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photo : Wilee / graphisme : Cyrille2d

Septembre Octobre 2009 #5

LE MAGAZINE CULTUREL HIP HOP

 Interview Dj Premier 

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Monshipour raccroche les gants

Michael Jackson / Abdel Alaoui, le cuisto de Canal / les BD Haterz


ÉDITO

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Y a plus de fric dans le rap. Qui s’en soucie ? Pas nos lecteurs, il ne manquerait plus qu’on vous demande de vous inquiéter pour des histoires de sous. Et puis tant qu’on trouve des mecs comme Wilee (en couv), Callier (rubrique ‘‘soyez soul’’) ou le groupe Tu Shung Peng (rubrique ‘‘soyez roots’’), il n’y a pas de quoi s’alarmer. Alors pardon, mais un coup de gueule, ça vient comme une envie de pondre. Les activistes hip hop se démènent pour faire vivre la culture, l’art… Pas pour se plaindre de ne pas faire péter le jackpot. Mais voilà, sans chercher le jackpot, avec ‘‘la fraîche’’ on fait des choses. Et si ça continue il va falloir organiser une quête nationale pour financer le hip hop. C’est du délire ! Les musiques urbaines n’arrêtent pas de progresser dans la culture populaire, les trentenaires écoutent du hip hop depuis plus de 15 piges, les ados baignent dans le rap depuis l’enfance… Le public est immense. Mais le marché de la publicité boude le hip hop. Et pas de pub, c’est moins de médias, moins de médias c’est moins d’exposition pour les artistes, et moins d’exposition pour les artistes c’est moins de moyens pour créer… Le chat se mord la queue, avant de se bouffer les pattes arrières. Trouver des médias qui parlent de Mos Def, d’artistes émergents, ou qui mettent un photographe en couverture relève presque de l’exploit. À croire que K-Maro, le rap gang et le R’n’B ont fini de convaincre les publicitaires que le hip hop est une culture au rabais, et que quitte à investir, autant le faire sur la Star Ac’ (l’attaque est facile, mais au moins, on se comprend). Orbeat contre-attaque. Nous lançons une nouvelle formule en forme de coup de gueule : la pub discount ! Les grandes marques hésitent… Les indés profitent. De la pub abordable à toutes les bourses. Qui dit mieux ? Après le choix d’un hip hop artistique, Orbeat fait dans le hip hop économique. La crise on l’emmerde, ce qu’on veut nous, ce sont des artistes, et de la musique. mBz

Contactez-nous : mbz.orbeat@yahoo.fr

Illustration: Choq «myspace/choq94»


Sommaire

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NEWS Le quartier général, Usain Bolt page 08 INTERVIEW US

DJ Premier page 12

SOUL Terry Callier, Mr Bongo… page 14 REGGAE Tu Shung Peng page 16

COUV’ 20 ANS DE CLICHÉS HIP HOP, PAR WILEE

page 20

TALENT DÈS DEMAIN Aysat page 32

RAP FR Sexion d’Assaut, Oxmo… page 34 MARSEILLE Révolution Urbaine, News page 36 RAP US Eminem, Mos Def… page 38 CULLTURE HH light painting, break… page 40 CULLTURE HH Abdel Alaoui page 44

CINÉMA / DVD Notorious, Les Lascars… page 50

ORBEAVIEW L’hommage à Michael avec Olivier Cachin BD Haterz.fr page 56

page 54

#5

Photo : Cyrille 2D

SPORT Mike Pietrus page 48

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SPORT Monshipour avant et après l’ultime combat page 46

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Comité de direction : Michaël Ben Zakoun / Augustin Legrand Directeur de publication : Michaël Ben Zakoun Rédacteur en chef : Augustin Legrand Contact régie publicitaire : Moussa Boucetta Responsable éditorial Multimédia / Journaliste : Alexandre Bol Directeur artistique / Graphiste : Cyrille Dumont-Dotsou Graphistes / illustrateurs : Gregoire De Mortillet, Choq (myspace/choq94), Elo et Delphe (Le Quartier Général)

Journalistes : Baptiste Auroux, Jean Berthet, Thomas Fédérici, Lionel Modrzyk, avec les aimables participations de Marion Chevassus (BOD magazine) et Karim Fares (Open Your Mic). Secrétaire de rédaction : Florian Mismaneou, JBZs Imprimerie : SAS Maulde & Renou Sambre, 75019 PARIS France Editions / distribution : ISSN 1957-2425 Orbeat Lasso, 5 rue de le Psalette, 37 000 Tours. W372008313. Tous droits de reproduction pour tous pays. Aucun éléments de ce magazine ne peut être reproduis par quelque moyen que ce soit, y compris mécanique et électronique, on line ou off line sans l’autorisation écrite de Orbeat Lasso.

Retrouvez toute l’actu culturelle sélectionnée par orbeat sur

www.orbeatmagazine.com Septembre / Octobre 2009  www.orbeatmagazine.com 


COURRIER DES LECTEURS FB

Courrier des lecteurs Facebook

                                       Rejoignez le groupe Orbeat sur Facebook (Orbeat, le groupe de presse qui fait son trou) et laissez vos messages sur le mur ou en privé. Des coups de gueules, des rimes, des bons plans, c’est freestyle alors lâchez-vous. On a aussi reçu de nombreux messages d’encouragement, et sa booste forcément. ;) Histoire de donner des idées à la presse spécialisée nous avons repris en priorité quelques-unes de vos réactions à la question, quelle serait la couv de vos rêves ?... Il y a de l’idée.                                       

RÊVONS UN PEU Tarik L

Pour répondre à votre question sur la couv de mes rêves, ce serait pour moi une sorte de parure. Celle d’un collier avec en guise de perles les mouvements annonciateurs, initiateurs et participatifs de tout ce qui fait le H.H :) Et ce bijou s’adapterait à tous les coups ! Sinon je tripperais bien sur une couv du genre : un pianiste classique du moyen âge en tenue 18ème siècle et sur le piano un représentant du modèle H.H… Avec comme décor en toile de fond la forêt et des peuplades primitives tambourinant et imitant le son qui les entourent :)

 Merci de ta suggestion Tarik. En effet

on peut imaginer que tu as trippé et nous t’en remercions. Nous avons essayé de faire une couv ambitieuse illustrant à la fois les fondements et la tournure artistique contemporaine du hip hop. En espérant que tu es satisfait ;) Big up aux rêveurs.

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LES FRÈRES CASSEL OU FOREST WHITAKER… Fabrice G

‘Tain y en aurait plein que j’aimerais voir en couv’ pour ma part !! Mais je dirais... Rockin’ Squat’ pour la sortie de son skeud, peut-être avec son frère Vincent. Ce serait cool de les voir tous les deux en couverture. Sinon j’ai d’autres idées !!! Comme couverture un peu

G-Funk, j’dirais Warren G.... ou Nate Dogg ??? Petite pensée pour lui au passage, j’espère de tout coeur qu’il se rétablira. Sinon, mais ça c’est parce que je viens de me remater Ghost Dog, Forest Whitaker en couv’ !!! Juste pour connaître un peu le rapport qu’il a avec l’univers hip-hop. Mais comme dirait Akh, c’est juste un fantasme

 Il y a toujours 2/3 lecteurs qui se font

remarquer et Fabrice entre dans la case des pertinents !!! Tes commentaires le sont souvent et pour être franc la combinaison des frères Cassel est une option que nous avons travaillée plus que sérieusement il y a quelques mois. Rockin Squat était intéressé mais le clan de Vincent était, semble-t-il, beaucoup moins chaud. Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.

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METTEZ MA GUEULE !

Dj Number Six

En couverture ? Mettez ma gueule. De toute façon après Common... À moins de rassembler tout le Wu Tang ou de faire poser Pete Rock & C.L Smooth en slip sur une plage de Normandie… Je ne vois pas ce qu’il y a de nécessaire...

 Number Six, nous avions songé à te mettre en couv mais nous n’avons pas retrouvé tes coordonnées ;). Plus sérieusement il nous reste à faire Dr Dre en masque et tuba pendant ses vacances à la mer. Soit ça, soit les MOP en tenue de danseuse du crazy horse. Si j’en entends quelqu’un dire qu’on a des délires bizarres… Ça va chauffer !

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LE DÉBAT DES HAS BEEN. Deedee

Trop sympathique votre débat dans le dernier numéro entre deux inconnus sur le retour des NTM. Perso je les ais malheureusement ratés sur scène, mais j’étais d’accord avec l’idée générale du débat. Leur retour était un évènement, mais les places étaient un peu chères !

 Merci Deedee. Tu as oublié une autre idée importante du débat : après quelques bières un débat ça devient n’importe quoi ! On s’ennuie…

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JE VEUX CHANTER Axel

Je m’ennuie un peu ces derniers temps devant les bacs de cd de rap français. Orelsan, la Sexion d’Assaut, un petit Nessbeal à l’occasion donnent un peu d’air mais sinon on se fait quand même sacrément c…. Comment faire ? Ca fait tellement longtemps que je n’ai pas appris un couplet par cœur…

 Tu n’es pas incompris Axel, beaucoup d’amateurs de rap français sont tourmentés ces derniers temps. C’est peut-être l’occasion de s’intéresser aux tendances jazz, electro, dub step (dédicace à Coco). Il est vrai que le rap game à la française est dans un ventre mou… Mais si tu veux être certain des sensations, ouvre toi aux autres disciplines, la danse et le graphisme sont en pleine explosion.


NEWS

ORBEAT color

Le Quartie

r Général

La couv que vous avez manquée. Le quartier général ce studio de graphisme en vogue a mis un coup de frais sur Orbeat (lequartiergeneral.com) :

La France championne du monde de battle chorégraphique hip hop

C’est le RAF Crew qui a ramené la médaille de Las Vegas malgré un niveau de compétition très relevé. Le groupe s’est démarqué par sa sensibilité plutôt que par ses exploits techniques d’après les commentaires rapportés du jury. Une victoire d’autant plus française que les 6 danseurs sont originaires de Lille, La Réunion, Paris, Angoulême. Pour l’anecdote RAF signifie officiellement ‘‘Roots and feelings’’, mais RAF, c’est ‘‘rien à foutre’’ et pis c’est tout.

Usain Bolt va tout péter

Bolt, 23 ans, recordman du 100 mètres, du 200 et du 4 fois 100 se demande s’il ne va pas passer à autre chose pour ne pas s ‘ennuyer. On parle de la possibilité de le voir sur 400 mètres et sur le saut en longueur. Bolt avait déjà évoqué l’envie d’essayer le saut en longueur. Le recordman de la discipline Mike Powel a surenchéri en pronostiquant le jamaïcain au-delà des 9 mètres 90. Michael Johnson qui était plus septique sur la possibilité de se faire piquer ses records sur 200 et 400 a fini par reconnaitre récemment qu’il pouvait se faire coiffer sur le tour de piste en précisant que ça serait plus difficile que sur 200 mètres. Mais comme Johnson avait déjà été septique sur le 200 mètre et que Bolt a explosé son record en un an (19s19 au lieu de 19s32)… Ca risque d’aller plus vite que prévu !

Phénomène US

EN VRAC

Jayshawn Augusto est le nouveau phénomène du basket-ball américain. Du haut de ses 11 ans Jayshawn touche la balle avec une facilité déconcertante et son shoot est tout simplement hallucinant. Ses vidéos font un carton sur le net et les commentateurs font état de capacités physiques totalement hors normes. Jetez un coup d’œil, ça vaut le détour. (Retrouvez une vidéo sur orbeatmagazine.com)

Chris Brown a écopé de 180 jours de travaux d’intérêt général et d’une interdiction d’approcher Rihanna pendant 5 ans suite aux violences sur son ex compagne / La police a saisi de l’herbe et de l’héroïne chez Jadakiss suite à l’interpellation d’un certain Gabriel Henriquez hébergé par le rappeur / Amy Whinehouse a déclaré vouloir un enfant avec Blake son mari toujours en cure de désintoxication.

