais continuellement fortifiées. Comment enrichir ce patrimoine architectural et culturel de projets aptes à relever les défis d’un monde en transition ? La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg proposent d’en découvrir un florilège, de réhabilitations en adaptations, entre visites, expositions et conférence, pour mieux comprendre la dynamique d’inclusivité et les réflexions environnementales entreprises par l’agglomération. t.h. → Programme détaillé sur m-ea.fr

UNE MAISON DANS MON JARDIN UN JARDIN DANS MA MAISON

(c) Musées de la ville de Strasbourg. Stéphane Lentz

PROGRAMME DE LA VILLE ET L’EUROMÉTROPOLE DE STRASBOURG

☛ Visite max au MAMCS, qui ouvre ses portes aux familles et révèle les secrets de son bâtiment et de quelques œuvres captivantes, avant de conclure par un atelier archi. t.h. → Mercredi 21.10 – 14h30 Musée d’art moderne et contemporain 1 place Hans-Jean-Arp, Strasbourg

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ARCHI


TEC TURE


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Julie Wilhelm, la nouvelle présidente de la Maison européenne de l’architecture – Rhin supérieur, et Nathalie Charvet, sa directrice.


☛ L’interview

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JULIE WILHELM ET NATHALIE CHARVET

Depuis 26 ans déjà, la Maison européenne de l’architecture – Rhin supérieur nous convie à porter un autre regard sur le bâti, toujours avec pédagogie, convivialité et curiosité. Cette nouvelle édition du 1er au 25 octobre, centrée sur l’architecture et le paysage, s’annonce particulièrement dense avec 181 événements organisés. Décryptage des enjeux actuels par sa nouvelle présidente, Julie Wilhelm, et sa directrice, Nathalie Charvet. Rédaction : Barbara Romero Photographie : Laetitia Piccarreta

Chaque année, la Maison européenne de l’architecture – Rhin supérieur définit un thème lié à l’air du temps pour ses Journées de l’architecture. Pourquoi le choix du paysage ? Julie Wilhelm : Nous ne l’avions jamais abordé alors que le paysage est indissociable de l’architecture. Ce sont deux disciplines sœurs, qui façonnent ensemble notre cadre de vie et créent le dialogue entre l’intérieur et l’extérieur. Le paysage, comme l’architecture, c’est l’expression de notre culture. La vraie question est donc celle de notre rapport au vivant : voulons-nous considérer le paysage comme un décor ou imaginer des espaces plus équilibrés, capables de mieux répondre aux défis écologiques et climatiques ? Nous nous trouvons justement fin juin, en pleine canicule sur tout le territoire, avec un intense débat sur la climatisation. Quel rôle peuvent jouer les architectes pour empêcher que la Terre ne brûle ? J.W. : Les architectes travaillent depuis longtemps sur des bâtiments plus sobres, la végétalisation, l’infiltration des eaux pluviales ou encore la réhabilitation de l’existant. Mais lorsque les canicules deviennent aussi longues et que les nuits ne rafraîchissent plus, aucun bâtiment ne peut tout résoudre. La climatisation peut parfois être nécessaire, mais elle doit rester mesurée : en rejetant la chaleur à l’extérieur, elle contribue elle-même à la surchauffe.

C’est là que l’on rejoint la notion de paysage avec l’importance de la végétalisation des centres urbains remis sur la table. J.W. : L’enjeu réside en effet dans la lutte contre les causes du réchauffement climatique lui-même. Donner plus de place à la nature en ville est une approche bien plus pertinente, car toutes nos surfaces minéralisées, lorsqu’elles sont chauffées par le soleil, restituent cette chaleur. Augmenter la végétalisation des espaces urbains demeure la solution la plus efficace et durable. Nathalie Charvet : Le travail de la MEA pour les Journées de l’architecture prend ici tout son sens. Notre engagement est primordial pour sensibiliser le public, mais aussi les professionnels et les collectivités sur ces enjeux-là en mettant en lumière les différentes approches. Comment l’on peut, par le travail sur l’architecture, le paysage, mais aussi l’urbanisme, réguler tout ça et apporter des réponses concrètes aux enjeux climatiques. Les Journées de l’architecture cherchent-elles aussi à changer notre façon de regarder la ville ? N.C. : En effet. Par exemple, en parallèle de notre concours OSCAR dans les écoles, nous avons élaboré le projet « Un voyage créatif au cœur de l’Europe » auprès de classes françaises, allemandes et suisses et en créant des groupes mixtes de ces nationalités. Le quartier européen aujourd’hui manque d’espaces

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☛ L’interview de rencontres et ces jeunes de 15-17 ans ont imaginé un lieu dédié à la mémoire, une promenade le long de l’Ill, un lieu de rendez-vous... Les réalisations témoignent d’une réflexion approfondie sur le rôle de l’architecture dans la construction du vivreensemble européen. Leur travail est assez bluffant ! J.W. : Cela va aussi dans le sens de notre volonté avec Nathalie et le nouveau bureau de renforcer la coopération et le travail transfrontalier. Nous sommes aussi ravis de constater que le public des JA rajeunit, avec toujours plus de jeunes, d’étudiants. C’est important pour nous, car ils représentent l’avenir. Nous avons besoin de leur créativité pour relever tous ces défis ! N.C. : Nous avons démarré une nouvelle ère, avec une nouvelle présidente, un bureau renouvelé au tiers, une autre dynamique. Le renouveau fait toujours du bien ! Notre équipe de salariés apporte aussi un autre regard : nous ne sommes pas architectes, nous

représentons en quelque sorte le grand public. Cela permet d’ouvrir le dialogue avec les architectes sur les attentes que peuvent avoir les festivaliers. Les JA cette année, ce sont 181 événements différents, un record ! Comment convaincre ceux qui n’y ont jamais assisté ? N.C. : Les événements sont pour la plupart très accessibles, il y en a pour tous les goûts. Des visites de chantier, comme celui du quartier autour de l’hôpital Lyautey, aux balades à vélo, en passant par l’expo Archifoto à la Chambre de cinq photographes européens sélectionnés parmi 170 candidatures ! Ce sont aussi des moments très conviviaux. Nous souhaitons favoriser les échanges et les rencontres entre les nouveaux et les habitués. J.W. : Ces journées permettent de s’ouvrir l’esprit, d’aiguiser son regard sur tout ce qui nous entoure et fait notre quotidien, dans une ambiance très conviviale. ←

« CES JOURNÉES MONTRENT COMMENT L’ON PEUT, PAR UN TRAVAIL SUR L’ARCHITECTURE, L’URBANISME OU LE PAYSAGE, APPORTER DES RÉPONSES CONCRÈTES AUX DÉFIS CLIMATIQUES. » Nathalie Charvet, directrice.

← Julie Wilhelm et Nathalie Charvet.

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☛ Architecture

Reiulf Ramstad : Sous réserve de paysage Surplombant une carrière enrichie par la continuelle recherche de syncrétismes entre pratiques et entre environnements, l’architecte norvégien Reiulf Ramstad pose sur sa discipline un regard éclairé par son expérience sans cesse renouvelée. Avant sa conférence le 9 octobre au Maillon dans le cadre des Journées de l’architecture, il expose pour Or Norme les origines et les facettes de sa sensibilité lucide pour le paysage.

→ L’architecte norvégien Reiulf Ramstad.

(c) DR

Rédaction : Thibaut Hofer

Diplômé en 1995 après un itinéraire universitaire italien entre Gênes et Venise, Reiulf Ramstad fonde dans la foulée Reiulf Ramstad Arkitekter AS, qui multiplie les projets comme les lauréats de concours. Rapidement, l’approche de l’agence se démarque par son aptitude à intégrer dans son milieu, non seulement une structure, mais aussi sa temporalité et sa substance : une écologie matérielle et culturelle. Une méthodologie de la promenade. Tout commence par la première foulée, qui règle le pas des allers-retours à venir. « Le travail démarre par plusieurs visites, à différentes heures, dans différentes conditions météo, et un grand nombre de mauvaises photos. Puis vient quelque chose de plus rigoureux », révèle Reiulf Ramstad. Bien avant le bâtiment, le terrain accueille les premières coupes qui révèlent le flot de l’eau, le moment où la roche cède la place à la terre meuble, et même « quelle pente retient la neige jusqu’en juin. » Aussi trompeusement fluide que cela puisse

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(c) Reiulf Ramstad Arkitekter

☛ Architecture

« C’est le lieu qui fixe le calendrier, et l’agence s’adapte. Ce qui est l’ordre correct des choses, et l’inverse de la façon dont la plupart des projets sont menés. » se lire, le bâtiment n’est plus que la conséquence de cette étude minutieuse du site, dont une particularité – « une paroi rocheuse, une frondaison, une vue n’apparaissant que sous un angle étroit » – est préservée pour y adosser ce qui est « négociable ». C’est cette épargne du paysage qui donne aux projets de Reiulf Ramstad Arkitekter ce sentiment de continuité, aux humbles transitions, que l’humain finit aussi par façonner à sa manière lorsque « le premier visiteur marque l’arrêt là où vous prévoyez qu’il le fasse. Un trajet décide de l’endroit où une personne tourne la tête, et à cet instant, le projet en est modifié. » Le paysage pour tuteur. Le paysage s’est progressivement invité en tant que protagoniste à part entière dans les topos de l’architecte. Son projet le plus déterminant à cet égard reste néanmoins le parcours touristique de Selvika, dans le comté de Finnmark. Cette promenade littorale en béton, sinueuse et venteuse, apaise et rythme le trajet. Elle permet au visiteur d’imprimer, pas à pas, le caractère du site. Dépassant la modestie du résultat, les leçons retenues sont prodigues, l’amenant de plus en plus à s’extraire du studio, entre autres car

↑ Parcours touristique de Selvika, dans le comté de Finnmark, Norvège.

« un dessin n’inclut pas la météo. » Pas plus d’ailleurs qu’il n’inclut le temps, puisque la patience est la seconde des leçons dispensées par le contexte : « Aussi loin au nord, la saison de coulage du béton se compte en semaines. On ne peut rien précipiter, on ne peut que s’organiser en fonction, souligne-t-il. C’est le lieu qui fixe le calendrier, et l’agence s’adapte. Ce qui est l’ordre correct des choses, et l’inverse de la façon dont la plupart des projets sont menés. » Dialectique alsacienne. Cette patience, il l’a encore restituée dans une autre balade, le Chemin des carrières entre Rosheim et Saint-Nabor, reliquat du passé sidérurgique de la région réhabilité en voie verte. « Ici, le problème était le rythme : ce qui se passe tous les quelques centaines de mètres, quand l’attention du promeneur a besoin d’être ravivée, et quand ne rien construire du tout sur une longue portion. Nous l’avons divisé en cinq chapitres, de Rosheim à Saint-Nabor en passant par Boersch, Leonardsau et Ottrott, chacun avec sa propre histoire et son propre fragment d’acier corten. La séquence n’existe que dans les jambes de celui qui la parcourt. »

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☛ Architecture

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(c) Diephotodesigner.de (c) Diephotodesigner

Une architecture de l’empathie. À travers cette approche contextuelle consciente, Reiulf Ramstad convoque une patiente attention et une flexibilité mesurée, offrant à sa profession les marqueurs de pratiques vertueuses dans un monde aux transitions abruptes. « On doit cesser de traiter le paysage comme un arrière-plan stable. En Norvège, le changement survient par l’eau. Plus de pluie, qui tombe plus durement et à la mauvaise saison [...]. Tout architecte travaillant sur le terrain doit désormais commencer par l’hydrologie. » Pour lui, l’architecte doit agir avec réserve et pédagogie, « réparer plutôt que remplacer », un mantra souvent balayé d’un revers de pelle par des pairs moins scrupuleux. Et poussant sa démonstration à l’extrême : « Si l’honnête conclusion est qu’un site donné doit rester non construit, c’est une réponse professionnelle légitime, et on devrait avoir envie de la soumettre. » Après la première foulée, tout est finalement question de doser son élan. ←

(c) 11h45

Au creux de la même vallée, l’hôtel 48° Nord à Breitenbach est une ode étale à la contemplation. « L’hôtel est fractionné en petits pavillons disséminés sur un coteau en activité, entre potager, verger et pâturage, de sorte que l’hôte vit au cœur de l’agriculture au lieu de la contempler à travers la vitre d’un vestibule. » La question est intrinsèque à la quiétude du lieu : quelles distances permettent de respecter la plénitude des pensionnaires, sans créer l’isolement ? « Tout a été ajusté à l’échelle d’un corps au repos. La référence norvégienne était présente dès la première lettre du client, et j’ai été ravi de pouvoir apporter la tradition hytte en Alsace sans la limiter à un accoutrement. » Avec finesse, il assemble les projets dans une dialectique qui prend sens dans un paysage marqué par son relief vallonné et son exploitation diversifiée : « Un projet rassemble les gens à des points. L’autre les libère le long d’une ligne. Le premier se mesure en soirées et le second en kilomètres. Même calcaire, même lumière sur les Vosges, deux expressions entièrement différentes. » Peaufinant à chaque projet sa sensibilité pour le territoire, il identifie avec poésie les singularités géographiques et sociales qui enrichissent ses commandes. « En Norvège, on travaille souvent sur des terrains où l’empreinte humaine est mince et où la géologie domine, et on rend surtout des comptes à la roche et à la météo, souligne-t-il. En Alsace, on rend des comptes à des générations de personnes qui ont déjà résolu le problème à leur façon. Il faut prouver que vous avez compris leur solution avant que quiconque n’écoute la vôtre. »

↑ En haut : L’hôtel 48° Nord à Breitenbach, Vosges.

↑ Au milieu : Le RRA Trollstigen fjellstue (ou Trollstigen Visitor Centre), Norvège.

↑ En bas : Kornets Hus (ou House of Grain), Danemark.


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☛ Architecture

Cœurs d’archi

Elle fait partie des agences d’architecture majeures du Grand Est, sans oublier de faire preuve de générosité. Depuis sa création en 1979, DRLW consacre 1 % de son chiffre d’affaires à des actions en faveur de la jeunesse, de la culture et des publics défavorisés. Rédaction : Barbara Romero Photographie : Laetitia Piccaretta

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← Damien Cordier, architecte associé-gérant de l’agence DRLW et Golnaz Ghadamian, architecte associée.

