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FESTIVAL « JE T’AIME… ICH AUCH NICHT » Mardi 12 novembre 2013 – Salle de l’Esplanade Arsenal 20h00

PASSIONS MODERNES Direction Julien LEROY CLAUDE DEBUSSY Prélude à l’après midi d’un faune (arrangement musical Arnold Schoenberg) ANTON WEBERN Sechs Stücke für Orchester op.6 (version de chambre) JOHANN SEBASTIAN BACH Fugata Ricercata n°2 aus dem « Musikalischen Opfer » (orchestration Anton Webern) ARNOLD SCHOENBERG Cinq pièces pour orchestre op 16 Durée : 104 minutes + entracte

Le Festival « Je t’aime… Ich auch nicht » est présenté par l’Arsenal – Metz en Scènes, la Ville de Metz et l’Orchestre national de Lorraine, avec le soutien du Conseil Général de la Moselle et de la SACEM , avec la contribution du Goethe-Institut Nancy, du Forum-IRTS de Lorraine/ ALFOREAS, du Cercle Lyrique de Metz, de la Fondation Jeunes Talents, et en partenariat avec la Hochschule de Sarrebruck et la Saarländischer Rundfunk 2.


CLAUDE DEBUSSY (1862 - 1918) Prélude à l'après-midi d'un faune (1894) (arrangement Schoenberg) Dans les dernières années du dix-neuvième siècle, Claude Debussy assistait fréquemment aux réunions d’écrivains et d’artistes que le poète Stéphane Mallarmé organisait chez lui. En 1876, Mallarmé avait publié un poème « L’Après-midi d’un faune », et ce n'est que seize ans plus tard, réalisant que Mallarmé avait espéré voir son poème présenté au théâtre, que Debussy se mit à composer une musique à partir du poème. Il l'intitula d'abord Prélude, Interludes et Paraphrase finale pour l'après-midi d'un faune, pensant sans doute que cela serait la musique d’accompagnement d’une telle représentation*. Finalement il s'en tint au Prélude qu'il résuma ainsi : « c'est une illustration très libre du beau poème de Stéphane Mallarmé. Elle ne prétend pas à une synthèse de celui-ci. Ce sont plutôt les décors successifs à travers lesquels se meuvent les désirs et les rêves du faune dans la chaleur de cet après-midi. Puis, las de poursuivre la fuite peureuse des nymphes et des naïades, il se laisse aller au soleil enivrant rempli de songes enfin réalisés, de possession totale dans l'universelle nature ». La première audition, le 22 décembre 1894, à la salle de la Société nationale de Musique à Paris sous la direction du chef suisse Gustave Doret fut un immense succès et l’œuvre fut bissée. Nullement descriptif, tout en rêve voluptueux, en dix minutes, ce Prélude devient le véritable prélude à Debussy l’avant-gardiste, posant formellement ainsi les fondements de la musique moderne. Au-delà de l'éveil voluptueux du désir d'un faune dans la chaude moiteur d'un aprèsmidi, c'est bien la musique moderne qui s'éveille. En 1918, Arnold Schoenberg fonde avec quelques amis et étudiants, la Société d'exécutions musicales privées (Verein für musikalische Privataufführungen) dans le but de former à l'écoute et à la compréhension de la nouvelle musique. Ils ne voulaient pas se limiter uniquement à l'exécution des œuvres de musique de chambre, de sorte que, à la demande de Schoenberg, ils ont commencé à faire des arrangements d'œuvres orchestrales pour un petit ensemble, habituellement un composé d'instruments à cordes, piano et harmonium et quelques solo bois ou cornes. Si parmi les œuvres transcrites sous la supervision de Schoenberg on trouvait des œuvres comme la 4e Symphonie et le Chant de la Terre de Mahler, la 7e Symphonie de Bruckner ou quelques valses de Strauss, on sait qu'il fût réalisé un arrangement du Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy. Schoenberg et ses collègues ont réussi à créer un arrangement qui garde intacte l'incroyable variété de couleurs présente dans l'original, tout en donnant à l'œuvre un élément supplémentaire d'intimité et de clarté. *Par la suite le Prélude deviendra l’une des chorégraphies dansées par Nijinski et les Ballets Russes.