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INTERVIEW

KERY JAMES  

Domaine de l’impossible, de l’insupportable, de l’inaccessible. Faisons un petit tour entre vos limites et vos rêves… C’est au tour de Kery James de tester ses limites. Orbeat : Kery, quelle est la destination de tes rêves ? Kery : Aujourd’hui c’est la Syrie. Il y a là-bas des choses que j’ai envie de découvrir. Des lieux que j’ai envie de visiter et des gens que je veux connaître. Or : Quel album aurais-tu rêvé de composer ? Kery : C’est difficile. Dans un album, même si tu le trouves bon, il y a toujours des choses dans lesquelles tu ne te reconnais pas. Il y a en revanche des chansons que j’aurais vraiment aimé écrire, comme “Hier encore’’ de Charles Aznavour. Or : Quel(s) artiste(s) n’arrives-tu pas à écouter plus de 2 minutes ? Kery : Houlala, il y en a plein ! Et dans ces cas là je ne les écoute pas plus de quinze secondes. Je ne trouve pas utile de donner des noms. Mais sache que même dans le rap, j’ai eu ma dose d’artistes que je n’aime pas. Le rap est une musique qui, lorsqu’elle est mal faite est totalement inaudible. Il est plus facile d’écouter de la mauvaise variété que du mauvais rap. Or : Quelle matière était ton calvaire à l’école ? Kery : La physique, je n’y comprenais rien. Mais je détestais encore plus les maths. Orb : Si tu étais élu président de la république Française (ou des E.U), quelle serait ta première mesure ? Kery : Consulter le peuple pour qu’il me guide vers ce qu’il considère comme prioritaire, et non imposer au peuple ce que je considère comme étant ma priorité. Or : Et si tu étais le président du monde ? Kery : Je chasserais les américains hors d’Irak. Or : Jusqu’à quel âge te sens-tu capable de rapper ? Kery : Écrire fait partie de ma vie et pour tou-

« J’aurais vraiment aimé écrire “Hier encore’’ de Charles Aznavour. »

jours. Pour ce qui est du rap, ce n’est qu’une forme d’expression dont je pense m’extraire assez rapidement. Car le rap se cantonne à des codes dans lesquels je ne veux pas rester enfermé. Je ne suis pas encore sûr de ce vers quoi je veux aller. Le slam est une forme d’écriture vers laquelle je pense pouvoir tendre. Et j’ai très envie d’écrire des scénarios pour le cinéma. Or : La dernière fois que tu as dépassé tes limites ? Kery : Honnêtement, une fois que je les ai dépassées, j’ai le sentiment que ce n’était rien. Si je l’ai fait, c’est simplement que c’était possible. Augustin Legrand

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‘‘ Réél ’’, sorti le 27 avril 2009

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Photo : Benjamin Dupuis


INTERVIEW US

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Génial Producteur, virtuose des platines, et moitié indispensable du groupe Gangstarr, DJ Premier (Primo pour les intimes) a incendié la planète hip-hop grâce à des bombes comme “Full Clip”, “Nas is Like”, “Unbelievable” ou “Outta Here”. Forcément, on est un peu anxieux au moment de rencontrer la légende.

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« Kanye a un niveau de créativité qui le place à part. » Dj Premier Orbeat : Primo, tu tournes beaucoup pour des shows dans le monde entier. On connaît ton travail en studio ; tes prods, notamment pour Gangstarr (Primo & Guru) ont fait le tour du monde. Mais que peux-t-on attendre d’une de tes performances live ? Primo : Du bon son, du scratch millimétré et de la technique. Je veux juste que le public en ait pour son argent. Tu as payé pour me voir, tu ne le regretteras pas. Ce n’est pas juste je pose un skeud et j’attends que le temps passe. J’emmène les gens dans un voyage et je veux être certain qu’ils restent avec moi tout au long de mon set. Or : On remarque un tournant à partir du quatrième album de Gangstarr, ‘‘Hard to Earn’’ (1994). Ton son est plus sombre, un peu moins jazzy… Primo : À l’époque tout le monde collait des samples de James Brown sur les beats. Je me suis dit qu’on pouvait trouver d’autres sonorités. Je suis allé chercher du côté du jazz. Alors tout le monde a dit ‘‘c’est du jazz-rap’’. Mais pour moi c’était juste du hip-hop. Au bout d’un moment, cette étiquette a commencé à agacer Guru. Je lui ai dit ‘‘Tu sais quoi ? Montrons leur qu’on peut être les meilleurs avec n’importe quel type de son’’. Alors j’ai commencé à dépouiller mes beats et à inclure des sonorités plus “spaces’’ et plus sombres, notamment sur ‘‘Hard to Earn’’.

avec le choix de ses samples et la manière dont il les utilise. Il a un niveau de créativité qui le place à part.

Or : Selon toi, quel autre producteur a vraiment révolutionné le hip-hop ? Primo : Je pense qu’il faut reconnaître la force de Kanye West. À une époque où tout le monde commençait à faire des beats avec des synthés, il s’est réapproprié les samples d’une manière admirable. Avec Gangstarr nous avions participé à l’Electric Circus Tour de Common, en 2002. Kanye nous a rejoint. Tu vois comment il est aujourd’hui ? Dis-toi qu’à l’époque il avait déjà la même assurance. Là, il me balance : ‘‘Mec je vais faire un album et il sera double disque de platine !’’. Je me suis dis ‘‘damned, ce mec est gonflé !’’. Puis il sort l’album ‘‘The College Dropout’’ et on connaît la suite. Timbaland est aussi très bon. Mais Kanye, lui, arrive à chaque fois à nous surprendre

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Or : Dans le titre “It’s Mostly the Voice“, Guru lâche: ‘‘It’s Mostly The Voice that gets you up, it’s mostly the voice that makes you buck ’ (C’est avant tout la voix qui te fait décoller, c’est elle qui te fait vibrer). Plus que la technique d’un MC, c’est le timbre de la voix qui retient votre attention, à toi et à Guru ? Primo : La voix m’inspire. Elle m’oriente dans mes choix d’instruments et de beats. Je ne suis pas insensible à la technique et à l’attitude d’un MC, mais la voix, c’est vraiment ce qui me donne le déclic. C’est pour ça que je suis fan de Blaq Poet (l’un de ses protégés actuels Ndr), il a un timbre de malade. Idem pour Nas, Rakim, Krs-One et bien sûr Guru, avec lesquels j’ai pris le plus grand plaisir à travailler. Eux et quelques autres, comme 2pac, Jay-Z ou B.I .G ont, ou avaient tous une voix unique. D’autres MCs ont de la technique mais ne te feront pas décoller, parce qu’ils n’ont pas cette voix qui les distingue. Or : Tes projets ? Primo : L’album de Blaq Poet sort sur mon label (Year Round Record Ndr). Je l’ai concocté avec beaucoup de soin. C’est un rappeur prodigieux et vraiment hardcore. Quant à moi, rassures-toi, je ne suis jamais bien loin.

Jean Berthet

Photos : Augustin Legrand 13


SOYEZ SOUL

Attention, Ovni. Voilà de la bonne musique. Si vous êtes en manque de nouvelles sensations auditives Terry Callier est peut-être votre remède. L’intro mystique donne le ton. Celui que son label en France (Because) qualifie de ‘‘légende de la soul / folk / Jazz’’ revient sur un album produit avec Massive Attack, les princes anglais du trip hop*. Callier est un ancien qui débute sa carrière au début des années 60 alors qu’il n’a que 17 ans. Si la teneur de l’album à quelques côtés ‘‘complexes’’, le mélange des genres n’a rien d’étonnant quand on sait que ce musicien hors normes a grandi à Chicago, l’autre ville du blues, non loin de Détroit, encore une capitale de la musique où sont nées la techno et la musique électro. Callier c’est une voix. Un timbre particulier, à la fois grave et hyper sensible dans les aigus. Une sensibilité qui le rapproche parfois des tendres ambiances d’Isley Brothers sur les titres les plus légers. Mais Callier est surtout un doux dingue. Il profite d’arrangements parfois électroniques, parfois acoustiques, mais toujours mystiques. A la touche Massive Attack il ajoute son sens du malaise. Tous les moyens sont bons, envolées de voix, scat** à la limite du Vodoo. Terry offre du chant au bord des pleurs, à la limite de la crise de nerfs. Même le spoken word, cette branche du rap parlé fait partie de la panoplie. Outre les titres ‘‘Once I dreamed of Heaven’’ et ‘‘Sunset boulevard’’ qui méritent une mention spéciale, à noter un hommage ému à John Lee Hocker, le bluesman du Mississipi immigré ensuite à Détroit. Des lignes de guitare inquiétantes, presque dérangeantes. Un régal de créativité, capable de vous mettre mal à l’aise avant de vous faire décoller de colère. Comme si les arrangements de ce blues revisité n’étaient plus simplement dédiés à la peine, mais aussi aux sueurs froides que peuvent vous filer les rues sombres et ultras chaudes de Chicago, cette capitale du crime et des complaintes musicales. On ne sort pas indemne d’une heure avec Callier.

« Terry offre du chant au bord des pleurs, à la limite de la crise de nerfs. »

mBz

* le trip hop reprend la rythmique du hip hop, accélérée ou ralentie, en ajoutant des influences variées, de l’électronique à la folk en passant par le jazz, donnant le plus souvent des ambiances planantes. ** improvisation vocale sans mot.  Hidden Conversations - Terry Callier Contactez-nous : mbz.orbeat@yahoo.fr 14

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Pour briller en société rien de mieux que l’immersion dans l’univers de Mr Bongo. La soul c’est cool, le hip hop, le reggae, c’est cool, mais quand on connaît le son de la Favela, on a forcement un train d’avance. Et pour que personne ne se sente à l’écart, Mr Bongo n’est pas qu’un spécialiste du Brésil, il a en plus le chic d’être concerné par toutes ces musiques à la fois. Mais qui est mister Bongo ? (Attention, voici l’info à retenir pour vos dîners mondains.) Tout simplement une boutique de disques londonienne, à la sélection si riche que son succès l’a naturellement conduit à devenir un label incontournable de la musique latine. Son créneau : sortir le meilleur de la musique brésilienne actuelle, et participer à la renaissance de classiques oubliés. Une dominante brésilienne donc, mais pas seulement. Le best of de Mr Bongo célèbre les 20 ans du label. Une sorte de fourre-tout rythmique et cohérent de 34 morceaux. La compile mélange aussi bien les productions modernes de Seu Jorge ou Marcelo D2 que des références rétros de Tito Puente, en passant par l’afrobeat, les rythmes reggaes ou encore la folk/funk de Doris. Les curieux apprécieront les teintes d’électro de certains morceaux. Mieux qu’un paradoxe, la compile de Mr Bongo est une double galette éclectique et harmonieuse. Pour ceux qui doutent encore de l’intérêt de la démarche des londoniens, à côté du label mère, Bongo a développé deux labels spécialisés, - Disorient -, consacré à la house nipponne et latine (!) et – Beyonglia -, la branche hip hop. Normalement vous êtes au moins intrigués, au mieux vous êtes à la caisse d’un disquaire plein sourire.

mBz

Juin / Juillet 2009  www.orbeatmag.com 

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Best of Mr Bongo, 2009 Because Music – Mr Bongo

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SOYEZ REGGAE

 BAROMÈTRE DE L’ÉTÉ 

Earl Chinna Smith & Idrens vol. 2 On ne s’en lasse plus, notre guitariste jamaïcain qui invite ses friends autour du feu de camp. Ca sonne roots pour de vrai et ça fait plaisir. Dubmatix - Renegade Rockers Notre ingénieur canadien continue de filer le micro à quelques prestigieux jamaïcains. Du dub pointu et moderne, à écouter très fort. Niominka BI and N’Diaxas Band - Shalom Salam Bientôt 30 ans qu’ils distillent leur reggae francophone. C’est l’heure de la reconnaissance avec ce 4ème cru de toute beauté. Buju Banton - Rasta got soul Il a traversé la dernière décennie en nous faisant très peur, il semble attaquer la prochaine, pied au plancher. Un de ses meilleurs albums. Brahim - Toujours sur la route Tairo - Chœurs et âme Ils reviennent encore plus lovers et on n’a pas encore tout vu. Amateurs de dancehall et de reggae-soul, embrassez-vous ! Takana Zion - Rappel à l’ordre Deuxième album pour le guinéen. Talent vocal et production léchée, on en redemande. Ouf ! Tiken Jah Fakoly n’est plus tout seul. Dub Incorporation -Afrikya Ils ont tellement donné qu’on leur pardonne leurs petites élucubrations africaines et electros. Un bon cru tout de même, à voir en live. Ziggi - In Transit Cruel sentiment d’écouter en boucle la même chanson. Sinon c’est sympa. Ragga ragga ragga ! 2009 Rien de nouveau sous le soleil ragga, mis à part les vocoders qui marchent à plein tube. Pour les amateurs des pires heures de Dj Xela.

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Ils chantent avec Ken Boothe, U Roy, Michael Rose, Tappa Zuckie, Clinton Fearon, Ranking Joe, Rod Taylor, Derrick Harriott, Lone Ranger, Justin Hinds, Prince Jazzbo, U Brown… Et ils sont français ! La liste vous laisse peut-être de marbre, mais les dingues de reggae roots tremblent de jalousie. Bien sûr nos ‘‘amis’’ du sud parisien ne se contentent pas de collectionner les collaborations avec la crème jamaïcaine, ils font aussi de la musique. Backing band à l’ancienne, ils composent dans la tradition des standards. Alors, gastronomes des seventies et des orchestres qui pétillent, pagayez jusqu’à Tu Shung Peng, la formation a posé un bout de Jamaïque dans le 91. Puisqu’on vous dit que le reggae n’a pas de frontière...

Orbeat : D’où vient ce nom, ‘‘Tu Shung Peng’’ ? Tu Shung Peng (en cœur) : C’est à la fois une expression de patois jamaïcain désignant le chalice, la pipe à eau des rastas, et le nom d’un riddim interprété par Frankie Paul : ‘‘Pass the Tu Shung Peng’’. Ca nous plaisait que le nom soit à la fois reconnu des spécialistes et moins évident pour les non-initiés.

inspiration et de cette volonté de création ‘‘à l’ancienne’’. La collaboration avec les fondateurs de cette musique nous aide à avancer dans notre démarche.