Nous connaissons les architectes pour leur quotidien trépidant et leur capacité à repenser les espaces, restructurer, réhabiliter, adapter, anticiper. Moins pour leur casquette de mécènes. Une politique qui ne répond ni à un effet de mode, ni à une stratégie de communication chez DRLW. « Le mécénat fait partie de l’ADN de l’agence depuis ses débuts. Il repose sur une philosophie de partage des richesses et de transmission », résume Damien Cordier, architecte associé-gérant de l’agence DRLW. « Les projets naissent au fil des rencontres, poursuit Golnaz Ghadamian, architecte associée. Nous privilégions les initiatives qui ont un véritable impact sur la jeunesse ou les personnes les plus fragiles. Ce qui nous touche avant tout, c’est la sincérité de la démarche et la qualité du projet. » Construire du lien. C’est ainsi qu’ils ont décidé d’accompagner la Filature lors de leur fête de Noël avec leurs 75 collaborateurs des agences de Strasbourg et Mulhouse quand l’institution leur a expliqué être en manque de moyens pour poursuivre sa politique culturelle à l’attention des jeunes de quartiers défavorisés. « C’est une vraie fierté de pouvoir aider ce type de structure à permettre à des gamins de voir une pièce de théâtre, un concert, souligne Golnaz Ghadamian. On sent que c’est sérieux et qu’ils font les choses bien. » Damien Cordier regrette vivement les coupes budgétaires étatiques ou régionales vers les associations ou clubs de sport. « La Filature nous a expliqué avoir une baisse de subventions ce

qui l’empêchait de continuer à proposer des tarifs privilégiés pour ces publics plus éloignés. Nous considérons au contraire que les enfants sont notre avenir, qu’ils doivent pouvoir pratiquer du sport dans de bonnes conditions, avoir accès à la culture. Donner 20 000 euros à un club ou à une association nous en fait gagner zéro. Mais pour eux, c’est incroyable ! » DRLW a aussi soutenu le club de Cécifoot de Schiltigheim pour l’organisation du tournoi international. « Nous avons pu assister à des matches avec nos collaborateurs et nos enfants, c’est aussi une manière de leur montrer que l’on peut pratiquer un sport autrement et qu’il ne faut jamais baisser les bras dans l’adversité, rappelle Golnaz Ghadamian. Cela créé aussi du lien en interne. » Leur rencontre avec Malek A. Boukerchi, président de l’association Les 42, sera aussi déterminante : « Il accompagne des jeunes en réinsertion ou en situation de vulnérabilité pour les aider à se dépasser. Il inculque le dépassement de soi, il écoute, il aide. Cela nous parle forcément. Et au bout ils sont allés faire le marathon de New York ! » L’agence soutient aussi des clubs de basket, de hand, de foot, qui portent leur logo. Elle se montre aussi discrète quand elle soutient des associations qui agissent pour les enfants malades dans une forme de pudeur, « il faut savoir rester humble », lâche Damien Cordier qui, avec ses associés, tient aussi à aider les autres et à faire du bien-être au travail de leurs collaborateurs une priorité... Une autre manière de construire, loin des plans et des chantiers. ←

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☛ Architecture

(c) drlw Architectes

↓ Vue du chantier du cinéma Star Saint-Exupéry.

Le Star Saint Ex, à l’automne 2027 24

Le chantier de réhabilitation du cinéma Star Saint Exupéry reste dans les temps impartis malgré de nombreux aléas. « Nous avons découvert de l’amiante en quantité supérieure aux prévisions lors du curage post-fermeture du cinéma, mais aussi des fragilités structurelles inattendues nécessitant des reprises de structure plus importantes que prévu, détaille Damien Cordier. Les réseaux enterrés étaient par ailleurs complètement dégradés. » À cela s’ajoute « la conservation de deux escaliers patrimoniaux en contexte de réhabilitation lourde et un chantier en plein centre-ville », poursuit Golnaz Ghadamian. Les associés tiennent à saluer le travail de l’ingénieur des travaux Baptiste Fickinger qui ne perd jamais son sang-froid même dans un contexte difficile. Livraison prévue à l’automne 2027 comme prévu.


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(c) ailleurs.studio

↓ La nouvelle extension de l’EuroAirport imaginée par DRLW.

Permis de construire pour l’EuroAirport

DRLW s’est fait un nom en 1995 en remportant la construction de l’EuroAirport de Bâle-Mulhouse. Trente ans plus tard, l’agence a décroché le concours pour la nouvelle extension de l’aéroport. « La phase d’avant-projet a été validée, le permis de construire est en cours de préparation, le budget tenu et le projet stable », résume Damien Cordier. Il s’agit une nouvelle fois d’un projet d’envergure à 100 millions d’euros de travaux pour réaliser cette extensionréhabilitation de 30 000 m2 sur site occupé. L’agence a investi dans l’outil collaboratif instantané Revit qui permet « de travailler en temps réel sur le même modèle quel que soit la localisation. C’est un investissement conséquent, mais cela constitue une compétence différenciante pour l’agence sur les grands projets. » Les travaux préparatoires devraient démarrer au premier semestre 2027.

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30 x 30 x 30 Sur l’avenue du Rhin, une silhouette singulière attire déjà tous les regards. Ce cube ultracompact de 30 × 30 × 30 mètres, presque entièrement construit en bois, réinvente l’immobilier tertiaire. Rédaction : Barbara Romero Photographie : Alban Hefti

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C’est un véritable ovni architectural qui se dessine sur l’avenue du Rhin. Imaginé par Lazard Group avec les cabinets d’architecture LDA, à Strasbourg, et Baumschlager Eberlé, en Autriche, en collaboration avec le charpentier Mathis de Muttersholtz, ce cube de bois inédit dans le paysage strasbourgeois devrait être livré début 2027. Un projet à 12,5 millions d’euros qui est aussi le fruit d’une collaboration peu commune entre promoteur, architecte et constructeur bois. « C’était la première fois que nous participions à un concours avec une entreprise de construction, raconte Lionel Debs, architecte associé de l’agence LDA. C’est la matérialité du bois qui a guidé le dessin. » Le parti-pris architectural : une construction ultra-compacte de 5000 m2


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de bureaux, sans façade principale ni arrière, conférant ainsi à l’ouvrage un volume cubique. Cette géométrie libère de l’espace au sol pour les habitants de ce quartier particulièrement dense. Mais avant de devenir réalité, le Cube a connu plusieurs rebondissements. Le bois aux multiples atouts Lauréat du concours lancé par la Ville de Strasbourg en 2018 – qui exigeait pour la première fois un bâtiment tertiaire en structure bois – le projet a ensuite dû composer avec la crise sanitaire, le changement de municipalité, les délais administratifs et un recours des riverains. « Nous avons organisé des réunions de concertation avec eux et la Ville, et nous sommes finalement tombés d’accord sur la création d’un terrain multisports. Ensuite, il a fallu faire face à la hausse du prix des matériaux et revoir le projet afin de respecter le budget initial », rembobine Ayla Coratekin, directrice projet pour Lazard Group. Au printemps 2025 a pu démarrer le chantier du bâtiment haut de sept étages et qui devrait s’achever en un temps record. « Avec le

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☛ Architecture bois, tout se joue en atelier. Les éléments sont préparés à l’avance, puis assemblés sur place comme un immense jeu de construction, précise François Klughertz, ingénieur de la société Mathis. Nos équipes travaillent à l’abri, dans de bonnes conditions, et les machines à commande numérique nous permettent d’atteindre une précision au millimètre. On construit plus vite, avec une meilleure qualité d’exécution, tout en limitant les nuisances sur le chantier. » Une identité marquée. Une construction plus rapide, mais aussi plus vertueuse. « Il y a une donnée très simple : un mètre cube de bois mis en œuvre stocke environ une tonne de CO₂, ajoute-t-il. C’est aujourd’hui l’un des matériaux de construction les plus vertueux sur le plan climatique, et cet argument pèsera de plus en plus dans les projets de demain. Mais, au moment du concours, ce n’est pas le seul élément qui a fait la différence puisqu’on

avait tous le même cahier des charges : c’est sa force architecturale et son identité qui ont aussi convaincu. » Comme le détaille Caroline Ziajka, architecte associée : « On peut voir le bâtiment comme trois enveloppes successives. Au centre, un noyau en béton concentre toute la partie technique et les circulations. Il est entouré d’une structure tout en bois qui accueille les bureaux, elle-même enveloppée par un exosquelette métallique. Celui-ci crée des coursives sur tout le pourtour du bâtiment pour permettre de profiter de l’extérieur tout en faisant office de brise-soleil. ». « Aucun élément n’est habillé, les baies vitrées s’étendent du sol à la poutre », ajoute Lionel Debs. Autre originalité de cette structure identitaire qui dialogue avec l’espace urbain, le Cube accueillera un restaurant de 200 m2 et un amphithéâtre ouvert autant aux entreprises qui choisiront de s’y installer, qu'aux associations du quartier. ←

De gauche à droite : François Klughertz, Caroline Ziajka, Lionel Debs, Ayla Coratekin, Christophe Sauvageot

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☛ Architecture

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Les travaux du Cube entrent dans leur phase finale.

« C’est la matérialité du bois qui a guidé le dessin. » Lionel Debs, architecte

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« NOVA ère » pour Nextmed À deux pas de la cathédrale, Nextmed prend une nouvelle dimension. Quinze ans après son ambitieux lancement, le pôle d’innovation médicale inaugure NOVA, premier bâtiment d’un ensemble de 20 000 m² destiné à accélérer le développement des technologies de santé de demain. (c) Bartosch Salmanski

Rédaction : Barbara Romero

En 2008, Strasbourg fait un pari audacieux : créer un pôle d’innovation en santé d’envergure européenne. « Nous avons commencé ce projet sans les moyens publics d’investir puisque l’État nous avait amputé de 30 millions d’euros après l’acquisition des terrains en 2018 », se souvient Catherine Trautmann, alors vice-présidente de l’Eurométropole en charge du développement économique. En inaugurant le bâtiment NOVA de 3000 m2, la collectivité montre qu’elle s’est donnée les moyens de ses ambitions, grâce à « une stratégie collective portée par l’EMS et soutenue par la Région, le Département à l’époque, et les Hôpitaux universitaires de Strasbourg », poursuit la maire de Strasbourg.

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Un projet un peu fou ! Le campus Nextmed s’est construit progressivement au cœur d’un écosystème où se côtoient soins, recherche et innovation. En 2008, avec l’ouverture du Nouvel hôpital civil, en 2012 avec la création du pH8, première pépinière d’entreprises innovantes dans l’ancienne faculté de médecine qui marque cette ambition de rapprocher les entrepreneurs des médecins et chercheurs. En 2014, l’EMS décide de passer à la vitesse supérieure avec l’acquisition d’emprises foncières. En 2018, elle désigne la SERS comme concessionnaire de ce projet un peu fou. « C’est une concession inédite 3 en 1 : aménager, construire et exploiter en trouvant des


La complexité de la commercialisation dans la medtech. NOVA, ce sont donc 3 000 m2 nouveaux qui ont déjà trouvé preneurs. Le cabinet d’architecture D&A a imaginé un bâtiment qui s’intègre parfaitement dans le site, et avec eXplora et la Pagode. Les bardages incrustés de grès des Vosges font le lien dans ce bâtiment en L où une attention particulière a été faite aux usages avec des plateaux « ouverts, lisibles, des fenêtres ouvrantes, des balcons filants et un contrôle de l’ensoleillement », détaillent les architectes Sébastien Sera et Sébastien Le Men. Une magnifique terrasse partagée avec vue cathédrale apporte le côté Waouh ! au site. Catherine Trautmann n’a pas manqué de saluer le travail et l’expertise des architectes « qui ont construit un bâtiment en blanc sans en connaître les usages. » Car la difficulté dans la medtech, c’est la commercialisation des bâtiments : « Les jeunes pousses ne peuvent se projeter à deux-trois ans avant la réalisation du bâtiment », souligne Éric Hartweg. Le groupe Patriarche, spécialiste français des campus d’innovation, de santé et des projets immobiliers complexes, a déposé les permis pour deux nouveaux lots sur 17 000 m2 à horizon 2035 avec cette donnée complexe à l’esprit. « S’ils n’arrivent pas à commercialiser, nous leur rachèterons le permis », assure Éric Hartweg, sachant que six mois avant la commercialisation de NOVA, le bâtiment avait trouvé ses locataires. ←

↑ Le bardage en grès des Vosges comme lien architectural. ↓ Une vue cathédrale premium !

(c) Bartosch Salmanski

locataires en innovation santé et numérique, rappelle Éric Hartweg, directeur de la SERS. Beaucoup d’opérateurs ont hésité, et nous nous sommes finalement retrouvés seuls à porter le projet. La situation n’était pas confortable, mais Strasbourg le valait bien ! » Depuis, le campus Nextmed s’est structuré, avec en premier lieu l’ouverture d’eXplora dédié à l’innovation médicale, et la réhabilitation de la Pagode, ancien pavillon Blum construit en 1921 au tout début de l’insuline où siège la Fondation Université et Hôpitaux universitaires de Strasbourg. « Nous avons créé NOVA car nous ne pouvions pas loger tout le monde dans les bâtiments existants, précise le directeur. C’est une réussite collective qui caractérise Strasbourg, terre de collaboration entre l’université, les hôpitaux, les collectivités locales et les opérateurs. Nous devons aussi saluer le rôle de Nicolas Pellerin, directeur de Nextmed, qui nous a convaincus et a convaincu les entreprises de venir. » À cette coopération s’ajoute au capital la Banque des Territoires pour assurer le développement du campus.

(c) Bartosch Salmanski

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« La situation n’était pas confortable, mais Strasbourg le valait bien ! » Éric Hartweg, directeur de la SERS

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Une nouvelle vie pour la serre de Bary Le financement n’est pas encore totalement bouclé, mais le chantier peut désormais se concrétiser. « Les architectes des Monuments historiques viennent d’autoriser le recours aux dons en nature, par exemple par la mise à disposition de matériel ou de main-d’œuvre. Cela va nous permettre d’engager la réhabilitation de la serre de Bary », se réjouit Thomas Heckel, directeur de la Fondation Université et Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Depuis le lancement de sa campagne de mécénat en 2012, la Fondation a déjà convaincu près de 300 donateurs. « Nous avons collecté 500 000 euros et sécurisé un million d’euros avec l’Université. Il nous manque encore 2,4 millions d’euros, mais grâce à ce nouveau levier, nous espérons lancer les travaux à l’automne 2027 », poursuit-il. Cette mobilisation montre l’attachement des Strasbourgeois à ce monument unique en France, anciennement dédié à la culture du nénuphar géant d’Amazonie. Construite en 1884, elle est la seule serre Victoria (Victoriahaus) du XIXe siècle conservée dans le pays.

Joyau du Jardin botanique depuis 1880, la serre de Bary s’apprête enfin à renaître. Classée au titre des monuments historiques, cette remarquable serre va pouvoir être restaurée à l’identique grâce à la mobilisation de la Fondation Université et Hôpitaux universitaires de Strasbourg, de l’Université de Strasbourg et de centaines de donateurs.

