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janvier - février - mars // 2015

EDITO

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ouvelle année, nouvelle formule ! 2015 marquera pour le projet un nouveau départ. A l’occasion des deux ans d’existence de NOTHING, l’équipe écrit une nouvelle page de l’histoire du magazine. Le contenu éditorial évolue avec l’apparition de nouvelles rubriques. En plus des reportages que vous avez maintenant l’habitude de retrouver, découvrez “une image, une histoire”: une photographie d’actualité décryptée par son auteur. Nicolas Réméné ouvrira le bal avec une photo prise pendant un rassemblement contre les violences policières et à la mémoire de Rémi Fraisse. Chaque numéro aura désormais son dossier spécial autour d’un grand thème. Ce mois-ci le grand thème est “Réfugiés et migrants”. Quatre photographes de talent nous ferons partager quatre regards et histoires différentes sur ce même sujet: Célia Bonnin, Guillaume Lacourt, Stephan Norsic et

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Yann Merlin. NOTHING vous fera également découvrir une sélection de livres à chaque numéro. Ce mois-ci, il s’agit de l’excellent ouvrage des frères Hoffman, “Beta Israël, Les derniers Juifs d’Éthiopie” et du livre hommage à Camille Lepage “République Centrafricaine: On est ensemble” dont La totalité des fonds récoltés permettront de créer le “Prix Photographique Camille Lepage”. Le magazine passera également en trimestriel pour nous permettre de vous présenter encore plus de contenus de qualité. Nous espérons que cette nouvelle formule vous plaira. Bonne lecture


Nothing Rédaction Gabriel Loisy Laure Maugeais Laure Abouaf Maryneige Heller

Publication Mise en page Gabriel Loisy

Relecture

Elodie Fond

Traduction

Maryneige Heller

Couverture

Célia Bonnin

Nous écrire contact@nothingmag.fr Copyright NOTHINGMag ©2015

// La reproduction même partielle des articles, textes et photographies parus dans ce numéro est interdite sans autorisation écrite préalable du représentant légal. La rédaction n’est pas responsable des textes, illustrations, photos publiés qui engagent la seule responsabilité de leurs auteurs. Les documents reçus impliquent l’accord de l’auteur pour leur libre publication. Si vous trouvez des fautes d’orthographe dans les pages de ce numéro, merci de ne pas y prêter attention et de nous en excuser.

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SOMMAIRE #13

p.06|

Reportages

Eric Kruszewski | Chroniques d’un forain Felipe Camacho | Valparaiso Chili

Célia Bonnin | (se battre pour) AVOIR 20 ANS à Paris

p.40|

Dossier

Réfugiés et migrants

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Guillaume Lacourt | Les Dernier Réfugiés Bhoutanais au Népal Stephan Norsic | Migrants Yann Merlin | Réfugiés politiques


p.38|

Une photo Une histoire Nicolas Réméné

p.114|

Livres

Benjamin & Daniel Hoffman| Beta Israël, Les derniers Juifs d’Ethiopie

p.118|

Liens

Camille Lepage | République Centrafricaine : On est ensemble

Suivez-nous sur les réseaux sociaux. @NOTHINGmag

/Nothingmag.fr #

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Chroniques d’un forain

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Eric Kruszewski

ric Kruszewski est un photographe autodidacte basé à Washington D.C. Après avoir suivi une école d’ingénieur, il a travaillé dans le démantèlement d’armes chimiques, le confinement d’agents biologiques et le traitement de déchets nucléaires. C’est au cours de ses voyages d’affaires en Asie centrale qu’il découvre véritablement sa passion pour la photographie. Après avoir travaillé dix ans en tant qu’ingénieur, Eric démissionne en mars 2012 pour s’adonner à sa passion à temps complet et couvrir des thèmes sociaux, économiques et culturels tant à l’étranger (il a parcouru presque 50  pays) que chez lui aux Etats-Unis. Il a été finaliste du renommé concours de photographie Travel Photographer of the Year et a reçu de nombreuses distinctions, entre autres les honneurs des International Photo Awards. Son travail a été publié dans National Geographic, The New York Times, The Wall Street Journal et ABC News. Eric est membre du conseil d’administration de la Young Photographer’s Alliance et son travail est représenté par National Geographic Creative.

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page précédente L’un des camions de la fête foraine est équipé de huit pièces servant de chambres et de pièces à vivre. Ce couple partage l’une de ces chambres. La femme réconforte son mari assis sur le marchepied en train de fumer une cigarette.

Les forains campent à deux pas de la fête. Il fait nuit noire. Tandis qu’un homme se prépare à aller se coucher dans sa tente, la grande roue illumine les caravanes de ses lumières multicolores.

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À chaque fois qu’ils arrivent sur un nouveau site, les forains se voient attribuer pour une semaine un manège, un stand de nourriture ou de jeu spécifique, qu’ils tiennent généralement entre midi et minuit. Alors que la nuit tombe, cette femme attend que des visiteurs viennent tenter leur chance à son jeu.

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i les lumières scintillantes, les éclats de rire et les odeurs de friture ont détourné mon regard vers la fête, c’est tout le mystère qui règne autour de la culture foraine qui m’y a attiré pour de bon. Plusieurs questions me sont venues à l’esprit : comment fonctionne cette foire ambulante ? Qui se cache derrière les manèges ? J’ai la chance d’avoir un ami qui connaît la femme du gérant de cette fête foraine. On me présente donc à la famille qui, depuis plusieurs générations, fait voyager tout ce petit monde à travers l’Ouest des Etats-Unis.

Pendant le dîner, les membres de la famille parlent des enfants. Une bière à la main, ils se disputent au sujet du football. En déambulant parmi les manèges, ils parlent affaires. Je me demande ce à quoi peut bien ressembler la vie derrière la grande roue, une fois toutes les lumières éteintes et la foule de visiteurs rentrés chez eux. Je décide donc de parler de mon travail aux forains et leur propose de faire un reportage sur la fête et la culture foraines. Ils me donnent leur accord. Bientôt, je pourrai ajouter « forain » à mon CV : afin de mieux comprendre leur vie, je décide en effet de les suivre en immersion totale. Nous changeons de site toutes les semaines, parcourant parfois 50 kilomètres, parfois 500. À chaque nouveau départ, je suis chargé de transporter le stand de glaces entre le site que nous quittons et notre prochaine destination. Une aubaine, car ma casquette de chauffeur routier me permet de travailler seulement deux ou trois jours par semaine, ce qui me laisse suffisamment de temps libre pour échanger avec les forains à propos de leur culture et photographier la fête. Pour dormir, nous nous garons derrière les manèges ou sur un terrain de camping avoisinant. Je dors dans le camion, un espace que je partage avec mes collègues. Cette promiscuité me permet, à travers la photographie, de raconter non seulement les coulisses d’une fête foraine, mais aussi la culture de ceux qui la font vivre.

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Les forains savent très bien inciter les passants à venir jouer à leurs jeux au moyen d’une phrase accrocheuse ou d’une autre technique. Ici, par exemple, l’homme qui tient le stand a volontairement fait tomber quelques balles et demande aux jeunes qui passent devant s’ils peuvent les ramasser. Une fois qu’ils se seront suffisamment approchés, il engagera la conversation avec eux pour les inciter à jouer et donc à dépenser de l’argent.