1894 Événements contemporains Assassinat du Président de la République Sadi Carnot. Jean Casimir-Périer est élu président de la République. Début du règne de Nicolas II, dernier Tsar de Russie. Première guerre sinojaponaise. Invention des corn-flakes par les frères Kellogg. Auguste Rodin sculpte Les bourgeois de Calais. Rudyard Kiplin écrit le « Livre de la jungle » et Jules Renard « Poil de carotte ». Mort d'Emmanuel Chabrier. Œuvres contemporaines Debussy Prélude à l’après-midi d’un faune, Mahler Symphonie n°2 « Résurrection », Massenet Thaïs.


ANTON WEBERN (1883 - 1945) Six Pièces pour orchestre op. 6 (1909) 1. Etwas bewegt (Assez animé) 2. Bewegt (Agité) 3. Zart bewegt (Doucement animé)) 4. Langsam, marcia funebre (Lent, marche funèbre) 5. Sehr langsam (Très lent) 6. Zart bewegt (Doucement animé) L'œuvre est jouée pour la première fois le 31 mars 1913 à Vienne, sous la direction d'Arnold Schoenberg (dédicataire de l’œuvre). La première en France a eu lieu en 1957 par Pierre Boulez lors d'un des concerts du Domaine musical. Écrites pendant l'été 1909, les Six Pièces pour orchestre op.6 de Webern sont contemporaines des Cinq Pièces pour orchestre op.16 et d'Erwartung de Schoenberg. De dimensions très variables, elles participent à l'esthétique expressionniste par la durée, tantôt très concentrée (la troisième pièce ne compte que onze mesures), tantôt très étale, comme dans la quatrième pièce sous-titrée « Marche funèbre ». L'extraordinaire nouveauté de ces pièces tient d'abord à l'usage de la Klangfarbenmelodie* (mélodie de timbres), une ligne mélodique répartie entre divers instruments que l'on peut entendre par exemple au début de la première pièce. Cette attention pour le timbre conduit Webern, dans les autres pièces, à privilégier des combinaisons instrumentales peu usitées, telles que flûte, célesta et trompette avec sourdine, au sein d'un effectif orchestral très important (ce qui en fait la seule partition de Webern pour très grand orchestre). En 1928, il en effectue une révision pour un orchestre considérablement réduit, un peu dans l'esprit de sa Symphonie pour petit orchestre op. 21 qu'il compose cette même année. 1909 Événements contemporains Aristide Briand Président du conseil. Première traversée de la Manche en avion par Louis Blériot. Premiers travaux du canal de Panama. Création de la 1re auberge de jeunesse par l'instituteur allemand, R. Schirrmann. L'Américain Edwin Peary atteint le pôle Nord. Décès du compositeur Isaac Albeniz. Œuvres contemporaines Rachmaninov Concerto pour piano n°3, Rimsky Korsakov Le Coq d’Or, Richard Strauss Elektra.


JOHANN SEBASTIAN BACH (1685 - 1750) Fugata Ricercata n°2 aus dem « Musikalischen Opfer » (orchestration Anton Webern) Première audition le 25 avril 1935 à Londres par l'Orchestre de la BBC sous la direction de Webern. Toujours sur les traces de Bach, Webern orchestre en 1934/1935 sa Fugata Ricercata. Entièrement édifiée sur une série de variations canoniques autour d'un thème unique, l'idée de la « Musikalischen Opfer » (« l'Offrande musicale ») vint à Bach sur une proposition du roi Frédéric II de Prusse, qui l'avait accueilli avec son fils aîné au printemps de 1747. Bach composa un cycle de variations et de canons sur le thème royal, dont un Ricercar à six voix. Webern voyait dans une orchestration personnalisée un moyen de mettre en évidence les multiples dimensions du texte musical « Mon instrumentation essaie de mettre à nu les relations motiviques. Cela n'a pas toujours été facile . . . Ne s'agit-il pas d'éveiller ce qui dort encore, caché, dans cette représentation abstraite que Bach en a donné lui-même et qui, de ce fait, n'existait pas encore pour beaucoup de gens, ou du moins, leur était totalement incompréhensible ? » l'usage de la Klangfarbenmelodie permet de souligner la structure par les timbres (sujet aux cuivres, réponse aux bois et contre-sujet aux cordes, puis développement de timbres) et parvient même à modifier les proportions. Il n'est donc pas superflu de mentionner une instrumentation d'un ouvrage de Bach dans le catalogue orchestral de Webern, tant elle constitue, pour son propre compte une œuvre originale. *Pièce instrumentale savante basée sur le procédé de l'imitation. Écrite pour plusieurs voix c'est une forme contrapuntique plus ancienne et moins élaborée que la fugue.