(c) DR

Rédaction : Barbara Romero

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La survivante du Jardin botanique Si la serre de Bary existe toujours aujourd’hui, cela relève presque du miracle. « En 1958, un violent orage de grêle a détruit les 4000 m2 de serres du Jardin botanique dessinées par l’architecte Hermann Eggert, rappelle Shirin Khalili, chargée de médiation scientifique à la Faculté des sciences de la vie. La serre de Bary est la seule à avoir résisté grâce à ses volets adaptés à la forme du verre. Elle a été partiellement rénovée dans les années 1980 et classée monument historique en 1993. » Un prestigieux titre qui impose une rénovation à l’identique. « Nous avons une source documentaire très riche, des photos, des documents, des gravures, souligne Matthieu Mensch, chargé de mécénat Patrimoine pour l’Université et la Fondation. Il va falloir décalotter la


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« C’est à la fois un geste architectural et un outil scientifique. » Shirin Khalili, Faculté des sciences de la vie.

structure, la démonter pierre par pierre, restaurer, changer le verre et construire une coque de bassin plus solide, réinstaller la porte d’origine, réparer la chaufferie ancienne. C’est un vrai travail d’orfèvre selon les préconisations de Pierre Dufour, architecte en chef des Monuments historiques. » Un chantier qui démarrera au mieux à l’automne 2027. « Les dons nous permettent de lancer le chantier. Nous allons procéder par lot et lancer un appel à manifestation d’intérêt pour que les entreprises puissent se positionner. Nous souhaitons qu’elles puissent se sentir fières d’être intervenues sur un tel projet », confie Thomas Heckel. Un joyau patrimonial tout de verre, doté d’un bassin central de sept mètres de diamètre, qu’il est en effet temps de rénover dans le Jardin botanique de 2,5 hectares, véritable poumon vert au cœur de la ville abritant plus de 5000 espèces de plantes. « C’est dans un esprit d’ouverture au public et de dialogue entre l’Université et la cité que sont menées les actions de restauration de la serre, ajoute Shirin Khalili. C’est à la fois un geste architectural et un outil scientifique. »

↑ La serre de Bary, dernière « Victoriahaus » conservée du pays.

organisées par l’Université ou l’Office de tourisme. « C’était déjà une volonté impériale de Guillaume Ier d’ouvrir l’Université sur la ville, rappelle Thomas Heckel. Le Jardin botanique est situé dans ce rectangle d’or entre le musée zoologique, le Planétarium, le Studium, la collection de minéralogie... C’est un véritable quartier culturel. » Depuis 2012, la Fondation Université et Hôpitaux universitaires de Strasbourg collecte des fonds pour financer des projets d’intérêt général dans la recherche, la formation, le soin, la solidarité envers les étudiants ou le personnel, et le patrimoine. Soit plus de 56 millions d’euros de dons récoltés bénéficiant à 300 projets différents. Si tout se déroule comme prévu, la silhouette de verre de la serre de Bary retrouvera son éclat à partir de 2027. Une renaissance attendue pour ce monument emblématique qui, depuis près de 150 ans, relie patrimoine, science et botanique, au cœur de Strasbourg. ← Pour participer aux dons :

Un laboratoire à ciel ouvert. Chaque année, le Jardin botanique accueille 90 000 visiteurs à travers des visites patrimoniales ou botaniques,

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L’architecture du bon sens

(c) Jonathan Florence

À contre-courant d’un secteur encore largement tourné vers le neuf, l’agence VieW architecture & décoration, portée par un trio d’architectes 100 % féminin, choisit délibérément de valoriser le bâti existant. Rédaction : Salomé Dollinger

↗ Guerina Erb Hensel, Emilie Guyot et Laure Chenin, architectes.

Labaroche, un soir de juin. 120 personnes ont gravi les hauteurs vosgiennes pour célébrer les dix ans de VieW. Guerina Erb Hensel, qui avait démarré seule, était entourée de ses complices Laure Chenin et Émilie Guyot. Une « entreprise familiale » ancrée dans le Grand Est, dont les projets s’étendent jusqu’à la Côté d’A zur et les Alpes. VieW a fait de la rénovation un parti-pris assumé. « On a plein de bâtiments qui traversent les âges, qui sont de qualité et dans les meilleurs emplacements. Autant les valoriser », sourit Guerina. Rénover, c’est découvrir l’histoire d’un lieu, composer avec ses contraintes, révéler ce qui sommeille derrière les couches d’enduit... Une approche qui refuse les effets de mode. Forte d’une double compétence architecture et décoration, l’agence propose un accompagnement complet, « du premier coup de pioche jusqu’au dernier coussin ».

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Dix ans, l’heure du bilan. 270 projets, 130 logements collectifs, 8 000 m2 de locaux industriels... Des rénovations hôtelières, dont l’extension de l’hôtel-spa Terra Vinum à Gueberschwihr. Et l’agrandissement de cette maison avec ascenseur, pensée pour un client atteint de sclérose en plaques, qui dit tout de l’approche de VieW. En coulisses ? Des partenaires alignés, comme Werey-Stenger, spécialiste des enduits écodurables. Terre-paille, chanvre, barbotine... des matériaux locaux aux vertus isolantes, que VieW intègre avec soin et transmet avec pédagogie. C’est ainsi que Guerina, Laure et Émilie espèrent devenir « les oreilles des municipalités », en partageant leur connaissance pour accompagner les territoires, notamment face aux canicules qui transforment les écoles en fournaises et les places publiques en déserts brûlants. Car pour le trio féminin, l’architecture est aussi un acte citoyen. ←


Cultiver dans la durée

(c) DR

Imaginer aujourd’hui les jardins qui sauront durer demain, telle est la conviction d’Espaces Paysagers, qui façonne les extérieurs alsaciens depuis plus de 30 ans.

☛ Architecture

Rédaction : Salomé Dollinger

En 1995, Jean-Luc Heimburger dirige deux entreprises dans la production de granulats et la location de matériel avec conducteurs pour le BTP. Lorsqu’il cherche des prestataires pour aménager ses nouveaux locaux, les insatisfactions se répètent. Il crée alors l’entreprise qui lui manque, avec un paysagiste. Aujourd’hui, Espaces Paysagers génère près de quatre millions d’euros de chiffre d’affaires, compte entre 35 et 40 collaborateurs répartis sur deux entités complémentaires : entretien d’un côté, création et aménagement de l’autre. Quelque 450 contrats d’entretien annuels (copropriétés, entreprises, hôtels, particuliers), une vingtaine de chantiers de création par mois et un rayon d’action de 30 kilomètres autour de Lingolsheim dessinent une entreprise de proximité. 40 % des clients arrivent par le bouche-à-oreille. « Jeudi tout ». La cohésion interne est une autre fierté. Au programme : fêtes d’été, soirées de Noël et réunions je dis tout (« Jeudi tout »). Tous les deux mois, les équipes se retrouvent

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← Jean-Luc Heimburger, PDG d’Espaces Paysagers.

pour un échange transparent, où chacun peut exprimer ses idées et besoins, et lever « les irritants, le poison du quotidien. Une entreprise, c’est un peu une famille : on y passe du temps. C’est important de créer des moments de partage », confie le dirigeant. Face au dérèglement climatique, les pratiques évoluent. Les plantations sont concentrées en automne et au début du printemps pour éviter les fortes chaleurs, l’arrosage est raisonné et les essences changent. Place aux plantes résistantes à la sécheresse et aux oliviers, dont les racines cherchent l’humidité en profondeur. « Jusqu’à présent, ils ne résistaient pas au climat alsacien. Dans les années à venir, on verra sans doute arriver les jardins du Sud ». Ancien président de la CCI Alsace Eurométropole, Jean-Luc Heimburger l’affirme volontiers : l’apprentissage ne s’arrête jamais. Son conseil pour repenser ses extérieurs ? « Végétaliser davantage, déminéraliser, choisir des essences résilientes... Et faire appel à un professionnel. L’IA peut aider à imaginer le projet, mais durabilité et faisabilité terrain relèvent du savoir-faire du paysagiste ». ←

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Avant–Après, saison 3

Deux agences, deux visions, mais une même conscience de l’impact du bâti sur le climat… Les projets exemplaires de CNb et S&AA pour cette saison 3 de notre rubrique Avant-Après. Rédaction : Barbara Romero Photographie : Laetitia Piccarreta

Le « déjà-là » de CNb Fondée en 2008 par Xavier Nachbrand et Guillaume Christmann, l’agence CNb n’a pas attendu que le réemploi et la sobriété deviennent tendance pour s’intéresser au « déjà-là ». Depuis leurs débuts, les deux architectes défendent une même conviction : faire avec l’existant plutôt que construire à tout prix. « L’écologie est dans notre ADN. Étudiants au début des années 2000, nous avions la conviction que la profession devait muter, confie Xavier Nachbrand. On nous formait à construire neuf ; nous voulions travailler sur le “déjà-là”. Il nous paraissait évident que l’essentiel du poids carbone d’un bâtiment est déjà émis avant sa mise en service, dans sa structure et son gros œuvre. Rénover, c’est hériter de cette dépense au lieu de la refaire. » Après une première année en agence, les deux architectes décident de se mettre à leur compte. L’aventure CNb démarre sur leur table de salle à manger, autour de la rénovation énergétique des maisons de deux amis. « Nous avons énormément appris de ces deux projets, parce que personne ne s’intéressait encore au sujet. J’ai moi-même collé les adhésifs d’étanchéité à l’air avec le plaquiste... Lui aussi découvrait ! » Les deux architectes poursuivent d’abord leur activité auprès des particuliers. « Puis nous nous sommes structurés pour donner corps à nos convictions », souligne Guillaume Christmann. En 2015, la rénovation énergétique de la tour de la Meinau, haute de quinze étages, marque un tournant. Aujourd’hui, CNb compte une vingtaine de collaborateurs, dont près d’un tiers travaille sur la rénovation énergétique des copropriétés. « C’est peut-être l’architecture la moins spectaculaire, mais aussi la plus utile, car elle change la vie de centaines de familles, hiver comme été. » À l’Esplanade, l’agence vient ainsi de rénover un immeuble de 220 logements construit dans les années 1960 par Charles-Gustave

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Stoskopf. Pour concilier isolation et respect du patrimoine, elle a exploré les archives, retrouvé les teintes d’origine et imaginé une intervention sur mesure élaborée avec l’Architecte des Bâtiments de France. « Si l’on parvient à fédérer tout le monde, on peut réaliser des projets vertueux. » Selon les premières estimations du gestionnaire, les travaux menés en site occupé auraient permis de diviser par plus de deux les consommations pour les 220 familles. Mais CNb ne se résume pas aux copropriétés. L’agence a notamment signé Quai de Scène et les restaurants Meteor de Strasbourg et Marseille. Elle travaille actuellement à la réhabilitation et à l’extension du siège industriel du brasseur, « où l’on construira des bâtiments là où l’existant ne pouvait être réhabilité ». À chaque projet, la même méthode : analyser, diagnostiquer, dialoguer. « Choisir l’existant n’est pas un geste esthétique. C’est un arbitrage sur l’usage d’une ressource collective, qui dépasse l’architecte seul. » La ligne de CNb tient en un principe : « Le sujet n’est pas d’interdire le neuf, mais d’en réduire fortement la part et de ne le choisir qu’après avoir démontré que l’existant ne pouvait pas répondre. » Une démarche exigeante qui réclame, selon la formule de l’agence, « plus de matière grise, pour moins d’énergie grise ». ←


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(c) CNb.archi

« Étudiants déjà, nous étions convaincus que le bon sens commandait de travailler sur la rénovation plutôt que le neuf. »

↗ Rénovation d’un immeuble de 220 logements à l'Esplanade.

(c) Michael Bouton

CNb 17 rue d’Obernai Strasbourg 03 90 20 64 25 CNb.archi

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(c) Michael Bouton

(c) Michael Bouton

Meteor Marseille : révéler l'existant À Marseille, CNb a transformé les anciens locaux du journal La Marseillaise, situés cours Honoré-d’Estienne-d’Orves, en une nouvelle brasserie Meteor, ouverte en novembre 2025. Plutôt que de masquer l’histoire du bâtiment sous de nouveaux revêtements, l’agence a choisi de mettre l’existant à nu, comme ces magnifiques murs de pierres d’origine jusque-là cachés sous du plâtre. Le projet illustre la philosophie de « frugalité heureuse » défendue par CNb : intervenir avec mesure, conserver ce qui peut l’être et limiter l’ajout de matériaux comme le plâtre ou les faux plafonds.

(c) CNb.archi

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(c) CNb.archi

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(c) CNb.archi

(c) Michael Bouton

(c) CNb.archi

(c) Michael Bouton

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Quai de Scène : transformer l’existant. Station-service dans les années 60, puis Music Shop, CNb a transformé le lieu en salle de spectacle avec la contrainte d’être dans une copropriété : « On a dû construire une “boîte dans une boîte” pour ne pas transmettre de vibration au béton de structure. On a travaillé avec un bureau d’étude acoustique pour la création d’un faux plafond avec des ressorts en suspension pour amortir le son. C’était un chantier hyper intéressant et fou ! »

« On a dû construire une “boîte dans une boîte” pour ne pas transmettre de vibration au béton de structure. »

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☛ Architecture

Le bon sens de S & AA

Quand il sort de l’école d’architecture en 1981, « il n’y avait pas de travail pour les jeunes architectes sans références, sans relations », se souvient Patrick Schweitzer. Il se tourne alors vers une carrière universitaire, également diplômé d’un DEA en sociologie, « car je n’avais pas beaucoup d’opportunités en archi. » Mais en 1982, François Mitterrand lance de nombreux concours d’architecture, « ouverts à tous les diplômés. » Patrick Schweitzer décide de tenter sa chance pour le parc de la Villette, l’Opéra Bastille, le ministère des Finances. « Et là, j’arrive 6e du concours sur 134 projets, entre Claude Vasconi et Jean Nouvel, s’étonne-t-il encore. Cela m’a ouvert plein de portes. » La DDE, le CAUE, des confrères bien installés, le sollicitent. Notamment Pierre Knecht avec qui il gagne plusieurs concours et décide de s’associer en 1987. « J’étais le jeune architecte, je dessinais les projets et lui gérait l’agence. Nous avons fait énormément de bâtiments publics, des collèges, des lycées, des salles de sport. Très peu de logements. » En 2001, Patrick Schweitzer quitte le navire et mène sa propre barque avec l’agence S & AA. En 2003, des promoteurs le contactent pour « faire du logement qui constitue aujourd’hui la moitié de l’activité de mon agence. » Mais il continue dans les bâtiments publics, souvent complexes, « sans jamais me spécialiser, car j’aime la nouveauté. C’est stimulant de ne pas rester sur ses acquis. » On lui doit des réalisations comme l’ENA, l’IHU, l’IRCAD en France et en Afrique, plusieurs fois primés. Afrique avec laquelle il a « une relation affective, confie Patrick Schweitzer, père d’une fille rwandaise adoptée après le génocide. Je suis convaincu que l’Afrique pourra se développer par elle-même, sans être sous perfusion. » Ressources locales, ventilation naturelle... Au Rwanda, où il a conçu l’école d’architecture, à Mayotte, où une école est en cours de construction, ou encore pour l’Hôtel de Région de Guyane

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(c) Pierre Pommereau

Diplômé depuis 1981, Patrick Schweitzer a eu plusieurs vies architecturales avec toujours ce même goût pour la complexité et le bon sens. Depuis 2001, il dirige l’agence S & AA qui compte 17 collaborateurs.

ou au Togo, « je conçois les projets en utilisant les ressources locales et sans recours à la climatisation ou aux ascenseurs qui ne seraient pas réparés en cas de dysfonctionnement, souligne-t-il. Dans ces pays africains ou départements d’outre-mer, il faut revenir aux techniques traditionnelles pour générer une ventilation naturelle, créer des patios végétalisés. Réaliser des boîtes étanches qui nécessitent la climatisation est un non sens, et ce même en France, comme cet été caniculaire nous l’a rappelé. » S’il fait partie des précurseurs, il tient à relativiser les critiques : « Les architectes de ma génération ont toujours eu conscience des enjeux écologiques, et beaucoup ont essayé de mettre en œuvre des techniques. Mais la société n’était pas prête pour ce genre de choses », estime-t-il. Pour l’architecte chevronné, les solutions sont pourtant « simples » : « Pour l’IRCAD en Afrique, il n’y a la climatisation que dans les salles d’opération, mais pour les autres espaces, j’ai créé une ventilation naturelle. Au-dessus du toit en béton, j’ai ajouté une casquette en tôle pour éviter la surchauffe de la dalle. Idem sur les façades, j’ai apposé des briques qui ne touchent pas le vrai mur pour qu’elles absorbent la chaleur. Ce sont des techniques simples pour éviter la surchauffe. » Résolument optimiste Patrick Schweitzer veut croire en « l’inventivité de l’homme » et en l’émergence de de nouveaux matériaux. Sans renier les techniques traditionnelles qui ont toujours guidé son architecture : observer, s’adapter et faire avec ce que l’on a. ←

S & AA 98 rue de Hochfelden Strasbourg 03 88 22 32 23 schweitzerassocies.com


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(c) S & AA

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↗ L’IRCAD à Strasbourg

(c) Michael Bouton

(c) Pierre Pommereau

« Réaliser des boîtes étanches qui nécessitent la climatisation est un non sens, et ce même en France, comme cet été caniculaire nous l’a rappelé. »

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☛ Architecture

La reconversion des Archives municipales. Patrick Schweitzer a géré la reconversion de l’ancien bâtiment historique des Archives municipales, avenue de la Forêt Noire, en logements. « Nous avons procédé à la reconversion d’un bâtiment historique, et ajouté un bâtiment neuf dans un espace vide en veillant à laisser y pénétrer le soleil. Nous avons également construit un sous-sol sous des bâtiments existants pour installer un parking. C’était un chantier complexe et stimulant. »

(c) Christophe Bourgeois

(c) Christophe Bourgeois

(c) S & AA

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(c) Christophe Bourgeois

(c) Christophe Bourgeois

Cathédrale industrielle « Sur le site industriel de QUIRI, avec le promoteur STRADIM, nous avons tout fait pour conserver sa gigantesque cathédrale industrielle vouée à être détruite. Nous l’avons démontée, remise à niveau et réintégrée au bâtiment. C’était essentiel selon moi de conserver cet élément historique. » ←

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(c) S & AA

☛ Architecture

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Fin de chantier au collège Agnès-Acker.