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Deux forains viennent tout juste de se réveiller. Nous nous trouvons dans le « ventre  » du camion qui transporte l’un des manèges. Il n’est pas rare en effet que les camions, une fois déchargés, soient réhabilités en espaces de vie.

Une femme pose en bikini tandis que les forains montent un manège appelé « Ice Storm » (« Tempête de glace »). Le travail d’équipe et une bonne communication sont essentiels pour prévenir tout accident.

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S’occuper de la mécanique des manèges est une tâche extrêmement dangereuse : cet homme vient d’en faire les frais en faisant tomber accidentellement un panneau en métal de 35 kilos sur son orteil. Alors qu’il attend d’être transporté à l’hôpital, plusieurs forains viennent voir sa blessure, stupéfaits.

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Étant donné que les forains voyagent souvent en famille, les espaces de vie et de travail sont rarement séparés. Deux camping-cars garés à proximité l’un de l’autre sont le théâtre d’une dispute entre un homme et sa femme. Pendant ce temps, les enfants continuent de jouer.

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Comme à chaque nouveau tour de manège, depuis la plate-forme, un forain tente de galvaniser les visiteurs qui font la queue.

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page précédente Les forains installent leurs véhicules, bâches et chaises longues pour camper. Dans ce type d’environnement, il n’est pas facile de trouver de quoi prendre une bonne douche. Cette femme vient de laver et rincer ses cheveux à l’aide d’une bouteille et d’un seau en plastique remplis d’eau.

Maintenant que les manèges sont tous montés, les forains ont un peu de temps libre. Cette femme en profite pour se rendre à une rivière avoisinante en traversant un pré. Elle traîne derrière elle son matelas gonflable, qui va bientôt faire office de bateau pneumatique.

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Cinq forains (un homme au premier plan et deux couples à l’arrière-plan) se sont rendus dans un bar des environs pendant leur temps libre. Alors que l’homme est assis au bar, les deux couples commencent à s’embrasser.

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Voici un repas typique entre forains. Étant donné qu’ils passent leur vie sur les routes, ils n’ont d’autre choix que de faire tenir celle-ci dans leurs voitures et camions. Ils achètent donc généralement des aliments non périssables. Ici, un homme et une femme surveillent une boîte de conserve qu’ils font réchauffer au barbecue, tandis qu’un de leurs collègues ouvre une autre boîte à l’aide d’un couteau.

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Il arrive fréquemment que tous les membres d’une même famille voyagent avec la fête foraine. Ici, une femme observe ses voisins (une mère et sa fille) par la fenêtre

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La fête foraine voyage généralement à la période estivale, car les enfants ne vont pas l'école à cette période de l’année. Alors que la grande roue est démontée et qu’elle va bientôt être chargée, la fille de deux forains attend sagement assise dans une voiture que le voyage recommence.

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A

u Chili, un immense incendie a dévasté les hauteurs de Valparaiso. Plus de 15000 personnes ont été évacuées. Le gigantesque incendie a éclaté dans une zone forestière, à la périphérie de la ville. Il a touché principalement des quartiers pauvres. Les flammes ont dévoré plus de 5000 maisons, faisant plus de 11000 sinistrés. Si elles ont épargné la partie classée «Patrimoine de l’Humanité», elles ont touché les plus pauvres du port légendaire. La reconstruction et ses problèmes commencent tout juste.

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Valpara


iso Chili

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Felipe Camacho

hotojournaliste et cameraman  indépendant depuis 2008, Colombien de naissance, il arrive en France à l’âge de 19 ans. Après des études d’opérateur prise de vue à Paris, il commence à travailler sur différentes chaines de télévision , particulièrement pour les journaux télévisés ( France24, arte, Tf1). Ses reportages photos  sont basés sur le témoignage et l’enquête, souvent réalisés sur les terrains de l’actualité ou dans les zones de tension, l’ont ammenés à parcourir l’Amérique Latine et le Moyen Orient.  Sa pratique de la photographie est orientée vers le reportage et le documentaire. Faire une image représente pour lui un acte militant.

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Les habitants de Valparaiso viennent en aide aux victimes de l’incendie.

Paysage du ravage causé par l’incendie de Valparaiso faisant plus de 11 000 sinistrés.

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SinistrĂŠs dans leurs maisons.

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Habitant sinistrĂŠ de Valparaiso.

La police de Valparaiso aide les sinistrĂŠs.

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Habitant sinistrĂŠ de Valparaiso.

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Réfrigérateur calciné dans un petit magasin.

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SinistrĂŠs nettoyant leur habitation.

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Voiture calcinĂŠ.

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Façade de magasin brulÊ.

Pompier de Valparaiso. 34

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Volontaire aidant à nettoyer une maison d’une famille de sinistrÊ.

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Un mois après l’incendie, les habitants commencent la reconstruction des maisons.

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Propriétaire en face de sa nouvelle maison.

Intérieur de la nouvelle maison dont ont bénéficiais des sinistrés.

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Une photo Une histoire

Nicolas Réméné

Une manifestante lors de la marche sur l’Allée Jean Jaurès.

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e 25 octobre 2014, la coordination des opposants au barrage de Sivens organisait un grand rassemblement sur le site de la Z.A.D (Zone A Défendre) du Testet. Celui ci sera endeuillé par la mort de Rémi Fraisse, un jeune manifestant écologiste de 21 ans.

S’en suivra à Toulouse quatre manifestations non autorisées par le préfet les samedis 1, 8 , 22, et 29 novembre. Celles-ci ont pour objet de dénoncer les violences policières et venir en soutien suite à la mort de Rémi Fraisse. Ces rassemblements ont notamment été ponctués d’incidents, quelques manifestants étant venus pour en découdre. Nous sommes là, lors de la deuxième manifestion, le samedi 8 novembre 2014. Celle-ci comme les autres fût interdite par la préfecture et un contexte de tensions commence à se faire ressentir. Environs 600 personnes sont réunies au niveau des Allées Franklin Roosevelt. La manifestation débute par une minute de silence en hommage à Rémi Fraisse. La marche prendra ensuite la direction des Allées Jean Jaurès. Je prends quelques photos de ce moment de silence puis des quelques manifestants venus déguisés en clown. Ils sont le symbole des zadistes et de ce rassemblement qui se veut pacifique. Je me dirige ensuite vers la «  tête  » de la marche, je continue à prendre des photos des manifestants qui brandissent des banderoles puis un peu à l’écart, seule, je vois cette jeune femme, le regard hagard, elle porte une pancarte sur laquelle est écrit : «  Vous êtes responsable en tant qu’individus », un message destiné aux forces de l’ordre qui font partis de l’important dispositif de sécurité mis en place ce jour là. Elle porte aussi un bandeau, Rabia del pueblo (La Rage du Peuple), collectif créé notamment par Keny Arkana, rappeuse marseillaise et assimilée aux mouvances altermondialiste et anticapitaliste. Je me rapproche et me mets en face d’elle, elle me regarde, puis son regard reprend un air pensif. Sous ses yeux un maquillage représentant des larmes de sang, renforce son regard. Je prends la photo, la remercie, puis repars couvrir la manif qui fera deux bléssés du côté des forces de l’ordre et 21 personnes interpellées. Au final, un message qui pourrait s’appliquer aux deux camps. Nicolas Réméné

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Toulouse, 8 novembre 2014

Rassemblement contre les violences policières et la mort de Rémi Fraisse.