1935 Événements contemporains Lois de Nuremberg. Peter Raabe succède à Richard Strauss à la tête de la Chambre de la musique du Reich. Interdiction du jazz à la radio. Parution de l'Abécédaire musical des Juifs. Œuvres contemporaines Werner Egk Le Violon enchanté, Richard Strauss La Femme silencieuse.


ARNOLD SCHOENBERG (1874 - 1951) Cinq pièces pour orchestre op 16 (1909) 1. Vorgefühle. Sehr rasch (Pressentiments. Très rapide) 2. Vergangenes. Mässig (Le Passé. Modéré) 3. Farben. Mässig (Couleurs. Modéré) 4. Peripetie. Sehr rasch (Péripéties. Très rapide) 5. Das obligate Rezitativ. Bewegen (Le récitatif obligé. Émouvant) En février 1909, Schoenberg compose les Cinq pièces pour orchestre en un laps de temps relativement court puisque la dernière est terminée en août. Elles témoignent de la période atonale libre du compositeur et d’un expressionnisme très évolué proche du cubisme ou de certaines toiles abstraites de Kandinsky. Brèves, atonales et athématiques, elles témoignent de la révision du temps musical et de la disparition progressive de l’orchestre romantique. Elles n’en sont pas moins d’une richesse extraordinaire et d’une émotion toute particulière. Bien que Schoenberg ait révisé la partition à deux reprises (en 1922, puis en 1949, pour une formation plus modeste), l'orchestre est encore considérable, comparable à l'effectif de Pelléas et Mélisande. Malgré cette imposante nomenclature, l'orchestre n'est que peu utilisé en tutti. De nombreux passages font un usage très poussé de l'écriture pour instruments solistes. Dans leur succession, les Cinq pièces, avec « Farben » symboliquement au centre, alternent les textures et les orchestrations massives et celles plus proches de la musique de chambre, la dernière présentant la combinaison des deux écritures. Toutefois l'innovation la plus frappante de l’œuvre se définit par un concept entièrement nouveau. En effet, c'est ici que Schoenberg introduit pour la première fois la Klangfarbenmelodie qui exercera une influence considérable sur une grande partie de la musique composée depuis lors. À chacune des pièces, Schoenberg avait joint un sous-titre (à la demande de l'éditeur Peters, pour rendre la musique plus vendable). Retirés de l’édition définitive, ils permettent néanmoins d'éclairer parfaitement le sens des morceaux. La première pièce, Vorgefühle (Pressentiments) est la plus violente des cinq. Le temps y semble complètement disloqué, lacéré et nous empêche de trouver des points de repères. Le sentiment tragique domine cette pièce et l’instabilité constante nous plonge dans l’incertitude de l’avenir, nous obligeant à subir cette souffrance en temps réel. Le contraste est total à l’écoute de Vergangenes (le Passé). On y retrouve les vestiges de la tonalité et de la forme ternaire. Comme un archéologue qui devrait décrypter une découverte ancienne. C’est un monde ancien qu’on abandonne et cette expression toute particulière est celle du vécu de l’homme qui a toujours quelque chose à regretter dans son passé. La troisième pièce représente le pivot central de l’œuvre. Farben (Couleurs). Elle est aussi une magnifique suspension du temps… (Matin d’été sur un lac est le deuxième sous-titre donné par Schoenberg à cette pièce). Tout y est calme et les eaux sont paisibles. Le moindre remous constitue dès lors un événement de taille. Rarement la musique n’aura évoqué si bien le silence et la succession de micro phénomènes sonores. On y trouve tous les éléments de la Klangfarbenmelodie où chaque instrument y va de sa brève intervention, dans une succession de timbres sonores remarquables. La quatrième, Peripetie (Péripétie) est la plus courte des cinq pièces. Elle comporte des éléments brutaux dus à la fragmentation complète du matériau sonore. L’ensemble se termine par Das obligate Rezitativ (le Récitatif obligé), qui déploie une longue ligne mélodique jamais répétée, passant d’un instrument à l’autre, il se dégage alors un rythme de Ländler viennois symbole lui aussi d’un passé pas si lointain. *Technique musicale consistant à confier aux différents instruments des interventions très concises dans un kaléidoscope de timbres différents. Les instruments de l’orchestre n'ont pas de rôle mélodique à proprement parler, mais chacun contribue à l'élaboration d'une mélodie globale et générale.