☛ Urbanisme

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DOSSIER

Collège bas carbone, tiers-lieu, logement participatif… Lyautey fait école Le Neuhof change de visage. Nouveaux équipements, logements repensés, espaces verts, désenclavement... Au cœur de cette métamorphose, l’ancienne friche militaire Lyautey concentre toutes les ambitions du renouvellement urbain : transformer l’existant plutôt que démolir, jusqu’à faire de l’ancien hôpital un collège bas carbone exemplaire. Rédaction : Jenna Abidi Photographie : Alban Hefti

☛ Sur le site de l’ancien hôpital Lyautey, les classes

ont remplacé les salles d’opération, les tableaux se sont substitués aux lits des malades et les mains ont troqué les seringues contre des stylos et des crayons. Alors que les premiers élèves du nouveau collège Agnès-Acker, situé dans le quartier du Neuhof, entre la rue des Canonniers et la rue de Sarlat, viennent de faire leur première rentrée, il semble difficile de se rappeler qu’il y a encore deux ans, les murs d’un ancien hôpital militaire se dressaient ici. 5 200 tonnes de réemploi : le collège, un projet précurseur. « On ne s’en doute pas à première vue, mais l’ancien bâtiment est toujours présent à l’intérieur de cette nouvelle construction, car de nombreux matériaux ont été réemployés », explique Diane Rolin, l’une des architectes de l’agence Nunc architectes ayant travaillé sur le nouveau collège. Près de 109 000 briques, 144 m³ de bois de charpente, 45,8 m³ de grès, 24 m³ de pierres de taille ou encore 18 600 tuiles ont ainsi pu être récupérés et réutilisés. Au total, 5 200 tonnes de matériaux ont été revalorisées. Dès le concours de réhabilitation, la Collectivité européenne d’Alsace (CeA), maîtresse d’ouvrage, a souhaité réaliser une opération exemplaire en matière d’économie circulaire. « Réutiliser autant de matériaux, notamment pour en faire des éléments structurels sur un projet à si grande échelle, est quasiment unique en France ! », se réjouit l’architecte. Le pays est en effet un peu en retard sur la question du réemploi par rapport à ses voisins, comme la Belgique. Ce qui fait du collège strasbourgeois un vrai projet pilote.

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☛ Urbanisme Diane Rolin, architecte agence Nunc

« Réutiliser autant de matériaux, notamment pour en faire des éléments structurels sur un projet à si grande échelle, est quasiment unique en France ! »

↑ L’ancienne cantine des officiers a été réhabilitée et transformée en tiers lieu.

En chiffres

352,9 M€

Le coût prévisionnel de ce grand renouvellement est actuellement de 352,9 millions d’euros, financé en majorité par les bailleurs (97,5 M Ophéa, 54,7 M Habitation moderne), par la Ville de Strasbourg (58,5 M), l’Eurométrpopole (29.3M + 11.2M), la Banque de Territoires (57,8M) et l’ANRU (50,5M).

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Mais cette volonté d’exemplarité environnementale va plus loin. Le bâtiment, construit en béton, bois et paille pour l’isolation, a été pensé pour consommer un minimum d’énergie. Mille mètres carrés de panneaux solaires ont été installés sur le toit, un raccordement au chauffage urbain a été réalisé, et une cinquantaine d’arbres seront plantés dans la cour au sol perméable. « Toutes ces contraintes étaient très intéressantes à prendre en compte et nous ont poussés à faire un meilleur projet », conclut Diane Rolin. Cet établissement a pour vocation de remplacer progressivement l’ancien collège du Neuhof, très enclavé et à la réputation compliquée, tout en impulsant une nouvelle dynamique au quartier en plein renouvellement. « Aujourd’hui, de nombreuses familles évitent le collège Solignac. Nous voulons leur proposer un nouvel établissement attractif, moderne, intégré dans le quartier, proche des transports en commun et des équipements publics », a déclaré Frédéric Bierry, le président de la CeA, lors d’une visite de chantier fin 2025. Au total, le collège Agnès-Acker aura coûté 29,85 millions d’euros, financés en grande partie par la CeA, avec une participation exceptionnelle d’1,25 million d’euros de

l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), et une aide de l’EPFA (Établissement public foncier d’Alsace) de 958 300 euros. L’enjeu de la transformation des bâtiments militaires En plus de l’établissement scolaire, 90 logements et un tiers-lieu voient le jour sur cet ancien terrain militaire. Là aussi, la question de la conservation, de la transformation ou de la déconstruction d’anciens bâtiments s’est posée. En France, le parc immobilier du ministère des armées représente plus de 75 000 bâtiments, sur une emprise d’environ 275 000 ha. De plus en plus de communes se demandent que faire de ces forts, citadelles, casernes ou hôpitaux qui ont longtemps été des lieux enclavés au milieu des villes. Faut-il les conserver pour leur valeur patrimoniale ? Se réapproprier ces espaces dans les quartiers en manque de logements ou de services publics ? À Lyautey, l’hôpital a dû être entièrement déconstruit pour des questions de dépollution. En revanche, un véritable travail de conservation architecturale a été réalisé sur le bâtiment d’honneur dans lequel se trouvait autrefois la cantine des Officiers, réalisé par


☛ Urbanisme

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Jean-Baptiste Mathieu, vice-président de l’Eurométropole chargé du renouvellement urbain

« Travailler à partir d’anciens sites militaires n’est pas anodin. La question majeure est celle du désenclavement d’un lieu qui a été pensé initialement pour être fermé à la ville. »

↑ Le nouveau tiers-lieu PIXEL.

l’architecte Édouard Schimpf entre 1907 et 1910. En friche depuis 2008, il est devenu aujourd’hui le tiers-lieu PIXEL qui a ouvert ses portes au public en mars 2026. Des ateliers de danse, de podcast, de théâtre et d’éducation au numérique ainsi que des temps conviviaux à destination des habitants y sont régulièrement proposés. La rénovation, chiffrée à 1,5 million d’euros, a été pensée pour mettre en valeur l’architecture singulière du lieu, tout en le modernisant et en le mettant aux normes. Le résultat donne un étonnant mélange de matériaux (bois, marbre, béton), de murs anciens de statues et de luminaires modernes. Le jardin est encore en cours de réaménagement, mais sera bientôt également ouvert au public. Quelques mètres plus loin, d’autres bâtiments vont être conservés, mais transformés en habitations. Le promoteur Pierre & Territoires y a lancé un programme immobilier composé de trois bâtiments : un neuf et deux en réhabilitation, dont l’un sera un habitat participatif. « Travailler à partir d’anciens sites militaires n’est pas anodin. La question majeure est celle du désenclavement d’un lieu qui a été pensé initialement pour être fermé

à la ville », résume Jean-Baptiste Mathieu, vice-président de l’Eurométropole chargé du renouvellement urbain. « C’est pourquoi nous avons décidé d’ouvrir cet espace Lyautey en y installant un équipement public républicain : un collège. C’est un symbole fort qui marque désormais l’entrée du quartier », affirme-t-il. Lyautey, symbole du renouvellement urbain du Neuhof La réhabilitation de cette ancienne place militaire est par ailleurs l’une des vitrines d’un projet bien plus grand : le deuxième Programme de renouvellement urbain (PRU) de l’Eurométropole qui a débuté en 2019 et doit se finir en 2032. « Il s’agit d’une opération de très grande ampleur qui concerne près de 11 % de la population de l’Eurométropole (50 000 habitants, dont 10 000 Neuhofois) », chiffre Jean-Baptiste Mathieu. Ce plan de transformation urbaine et sociale concerne huit quartiers populaires, hérités principalement des Grands-ensembles du XXe siècle et qui connaissent dorénavant des dysfonctionnements. « Il vise à améliorer le cadre de vie des habitants, à lutter contre les inégalités territoriales, à changer l’image

Un collège orienté sciences Le collège Agnès-Acker pourra accueillir à terme 600 élèves sur ses 6 200 m2. Un important projet éducatif autour des sciences s’y développe, avec un club scientifique, des projets autour de l’IA, un laboratoire de 100 m2 et des partenariats annoncés avec le Vaisseau, le CNRS, le Jardin des Sciences ou l’Unistra... Cette orientation scientifique sera visible sur les murs du collège grâce à des illustrations du système solaire, une frise de 15 mètres sur l’apparition de la vie ou encore des salles nommées en l’honneur de scientifiques d’ici et d’ailleurs.

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↑ Eliott Guillet, directeur du projet pour le PRU Neuhof-Meinau, au tiers lieu PIXEL.

de ces territoires et à mettre en œuvre la transition environnementale », résument les plaquettes de présentation de la Ville. Au Neuhof, une soixantaine d’hectares sont concernés par cette mutation. Ce PRU comprend la construction de 900 logements (dont 153 locatifs sociaux), la requalification de 1 398 logements sociaux, et la déconstruction de 526 autres, ainsi que l’aménagement de 37 700 m2 d’espaces verts et le développement de douze équipements et services publics. « Ce renouvellement doit redynamiser le quartier en intensifiant l’ouverture sur les espaces verts, notamment vers le parc Schulmeister, le massif forestier du Neuhof et vers les espaces paysagers du Rhin Tortu, ainsi qu’en revalorisant le nord du quartier (notamment grâce au nouveau collège) et en reconnectant les cités les plus enclavées (cités Lizé-Mâcon, Solignac et le secteur Hautefort) », détaille l’élu. Plans et maquette à la maison du projet pour mieux se projeter Pour permettre aux habitants de mieux comprendre ces travaux, une Maison du projet

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a été installée dans une pièce du tiers-lieu PIXEL. À l’intérieur, on trouve des maquettes et des plans représentant le quartier et ses évolutions futures, ainsi que des données chiffrées. Des agents de l’Eurométropole y ont tenu pendant plusieurs mois des permanences afin de répondre aux questions des plus curieux. « Nous entrons dans une deuxième phase et nous souhaitons dorénavant organiser des temps forts avec les habitants et le monde associatif. Un rendez-vous autour des nouvelles dénominations des rues aura bientôt lieu et des collaborations avec les écoles sont à l’étude », annonce Eliott Guillet, directeur du projet pour le PRU NeuhofMeinau à la Direction de territoire. Il est également possible de prendre un rendez-vous sur le site de la Maison du projet ou de suivre les actualités en s’inscrivant à une newsletter. « Le Neuhof est en train de muter. Il ne s’agit plus d’une cité dortoir, mais d’un quartier qui a des équipements attractifs : des écoles, la salle de concert Django, le PIXEL, un riche tissu associatif… », salue-t-il.

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La tour Émergence vue depuis le pont André-Bord.


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DOSSIER

Go pour Émergence

(c) Yam Studio

Le chantier du futur « phare de la ville », la Tour Émergence, a enfin pu démarrer cette année. Un chantier colossal qui met en lumière le savoir-faire alsacien.

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Tour Émergence Pour les siècles des siècles Neuf ans après le lancement du projet et malgré bien des obstacles, les travaux de construction de la Tour Émergence ont débuté en juin dernier le long du bassin Vauban, au cœur de la Presqu’île Citadelle. Un chantier titanesque, dirigé par SAS-3B, qui met en lumière le savoir-faire de nombreuses entreprises alsaciennes. Rédaction : Olivier Métral Photographie : Alban Hefti, Abdesslam Mirdass, Laetitia Piccarreta

(c) Laetitia Piccarreta

Georges Bousleiman, PDG de SAS 3B. ↓

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Il aura fallu affronter bien des vents contraires, essuyer de multiples épreuves et remettre maintes fois l’ouvrage sur le métier pour concrétiser le projet un peu fou de Georges Bousleiman, promoteur de la Tour Émergence, le futur « phare » de la ville de Strasbourg qui tutoiera d’ici deux ans les cieux, à plus de 60 mètres de hauteur au-dessus du bassin Vauban. Depuis le début du mois de juin, les ouvriers de la société Socara, basée à Lingolsheim, s’affairent enfin sur les 614 m2 de sa parcelle triangulaire pour en assurer le gros œuvre. « Je me suis battu sang et eau pour cette tour », confirme le PDG de SAS 3B, « d’autant que c’est pour moi un projet qui dépasse largement une simple opération immobilière. Il s’agit de laisser une trace, immuable et intemporelle, à cette ville qui m’a tant donné depuis mon départ du Liban et de la faire entrer dans le 3e millénaire au travers de cet ouvrage qui en deviendra, j’en suis sûr, l’un des symboles ».

Une ambition intacte Des obstacles, il a fallu en franchir une tripotée pour aboutir aux premiers coups de pioche de cet été. Les fortes contraintes infrastructurelles liées à la proximité du pont André-Bord où circulent les tramways de la ligne D, le changement de l’équipe municipale en 2020 qu’il a fallu convaincre, mais aussi l’instauration de la nouvelle réglementation environnementale RE2020 associée à la construction neuve ont contrarié l’avancement du projet et, donc, des travaux. « Avec ces nouvelles normes, qui visent à réduire l’empreinte carbone des bâtiments, il a fallu requestionner certains choix », précise Josselin Lutz, architecte fondateur et associé chez Oslo Architectes, maître d’œuvre du projet. « Mais au-delà de cela, bien d’autres facteurs ont évolué en neuf ans, comme le coût des matériaux ou encore la capacité d’accession pour les acheteurs. Et pourtant,

Georges Bousleiman

« Il s’agit de laisser une trace, immuable et intemporelle, à cette ville qui m’a tant donné depuis mon départ du Liban et de la faire entrer dans le 3e millénaire au travers de cet ouvrage qui en deviendra, j’en suis sûr, l’un des symboles. »

Olivier Schoch, PDG de l’entreprise FMS. ↓

(c) Alban Hefti

(c) Abdesslam Mirdass

Josselin Lutz, architecte fondateur et associé chez Oslo Architectes. ↓

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Des biens encore disponibles 112 logements composent l’offre immobilière de la Tour Émergence, répartis dans sa partie inférieure en 51 studios équipés et destinés aux étudiants et jeunes actifs, avec accès propres, salles de coworking et de fitness et buanderie collective. Sa partie supérieure comptera 61 appartements de haut standing (de 39 à 88 m2), tous dotés de grandes baies vitrées, de terrasses ou loggias, et des logements d’exception. Les biens sont commercialisés depuis l’été 2025 pour un prix moyen de 5 607 euros/m2. Plus de 80 % des studios et plus de la moitié des appartements avaient déjà trouvé preneur fin juillet. La livraison est prévue pour le dernier trimestre de l’année 2028.