Or : Lorsque l’on découvre la liste des featurings, c’est impressionnant. Comment s’orientent vos choix pour les collaborations ? Or : Tu Shung Peng, plus qu’un groupe TSP : Nos collaborations sont le résultat de c’est un concept ? nombreuses rencontres, avec les artistes TSP : Dès le début nous étions convaincus mais aussi avec tous ceux qui font exister qu’il y avait un le reggae en « La collaboration avec les public pour le France. On son reggae a saisi au vol fondateurs de cette musiroots, comme certains artisque nous aide à avancer on l’aime. On tes lorsqu’ils s’est acharné étaient de pasdans notre démarche. » à rejouer les sage à Paris. T. S.P standards des D’autres ont été 70’s, tels qu’ils étaient joués en Jamaïque à enregistrés en Jamaïque. L’idée d’associer l’époque ; pour nous d’abord, pour le public notre musique aux plus grands noms du ensuite. Nos compositions viennent de cette reggae est un immense plaisir. Mais la déSeptembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 


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SOYEZ REGGAE

marche n’est vraiment pas de lâcher un billet créé sur un mélange d’influences et c’est reste plus grand chose à explorer dans le pour avoir son morceau dédicacé et faire une des raisons de notre amour pour cette domaine. C’est fait pour être consommé et briller son blaze. On essaye de faire des musique. Du studio Wise, notre quartier géça a le bon goût des cubes Maggi… Face à morceaux sur mesure pour chaque artiste, néral de Ris Orangis, dans l’Essonne, sorça, le message du roots reste actuel et parfaitement contemporain. Il parle au coeur et tent des productions reggae, dub, hip hop, de prévoir à l’avance l’univers musical qui rock, nu soul… à l’esprit. Les sujets abordés touchent autant va lui correspondre. Enregistrer un Michael au développement personnel et à l’amour Rose bien roots alors qu’il donne plutôt dans les voix auto-tunées en qu’aux problèmes de ce moment, ça nous a « La démarche n’est vraiment pas de lâcher l’humanité et de la soréjoui. Faire chanter Jociété. Il te rappelle qu’il un billet pour avoir son morceau dédicacé est essentiel d’être bien hnny Moore, alors qu’il est trompettiste, c’était avec toi-même et de et faire briller son blaze » T. S.P une vraie surprise. Le développer ta foi pour titre avec Tappa Zuki, quant à lui, c’est un Or : Est-ce qu’à l’image de votre collecatteindre la vraie liberté. C’est un message OVNI ! Travailler avec les pères fondateurs tif, vous observez un retour du roots à la fois traditionnel et moderne. A l’heure où du roots, c’est pour nous fondamental, mais ces derniers temps, notamment à trade plus en plus de monde veut manger bio, cela ne fait pas tout. Nous collaborons aussi ce n’est pas non plus un hasard. vers le nu roots ? avec des artistes moins célèbres et néanTSP : Il semblerait effectivement qu’il y ait moins talentueux. Ras Daniel Ray fait partie Or : Pour finir, comment voyez-vous un retour au roots. Tout le monde en parle. de ces artistes en qui nous croyons. Nous l’avenir de Tu Shung Peng ? Mais nous restons un peu sur notre faim. Il préparons avec lui un album roots qui sera TSP : Une vingtaine d’albums et des toury a plus de tentatives que de réels succès, soutenu sur scène en tournée. nées dans le monde entier (rires). car l’équilibre et la cohérence entre roots et Propos recueillis par Alexandre Bol modernité ne sont pas évidents à trouver. Or : J’imagine qu’au sein du collectif, TROUBLE TIME : tous les membres ne sont pas estamOr : Ce retour, comment l’expliquez-vous ? disponible depuis le 22 SEPTEMBRE 2008 pillés ‘‘reggae’’, que les influences sont TSP : C’est comme dans le rap. Une fois (Makasound) multiples ? qu’on a tout montré : des fesses, des monTSP : Tout à fait ! Le reggae s’est d’ailleurs tres en or et de grosses cylindrées, il ne En concert le 17 oct. 2009 20:00 Choisy le roi Contactez-nous : alex.orbeat@yahoo.fr 18

Photo s: Mathieu ISTIL Septembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 


Juin / Juillet 2009  www.orbeatmag.com 


EN COUV’

ÉDITO

Toujours persuadé que 2009 est une année charnière pour le hip hop, Orbeat a choisi de faire honneur à un photographe, et d’aborder une ‘‘discipline’’ qui trouve peu à peu ses lettres de noblesse aux yeux des élites et du grand public. Les amateurs de références, comme la photographe Martha Cooper, n’ont pas attendu 2009 pour en être convaincus. Mais le revirement vient des galeries d’art, affichant un intérêt grandissant pour la ‘‘photo urbaine’’. Après 20 ans de clichés, stigmatisant le hip hop à la limite de la caricature, il est temps de célébrer les clichés d’un photographe, nommé Wilee.

Wilee fait la couv’ d’Orbeat ! C’est presque un comble pour un photographe qui a passé son temps à mettre son talent au service des magazines et des artistes qui glanaient les couvertures de la presse hip hop. Ce n’est pas Groove qui dira le contraire, le magazine qui a publié des photos aussi célèbres que celles d’Eminem ou de Faf Larage.

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meilleurs shoots. Des photos prises pendant photo dans les mains et qu���il part à l’abore ‘‘ W ’’ sur la casquette, voilà la seule ‘‘les plus belles heures du rap’’, comme il le dage d’artistes confirmés ou de mecs que forme de narcissisme que Wilee afrappelle. Les années où les artistes comme personne ne connaît, et qui pour certains fiche pour cette première rencontre. les magazines fabriquaient du mythe parce deviendront des stars (voir la photo de la Le photographe fait dans l’humilité. Un artisque tout était à construire. rencontre avec Eminem). Le rap débarquait te toujours embarrassé de se définir comme en France. La suite on la contel, car pendant longtemps il Ou pas. L’explosion du n’a pas vraiment ressenti le « C’était aller-retour tous les week-ends, naît… mouvement, la presse spébesoin de se retourner sur cialisée vit ses plus belles son ‘‘œuvre’’. Seulement voiAtlanta, Detroit ou Los-Angeles. » heures de gloire : l’Affiche, là, la quarantaine rugissante, Se trouver là au bon moment, c’est ce Radikal et surtout Groove pour lequel Wiil était temps de se faire plaisir avec un flashasard qui a guidé ‘‘l’autre double U’’. Wilee va donner ses visuels de noblesse. La hback sur une carrière bien remplie : il décilee a 22 ans quand on lui colle un appareil photo et la presse trouvaient peu à peu leur de de monter une expo immortelle1 avec ses 20

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« Entre les magazines c’était battle de couv’, et à chaque fois on faisait plus fort. » place artistique dans le mouvement hip hop : promotion des nouveaux codes visuels, glorification des artistes, élaboration des univers, omniprésence dans le succès du hip hop… ‘‘Sans trop de moyens, on arrivait à faire du quali’’. Il nous raconte et clairement, le mec est devenu sans s’en rendre compte une bible d’anecdotes. ‘‘Pour autant on ne se privait pas. Il fallait une photo de Jay-z ? On prenait le premier avion pour NewYork. À une époque, c’était allerretour tous les week-ends, Atlanta, Detroit ou Los-Angeles… On recevait des tubes tous les jours à la rédac’, on était fou.’’

Wilee

le sens du décor, l’éclairage… C’est avec un tantinet de nostalgie qu’il repense à ses photos de rappeurs. Il ne conseille d’ailleurs à personne de se lancer dans une carrière de photographe. L’argentique rouillé contre le numérique retouché. ‘‘Aucun de mes clichés n’est retouché ou recadré, c’est du brut’’. Lorsqu’on l’écoute, ses clichés hip-hop font partie d’une époque lointaine. ‘‘Tout est niqué aujourd’hui ! La musique, la photo, le journalisme… La presse spécialisée est devenue trop dépendante des maisons de disques’’. Loin d’être amnésique Wilee a tout de même besoin d’être guidé pour déterrer la boîte à souvenir. Un travail de mémoire. Nous vous présentons une partie de son œuvre de photographe et sans aucun doute ‘‘d’artiste Hip-Hop’’. Convaincus qu’une photo est un morceau de vie autant qu’une œuvre d’art, Wilee et Orbeat vous ont concocté une petite sélection. Vous regardez, Wilee raconte. Pardon, c’est pas de la balle ?

Aujourd’hui, l’euphorie un peu passée, il 1995-2000, une époque où les mags se faut bien gagner sa croûte. Alors Wilee contiraient gentiment la bourre, ‘‘c’était battle de tinue de photographier à tout bout de champ couv’ entre nous, et à chaque fois on faisait mais fini les ‘‘unes’’ de la presse hip hop. Ce plus fort… Une concurrence motivante, où sont la pub, la mode, les magazines tenles mags devenaient des œuvres d’arts’’. dance qui le nourrissent. Et sa passion nous Une émulation légitimée par le temps. Qui confie-t-il, c’est le cinéma. Une source sûre n’a pas gardé un vieux Radikal sous son lit pour comprendre que Wilee aime la photo en témoignage de cette période furieusepour la mise en scène, le travail du cadre, ment consommée ? 1. WILEE - HIP HOP MORTALS – Exposition de 29 portraits d’artistes Hip Hop. Octobre 2008. Champs-Elysées. Paris Contactez-nous : alex.orbeat@yahoo.fr

Alexandre Bol

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Photo : Wilee Septembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 

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Photo Wilee, New York 1999

‘‘ Lui c’est le grand professionnel. Toujours à l’heure, il enchaîne les interviews avec le sourire, toujours dispo. C’est le plus grand rappeur businessman de l’Histoire, il a compris que les séances de promo, les photos, les interviews font partie du boulot. Et il le fait bien. C’est le rêve pour les attachés de presse, les journalistes. Pas étonnant qu’il ait de si bons papiers et qu’il en soit arrivé là, il a tout pigé le gars. Cette photo, c’était pour la sortie de ‘‘Life And Times Of S.Carter’’ en 1999, on était à New-York. Pour l’anecdote, on avait déjà fait un aller-retour « une main devant, une main derrière », Jay-Z avait été introuvable. Par la suite, on a vu l’info à la télé ‘‘Jay-Z a poignardé le producteur Lance Rivera2’’. Après la bagarre il s’était fait la malle et s’était caché quelques jours. On a attendu que ça se calme, et on est reparti à New York pour faire la séance dans un l’hôtel. ’’ 2. Il plaidera coupable lors de son audience en 2001, ce qui lui vaudra 3 mois de liberté surveillée 22

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Photo Wilee, Atlanta 1998

‘‘ Ce gars, il nous a mis au beurre pendant une journée. On était juste parti pour une séance photo. Après, il nous invite chez lui, il nous offre à manger, il nous fait visiter sa baraque, les studios de So So Def. Je me souviens, il avait une salle de jeux immense avec toutes les consoles du moment, les bornes d’arcade, le billard… Il y avait même Lil’ John qui s’éclatait, il débutait tout juste dans le métier. Jermaine Dupri est immense, d’une simplicité extrême, c’est clairement mon meilleur voyage de presse, surtout qu’à l’époque il faut se souvenir que So So Def c’était du lourd. Jermaine, c’était le roi d’Atlanta, le maire. À l’entrée de la ville, y’avait des panneaux ‘‘Home of So So Def’’. Il est simplement bon le gars, il a fait trop de tubes. C’était une grande leçon d’humilité, il ne regarde personne de haut et en plus il te rajoute l’hospitalité du sud. Respect. ’’  Septembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 

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Faf Larage. Photo Wilee, Clichy-Montfermeil 1999

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Eminem. Photo Wilee, Londres 1999

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Bootsy Collins. Photo Wilee, Paris 1998

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EN COUV’

Clichy-Montfermeil 1999

Londres 1999

‘‘ C’est la série de photos dont je suis le plus fier artistiquement. J’avais rendez-vous avec Faf à sa maison de disque et on a longuement discuté de la séance. Je voulais faire un truc style ‘‘Le prisonnier’’, avec des photos scénarisées, comme j’avais fait pour Sad Hill 2, et il a kiffé. La séance ? C’était « royal au bar », on a eu la maternité de Clichy-Montfermeil pour nous seuls, et on a fait une vraie série de photos. Ca démarre dans le sous-sol de la maison de disque, puis dans l’ambulance et à l’hôpital au final. Ce que j’aime dans cette série c’est le concept, le retour ciné, le scénario, trop de photos sont faites à la va-vite aujourd’hui, il faut conceptualiser un minimum les choses et tout le monde y gagne. C’est de loin ma meilleure cover et j’ai eu de supers retours. Pour les concerts de Faf, y’avait même une bâche énorme avec les photos en fond. ’’