© Nicolas Réméné

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Dossier du mois

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CĂŠlia Bonnin Guillaume Lacourt Stephan Norsic Yann Merlin

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Célia Bonnin

it et travaille à Paris. Diplômée de l’école Louis Lumière, Célia travaille pendant 6 ans dans une entreprise spécialisée en prise de vue haute définition pour la publicité et l’art. En 2010, elle se lance en tant que free-lance et débute un travail personnel au long cours sur la jeunesse sans-papiers. Aujourd’hui, l’humain est toujours au coeur de ses images à travers reportages et portraits, photo et vidéo.

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(se battre pour) AVOIR 20 ANS à Paris L’histoire de Weysel

Un jeune parisien presque comme les autres. Passionné de politique et de poésie, il aime le cinéma, les jeux vidéos, faire la fête…Il affectionne Paris et veut y construire son avenir. Pourtant sa vie ne ressemble pas tout à fait à celle de ses amis.

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En 2004, Weysel, jeune Kurde de 16 ans, fuit la Turquie et les menaces qui pèsent sur sa famille très engagée politiquement. Alors que ses parents et son frère font le choix de s’exiler en Suisse, Weysel décide de venir vivre en France « pays des droits de l’Homme ».

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Manifestation kurde à Strasbourg 13 février 2010 Weysel et ses amis participent à la manifestation annuelle pour la libération du leader kurde Abdulah Ocalan. Sur ses papiers, Weysel s’appelle Veysel, car la Turquie interdit les prénoms contenant des lettres qui n’existent pas dans l’alphabet turc. L’utilisation de la lettre W est encore de nos jours synonyme de revendication identitaire kurde.

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Réunion de jeunes sans-papiers Weysel participe à l’organisation d’une journée d’information sur la situation des jeunes majeurs sans-papiers, avec concerts, représentation de théâtre et débat.

Jeunesse sans-papiers, jeunesse volée 16 mai 2010 Weysel milite au sein du Réseau Education Sans-Frontières (RESF) qui soutient les jeunes scolarisés sans-papiers.

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Anniversaire Weysel s’est construit une nouvelle vie en France. Il fête son anniversaire avec ses amis.

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W

eysel est Kurde de Turquie, il quitte son pays natal en 2004 pour fuir les menaces qui pèsent sur sa famille. Son père est très engagé dans la cause kurde(1) et fait partie du DTP, Parti de la Société Démocratique (dissout par le gouvernement turc en décembre 2009). Alors que sa famille fait le choix de s’exiler en Suisse, Weysel, âgé de 16 ans, décide de partir seul « au pays des droits de l’Homme, d’Emile Zola et de Victor Hugo». Il ne parle pas un mot de Français et n’a aucune attache dans ce pays, mais déterminé à faire sa vie en France, il suit des cours de langue pour étrangers dès son arrivée. Très rapidement, il reprend les études et travaille pour subvenir à ses besoins. Mais la France ne reconnaît pas son statut de réfugié. En 2006, Weysel est désormais expulsable à tout moment à cause de ses 18 ans, il devient un “sans-papiers”. La vie devient encore plus complexe. Le travail se faire rare. Il gagne à peine de quoi se nourrir et prendre un logement sur Paris relève de l’impossible. Après avoir subi les chambres de marchands de sommeil (quelques m² à prix d’or), il est hébergé périodiquement chez des amis. Il n’a pas de domicile fixe et stocke ses affaires dans une cave. Le moindre déplacement peut donner lieu à un contrôle d’identité, engendrant systématiquement une garde à vue, avec le risque du centre de rétention et de l’expulsion en Turquie où il n’a plus de famille. Du voyage scolaire à la visite de ses parents en Suisse qu’il n’a pas vu depuis 2004, il ne peut se permettre aucun trajet. La peur perpétuelle devient son quotidien mais le Réseau Education Sans Frontière (RESF)(2), qu’il découvre en 2007 par le biais de ses professeurs, lui apporte un véritable soutien.

(1) Le peuple Kurde est aujourd’hui le plus grand peuple sans état. Vivant dans une région montagneuse qui couvre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, il est en permanence victime des gouvernements répressifs qui l’englobent. En Turquie particulièrement, la question kurde fait quotidiennement la une des journaux et les combats entre l’armée turque et le PKK (Parti des travailleurs kurdes) font plusieurs morts chaque semaine. (2) Le Réseau Education Sans Frontière est créé le 26 juin 2004 suite au rassemblement d’enseignants, personnels de l’Education nationale, parents d’élèves, éducateurs, collectifs, syndicats et organisations attachées à la défense des droits de l’homme, préoccupés de la situation des sans-papiers scolarisés de la maternelle à l’université.

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La Cave Weysel vient chercher des papiers qu’il a entreposés dans la cave d’un ami. Sans logement fixe, cet espace de stockage pour ses affaires personnelles est appréciable.

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Valises Pour un jeune sans-papiers et sans famille en France, louer une chambre à Paris relève de l’impossible. Weysel est sans domicile fixe. Il est hébergé par différentes personnes et déménage régulièrement.


Repas Suivant le lieu où il est hébergé, Weysel n’a pas systématiquement la possibilité de cuisiner. Il achète donc souvent des plats préparés, ce qui revient cher...parfois il saute des repas.

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Sortie de prison Weysel se repose sur les bords de Seine après avoir passé une nuit éprouvante au poste de police de l’Île de la Cité. Le 19 avril 2010 au soir, il est arrêté dans le quartier kurde parisien à l’occasion d’un contrôle d’identité. Malgré son habitude des gardes à vues dues à son statut de sans-papiers, c’est la première fois qu’il y passe la nuit. Il en ressort le lendemain midi, fatigué mais surtout très choqué. « Ils me parlaient mal, ils me traitaient comme un criminel…J’ai pas pu dormir, c’était sale, ça puait…Il faisait froid, mais on gardait quand même la fenêtre ouverte parce que l’odeur était trop insupportable...Comment peut-on traiter les gens comme ça en France? »

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Centre de Réception des Etrangers Le 30 avril 2010, Weysel fait une demande d’examen de situation pour régularisation au Centre de Réception des Étrangers (CRE). Ceux que l’on appelle « sans- papiers » doivent y présenter de nombreux papiers administratifs pour prouver que leur vie est en France.

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Préfecture La demande d’examen de situation au Centre de Réception des Etrangers a donné lieu à un rendezvous à la préfecture le 8 juin 2010.