↑ Vue depuis le lot 1104 (T3) de la Tour Émergence.

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malgré tout, on a conservé avec SAS 3B le même niveau d’exigence de départ et la même ambition qu’en 2017. On n’a absolument rien renié des premières intentions ». L’excellence alsacienne Des intentions qui passent aussi par la volonté de s’entourer des compétences locales pour mener à bien l’ensemble des travaux. « En Alsace, les entreprises ont une exigence de qualité qu’on ne retrouve pas dans d’autres régions, assure Georges Bousleiman. Il est plus simple de bâtir des relations de long terme et de confiance en s’appuyant sur les ressources du secteur ». Le discours de Josselin Lutz va dans le même sens. « On a la chance d’avoir ici un tissu exceptionnel d’entreprises pointues, techniques et compétentes. Ce n’est pas le cas partout. On bénéficie d’une vraie concentration sur la région ». Parmi toutes les entreprises alsaciennes impliquées dans le chantier, le fabricant et poseur de menuiseries extérieures FMS, installé à Eschau et détenteur du label Excellence Alsace, mobilisera sur 18 mois une dizaine de ses collaborateurs pour la

pose sur la Tour Émergence de 1 100 menuiseries en aluminium, entre fenêtres, portes-fenêtres et baies vitrées. Des menuiseries que le groupe alsacien aura lui-même préalablement assemblées, afin d’en assurer la parfaite performance thermique et acoustique, avant d’intervenir sur le chantier avec les éléments prêts à poser au début de l’année 2027. « Participer à ce projet qui fait la part belle aux ouvertures avec un taux de vitrage de 50 %, c’est clairement une fierté pour nous et la reconnaissance de notre savoir-faire », s’enthousiasme Olivier Schoch, PDG de l’entreprise depuis sa création en 1994. « Le choix de l’aluminium », explique-t-il, « convient parfaitement au projet, en raison de la finesse des profilés, de son bon rapport qualité/prix/ performance, de son design contemporain et de la facilité de son entretien extérieur ». Des centaines de fenêtres et de baies vitrées derrière lesquelles les habitants de la tour pourront contempler, fin 2028, la ForêtNoire à l’Est, les sommets des Vosges et plaine d’Alsace à l’Ouest, ou encore, dans cette même direction, la cathédrale de Strasbourg, comme un miroir qui lui fait face.

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☛ Urbanisme

Brique par brique

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D’ores et déjà fabriquées par l’entreprise Wienerberger, les 300 000 briques qui habilleront la Tour Émergence seront posées une par une sur l’imposant bâtiment du quartier de la Citadelle. Rédaction : Olivier Métral Photographie : Laetitia Piccarreta

☛ C’est une production spéciale et hors du

commun qu’a lancée au mois de juillet dernier l’entreprise Wienerberger, le leader mondial de la terre cuite. Pas moins de 300 000 briques sont sorties un mois plus tard de ses ateliers belges, à une quarantaine de kilomètres de Lille, pour assurer l’habillage si particulier de la Tour Émergence. À la recherche du meilleur modèle Chargé de prescription à Wienerberger France, dont le siège social est implanté à Achenheim, à l’ouest de Strasbourg, Brice Koelbel a suivi la quasi-totalité des étapes du projet, dès mars 2018, en lien très étroit avec son promoteur et les architectes Oslo et KCAP. « SAS 3B nous a impliqués très tôt dans l’aventure de sorte que nous puissions trouver la meilleure réponse possible aux exigences esthétiques et architecturales qui font la force et la singularité de cette tour », rembobine Brice Koelbel. Des exigences qui ont évolué au fil du projet, avec notamment l’entrée en vigueur de la réglementation environnementale 2020 qui a nécessité de revoir la copie pour diminuer l’empreinte carbone de la construction. « On

s’est alors orienté vers un modèle de brique qui répond non seulement à tous les critères initiaux, mais qui permet également d’économiser 30 % de matière et autant en énergie pour sa fabrication. » Deux teintes différentes Au-delà de la contrainte réglementaire, il a également fallu répondre au choix fort voulu par les concepteurs pour obtenir un dégradé de couleurs sur le bâtiment, du rouge à sa base vers le gris à son sommet. « Ce dégradé sera obtenu par l’appareillage de deux briques à la teinte différente et dont la répartition évoluera progressivement sur la verticalité de la tour », précise Brice Koelbel. Un effet permis par un minutieux plan de calepinage et une pose à la main, brique par brique, et qui donnera à la future tour tout son élancement, toute son élégance et toute sa finesse, en accord avec les codes de l’architecture rhénane dans laquelle elle s’inscrit. Près de cinq mois seront nécessaires aux équipes de la société Dervovic, implantée à Hurtigheim, pour la pose de ces 300 000 unités, à partir de la fin du printemps ou du début de l’été 2027.

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↖ Brice Koelbel, chargé de prescription à Wienerberger.

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☛ Urbanisme

La passerelle Rosa-Luxemburg bientôt en service Rédaction : Olivier Métral Photographie : Abdesslam Mirdass

↗ Vue du chantier de la passerelle au cours de l’été 2026.

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Ouvrage d’art exclusivement dédié aux mobilités actives, la passerelle RosaLuxemburg permettra de relier début 2027 le quartier de la Citadelle au quai des Belges, avec un accès direct au parc de la Citadelle. Lancés en janvier 2026, les travaux de la passerelle Rosa-Luxemburg ont franchi une nouvelle étape le 29 juillet dernier, avec la pose du tablier et de ses deux arches sur les piliers dressés au-dessus du bassin Dusuzeau. Une opération de levage délicate en raison du poids imposant de la structure – 170 tonnes ! – et qui a ouvert la voie à la suite des opérations, avec la soudure des tronçons de la charpente métallique et la pose des dalles en béton et des équipements de la passerelle. Plus que quelques mois à attendre, donc, pour les cyclistes et piétons strasbourgeois qui emprunteront dès le début de l’année prochaine les 158 mètres de cette nouvelle passerelle, destinée tout à la fois à faciliter les liaisons entre le centre-ville, l’Esplanade et le Port du Rhin, à accompagner la transformation de la presqu’île Citadelle et à désenclaver les anciens secteurs portuaires de Strasbourg. Cette réalisation, qui s’inscrit pleinement dans le projet urbain transfrontalier Deux-Rives, constitue à ce titre un élément clé de la recomposition urbaine de l’est strasbourgeois et de la continuité des parcours dédiés aux mobilités douces. Depuis le quartier Citadelle, dix minutes seront nécessaires pour rejoindre à vélo le centre-ville, contre plus de quinze actuellement. ←


IMMOBILIER


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UNE REPRISE TIMIDE ☛ Immobilier

Le rapport de force s’est inversé. Après plusieurs années de flambée des prix, les acquéreurs disposent à nouveau d’un pouvoir de négociation. Plus prudents, ils scrutent leur capacité d’emprunt, l’apport personnel nécessaire, le coût des travaux et la performance énergétique des logements, devenue un critère déterminant dans la fixation des prix : « C’est désormais un critère de valorisation ou de décote », constate Maître Christine Hincker, vice-présidente de la Chambre des notaires du Bas-Rhin. « Il y a trois ou quatre ans, nous étions sur un marché vendeur. Aujourd’hui, les acquéreurs ont repris la main », ajoute-t-elle. Une situation qui contraste avec celle du neuf, toujours plus fragile faute d’incitations fiscales suffisantes.

Rédaction : Barbara Romero Datavisualisation : Cercle Studio

TAUX D’INTÉRÊT MOYEN DU MARCHÉ, JUILLET 2026 Sur 10 ans

Sur 15ans

Sur 20ans

Sur 25ans

Sur 10 ans

Sur 15ans

Sur 20ans

Sur 25ans

3,40%

3,55%

3,65%

3,80%

Meilleur taux fixe

3%

3,05%

3,30%

3,35%

« En 2025, le taux était à 4,5 % sur 25 ans, il y a dix ans, il était autour de 1 %. Ce sont des paramètres à prendre en compte dans le volume des ventes et le marché. Les agents immobiliers constatent une petite reprise, mais elle reste fragile sur les maisons individuelles, car le budget est plus important. Strasbourg, Illkirch-Graffenstaden, Lingolsheim sont plus chers, le prix au m2 a augmenté. » Maître Christine Hincker, vice-présidente de la Chambre des notaires du Bas-Rhin.

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(Source CAFPI)


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COMPARATIF DU PRIX MOYEN AU M2 À STRASBOURG ENTRE JUILLET 2026 ET JUILLET 2025

2026 2025

(Source ADNOV, organisme du notariat chargé de l’exploitation statistique des transactions immobilières)

5000 4000

Mairie

Petite France

Orangerie

Gare

Forêt noire

Krutenau

3190 €/m2

3400 €/m2

1750 €/m2

2060 €/m2

2550 €/m2

2500 €/m2

4450 €/m2

4300 €/m2

3980 €/m2

4130 €/m2

3740 €/m2

3630 €/m2

4760 €/m2

4760 €/m2

0

4310 €/m2

APPARTEMENTS ANCIENS

4470 €/m2

1000

4930 €/m2

2000

4640 €/m2

3000

Koenigshoffen Hautepierre Neudorf Sud

6000 5000 4000

Prix median correspondant au nombre de transactions divisées par quartier

Robertsau

Schiltigheim

280500 €

342700 €

351800 €

Lingolsheim

300000 €

Hors CUS

289500 €

360400 €

Illkirch

3900 €/m2

4040 €/m2

4300 €/m2

4540 €/m2 342700 € EMS

397000 €

EMS

340000 €

MAISON INDIVIDUELLE

Strasbourg

566600 €

800000 700000 600000 500000 400000 300000 200000 100000 0

315500 €

0

5260 €/m2

1000

APPARTEMENTS NEUF

665000 €

2000

5800 €/m2

3000

Hors CUS

PRIX QUE PEUT-ON ACHETER QUEL BUDGET POUR ACQUÉRIR UN APPARTEMENT MÉDIAN À STRASBOURG DANS €/M2 L’ANCIEN AVEC 250 000€ ? ANCIEN DE 100 M2 ? Calculs réalisés à partir des prix médians des appartements anciens Hors frais de notaire et autres frais d’acquisition.

Orangerie

4760€

Hors frais de notaires et autres frais d’acquisition

Mairie

4640€

Petite France

4470€

Hautepierre 206000€ Koenigshoffen 250000€ Petite France 447000€

e Gar 00€ 0 3 6 3 Mairie 464000€

Oran 4760 gerie Forê 00€ t41300Noire 0€ Krutenau 430000€

Neudorf Sud 339000€

Krutenau

4300€

Forêt-Noire

4130€ Gare

3630€

Neudorf Sud

3400€

Koenigshoffen

Hautepierre 121,4 m2 Koenigshoffen 100 m2 Petite France 55,9 m2

e Gar m2 9 68, Mairie 53,9 m2

Orangerie 52,5m2 Forê t 60,5 -Noire m2 Krutenau 58,1 m2 Neudorf Sud 73,5 m2

2500€

(Source ADNOV).

Hautepierre

2060€

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☛ Immobilier

Le groupe Seltz fête ses 100 ans Le 11 septembre dernier, le groupe Seltz célébrait dans son siège fraîchement agrandi d’Andlau son 100e anniversaire. L’occasion de revenir sur cette véritable success story à l’alsacienne. Rédaction : Olivier Métral Photographie : Laetitia Piccarreta

↗ Jean-Daniel Seltz, actuel PDG du groupe Seltz.

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C’est d’abord l’histoire d’un casse-tête. Celui qui a finalement conduit à faire de l’année 2026 celle du centenaire du groupe Seltz, alors que ses trois entités – Seltz Constructions, Dicker et Kiffel – ont respectivement été fondées en 1965, 1925 et 1919. « Quand mon père Daniel a officiellement créé Seltz Constructions au milieu des années 60, précise Jean-Daniel Seltz, l’actuel PDG du groupe, l’entreprise existait déjà depuis trois générations, initialement sous le nom de Stocker. Mon père y a d’ailleurs travaillé bien avant d’en reprendre les commandes. Dans l’absolu, chacune des trois entreprises a un siècle d’histoire derrière elle et on a finalement porté notre choix sur l’année 2026 pour célébrer un centenaire commun ». C’est ensuite et surtout l’histoire d’une transmission réussie entre père et fils, puis celle d’une croissance fulgurante ces trente dernières années. Lorsque Jean-Daniel succède à son père en 1997, Seltz Constructions compte huit salariés et génère trois millions de francs

de chiffre d’affaires annuel. Aujourd’hui, le groupe compte 120 collaborateurs et pèse 40 millions d’euros de CA. « Notre stratégie de développement est notamment passée par le rapprochement avec Kiffel, en 2019, et Dicker, en 2022, deux structures également familiales avec lesquelles on partage les mêmes valeurs et les mêmes engagements. Pour générer de la croissance aujourd’hui, il est presque nécessaire de passer par de la croissance externe », souligne Jean-Daniel Seltz. Une omniprésence à Strasbourg et en Alsace. Acteur de premier plan dans les domaines de la construction, de la rénovation et de la réhabilitation, le groupe Seltz est partout et son rayon d’action dépasse largement le cadre régional, comme en témoigne ce chantier de réhabilitation lourde qu’il a récemment mené à Saint-Ouen-surSeine pour le compte du groupe de biologie


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(c) E. Reboursin

☛ Immobilier

« Pour générer de la croissance aujourd’hui, il est presque nécessaire de passer par de la croissance externe. » Jean-Daniel Seltz

médicale Biogroup. Son secteur de prédilection reste toutefois l’Alsace et la région Grand Est, où l’on ne compte plus ses réalisations. Parmi elles, la construction du nouveau site de production du groupe allemand Bauder (60 000 m2), à Drusenheim, la restructuration de la Manufacture des tabacs, l’extension du Parlement européen et la construction du parking silo Coubertin, à Strasbourg. Mais aussi la transformation de la Librairie Kléber, la collaboration de 30 ans avec la société Würth et celle de plus de 50 ans avec les Brasseries Kronenbourg, à Obernai. Dans cet inventaire non exhaustif, on n’oubliera pas la construction du siège régional des Compagnons du Devoir, en 2022 à Strasbourg. Une réalisation qui tient particulièrement à cœur à Jean-Daniel Seltz, son père et lui-même étant issus de la grande famille du compagnonnage, avec laquelle le groupe entretient toujours des relations extrêmement fortes.