‘‘ Cette photo a été mon plus gros succès. Elle a fait le tour du monde et c’est clairement la photo qui m’a rapportée le plus d’argent. A une époque on la voyait partout, Japon, Allemagne et même aux States. Sur ‘‘ E-Entertainment1 ’’, ils avaient fait une incrustation énorme de la photo pour présenter le jeune Eminem. La séance s’est déroulée à Londres, ça devait être en 1999, et son album ‘‘The Marshall Mathers’’ n’était pas encore sorti. Personne ne le connaissait vraiment, mais tout le monde en parlait, c’était le new-rocky, le petit blanc qui va tout niquer. Paradoxalement ce n’est pas la photo dont je suis le plus fier. Je n’avais rien préparé, les lumières ne sont pas terribles, pas trop de temps, pas beaucoup de conviction. La séance s’est vraiment faite à l’arrache, l’idée des scotchs, je l’ai eu 3 minutes avant mais ça a été cool, il a joué le jeu. C’était son premier plan promo, il était très timide et réservé. Plutôt sympathique mais pas sûr de lui, pourtant la veille je l’avais vu en showcase, il était bien à l’aise et il avait tout détruit. ’’

Paris 1998

‘‘ Alors ce mec est complètement ouf. Il donne constamment l’impression qu’il n’est jamais redescendu de sa jeunesse funky. En séance, c’est du bonheur. Il prend des poses de fou, il joue le jeu à fond, il a des fringues terribles, c’est un vrai personnage. Pour cette séance, j’étais parti acheter de la funky-moumoutte verte au marché St-Pierre, la photo rend bien. J’avais fait une autre séance mais pas terrible, il était venu avec sa ‘‘Space bass’’ en forme d’étoile. Je me souviens, je prépare le décor et j’entends Bootsy parler, je me retourne et il discutait avec sa basse en l’astiquant. Il est dans son monde avec ses personnages, certainement la drogue. Mais tous les gars de l’époque folle du funk ont toujours été bien perchés, James Brown, Sly Stone, sans parler de George Clinton. ’’

1.. Chaine de télévision américaine très célèbre, spécialisée dans les émissions sur le star system et sur le show business américain. Septembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 

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Photo Wilee, New York 1999

‘‘ Elle nous a fait galérer pendant 2 jours dans un hôtel pour 30 minutes d’interview et de photos. Le premier jour, l’attaché de presse nous dit qu’elle a un souci familial et juste après on la voit se balader en chaussons dans l’hôtel. Le lendemain, on se re-galère 3 heures à l’attendre, et elle débarque en jogging et en claquette de piscine. Mais bon, au final elle est quand même marrante, c’est elle qui a eu l’idée de l’extincteur. Malgré la galère, on a pris du plaisir dans la séance, on a trouvé un spot à l’ancienne : les cages d’escalier de l’hôtel. C’était à New-York pour la sortie de son 2ème album ‘‘Da Real World’’. C’est une grande artiste, très charismatique, rien n’est laissé au hasard chez elle. C’est pour ça que tu regrettes de ne pas plus exploiter son univers en photo, d’approfondir son image. Avec elle, les séances c’est toujours la galère, t’as pas le temps, les gars de la sécu te bloquent le passage…. C’est Jack Bauer dans ‘‘24H Chrono’’, faut pas louper ton coup. ‘‘ 28

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Photo Wilee, New York 1999

‘‘ C’était une séance photo très émouvante. Keith Murray semblait ailleurs, la tête autre part, je ne le savais pas encore mais il avait été condamné et il partait en prison la semaine suivante. Au développement j’ai été très touché par cette photo, c’est une de mes préférées. Les barbelés, le terrain vague, le contre-jour, rien n’était calculé. Sur la photo, il semble déjà emprisonné, son regard est porté ailleurs, il ne fait plus son rappeur, il y a une grande émotion. La photo a été prise à New-York pour la sortie de son 3ème album ‘‘It’s A Beautiful Thing’’. Il était super fort à l’époque, après il n’a plus rien fait, comme si la prison l’avait détruit personnellement et artistiquement. C’est un énorme gâchis, il avait pris cher quand même, deux ans il me semble. Cette séance sonnait la fin de sa carrière, ça se sent, comme une photo posthume. Aujourd’hui  plus personne ou presque ne le connait. ’’ Septembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 

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Illustration Choq

‘‘ C’est forcément mon plus grand regret… Surtout que j’étais à 24h de le photographier. On devait partir à Los-Angeles pour faire une séance à la maison de disque en mars 1997. La veille, on m’appelle pour me dire que la séance est annulée : ‘‘Notorious s’est cassé le bras’’. Ils ont essayé d’étouffer l’affaire dans un premier temps, mais dès le lendemain, la nouvelle tombe ‘‘Biggie s’est fait assassiné !’’. Dur. Surtout que je venais de recevoir le single ‘‘Hypnotise’’ sur ‘‘Life after death’’. C’était de la bombe, du gros level, je me suis écouté le son en boucle. J’étais super excité à l’idée d’une séance avec Biggie et ça c’est joué à pas grand-chose. Mais il y a d’autres rappeurs que je regrette de ne pas avoir photographié : Ice Cube pour sa gueule, Krs One pour sa carrière, Lil’ Wayne pour son talent et Eric B. & Rakim pour l’avance qu’ils avaient. ’’ 30

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Method Man. Photo Wilee, New York 2001

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« Souvenirs recueillis par Alexandre Bol. » Septembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 

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 TA L E N T D È S D E M A I N

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Le petit phénomène de la rentrée pointe son nez et ‘‘ramène du neuf dans l’R’n’B’’. Celle, qui dit dans le même texte ‘‘je ne suis pas là pour faire la belle’’ souffle effectivement la fraîcheur d’une ch’tiotte pleine d’authenticité. Rarement maquillée, douce ou remontée derrière le micro, Aysat a effectivement quelque chose à dire. Après avoir envahi le net de son clip ‘‘Je n’ai pas choisi’’*, un hymne à Mantes-la-Jolie, Aysat continue sa percée et délivre son album ce mois de septembre. Si l’univers d’Aysat reste dans la veine des jeunes chanteuses R’n’B, on dira qu’elle est plus soul, plus street, qu’elle a plus de flow, qu’elle est plus mieux quoi… Rencontre avec un bout de femme qui chante et qui bouge, grave.

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Or : C’est un cliché ou tout s’est passé Or : Ton single tourne depuis le mois de sur internet, tout le monde l’a vu, à Mantesdans ta chambre ? mai et l’album sort en septembre chez Pola-Jolie, puis aux Mureaux*… Maintenant je reçois des messages d’un peu partout. Ça me Aysat : Non ce n’est pas un cliché, mais je crois lydor. Heureuse ? que ça commence là pour tout le monde. On a touche vraiment. Aysat : Oui je suis très heureuse (rires). Or : Ca ne te fais rien de plus ? d’abord peur de chanter devant les « Le R’n’B c’est très superficiel, très Ca y est, tu es blasée… gens, donc on chante en cachette. Aysat : Si, si je suis heureuse Je jouais à la chanteuse comme je décoré, très paillette. » Aysat (rires). Mais c’est vrai que j’ai du jouais à la danseuse d’ailleurs. Or : Comment tu travailles ta voix ? Or : Que faisais-tu comme boulot ? mal à exprimer mes sentiments. C’est pour ça Aysat : J’ai commencé à la travailler très tard. Aysat : J’étais à plein temps dans un labo que j’écris des chansons… Or : Toujours dans le domaine de la joie… C’est quand j’ai rencontré mon producteur en comme laborantine. Et le week-end je vendais Être repérée à 20 ans c’est possible, mais 2006 qu’il m’a conseillé de prendre des cours du pop-corn dans un cinéma. Avec le clip les ça relève toujours du conte de fée. Tu peux de chant. Parce qu’avant je chantais surtout propositions ont commencé à tomber via Mysnous raconter le tien ? Comment es-tu sorau feeling, et j’avais besoin de me rendre pace, et finalement j’ai choisi Polydor comme tie de l’anonymat ? compte qu’il y avait des règles. Alors j’ai pris maison de disque. Or : Et depuis combien de temps chantesAysat : C’est mon investissement personnel. des cours particuliers. Maintenant je travaille J’ai travaillé, à plein temps et à mi-temps pour tu dans ta chambre pour avoir cette voix seule, je fais les exercices qu’on m’a donné. pouvoir payer un clip avec mon label, 7-8-7 forte et touchante ? Or : Tu peux nous décrire ce que tu resRecords, chez moi à Mantes-la-Jolie. On a Aysat : (Rires) Depuis toute petite. Huit sens quand tu chantes ? Ca te fait quelque ans peut-être. tourné ‘‘Je n’ai pas choisi’’ et quand je l’ai mis chose de physique… Des picotements… * titre rebaptisé « Dans ma cité » par les internautes. / * Ville voisine de Mantes-la-Jolie. 32

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Aysat : (Rires) C’est très difficile à dire. Je ne saurais pas mettre des mots dessus. Or : Et quand tu t’entends ? Aysat : Arrf, je déteste m’entendre. Je n’arrive pas à m’habituer. Or : Tu chantes mal ? Aysat : (Rires) Non, je ne trouve plus que je chante mal, j’ai simplement du mal à m’entendre. C’est difficile. Mais je comprendrais que Mariah Carey aime s’entendre par exemple... Or : Tu as en commun avec des filles comme Kenzah Farah la fraîcheur et un certain ancrage dans votre génération. Est-ce que tu redoutes ce genre de comparaisons ? Aysat : Non, je ne redoute rien, ce n’est pas un problème qu’on me compare. Au final c’est l’album qui parlera de lui-même. Or : Qu’essaies-tu d’apporter pour rendre la démarche originale ? Aysat : Ah les questions (rires)… Peut être un côté intemporel, loin de la mode. Je suis très attachée à la simplicité. Et j’aime les musiques urbaines, la soul, le hip hop, le reggae. J’essaie peut-être d’élargir… Or : La musique que tu chantes, la soul entre autres, fait référence à des artistes d’une autre époque. Comment les as-tu découverts ? Aysat : Hmm. Je pense que c’est Dailymotion… En tapant ‘‘soul’’ sur mon clavier il y a quelques années. Depuis trois ans je crois. En fait ce qui m’a vraiment

touché dans la soul, ce sont vraiment les chansons sur scène. Parce que c’est vrai que le R’n’B c’est très superficiel, très décoré, très paillette. La soul c’est pur, et sur scène ça prend toute son ampleur. Or : Avant de découvrir la musique soul qu’écoutais-tu ? Aysat : De tout, mais beaucoup de reggae parce que mon père écoute surtout du reggae. Après j’ai bifurqué vers mes idoles, les Fugees… Or : Et aujourd’hui, quand tu as le blues dans ta chambre, quel disque écoutes-tu ? Aysat : Quand j’ai le blues, je me contente de chanter, j’écoute peu de musique. Or : Et quand tu veux te mettre la patate ? Aysat : J’aime bien me mettre l’album d’Ayo. (Elle chante et se met à rire). J’aime bien Ayo. Or : Pour finir, depuis ta tournée des médias, quelle est la question qui te saoule ? Sur Kenza peut-être ? Aysat : Nooon… Je ne suis pas une fille saoulée par la ‘‘life’’, la vie est belle… C’est une question taquine mais pas soûlante, ça m’amuse même d’y répondre. Or : Si on fait le bilan sur l’album, quelle sensation gardes-tu avant que le public ne le découvre en septembre ? Aysat : J’en suis très fière. C’est vraiment un album qui me ressemble. Et pour la suite, j’ai très envie de me tourner de plus en plus vers des univers acoustiques. mBz

Contactez-nous : mbz.orbeat@yahoo.fr

Photo : D.R Septembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 

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RAP FR

Sexion d’Assaut ramène la fresh-eur

‘‘L’Écrasement de Tête’’, Because, Kid, Wati B Si vous ne connaissez pas l’équipe, gardez-le pour vous, surtout si vous passez à Paname. ‘‘Quoi ? Tu ne connais pas la Sexion ?’’. Voilà ce que vous risquez d’entendre avant d’entendre ‘‘T’es bête ou quoi ?’’, précisément le titre d’un des morceaux tirés de ‘‘L’Écrasement de tête’’. Le succès des 8 Mcs de la Sexion d’Assaut n’est pas un coup de buzz. Il s’agit de l’une des découvertes les plus créatives du rap game de ces dernières années. Ils mêlent humour et street attitude. Une formule qu’on retrouve dans chaque flow et chaque punchline. Le bon résumé : ils sont forts… Les mecs sont techniques, ça emmène le beat, maître Gims chante super juste même quand c’est pour rire. Les prods sont au niveau, juste cisaillées pour mettre en valeur des rappeurs qui articulent mieux qu’Armande Altaï. Bref, ça sent la vivacité et le feeling des mecs qui surfent sur le bitume à 1000 à l’heure. Tout n’est pas génial mais la relève du 75 en a encore sous le pied. ‘‘Paris Paris Paris pas ris… pas. Faut cascader ici ça rit pas…’’ (extrait du titre ‘‘Cascadé’’).

mBz

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Oxmo lâche une larme de paix

‘‘Larme de Paix’’, Wagram, Derrière les Planches, Cinq 7 Ox prend de la bouteille et continue sa route. D’album en album, Oxmo Puccino s’est sans cesse renouvelé, si bien que le leitmotiv semble se résumer à son élégance naturelle et sa liberté de choix. Néanmoins on sent que le ‘‘Lipopette Bar’’ a laissé des traces. En particulier dans le soin apporté aux instruments et à la cohérence mélodique des productions. Assurément ‘‘365 jours’’ et ‘‘Tirer des traits’’ (featuring Sly) sont d’excellents morceaux. En revanche, la dédicace à Brel est décevante (‘‘Sur la route d’Amsterdam’’), surtout si on a déjà écouté sa reprise de ‘‘Ces gens-là’’ (disponible dans la playlist d’Orbeatmagazine.com). ‘‘Larme de Paix’’ n’est pas forcément le meilleur album d’Oxmo, mais c’est certainement une nouvelle occasion d’élargir son public.