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Le titre de séjour Avril 2011, Weysel tient enfin dans sa main le titre de séjour (valable 1 an renouvelable) pour lequel il s’est tant battu. Retrouvailles

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n juin 2010, après de nombreuses demandes de régularisation rejetées ou ignorées, Weysel obtient un rendez-vous à la préfecture pour une demande de titre de Séjour Vie Privée et Familiale (VPF). Le 21 février 2011, après un examen attentif de sa situation et des nombreux témoignages de soutien, la préfecture finit par accorder à Weysel un titre d’1 an renouvelable pour lequel il s’est battu pendant plus de 6 ans. En juillet de la même année, il obtient son baccalauréat avec mention. De nos jours, la situation des jeunes sans-papiers est toujours aussi précaire. L’Aide Sociale à l’Enfance abandonne à leur sort un grand nombre de mineurs et la détention de jeunes majeurs est bien d’actualité. En fin d’année 2014, le principal syndicat de lycéens, la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) s’est mobilisé pour les lycéens sans-papiers à la rue et a hébergé quelques-uns d’entre-eux dans ses locaux.

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Retrouvailles L’une des principales souffrances pour un jeune sans-papiers est la séparation familiale. En obtenant son titre de séjour, Weysel peut enfin rendre visite à ses parents et son frère exilés en Suisse.

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LES DERNIERS RÉFUGIÉS BHOUTANAIS AU NÉPAL Shreejana, 16 ans, et son petit neveu Ayush. Tous deux sont nés au camp et n’ont jamais connu le pays de leurs parents.

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Guillaume Lacourt

uillaume est né et a grandi en France. Il a fait ses études supérieures à Paris, où il suit des cours de cinéma. C’est parallèlement à ses études qu’il découvre la photographie. Les points de convergence et de dissemblance entre le cinéma et la photographie- dans leur rapport au temps et à l’autre- deviennent un vrai sujet de réflexion qui l’incite à se tourner vers la photographie. En 2009, au cours d’un premier séjour en Asie, il s’initie sur le terrain à la photographie documentaire. Il devient photographe indépendant en 2011. À cette époque, Guillaume s’installe quelques mois au Népal. Il collabore sur place avec plusieurs ONG et poursuit indépendamment ses recherches autour des thématiques liées à l’exil, auprès des réfugiés tibétains, puis bhoutanais. La forme de son travail se tourne alors vers l’essai photographique. Aujourd’hui installé au Laos, Guillaume continue de choisir ses sujets au gré de ses rencontres.

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L’attente des réfugiés dans la cour de l’unité médicale du camp. Avant le départ vers le pays d’accueil, chaque candidat est soumis à un examen de santé rigoureux.

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À l’écart de la ville, le camp de Beldangi est aménagé à l’intérieur de la réserve forestière de Toribari, partiellement déboisée. Les réfugiés y sont logés dans des huttes en bambou sans confort, identiques les unes aux autres.

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e Royaume du Bhoutan s’est fait remarquer pour avoir été en 1972 à l’origine du concept de Bonheur National Brut, en opposition à l’indice du Produit Intérieur Brut. À cette image paisible du pays s’oppose une triste réalité : vers la fin des années 80 et le début des années 90, le gouvernement bhoutanais mena une politique ségrégationniste afin d’étouffer l’essor démographique des groupes minoritaires. Cette politique aboutit à l’expulsion de près d’un sixième de la population du pays, soit plus de 100 000 personnes qui furent destituées de leur nationalité, dépossédées de leurs terres et contraintes de s’exiler. Les réfugiés bhoutanais ont en grande majorité des ancêtres d’origine népalaise qu’on appelle les Lhotsampas (les « gens du sud » en langue dzongkha). La migration des Lhotsampas a commencé il y a deux cents ans, lorsque le Royaume du Bhoutan les encouragea à venir cultiver les plaines sous-peuplées du Teraï bhoutanais, infestées par la malaria. On rencontre aussi parmi ces exilés d’autres minorités à l’instar des Sharchops, persécutés pour appartenir à une branche bouddhique (Nyingma) différente de celle reconnue par la royauté (Khagyu). Depuis lors, les réfugiés bhoutanais vivent confinés dans des camps au sud-est du Népal. Leur existence oscille entre la désolation et l’espoir incertain d’un retour au pays.

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Sur le chemin qui sépare la hutte d’habitation des bus en partance pour l’aéroport, les proches se rassemblent, transportant ensemble les 20 kilos de bagages autorisés par personne pour le départ.

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Deux sœurs se quittent sans connaÎtre la date de leurs retrouvailles.

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Le rationnement a lieu deux fois par mois. L’interdiction de travailler à l’extérieur du camp prive les réfugiés de revenus suffisants et les limite à une alimentation rudimentaire.

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près des années d’échanges diplomatiques népalo-bhoutanais infructueux, la réinstallation des réfugiés en pays tiers est apparue comme la seule issue possible à la résolution du problème. En 2006, l’instauration par les États-Unis d’un vaste programme d’accueil (suivie par l’Australie, le Canada, le Danemark, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni) a dessiné un horizon nouveau. De nombreux réfugiés volontaires ont commencé à reconstruire leur vie en Occident

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Les fortes pluies de la mousson ont gonflé les eaux de la Rutawa, la rivière voisine du camp. Les réfugiés se hâtent de récupérer les chutes de bois charriées par le courant et qui serviront à la cuisson.

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epuis le début du processus de réinstallation en pays d’accueil, les camps de réfugiés se vident progressivement. Le nombre de réfugiés s’est réduit à moins de 30 000 (2014). Le démantèlement des camps marque ainsi une époque à contre-courant de l’histoire d’autres régions du monde où se font jour de nouveaux flux de réfugiés. Aujourd’hui, pour des dizaines de milliers de réfugiés, c’est une nouvelle vie qui commence après plus de vingt années d’exil. Pendant ce temps, les autres demeurent dans les camps, errant sans but ou attendant la délivrance de leur visa. Alors que la fermeture définitive des camps est prévue à l’horizon de 2017, quelques rares réfugiés refusent toujours de faire une demande d’accueil vers un pays tiers auprès de l’UNHCR et s’accrochent encore un peu au rêve improbable d’être autorisé à retrouver leurs terres au Bhoutan.

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page précédente Les journées sont longues au camp, marquées par la lassitude et l’ennui, en particulier pour les personnes seules et dépourvues d’emploi. à gauche Chaque matin, avant d’entamer leur journée d’étude, les élèves et les professeurs se rassemblent dans les cours d’écoles pour écouter l’hymne national du royaume du Bhoutan, suivi de l’hymne népalais.

Rajman Tamang est professeur, il tient le drapeau du Bhoutan confectionné par ses élèves. Rajman enseigne aux jeunes collégiens de sa classe le dzongkha, la langue officielle du Bhoutan.

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Bonu, 17 ans, vient de perdre les eaux. Entourée par sa famille, elle est auscultée par l’infirmière de garde du camp de Beldangi I. Bonu sera évacuée plus tard dans la nuit pour accoucher à l’hôpital de la ville la plus proche.

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Moments d’adieux. En attendant leur tour, des réfugiés saluent leurs compagnons dont le jour de départ est arrivé.

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Mohan rentre à son nouveau domicile retrouver sa femme et ses fils. Originaire d'un camp de réfugiés bhoutanais, il est logé depuis deux ans aux Pays–Bas. Trois fois par semaine, il suit des cours de néerlandais en vue de passer son examen linguistique, indispensable à l’accession de la citoyenneté néerlandaise.