↑ Chantier du site de production du groupe Bauder, à Drusenheim

Des envies d’extension. Enfin, et puisque l’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, le groupe Seltz vient tout juste de procéder à l’extension de son propre siège, à Andlau, afin de réunir sur le même site l’ensemble de son personnel administratif. La célébration du centenaire du groupe, le 11 septembre dernier, a d’ailleurs coïncidé avec son inauguration. Si les 100 ans du groupe permettent de mesurer le long chemin parcouru par ce fleuron de l’industrie alsacienne avec, à son actif, la réalisation de plusieurs millions de mètres carrés de bâtiments industriels dans le Grand Est, ce centenaire offre également l’occasion de porter un regard vers l’avenir. Un avenir que Jean-Daniel Seltz envisage avec sérénité – « on reste positif malgré la conjoncture » – et ambition. Celle, pourquoi pas, d’ouvrir à terme une antenne parisienne pour s’attaquer au marché gigantesque de la région Île-de-France. ←

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☛ Immobilier

Une première alsacienne pour EcoCocon

Expert dans la construction de murs en ossature bois avec isolation en paille, l’entreprise EcoCocon a lancé au printemps dernier son tout premier chantier en Alsace. Une première qui en appelle d’autres. Rédaction : Olivier Métral

Un premier chantier à Truchtersheim Avec plus de 700 chantiers réalisés en Europe et aux États-Unis, EcoCocon, longtemps cantonné à la fabrication de maisons individuelles, a désormais les moyens et la capacité de s’attaquer à des ouvrages plus imposants. L’an dernier, l’entreprise s’est lancée dans la construction d’un vaste centre logistique à Amsterdam (40 000 m2 de murs) et d’un immeuble de 58 logements, à Malmö, en Suède. Pas de grands bâtiments en vue en Alsace, mais déjà deux maisons individuelles livrées à Truchtersheim

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→ Geoffroy de Villèle

(c) Focus Studio

On peut à la fois être sur la paille et enregistrer une croissance spectaculaire. C’est la cocasse situation vécue par l’entreprise internationale EcoCocon, spécialiste de la fabrication de murs bois-paille, qui s’apprête à ouvrir en 2028, en France ou aux Pays-Bas, puis en 2029, aux États-Unis, sa 2e puis 3e ligne d’assemblage automatisée, après celle ouverte en 2024, en Slovaquie. De quoi produire à très grande échelle ses systèmes constructifs bas carbone et répondre aux sollicitations croissantes du marché. « La paille offre une parfaite isolation lorsqu’elle est compressée et constitue un levier très puissant pour décarboner le secteur du BTP », assure Geoffroy de Villèle, directeur France d’EcoCocon. « C’est une solution qui permet de diviser l’empreinte carbone d’un bâtiment par 34. »

au printemps dernier – les premières en région Grand Est –, et quatre autres programmées pour le mois d’octobre, à Berentzwiller et à Strasbourg. Si le coût de construction en murs bois-paille est environ 15 % plus cher qu’une construction classique, « le marché devrait logiquement se développer en France », prédit Geoffroy de Villèle, « non seulement en raison des excellentes performances thermiques des murs bois-paille, mais aussi parce que le pays est le premier producteur de paille en Europe et que ce matériau reste encore peu valorisé ». ←


Patrick Schweitzer

& Associés Architectes

L’architecte doit être à l’écoute de la société dans laquelle il vit. C’est sur la base de ce constat que Patrick SCHWEITZER Architecte DPLG et Urbaniste DIUP a positionné l’agence en faveur de la construction orientée développement durable. En s’appuyant sur les compétences d’une équipe jeune et dynamique, l’agence offre aujourd’hui une expertise aussi bien pour les villes durables, les écoquartiers, les équipements publics, les bureaux et les commerces que pour les bâtiments à haute qualité environnementale, les logements à basse consommation, les habitation passives et utilisant des matériaux recyclés, de la terre crue, du bois, de la paille mais également pour des projets hospitaliers et hôteliers en France et à l’international. L’agence réalise un chiffre d’affaires annuel moyen de 2 Millions d’euros HT et comprend 17 collaborateurs, 50 % de femmes et 50% d’hommes, 12 architectes, 2 ingénieurs travaux, 1 économiste et 2 administratifs. L’agence a obtenu plus de 60 prix nationaux et internationaux d’architecture pour la qualité de ses réalisations en France et à l’étranger. Elle a été classée parmi les 25 meilleures agences d’architecture française par le magazine ARCHELLO, en 2023. Crédit photo : Jules Toulet - Christophe Bourgois - Flocon de Plumes - Pierre Pommereau 98 Rue de Hochfelden - 67200 Strasbourg - Mail: contact@schweitzer-associes.com - Tél: 03 88 223 223 - www.schweitzer-associes.com


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☛ Immobilier

Une façade, une histoire (c) ArchiWiki

identités, offre un terrain de jeu inépuisable. Pour donner vie à ces histoires, le duo a imaginé un format à mi-chemin entre le documentaire, le podcast et l’expérience cinématographique. Une voix féminine questionne, une voix masculine répond, et inversement. Les images contemporaines permettent de reconnaître le lieu, les archives de remonter le temps, tandis que le dialogue donne du rythme au récit. Résultat : on ne regarde plus simplement un immeuble, on entre dans son histoire.

Chaque dimanche, la page Facebook Derrière les Façades invite à explorer l’histoire des bâtiments de Strasbourg à travers des vidéos où, archives, images et voix se répondent. Rédaction : Salomé Dollinger

↗ La Maison égyptienne, 10 Rue du Général-Rapp.

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Ils préfèrent rester dans l’ombre pour mieux mettre la lumière sur ceux qui racontent Strasbourg depuis parfois plusieurs siècles. « Les bâtiments sont les véritables personnages de nos histoires », nous confie par écrit les deux créateurs de la page Facebook, lancée en mai 2025. Un homme et une femme, profondément attachés à Strasbourg, curieux de son histoire et fascinés par son architecture. Pas question pour autant de se poser en experts. « Nous ne sommes pas arrivés dans ce projet avec la prétention de tout connaître. Au contraire, Derrière les Façades est aussi né de l’envie d’apprendre ». L’idée est simple et plutôt réjouissante : partir de ce que l’on voit pour raconter tout ce que l’on ne voit pas. Car derrière une adresse ordinaire se cachent souvent un architecte, une famille, un ancien usage, une transformation urbaine ou une guerre. « Les bâtiments sont peut-être les témoins les plus silencieux de l’histoire d’une ville ». Et Strasbourg, ville aux multiples

Derrière chaque vidéo, un gros travail d’enquête. Archives, inventaires patrimoniaux, documents et plans de la ville, photographies anciennes, publications historiques et architecturales sont patiemment croisés. Car les histoires peuvent se contredire, les architectes être mal attribués et certaines anecdotes, répétées pendant des décennies, mériteraient d’être réinterrogées. Et vient alors le plus difficile : élaguer. De cette montagne d’informations, il faut extraire le détail qui permet de comprendre le bâtiment. Une inscription, un oriel, une sculpture ou une ancienne fonction peuvent suffire. « Une façade qui mérite qu’on s’y attarde, c’est une façade qui donne envie de poser une question ». S’il fallait n’en choisir qu’une pour raconter Strasbourg ? La Cathédrale. « On peut venir la photographier et repartir en pensant l’avoir vue. Il suffit pourtant de s’approcher pour découvrir les sculptures, les pierres, les différences de couleurs ou les détails de la flèche pour comprendre qu’un bâtiment peut contenir une quantité presque infinie d’histoires ». Depuis qu’ils racontent Strasbourg, façade après façade, les créateurs ont du mal à simplement traverser une rue. Et si après avoir vu un épisode, « quelqu’un marche dans Strasbourg, s’arrête devant une façade et se demande ce qu’il y avait ici avant, alors le projet a déjà rempli une grande partie de sa mission ». ←


☛ Actualités

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GCC s’installe en Alsace

Depuis le 5 janvier dernier, GCC Construction, acteur majeur du BTP en France, dispose d’une antenne régionale à Strasbourg. Son directeur Mehdi Martin a les coudées franches pour développer l’activité du groupe dans le Grand Est. Rédaction : Olivier Métral Photographie : Abdesslam Mirdass

→ Mehdi Martin, directeur régional Est de GCC Construction.

Il va falloir compter en Alsace, et plus largement dans la région Grand Est, sur un nouvel acteur dans le secteur du BTP. Le groupe indépendant GCC, qui compte plus de 3 000 salariés à travers le territoire et pèse plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires, a ouvert le 5 janvier dernier, à Strasbourg, une agence régionale dédiée à sa branche « Construction ». Depuis le 7 juin, la petite équipe centrée autour de son directeur Mehdi Martin a définitivement pris ses quartiers sur le boulevard de la Fontaine, avec l’objectif de s’attaquer à tout type de marchés.

Une première opération à Cronenbourg À 48 ans, Mehdi Martin ne débarque pas en terre inconnue dans la région. Entré chez Bouygues Bâtiment Nord-Est en 2018 comme directeur commercial, il occupait depuis quatre ans sous le même toit le poste de directeur régional AlsaceBourgogne-Franche-Comté. « C’est un nouveau challenge qui s’offre à moi, sur un territoire qui m’est familier », explique-t-il. « Un territoire à fort potentiel de par sa position transfrontalière, son dynamisme économique et son important tissu industriel. Et même si la conjoncture est plutôt morose, il y a tout de même du volume et des marchés à prendre, notamment dans le secteur du logement social qui reste porteur ». Bénéficiant de l’appui de son groupe, mais aussi d’une grande autonomie – « on me laisse faire et je constitue mes équipes comme je l’entends » –, le nouveau directeur régional Est de GCC Construction, dont le champ d’action couvre également la Bourgogne et la FrancheComté, a déjà conclu une première opération à Strasbourg, avec la réhabilitation en site occupé de 432 logements dans le quartier de Cronenbourg, en liaison avec Ophéa, le principal bailleur social de l’Eurométropole. Les travaux, qui ont débuté en juillet, s’étaleront sur quatorze mois. ←

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☛ Portfolio

Pierre Frigeni L’instantanéité Pierre Frigeni est fasciné par l’orthogonalité, les lignes graphiques, les détails discrets de son environnement. Le regard du photographe influencé par sa pratique du skateboard, il déambule et explore l’espace urbain, en quête de géométries, de couleurs, de textures. Avec son appareil photo argentique ou son polaroid, il capte ce qui échappe au regard ordinaire. En isolant ses sujets, il révèle la beauté de l’anodin : une forme, une lumière, une ligne. Pierre Frigeni met en avant le vide et ce qui s’y joue. Ses images invitent l’imaginaire, à développer un regard sensible sur l’espace que nous traversons. L’architecture urbaine s’y prête parfaitement. C’est ce regard singulier qui a séduit les Musées de Strasbourg en 2017, qui lui ont confié le suivi de chantier de la reconversion de la COOP durant quatre années. Une partie de son travail photographique est à découvrir au 5e Lieu, au pied de la cathédrale. Dans la série présentée pour Habiter, Pierre Frigeni révèle ce que la banalité du réel peut avoir de saisissant. Le photographe met ici à l’honneur les espaces intermédiaires, parfois capturés à travers des films argentiques périmés qui donnent aux images leur rendu altéré et leur charme si particulier. @–isogram Expo photo collective Instant(s) sur la photographie instantanée chez Hey Mama. 17 rue Déserte, Strasbourg, jusqu’au 11 octobre.

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↑ Avenue de l’Europe 2023, Polaroid SX70


← La Coop 2016, Kokak Portra 400 - 135

← La Coop 2019, Kokak Portra 400 - 135

← La Coop 2022, Kokak Ektar 100 - 120


↑ La Coop 2021, Kokak Portra 800 - 120

← La Coop 2022, Kokak Ektar 100 - 120

↓ La Coop 2016, Kokak Gold 200 - 135


↑ Bassin nordique à Erstein Urbane Kultur


↑ Rue du Landsberg, 2021, Fuji Provia 100F périmé – 135

↓ Rue de Boston, 2020, Kodak Ektachrome E100 – 120


↑ Rue du péage, 2018, Fuji Provia 100F - 135

↓ Rue de Londres, Fuji Provia 100F - 135


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↑ Place de l’Étoile 2021, Polaroid SX70

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↑ La Coop 2018, Polaroid SX70

↓ Rue de l’Elbe 2022, Polaroid SX70

↑ La Meinau 2021, Polaroid SX70

↓ Avenue des Vosges, Polaroid SX70

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☛ Mutations et design

« Retrouver l’expérience strasbourgeoise » Comment redynamiser le centre-ville, renouveler l’offre commerciale, donner envie de flâner, de consommer, d’entreprendre ? Vaste chantier lancé dès l’installation du nouvel exécutif strasbourgeois avec les associations de commerçants, qui mesurent l’ampleur de la tâche. Rédaction : Barbara Romero Photographie : Alban Hefti

Anne-Pernelle Richardot et Gwenn Bauer ↓

Quand des locomotives ferment, on a le sentiment d’un centre-ville en perdition. C’est le cas notamment avec les fermetures récentes de Bouchara, Minelli, ou plus loin dans le temps, de Boulanger, Habitat, André, le Printemps. Signe des difficultés des enseignes nationales d’équipement de la personne et de la maison. Pour autant, le taux de vacance à Strasbourg était en baisse en janvier, soit à 5,3 % contre 6,6 % en 2025. La moyenne des métropoles françaises comparables est de 10,2 %. Strasbourg s’en sort donc plutôt bien. Mais ne va pas si bien. Durant les municipales, les Vitrines de Strasbourg ont interpellé l’ensemble des candidats sur leurs préoccupations majeures : une baisse de l’ordre de 20 % du chiffre d’affaires hors période de marché de Noël, des incivilités récurrentes, la propreté du centre-ville, l’urgence de reconquérir les habitants de l’Eurométropole. Dès le début de son mandat, la maire Catherine Trautmann a validé l’une de ses promesses de campagne : revoir la politique de stationnement au centre-ville. Le passage en conseil municipal est prévu au moment de la sortie de ce magazine, mais une mesure était déjà actée : la première demi-heure de stationnement gratuite. Aux manettes depuis quelques mois, Catherine Trautmann a reçu les associations de commerçants de la ville en juillet avec son adjointe Anne-Pernelle Richardot en charge de développer l’attractivité de Strasbourg. Les fast-foods tuent-ils le centre-ville ? L’objectif : « Retrouver l’expérience strasbourgeoise, une ville où l’on a envie de flâner, de s’arrêter en terrasse, accessible à tous, du plus jeune au plus âgé », confie l’adjointe à la maire. Mais pas toute seule. « L’idée du COPIL (comité de pilotage) centre-ville, c’est vraiment de mettre en place une vraie stratégie co-construite de développement du centre-ville. Je veux aussi qu’on s’attache à

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☛ Mutations et design

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↑ Donner envie de flâner, de consommer, d’entreprendre à Strasbourg.

mettre à plat avec les associations les aides pour les commerçants indépendants. Cela ne sert à rien d’empiler les aides si elles ne fonctionnent pas. » Afin de redynamiser et diversifier l’offre commerciale qui se fait littéralement happer par la restauration rapide – pour preuve, les locaux de Boulanger sont repris par... Burger King – l’équipe municipale a décidé de davantage contraindre les bailleurs, grâce à un dispositif expérimental : « Tout local commercial non loué depuis deux ans sera taxé, précise Pernelle Richardot. Nous voulons envoyer un signal fort aux propriétaires, rééquilibrer le rapport de force avec les commerçants locataires indépendants et lutter contre la spéculation, notamment au profit de la restauration rapide. » « Quand un commerce ferme, dans 98 % des cas, c’est repris par de la fast-food, parce que leurs marges sont beaucoup plus importantes que dans le prêt-à-porter par exemple, appuie Gwenn Bauer, président des Vitrines de Strasbourg. Il y a en effet urgence à diversifier l’offre commerciale. » Si la Ville ne peut intervenir dans une transaction privée, elle a un droit de regard – et d’acquisition prioritaire – grâce au droit de préemption mis en place il y a trois ans : « Cela prend du temps, mais j’étudie tous les dossiers, confirme Pernelle Richardot. Des négociations sont en cours pour attirer de grandes marques

nationales et internationales premium place Kléber et sur les axes principaux, comme la HauteMontée. La rue de la Mésange doit conserver son statut luxe pour la clientèle internationale. » Des ciels de rues à l’été 2027. Un travail spécifique est aussi programmé sur les axes secondaires en perte de vitesse comme la rue du Jeu-des-Enfants, la rue des Aveugles, des Serruriers, la rue Sainte-Madeleine, la rue du Marché ou du Noyer. Dans les tuyaux, des ciels de rue sur le modèle espagnol « co-produits avec les commerçants sur le principe d’un financement partagé. Ces aménagements ont l’avantage de créer des zones de fraîcheur, des rues instagrammables et donc des nouveaux cheminements dans la ville. » Dans le même esprit, Mathieu Cahn travaille à un « cheminement lumineux » entre les Ponts couverts, la presqu’île Malraux et la cathédrale. La Ville pourrait aussi s’inspirer des modèles de pop-up luxembourgeois,