Augustin Legrand

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Soulfinger vise dans l’mille

‘‘Tout va très bien’’, Soulfood Music Pourquoi un projet soul dans la rubrique rap français ? Simplement parce que le groupe Soulfinger, habituellement qualifié de duo ‘‘soul pop acoustique’’ a construit un univers plus urbain sur son EP intitulé ‘‘Tout va très bien’’. Les amateurs de R’n’B dans la lignée de Mary J Blidge auront plaisir à écouter Rizlène, la chanteuse Bruxelloise. Elle réussit à faire chanter le français sur des thèmes conscients. La production, c’est Eric l’autre membre du groupe qui s’y colle. Ses compos sont riches et ne trahissent pas l’envie de faire à la fois référence au old school de la soul, et au côté urbain que peut avoir le rythm and blues. Une preuve de plus que les univers du hip hop et de la soul continuent de se tendre les bras. Parmi les featuring le projet inclus des duos avec Laure Milian en attendant l’album dans lequel Akhenaton fait une apparition. A.L

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Quand un Saïan se transforme en super solo

Fefe, ‘‘ Jeune à la retraite’’, Polydor Le Saïan Supa Crew n’est plus mais les uns après les autres les joyeux hip-hoppeurs font parler d’eux. Nous vous avions déjà parlé des orientations de Sly et de Vicelow, c’est à présent au tour de Feniksi, aka Féfé de pointer le bout de ses minis locks en solo. ‘‘L’album de la maturité ?’’ Fefe aura certainement droit à la question la plus pertinente de l’Histoire de la presse, à laquelle il ne manquera pas d’expliquer qu’il est devenu papa, que ses interrogations sont celles d’un jeune trentenaire, et que oui, il était temps d’être mature. Fini les teeshirts jaunes qui descendent aux genoux et les cochonneries glissées à l’oreille d’Angela. Comme il le dit en chanson Féfé n’a ‘‘plus le temps pour le dancefloor, il faut qu’il se lève tôt’’ ! Fe² fait parler ses influences soul, rap, et n’a aucun mal à s’acclimater à des productions parfois proches de la variété. C’est le cas notamment sur le premier single fédérateur ‘‘Dans ma rue’’ déjà en playlist sur l’essentiel des radios généralistes. Le rappeur-chanteur autodidacte a écrit et composé les 13 titres de son album à venir. Une mention spéciale au titre ‘‘Cherche’’ en featuring avec Sir Samuel. La ballade soul ‘‘Miss wesh wesh yo’’ devrait également faire son effet. A noter par ailleurs un duo avec Patrice, le reggaeman made in Germany. Les paris sont lancés pour savoir lequel des Saïans réussira le mieux sa reconversion soliste. En attendant qu’ils se réunissent à nouveaux (ce qui n’est pas évident si on considère qu’ils sont trois fois plus nombreux que les NTM), c’est à vous de juger. mBz

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Brass, ‘‘Étrange Partie’’, Outsider Records

Brass est l’un des membres fondateurs du collectif ‘‘Battle mode Click’’, avec Lalcko (45 S) et Ajevi. Il livre sur son premier album solo un rap combatif, servi par une voix rauque et forte. Grâce à son flow appuyé il décrit avec clarté sa vision pessimiste de la société comme des problèmes du monde. L’intensité des morceaux rend appréciable les morceaux plus cools : ‘‘Bien commun’’ feat Specta (ex-Saïan) et Jamal, ‘‘le Détenteur’’, ou ‘‘Tu peux plus’’. Les featurings (Alibi Montana, T Matik, No G No B) sont réussis et finissent de rendre la galette cohérente.

A.L

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Loo Grant, ‘‘Ma Famille’’, MVS

Loo Grant fait partie des anciens restés fidèles au son du rap du début des années 2000. Le rappeur de Sarcelles se pose calmement, avec une sérénité et une voix particulière qui donne envie de s’arrêter tendre l’oreille. Un côté MC Jean Gabin dans le flow, Grant y ajoute de la musicalité et n’a pas besoin de beaucoup d’efforts pour faire vivre des instrus, simples mais efficaces. Les différences d’ambiance sont parfois un peu déroutantes, mais c’est l’occasion d’avoir une vue d’ensemble du travail de Loo. Les bons rappeurs ne sont pas si fréquents. Les fouineurs de MCs y trouveront leur compte.

A.L

UNE OU DEUX NEWS…

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La Retraite

Le rock ! Disiz la Peste a confié sa passion à nos confrères de Tecknikart. Un véritable coming out musical qui sonne sa retraite rapologique. Il avoue dans la même interview s’être caché au collège pour écouter les Guns and Roses. Oh le vilain ! En attendant sa carrière rock, il allume le feu en balançant sur l’industrie du rap, les majors, le pouvoir des radios… Bref, un Disiz blasé au moment de sortir son dernier album (de rap) qui s’intitule logiquement, ‘‘Disiz the end’’.

A.B

Le Retour

En 2004, il nous avait prévenus, ‘‘Dernier round’’ sera son ultime album. Ne pas devenir un papi-rappeur, laisser la place aux jeunes et produire. Mais la reformation surprise d’NTM et le succès populaire ont fini de regonfler Kool Shen. Il y a quelques semaines il nous balance ‘‘J’reviens’’, un petit clip bien ficelé, extrait de son nouvel opus solo avec en prime Joey Starr au refrain… On attend la suite qui s’annonce sombre et criminelle, prévue en octobre prochain. A.B

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Photo : D.R


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CHRONIQUE DE SCOOP :

Freeman, IAM et Orbeat…

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 Freeman et IAM, c’est fini. Un peu par hasard Orbeat s’est trouvé au milieu de l’affaire. L’épisode nous a même valu des félicitations pour le ‘‘scoop’’, et attiré plus de 10.000 internautes sur le blog en 2 jours. Le rappel des faits : notre correspondant à Marseille, Lyonel, organise une rencontre avec Freeman pour parler de son projet ‘‘En haut la misère paye’’. L’entretien tourne au règlement de comptes avec IAM, et Akh en particulier, ‘‘mots doux’’ à l’appui. Dans la journée l’info est reprise par laprovence.com, Fred Musa, Europe1… Mais ‘‘l’affaire’’ ne s’arrête pas là. Nous contactons IAM qui finalement nous fait savoir que le groupe souhaite répondre, uniquement chez Orbeat ! Lyonel débarque dans les studios de la Cosca où l’attendent IAM au complet. Ça sent le conseil de guerre. En groupe d’adultes responsables, ils décident de faire front ensemble, laissant tout de même à Akh l’occasion de s’expliquer. Au final les internautes ont beaucoup réagit, souvent déçus de découvrir un Freeman revanchard. Comme Free sortait son album, certains y ont vu un coup de pub boomerang. Du coup il n’y a qu’Orbeat qui a profité du buzz, nous valant sur la toile quelques com’ du genre ‘‘Orbeat veut vendre son torchon’’… mBz

 Retrouvez les interviews sur www.orbeatmagazine.com

Révolution Urbaine représente la relève marseillaise. Signés chez StreetKillz (le label de Sopra), Zino, Brigante, et Makiavel viennent de sortir leur 1er street album ‘‘L’Histoire ne fait que commencer’’. Leur mentor depuis l’adolescence n’est autre que K-Rhyme Le Roi, pilier du HH phocéen. Orbeat vous propose un entretien intergénérationnel qui fleure bon le bitume du centre-ville marseillais.

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Parlez-nous de vos premiers souvenirs ‘‘rapologiques’’? Zino : La claque c’est ‘‘Métèque et Mat’’, d’Akh, c’est mon frère qui m’a passé le cd. La FF aussi… Perso je n’écoutais quasiment que du rap marseillais. Brigante : Moi c’est ‘‘l’Ecole du Micro d’Argent’’, mais j’écoutais aussi Secteur A, la Cliqua, Lunatic, NTM… K-Rhyme Le Roi : Pour ma part je suis venu au hip hop par le funk, avec mon grand frère. Je suis devenu fou en écoutant SugarHill Gang, Afrika Bambaataa, Rakim. Mais j’ai commencé par la danse avant de rapper. K-Rhyme dit souvent que les jeunes ne connaîtront plus de période comme Marseille en a connu à la fin des années 90… K-R Le Roi : Il y avait tout à créer... Dans les années 80, on partait à radio Grenouille pour enregistrer des morceaux, un pote restait chez lui pour nous enregistrer sur un poste-cassette. Après le succès du rap marseillais à la fin des années 90, les maisons de disques disaient ‘‘banco’’ pour tout ce qu’on faisait. Mais c’était de la qualité. Brigante : Nous étions gamins à cette époque… Pour moi, le rap en France a commencé à Marseille. IAM était ultra-exposé, ce qui venait d’ici cartonnait. Les mentalités ont changé, maintenant c’est clash, youtube, bling… Avant, un mec qui ne savait pas ‘‘frapper’’ avait peur de prendre le micro. A présent, les plus bidons ne se gênent plus. Vous êtes tous issus du centre-ville, qui comme le rap, a bien changé au fil des ans… K-Rhyme : À l’époque c’était un enchevêtrement de petites rues mal éclairées, reliant Noailles à Belsunce. Il y avait des tripots, des hôtels de passes dans chaque ruelle. C’était chaud, surtout quand la drogue a commencé à faire des ravages. Il ne faisait pas bon traîner. Zino : La politique de la ville tend vers la modernisation du centre, pour faire une sorte de Croisette, en virant les immigrés qui ont fait l’histoire de Marseille. Seuls quelques quartiers subsistent mais ça ne va pas durer. Le plus triste, c’est que les habitants ont l’air résigné. Propos recueillis par Lionel Modrzyk

Révolution Urbaine, ‘‘L’histoire ne fait que commencer’’, Streetskillz. K-Rhyme Le Roi, ‘‘L’Agent Dormant’’ attendu pour septembre 2009. Photo : L. M 36

Septembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 


Faisons honneur à la bonne époque du Shit Squad, voici quelques chroniques de Mars… Siba, ‘‘Partir’’. Musicast Cet assistant d’éducation en collège a bien l’intention de se démarquer. Après avoir fait monter le buzz avec les titres ‘‘Tu deuh’’, et ‘‘Soleil de plomb’’, Siba s’est lancé dans une campagne de streetmarketing sans précédent. Panneaux, murs, grilles de magasins ont été recouverts de tags Siba. Une campagne qui a donné du fil à retordre aux employés municipaux…

Wesh La Famille : Mars sort son tissu Noailles et Belsunce, lieux cultes du rap marseillais, ont enfanté une nouvelle ligne de streetwear : Wesh La Famille. ‘‘C’est comme ça que les jeunes des quartiers s’interpellent... Derrière ces mots, il y a du respect, beaucoup de reconnaissance. On ne s’attendait pas à un tel succès, la demande est forte’’ affirme Lionel Fanego, le créateur de WLF. Le modèle ‘‘Mars City’’

réunit les emblèmes de la ville, comme la Bonne-Mère. Les autres sont dédiés aux Favelas et à la mafia. Sat l’Artificier lance “Street Corner” De son propre aveu, le dernier album de Sat a été un échec commercial même s’il insiste sur le succès d’estime et une implication personnelle totale. Il désire désormais se consacrer aux artistes dans l’ombre, en montant son propre label, Street Corner. Ses deux premières signatures sont Gino et Prince Negga Fellaga.

L.M

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Eminem fait un rappel à l’ordre

‘‘Relapse’’, Polydor

Poï poï poï ! Eminem est en forme. Chez les auditeurs il y a ceux qui vénèrent le rappeur, il y a ceux qui respectent, et ceux qui reconnaissent le talent mais qui ont du mal avec les grosses blagues potaches et la voix nasillarde. Pour son 4ème album Eminem a décidé de mettre tout le monde d’accord. Dr Dre est une nouvelle fois aux manettes de la production. On constate rapidement qu’il a bichonné son poulain bancable. Pour l’anecdote, le titre ‘‘Crack a bottle’’ reprend un sample de Mike Brant (‘‘Mais dans la lumière’’). En ce qui concerne le rendu final, on imagine l’ambiance en studio au passage des sons sur des enceintes sur-watées. Mais c’est lors des passages en cabine du kid de Detroit que l’équipe a dû prendre la mesure de la perf’. Eminem s’est donné, avec du flow à gogo, de la phase technique, du changement de rythme, de la consonne tranchante. Même les passages chantés amènent de la richesse aux morceaux. Du chant plus proche d’un rap vocal que de la transition mielleuse. La résurrection après 5 ans d’absence est d’autant plus remarquable qu’elle fait suite à une période d’addiction aux médicaments. Quelques rechutes plus tard et un retour providentiel à la musique justifient le titre de l’album ‘‘Relapse’’, traduisez ‘‘rechute’’. Côté prods, certaines sont si lourdes qu’il est difficile d’imaginer quelqu’un d’autre que les MOP de la grande époque pour relever le défi. Mais Em’ est encore à la hauteur. Si entre Eminem et vous c’est une longue histoire, l’album est une nouvelle preuve d’amour. Si vous étiez fâchés, c’est l’occasion de se réconcilier. ‘‘Relapse 2’’ arrive en fin d’année.