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Ruines du camp de Khudhunabari. Le départ massif des réfugiés à l’étranger conduit peu à peu à la fermeture des camps. À ce jour, trois des sept camps au Népal ont fermé.

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Je me souviens de ces logements au 76 rue Gabriel-Péri en plein centre de Saint-Denis (93). Des familles d’origines étrangères y résidaient dans des conditions indécentes. Les logement y étaient infectés par le plomb. Il avait été recensé là 21 enfants en danger de saturnisme.Leur taux de plomb dans le sang était supérieur au seuil critique fixé par les autorités sanitaires. Je les avais rencontré un jour où le chanteur Tiken Jah Fakoly était venu les soutenir dans leur lutte pour obtenir un logement décent.

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S

téphan Norsic travaille depuis plusieurs années sur le thème de la migration. L’histoire commence lorsque, il y a quelques années, il part au Sénégal pour y suivre une association d’aide au développement. Il y retournera trois fois, pour une durée totale de cinq mois. De ces séjours, il prépare un livre, un carnet de route qu’il prévoit d’éditer bientôt. Cette expérience le rend sensible à la problématique de la migration. Pour cette raison, il décide d’aller à Calais pour suivre les migrants dans leur périple vers l’Angleterre. Il décide aussi de suivre pendant plus d’un an un sans domicile roumain vivant en couple dans Paris. Il suit aussi des Rroms à Saint-Denis (93). Il se penche sur la problématique du mal logement des émigrés. Il accompagne la lutte des sans papiers à Paris. Il pénètre les ateliers clandestins de chinois à Paris et en banlieue.

Migrants

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Stephan Norsic

téphan est né à Poitiers et a grandi à Orléans. C’est à l’adolescence qu’il commence la photographie avec l’appareil de ses parents, un Icarex et son 50 mm 2.8 Carl Zeiss. Ses professeurs, il les trouve d’abord dans les clubs photos qu’il fréquente. C’est ainsi qu’il se forme au noir et blanc. A l’âge de trente ans, Stéphan décide d’évoluer et de suivre une formation en photojournalisme. C’est après cela qu’il commence à exercer avec bonheur en tant que photographe journaliste d’abord en région Centre puis quelques années plus tard à Paris où il s’installe et vit toujours aujourd’hui. Stéphan a travaillé longtemps pour la presse française et étrangère, les entreprises et les institutionnels. Il a travaillé en commande pour de nombreux magazines (Le Monde, Le Point, l’Express, Pèlerin magazine, Témoignage chrétien, Courrier des maires, Gazette des communes, Closer, Maxi…) pour l’agence de communication Stratis, des organismes ou entreprises privées (Air Liquide Santé, Conseil supérieur du notariat, Manheim France, Vergnet, les agences de voyages Carlson Wagonlit Travel, Etapes Nouvelles, Marmara et Nouvelles frontières…) et des institutionnels comme l’ANAH (Agence national pour l’habitat). Pendant une quinzaine d’années, il couvre l’actualité politique, économique et sociale pour plusieurs agences dont FACE2FACE, GAMMA, ANDIA et SIPAPRESS. Aujourd’hui, Stéphan a décidé de prendre du recul avec la presse et crée Zoom’Up en 2011. Il s’occupe avec bonheur à transmettre son savoir. Il ouvre son studio photo à Belleville en 2014. Il y reçoit ses élèves et se consacre maintenant en photo presque plus exclusivement qu’au portrait et à différents travaux personnels.

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Deux travailleurs migrants dans leur chambre au foyer AFTAM les Lilas d’Alfortville. Les logements sont insalubres et surpeuplés. Dans une chambre de quatre lits , ce sont huit personnes qui dorment.

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Madame Zhou est chinoise. Elle habite un petit pavillon dans la banlieue sud de Paris. Elle est couturière et pour vivre, elle a installé un atelier clandestin dans sa chambre. Juste à côté de sa cuisine.

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Les marques de vêtements pour lesquelles Madame Zhou travaille clandestinement.


Madame Zhou au travail dans sa chambre qui lui sert d’atelier de couture.

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Un piquet de grève devant le KFC, boulevard de Sebastopol à Paris. En 2009 et 2010, les travailleurs sans-papiers se sont mobilisés en masse pour demander leurs régularisations. Il était dénombré alors 400 000 sans-papiers qui travailleraient légalement ou non en France dans les secteurs de la restauration, du bâtiment et du nettoyage.

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page précédente Monsieur et Madame Yang travaillent en famille dans leur atelier clandestin de La Courneuve.

Entre 2009 et 2010, 2 000 sans-papiers de 19 nationalités - principalement originaires d’Afrique noire mais aussi du Maghreb, de Turquie, de Chine ou encore d’Ukraine - ont occupé les 4 800 m2 de l’ancienne Caisse primaire d’assurance maladie de la rue Baudelique dans le 18ème arrondissement de Paris. Le lieu est baptisé le « ministère de la régularisation des sans-papiers ». Soutenus par de nombreuses associations, ils manifestent pour demander la régularisation des sans-papiers qui travaillent en France. L’occupation des lieux va durer de longs mois et c’est un ville dans la ville qui se crée. Dans une chambre de fortune, deux sans-papiers se préparent à manger en regardant la télévision.

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Cornel en prÊsence de sa compagne Rosita qui dort, quai d’Austerlitz, en 2009. En 2011, ils se marient.

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Cornel est roumain. Il vit en France depuis 20 ans. Il est aujourd’hui sans travail. Pour vivre, il fait la “manche” dans Paris. Sans domicile, il dort dehors depuis plusieurs années. Il récupère des cartons pour s’en servir de matelas, gare d’Austerlitz.

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Camp de « déplacés » Rroms en mai 2009 a Saint-Denis (93). Ils ont été expulsés parce qu’ils occupaient un terrain illégalement non loin de là. C’est un groupe de 116 personnes dans lequel on dénombrait 41 enfants, 6 nourrissons et 5 femmes enceintes qui se retrouve alors à la rue sans-abris. Face à l’urgence sanitaire et au drame humain, Médecin du Monde leur installe un camp de fortune sous l’autoroute A86.

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Camp de « déplacés » Rroms en mai 2009 a Saint-Denis (93). Sous l’autoroute A86, la vie s’organise.

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Les migrants qui attendent pour traverser la Manche et rejoindre l’Angleterre sont souvent très jeunes.

Le cimetière de Coquelle à quelques centaines de mètres de l’entrée du tunnel sous la Manche. Trois tombes de migrants qui ont tenté de rejoindre l’Angleterre en empruntant le tunnel sous la Manche. La très grande majorité des tentatives de passage par le tunnel se solde par la mort. Ce sont les plus pauvres migrants qui tentent ce passage. En général des migrants d’Afrique sub-saharienne.

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Migrants a Calais dans l’attente de traverser la Manche pour rejoindre l’Angleterre. Les journées pour ces jeunes migrants sont très longues. Ils attendent possibilité de traverser la Manche la nuit. Parfois, ces possibilités n’arriveront jamais.