« Tout local commercial non loué depuis deux ans sera taxé. » Anne-Pernelle Richardot, adjointe à la maire de Strasbourg

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☛ Mutations et design

« en louant des locaux à des bailleurs privés pour les sous-louer à des commerçants pour des durées de six mois renouvelables deux fois maximum, précise Gwenn Bauer. Cela permet de tester des modèles économiques avant une installation pérenne. » Concernant la propreté, « nous avons remis en place les passages réguliers dans les rues du centre-ville malgré des services en sous-effectif. » La maire a aussi mis fin à la Charte de l’abbé Pierre, « La police municipale ne pouvait plus intervenir puisque cette charte sacralise l’installation à la rue, précise AnnePernelle Richardot. Désormais, la police, en lien avec les services sociaux, peut les déloger et les réorienter vers des lieux d’accueil. » L’adjoint en charge à la sécurité, Arieh Adida, a demandé le renforcement des patrouilles à pied de police municipale pour l’été, « sans recrutement complémentaire à ce stade, mais en cours, notamment pour le poste de chef de la police municipale vacant depuis deux ans », indique Anne-Pernelle Richardot. L’équipe municipale veut aussi voir de grands événements choisir Strasbourg comme le Marché international du film documentaire l’année prochaine, « avec plus de 3 000 personnes attendues, rappelle AnnePernelle Richardot. Les commerçants seront invités à jouer le jeu en décorant leurs vitrines, en adaptant leurs horaires... » Des discussions sont aussi en cours pour faire revenir l’Industrie Magnifique, après la Strasbourg Art week

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↑ Le Printemps va retrouver sa façade 1930 et devenir « Nouvel été ».

organisée avec Strasbourg événement, ST’ART et les Vitrines pour un événement artistique hors les murs du 10 au 15 novembre. Accessibilité, attractivité, rayonnement, diversification commerciale... Exécutif et commerçants semblent parler d’une même voix. Reste à transformer cette feuille de route en résultats visibles, des grands axes aux rues secondaires et quartiers. ← Le Printemps devient Nouvel été Enfin, le Printemps a trouvé preneur. Exit la structure métallique controversée, place au retour de la silhouette d’origine de ce bâtiment de 1930 davantage intégré dans l’environnement de la rue de la Mésange. « Nouvel été » devrait voir le jour d’ici février 2029. Le sous-sol, le rez-de-chaussée et le premier étage seront occupés par Zara, avec des entrées réduites rue de la Haute-Montée. Le deuxième étage et les suivants seront investis par l’hôtel Motel One, une chaîne hôtelière allemande plutôt haut de gamme, misant sur le design et les artisans locaux. Mais ce qui fera probablement évènement, c’est l’ouverture d’un restaurant en rooftop, avec vue cathédrale, et accessible à tous depuis la rue Thomann. À Rivetoile, New Yorker remplacera Zara. Aux Halles et à l’Aubette, les discussions sont toujours en cours.


le luxe de prendre son temps

Piscine | Hammam | Sauna | Salle de repos | Soins

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23 rue des Glacières, 67000 Strasbourg | www.les-haras-hotel.com | +33 (0)3 90 20 50 15 | spa@les-haras-hotel.com


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☛ Mutations et design

Augmentés, pas remplacés

L’IA s’invite dans l’architecture et l’immobilier. Révolution ou mirage ? Entre la prudence d’un architecte et le pragmatisme d’un formateur, une même conviction : l’humain reste irremplaçable… à condition de ne pas l’oublier !

Nommé Chevalier des Arts et des Lettres en 2019, François Frédéric Muller est architecte et maître de conférence à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg. Celui qui a récemment partagé une réflexion sur les artefacts de l’intelligence, dans la revue critique Le Visiteur, observe le phénomène IA depuis deux fronts : son agence MW, fondée il y a 22 ans avec Julie Wilhelm, présidente de la MEA, et son amphithéâtre, où les étudiants manient Midjourney et ChatGPT avec une aisance décomplexée. Sa réponse pédagogique est tranchée : en licence, interdiction formelle d’ordinateur et de téléphone pendant les ateliers. « Mon but est de former des étudiants capables de se débrouiller en toute situation avec les fondamentaux. Des samouraïs qu’on peut lâcher dans le désert, calque et crayon à la main,

Rédaction : Salomé Dollinger Photographie : Laetitia Piccarreta

↗ François Frédéric Muller, architecte et maître de conférences.

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et qui arriveront à concevoir. Ce n’est qu’une fois cette base acquise que l’IA peut devenir un outil au service du projet ». Car entre un architecte et une IA, la méthode se ressemble « L’un comme l’autre compilent des références pour construire une réponse. Mais l’architecte y ajoute une part créative, intuitive, contextualisée. Aucune IA unique ne sait aujourd’hui gérer un projet de bout en bout ». Quant au chantier, il reste imperméable aux algorithmes. « C’est avant tout des relations entre personnes, de la coordination, des imprévus : livraisons retardées, artisan absent... Ici, il y a zéro IA », affirme l’architecte strasbourgeois. Son inquiétude principale concerne les jeunes diplômés. Si l’intelligence artificielle prend en charge les tâches d’apprentissage (recherches juridiques, rédaction, production d’images), comment


(c) DR

☛ Mutations et design

acquièrent-ils l’expérience en début de carrière ? Une question sans réponse simple... Mais une observation rassurante en contrepoint : « De plus en plus d’étudiants en fin de cursus se tournent vers des gestes artisanaux et des matériaux low-tech (isolation en paille, terre) avec une conscience écolo-sociale forte. » Dans les sphères de l’immobilier Julien Cadet observe la même transformation. Formateur indépendant en IA, il accompagne le portail immobilier Bien’ici – 230 millions de visiteurs annuels – dans sa mutation numérique. Sa philosophie tient en une phrase : « Quand il y a de l’humain, il n’y plus d’IA. » Concrètement, l’intelligence artificielle intervient déjà en trois phases clés : la prospection (planning éditoriaux, flyers, courriers personnalisés), la rédaction automatisée des annonces immobilières et la préparation des visites, avec le home staging virtuel. L’outil Hoqi désencombre une pièce virtuellement ; Noota synthétise automatiquement les comptes-rendus de réunion de syndic ; Gamma génère une présentation

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↖ Julien Cadet, formateur indépendant en IA.

en 20 secondes tandis que Notebook LM analyse 550 pages de PLU en dix. Mais les garde-fous s’imposent. « Je recommande de suivre la chaîne YouTube de Ludo Salenne et la newsletter de Mister IA pour rester informé, et de se former pour apprendre à déceler les usages », conseille Julien Cadet, estimant que parmi les 430 start-ups recensées dans l’immobilier depuis 2023, la moitié devrait disparaître. À horizon 2036. Les deux hommes voient venir la même mutation. La logique de filtres cède la place à la requête conversationnelle : « Demain, on cherchera un appartement comme on interroge un ami », affirme l’expert en IA. Si l’agent immobilier sera « augmenté », plus rapide et efficace, le vrai changement viendra des consommateurs eux-mêmes. François Frédéric Muller, lui, est incapable de dire précisément à quoi ressemblera le métier, tant l’évolution est rapide. Ce dont il est certain ? L’acte de bâtir, avec ses aléas et son irréductible humanité, restera fondamentalement hors de portée des algorithmes. ←

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☛ Mutations et design

Définitivement, les familles hôtelières alsaciennes ne cessent de nous surprendre avec des projets faisant de leurs hôtels des destinations à part entière. Chapitre 3 avec la renaissance du Clos Saint-Vincent à Ribeauvillé et de l’Hôtel du Parc à Obernai. Rédaction : Barbara Romero

(c) DR

Nouvelles destinations

Le Clos Saint-Vincent version Haeberlin ↗ Une piscine de 18 mètres de long pour une expérience sportive.

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À dix minutes seulement de l’Auberge de l’Ill, la famille Haeberlin s’apprête à écrire un nouveau chapitre de son histoire. Sur les hauteurs de Ribeauvillé, l’ancien Relais & Châteaux Le Clos Saint-Vincent renaîtra fin 2027 sous la forme d’un hôtel cinq étoiles de 32 chambres, avec brasserie et spa. Un investissement de 21,5 millions d’euros pensé comme une nouvelle immersion dans l’univers Haeberlin. « Tout le concept repose sur la pleine nature », confient Xavier et Maxime Muller-Haeberlin, qui pilotent ce projet avec leur sœur Laetitia. « Nous avons eu un véritable coup de cœur pour ce site, niché au milieu du vignoble et à seulement

dix minutes de l’Auberge de l’Ill. Il nous permet de proposer une expérience complémentaire à notre maison historique. Ici, nos clients profiteront de la Route des vins et des paysages viticoles ; à Illhaeusern, ils retrouveront l’atmosphère paisible des bords de l’Ill et du Ried. Deux univers, deux ambiances, à seulement quelques kilomètres l’un de l’autre. » Matériaux nobles et nature La carte de la brasserie sera bien sûr signée par leur père chef étoilé Marc Haeberlin, « une carte mettant en valeur les produits du terroir, parfois twistés d’une touche asiatique ou orientale. »


☛ Mutations et design

L’entrée de la brasserie sera distincte de celle de l’hôtel pour éviter trop de va-et-vient. Le restaurant sera ouvert sur la nature avec de larges baies vitrées et une belle hauteur sous plafond donnant ce sentiment de « dehors-dedans » de plus en plus valorisé. Toujours dans un souci de tranquillité, une passerelle suspendue permettra aux clients de l’hôtel de rejoindre le restaurant avec vue sur Ribeauvillé. De l’autre côté, les 32 chambres et suites misent sur l’ouverture, la nature et l’espace : la plus petite chambre fera 27 m2, les salles de bain seront ouvertes pour gagner encore en espace « et les lits dirigés vers l’extérieur dans cette ambition de communier avec la nature environnante. » Dans cet esprit, la famille Haeberlin a décidé de ne pas intégrer de salle de sport : « L’idée, c’est que nos clients profitent de tout l’environnement de l’hôtel. Ils pourront emprunter le GR5 juste à côté, ou visiter le vignoble, Ribeauvillé,

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les châteaux... » La piscine extérieure de 18 m de long prolongera cette parenthèse au grand air. Le SPA de 800 m2 sera réservé aux clients de l’hôtel, avec sauna, jacuzzi et salles de massage. Plutôt que repartir d’une page blanche, la famille Haeberlin a choisi de préserver l’âme du lieu. L’ancien chalet de chasse sera conservé, tout comme une partie des bâtiments existants, dans une démarche de réemploi portée par l’agence Ajeance réputée pour limiter l’impact environnemental, tout en respectant l’histoire du site. Une nouvelle fois, la famille Haeberlin a confié le projet à l’agence d’architecture Jouin Manku déjà maître d’ouvrage de la Brasserie des Haras et de la rénovation de l’Auberge de l’Ill. « L’atmosphère sera différente de celle de Hôtel des Berges, mais le fil conducteur reste nos architectes qui mettent en valeur les matières nobles, le bois, le cuir, les beaux tissus, dans un esprit épuré. » Une nouvelle adresse à découvrir et à déguster fin 2027.

« L’atmosphère sera différente de celle de Hôtel des Berges, mais le fil conducteur reste nos architectes qui mettent en valeur les matières nobles, le bois, le cuir, les beaux tissus, dans un esprit épuré. » Xavier et Maxime Muller-Haeberlin

(c) DR

← Une brasserie avec un sentiment de « dehors, dedans ».

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☛ Mutations et design

(c) DR

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YONA, « ailleurs ici » Soixante-douze ans après son ouverture, L’Hôtel du Parc Obernai poursuit sa mue et devient YONA, une nouvelle destination. « Quand nous l’avons repris avec ma sœur et mon beau-frère, nous avons réfléchi à une vision à long terme, correspondant aux nouvelles attentes d’une clientèle qui a besoin d’évasion, d’une destination bien-être », confie son directeur, Maxime Wucher. La nouvelle génération ne mise plus sur l’emplacement stratégique de l’établissement sur la Route des vins. Elle veut créer une parenthèse dont on ne veut plus partir. La première étape fondatrice a été la création pour 15 millions d’euros du Yonaguni, un SPA atypique et unique, largement primé à l’échelle internationale. Depuis, Maxime et Marie Wucher ont entièrement repensé l’A sian Spa imaginé par leurs parents, déjà visionnaires à l’époque, devenu aujourd’hui Yonasaya. Mais le plus spectaculaire a vu le jour ce printemps avec la création d’un nouveau bâtiment de

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↑ Les nouvelles chambres de YONA, pensées pour ne plus être quittées.

3500 m2 modifiant totalement la silhouette de l’ensemble de 10 000 m2 d’ici fin 2029. Vertical et magistral. Imaginé par le cabinet d’architecture AEA, le projet est résolument contemporain et casse les codes de l’hôtellerie alsacienne classique qui prévalait au Parc. Loin des clichés ostentatoires, les architectes ont misé sur les matériaux nobles et brut, le bois, la pierre et le métal. Tout y est pensé en verticalité avec un atrium vertigineux sur trois niveaux, un restaurant niché sous une voûte de bois magistrale et une cave à vin d’altitude. « Nous avons misé sur l’espace, et la transparence avec l’extérieur, grâce à des essences persistantes l’hiver qui contribuent à la détente et à la sérénité », résume Maxime Wucher. Les jeux de lumière évoluent au fil de la journée pour renforcer cette sensation d’apaisement. « Nous voulons que les gens se sentent “ailleurs ici”. Nous avons enlevé le logo 4 étoiles, car nous pensons qu’il faut réinventer


☛ Mutations et design

notre métier. Les gens ont besoin de beauté, d’être surpris, de s’évader, de partir plus souvent. Nous répondons à toutes ces attentes. » Les seize nouvelles suites sont épurées et contemporaines. « Nous avons libéré l’espace, avec des chambres spacieuses, des salles de bain ouvertes, confortables, pour être en harmonie avec le SPA, le bar, l’entrée, et notre nouveau restaurant Signature. » Plus qu’un simple restaurant d’hôtel, ce dernier devient lui aussi une destination, portée par ses volumes, son ambiance feutrée, sa cave monumentale et son bar sculptural, tranchant avec les codes

↓ Le restaurant Signature est ouvert à la clientèle extérieure.

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habituels des tables alsaciennes. Mais cette métamorphose est loin d’être achevée. Les travaux viennent de démarrer dans le bâtiment historique, qui accueillera à son tour de nouvelles suites, un accueil entièrement repensé et un nouvel espace de restauration dédié au spa. Chaque année, depuis 2020, une nouvelle pièce du puzzle vient enrichir l’expérience. « Notre clientèle découvre une nouveauté à chacune de ses visites. C’est extrêmement stimulant », sourit Maxime Wucher. D’ici à 2029, YONA aura mobilisé près de 30 millions d’euros d’investissement pour réinventer totalement l’ancien Parc Hôtel. ←

« Notre clientèle découvre une nouveauté à chacune de ses visites. C’est extrêmement stimulant »

(c) DR

Maxime Wucher

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☛ Mutations et design

Le design strasbourgeois contre vents et marées Concurrencés par les productions industrielles à bas coût et fragilisés par un contexte économique incertain, les designers strasbourgeois résistent en défendant l’écoresponsabilité, la fabrication locale et la force du collectif.