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LES COMICS

SONT DE RETOUR

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‘‘Blackout 2’’, Barclay

Blackout is back. Dix piges qu’on digérait la première version du duo légendaire composé des seuls rappeurs plus forts que Batman et Superman, j’ai nommé Method Man et Redman. Même si ‘‘Blackout 2’’ est un cran en dessous du coup d’essai (1999), on y retrouve tout de même quelques-unes des meilleures facettes des deux MCs. Comme chaque fois qu’ils sont réunis (‘‘Blackout’’, ‘‘How High’’), c’est Method qui vient sur le terrain de jeux de Redman : des productions bondissantes avec la touche jazzy des producteurs présents sur l’album (Erick Sermon, Pete Rock…). Le meilleur du duo sur cet album donc, c’est lorsque le flow s’exprime, par exemple sur le morceau ‘‘Dangerous Mcees’’. Method flirt toujours avec un sens du rythme qui frise l’insolence. Redman n’a rien perdu de sa précision et de son flow appuyé. Le morceau avec Ghostface et Raekwon ravira les puristes. Quelques morceaux plus dans l’air du temps les décevront certainement, mais l’écoute n’est pas désagréable. En attendant de les voir sur scène c’est tout de même un rendez-vous avec deux grands de l’East Coast. Augustin Legrand

Mos Def se fait prier

‘‘Ecstatic’’, ULM

‘‘Mos def’’ en anglais, ça signifie ‘‘c’est clair’’ (contraction de most definitly). Et pour une fois c’est clair ! L’album du talentueux Mos Def n’est pas folichon. Le rappeur ultra talentueux continue néanmoins d’enrichir son univers graphique et visuel à travers ses clips. Il a notamment tourné une série de vidéos dans lesquelles il chante a capela ses morceaux dans la rue, incognito dans les rues d’Osaka. Côté musique en revanche, il est difficile de retrouver les plaisirs de son premier album, ‘‘Black on Both Side’’, vieux de plus de 10 ans. Il n’était évidemment pas nécessaire de faire un ‘‘Both Side 2’’ pour nous faire rêver, mais on espérait de la créativité, des surprises. D’autant plus que sa collaboration avec Madlib et Jay Dee était très attendue. Globalement, il est difficile d’entrevoir sur ‘‘Ecstatic’’ le meilleur de ces 3 piliers du hip hop expérimental. On aurait aimé plus de morceaux réussis comme ‘‘Auditorium’’, en featuring avec le savoureux Slick Rick. Dans les notes positives, le titre phare ‘‘Casa Bey’’ fonctionne. Une tentative de chant en espagnol (‘‘No Hay Nada Mas’’) donne envie d’en savoir plus, mais le morceau ne dure qu’1 minute 40. L’album n’est évidemment pas catastrophique mais si le guide a autant de talent, on est forcément un peu déçu quand la visite manque de découvertes.

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Photo : D.R.


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 C U LT U R E H H

Le travail de Marko-93, un des pionniers chez les anciens graffeurs français.

 Picasso qui s’essaye à la technique à la bougie.

Nike met en scène le light painting

Light painting, light drawing, comme le choix du matériel), light graffiti ou light graph, « Le résultat a poussé pas mal de graffeurs à et de régler l’appareil photo cette tendance qui mêle sur une longue exposition passer de la bombe à la lampe torche. » graffiti et photographie à la lumière. L’appareil peut prend de l’ampleur. Une pratique initiée il y a plus de 80 ans par le alors enregistrer les mouvements de la source de lumière. Le résultat photographe albanais Gjon Mili, avec la complicité de Pablo Picasso. a poussé pas mal de graffeurs à passer de la bombe à la lampe torAujourd’hui le light painting fait des émules dans le monde du graffiti. che. Peindre à la lumière, effacer, recommencer, utiliser l’urbanisme, Le principe consiste à jouer avec une source de lumière, dans un les objets, les corps… Un come back du light painting rapidement exenvironnement sombre, pour dessiner des trainées lumineuses qui ploité par les publicitaires, très réactifs sur le filon, comme les galerisrestent figées sur la pellicule ou la carte mémoire. Il suffit par exemple tes, qui commencent à exposer les clichés de ces peintres du vide. A.B de bouger un néon face à l’objectif (les techniques sont nombreuses,

  LE MUSÉE DES GRAFFITIS, OU QUAND UN SUJET SENT LA COLLE   En ces temps d’effervescence autour du graff, l’annonce d’un musée consacré au graffiti à Belleville (Paris), relayée par plusieurs médias culturels avait de quoi faire saliver. Prometteur sur le papier puisque depuis le 26 mai, les artistes sont invités à venir improviser directement dans le musée. Seulement voilà, une fois sur place, on tombe nez-à-nez avec un petit jardin rarement ouvert, à l’angle de la rue de Belleville. À travers les grilles, on aperçoit une structure de bois et des œuvres qui laissent deviner que l’ensemble attend désespérément des contributions… À suivre, ou pas. T.F

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MAMANE SE MOQUE DE TOUT

                       Mamane a fait des injustices son ‘‘fond de comique’’. Après avoir fait ses prestations chez Ruquier ou dans le Jamel Comedy Club, il présente un journal décalé d’information tous les jours sur la radio Afriqua N°1. Plus l’actu est chargée, plus Mamane peut croquer. Un coup de crayon entre candeur et cynisme, une diction élégante et un look atypique finissent de faire de lui un comique à part. Sur scène Mamane met les pieds dans le plat et l’entrejambe au dessus de la méditerranée, en dissertant des sujets sensibles : Afrique, mondialisation, religion, colonisation, immigration, démocratie… Il se moque de tout et porte un regard franchement satirique sur les travers des sociétés française et africaine, les banlieues, les aberrations de la langue de Molière et les dictons africains, les dictateurs et les sans papiers… Du one man show géopolitique et social, histoire de rire mais pas que. Preuve que la maitrise du cynisme demande d’abord d’aimer son sujet, en l’occurrence son continent d’origine et son pays d’adoption. A.B

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 C U LT U R E H H

Le rose c’est pour les filles,

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et le break c’est pour qui ? 

Pourquoi les Bgirls sont-elles si masculines? Les Bgirls sont trop masculines... On l’entend régulièrement, surtout chez les hommes. C’est évidemment un cliché ! Mais d’où vient cette image? Plusieurs hypothèses. D’une, le break vient des ghettos. D’abord new yorkais, il s’est importé en France dans nos ghettos à nous : les banlieues. Un public qui valorise souvent la masculinité pour les jeunes filles. La dégaine débrouillarde passe toujours mieux que la dégaine aguicheuse… Du coup, bon nombre de Bgirls ont hérité de cette ‘‘tradition’’. De deux, le break demande des qualités plutôt masculines : la force explosive, de l’endurance et une bonne résistance aux petites blessures… Les filles qui restent sont souvent les moins douillettes, les plus casse-cous. Les moins féminines, souvent. De troiz, parce que le break, contrairement aux funkstyles (popping, locking), est plus largement pratiqué par des hommes? Pas sûr. Les Bgirls sont de plus en plus nombreuses depuis quelques années. Mais l’afflux des Bgirls sur scène est récent. Cette génération n’a pas beaucoup de modèles féminins. Les icônes sont essentiellement masculines. L’identification est donc difficile. Quelques Bgirls se sont bien sûr démarquées, Karima pour la première génération puis Soraya, et aujourd’hui, Valentine ou encore Hurricane... Toutes, plus ou moins féminines.

photographie que des filles. Elle a choisi de leur donner la parole, un événement 100% féminin se développe en parallèle.

«Stop thinking Inside The Box » C’est dans les autres disciplines du hip hop que les Bgirls peuvent trouver de l’inspiration. Aux Etats-Unis, 2Fly (artiste graffiti) ne peint presque exclusivement que des personnages féminins, stylés, sexys, arrogants. Côté presse, Anattitude magazine, un magazine franco-anglais vient de réunir toutes les Bgirls de la culture pour qu’elles puissent prendre conscience de leur personnalité de femmes, et qu’elles puissent, si elles le veulent, construire un véritable univers Bgirl, bien distinct de celui des Bboys. Martha Cooper (photographe américaine) a lancé un projet depuis quelques années, ‘‘We Bgirls’’, dans lequel elle ne Photo : VDP

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être une Bgirl, c’est être un Bboy au féminin? La musique est universelle, la danse l’est également. Avant tout être une Bgirl, c’est danser pour se faire plaisir. Ensuite, c’est représenter, défier, s’amuser en compétition ou gagner sa vie avec la danse. En somme, rien de très différend de l’approche masculine. Mais être une Bgirl, c’est aussi arriver à s’imposer, offrir sa propre personnalité artistique. Le handicap c’est le manque d’effectif féminin. Les filles se retrouvent un peu perdues dans des équipes masculines. Elles sont rarement mises en valeur, leur rôle n’est pas forcement bien défini. Les hommes sont d’ailleurs tellement représentés dans les séances d’entrainements qu’il est rare de voir se créer des groupes uniquement de filles. Résultat, les Bgirls ne développent pas leurs propres mouvements, leur tendance. Malheureusement l’heure est au ‘‘Bboys bis’’, mais le combat continue, le ‘‘Bgirl power’’ viendra. Marion Chevassus (avec l’aimable participation du magazine BOD)


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PERDRE S E F A I R E EN BOXE, C A S T R E R C’EST COMME

                              MAHYAR MONSHIPOUR  Surnom : ‘‘Petit Tyson’’ (il mesure 1m64 et mise tout sur l’attaque) Marié à une psychologue. Née le 21 mars 1975 à Téhéran (Iran) 16 août 1986 : arrive à Poitiers chez sa tante pour y être élevé. 26 octobre 1996 : débuts professionnels dans la boxe 2001 : naturalisé français. Stats : 36 combats, 31 victoires, 3 défaites et 2 nuls Palmarès : Champion de France / d’Europe ‘‘super-coq’’ en 2002. Champion du monde WBA ‘‘super-coq’’ en 2003 (titre défendu 5 fois jusqu’en 2005). Mars 2006 : Il met fin à sa carrière après sa défaite face au Thaïlandais Somsak Sithchatchawal 2007 : Il publie La rage d’être français, édition Grasset.

Le 1er décembre 2008 débutait une tournée intitulée ‘‘Pour l’honneur’’ dans laquelle Mahyar Monshipour, l’ancien champion du monde WBA devait préparer LE combat, pour tenter de récupérer sa ceinture après trois ans d’absence. Suite aux 3 combats de préparation dans sa catégorie les super-coqs, la fin du scénario devait prendre date le 4 juillet dernier à Poitiers. Malheureusement Mahyar n’a pas réussi son défi en s’inclinant aux points devant le Panaméen Anselmo Moreno. Il a choisi depuis de mettre un terme définitif à sa carrière de boxeur. Nous l’avons interviewé avant et après son ultime combat. Voici les sensations d’un boxeur avant, et après avoir raccroché les gants.  Entretien avec le ‘‘petit Tyson’’ au cœur tendre. 46

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MAHYAR            avant son ultime combat

Orbeat : Mahyar vous préparez votre retour. À 33 ans n’est-ce pas trop difficile de revenir au combat ? Mahyar : L’âge de la retraite a beaucoup évolué. À l’époque de Michel Platini un joueur était cuit dès 30 ans. Aujourd’hui les sportifs, grâce à des entrainements perfectionnés, peuvent repousser l’âge de la retraite internationale. C’est le cas de la boxe. Et j’ai la chance d’avoir fait peu de temps du haut niveau. J’ai commencé après la terminale et j’ai arrêté tôt. Cela joue donc en ma faveur. Je n’ai pas grillé toutes mes cartouches. Or : Qu’est-ce qui est le plus dur dans ce sport ? Mahyar : C’est de savoir si psychologiquement on est assez fort pour accepter de perdre. Ce n’est pas facile non plus de prendre des poings dans la figure. Pour ce come back, mon vrai test s’est passé lors de mes entraînements, dans le plus grand secret, pendant 2 mois. Allais-je cligner des yeux en voyant arriver un gant sur mon visage ? C’était ça le vrai test. Si j’avais eu la trouille à ce moment là, je n’aurais pas fait cette tournée de retour.