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ls sont du Darfour, du Nord ou du Sud Soudan. Ils sont passés par L’Italie ou par la Grèce. Certains d’entre eux, comme Badreddine, vivent depuis douze ans dans la rue, La Chapelle ou dans des squats à St-Ouen, Ermont-Eaubonne, Milan et Calais. Ils tentent leur chance en Allemagne, en Hollande, en Angleterre ou ailleurs mais ils buttent, où qu’ils aillent, sur la même réalité.

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Réfugiés


politiques

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ch ert ri Wi las ico ©N

Y

Yann Merlin

ann Merlin est un photographe autodidacte. Sur le tard, il a suivi une formation de photojournalisme en 2012- 2013 qui l’a conduit à collaborer avec Metronews et le quotidien néerlandais Volkskrant. En février 2014, il a couvert pendant 10 jours les événements de Maidan et suivit Andriy Parubiy, le commandant de la révolution, le fondateur du parti d’extrême droite Svoboda. Entre 1997 et 1998, il avait abordé la question des “quartiers sensibles” avec une exposition qui s’intitulait réalité médiatique/ réalités quotidiennes où le parti pris était de donner la parole aux populations des quartiers de Dreux sous la forme d’une installation photo-sonore. Dès la fin de sa formation, il s’attaque à la question Rom. Il s’installe et vit dans un camp de Roms de la Courneuve. Ce reportage qui s’inscrit dans l’univers de la photographie sociale est un contrepoint de la réalité médiatique sur le sujet. Il ne peut pas laisser indifférent et si beaucoup apprécient son regard humaniste, d’autres éprouvent un malaise. Son sujet sur les réfugiés politiques le promène dans Paris et sa banlieue, à Calais, Milan, Lampedusa depuis environ trois ans. Il prépare un voyage au Soudan où il va couvrir les élections. Très prochainement, il suivra le quotidien d’habitants d’un village Creusois qui vivent avec le RSA.

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Milan, Faisal préfère travailler pour rien que de rester dans la rue exposé à la répression ou aux petits mafieux. Il y a aussi Moubarak, le frère de Badreddine. Il déplore les violences policières. Une fois, il s’est révolté, a répondu à la violence physique par la violence physique. Il a été interné dans un hôpital psychiatrique et forcé à prendre des médicaments. Il doit poursuivre son traitement sous peine de réintégrer l’hôpital. Il a tout à fait conscience de ce qu’il subit. Un autre, Jamal, 26 ans est arrivé il y a onze ans en Europe. Il a été renvoyé douze fois en Italie à cause des accords de Dublin II. Il se demande quand sa vie va être meilleure. Condamnés à l’errance, ils se réfugient parfois dans l’alcoolisme. Le cercle est vicieux pour tous ceux qui vivent dans la rue, étranger ou pas. En tout cas, il ne s’agit pas d’une migration économique comme certains le disent. La seule économie qu’ils

font, c’est sûrement celle du bonheur. Le voila donc, le visage des “sans-papiers”, ceux qui viennent ici pour trouver un refuge, échapper à l’enrôlement dans l’armée pour un combat fratricide au Darfour ou aux travaux forcés s’ils refusent de collaborer avec le régime du président El Bachir. La plupart d’entre eux ont un statut provisoire qui ne leur permet pas de s’intégrer. Plusieurs personnes disent qu’ils ont obtenu le statut mais que l’argent n’est pas versé régulièrement. Il arrive qu’ils ne perçoivent rien pendant plusieurs mois. Ils ne savent pas lire et écrire, n’ont pas accès aux cours de français donc pas d’accès aux offres d’emplois. Ils n’ont pas d’interprètes et ils ne connaissent pas leurs droits. Une nouvelle classe sociale, discriminée, maltraitée et réduite au statut de sous-homme, est apparue ; réapparue ces dernières années. C’est un des aspects de cette nouvelle crise.

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e sujet, à travers le sort de ces hommes est celui du statut de réfugié politique en France sous l’angle de leur quotidien et cela concerne aussi d’autres populations. Dès 1948, suite à la dramatique histoire des Juifs de 1933 a 1945, il a été question de créer un statut pour les réfugiés politiques et la France a signé la convention de Genève en 1951. Qu’ils soient intellectuels ou non, riches ou pauvres, les hommes ont le droit de trouver un refuge face aux persécutions, à la sauvagerie que les hommes s’infligent entre eux. Il y a ceux dont personne ne parle jamais. Ceux qui ont été parfois torturés dans leur pays d’origine. Ceux qui ont vécu un périple terrible pour arriver jusqu’à nous. Parmi eux, il y a des Soudanais. Face aux conventions de Genève de 1951, aux conventions de New York de 1967 (censées prendre en compte le problème des réfugiés politiques au niveau international), ou encore de la déclaration et du programme d’action de Vienne de 1993, il y a les circulaires et les accords européens sur les questions d’immigration. Depuis un certain temps, une volonté politique manifeste de réguler, de contrôler la circulation des hommes dans l’espace Schengen et ailleurs qui s’affirme dans le programme Frontex et les accords de Dublin II. Une politique absurde et couteuse qui empêche des milliers de personnes de s’intégrer les condamnant à l’errance ou au pire, les renvoyant chez eux où le danger les attend. Ce qui a été ratifié en 1951, en 1967 et en 1993 n’est pas respecté, y compris en France. Il n’est pas possible de ne pas penser à Bernanos quand il critique le principe du fichage

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systématique des populations qui fut introduit en France sous l’occupation par le gouvernement de Vichy. Il rappelle qu’avant cela les hommes pouvaient faire le tour du monde avec une simple carte de visite. Au nom d’une hypothétique sécurité, les hommes n’ont plus le droit de circuler librement. La non-reconnaissance des problèmes des uns conduit à la non-reconnaissance des problèmes des autres. Le traitement des plus faibles nous renseigne sur la politique d’un pays. La perversité est, entre autre, d’affirmer des choses et d’agir dans le sens contraire de ce qu’on a dit. La perversité peut être familiale, individuelle ou institutionnelle. C’est par exemple, dire “je suis socialiste” et faire une politique de droite dure en matière d’immigration, digne de la pire époque de l’histoire contemporaine. Le discours rhétorique sur l’étranger s’articule encore sur le mode, développé entre autre par Nicolas Sarkozy, de l’immigration choisie ou voulue, l’immigration imposée. Ces idées s’inspirent des premiers travaux sur l’immigration des années trente. Elles créent cette distinction pour inventer des échelles de valeurs sur les capacités des uns et des autres à s’adapter et à s’intégrer dans notre système économique et social. Ce discours trouve aussi son fondement dans l’idéologie eugéniste, dont l’une des obsessions est de restreindre l’immigration et de préserver la “pureté de la race”. Presque partout en Europe, l’extrême droite s’installe inéluctablement. En France, elle a créé un tabou sur le thème des étrangers en affirmant que les Français aussi ont des problèmes et qu’on n’en parle jamais.