(c) Christophe Urbain

Rédaction : Barbara Romero Photographie : Laetitia Piccarreta, Christophe Urbain

↗ Le flacon imaginé par Grégoire Ruault dans le cadre de la récente collaboration « Elixir » avec le Centre verrier de Meisenthal.

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De la brosse à dents à la lampe de bureau en passant par un dispositif médical ou un sac à dos, le design est partout. On parle de design d’objet, d’espace, de design industriel. Et pourtant, « la discipline reste souvent obscure ou n’est pas très explicite pour le grand public », rapporte Grégoire Ruault, président de l’association de designers strasbourgeois IDéE, créée il y a vingt ans. L’idée de ce collectif : rendre plus visible leur métier et se rapprocher du monde de l’artisanat pour une union « des savoirs créatifs ». Mais quelle différence en réalité entre designer et artisan ? « Le design est une discipline de conception qui répond à une commande en conciliant cinq dimensions : l’ergonomie, l’économie, l’esthétique, l’éthique et l’émotion, résume Grégoire Ruault. Le designer fait le lien entre les usages, le

commanditaire et la fabrication. Mais la frontière est de plus en plus poreuse : certains artisans intègrent une démarche de design, tandis que des designers fabriquent eux-mêmes leurs créations. » Moderniser les pratiques Chaque année depuis 2006, IDéE se rapproche de corporations artisanales pour les accompagner vers le monde d’aujourd’hui ou de demain à travers des workshops. « Ce n’est pas toujours évident de faire comprendre comment moderniser leur pratique, c’est une question d’état d’esprit, mais aussi de pédagogie, confie Grégoire Ruault. Nous avons par exemple élaboré un nouveau moule moderne, avec des couleurs vives et une recette au thé matcha, pour des potiers, mais


Entre pragmatisme et émotion « Les collaborations longues avec un artisan ou un fabricant sont difficiles à mettre en place, rebondit Alix Videlier. Leurs carnets de commandes sont chargés et ces partenariats nécessitent souvent une structure ainsi que des démarches administratives supplémentaires. » Le récurrent reste le Graal, mais le plus difficile à atteindre. « Pourtant, le design est essentiel, rappelle Tamim Daoudi. Il pose la question de l’usage, du marché, de l’utilisateur, de la manière de réaliser un produit. C’est un métier stratégique avec les ingénieurs, les industriels. Mais quand on voit le retour sur investissement et les marges – deux concepts qui ne sont pas enseignés à l’école – il y a un grand décalage. » Tout est question de réseau et de discours selon lui : « Il faut savoir parler au portefeuille d’un industriel et être ultra pragmatique. Si vous parlez d’émotion, vous le perdez. Si vous lui demandez

(c) Laetitia Piccarreta

ils n’ont pas adhéré. Pour que le travail fonctionne, il faut que les artisans soient ouverts à remettre en question leur manière de faire tout en conservant leur savoir-faire traditionnel. » À l’image du workshop « Koug » pour moderniser le moule à kougelhopf en 2007. « 300 modèles du “MiniKoug” designé par Jean-Luc Weimar ont été écoulés lors d’une expo à la salle Mozart dans le cadre du Parcours du design, se souvient le président. Le recours à un maître-modèle imprimé en 3D a précisé et accéléré sa production, sans remplacer le savoir-faire du potier. Il a dû en écouler plus de 10 000 la première année. » Si les expos des designers remportent toujours un franc succès, la production dépend de la capacité de commercialisation du partenaire : « Le succès du Minikoug est lié à la structuration de la Poterie Siegfried Burger & Fils qui compte un commercial, un réseau et une boutique de vente, détaille Grégoire Ruault. À l’inverse, nous avons travaillé avec les artisans du grès pour moderniser l’usage et eu un franc succès au salon Résonnance. Mais les artisans ne disposaient pas d’une structure commerciale adaptée pour développer en série. » Or sans série, aussi ingénieux soit l’objet, le projet n’est pas rentable. « Cela reste encore tabou, mais la majorité des designers ont un job à côté », confie ainsi Alix Videlier, designer depuis 2014. Malgré des prix qui lui ont mis le pied à l’étrier dès la sortie de l’université, il doit donner des cours et assumer un autre petit boulot pour assurer ses fins de mois. « C’est un vrai sujet qui n’est pas abordé de manière franche, appuie Tamim Daoudi, designer produit et industriel. La plupart des designers sont en micro-entreprise et doivent avoir un boulot à côté. C’est ce que j’ai fait à mes débuts aussi. Aujourd’hui, j’ai pu embaucher un salarié. Mais le problème, c’est que dans les écoles d’art on nous forme très bien à faire des projets créatifs, inventifs, mais on n’a aucun cours de gestion d’une entreprise ou de stratégie commerciale. À l’inverse des architectes, notre métier n’est pas réglementé. »

← Grégoire Ruault, président de l’association IDéE.

(c) Jérémie Morlot

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← Tamim Daoudi, designer produit et industriel.

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« Pour que le travail fonctionne, il faut que les artisans soient ouverts à remettre en question leur manière de faire tout en conservant leur savoir-faire traditionnel. » Grégoire Ruault

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(c) DR

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↑ Le « footing vertical »dessiné par Tamim Daoudi pour la société MBS Industry permet aux personnes atteintes de handicap de faire de l’escalade. ↓ Alix Videlier a redesigné la chaise typique alsacienne tout en bois.

en combien d’opérations il produit son objet et que vous lui permettez de réduire le process, il a votre attention. On parle d’économie d’échelle. » Entrer dans des maisons d’édition est encore plus compliqué : « Beaucoup rêvent de se lancer dans le design d’objet, mais il y a très peu d’élus et les pourcentages reversés sont très minimes, regrette Tamim Daoudi. Le designer apporte les idées, mais les marques répondent qu’elles les fabriquent. Ce modèle manque de justesse et de justice et doit être revu et harmonisé au niveau européen. » Pour tirer son épingle du jeu, il y a donc la force de négociation, le collectif, mais aussi l’ouverture : « La France est un pays d’ingénieurs, il faut que les designers travaillent en transversalité, c’est là que l’on crée de nouvelles choses, estime Tamim Daoudi. Les industriels vont voir les Chinois en pensant “prix” sans donner leur chance aux designers. Il faut revoir la manière dont on produit, dont on consomme et dont on crée un besoin fondamental propre à notre territoire. » Une ambition partagée par Grégoire Ruault : « Notre association défend le travail avec des artisans et la production locale comme des moyens de dynamiser les territoires, de soutenir le savoirfaire et d’accompagner la transition écologique. L’engagement environnemental et le réemploi sont devenus incontournables pour les designers. » Produire localement, économiser les ressources, mieux répondre aux usages : le design ne se résume pas à produire de beaux objets, mais porte une autre manière de fabriquer et de consommer. Reste à donner les moyens aux designers d’en vivre. ←

(c) Alix Videlier design studio

Designers.alsace Tamimdaoudi.com Alixvidelier.com gregoireruault.wixsite.com/monsite

« Il faut revoir la manière dont on produit, dont on consomme et dont on crée un besoin fondamental propre à notre territoire. » 92

L’Alsace designée Fermé pour rénovation, le Musée Alsacien sort de ses murs avec Circuits courts, une exposition itinérante qui sillonne l’Eurométropole jusqu’en juin 2027. Le principe ? Faire dialoguer les collections du musée avec les créations contemporaines des designers du collectif strasbourgeois IDeE, associés pour l’occasion à des artisans locaux. Métal, céramique, verre, bredele, moule à kougelhopf ou encore réemploi du plastique : huit rendez-vous revisitent avec malice traditions et savoir-faire alsaciens. De Bischheim à Eckwersheim en passant par Mundolsheim, Achenheim ou La Wantzenau, le patrimoine change d’air et de regard. Programme et dates : https://culture. strasbourg.eu/sortir/circuits-courts/


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La revanche du geste Il y a quelque chose de presque militant dans le geste. Poser son téléphone (parfois même l’éteindre), saisir un pinceau, choisir ses couleurs et passer deux heures à décorer une tasse, un vase, une assiette... En silence, ou presque, dans un espace cosy qui sent bon le café chaud. À Strasbourg, ce rituel se répand. En un an, quatre cafés céramiques ont ouvert leurs portes : La Boutique des Bouleaux, Manifik, Cuisson Douce et Twogether. Une simultanéité qui ne doit rien au hasard. Mais d’abord, un peu d’histoire. Le premier café céramique aurait ouvert dans la banlieue londonienne, il y a quinze ans. Paris a suivi, il y a une dizaine d’années. Les villes de province, elles, s’y mettent depuis deux ans environ. Strasbourg, métropole aisée et touristique, s’y prête particulièrement. Au-delà de la géographie, ce qui frappe aussi, c’est la sociologie : des clients de 7 à 77 ans. Amis, collègues en team building, grands-parents avec leurs petits-enfants, des personnes seules en quête d’une parenthèse bien-être... Et une majorité de femmes, même si les hommes se laissent de plus en plus convaincre. Pourquoi avons-nous soudain besoin de faire quelque chose de nos mains ? La question mérite d’être posée sérieusement. « Le téléphone est utilisé en début de séance pour l’inspiration, puis complètement délaissé », observe Constance, kinésithérapeute en semaine et gérante de Cuisson Douce le week-end, depuis mars 2025. « Les clients parlent d’un bien-être lié à la créativité manuelle, surtout ceux qui n’avaient rien dessiné depuis des années ». Ismail, cofondateur de Twogether avec sa compagne Viviane – lui venu de la finance et de la biotech, elle du monde de l’événementiel – formule la même intuition : « Il y a un réel besoin de déconnexion face au tout-numérique, de poser son cerveau et de revenir à une activité manuelle qui, en plus, est accessible à tous ». Friand de coffee shop, le couple a ouvert à Strasbourg en octobre 2025. Carine, cofondatrice de Manifik avec son amie Evelyne, qualifie l’activité de thérapeutique : « C’est une pause face aux multiécrans et à l’intelligence artificielle. À l’opposé des loisirs compétitifs, on prend son temps pour créer un

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À Strasbourg, les cafés céramiques fleurissent. Derrière cette tendance, un mouvement de fond : le besoin de ralentir, de créer de ses mains, de se reconnecter à l’essentiel. Décryptage d’un phénomène qui dit beaucoup de notre époque. Rédaction : Salomé Dollinger

objet unique, personnalisé, authentique ». La slow life, le Do It Yourself, la non-performance... Autant de valeurs qui irriguent ce mouvement de fond, loin de la consommation de masse et du flux ininterrompu de l’information. Quant à Eugénie, cofondatrice de La Boutique des Bouleaux avec sa maman Régine, elle a découvert le concept des cafés céramique lors d’un voyage au Canada. Mère et fille ont ouvert une première adresse à Walscheid, en Moselle, en 2022, puis à Strasbourg, en octobre 2024. Eugénie parle « d’art-thérapie » en racontant l’histoire d’une cliente en burn-out, revenue peindre chaque semaine. « La vocation du lieu est de couper du quotidien et de se recentrer sur soi ». Des lieux hybrides où l’on vient créer, mais aussi savourer un latte et une pâtisserie maison. Si la céramique reste le cœur de l’activité, les consommations sont un petit plus bienvenu. Chaque adresse strasbourgeoise a développé sa propre identité. Le signe d’un temps qui change. Ces cafés céramiques ne sont pas nés dans le vide. Ils s’inscrivent dans un mouvement plus large, que l’on observe dans d’autres secteurs : la multiplication des marchés de créateurs, le retour du fait main, l’engouement pour les repair cafés, les ateliers de reliure, de sérigraphie, de fermentation maison... Eugénie le remarque dans son propre quartier strasbourgeois, où d’autres concepts hybrides ont émergé, comme Aven Bike, qui associe réparation de vélos et dégustation de café (on vous en parlait dans le numéro 56 !). « Ce sont des lieux où l’on vient autant pour vivre une expérience que pour consommer ». Le geste devient une résistance douce au monde tel qu’il va, trop vite, trop fort, trop connecté. Une façon de dire « pendant deux heures, je ne réponds à aucun message, je ne performe pas. Je fais juste quelque chose de mes mains, et j’en suis fière », sourit Carine. L’objet que l’on ramène ensuite chez soi – imparfait, unique, portant la trace de ce jour-là –, est peut-être le souvenir le plus tangible que l’on puisse garder d’un moment vécu pleinement. ←


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(c) DR

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Cuisson Douce, le plus intime des quatre (sûrement le plus petit café céramique de Strasbourg) mise sur une atmosphère chaleureuse : du bois, une lumière douce, et la présence d’artistes illustrateurs strasbourgeois, Julia Frechette et Corentin Garrido, qui conseillent les clients sur le design et les techniques, et exposent leurs propres pièces dans le café. Les douceurs sucrées, sans gluten, sont réalisées par une pâtissière strasbourgeoise.

Twogether a fait un autre pari : être un véritable coffee shop, ouvert jusqu’à 21h (une rareté à Strasbourg !) avec un café Moxa soigneusement sélectionné et une belle terrasse. On peut y venir uniquement pour boire un expresso, sans passer par l’atelier. Et pour les touristes pressés, un service de cuisson express a même été pensé : moyennant cinq euros supplémentaires, la pièce est prête en trois jours.

(c) Spirit Capture

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Cuisson Douce. 2, rue des Pelletiers — cuissondouce-ceramique.fr

Twogether. 44B, quai des Bateliers — twogether-cafe.com

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(c) photographiquement—clara

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Manifik, de son côté, a choisi une stratégie de proximité urbaine. « Les citadins se déplacent peu, il faut être au plus près des quartiers », explique Carine. Après l’ouverture quai de Paris en novembre 2024, c’est dans le centre commercial Rivetoile et au centre-ville de Colmar que l’enseigne colorée et contemporaine s’est installée. Prochaines étapes : Illkirch et Saverne. Manifik propose également des ateliers de modelage guidés (bougeoirs, bases de bureau, ex-voto) pour aller plus loin dans la pratique.

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(c) Elodie Winter

La Boutique des Bouleaux. 15, rue du Faubourg de Pierre laboutiquedesbouleaux.com

La Boutique des Bouleaux, elle, porte l’empreinte de Régine, potière de métier. La décoration évoque la chaleureuse maison de grand-mère, la grande table favorise les échanges spontanés, et les jeudis soir, des planchettes apéritives transforment le café en afterwork décontracté. L’enseigne familiale essaime désormais à Haguenau, Sarrebourg, et bientôt Wissembourg et Sélestat.

Manifik. 7, quai de Paris et 3, place Dauphine — manifik.fr


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HABITER

2026

Les adresses ☛

Cafés céramique

Cuisson Douce 2 rue des Pelletiers, Strasbourg. cuissondouce-ceramique.fr

Twogether 44B quai des Bateliers, Strasbourg. 03 88 51 18 43 twogether-cafe.com

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YONA Hôtel 33 rue Mont Saint Jean, Obernai. 03 88 95 50 08 yonahotel.com

Association IDéE 2 rue de la Coopérative, Strasbourg. designers.alsace

Hôtels et spa

La Boutique des Bouleaux 15 rue du Faubourg de Pierre, Strasbourg. 06 09 42 97 60 laboutiquedesbouleaux.com

Manifik 7 quai de Paris, Strasbourg. 03 88 64 07 47 3 place Dauphine , Strasbourg. 03 88 41 03 73 manifik.fr

Le Clos Saint Vincent 1 lieu dit Spiegel, Ribeauvillé.

Association


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