Or : Qu’est-ce que vous voulez prouver en allant chercher ce titre ? Mahyar : Plus que tout, que je suis un homme ! Vous savez, en boxe une défaite c’est terrible, humiliant. On a l’impression d’être émasculé, de se faire castrer. Je veux retrouver la sensation que l’on éprouve en étant un grand boxeur. Ensuite, après cette tournée je veux devenir promoteur / organisateur de combats de boxe. Or : Retournez-vous régulièrement en Iran, votre pays natal ? Mahyar : J’ai quasiment passé 2 ans sans y aller. C’est long. Là-bas les gens suivent plus le foot que la boxe. Mon premier titre de champion, personne n’en n’a parlé. Les premières fois où je suis allé en Iran, tout le monde ne me parlait que du voile à l’école française. Ils ne comprenaient pas. J’expliquais qu’ici on ne lisait pas le Coran à l’école. Cependant, l’Iran a toujours bien aimé la France. toute l’équipe nationale iranienne de boxe veut venir s’entrainer en France. Mais j’ai dû leur expliquer la réalité des choses : le loyer à payer, le coût de la vie, etc. Vous savez ce qu’ils me répondent ? ‘‘Tu racontes des bobards Mahyar !’’ (Rires). Forcément, ils veulent faire ce que j’ai fait, tout simplement réussir !

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Orbeat : Quel est le premier bilan à faire après cette défaite malgré un combat courageux ? Mahyar : Je suis fier d’avoir tenté l’aventure et surtout ne pas avoir été ridicule dans mon combat final. Orbeat : Plus de trois ans après la perte de votre titre super-coq qui vous avait poussé à la retraite, que vous a-t-il manqué pour reconquérir le titre mondial ? Mahyar : Je pense que j’ai été trop honnête, trop loyal ! Je n’ai pas été voir les juges… Et dire que le mec, je lui ai payé l’avion et tout ! Il m’a manqué aussi ma rage du passé, comme je l’avais il y a 3 ou 4 ans. Enfin bon, je ne regrette pas. Je savais que je pouvais revenir au haut niveau car je m’étais entrainé sans problème en secret avant de rendre publique ma décision. Des séances intenses, très dures, de 2h30. Cette année j’étais dans un meilleur état de forme qu’en 2006

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quand j’avais perdu ma couronne mondiale. Ma technique était sans doute meilleure à l’époque mais pour cette tournée de retour j’avais une meilleure condition physique. Orbeat : Maintenant que votre tournée de retour ‘‘Pour l’honneur’’ est terminée vous n’allez pas vous ennuyer un peu ? Qu’est-ce qui est plus excitant que la boxe pour vous aujourd’hui ? Mahyar (du tac au tac) : Rien n’est plus excitant que la boxe ! Rien. Depuis mon échec pour reconquérir mon titre mondial je me suis beaucoup reposé après m’être longtemps entrainé. Cela a représenté une grosse période de sacrifices dans ma vie. Donc cet été c’était repos avant tout ! Je compte aussi retourner dans mon pays d’origine, l’Iran, le 21 mars, le jour de la fête nationale du pays. Depuis la fin de cette aventure de plusieurs mois j’attendais avec impatience la reprise de mon job au Conseil Général

Contactez-nous : baptiste.orbeat@yahoo.fr

de la Vienne début septembre. Bien sûr, je vais m’occuper de tout le côté sportif dans le département mais je compte aussi garder un œil sur ce qui se passe dans le monde de la boxe. Or : Avez-vous des séquelles physiques après ce retour et toutes ces années de boxe ? Mahyar : Non ! Pas du tout ! À 34 ans je suis l’un des boxeurs les moins abîmés ! J’ai juste quelques trous de mémoire mais qui ne sont pas dû à la boxe (rires). Je suis en meilleur état qu’un footeux après des années de carrière internationale. Des footballeurs qui courent tout le temps, qui prennent des tacles sévères, qui se font des grosses blessures, qui enchaînent les matches de haut niveau en club ou en équipe nationale, etc. Les mecs, ils sont rincés et cassés en deux à la fin de leur carrière ! Propos recueillis par Baptiste Auroux Photo : Sébastien Laval

Juin / Juillet 20092009 Septembre / Octobre  www.orbeatmag.com    www.orbeatmagazine.com

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NBA

» E C OL N A R ENV F R « AI D SON N E R P 

Dans l’ombre de Noah parti chez les mythiques Bulls, mais aussi dans celle de Parker, il est vrai éblouissant, il y a d’autres ‘‘frenchies’’ qui s’acclimatent à la NBA. Sur la grosse dizaine de Français engagés dans la ligue nord-américaine, l’imposant Mickaël Pietrus, surnommé ‘‘Air France’’ outre Atlantique a fini la saison en trombe.

 Mickaël PIETRUS Âge : 27 ans / Taille : 1m98 / Poids : 98 kg / Poste : Arrière-Ailier / Club : Orlando Magic depuis 2008 Carrière : Pau-Orthez (1997-2003), drafté en 2003 par Golden State Warriors, signe à l’intersaison 2008 à Orlando. Palmarès : champion d’Europe juniors en 2000 (France), champion de France 2001 et 2003, vainqueur de la coupe de France 2002 et 2003, vice-champion de France en 2000 et 2002. Finaliste NBA en 2009.

Arrivé en NBA en 2003, ce sont la dextérité et les qualités athlétiques de Pietrus qui ont frappé les observateurs américains. Le Français est choisi en 11e position par Golden State lors de la ‘‘Draft’’(1). Alors qu’on continue (logiquement) de s’extasier devant les performances de TP, il est bon de rappeler qu’aucun basketteur français n’avait jamais été ‘‘drafté’’ aussi haut. Dès son arrivée Mike s’accroche. Il débute 22 matchs sur 53 joués. Un an plus tard, il n’est titularisé que 3 fois, mais Mike a bossé son basket et affiche de meilleurs stats : 9,5 points pour 2,8 rebonds. Il maintient son niveau de jeu la saison suivante, et la saison 2006-07 devient SA saison ! La progression est flagrante : il apparaît 72 fois sous le maillot de Golden State (38 fois dans le 5 Majeur), et score en moyenne 11,1 points avec 4,5 rebonds. Il dépasse même les 20 points à huit reprises et enregistre quatre ‘‘double-doubles’’. Notamment un fameux 14 points/14 rebonds contre les Lakers de Kobe Bryant.

c’est même lui le plus brillant de son équipe. À défaut d’exceller en défense face à Kobe, il est le seul à être efficace. Le Français termine meilleur marqueur des Magic avec 14 points. Lors du 3e match de la série, Mickaël est un acteur majeur du succès d’Orlando contre Los Angeles. Il marque 18 points, dont 10 dans le dernier quart temps, avec en prime 2 rebonds, 2 passes décisives et 3 interceptions. Malgré la défaite Pietrus est tout de même le 2e Français de l’Histoire à jouer un rôle majeur en finale NBA ! Le Guadeloupéen, qui n’avait jamais crevé l’écran avec Golden State, justifie aujourd’hui son recrutement de l’été 2008 pour 4 ans et environ 20M de dollars à la demande du manageur général d’Orlando. Après ‘‘Air France’’, en référence à sa grosse détente, les journalistes lui ont trouvé un nouveau surnom. C’est désormais ‘‘Baby Superman’’, en clin d’oeil à Dwight Howard appelé ‘‘Superman’’. Mike est en effet considéré comme le basketteur le plus athlétique de l’équipe juste derrière le pivot star.

Avant de rejoindre le Magic Orlando, Pietrus a eu le temps de s’imprégner des tactiques nord-américaines. Après une légère baisse de régime, Mike hausse désormais son niveau de jeu et met en pratique son expérience NBA. Il arrive à Orlando avec plus de 250 rencontres dans les jambes grâce aux Golden State. Avec son gros gabarit, son profil d’extérieur bondissant et sa mentalité de féroce défenseur, le staff d’Orlando voit en Mickaël Pietrus un défenseur pure souche capable de briser l’allant offensif des Bryant and Cie. Derrière Dwight Howard et Rashard Lewis, le staff fait du tricolore un pilier de l’équipe. Grâce à la qualification de son équipe pour les play-offs Mickaël avait formidable occasion de briller. Il est carrément le révélation du Magic en finale de Conférence Est face à Cleveland. Notamment grâce à une intense défense sur la star LeBron James. Malgré une défaite en finale des play-offs ce 14 juin 2009 face aux inarrêtables Lakers, Pietrus réalise sa meilleure performance en NBA. Lors du 1er match,

 CHRONIQUE DE LA DRAFT 2009 

B.A

Rodrigue Beaubois (deuxcejoueurs Cholet), ont été draftés respectivement parsaDallas et San Antonio. Sélectionné au 1er Malgré une défaiteetenNando finaleDe desColo, play-offs 14 juinde face aux inarrêtables Lakers, Pietrus réalise meilleure performance en NBA. Lors du tour en 25e position Oklahoma City, Beaubois (21équipe. ans, 1,84 m) a d’exceller été cédé (contre un autre Dallas Mavericks. Guadeloupéen premier match, c’estpar même lui le plus brillant de son A défaut en défense facejoueur) à Kobe,aux il est le seul à être ‘‘effiLecace’’. Le Françaisa un contrat garantimarqueur et foulerades les ‘‘Magic’’ parquetsavec américains l’an Lors prochain. potedeDela Colo ans, 1,95 m),acteur choisi majeur en 53e du position aud’Orlando 2e tour par San termine meilleur 14 points. du 3eSon match série,(22 Mickaël est un succès contre Antonio devraIlpatienter. Lepoints, niveaudont de l’arrière jugé trop faible pouravec intégrer cette saison l’équipe. De Colo avec Valence avant Los Angeles. marque 18 10 dansa été le dernier quart temps, en prime 2 rebonds, 2 passes déç’doit et 3progresser interceptions ; bref, un Pietrus de rejoindre au laplus vite les décisif. Malgré défaite faceSpurs. aux Lakers, Pietrus est tout de même le 2e Français de l’Histoire à jouer un rôle majeur en finale NBA ! 1. 22 pts par match en moyenne cette saison, déjà triple champion NBA et sélectionné 3 fois pour le All Star Game 1. 2. Le Le grand grand marché marché du du basket basket américain américain où où chaque chaque équipe équipe choisit choisit ses ses joueurs joueurs pour pour la la saison saison Contactez-nous : baptiste.orbeat@yahoo.fr 48

Photo : D.R Septembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 


CINÉ-DVD

NOTORIOUS

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En attendant le DVD, chronique d’un film annoncé

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La playlist de Dj Number Six,

le créateur des soirées 90’s Hip Hop Lovers en ligne sur : http://www.djnumbersix.com/notorious/ 1. Machine Gun Funk 2. Who shot ya 3. Party and bullshit 4. I got a story to tell 5. Ten crack commandments 6. Come on motha fuckers, featuring Sadat X 7. The What, featuring Method Man 8. Get Money, featuring Lil’ Kim 9. Be Happy, featuring R.Kelly 10. The Garden fresstyle, featuring 2Pac, Big Daddy Kane, Shyheim 11. Garanted Raw (demo)

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LE QUIZZ…

            1. Comme ça, au feeling, Notorious est ? a- Balance / b- Poisson / c- Gémeau 2. Christopher Wallace est né exactement le même jour que ? a- Stomy Bugsy / b- Joey Starr / c- Akhénaton 3. Où était-il lorsque 2Pac s’est fait tiré dessus avant que Pac ne l’accuse d’être responsable de la fusillade ? a- En France / b- Dans le même immeuble que lui / c- Avec Dr.Dre 4. Lequel de ces surnoms n’est pas un surnom de Christopher Wallace ? a- Big Poppa / b- Big Punisher / c- Biggie Smalls Réponses: 1.c / 2.a / 3.b / 4.b

On dit souvent qu’un artiste est culte lorsque sa fin est tragique. Notorious a beaucoup de ça et un peu de tout : charisme, créativité, génie, suprématie, influence. En 1997, plus que la disparition prématurée d’un rappeur, la mort de Biggie est une boule de feu dans le grand flipper musical. Le Hip Hop passe à la postérité, aidé par 2 tragédies modernes la mort de Tupac et celle surtout de Notorious. Les plus élogieux anticipe même le bouleversement de la culture pop. La bulle ciné va chercher à exploiter le phénomène avant d’éclater dans le foulée. Complexité du personnage, refus de Mme Wallace (la maman), manque de recul historique, beaucoup de réalisateurs ont préféré se réfugier dans des documentaires sur le Big Poppa, relatant plus souvent la guerre gangsta que la vie de Christopher Wallace. Dès l’aube des années 2000, c’est Sylvester Stallone himself qui fleure le bon coup et annonce la sortie d’une fiction mettant en scène Biggie Smalls. Tournage repoussé 3 fois, on ne sait finalement pas trop ce qui a poussé Rambo à tout annuler. Le projet semble alors retomber dans les mains de son entourage (la mère de Notorious et ses producteurs Wayne Barrow, Mark Pitts et Sean ‘‘Diddy’’ Combs) qui prennent le Biggie par les bourlets et proposent l’écriture d’un biopic à Cheo Cocker, scénariste, journaliste (l’ayant interviewé de nombreuses fois) et auteur d’un livre sur le rappeur. Bien placé pour dresser un portrait humain et authentique, de son enfance à sa mort. ‘‘Pour moi le plus gros challenge était de restituer au mieux sa carrière de légende musicale tout en captant les nuances de sa personnalité. Il était drôle et joueur, si ouvert…’’. Le scénario achevé, l’entourage est enthousiaste. Les commandes sont confiées à un certain George Tillman Jr., réalisateur du correct ‘‘Chemins de la dignité’’ (avec De Niro et Contactez-nous : alex.orbeat@yahoo.fr