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’ai remarqué que les mass-médias entretiennent un discours sur les étrangers en général, qui fonctionne comme un mécanisme à trois engrenages, une subjectivité. Primo : le Rom (l’immigration imposée venant de l’est), secundo : le réfugié politique (immigration imposée venant d’Afrique) et tertio le sujet islamistesmusulmans, l’immigration imposée venant du Maghreb. Le sujet Rom c’est le pignon, celui qui tourne le plus vite, il apparait aussi vite qu’il disparait. Le réfugié politique ou le “sans-papiers” est un engrenage plus grand que celui des Roms mais plus petit que celui des musulmans. Cette machinerie bien huilée fonctionne quasiment sans s’arrêter et depuis longtemps nous distille le produit de son industrie, inodore et virtuel qui nous pollue l’esprit. Pour Felix Guattari, la crise est écosophique. C’est la pollution médiatique sur notre mental “qui produit une chape de plomb sur l’opinion publique et empêche la créativité collective de s’imposer au dépend d’une industrie qui fabrique de “l’être” virtuellement”, ‘être in”, “être un homme”, “être une famille”, “être de gauche”, “être

jeune”, “être un gagnant”, “être positif”, “être un artiste”, une idéologie du “bien”- être et du “mal”- être. Il y a toutes sortes d’engrenages qui tournent 24 heures sur 24 ; l’engrenage antisémite, l’engrenage crise, l’engrenage économie, l’engrenage fascisme, l’engrenage franc-maçonnerie, l’engrenage droit de l’homme, l’engrenage chômeur, l’engrenage république etc… Les Soudanais que je connais ont une très grande pudeur sur ce qu’ils sont, sur ce qu’ils ont subi. Je souligne leur courage de se montrer dans une posture qui n’est pas facile à assumer et tout le monde peut comprendre qu’ils n’en jouissent pas particulièrement. Donc c’est avec leur accord qu’ils me laissent photographier leur quotidien. Ce travail n’est pas un travail documentaire, je ne revendique pas d’objectivité. Et en outre, il ne s’agit pas d’une commande. C’est de la photographie sociale, c’est-à-dire de la photographie engagée, un essai, pour essayer de mettre en lumière une réalité évidente: ils nous ressemblent.

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l ne s’agit pas d’une fiction, d’une mise en scène de quelque chose qui n’existe pas. Ce n’est pas notre réalité mais c’est bien la leur. Cette réalité, cette vie sans repos ni loisir, cette vie extrêmement précaire ou chaque jour est un combat pour survivre et où tout, peut être à recommencer. Paradoxalement, ce qui leur permet de ne pas penser à ce qu’ils ont vécu, c’est ce quotidien. Ce qu’ils vivent chez nous ou ailleurs, ce qui se répète là, c’est la négation de leur statut d’être humain, de leur existence même. A Milan, des personnes sont employées pour deux repas par jour. Le migrant est une force de travail intéressante dans un système ou la sous-traitance rime avec maltraitance. Des journées interminables de travail ne se soldent parfois par aucune rémunération. Cela existe aussi ici avec des Roms ou d’autres populations. Ils sont les funambules d’un

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fil tendu entre ici et là-bas. Entre oubli et injustice. Il y a aussi les agressions qu’ils subissent et dont nous n’entendons jamais parler. L’enjeu est parfois le territoire, un emplacement pour dormir, des altercations qui peuvent se conclure par l’incendie d’un campement où tout le monde est perdant. Au moment où j’écris ces lignes, des Soudanais de Calais ont été transférés au centre de rétention du Mesnil Amelot. Il est question de les renvoyer au Soudan. En Italie aussi, des migrants sont renvoyés vers leur pays. Enza Malatino, première psychologue du camp de Lampedusa que j’ai rencontrée, m’a raconté l’histoire d’un Tunisien qui avait été torturé dans son pays, sur le chemin entre la Tunisie et la Libye et comme si cela ne suffisait pas, il avait été enfermé en Libye où il avait aussi été maltraité.


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près sa prise en charge à Lampedusa par son service, elle fait un rapport qui n’empêchera pas qu’il soit renvoyé en Tunisie. Encore aujourd’hui, deux ans après, cette histoire continue de la hanter, elle est sans nouvelles de lui. Dernièrement, le gouvernement a reproché aux Italiens de laisser les migrants débarquer en masse. Il leur a reproché de ne pas respecter les accords de Dublin II. Mais les Africains qui débarquent en Italie passent par Lampedusa ou la Sicile. Il leur est impossible de regagner la terre. Le plus souvent ils arrivent désargentés et viennent de Libye ou des témoins m’ont dit qu’ils y avaient été torturés (coups de bâtons sur la plante des pieds, goutte à goutte sur le front avec un pain de glace fixe au dessus de la tête etc…). Ils avaient été témoins d’exécutions, y compris sur des enfants. Pour l’avocat Gilles Piquois, avocat à la CNDA , “les satellites ont les moyens de détecter une boite d’allumettes mais nous ne savons pas le nombres de personnes qui sont emprisonnées sur le continent africain. Or, il existe des camps un peu partout en Afrique”.

Les autorités italiennes font bien leur travail, ils touchent des budgets pour ça. Ils les identifient, les migrants y restent parfois plusieurs années avant de sortir et quand ils en sortent, ils dépendent de l’Italie et ils ne peuvent plus faire une autre demande d’asile dans un autre pays de L’UE. Ceux qui parviennent jusqu’à nous ont pu échapper aux Italiens. Salah 29 ans : “Durant l’été 2013, j ai débarqué à Lampedusa, c’était à trois heures du matin. A huit heures nous avons été transférés au centre de rétention de Bari. Pendant cinq jours nous avons cherché le moyen de nous échapper avec deux autres personnes, nous avons réussi à franchir le grillage puis nous nous sommes séparés. J’ai pris un billet pour Rome et de là, j’ai rejoint Paris par le train”. Abdulaman 33ans : “Je suis passé par la Turquie, la Grèce et l’Italie. J’ai réussi à monter dans une caravane, j’avais très peur, je n’avais pas envie d’échouer après tout ce que j’avais vécu. Quand nous avons passé la frontière, je suis descendu, c’était la ville de Nice”.

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l y a une autre façon aussi d’échapper aux Italiens et à l’enfermement puis au fichage, d’échapper à cet enfer organisé. C’est de mourir en mer. Le premier migrant enterré à Lampedusa le 29 septembre 2000, avait tenté d’échapper aux policiers en se jetant à l’eau et s’est noyé. C’est le premier migrant inconnu. L’Italie a accepté de régulariser massivement les Érythréens et les fixent sur leur territoire même si certains d’entre eux voudraient rejoindre ceux qui les ont aidés à financer leur voyage. Leur famille est ailleurs ! Les Soudanais, personne n’en veut. Ils sont anglophones et veulent rejoindre l’Angleterre qui refuse de prendre en charge ces personnes et n’assume pas son passé colonial et le lien évident qu’ils ont avec ce pays. La réalité de Calais pour eux, c’est qu’économiquement ils ne peuvent pas faire autrement que de dépendre des associations locales. Rares sont ceux qui ont pu obtenir un logement. Le logement est alors une base pour les campeurs, notamment les femmes qui peuvent y prendre une douche. Pour les hommes, ils peuvent se détendre et discuter, le confort s’arrête là. L’association Salam leur donne un repas par jour. A Paris, La Chapelle est le point de ralliement