Julien Leroy Chef d’orchestre Nommé au poste de chef d’orchestre assistant de l’Ensemble Intercontemporain auprès de Suzanna Mälkki en 2012/2013, Julien Leroy, s’inscrit dans la nouvelle génération des jeunes chefs d’orchestre français. En 2012, il est l’invité du Festival de Lucerne pour être chef assistant de Pierre Boulez à l’Académie. Vainqueur de l’« Honorable Mention Award » en terminant second de l’édition 2009 du 15e Concours international de direction d’orchestre de Tokyo, il est alors nommé professeur de direction d’orchestre au CRR de Metz en septembre 2010. Chef d’orchestre adjoint de l’Orchestre de la Cité internationale depuis 2006, son parcours l’invite en autres à diriger le nouvel Orchestre philharmonique du Japon, l’Orchestre symphonique de Tokyo, l’Orchestre du Centre national des Arts d’Ottawa, l’Orchestre philharmonique Arturo Toscanini, l’Orchestre du Festival de Verbier, l’Ensemble Court Circuit au festival Novelum, l’Ensemble TM+… En 2009, il est lauréat du Young artists conducting program du Centre national des Arts d’Ottawa sous la direction de Pinchas Zukerman et Keneth Kiesler. Julien Leroy est sélectionné à l’Académie du Festival de Verbier auprès de Kurt Masur. Directeur musical de l’orchestre symphonique Paris Rive Droite de 2003 à 2006, il fonde la direction musicale de l'Ensemble Orchestral Intermezzo avec lequel il explore de nombreux répertoires. Attiré dès l’âge de quatorze ans par la direction d’orchestre, il s’initie à cette


discipline au sein de la Fondation Segiu Celibidache Stiftung München auprès de Konrad von Abel et poursuit sa formation dans la classe d’Adrian McDonnell au conservatoire de la Ville de Paris. Il est alors invité à se perfectionner aux masterclasses dirigées par Valery Gergiev, Kurt Masur, Jorma Panula et Daniel Harding, qu’il assiste occasionnellement au sein de l’orchestre de la radio suédoise de Stockholm. Il approfondit ensuite le répertoire contemporain auprès de Laurent Cuniot et Jean Deroyer. Violoniste de formation, Julien Leroy obtient également dans la classe de Frédéric Pelassy, un premier prix de la Ville de Paris à l’unanimité en violon et en musique de chambre. Ses études d’harmonie, d’analyse, d’écriture et de culture musicales lui permettent d’obtenir également un diplôme d’études musicales. Son désir de partage avec les plus jeunes l’a amené à diriger les orchestres des Conservatoires de Paris. Il assure également depuis 2003, la direction artistique de plusieurs formations au sein des Orchestres de Jeunes Alfred Loewenguth. En 2010, Julien Leroy enregistre avec l’orchestre de la Cité internationale l’Ouverture fantaisie de Roméo et Juliette de Tchaïkovski et collabore plus récemment avec l’Ensemble Basse-Normandie et Jean Deroyer à l’enregistrement d’un Disque autour de la 4e Symphonie de Gustave Mahler / Arr. Stein.


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