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Cuba Gooding Jr.). Un film brut et loin des poncifs urbains, comme l’impose les codes hip hop, mais ce qui a fini de convaincre les producteurs, c’est la fascination singulière que porte Tillman à l’auteur de ‘‘Ready to die’’. Un rapport indispensable pour imprégner le biopic du rythme et du flow de B.I.G. Ne reste que l’essentiel, trouver celui qui incarnera le protagoniste, un mec qui a du ‘‘style’’, cette attitude complexe, cette manière spécifique d’aborder la vie. La directrice de casting l’explique ‘‘On ne cherchait pas quelqu’un qui ressemblait à Biggie ou qui puisse en faire une bonne imitation. On était à la recherche de quelqu’un qui puisse aller directement à l’essence de sa complexité. C’est ce qui a été le plus dur à trouver’’. Des dizaines de castés plus tard, ils trouvèrent le Big Poppa en la personne de Jamal Woolard. Dès son entrée dans l’auditorium, la décision fut prise ‘‘c’était lui’’, le phrasé, l’attitude, la corpulence, la voix grave… Rappeur également, originaire du même quartier, les similitudes sont troublantes. Woolard passa 4 mois à étudier ses vidéos, ses mimiques, son langage, son physique, ses respirations… ‘‘Biggie était très précis dans sa gestuelle. Il ne demandait jamais, il exigeait toujours, son menton était toujours vers le haut, regardant de l’avant’’. Jamal est prêt pour le tournage express, 38 jours seulement, en décor naturel entre Brooklyn et Los Angeles. LE biopic du HipHop est enfin né, même s’il parait difficile de ne pas polémiquer autour de l’authenticité des personnages (lorsque l’on sait que le film est produit par sa mère et Puff Daddy) et de ne pas s’interroger sur les objectifs commerciaux. Une bouffé d’air pour la culture Hip Hop qui souffre d’un manque criant de références cinés et de péplums à sa gloire. Notorious achevé, la vie de Tupac serait en préparation … Dit-on.

A.B

Photo : D.R


 C R I T I Q U E O R B E AT

WU - The Story of the Wu-Tang Clan (2007) 

Annoncé depuis longtemps on attendait ce documentaire sur l’histoire du Wu Tang avec l’impatience d’un gamin sous le sapin. Malheureusement, passées les vidéos collectors (premier enregistrement, sortie de ‘‘36 chambers’’…), la mayonnaise ne prend que moyennement.

La première partie retraçant l’éclosion est intéressante (et plaisante), bien servie par les interventions de proches qui évoquent la complexité de leur démarche musicale. La deuxième en revanche, centrée sur la descente aux enfers d’Ol Dirty, est trop longue. L’hommage est rendu, certes, mais ne justifie pas le gimmick du documentaire ‘‘Voici l’histoire du WU-Tang’’. Au final, on comprend mal la direction du réalisateur et la clique de Staten Island aurait mérité une biographie plus poussée : interviews des membres, analyse du phénomène, références historiques (et plus de gros sons !). ‘‘The story of the Wu Tang Clan’’ a tout de même le mérite de proposer un éclairage original, composé de vidéos intimistes chargées d’infos. Pour la petite histoire, le réalisateur Gerald K. Barclay est un pote de quartier qui a eu la bonne idée d’allumer sa caméra lors des balbutiements du groupe. Si son film peut rapidement essouffler le spectateur novice, l’amateur chevronné, devrait en revanche lui trouver une place de choix sur l’étagère.

 LES LASCARS FONT DU CINÉ 

A.B

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La série ‘‘Les Lascars’’ labellisée ‘‘pur produit de banlieue’’ et créée en 2000 a fait un carton sur les écrans de cinéma. En attendant le dvd c’est 222.993 de personnes qui se sont déjà déplacées durant la première semaine de diffusion. Il faut dire que les lascars sont rarement à court d’arguments… Le Pitch - L’été pointe le bout de son nez et commence à chauffer les esprits dans la banlieue de Condé sur Ginette. Deux potes apprentis rappeurs, Tony Merguez et José Frelate, bavent devant les brochures de vacances mais n’ont pas les moyens de leurs envies. Du coup José lâche l’affaire et travaille au black chez le juge Santiépi, un magistrat aussi sévère que sa fille est sexy, tandis que Tony se met en affaire avec Zoran, le dealer le plus féroce du quartier. Ça s’annonce mal mais comme « les vrais » ne prennent pas de vacances… La critique : autant le dire tout de suite, le film est une réussite. Pour leur premier long-métrage, les réalisateurs Albert Pereira Lazaro et Emmanuel Klotz respectent l’identité de la série culte d’El Diablo et Cie tout en sublimant l’aspect graphique, mélange stylé de dessin, de 2D et de 3D. Le casting vocal est plus qu’à la hauteur de dialogues fleuris (mention spéciale à Gilles Lellouche). Ça chambre dans tous les sens avec en fond sonore une B.O hip hop réussie. Un ou deux bémols tout de même. Le challenge principal était de tenir la distance sur 90 minutes. Le pari est relevé dans l’ensemble mais le film s’essouffle légèrement aux trois-quarts pour finir de façon un peu prévisible. Et puis il y manque un je-ne-sais-quoi de supplément d’âme : outre les clins d’œil aux potes et autres incontournables références à la série, le film aurait pu fourmiller encore plus de détails caractéristiques de la vie banlieusarde, voire proposer un scénario plus typé, moins classique.

Rost - Enfant des lieux bannis (Robert Laffont) 

Thomas Fédérici

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Autobiographie, analyse sociologique, pamphlet politique on ne sait quel nom donner à cet Enfant des lieux bannis. Conforme à sa réputation de franc-tireur, Rost règle des comptes en nous entrainant dans son parcours obstinément engagé et le résultat est adroit. Un chemin en 4 étapes, son enfance au Togo suivie de son arrivée en France, sa vie de tagueur, puis de rappeur-producteur, enfin son catapultage dans la vie politique (notamment lors de l’élection présidentielle de 2007). Sa plume fluide et ses descriptions séduisantes font passer la dragée de messages parfois trop sucrés sur les thèmes comme l’Afrique, les étrangers, la banlieue, la délinquance. À la réfle xion sociale systématique, nous avons préféré les passages sur son parcours de chef de bande au sein du CMP, les témoignages précis sur l’émergence du tag, ou encore ses galères de rappeur. Le pari était risqué de s’autobiographier à 30 ans, l’auteur de ‘‘J’accuse’’ (son dernier album) le réussi tout de même habilement. Entre intimité et protestation, Rost nous conte au final l’histoire d’un jeune togolais débarqué en France qui se sent investi d’une mission, celle de représenter les siens, d’être ‘‘l’écho du silence, des masses silencieuses’’ dixit l’intéressé. A.B

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Photos : D.R


LA POP PERD SON ROI

 L ’ O R B E AV I E W

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La disparition de Michael, c’est autant une tragédie pour les fans qu’un emballement médiatique pour rendre hommage au roi de la pop. Pour Olivier Cachin, à la fois fan et journaliste, c’est un peu des deux. Entre émotion et analyse, d’un média à l’autre, il nous raconte comment il a dû revoir la conclusion de la biographie qu’il consacre depuis plusieurs mois au plus célèbre des Jackson Five. Sortie de la biographie le 17 juillet.

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Olivier Cachin

Orbeat : La disparition du roi de la pop a été éprouvante pour les fans, mais il semble que pour toi son décès s’est transformé en un remake de 24H chrono ? Olivier Cachin : C’était du non stop. Dixneuf heures à rebondir comme une balle de flippeur, de micros en caméras, pour parler de cette disparition tragique et prématurée. J’étais dans une espèce d’euphorie, puisque l’après midi avant l’annonce de sa mort, je finissais la dernière relecture de sa bio. Je devais consacrer le dernier chapitre au concert du 13 juillet à Londres. Le concert que tout le monde attendait, moi le premier puisque j’avais ma place… Finalement le dernier chapitre se transforme en chapitre final d’une saga qui s’achève, laissant place à une autre, beaucoup plus crapuleuse, puisqu’on entre dans l’ère des spéculations, des ‘‘pourquoi’’, des ‘‘comment’’, des théories fumeuses…

suivi Michael pendant 8 mois, avant d’être fustigé par le clan Jackson, estimant que le journaliste avait manipulé M.J pour obtenir des informations et faire un documentaire à charge). C’était un grand brulé des médias, qui ressentait tellement l’idée de l’interview comme une intrusion que ce n’était pas quelqu’un d’abordable, en tout cas pas depuis une quinzaine d’années.

Or : Comment as-tu travaillé pour réaliser la bio ? OC : Beaucoup d’archives, de documentation, des dizaines de DVD pirates, de livres, d’articles, d’infos récupérées auprès de proches de Michael. Ca représente 8 mois de travail préparatoire. Or : La bio que tu as réalisée est autorisée ? OC : C’est ce qu’on appelle une bio non autorisée (NDLR, sans relecture de l’intéressé). Mais je pense que ce n’est ni une hagiographie, ni un livre à charge. Je n’ai pas esquivé les étapes procès, les tumultes…

à partir des années 80. Il a fait un duo avec Run DMC qui n’est jamais sorti, qui verra peut-être le jour maintenant. Pour Bad, il a invité des gens comme B.I.G, mais il était loin de cet univers impitoyable, du vécu des rappeurs. Lui, finalement c’est quelqu’un qui n’a jamais connu la normalité, pas même un jour de sa vie. Il a dédié sa vie à distraire les gens. Mais il a quand même eu quelques belles collaborations avec le hip hop. Et puis il faut reconnaître qu’au long de sa carrière les médias ont beaucoup critiqué, se sont moqué, alors que du côté des rappeurs, qui ne sont pourtant pas tous des tendres, je n’en connais pratiquement aucun qui ne reconnaît pas l’influence de Michael. Même le plus hardcore des rappeurs a eu le blouson de Billy Jean ou de Thriller quand il était gamin.

Or : Tu avais des infos sur sa santé ces derniers mois ? OC : Des rumeurs il y en toujours eu, plus son retour approchait, plus il y en avait. Pour être très honnête sur son retour, j’y croyais.

messages de fans sur un mur de Trafalgar Square Or : Les médias savaient que tu préparais sa bio, ou ils t’ont appelé, comme à l’habitude en tant que spécialiste des musiques blacks ? OC : Beaucoup de gens le savaient mais j’étais déjà recensé comme fan, spécialiste de Michael, donc dès l’annonce ça a été une trainée de poudre… Or : Tu as déjà rencontré Michael ? OC : Je l’ai croisé, à l’inauguration de sa statue au musée Grevin, en after show à Berlin, je l’ai vu sur scène 6/7 fois. Mais c’était quelqu’un qui avait peu de contacts avec la presse. La dernière fois qu’il a donné sa confiance à un journaliste c’était Martin Bashir, et on connaît le résultat (NDLR, Bashir avait

J’ai essayé de trouver un équilibre pour transcrire la vie et la carrière de Michael. Or : Depuis l’annonce du décès c’est un déferlement de témoignages de gens qui se disent inspirés par lui… OC : Alors oui, en quelques heures tout le côté ombrageux a disparu, et heureusement parce que dans un moment aussi tragique la controverse ‘‘Michael ceci, cela…’’, ça va deux minutes. C’est le moment de se souvenir de la musique, de l’homme, du danseur… Or : Existe-t-il un lien entre Michael et le hip hop ? OC : Le hip hop est omniprésent aux States

Evidemment sur les dernières photos il n’avait pas l’air d’être dans une santé resplendissante, mais j’y croyais. Or : Tu pensais qu’il pouvait assurer les 50 shows et les quelques 900 000 préventes ? OC : Maintenant on sait que non, mais je croyais au moins à ce soir du 13 juillet, où il serait revenu après si longtemps, pour qu’on parle enfin de lui pour -ce pourquoi il était venu sur cette terre-, distraire les gens, faire rêver. Or : Tu avais l’espoir qu’il puisse donner un spectacle à la hauteur de sa carrière ? OC : C’était l’espoir que nous avions tous. Il n’y en a plus maintenant.

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Photo : D.R Septembre / Octobre 2009 www.orbeatmagazine.com 

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Haterz, la réjouissante branche satirique du groupe Last Concept (éditeur entre autre de Last Mag) sévit sur le net pour notre plus grand plaisir. Le concept est vieux comme la presse et ultra efficace, de la planche satirique sur de l’actualité presque brûlante. Pour faire sa sauce, la bande de scénariste et Truk (le dessinateur) mettent en scène deux chatteurs sans pitiés, super intéressés par les potins en tous genres du rap et du R’n’B. Au final, ça donne une espèce de ‘‘petit-fils illégitime’’ des journaux satiriques que sont Hara-Kiri ou Charlie Hebdo. La blague de rap, on était finalement assez peu habitués, la tradition de la presse était au ‘‘respect des artistes’’. Haterz fustige tout le monde, des sages du hip hop aux MCs cabreurs de motocross. Extraits www.haterz.fr

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Abd Al Malik 

BD : haterz 56

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Orbeat magazine, 20 ans de clichés Hip Hop par Wilee