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des Soudanais depuis trois ans. Avant c’était la place des Innocents ou Chateletles-halles. Comme à Milan, ils se rassemblent aux alentours des restaurants de la communauté mais nous ne pouvons pas parler de vie sociale. Le restaurant est un repère important. Les nouveaux arrivants s’y retrouvent. Certains vivent depuis plus de dix ans dans la rue. Ils ont squatté des immeubles mais ces espaces sont de plus en plus rares et d’expulsions en expulsions, ils finissent dans la rue. Si certains ont été enregistrés en Italie, ils ne peuvent pas s’adresser a L’OFPRA, il faudrait qu’ils prouvent qu’ils sont maltraités en Italie et si tous ceux qui sont passés par là le disent, il leur est impossible de le prouver. D’autres encore ont peur de se déclarer car ils redoutent l’expulsion. Le dernier squat de grande envergure était situé à ErmontEubonne. Il abritait jusqu’à 80 personnes dans 200 mètres carrés sans eau, ni électricité, ni mobilier. C’était un dortoir qu’ils quittaient au petit matin pour rejoindre leur point de ralliement dans le 19ème.


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l m’a fallu deux ans pour y accéder. Au bout de quelque temps, la propriétaire de cette maison, qui n’était pas habitée depuis très longtemps, a saisi la justice, c’est son droit légitime et le jugement s’est fait dans l’urgence. Les Soudanais ne savent pas lire le français. Ils pensent que l’assignation est une décision d’expulsion et la moitié quitte les lieux car ils craignent d’être arrêtés. Les autres ne savent pas comment faire car ils n’ont pas d’associations qui les suivent. Ils vont au procès et demande la possibilité d’être défendus et obtiennent un report d’un mois pour faire une demande d’aide juridictionnelle qu’ils doivent déposer dans les deux jours. Un délais que le tribunal leur accorde pour faire cette démarche mais celle-ci n’a aucun effet. Ils ne verront jamais d’avocat. La juge quand elle accorde le report, prévient qu’il n’y en aura pas d’autre. Un mois après, la décision est prononcée et tout le monde doit quitter les lieux. Concrètement ils n’ont pas été défendus et le fait que la plupart se sont déclarés et avaient un statut de réfugié politique n’a débouché sur aucune prise en charge sociale. C’est le retour à La Chapelle et comme c’est le printemps, tout le monde a l’espoir de retrouver un autre lieu. Des éclaireurs croient pouvoir s’installer à Villeneuve-Saint-George mais au bout de quelques semaines, ils se font déloger : retour à La Chapelle ! Un noyau de quarante personnes se repartissent entre un squat où vivent douze personnes dans vingt cinq mètres carrés. Une quinzaine vivent sous un pont de Paris et une quinzaine à La Chapelle sous le métro aérien. Un restaurant solidaire s’est improvisé dans la rue, chacun mange et donne ce qu’il peut, tout le monde se cotise. Chaque jour il faut le repas, les bières ou le vin et aussi quelques fois du cannabis qu’on peut trouver dans le quartier pour cinq ou dix euros, ce qui fait entre trois et six joints.

Des personnes qui font une démarche pour obtenir le statut de réfugié politique, le font parfois après avoir vécu de nombreuses années dans la clandestinité. J’ai assisté à des recours déposés auprès de la CNDA. Le président demande au requérant s’il a choisi la France par désir ou nécessité. La personne dit la vérité, que c’était l’Angleterre son premier choix. Nous pouvons nous demander quel est le but recherché dans cette question car un président de la CNDA ne peut pas ignorer que tous les Soudanais veulent vivre en Angleterre avant tout mais aussi personne ne peut ignorer que quelqu’un qui en arrive à faire la démarche pour régulariser sa situation, au bout de sept ou huit ans comme cela arrive, a fini par accepter la réalité et admet qu’il vivra son exil en France. Parfois ceux qui ont pu franchir la frontière sont renvoyés à la case départ : l’Italie. J’en ai connu un qui avait été arrêté et recherché parce qu’il avait témoigné dans la presse. Il a été interrogé pendant dix jours et c’était toujours la même question : « Pourquoi as-tu menti dans ce témoignage?  ». Il avait juste parlé de ses conditions de vie. De toutes façons, tous les réfugiés n’attendent qu’une chose, retourner un jour dans leur pays, revoir la famille dont ils sont parfois sans nouvelles depuis des années, une petite amie, une femme, des enfants, des objets familiers, un fleuve, une rivière, leur terre et tout ce qu’ils ont perdu. Mais il y a une partie d’eux même qu’ils ne retrouveront jamais : “ Elle est où cette partie de moi-même qui m’a quitté? Mon fantôme, où il est?” me dit Arbab, “il se promène dans le lieu où je ne veux jamais plus remettre les pieds” Yann Merlin

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Livres

Benjamin & Daniel Hoffman Beta Israël, Les derniers Juifs d’Ethiopie

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Hommage

Camille Lepage République Centrafricaine : On est ensemble

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CDP Editions, avec le soutien de Visa pour l’Image et Studio Hans Lucas, publie ce livre à l’honneur de la mémoire de Camille Lepage. Après un parcours en journalisme, Camille a commencé une brillante carrière en photographie. En juillet 2012, elle s’est installée au sud Soudan pour mieux explorer sa nouvelle passion et le pays le plus récent de la planète. L’année suivante, elle se joint au studio Hans Lucas. La totalité des fonds récoltés permettront de créer le Prix Photographique Camille Lepage, Visa pour l’Image 2015.

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« Aujourd’hui, c’est toute la profession des journalistes et des photographes qui est en deuil », écrit l’équipe du Studio Hans Lucas. Camille Lepage est décédée en République Centrafrique le 12 mai 2014. CDP Editions, avec le soutien de Visa pour l’Image et Studio Hans Lucas, publie ce livre à l’honneur de la mémoire de Camille Lepage. Après un parcours en journalisme, Camille a commencé une brillante carrière en photographie. En juillet 2012, elle s’est installée au sud Soudan pour mieux explorer sa nouvelle passion et le pays le plus récent de la planète. L’année suivante, elle se joint au studio Hans Lucas. Introduction d’Adrien Jaulmes : « Le long et lent naufrage de la Centrafrique s’accélère soudain début 2013 quand ce pays à la dérive tombe sous la coupe des bandes armées de la Séléka. À Bangui et dans les provinces, ces combattants venus des savanes du nord instituent le pillage généralisé comme mode de gouvernement. Leur règne précipite en quelques mois une tragédie qui s’enchaîne depuis avec une implacabilité effrayante. (…) Camille Lepage était arrivée en Centrafrique avant tout le monde. Elle avait pris les routes de la brousse avant que la crise n’éclate à Bangui. Tombée amoureuse de ce pauvre pays oublié, elle avait aussi compris la dynamique de cette guerre qu’elle ne qualifiait jamais d’absurde, et la grande dignité de ses habitants face au malheur. Elle avait intitulé l’un de ses derniers projets « Nous sommes ensemble », l’expression pudique en usage chez les Centrafricains quand la situation est tellement désespérée qu’on n’a plus que les uns les autres pour se soutenir. »

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